LA RAPPRESENTATIONE DI ANIMA E DI CORPO

La Représentation de l'âme et du corps

La Rappresentatione di Anima e di Corpo - édition de 1600

COMPOSITEUR

Emilio de' CAVALIERI
LIBRETTISTE

Padre Agostino Manni

ENREGISTREMENT
EDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE

197?
Pierre Chaillé
Adès
1 (LP)
italien
1968
1997
Edwin Loehrer
Nuova Era
1
italien
1968
2006
Edwin Loehrer
Nuova Era
1
italien
1969
1999
Ernst Märzendörfer
Harmonia Mundi
2
italien
1970
1996
Charles Mackerras
Archiv Produktion
1
italien
1976
1990
Hans-Martin Linde
EMI
2
italien
1992
1998
Marco Longhini
Stradivarius
2
italien
1994
1996
Warren Stewart
Koch International Classics
1
italien
1996
1998
Sergio Vartolo
Naxos
2
italien
2004
2004
Christina Pluhar
Alpha
2
italien

DVD

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
FICHE DETAILLÉE
2000
2001
Lorenzo Tozzi
Trinidad Entertainment
1

Drame sacré, créé à l'Oratorio della Vallicella, à Rome, en février 1600.

Cavalieri était arrivé à Rome en 1599, chassé de Florence où il avait été victime de jalousies et d'intrigues (notamment de la part de Giulio Caccini). Le 31 décembre, le pape Clément VIII avait déclarée sainte l'année 1600.

La Rappresentatione fut exécutée début février, au cours des festivités du Jubileo qui remplaçait le carnaval. L'Oratoire della Valicella était le siège de la Congregazione dell'Oratorio, ordre fondé vingt-cinq ans auparavant par Filippo Neri, avec l'autorisation du pape Grégoire XIII.

Oratorio della Vallicella

L'auteur du livret, Agostino Manni, était un poète célèbre, proche de l'ordre de Filippo Neri. Il l'avait déjà fait imprimer en 1577 et réédité en 1583.

Filippo Neri

Opéra sacré, à caractère allégorique, écrit dans l'esprit du stile rappresentativo, La Rappresentatione fut jouée dès l'origine en costumes. Le joueur de viole Dionisio Isorelli (1544-1632) aurait participé à la composition de la musique.

Tempo et Corpo étaient joués par le même chanteur, Anima par un enfant.

L'oeuvre fut publiée chez l'éditeur Nicolo Mutii à Rome en 1600, précédée d'une préface "A Lettori" sur les règles de l'interprétation, et aussi sur la mise en scène, les costumes, le comportement des chanteurs. Une réédition en fac simile fut publiée à Rome en 1912 par Francesco Mantica.

 

 Synopsis

 Prologue

La pièce s'ouvre sur un cantique de louange à Dieu en forme de madrigal. Vient ensuite un long prologue parlé, au cours duquel deux Jeunes gens, Intelligence (ténor) et Sagesse (basse), discutent sur le mode platonicien de ce que la vie des mortels présente comme caractères d'illusion. Ils terminent leur conversation en annonçant qu'ils vont faire appel au théâtre pour rendre leurs propos compréhensibles par tous. Les trois actes qui suivent présentent trois actions - si l'on peut parler ici d'action - différentes. Ce sont plutôt des jeux d'allégories, ayant beaucoup en commun avec les moralités médiévales.

Acte I

Il commence par deux monologues, l'un du Temps (basse) qui commente l'infinie mutabilité des choses humaines, l'autre de l'Intelligence qui rappelle que l'esprit humain n'est jamais satisfait. Ils sont suivis d'un dialogue du Corps (baryton) et de l'Âme (mezzo-soprano), exposé des penchants et des désirs contraires qui déchirent l'homme. L'acte se termine sur un choeur qui rappelle que seul le ciel nous donne la force de surmonter les obstacles qui nous mettent journellement en danger. 

