CIRCÉ ou LE BALET COMIQUE DE LA ROYNE

Ballet de cour

COMPOSITEUR

Lambert de BEAULIEU
LIBRETTISTE

La Chesnaye

DATE
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1998
Gabriel Garrido
K 617
1
français

Balet comique de la Royne,  faict aux noces de Monsieur le duc de Joyeuse et Madamoyselle de Vaudemont sa soeur, par Baltasar de Beauioyeulx, valet de chambre du Roy, et de la Royne, sa mère.

Commandé par le roi Henri III à l'occasion du mariage d'un favori du roi Henri III , le duc de Joyeuse, avec Marguerite de Vaudemont, fille de Catherine d'Aumale et demi-soeur de la reine Louise de Lorraine, il fut organisé par Balthasar de Beaujoyeulx et représenté dans la grande salle du Petit Bourbon, le 15 octobre 1581. C'est Catherine de Médicis, dont Beaujoyeulx était le valet de chambre, qui avait chargé ce dernier de l'organiser.

Ce ballet est un des plus fastueux jamais représenté à Paris. La représentation prit place le second jour des réjouissances, et dura de dix heures du soir à quatre heures du matin, et coûta, dit-on, cinq millions. Il était le point culminant des fêtes qui avaient commencé par des festins, mascarades, courses et combats avec balets à pied et à cheval, pratiqués à la mode des anciens Grecs. Beaujoyeulx estima le nombre de spectateurs à neuf ou dix mille.

Livret gravé par Patin

Situé entre les intermèdes florentins, de 1539 (Il Commodo, de Corteccia) et de 1589 (La Pellegrina de Malvezzi, Bardi et Marenzio), il est le seul spectacle à avoir un fil dramatique cohérent, et à attribuer une place fondamentale à la danse. Pour sa réalisation, Beaujoyeulx, de son vrai nom Baltazarini di Belgioso, violoniste (*) , danseur et chorégraphe, présent à Paris depuis 1557, s'adjoint les compétences des artistes de la cour royale : le Sieur de la Chesnaye, aumônier de Henri III, pour la poésie, Jacques Patin, peintre du roi, pour les décors et les costumes, Girard (dit Lambert) de Beaulieu pour la musique, et Jacques Salmon, maître de musique, pour l'exécution. Le poète huguenot Agrippa d'Aubigné aurait également participé à la création de l'oeuvre.

 

 

Beaulieu tenait le rôle de Glaucus, et son épouse celui de Téthys.

Le ballet fut imprimé à Paris en 1582 par Adrian le Roy, Robert Ballard et Mamert Patisson, avec une préface de Beaujoyeulx, sous le titre de Ballet Comique de la Reine fait aux Noces de Monsieur de Joyeuse & de Mademoiselle de Vaudemont sa fur , par Balthasar de Beaujoyeux , valet de Chambre du Roy & de la Reine sa mère.

Le Balet comique, en trois intermèdes, est basé sur le combat des dieux (le Roi) contre Circé (le désordre), qui symbolise le retour d'un Âge d'or sous le règne de Henri III.

La musique conservée comprend huit choeurs (un à quatre voix, cinq à cinq voix, deux à six voix), deux solos chantés, deux duos avec refrain en choeur, et deux suites de danses instrumentales.

 

Ballet comique de la Reine - décor

Synopsis

Une ouverture, non conservée, était exécutée par un orchestre de hautsboys, cornets, sacquebouttes, et autres doux instrumens de musique caché derrière le palais de Circé

Un gentilhomme, échappé du palais de la magicienne Circé qui l'avait transformé en lion, vient informer le Roi des mauvais desseins de celle-ci : elle veut empêcher les dieux de faire revenir l'âge d'or dans le royaume de France. Circé, à la poursuite du chevalier qu'elle aime, exhale sa colère, se lamentant sur sa perte et jurant de ne jamais se laisser fléchir désormais par la pitié.

Premier intermède

Trois Sirènes et un Triton font leur entrée et chantent un choeur à quatre parties : Océan père chenu, auquel répond le choeur de la Voûte dorée sous la forme d'un Écho à cinq parties : Allez, filles d'Achelois.

