IL GIASONE

Jason

Giasone - livret de 1649

COMPOSITEUR

Francesco CAVALLI
LIBRETTISTE

Giacinto Andrea Cicognini

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1930

Élie Cohen
Columbia
1 (extraits)
italien
1988
1988
René Jacobs
Harmonia Mundi
3
italien
1988
2014
René Jacobs
Harmonia Mundi
3
italien
2010
2012
Federico Maria Sardelli
Dynamic
3
italien
2011
2014
Antonio Greco
Bongiovanni
2
italien

 DVD
ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
2010
2012
Federico Maria Sardelli
Dynamic

 

Drama musicale, sur un livret en un prologue et trois actes de Giacinto Andrea Cicognini, adapté des Argonautiques d'Apollonius Rhodius, et dédié All'Illustriss. e Reverendiss. Sig. Abbate Vittorio Grimani Calergi (**).

(*) Giacinto Andrea Cicognini, né à Florence en 1606, fils du poète et dramaturge florentin Jacopo Cicognini. Il émigra à Venise où il se consacra à la littérature (surtout des comédies) et au théâtre, et où il mourut vers 1660. Il est désigné comme Academico Instancabile (académicien infatigable)

(**) Vittorio Grimani (1610 - 1665), ajouta à son nom celui de son épouse Calergi

Première représentation au Teatro San Cassiano, à Venise, le 5 janvier 1649, suivie de dix-sept autres à Venise, puis d'une vingtaine dans plusieurs villes d'Italie : à Florence (Giasone. Drama musicale del D. Hiacinto Andrea Cicognini... In Fiorenza, per il Bonardi, 1650) et Milan (Il Giasone. Drama musicale di Giacinto Andrea Cicognini... di nuovo riveduto e con aggiunte ristampato. In Milano, per Ambrosio Ramellati, 1650) en 1650, à Lucques en 1650, à Bologne (Giasone. Drama musicale del D. Iacinto Andrea Cicognini... In Bologna, per gli H. H. del Dozza, 1651) et Naples en 1651, à Plaisance en 1655, à Livourne en 1656, à Brescia en 1657, à Vicence en 1658, à Ferrare et Viterbe en 1659, à Milan et Valletri en 1660, à Gênes et Naples en 1661, à Pérouge en 1663, à Ancône et Viterbe en 1665, au San Cassiano de Venise en 1666, à Brescia et Naples en 1667, à Reggio Emilia en 1668 , à Rome en 1671 sous le nom de Novello Giasone, dans une adaptation de Stradella, à Naples en 1672, à Bologne (Il Giasone. Drama musicale del Dottore Giacinto Andrea Cicognini... di nuovo riveduto e con aggiunte ristampato. In Bologna, per Gioseffo Longhi, 1673) en 1673 , à Rome en 1676, à Gênes en 1681 sous le nom de Il Trionfo d'Amor delle vendette, à Gênes en 1685, à Brescia en 1690 sous le nom de Medea in Colco.

De nombreux livrets imprimés par Giacomo Batti ont été conservés. Se succèdent : la dédicace de Hiacinto Cicognini, un Sonetto per il Giasone de Giulio Strozzi à Cicognini, un Applauso poetico de Aurelio Aureli à Cicognini, un Argomento, un Alli Lettori & Spettatori del Drama, et la liste des Interlocutori.

Giasone - livret - première impression 1649

Dès la seconde impression figurèrent des nuove Canzonetti ajoutées. Les trois premières impression datent de 1649, la quatrième de 1650, la cinquième de 1654.

Giasone- livret - quatrième impression - 1650

On dispose aussi d'une édition du livret de Giasone, datant de 1664, par Camillo Bortoli, à Venise, sans référence à une représentation.

 Il Giasone - livret - 1664

Une autre édition du livret, également datée de 1664, et conservée à Lyon, est due à Nicolo Pezzana. Il est intitulé : Il Giasone, Drama musicale del Dottor Giacinto Andrea Cicognini Fiorentino, auquel on a ajouté à la main : Collège de la Sainte Trinité de la Société de Jésus.

Il Giasone - livret - 1654

 

Giasone fut l'opéra italien le plus représenté au XVIIe siècle (on a recensé 25 productions jusqu'en 1681), et il en existe une douzaine de manuscrits différents (mais pas celui de la première représentation), notamment ceux de Venise (Biblioteca Marciana - collection Contarini), de Vienne et d'Oxford. L'orchestration y est réduite à trois parties : deux violons et continuo.

En 1666, l'opéra fut remanié et Alessandro Stradella lui ajouta un prologue et trois airs, sur des textes de Giovanni Filippo Apolloni et Filippo Acciaiuoli. Ainsi modifié, il fut présenté à Venise, au théâtre Tron di San Cassiano. Le livret correspondant, daté du 23 février 1666, fut édité par Camillo Bortoli, et dédicacé à Benetto Zorzi, Giacomo Celsi et Carlo Andrea Tron, protecteurs du théâtre. Le Prologue se passe entre Nobilta, Musica, Poesia, Capriccio et Compatimento. Il comporte un ballet à la fin des actes I (Ballo di Spiriti), et II (Ballo de' Marinari).

