LES FÊTES GRECQUES ET ROMAINES

COMPOSITEUR

Colin de BLAMONT
LIBRETTISTE

Jean-Louis Fuzelier
     

 

Ballet héroïque à trois entrées (Les Jeux Olympiques, Les Bacchanales, Les Saturnales) et un prologue, sur un livret de Jean-Louis Fuzelier, représenté avec grand succès le 13 juillet 1723, avec une distribution réunissant : Thévenard (Apollon), Mlle Lemaure (Clio), Mlle Antier (Erato), Mlle Prévost (Terpsichore) dans le prologue ; Thévenard (Antoine), Grenet (Eros), Mlle Antier (Cléopâtre) dans l'entrée Les Bacchanales.

L'Avertissement de la publication annonce que : La Muse lyrique n’avait jusqu’à présent tiré ses poèmes que de la chronique des Amadis, de l’Arioste, des Métamorphoses d’Ovide, du Tasse et d’autres semblables auteurs. La France n’a encore soumis que la Fable à la musique ; l’Italie plus hasardeuse a placé dans ses opéras les événements de l’Histoire. Les Scarlatti, les Buononcini ont fait chanter des héros que Corneille et Racine auraient fait parler. Enhardi par ces exemples, on s’est dispensé de glaner dans les champs trop souvent moissonnés de la mythologie et du roman : heureux si on est approuvé en ouvrant aux poètes du théâtre chantant une carrière digne d’occuper les génies amateurs du vraisemblable. On a rassemblé dans ce ballet les fêtes de l’Antiquité les plus connues et qui ont semblé les plus favorables au théâtre et à la musique.

Mais c'est plutôt la déception qu'exprime Pierre Mathieu de Chassiron : Un lyrique de nos jours, qui a fait les plus jolies choses du monde, et qui a osé le premier introduire de véritables héros sur la scène, fait paraître dans le Prologue des Fêtes grecques et romaines la Muse de l’Histoire, qui demande des accords à celle de l’Harmonie. Cette fiction est également ingénieuse et sensée ; l’Histoire fournit des sujets et la Musique les pare. Cependant la tyrannie de l’usage l’a emporté dans le poème même, et quoiqu’il veuille nous insinuer le contraire, il s’est vu forcé de travestir les Alcibiades et les Antoines en Céladons... De là le faux, toujours dominant dans les héros de l’opéra. On leur a imposé la fatale nécessité d’être perpétuellement amoureux.

Des reprises eurent lieu le 11 juin 1733, avec une chorégraphie de Michel Blondy. C'est à cette occasion que Pierre Jélyotte, alors âgé de vingt ans, fit ses débuts à l'Opéra dans un petit rôle de Grec, avec un air auquel on avait ajouté quatre vers, ainsiq ue le note Le Mercure de France de juin : L'Académie royale de msuique continue toujours avec grand succès les représentations des Fêtes grecques et romaines. Jamais reprise d'opéra n'a été plus brillante et plus applaudie. Les Dlles Antier, Le Maure et Petitpas s'y distinguent dans les rôles qu'elles jouent, avec toute l'intelligence et la justesse possible, de même que les Srs Tribou et Chassé. Au divertissement du premier acte, le Sr Jéliot, avec sa voix admirable d'haute-contre, chante l'air suivant, dont ls quatre derniers sont ajoutez...

Le 9 février 1734, une nouvelle entrée - La Fête de Diane - fut ajoutée, dans laquelle Jélyotte tint un rôle important (Périandre) aux côtés de Mlle Petitpas (Mélisse), à la satisfaction du public.

De nouvelles reprises eurent lieu en 1741, en 1753 et en 1762.