Acte II

Commençant par une formule de louange quasi liturgique, le second acte est un exposé classique du conflit entre le Monde et la Sagesse. C'est le thème que l'on retrouvera, tout au long de l'Age baroque, dans les allégories du type Hercule à la croisée des chemins. Le texte a ici une saveur toute érasmienne. Le Plaisir (haute-contre) et ses compagnons, font miroiter leur séduction devant le couple Corps-Âme ; au moment où le Corps est prêt à céder, l'Ame consulte le ciel qui répond par la voix d'un Echo (soprano) qui décrit ce que sont les vrais plaisirs. Le débat reprend, opposant d'un côté l'Âme (soprano) et son Ange Gardien (soprano), de l'autre le Monde (basse) et la Vie mondaine (soprano). La discussion est animée, mais les défenseurs du bien font apparaître sous les apparences souriantes de la vie facile la silhouette de la mort. C'est sur une note qui confine au dêsespoir que le Corps finit par chanter son désarroi devant un choix impossible. Il est réconforté par l'Ange Gardien et l'acte se termine par un choeur d'hommage à la vie céleste, sous forme de madrigal.

Acte III

Il est entièrement consacré à une contemplation du sort des âmes après leur mort. Sous la conduite de l'Intelligence et de la Sagesse, nous sommes appelés à assister à la déplorable condition des Âmes Damnées, que le choeur souligne par des textes empruntés plus ou moins directement au Dies Irae. L'intérêt dramatique est moins soutenu dans cette discussion qui oppose deux groupes de personnages dont les positions sont immuables. L'oeuvre se termine par un choeur de jubilation qui est bien dans l'esprit des laudes médiévales.

(Tout l'opéra - Kobbé - Robert Laffont)

 

 

"La Rappresentatione, née en l'église Santa Maria in Vallicella, n'est pas exactement un oratorio, au sens spécifique du terme. Mais plutôt une prémonition d' "action sacrée" qui, sous la leçon de morale et le masque allégorique (il s'agit de l'éternel débat entre les aspirations de l'âme et les tentations du corps), est tendue par une théâtralité impliquant la dimension scénique et visuelle quasiment, celle d'un opéra liturgique.

Comme dans l'Euridice de Peri, le récitatif, calqué sur les intonations, le rythme, le cheminement naturel de la parole, s'y fait agent rhétorique, porteur d'un feu expressif qui nous touche toujours. Et Cavalieri sait éviter toute uniformité à la déclamation, en la colorant de choeurs homophones, source de contrastes bienvenus avec les interventions des personnages allégoriques : l'Ame, le Corps, le Temps, l'Intellect, etc... Tel quel, un espace saturé de sacralité est ici reconnu, circonscrit. Musique du Verbe par essence qui dit le pouvoir et le poids des mots et dont sauront se souvenir les successeurs, romains eux aussi, qui, en termes d'oratorio, ne vont pas tarder à passer vraiment à l'acte. Restent les intuitions de Cavalieri, révélateur et créateur dans un domaine qu'il a ouvert au monde des passions et des affects, ajoutant le rêve venu du ciel à la fièvre des émotions terrestres." (Goldberg - décembre 2002)

 

"Dans l'idée même de son concepteur, cette Rappresentatione fut, en 1600 un prototype (la musicologie la situerait ultérieurement entre oratorio, opéra et mélodrame) qui se nourrissait d'autres réalisations, comme des spectacles de cour, tels ces intermèdes pour La Pellegrina auxquels, en 1589, Cavalieri avait apporté un concours décisif. Y surgit la notion, non plus de présentation, mais de représentation. L'unité de cette oeuvre tient beaucoup au libretto de Manni : ses rôles ne consistent pas seulement en des figures allégoriques mais portent déjà plus qu'une vêture de subjectivité ; sa structure dramatique défriche une voie à mi-chemin entre théâtre et poésie lyrique et sa qualité littéraire ne l'a pas démodée. Quant à la partition, on voit que Cavalieri, pour habile qu'il était, ne possédait pas tous les moyens musicaux et formels de ses ambitions et que cette Roppresentarione, quels que soient les talents de ses interprètes (et, ici, ils sont grands), ne parvient jamais à captiver continûment ses auditeurs." (Opéra International - février 2005)

 

Représentations :

 

 

 

 

"Créée à Rome, en février 1600, par la congrégation de l'Oratoire, à Santa Maria della Valicella, la Rappresentazione di Anima e di Corpo est, aujourd'hui encore, un ouvrage inclassable, ni opéra, ni oratorio, et pour cause ; mais il est certain que Cavalieri tournait là une page majeure de l'hisstoire du drame chanté - l'année devait, d'ailleurs, compter dans les annales lyriques puisque Jacopo Peri créait son Euridice à Florence, en octobre.