Il Giasone - 1666 - frontispiceIl Giasone - livret de la reprise à Venise en 1666

Intitulé Il Novello Giasone, l'opéra fut repris dans divers lieux, dont notamment en 1671, au Teatro Nuovo di Roma in Tordinona.

Giasone - livret de 1671

Le livret, réimprimé en 1676, porte une dédicace à Madama Maria Mancini Colonna, Duchessa de Palliano, di Tagliacozzo, e Gran Contestabilezza del Regno di Napoli, nièce de Mazarin, qui avait pousé Leonardo Onofrio Colonna en 1661.

 

En 1883,  Robert Eitner (1832 - 1905) réalisa une édition de l'acte I de Giasone.

En 1930, deux extraits furent enregistrés par Columbia sur un disque 78 tours. Madeleine Leymo, soprano de l'Opéra Comique chantait l'Invocation de Médée et la Scène du Sommeil, dans un arrangement de Henry Prunières, accompagnée par l'Orchestre de l'Opéra Comique, dirigé par Elie Cohen. 

"L'ouvrage lyrique le plus célèbre du XVIIe siècle. Il y règne une atmosphère tragique mêlée d'un indéniable cynisme, et l'écriture de Cavalli atteint une puissance d'évocation souvent des plus étonnantes" (Diapason - avril 1995).

"L'intrigue s'inspire de la légende des Argonautes, en s'attachant en particulier aux amours de Jason et de Médée. Le texte est plutôt médiocre, mais assez représentatif du goût mélodramatique du XVIIe siècle. Les épisodes inutiles et dénués de sens sont nombreux, les traits d'esprit souvent vulgaires. Le finale est très gai et s'éloigne du dénouement traditionnel de la légende. Jason épouse Hypsipyle, reine de Lemnos, et calme ainsi la colère de Jupiter, tandis que Médée, reine de Colchide, revient à un ancien soupirant qu'elle avait abandonné et méprisé mais qui, depuis, l'avait sauvée de la mort." (Dictionnaire chronologique des opéras - Le Livre de Poche)

 

Personnages : Giasone, chef des Argonautes (alto) ; Medea, reine de Colchide (soprano) ; Isifile, reine de Lenno (soprano) ; Ercole, un des Argonautes (basse) ; Besso, capitaine de la garde de Jason (basse) ; Egeo, roi d'Athènes (ténor) ; Oreste, confident d'Isifile (basse) ; Demo, serviteur (ténor) ; Delfa, nourrice (alto) ; Alinda, dame (soprano) ; Rosmina, jardinière (soprano) ; Giove (basse) ; Eolo (alto) ; Zeffiro (soprano) ; Volano, esprit (ténor)

L'opéra se passe partie sur l'île de Colco, partie dans la campagne d'Ibero.

Décors : Palais de Médée ; bois ; grotte enchantée ; château où est le labyrinthe ; mer ; jardin ; rocher dans la mer ; salle royale

 

Synopsis détaillé

Prologue

C'est aujourd'hui que Jason, chef des Argonautes, va conquérir la Toison d'or et épouser Médée, le destin le veut d'ailleurs ainsi. Apollon triomphe, il est fier d'être un ancêtre de cette demi-déesse ! Mais Cupidon, Dieu de l'Amour, faute d'avoir été consulté, dit-il, avait uni Jason à la reine Hypsipyle depuis longtemps déjà. Les dieux se préparent à une franche dispute.

Acte I

Les jardins du palais de Médée, à Colchide

La toison d'or du bélier est consacrée à Jupiter et gardée par un monstre dans le château de Médée. Mais Jason peut-il prendre le risque de conquérir cette bête ? Après une année d'amour sur l'île de Lemnos où il devint époux de la reine Hypsipyle et père de jumeaux, puis une seconde année dans ce château de Colchide avec une femme inconnue qui engendra également des jumeaux, notre héros s'est ramolli.

Hercule s\92indigne en voyant que Jason est encore au lit dans les bras d\92une séductrice inconnue (qui est en fait Médée). Jason apparaît, jubilant ; il ne connaît toujours pas l\92identité de sa maîtresse. Hercule lui rappelle qu\92il a épousé Hypsipyle qui s\92est retrouvée mère de jumeaux. Jason ne doute pas que son nouvel amour lui donnera des forces pour conquérir la toison.

La jardinière Rosmina, dont c\92est l\92unique apparition, dénonce les mauvaises m\9Curs des dames de la cour, mais avoue que l\92appel des sens ne la laisse pas indifférente.

Médée reçoit Égée, roi d\92Athènes, qu\92elle a jadis aimé, et le repousse une fois de plus, poussant la cruauté jusqu\92à refuser de le tuer, ce dont il la supplie.