Le 26 mars 1748, la seconde entrée Les Bacchanales, qui traite de l'entrevue entre Marc Antoine et Cléopâtre, fut reprise sous le titre Cléopâtre au Théâtre des Petits Appartements, à Versailles, avec un prologue. Distribution : le marquis de la Salle (Apollon), Mme Trusson (Clio), Mme de Marchais (Erato), Mlle Puvigné (Terpsichore) dans le prologue ; le duc d'Ayen (Antoine), vêtu d'un habit à la romaine, cuirasse d'étoffe d'argent, tonnelets de satin bleu, le tout brodé en découpures d'étoffe d'or, mante de satin bleu garnie de réseaux, casque et brodequins bleu et or, le vicomte de Rohan (Eros), la duchesse de Brancas (Cléopâtre), qui remplaçait la marquise de Pompadour, pas encore rétablie d'une angine, et Mme Trusson (une Égyptienne).

Le prologue seul fut repris le 28 mars, cette fois avec la marquise, et l'acte Cléopâtre le 30 mars, pour la clôture de la seconde saison du Théâtre des Petits cabinets.

Les Saturnales furent également reprises au Théâtre des Petits Appartements, monté dans le grand escalier dit des Ambassadeurs, les 13 et 17 février et le 10 mars 1749, avec la duchesse de Brancas (Délie), Mme de Marchais (Plautine), le chevalier de Clermont (Tibulle).

Une reprise eut lieu le 5 juin 1753, avec Gelin (Apollon), Mlle Jacquet (Erato), Mlle Du Bois (Clio), Poirier (Suivant d'Apollon) dans le prologue ; Chassé (Antoine), La Tour (Eros), Mlle Chevalier (Cléopâtre), Mlle Gautier (une Égyptienne), Gelin (un Égypan) dans l'entrée Les Bacchanales, Chassé (Alcibiade), Mlle Jacquet (Timée), Mlle Du Bois (Aspasie), Poirier (Amintas), Mlle Chefdeville (Zelide) dans l'entrée Les Jeux Olympiques, Mlle Chevalier (Delie), Mlle Du Bois (Plautine, une Bergère), Jélyotte (Tibulle), dans l'entrée Les Saturnales. Ballets : Terpsichore (Mlle Puvignée), le Chef de la Danse (Vestris), Suite de Terpsichore ; Égypans et Bacchantes ; Grecs et Grecques ; Bergers et Bergères, Pâtres et Pastourelles.

Une nouvelle reprise eut lieu le 27 avril 1762, ainsi commentée par Bachaumont : Les paroles sont de M. Fuzelier, la musique est de M. de Blamont. Le public peu prévenu, sans doute, en faveur de cette ancienne musique, n’a pas abondé en foule à cette nouveauté comme à l’ordinaire ; il ne s’est vu que deux femmes aux premières loges d’ailleurs toutes remplies d’hommes. Les secondes même n’étoient pas fort ornées du beau sexe.

L’ouverture a paru d’un uni que les gens de mauvaise humeur ont appelé plat. Les choeurs ne sont pas d’une harmonie bien nombreuse, ils sont mêmes confus et monotones. Du reste, une musique légère gracieuse, très chantante. On a ajouté quelques airs pour la renforcer ; on a cherché à étayer ce ballet par toute la pompe du spectacle et par des danses très agréables. Malgré tous ces secours artificiels on craint qu’il n’aille pas loin.

Dans le prologue Mlle Le Mierre a chanté l’air fait pour la haute-contre, Jeunes beautés, etc. Malgré le goût et l’art qu’elle y a mis, elle n’a pu empêcher qu’on ne s’aperçût que cet air n’alloit point à sa voix, et qu’on ne regrettât Jeliotte. Mlle Allard a rendu les caractères de la danse dans le rôle de Terpsichore, avec les plus grands applaudissements ; ce n’est pas qu’on n’y ait remarqué de grands défauts de la part du chorégraphe ; il n’a pas à beaucoup près rendu les nuances délicates que les paroles expriment ; il y a même des contresens dans quelques endroits. Il faut avouer que cette partie poussée de nos jours au plus haut point d’exécution, ne l’est pas à beaucoup près de la part des compositeurs. Le sieur Noverre avoit montré du génie en ce genre : on ne voit pas qu’on se soit piqué d’enchérir sur lui.