Survient une énorme machine portant de nombreux personnages assis sur des sièges dorés, dont douze Naïades, le dieu Glaucus et la déesse Thétys, celle-ci munie d'un luth. Parmi les douze Naïades : la Reine, la princesse de Lorraine, les duchesses de Guise, de Nemours, d'Aumale, de Joyeuse. La machine est la Fontaine de Glaucus qui escortent huit chantres de la chambre du roi, à pied, déguisés en Tritons, et jouant de la lyre, du luth, de la harpe, de la flûte, tout en chantant le choeur à cinq parties : Allons, compagnes fidèles.

Dans un Dialogue : Mais que me sert, Thétys, Glaucus expose à Téthys sa souffrance devant le refus de Scylla dont il est amoureux. Ce pêcheur immortalisé a eu recours à la magicienne pour fléchir la jeune fille. La troupe des Tritons reprennent les deux derniers vers de chaque couplet. Mais Téthys apprend que Circé, jalouse, l'a transformée en monstre marin et qu'elle-même ne peut l'aider car, désormais, sa puissance sur les flots est passée à Louise, Reine de France.

Les Naïades et les Tritons entament un ballet, au son de dix violons, vêtus de satin blanc. Vers la fin du ballet, retentit le son de la clochette, ancienne chanson populaire, auquel Circé sort de son jardin et touche de sa baguette tous les figurants qui s'immobilisent, comme pétrifiés.

A ce moment, le tonnerre retentit dans la nuée suspendue au milieu de la salle ; la nuée descend et Mercure, envoyé par Jupiter pour rompre le charme de Circé, en sort. Il chante un Récit : Je suis de tous les dieux le commun messager, et répand sur les personnages immobilisés le jus d'une plante magique, la racine de Moly, qui leur rend le mouvement et la vie. Le ballet reprend alors de plus belle. Mais Circé ne se tient pas pour battue ; elle revient à la charge et touche Mercure de sa baguette. Nouvelle immobilisation des figurants que la magicienne triomphante emmène prisonniers dans son jardin qui s'illumine. On y voit divers animaux, un cerf, un chien, un éléphant, un lion, un tigre, défiler devant elle. Ils ne sont autres que des humains ensorcelés par la magicienne.

Deuxième intermède

Huit satyres font leur entrée et chantent en choeur : O Pan, Diane irritée, accompagnés de flûtes, auquel répond la Voûte dorée. Puis, c'est un bois qui s'avance, grosse motte de terre complantée de chênes aux glands d'or. Sous les chênes sont assises des Dryades, qui réclament le secours de Pan et se répandent en plaintes contre Circé dont les Naïades sont prisonnières. Pan promet de les venger, et les satyres chantent à nouveau : Ces nymphes à notre voix.

Troisième intermède

Successivement, arrivent les Quatre Vertus (La Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance), dont deux chantent le duo Dieux de qui les filles nous sommes, et le Char de Minerve traîné par un griffon. La déesse parait au son des voix de la Voûte dorée ; elle est armée d'une lance, coiffée du casque et tient à la main la tête de Méduse. La déesse déclare que seule la raison alliée à la vertu peut vaincre les sortilèges de Circé ; c'est pourquoi Mercure, au caractère inconstant, n'a pu réussir. Elle invoque alors son père, Jupiter, et lui demande de montrer sa puissance.

Jupiter surgit enfin d'une nuée, pendant que les quarante musiciens de la Voûte dorée célèbrent la sagesse du roi par un choeur majestueux : O bien-heureux le ciel, écrit en contrepoint syllabique. Jupiter chante un air aux grands accents lyriques : En ta faveur, je viens ici des cieux. Arrivé à terre, il se dirige vers le Bocage de Pan qui, joyeux, joue un air de flageolet. Mais il essuie les reproches de Minerve pour avoir laissé Circé enlever les Naïades et Mercure. Pan sort alors de son Bocage avec huit satyres armés de gros bâtons et se rue vers le jardin de la magicienne. Dieux, dryades et satyres livrent assaut au palais de Circé : Marchez vaillans guerriers d'honneur, qui les maintient à distance grâce à sa verge d'or, et proclame tout haut sa résistance aux dieux, ne reconnaissant son infériorité que devant le Roi des Français. Mais par l'effort de Minerve, la baguette de la sorcière perd peu à peu de son pouvoir et, frappée par la foudre de Jupiter, Circé, enfin vaincue, est remise aux mains du Roi.