La trame dramatique de la Rappresentazione est d'autant plus linéaire qu'elle ne met pas en lice des perrsonnages mais des allégories, dans un but évident d'élévation spirituelle. Les idées sont simples, mais d'autant plus efficaces qu'elles sont clairement exposées. La simplicité musicale leur fait écho, l'écriture vocale alterne monodies, ensembles et ch\9Curs, tandis que l'orchestre se voit confier des plages importantes, y compris chorégraphiques.

René Jacobs a procédé à sa propre réalisation, se fondant sur l'édition publiée en 2011 par l'American Institute of Musicology. Comme toujours, avec lui, le théâtre n'est pas seulement dans les mots, il habite chaque note. Tel un alchimiste ou un peintre, il joue avec les sons, les couleurs, les timbres, utilisant même pour l'occasion un archicistre conçu pour le Musée de la Musique par le luthier Carlos Gonzalez, d'après un ceterone conservé au Museo Bardini de Florence. Nulle austérité, ici, donc, nulle monotonie, alors que les récitatifs sont écrits en vers réguliers ; et une intéressante tentative de spatialisation, la richesse des instruments «terriens» s'oppposant aux sonorités quasi angéliques des cordes et harpes «célestes ».

Il va de soi que l'Akademie fur Alte Musik Berlin répond au quart de tour à la direction dynamique et souvent dansante de Jacobs. «Son» Concerto Vocale est au mieux de sa forme et les solistes, fortement impliqués dans l'action, déjouent sans peine les pièges du recitar cantando, Marie-Claude Chappuis et Johannes Weisser en tête, et Luciana Mancini qui fait scintiller les ornements écrits spécialement pour son rôle.

Un retour aux sources qui est un baume pour l'oreille, pour l'esprit, certains ajouteront pour l'âme."

 

 

 

"Quel spectacle aurait pu mieux nous donner un tel sentiment de bonheur de vivre ? Quel spectacle aurait pu rendre la séparation à la fois aussi difficile et pourtant si lumineuse, et surtout nous donner hâte d\92être à l\92année prochaine ? Christina Pluhar et l\92Arpeggiata ont fait de cette dernière soirée un instant divin. Avec la Rappresentazione di anima e di corpo ils nous ont permis de quitter Sablé le c\9Cur au chaud, l\92âme libérée et joyeuse. Ils ont refermé les pages de ce livre magique qu\92est le festival de Sablé. Pourtant l\92enregistrement du CD de cette \9Cuvre nous en avait surtout montré une perception plus rigoureuse et proche de ce qu\92elle fut probablement à l\92origine, mais rien n\92en est d\92ailleurs moins certain.

À l\92aube de l\92opéra, La Rappresentazione di anima e di corpo, voit le jour à Rome. Son compositeur est un homme aux abois, victime de la jalousie de ses confrères qui l\92a condamné à quitter Florence, où il avait déjà créé un certain d\92ombres » d\92intermèdes ». La Rappresentazione en est à la fois un aboutissement et un point d\92origine. \8Cuvre de la Contre-Réforme, elle fut créée durant le Giubileo (en février 1600), qui remplaçait le carnaval durant l\92année sainte déclarée par le pape Clément VIII. Fondée sur le principe médiéval du contrastare, une opposition entre deux éléments, ici l\92âme et le corps, les anges et les démons, et sur des principes de rhétoriques musicales héritées également du moyen âge, la Rappresentazione est bien à plus d\92un titre une \9Cuvre nouvelle. Cet opéra sacré est vraiment fils du stile nuovo.