Dans le second acte, la danse des lutteurs est dans le vrai beau et dans la plus grande vérité, c’est ce qu’on peut appeler du sublime en chorégraphie, c’est du très neuf : on n’en peut pas dire autant de celles des coureurs. On ne conçoit pas que des athlètes qui doivent combattre à la course, reviennent continuellement sur leurs pas en faisant des cabrioles et des gambades : on auroit nommé plus juste ces concurrents des sauteurs.

Quant à la partie chantante, Mlle Dubois fait le rôle de Timée, et cette actrice, dont la voix est agréable à l’oreille, afflige continuellement les yeux par le louche de ses regards ; et une figure qui ne peut rendre que les rôles de furies.

Mlle Arnoux (Sophie Arnould) fait Cléopâtre, dans le second acte. Ses amis avoient craint qu’elle ne rendît pas bien ce rôle, et l’en avoient dégoûtée : il a fallu employer les grands moyens, (la menacer de prison) pour la faire jouer. Des gens croient remarquer qu’elle fait ce rôle comme contrainte. Gelin représente Antoine et est très bien dans ce personnage, On ne peut que rire de l’équipage maritime dans lequel arrive la reine d’Égypte, et surtout du marchepied qu’on apporta pour la faire descendre de sa barque royale : c’est du plus grand ridicule.

Mlle Bernard a chanté pour la première fois, Brillez, jouissez de la paix. Elle a soutenu l’espérance qu’on avoit conçue d’elle au concert spirituel, et malgré sa grande timidité et son air de novice, elle a emporté tous les suffrages : sa prononciation est belle, sa voix d’un sonore très agréable, ses cadences sont légères et bien frappées ; il est fâcheux que sa taille peu grande et l’embarras de sa démarche ne puissent lui permettre de jouer des rôles bien entendus : d’ailleurs, le volume de sa voix ne pourroit aller à ceux de force et d’une certaine vigueur.

Enfin ce spectacle a fait une sensation très agréable sur tous les spectateurs ; les paroles sont pleines de pensées très fines et très délicates. Celles du troisième acte plaisent d’autant mieux, qu’on se rappelle combien Tibulle était galant et tendre : elles sont dans le costume, ce qui est si rare à l’opéra.

Le 9 mai : Bachaumont note : L’opéra étoit déjà désert aujourd’hui. Mlle Guimard (*), nouveau sujet dont ce théâtre vient de faire l’acquisition, a doublé Mlle Allard dans les caractères de la danse avec le plus grand succès : elle est d’une légèreté digne de Terpsichore.

Effectivement, Mlle Allard s'étant blessée au pied en faisant une chute, Mlle Guimard avait débuté à l'Opéra en la remplaçant le 9 mai 1762.

(*) Marie Madeleine Guimard (1743 - 1816), danseuse, engagée à l'Opéra en 1761, eut du succès dans les opéras de Rameau, Glück, dans les ballets de Gardel. Elle mena une vie mondaine et fastueuse jusqu'en 1789 où elle épousa Jean Etienne Despréaux, chansonnier âgé de trente-et-un ans, et se retira.

Marie Madeleine Guimard par Fragonard

Le 23 mai : Mlle Rey a doublé aujourd’hui Mlle Vestris à l’Opéra, dans le troisième acte des Fêtes Grecques et Romaines. Cette danseuse, plus correcte, n’a pas la volupté, le lascif de l’autre : il paraît quelle fera bien de ne pas se consacrer à ce genre, auquel les vieux routiers de ce spectacle, très bons juges en pareille matière, ne la trouvent pas propre.

Le 15 juin 1762, Mlle Hébert reprit le rôle de Cléopâtre. Bachaumont nota : Mlle Hébert a débuté, aujourd’hui à l’opéra dans le rôle de Cléopâtre. A travers sa timidité on démêle un volume de voix assez considérable, elle est musicienne ; elle a de l’expression dans sa physionomie, qu’elle change pourtant trop brusquement. Ce défaut vaut beaucoup mieux que celui d’une âme froide et stérile ; il est facile de s’en corriger. Il paroît qu’on en a été assez content.