Oreste, confident d\92Hypsipyle, cherche Jason. Il tombe sur Démos, bouffon bossu et bègue, au service d\92Égée, qui lui apprend que Jason est amoureux d'une nouvelle femme.

Delfa, la fidèle et dévouée nourrice de Médée, conseille à celle-ci d'épouser Jason dès maintenant afin d'épargner à ses fils le déshonneur de grandir comme enfants naturels si leur père venait à mourir aujourd'hui à la bataille.

Aussi Médée se présente-t-elle à la tente de Jason comme visiteur nocturne ; transportés de joie, ils échangent leurs voeux de mariage.

À l\92embouchure de l\92Ibéros, à quelques milles de Colchos

Hypsipyle cherche refuge : une révolution l'a contrainte de fuir Lemnos. Elle attend Oreste dont espère obtenir des nouvelles de Jason. Elle aime toujours Jason et délire.

Le palais de Médée

Médée invoque les esprits pour assurer la victoire de Jason. Il lui apporte une bague qui fera recouvrer à Jason sa puissance de jadis.

Acte II

À l\92embouchure de l\92Ibéros

Hypsipyle attend toujours Oreste. Sa confidente Alinda critique les amours trop exclusives. Hypsipyle s\92évanouit. Oreste arrive pendant qu\92elle rêve de Jason ; il va céder à la tentation de l\92embrasser quand elle se réveille. Il lui annonce que Jason doit s\92enfuir de Colchos avec Médée et passer à proximité de l\92Ibéros. Hypsipyle crie vengeance.

Au château qui contient la toison d\92or

Médée remet à Jason l'anneau magique. Jason tue un taureau, puis un dragon, et s\92empare de la toison. Lui et Médée prennent la fuite. Démos l\92annonce à Égée, qui décide de les suivre sur un petit bateau.

La Grotte d'Eole

Jupiter, qui soutient Hypsipyle, demande à Éole de déchaîner une tempête pour punir Jason. Amour négocie : il suffira de pousser Jason vers l\92Ibéros et de lui faire épouser Hypsipyle.

Au port

Oreste et Alinda se déclarent mutuellement une flamme raisonnable, sans passion. Démos, à qui la tempête destinée à Jason a fait faire naufrage avec Égée, aborde à la nage. Jason et Médée arrivent avec toute leur escorte. Alinda se réjouit de voir arriver tant de beaux hommes, notamment Bessus, lieutenant de Jason ; ils ne tardent pas à tomber dans les bras l\92un de l\92autre.

Hypsipyle a appris l\92arrivée de Jason. Celui-ci la fait passer aux yeux de Médée pour une folle qui s\92attribue toutes les aventures dont elle a entendu parler ; et donc, quand Hypsipyle raconte que Jason l\92a épousée et lui a fait des jumeaux, Médée pense que c\92est sa propre histoire qui a été récupérée. Hypsipyle demeure furieuse de voir Jason s\92en aller avec Médée.

Acte III

Dans un bosquet, près de l\92Ibéros

Oreste résiste aux charmes de Delfa. Médée et Jason s\92endorment pour rêver l\92un de l\92autre. Hypsipyle réveille Jason qui promet de lui revenir, - à condition qu\92elle s\92éloigne. Lorsqu\92il la prend dans ses bras pour lui en donner un gage, Médée les surprend, fait semblant de céder Jason à Hypsipyle, mais ordonne discrètement à Jason de la faire périr.

Jason envoie donc Hypsipyle dans une vallée où elle demandera à Bessus « si les ordres de Jason ont été exécutés ». Hypsipyle part. Jason donne les consignes à Bessus : jeter à l\92eau celui ou celle qui demandera si, etc.

Égée et Démos se retrouvent.

Hypsipyle chante son bonheur. Oreste lui rappelle qu\92elle devrait allaiter ses fils.

Médée impatiente va trouver Bessus et lui demande si les ordres de Jason, etc. Bessus la fait donc jeter à la mer. Hypsipyle, retardée par la tétée, arrive ensuite et demande si, etc., mais Bessus ne veut pas, dit-il, tuer plus d\92une personne par jour.

Égée sort Médée de l\92eau. Jason apprend que Bessus a tué une reine ; Médée arrive sur ces entrefaites. Égée, poussé par Médée, tente de poignarder Jason, mais Hypsipyle l\92en empêche. Bessus finit par tout expliquer. Médée, retournant à ses premières amours, cède Jason à Hypsipyle ; Jason déclarant préférer toujours Médée, Hypsipyle réclame qu\92il la tue \96 à condition de garder ses mamelles intactes pour leurs enfants. Jason cède enfin. Ch\9Cur final de réjouissance.

Une dernière scène montre Jupiter reconnaissant le triomphe d\92Amour ; Zéphyr, sur un cygne, s\92apprête à descendre sur terre pour rafraîchir Jason.