Ici Christina Pluhar a utilisé les notations laissées par l\92auteur pour nous offrir une basse continue à la luxuriance digne des fastes de la papauté. La richesse de l\92instrumentarium permet une improvisation qui théâtralise la musique. Mouvante, surprenante, elle nous entraîne au c\9Cur d\92une fête où l\92âme et le corps se cherchent, en quête d\92une harmonie non seulement spirituelle mais charnelle. Car oui, l\92audace de l\92interprétation joue d\92autant plus d\92un art baroque par excellence, le pastiche, que l\92\9Cuvre est au fond digne fille du carnaval. On se laisse surprendre et entraîner dans ses débats qui se devraient scolastiques et qui pourtant deviennent un jeu et dont la chaconne finale montre la perversion. Musiciens, danseurs et chanteurs participent à une fête, où le plaisir finit par triompher dans un bis quasi démoniaque. Qu\92importe la transgression, lorsqu\92un tel bonheur est offert au spectateur.

Le plateau vocal est exceptionnel et pourtant aucun rôle ne l\92exigeait vraiment, puisqu\92il s\92agit avant tout d\92art théâtral à l\92origine. C\92est d\92ailleurs le phrasé, la diction, l\92éloquence exceptionnels des interprètes qu\92il faut d\92abord souligner. Mais chanteurs, ils apportent à ces récitatifs une facilité qui les rend sensibles, aisément accessibles dans le discours, au point d\92en offrir le cantibile. Remplaçant Céline Scheen indisposée, la jeune soprano espagnole Raquel Andueza, donne à l\92âme la sensualité de son timbre, sa vocalité ardente tandis que Fulvio Bettini dans le double rôle du Corps et du Temps, fait preuve d\92une séduction à l\92expressivité toute italienne oscillant entre virilité et théâtralité. Au c\9Cur du pays de la commedia dell\92arte, le sang latin donne aux mots, leurs sourires et leurs larmes. Et si l\92Intelleto défend la spiritualité par la voix au timbre flamboyant du ténor Jan Van Elsacker, Il Mondo par l\92intermédiaire de la basse Hubert Claessens au timbre chaud et m\9Clleux exprime avec jubilation le côté fallacieux du doute. Le ch\9Cur dont se dégage les solistes, anges et démons dans des scènes à l\92allégresse démoniaque possède la grâce et l\92élégance de l\92érotisme latin. Pardon à ceux que l\92on oublie, car tous mériteraient d\92être cités. La voluptueuse basse continue offerte par Christina Pluhar et son ensemble ont permis à tous les interprètes un engagement sans faille. Le bonheur ici a été fait de multiples surprises, dont ces danseurs aux costumes et aux masques splendides. Mais plus que tout ce sont les sonorités des instruments anciens et rares et l\92énergie resplendissante de la direction de Christina Pluhar qui ont fait de cette représentation un instant inoubliable. Et tous les pupitres instrumentaux mériteraient également d\92être mentionnés. Retenons toutefois les percussions, dont le psaltérion, qui possèdent des nuances à la subtilité surprenantes et délicates, le cornet et le sacqueboute à la folie solaire où les théorbes qui suggèrent avec force la profondeur et les supplices des enfers.

Ce soir, Christina Pluhar et l\92ensemble des interprètes sont devenus des anges, des anges qui ont pris les couleurs du feu pour offrir au plaisir sa victoire sur les ombres."

 

 

 

Viola Zimmermann 

"OEuvre hybride faisant un large appel aux allégories et annonçant autant l\92oratorio que l\92opéra, la Rappresentazione di Anima e di Corpo d\92Emilio de\92 Cavalieri, créée à Rome en 1600, ne connaît que rarement les honneurs des scènes lyriques traditionnelles. L'Opéra de Cologne a choisi de nous convier à un authentique spectacle scénique, dans une démarche d\92actualisation qui ne lésine pas sur les moyens. La mise en scène porte la griffe d\92Uwe Hergenroder, qui avait déjà monté in loco un Don Pasquale réussi. Il signe ici une production complexe, mélangeant à la musique, selon une tradition de l\92époque de la création, des textes parlés (en allemand) renvoyant à des situations actuelles. En l\92occurrence, il fait référence au discours prononcé lors de l\92inauguration de l\92actuel Opéra de Cologne en 195? (mais aussi à l\92état de vétusté de celui-ci et aux projets d\92une nouvelle salle])et au récent discours du Bundesprasident Kohler critiquant la façon dont sont actuellement traités les grands classiques et plaidant pour un retour aux drames de Schiller dans leur intégralité. Que le spectateur non germanophone se rassure : ces textes parlés ne sont finalement pas très envahissants et n\92empêchent pas de jouir du reste du spectacle. Dans un esprit très contemporain, Hergenroder recourt à des vidéos et à une spatialisation de l\92action, choeurs et interprètes prenant parfois place dans la salle. Seuls éléments de décor: une maquette de l\92Opéra, une tribune pour les discours et une grande table de banquet. Au finale, quelques (fausses) loges s\92effondrent tandis qu\92on commence à démolir le fond de la scène avec un gros boulet.