Le 19 juin 1762, ce fut au tour de Mlle Durancy de faire ses débuts à l'Opéra dans le rôle de Cléopâtre, que le Mercure de France de juillet 1762 commenta ainsi : Le 19 Juin, Mlle Duranci débuta dans les Fêtes Grecques et Romaines, par le rôle de Cléopatre, le même rôle par lequel avoit débuté Mlle Hebert. La différence de hauteur dans les tailles de ces deux Débutantes a présenté un contraste fort sensible. Quant à la voix, les Musiciens Artistes comme les Musiciens amateurs ont jugé celle de Mlle Duranci très-bien timbrée, d'une qualité de son agréable et d'une singuliere étendue. Le volume, sans être du premier ordre, a paru fort au-dessus de ce qu'on appelle petites voix, et suffisant à tous les caractéres de rôles sur ce Théâtre. Si l'on ne trouve pas encore dans les cadences, ce qu'il faudroit pour admirer, on n'y trouve rien dont on soit choqué».

 

Il parut deux parodies la première en 1723, sous le nom Les Saturnales ou le Fleuve Scamandre, comédie de Fuzelier, en trois actes avec un Prologue et des vaudevilles, jouée deux fois au Théâtre Italien à la Foire, les 2 & 3 septembre.

La seconde fut donnée aau Théâtre Italien, le 4 juillet 1753, sous le nom Les Fêtes des Environs de Paris, de Gondot (ou Gondaut), en trois actes. Elle fut suivie d'un ballet intitulé Les Masques de Bezons, puis reprise sous le titre la Mascarade, avec quelques changements, en 1754, à la suite du Retour du goût.

 

Une partition réduite fut éditée par Jean-Baptiste-Christophe Ballard.

 

En 1780, Mlle Beauménil remis en musique Tibulle et Délie, axe tiré des Fêtes grecqus et romaines. La musique en fut généralement applaudie.

 

101me Opé. C'est un Ball. dont les paroles sont de Fuzelier, & la musique de Colin de Blamont : il fut représenté pour la premiere fois le 13 Juillet 1723, & étoit pour lors composé de trois entrées, & d'un Prol. représentant le Temple de Mémoire, dans lequel Clio, Muse de l'Histoire, invitoit ses Eleves à travailler sur les sujets qu'elle leur fournissoit ; ainsi les sujets des entrées sont pris de l'Histoire ; ce qui n'avoit pas eu encore d'exemple sur ce Théatre, les Opéra jusqu'alors n'ayant été tirés que de la chronique des Amadis, de l'Arioste, du Tasse, des Métamorphoses d'Ovide, &c. Dans la premiere entrée sont célébrés les Jeux Olympiques ; Alcibiade en est le Héros. La seconde, est l'entrevue de Marc-Antoine & de Cléopatre ; les Bacchanales en font le divertissement. Dans la troisieme les Saturnales sont fêtées, & le sujet représente les amours de Tibulle & de Délie, niece de Mécene. Ce Ballet avoit été composé pour être représenté sur le Thé. des Thuilleries. L'Auteur animé de l'honneur d'amuser le Roi, dans un tems où il vouloit bien embellir les Spectacles, en daignant s'y mêler lui-même, avoit imaginé de l'amener dans un Divertissement digne d'un aussi grand Monarque, qui dans les Saturnales auroit paru sous le nom d'Auguste, à qui Mécene auroit donné une fête.

Cet Opé. a été remis en 1733, 1734, 1741, 1753 & 1762. Dans celle faite le 9 Février 1734, les Auteurs y ajouterent une quatrieme entrée, sous le nom de la Fête de Diane. Le sujet en est pris de l'histoire de Periandre, Roi de Corinthe, que la Grece compte parmi ses Sages, & représente l'aversion de ce Roi contre l'amour (fondée sur l'inceste innocent qu'il avoit commis avec sa mere) vaincue par Melisse, fille du Roi d'Epidaure. (de Léris - Dictionnaire des Théâtres)

  

Représentations :

 

 

 

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