 

Il novello Giasone

Dans la version de 1671, Il novello Giasone, la trame dramatique et le détournement du mythe ne sont absolument pas modifiés, et l\92enchaînement des événements du précédent synopsis reste valable. Les changements principaux \96 indépendamment de la musique - sont les suivants :

- un dégraissage considérable du texte : tirades raccourcies, souvent avec des raccords brutaux, élimination des images les plus baroques. Par exemple, le récit du combat de Jason (II, sc. IV) est amputé des deux tiers. La déchirante \96 ou hilarante - tirade d\92Hypsipyle (III, sc. XXI de 1649) passe de 362 mots (en traduction) à 65. Au total, de la version de 1649 à celle de 1671, on passe d\92env. 17000 mots (en traduction) à 13000, soit environ 20% de moins.

- des modifications d\92airs, couplets ajoutés, retranchés, modifiés ou substitués ; par ex. II, sc. VII, introduction d\92un air misogyne de Démos, sans aucun rapport avec la situation.

- à l\92acte I, introduction d\92une scène (sc. II) où Alinda, vêtue en homme, déclenche la lubricité de Delfa. Inversement, la scène de Rosminda est éliminée \96 et le personnage du même coup.

- à l\92acte II, la scène de la grotte d\92Éole (II, VIII) est totalement éliminée, de même que celle entre Oreste et Alinda (II, IX) ; celle entre Bessus et Alinda est raccourcie de moitié.

- la scène d\92incantations (I, XV) est située dans une grotte et non plus dans une pièce du palais de Médée.

- un intermède avec un satyre et Amour est rajouté à la fin de l\92acte II.

- à l\92acte III, la première scène, où Oreste et Delfa font le point sur la situation, disparaît. Disparaît également la scène X (éloge de l\92inconstance par Delfa). En revanche, une scène où Démos est chargé de tuer Jason, et essaie de le faire avec un violon ( !), est rajoutée. La scène finale (Jupiter, Amour, Zéphyr) disparaît.

Un prologue faisant intervenir la Noblesse, la Musique, la Poésie, le Caprice et la Compassion, figurant dans la version de 1666, est absent de la version de Rome, 1671.

 

1649 : http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0004/bsb00047992/images/index.html (Rome - Istituto Storico Germanico)

1649 : http://www.urfm.braidense.it/rd/00981.pdf (Milano - Biblioteca Nazionale Braidense)

1649 : http://books.google.fr/books?id=lStLAAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=il+giasone&source=bl&ots=-dJLWWKanv&sig=4w8E6dXinhHtWkSO98wSHpJ2_eA&hl=fr&sa=X&ei=6B5jUNzaDuaJ0AXvsYCYAg&ved=0CEkQ6wEwBA#v=onepage&q&f=false

1664 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k51253c/f2.image

1666 : http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0004/bsb00048111/images/index.html (Rome - Istituto Storico Germanico)

1666 - http://www.urfm.braidense.it/rd/00523.pdf (Milan - Biblioteca Nazionale Braidense)

1666 : http://books.google.fr/books?id=afxDAAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=il+giasone&source=bl&ots=NV3zIgcCuI&sig=ZlQb8hk3cD-GpivofQQAcOyS_og&hl=fr&sa=X&ei=6B5jUNzaDuaJ0AXvsYCYAg&ved=0CDsQ6AEwAg#v=onepage&q=il%20giasone&f=false

1676 : http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0004/bsb00047905/images/index.html

http://www.librettidopera.it/giasone/giasone.html

 

Représentations : 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

"Première reprise, dans les temps modernes, du Giasone de Cavalli avec les ajouts d'Alessandro Stradella. Après sa création vénitienne en 1649, l'ouvrage devient rapidement l'un des plus populaires de son temps. Le 24 janvier 1671, pour une représentation au Teatro Tordinona de Rome, Giuseppe Apolloni et Filippo Acciaiuoli retravaillent le livret original de Cicognini, revisitant le mythe avec beaucoup d'imagination. Stradella s'attelle, pour sa part, à la partie musicale. il supprime le choeur, adapte ou réécrit complètement les lignes vocales (Giasone, castrat à l'origine, échoit à un baryton), intègre de nouvelles pages (notamment des ballets-pantomimes et un intermezzo buffo), l'ouvrage s'appelant désormais « Il novello Giasone ».

A la tête de l'ensemble baroque OIDI, Antonio Greco s'attache précisément à mettre en exergue les nouveautés apportées par Stradella au style général de l'opéra, joué dans l'édition critique de Nicola Usula et Marco Beghelli avec le concours de Lorenzo Bianconi). Scéniquement, les destinées de la production sont conditionnées par le choix du Teatro Verdi plutôt que la cour intérieure du Palazzo Ducale. La musique ancienne sonne évidemment très bien dans ce petit espace, mais le plateau ne dispose pas des équipements techniques nécessaires à la réalisation des effets spéciaux qui, à l'époque, soulevaient l'admiration du public. Sans merveilleux ni grand spectacle, un opéra de ce type perd forcément une part de son essence.