La version musicale a été réalisée par le compositeur anglais Steve Gray. A l\92orchestre traditionnel \97 celui du Gùrzenich, en petite formation, où dominent vents et percussions, et qui pour l\92occasion prend place sur le plateau \97,il oppose un... quatuor de jazz Rien de choquant cependant. Les effets sont parfois saisissants, dans la manière dont les deux ensembles se répondent ou se complètent, même si le quatuor a parfois tendance à prendre le pas sur l\92orchestre. C\92est notamment le cas du saxophone (l\92excellent Gerd Oudek), à qui revient aussi la tâche d\92ouvrir et de clôturer le spectacle en improvisant sur des thèmes musicaux de la partition.

Alastair WiIlis, jeune et prometteur chef permanent du Seattle Symphony Orchestra, dirige l\92ensemble avec un entrain communicatif. Ouant aux solistes, ils sont très satisfaisants (on n\92attend pas de grandes voix dans la Rappresentazione), d\92autant qu\92ils sont en plus bons acteurs. Profil de divinité aztèque, Panajotis Iconomou possède une incontestable prestance dans sa salopette de technicien de l\92Opéra maniant la foreuse électrique sa voix de baryton-basse est rondement conduite. De son côté, Viola Zimmermann, en tenue de préposée aux vestiaires, convainc par son engagement scénique et son mezzo souple, même si elle connaît quelques problèmes de vibrato en début de soirée. Le vétéran Dieter Schweikart, excellent dans son discours d\92entrée, possède toujours une voix de basse solide. Une mention encore pour la basse Timm de Jong, membre de l\92Opéra Studio, pour Musa Nkuna, beau ténor lyrique, et pour la mezzo Charlotte Stoppelenburg. Saluons enfin la performance des choeurs, dont les fractions se répondent souvent en écho et qui, tout en prenant une part active à l\92action, ne perdent rien de leur homogénéité malgré leur effectif impressionnant. Le public, hélas clairsemé en cette soirée de canicule, a réservé au spectacle un accueil enthousiaste." (Opéra International - 29 mai 2005)

 

 

"Contemporaine des Euridice de Peri et de Caccini 1600, La Rappresentazione di Anima e di Corpo est un ouvrage unique on son genre. Nourri de références chrétiennes et platoniciennes, il fraie la voie au mélodrame musical et expérimente le recitar cantando, Le conflit du Corps et de l'Âme, aux aspirations inconciliables, est au coeur du débat dont deux Jeunes Gens, Intelligence et Sagesse, fixent les enleux avant que des Allégories ne l'illustrent, opposant les protagonistes éponymes, sollicités par le Plaisir et rejoints par l'Écho du Ciel, l'Ange Gardien de l'Âme, le Monde et la Vie mondaine. Si la théâtralité de l'ouvrage est indiscutable, sa mise en scène est rien moins qu'évidente. Continuiste dans la très décevante production de la Monnaie, Christina Pluhar semble avoir profité des leçons de cet échec. A l'opposé du minimalisme abstrait et vide dans laquelle le chorégraphe Pierre Droulers abandonnait les solistes et figeait l'action, son travail investit le moindre espace, mise sur le mouvement (des danses très sensuelles) et sur la lisibilité des symboles, accentuant la référence aux moralités et mystères médiévaux par la naïveté délibérée de certains tableaux les âmes damnées surgissent d'urne niche rouge on se tordant de douleurs). Le vieux cinéma De Roma ne manque pas de charme, mais ses dimensions sont plus propices aux déferlements orchestraux d'un Beethoven qu'aux récitatifs de Cavalieri. Là encore Christina Pluhar relève le défi avec panache. Animée par un sens imparable du rythme et de la respiration, elle insuffle une énergie incroyable à ses musiciens et soutient l'lntérêt sans faillir. De belle tenue, le plateau vocal serait homogène sans la présence, dérangeante, de Marco Beasley (le Corps), artiste à la croisée du baroque et des musiques du monde. L'originalité de son timbre, son magnétisme naturelcompensent mal une dynamique et une virtuosité fort limitées, ses préciosités de chanteur de charme napolitain laissant profondément perplexe... L'irruption d'une chanson espagnole apporte une touche d'exotisme finalement moins détonante. L'Âme de Johanette Zomer n'appelle que des éloges. Guest star Dominique Visse nasille plus que jamais et pimente le trio du Plaisir et de ses compagnons. Vaillantes interventions des choeurs, contrepoint idéal aux monologues et disputes des solistes. Une standing-ovation salue cette réalisation qui ne manquera pas de diviser. Alpha enregistre l'ouvrage dans la foulée au studio de Flagey."