Tous les captifs enfin délivrés dansent le grand ballet.

 

Des extraits du Balet comique furent exécutés à l'initiative de François-Joseph Fétis, durant le Concert historique du 8 avril 1832, par les musiciens du Conservatoire de Paris dirigés par François Habeneck.

 

On trouve une relation détaillée dans l'Histoire de l'Opéra en France : En ce tems-là on faisoit des Ballets à la Cour de France où l'on mettoit des récits & des dialogues en plusieurs parties , mais ils étoient très-informes , & sans règles ni mesures. Le premier où le bon goût commença à paroître, fut le Ballet qui fut dansé en 1581, de la compofition d'un certain Italien nommé Balthasarini, c'étoit un des meilleurs violons de l'Europe, que le Maréchal de Brissac étant Gouverneur du Piémont envoya à la Reine-mère Catherine de Médicis, avec toute la bande de violons dont il étoiy le chef. La Reine en fit son valet de Chambre , & ce Balthasarini , prenant le nom de Beaujoyeux, se rendit si illustre à la Cour, par ses inventions de Ballets , de Musique , de Festins & de représfèntations, que l'on ne parloit que de lui. Il fit le Ballet des Noces du Duc de Joyeuse avec Mademoiselle de Vaudemont, sur de la Reine, & ce Ballet fut publié sous le titre de « Ballet Comique de la Reine fait aux Noces de Monsieur de Joyeuse & de Mademoiselle de Vaudemont sa sur , par Balthasar de Beaujoyeux , valet de Chambre du Roy & de la Reine sa mère.

Un des Poètes de la Cour fit ces vers à sa louange :

« Beaujoyeux qui premier des cendres de la Grèce

Fais retourner au jour le dessein & l'adresse,

Du Ballet composé, en son tour mesuré ,

Qui d'un esprit divin toi-même te devance,

Géomètre inventif unique en ta science,

Si rien d'honneur s'acquiert, le tien est affûté. »

Beaulieu & Salmon, Maîtres de la Musique du Roy Henry III, l'aidèrent en la composition des récits & des airs de ce Ballet ; La Chefnaye, Aumônier du Roy , fit une partie des vers, & Jaques Patin, alors Peintre du Roy le servit pour les décorations.

Voici ce que rapporte le Journal d'Henry III au sujet de ce mariage : « Le 18 Septembre 1381, le Duc de Joyeuse & Marguerite de Lorraine, fille de Nicolas de Vaudemont & sur de la Reine, furent fiancés en la chambre de la Reine, & le Dimanche suivant 14, furent mariés à trois heures après midy, en la Paroisse de S. Germain l'Auxerrois ; le Roy mena la mariée au Moustier, suivie de la Reine, Princesses & Dames, tant richement & pompeusement vêtues, qu'il n'est mémoire en France d'avoir vu chofe si somptueuse. Les habits du Roy & du Marié étoient semblables, tant couverts de broderies & pierreries, qu'il n'étoit pas possible de les estimer ; car tel accoustrement y avoit, qui coutoit dix mille écus de façon, & toutefois aux dix-sept festins qui de rang & de jour à autre par l'Ordonnance du Roy depuis les Noces , furent faits par les Princes & Seigneurs , parens de la Mariée , & autres des plus grands de la Cour, tous les Seigneurs & les Dames changèrent d'accoustrement , dont la plupart étoient de drap d'or & d'argent, enrichis de passemens, guiperies, recarures, & broderies d'or & d'argent , & pierreries en grand nombre, & de grand prix : La dépense fut si grande, y compris les tournois, mafcarades, présens, danses, musiques, livrées , etc. que le bruit étoit que le Roy n'en avoir pas été quitte pour douze cens mille écus. »

    

Pour en savoir plus :

http://arsmagnalucis.free.fr/ballet_comique.htm  

 

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