Les décors de Benito Leonori sont très simples. La vaste coque d'un navire sert, à la fois, de métaphore des passions et de rappel de la quête des Argonautes, tandis que les mouvements d'une grande voile sont censés compenser l'absence de «machines». Cette solution, pour le moins spartiate, n'a pas manqué de faire débat, ni de soulever de vives réserves. Le prinncipal problème, pourtant, reste la mise en scène de Juliette Deschamps, qui aurait pu raconter l'histoire avec davantage de clarté et approfondir la psychologie des personnages.

Solide, la nombreuse distribution est dominée par Roberta Mameli en Isifile, la véritable protagoniste d'Il novello Giasone. Son soprano lvrique, au médium dense et expressif, se plie aisément aux plaintes de la femme séduite puis abandonnée, ces douces cantilènes qui constituaient la marque de fabrique de Cavalli, et que Stradella s'est bien gardé de sacrifier. Quand il le faut, l'instrument sait également se plier aux exigences du chant d'agilité.

Remplaçant Daniela Dessi, blessée, Aurora Tirotta campe une Medea très crédible, face à l'efficace Giasone de Borja Quiza. L'Egeo de Mirko Guadagnini s'améliore au fil des scènes, tandis que Luigi De Donato incarne un sobre Besso. Comme dans Aureliano in Palmira, Luca Tittoto fait valoir ses qualités de timbre, Gaia Petrone offrant une intéressante voix de mezzo-soprano, au grave profond de contralto et à l'aigu facile.

Accueil très chaleureux du public, avec de nombreux rappels à la fin."

 

 

 

"Héros de la mythologie grecque et des péplums hollywoodiens, Jason fut aussi, au XVIIe siècle, l\92antihéros du plus populaire des opéras vénitiens. Le livret de Giacinto Andrea Cicognini s\92inspire très librement d\92Apollonios de Rhodes et néglige les aventures qui ont forgé la légende du fier Argonaute pour nous révéler la duplicité d\92un macho singulièrement lâche et frivole. Les reines trahies de Lemnos (Hypsipyle) et de Crète (Médée) sont en fait les véritables héroïnes de ce Giasone créé au Théâtre San Cassiano en janvier 1648 ou 1649 sur une musique de Francesco Cavalli. La fidélité et l\92abnégation de la première, le pardon de la seconde et leur commune détermination esquissent une autre histoire de l\92opéra, où les femmes ne sont pas interdites de bonheur et ne meurent pas tragiquement, mais forcent l\92admiration et tiennent la dragée haute aux hommes. Bien sûr, Catherine Clément nous rétorquerait que cette lecture eût été impensable à l\92époque, foncièrement patriarcale, et qu\92elle ne peut guère expliquer le succès durable de Giasone. Du reste, des figures secondaires (Ægeus, Besso) rachètent en partie l\92honneur des hommes et la tragicomédie impose un lieto fine où les couples légitimes se reforment (Médée/Æegeus ; Jason/ Hypsipyle), l\92indulgence des compagnes bafouées à l\92endroit de Jason autorisant des interprétations flatteuses pour son ego comme, d\92ailleurs, pour celui des spectateurs qui se seraient identifiés à l\92irrésistible don juan.

L\92intrigue ne nous fournit pas les raisons du triomphe de cet opéra ; elles sont plutôt à rechercher dans sa construction et sa facture originales. Giasone représente un bref moment d\92équilibre dans l\92histoire de l\92opéra : c\92est en même temps le point final du processus de maturation d\92un genre, écrit Ellen Rosand, et le début d\92une nouvelle forme de théâtre dans lequelle, pleinement légitimée et soutenue par l\92influence croissante du chanteur, la musica pourrait finalement assujettir le drama1. Grâce à l\92étroite collaboration du poète et du musicien, l\92air se distingue enfin clairement du récitatif et ses fonctions dramatiques se précisent, le musicien s\92émancipe et ose jouer la séduction, mais sans jamais mettre en péril la balance subtile du chant et du discours. Dans Giasone, toutes les conventions du théâtre musical vénitien concourent à ce miracle rarement reproduit au cours de l\92histoire de l\92opéra, des airs comiques aux sommeils, en passant par les duos amoureux, qui rivalisent de volupté, les lamenti, où Cavalli demeure inégalé, ou encore l\92invocation des Esprits Infernaux par Médée, d\92une exceptionnelle puissance dramatique, et dans laquelle Ellen Rosand voit le prototype des scènes d\92incantation à venir2. Le mélange des genres, si prisé des Vénitiens, n\92est pas non plus étranger à la réussite de l\92entreprise: comique, tragique et surnaturel se côtoient et s\92interpénètrent avec un naturel déconcertant, opposant à une galerie de personnages extrêmement typés et proches de la commedia dell\92arte, unidimensionnels mais très efficaces, la figure plus dense et crédible de la reine de Lemnos, une Hypsipyle tendre et combative, dont le dernier lamento représente le climax de l\92opéra.