 

 

 

 "Jean Tubéry aborde un répertoire plus large et plus imposant avec tout autant de maestria et de soin qu\92à ses débuts. C\92est en fin connaisseur de la période qu\92il aborde cette partition mythique, tout autant représentation de l\92âme et du corps, qu\92invention d\92une nouvelle langue, représentation de la Grèce et de l\92Italie, fille humaniste de l\92Antiquité. Représentation du pouvoir du récitatif, de la « seconde pratique ». En coproduction avec le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le festival d\92Ambronay se poursuivait donc par la représentation prudencienne dudit Cavalieri. On y retrouve dans les sinfonias le Tubéry virtuose du cornet, de manière générale des vents excellents, l\92émouvant lirone d\92Imke David, et un choeur bien préparé. Dans les solistes, on retiendra l\92impressionnant falsettiste Carlos Mena, ainsi que Stephan MacLeod. Toutes les troupes se sont particulièrement illustrées dans le passage des âmes damnées." (ConcertoNet)

 

 

"Chef-d\92\9Cuvre allégorique peu connu des débuts de l\92oratorio au XVIIe siècle, La Rappresentatione di Anima et di Corpo d\92Emilio de Cavalieri n\92a pas connu récemment d\92interprétation scénique. C\92est pourquoi la production de la Monnaie de Bruxelles est audacieuse et intéressante, même si sa mise en scène exploitant la vidéo laisse dubitatif. L\92art lyrique au XVIIe est friand d\92archétypes et de caractères allégoriques (l\92âme, la grâce, la fortune\85), et pour cause, son efficacité est immédiate pour édifier le public des fidèles. Aujourd\92hui, la dimension religieuse ayant perdu de son emprise, il est tentant de n\92en retenir que l\92abstraction. Ce fut le cas dans la salle Malibran du Théâtre de La Monnaie : une scène nue, avec au sol deux rectangles aux contours blancs, que les chanteurs vont arpenter au gré de la représentation, le tout surmonté d\92un écran aux couleurs très ternes reproduisant non pas les gestes esquissés sur le plateau, mais une succession d\92images enregistrées au préalable.

On peut accepter le principe du dédoublement, destiné, par la confrontation plateau/écran, à éclairer la dichotomie Ame-Corps : mais alors, pourquoi laisser cet écran si désespérément vide ? On peut aussi adhérer à une conception scénique minimale : mais pourquoi laisser les chanteurs abandonnés à eux-mêmes comme des âmes en peine ? Dans un environnement scénique si dépouillé, le moindre mouvement peut revêtir une force inattendue. Ici, rien de tel. À aucun moment, la scénographie ne paraît adopter une direction véritable, et l\92on se contente d\92appuyer des propos épars par quelques gestes probablement censés actualiser la fameuse gestique baroque. Costumes fort laids, par ailleurs : on se contentera de citer les perruques "blondasses" infligées à certains membres d\92un Ch\9Cur de Namur, au demeurant excellent.

