ARMIDE

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Philippe Quinault
 
ORCHESTRE
Opera Lafayette
CHOEUR
Opera Lafayette
DIRECTION
Ryan Brown

Armide
Stephanie Houtzeel
soprano
Renaud
Robert Getchell
ténor
Hidraot, Ubalde
François Loup
basse

Artémidore, la Haine

William Sharp

baryton

Phénice, Lucinde

Ann Monoyios

soprano

Sidonie

Miriam Dubrow

ssoprano

La Chevalier danois, un Amant fortuné

Tony Boutté

ténor

Aronte

Darren Perry

baryton

Une Bergère héroïque

Adria McCulloch

soprano

Une Naïade

Tara McCredie

soprano

DATE D'ENREGISTREMENT
2 au 5 février 2007
LIEU D'ENREGISTREMENT

Clarice Smith Performance Arts Center - Université du Maryland - États-Unis

ENREGISTREMENT EN CONCERT

non

EDITEUR
Naxos - Opera Classics
DISTRIBUTION

Abeille Musique

DATE DE PRODUCTION

2 octobre 2008

NOMBRE DE DISQUES
2
CATEGORIE

DDD

 Critique de cet enregistrement dans :

"Si cet enregistrement n’est pas à la pointe de la recherche interprétative, il n’en est pas moins consciencieux. Le prologue à la gloire de Louis XIV est omis, mais il est si souvent mal compris...

Le chef Ryan Brown s’est approprié le consensus lulliste qui, depuis la mémorable production d’Atys par le tandem Villégier­Christie, est devenu la règle place centrale du livret de Quinault, tempos liés à la danse, mise en valeur de la texture à cinq voix et. plus encore, prise en compte que Lully fut plus un producteur de spectacles (à la façon de Cecil B. De Mille) qu’un pur compositeur.

La distribution est de bon aloi. Avec une nature vocale qui fait songer à Guillemette Laurens, Stéphanie Houtzeel est une captivante Armide et rappelle que c’est grâce à de puissants interprètes que, même disgracié par ce Roi-Soleil qui dénia Armide, Lully fascina le public parisien. Le reste de la distribution, avec l’impeccable basse française François Loup, est à la hauteur des ambitions de cet ouvrage.

Voilà donc une probe interprétation d’Armide, même si, seize après, l’enregistrement de la production dirigée par Philippe Herreweghe au Théâtre des Champs­Elysées demeure sans rival."

"Au disque, Armide attend toujours son “ big bang “, les deux intégrales, signées l’une et l’autre par Philippe Herreweghe (I’introuvable Erato de 1983, sans le quatrième acte, et la version HM de 1992) ayant chacune ses limites. La modeste et très honnête équipe américano-canadienne ne saurait chambouler ce paisible paysage, si elle y apporte une petite variété, toujours bienvenue. La partition est donnée avec coupures (Prologue, quelques danses et reprises) : on trouvera une bonne demi-heure de musique en plus chez Herreweghe (II). La magicienne amoureuse de Stephanie Houtzeel semble avoir pris des leçons chez la sorcière passionnée de Guillemette Laurens, sans l’égaler toutefois, ni en ampleur vocale, ni en puissance expressive. C’est d’ailleurs le principal défaut de cette version : l’absence d’une personnalité plus affirmée au centre d’un ouvrage dont elle constitue l’indispensable pivot. Robert Getchell, objet de son amour, est plus convaincant en amant suave qu’en guerrier (supposé), ce qui n’est pas un contre-sens, juste une frustration.

Beaucoup d’autorité chez François Loup, plus encore — c’est peut-être la prestation la plus frappante de ce double-album — chez William Sharp, Haine implacable. Entre les deux compagnes d’Armide nous préférerons la vétérane Ann Monoyios qui n’a rien perdu de sa fraîcheur, ni de son... français (très soigné par tout le monde, merci pour lui). Ryan Brown confirme les meilleures qualités d’une bonne production Naxos, une lecture impeccable, bien rythmée (belle présence du choeur), musicalement sans reproche, un rien lisse toujours, sans "excédent" théâtral. Mais ceux qui cherchent encore la porte de l’univers lullien ouvriront celle-ci sans trop de frais, et sans mauvaise surprise au-delà.

"L'Armide de Lully suscite un intérêt renouvelé au disque, Si les deux versions gravées par Philippe Herreweghe, à neuf ans d'écart - l'une pour Erato en 1983, aujourd'hui indisponible, et l'autre pour Harmonia Mundi en 1992 -, constituent en l'état actuel de la discographie des témoignages avec lesquels il faut compter : la partition attend toujours des forces vives autrement habitées.

A la tête de son sémillant Opera Lafayette, Ryan Brown imprime dans cet enregistrement de 2007 ce qu'il faut de tenue et de style, mais ne parvient guère à attiser les feux de la passion, Loin d'être insignifiante, son approche du chef-d'œuvre de Lully demeure d'une linéarité expressive décourageante. Outre les coupes opérées çà et là pour gagner en fluidité (absence du panégyrique au monarque, intermèdes écourtés,), c'est avant tout le manque de caractère qui est ici le plus criant. Tout sonne avec grâce, tout est parfaitement en place et, pourtant, c'est bien l'ennui qui sort victorieux !

La distribution est en grande partie responsable de cette impression de tiédeur tenace, en dépit de qualités individuelles notables et d'une langue française particulièrement bien défendue. François Loup et William Sharp sont peut-être ceux qui s'en tirent avec le plus de panache et l'on s'arrêtera volontiers sur « Arrêtons-nous ici ; c'est dans ce lieu fatal » (acte Il, scène 2), ou encore sur l'irruption tonitruante de la Haine et son terrifiant cortège : « Je réponds à tes vœux» (acte III, scène 4). Le Renaud de Robert Getchell est en revanche monolithique, et ses affects bien trop pondérés pour convaincre vraiment : falot « Plus j'observe ces lieux, et plus je les admire » (acte II, scène 3).

L'Armide de Stephanie Houtzeel s'avère tout aussi problématique. Timbre ordinaire, expressivité confidentielle, manque de charisme, son incarnation de la mythique magicienne se dissipe comme un nuage sous les rayons du bel astre (bien terne « Enfin, il est en ma puissance »), Les deux confidentes (Ann Monoyios et Miriam Dubrow) font preuve d'une fraîcheur certaine, mais le bilan est un peu maigre.

Une version qu'il est impossible d'écarter dans une discographie aussi peu fournie, surtout à ce prix, mais Armide attend toujours son édition de référence !"

 

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