Federico Maria Sardelli et Mariame Clément ont choisi la version de Giasone conservée dans le manuscrit de Vienne, le plus complet des neuf qui nous sont parvenus. Ils ont procédé à quelques coupures pour la réduire à des proportions acceptables par le public actuel \96 la jardinière Rosmina et ses deux airs passent ainsi à la trappe \96, bien qu\92elle dure encore près de trois heures et demie ! Ces interventions ne semblent en tout cas pas affecter sa lisibilité ni sa cohérence. Comme toutes les partitions italiennes de cette période, celle de Giasone n\92offre qu\92un canevas : plusieurs parties instrumentales ne sont pas notées, il manque des sinfonie et ritornelli et, pour reprendre l\92image de Federico Maria Sardelli, elle nécessite un délicat travail de restauration. Devant ces lacunes, les musiciens empruntent généralement à d\92autres ouvrages du même compositeur (Christophe Rousset) ou à ses contemporains (René Jacobs). Sardelli a opté pour une troisième voie, plus aventureuse: il a écrit lui-même des morceaux alla Cavalli, convaincu que ces pages s\92intégreront d\92autant mieux à la partition qu\92elles serviront la même dramaturgie. Le chef affirme qu\92il est impossible de distinguer ses ajouts de l\92original cavallien. Une oreille experte pourrait sans doute le contredire, la nôtre n\92a relevé aucune disparité.

Si Jason est une figure burlesque et n\92a plus rien de mythique, comme le note Mariame Clément, gommer ses origines héroïques et toute référence à la mythologie constituerait un appauvrissement considérable. La tentation est grande, pourtant, car ces éléments, bien que constitutifs de l\92opéra, posent un réel défi aux metteurs en scène. La réponse de Mariame Clément est plurielle et féconde : Nous avons créé une mythologie propre. Quelque chose entre le grandiose, le banal et le pitoyable. Le décor unique, entre champ de fouilles archéologiques et paysage industriel, semble au premier regard plutôt trivial avec son hangar, ses placards, ses bouches d\92égout et son escalier en colimaçon, mais il se révèle très vite un formidable espace modulable, propice aux surprises en tout genre. Impossible de ne pas mentionner l\92entrée de Jason, premier et mémorable tableau de l\92opéra : le panneau coulissant d\92un placard dévoile le bourreau des c\9Curs endormi, le torse nu dépassant de draps immaculés, lorsque une, deux, puis trois et bientôt six mains inconnues jaillissent du fond du lit, l\92enlacent et le caresse alors qu\92il chante en rêvant les délices de l\92amour (« Delizie contente », un bijou dont s\92est notamment éprise Cecilia Bartoli). Autre image forte, éminemment poétique: Hypsipyle apparaît dans une niche géante, telle une madone sculpturale sur fond d\92azur, ses jumeaux sur les genoux. Mariame Clément assume pleinement la charge comique de Giasone et joue habilement des codes, entre clins d\92\9Cil à la machinerie baroque et dérision. Elle signe un travail inventif et coloré, ludique, rythmé et sans la moindre baisse de régime \96 un exploit pour un spectacle d\92une telle longueur ! Bien sûr, rien n\92est aussi personnel que l\92humour, sinon le rapport au corps et au sexe\85 La scénographie suscite, dès l\92entracte, des commentaires contrastés. Les héros sont fatigués mais ivres de désirs, Cicognini et Cavalli l\92ont voulu ainsi, certes, d\92aucuns font pourtant la moue devant Le Choc des Tétons chorégraphié par Mariame Clément: poitrail maigre et juvénile (Jason) ou charnu et velu (Ægeus), musculeux et moulé sous un maillot de footballeur américain (Hercule), obus gorgés de lait (Hypsipyle) ou seins flasques et pendants, agités comme d\92improbables appâts (Delfa), c\92est le triomphe de la poitrine !