Peut-être l\92interprétation musicale aurait pu sauver la mise ; il aurait fallu pour cela des chanteurs plus au fait des arcanes du recitar cantando. En Corpo, Hervé Lamy est solide, mais sans séduction marquée ; Stephan Macleod ne démérite pas dans sa triple intervention, Stephan van Dyck n\92est pas indigne et Carlos Mena fait jaillir une lumière bienvenue par son contre-ténor au timbre dense et projeté, même si l\92on note une certaine raideur. Seule Anne Cambier connaît de réels problèmes vocaux : timbre un peu creux, aigus faux et difficiles, grave inexistant, sa prestation se révèle éprouvante. Mais le problème principal réside dans la langue italienne, que la distribution ne réussit jamais à animer. Dans ces conditions, l\92excellence de La Fenice dirigée par Jean Tubéry paraît bien mal récompensée : continuo d\92une richesse réjouissante (saluons les contributions de Jean Mac Aymes et de Christine Pluhar), cornets et trombones irréprochables, direction subtile, toutes ces qualités n\92ont pas à pallier le manque d\92âme de ce spectacle."

"Mettre en scène la Rappresentazione de nos jours relève de la gageure ; en l'occurrence, le chorégraphe Pierre Droulers n'a pas vraiment résolu le problème de façon convaincante. Signant aussi les décors, il a muni le sol où se déroule l'action (?) de lignes blanches, entre labyrinthe et court de tennis tout autour, quelques chaises disposées de façon asymétrique. A l'arrière-plan, une rangée de sièges et des pu-pitres sont destinés aux choristes. En hauteur, un écran sert de support à une projection vidéo (due à David Claerbout, dont une oeuvre décore aussi le hall d'entrée des Ateliers) elle reproduit le même décor que sur le sol, et reste le plus souvent immobile ; de temps à autre, elle s'anime, un ou plusieurs personnages répétant en miroir ou en contrepoint ce que font les protagonistes. En fait, ceux-ci se contentent de se mouvoir sur ou entre les lignes, ou de se déplacer d'une chaise à une autre, jouant parfois avec un cube en bois. Seule Anima, en longue robe moulante blanc cassé, et Corpo, en veston rouge entrouvert sur un torse nu, se détachent des autres interprètes et des choristes, en costumes contemporains parfois unisexes, le féminin se confondant aussi avec le masculin par certaines coiffures blond cendré.

De direction d'acteurs ou de psychologie, il peut ici à peine être question, et la présentation scénique ne procure guère une meilleure compréhension du livret, loin s'en faut. Le tout baigne dans une lumière assez crépusculaire (éclairages de Jim Clayburgh), dont se détachent heureusement les superbes instruments anciens de l'Ensemble La Fenice.

La partition de Cavalieri - annonçant souvent le Monteverdi de L'Orfeo, créé sept ans plus tard - est très bien servie par Jean Tubéry et son Ensemble La Fenice. Si l'on peut, en l'occurrence, difficilement parler d'orchestration-- les musiciens n'étant qu'au nombre de dix, y compris le chef qui joue aussi du cornet -, en revanche l'instrumentation est à la fois raffinée et variée clavecin et orgue, harpe, théorbes et viole de gambe pour ce qui est des cordes, auxquelles se juxtaposent des cuivres du plus bel effet, cornets et trombones. Plus que toute mise en scène, les instruments, par leurs couleurs et leurs alternances, confèrent à l'oeuvre sa dynamique et son impact dramatique. En lieu et place de Maria Cristina Kiehr et Nicolas Rivenq, d'abord annoncés, nous avons entendu Anne Cambier, voix fraîche et menue conduite avec musicalité, et Hervé Lamy, ténor barytonnant, incarnant respectivement Anima et Corpo. Mais plus significatives encore sont les interventions du contre-ténor Carlos Mena (au volume impressionnant), du ténor léger Stephan Van Dyck et du baryton-basse Stephan MacLeod. Louons sans réserve le Choeur de Chambre de Namur, dont les seize chanteurs font preuve d'une parfaite cohésion lorsqu'ils chantent en tutti, et d'une belle pureté lorsqu'ils se détachent en solistes, notamment pour les beaux effets d'écho dont la partition est émaillée."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

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