Federico Maria Sardelli et Mariame Clément disposent d\92un plateau idéal: les jeunes chanteurs rassemblés par le Vlaamse Opera non seulement savent jouer et se donnent sans compter, mais ils débutent également tous dans leurs rôles, un atout inestimable pour fédérer les artistes autour d\92une même vision et développer un véritable esprit de troupe. Christophe Dumaux, qui ne cesse de bonifier, incarne un Giasone cabotin à souhait, à la fois séduisant et détestable, et se tire avec panache d\92une tessiture périlleuse pour un contre-ténor. Tout oppose la sombre Medea de Katarina Bradic, vamp au port de reine et aux regards incendiaires, et la douce, l\92aérienne Isilfe (Hypsipyle) de Robin Johannsen, si touchante dans ses lamenti. Si sa partie est la plus gratifiante vocalement parlant, sur le plan théâtral, Demo, le bègue bossu et affublé ici d\92oreilles de lapin, est un rôle fabuleux dont Filipo Adami exploite avec génie tout le potentiel drolatique. La nourrice de service (Delfa), campée par Yaniv d\92Or, inquiète autant qu\92elle amuse : le jeune contre-ténor possède un grain de voix corsé et le grimage étrange imaginé par Julia Hansen l\92apparente aux créatures hybrides du plasticien et vidéaste Matthew Barney (Cremaster). Il n\92y a pas de seconds couteaux ni le moindre maillon faible chez leurs partenaires: Angélique Noldus (Alinda), Emilio Pons (Egeo/Sole), Andrew Ashwin (Ercole/Oreste) et Josef Wagner (Giove/Besso), tous, sans exception, sont parfaitement distribués et convaincants. Dans la fosse, à des années lumières de ses Vivaldi fougueux et débridés, Federico Maria Sardelli réalise un travail d\92orfèvre et dirige, la flûte au bec dans les ritornelli, une phalange mixte où des continuistes chevronnés (deux luths, deux clavecins et une gambe) côtoient une petite quinzaine d\92instrumentistes issus de l\92orchestre maison. Si l\92intonation et le style ne sont pas irréprochables, l\92émulation est bien réelle et les chanteurs bénéficient, dans l\92ensemble, d\92un excellent soutien.

Giasone n\92avait encore jamais été monté en Belgique et on ne peut que se réjouir de voir le Vlaamse Opera impliquer directement ses musiciens dans un tel projet. La saison prochaine affiche une nouvelle production d\92Il Ritorno d\92Ulisse in Patria confiée à Michael Hampe et Federico Maria Sardelli. Gageons que les théâtres de Gand et d\92Anvers accueilleront d\92autres ouvrages de Cavalli dans les années à venir. Après La Calisto, La Didone ou Eliogabalo, Giasone démontre que les opéras du Vénitien peuvent aujourd\92hui encore plaire et toucher."

  "Créé à Venise en 1649, Giasone offre bien des rapprochements avec L'Incoronazione di Poppea (on sait que Monteverdi et Cavalli se fréquentaient souvent. En interprétant avec fantaisie Apollonios de Rhodes, le librettiste Cicognini agit comme Busenello. Des lignes dramaturgiques entrelacées, chacune attachée à un personnage, structurent un livret où la mythologie est prétexte et où se joue une astringente comédie de m\9Curs politiques qui, au présent, parle du présent. Après coupures et suppressions (deux rôles secondaires) opérées dans cette magistrale partition, Giasone passe de quatre à trois heures, tandis que le chef d'orchestre a instrumenté (voire écrit) sinfonie et ritournelles.

Mariame Clément a placé l'action de ce piquant livret dans un actuel chantier de fouilles archéologiques. Ce choix est judicieux : divers temps historiques jouent entre eux, que singularise une joyeuse pluralité de niveaux (joints par des escaliers et des pentes) et de boîtes à surprises (conteneurs aux formes diverses et aux couleurs clinquantes). Mais si les accès à la scène, les mouvements sur le plateau et l'esthétique hétéroclite créent amusements et surprises, leur charme s'émousse à mesure que leur usage se répète et que les chanteurs manquent d'espace dans ce cadre saturé. La direction d'acteurs, inspirée du burlesque, est opportune, même si elle peine, ça et là, à matérialiser les multiples registres expressifs dont regorge ce touffu livret. Peu de réserves, en définitive, au regard de cette montagne que Mariame Clément vainc avec gourmandise.

Sans doute fébrile en cette première, l'équipe de chanteurs tarde à révéler sa cohérence. UN seul se montre constant, au point d'être le droit fil de la représentation: Christophe Dumaux. Acteur habaile, il fait du rôle-titre un héros certes dilettante, mais probe et naïf : le travail vocal est d'une indéniable qualité, y compris dam le grave qui, chez les falsettistes, est souvent peu projeté.

A ses côtés, en Isifile (seul personnage féminin immuable en ses sentiments), Robin Johannsen réalise une belle composition : son timbre assez léger sait se faire plus corsé pour exprimer les sentiments les plus intenses, notamment lors de l'ultime scène. Pour incarner :Medea (ce serait une Poppea plus ample), Katarina Bradic n'a pas toute la densité requise, mais l'actrice sait construire un caractère convaincant.

Le reste de la distribution offre de bons compromis entre le chant et le théâtre, avec de l'excellence (Emilio Pons, impérial Egeo, et Filippo Adami, subtil dans le bégayant Demo), mais aussi une maldonne : Delfa, l'un de ces rôles ancillaires travestis dont regorge le naissant opéra italien, D'abor,. il convient à un ténor et pas à un falsettiste : ensuite, Yaniv d'Or ne maitrise pas les fréquents changements registraux (en cet exercice, n'est pas Dominique Visse qui veut!). Rythmiquement indolent, Federico Maria Sardelli accompagne les chanteurs davantage qu'il les conduit à l'ubris qui est le sel de l'art cavallien."

"La réalisation co-signée par le chef d\92orchestre Federico Maria Sardelli et Mariame Clément, metteur en scène, est un régal d\92humour musical dont on sort souriant et léger au terme de trois heures trente de joyeuses mises en boîte visuelles et délicates dentelles musicales.

En cette première mi-temps du 17ème siècle, fin Renaissance, début baroque, où les archétypes de l\92antiquité étaient volontiers cuisinés à la sauce carnaval, la popularité de ce Jason plus comique que tragique ne tenait pas uniquement à sa musique. L\92écriture et l\92imagination de son librettiste Giacinto Andrea Cicognini, auteur en vogue d\92une série de pièces de théâtre souvent apparentées à la commedia dell\92arte en occupait une part égale. C\92est lui qui, en dialogues vif argent, détourna l\92épopée de Jason, conquérant de la Toison d\92Or tirée de la saga des Argonautes d\92 Appollonios de Rhodes, en une love story sentimentale et burlesque avec happy end à la clé. L\92amant de Médée y est traité comme un héros de papier mâché. Tout joli, tout mignon mais lâche et menteur, il séduit à tout va, baise plus vite que son ombre, fait des enfants et complote en mafieux de bazar pour échapper à ses responsabilités. Deux reines sur les bras, l\92une de Corinthe, l\92autre de Lemnos, l\92une vamp, l\92autre grisette, Médée impériale et glacée d\92un côté, Isifile/Hypsipyle, maternelle et ardente de l\92autre, comment va-t-il s\92en sortir ? Oreste, Egée, Hercule, Jupiter, Amour, Cupidon, Demo le nain bègue, Besso, le capitaine va-t-en-guerre, sont appelés en renfort pour nouer, dénouer, pimenter ses aventures « romanbolesques ».

A l\92époque de leur création, les opéras étaient, on le sait, élaborés à partir de canevas à la fois au niveau musical qu\92à celui des textes. On improvisait des heures durant devant un public qui entrait, sortait, jouait aux cartes, buvait, mangeait. De ces moules flexibles dont on a retrouvé des partitions inachevées il faut aujourd\92hui tirer des formes définies. « S\92approprier puis diriger ce type d\92\9Cuvre s\92apparente à la restauration d\92un tableau de maître », dit Federico Maria Sardelli, chef italien, spécialiste du répertoire baroque pour lequel il créa l\92ensemble Modo Antiquo, auteur notamment d\92une Edition Vivaldi gravée chez Naïve qui remporta de nombreux prix. Peintre à ses heures et surtout flûtiste virtuose il prend manifestement un plaisir gourmand à diriger ce Giasone qu\92il a aménagé et réduit à la taille d\92un opéra de répertoire. Un travail d\92archéologue du son qu\92il exécuta en complicité avec Mariame Clément, jeune metteur en scène débordante de ressources et d\92imaginations décalées dont on a récemment apprécié, à l\92Opéra du Rhin de Strasbourg, une Platée se jouant avec délectation des anachronismes les plus farfelus.

C\92est la même inspiration loufoque, ce petit air d\92irrévérence qui fut autrefois le label du Grand Magic Circus, qui guide sa mise en scène de Giasone dans les décors de brocante fourre-tout de Julia Hansen : une sorte de décharge portuaire où trône un container numéroté en ferraille rouge, des citernes renversées, un escalier en colimaçon, des palettes de marchandises, un cric à roue dentée pour actionner en grinçant les levers et baissers de rideau. Les costumes sont du même jus hétéroclite, nippes ramassées aux Puces, du kilt à la robe de lamé or en passant l\92habit de toréador ou la panoplie de rugbyman, aucun grain de folie vestimentaire ne manque à l\92inventaire. Certains comme Demo le nain transformé en âne, ou Hercule devenu bouc arborent des maquillages de cirque, faux nez, perruques en broussaille, sourcils en pétard. La direction d\92acteurs est tracée au millimètre des gags, tous jouent le jeu de la comédie charge comme s\92ils étaient des pros du vaudeville. Mais aussi et surtout \96 ils chantent ! L\92ensemble est d\92une belle homogénéité, sans éclat renversant mais aussi sans fausses notes.

Si dans le rôle titre le contre-ténor français Christophe Dumont se situe loin de la taille d\92un Philippe Jaroussky, la veulerie affichée de son personnage, son côté ventre mou, s\92accorde à la projection timide de son timbre. La Médée de Katarina Bradic, mezzo-soprano serbe, brune incendiaire à la taille mannequin pour défilés de mode (elle change de tenue sexy à chaque scène), se sert de sa voix un rien sèche pour pimenter ses faux air de méchante reine façon de Blanche-Neige. Emilio Pons/Egée, Andrew Ashwin/Oreste, Filippo Adami/Demo l\92âne bègue, Joseph Wagner/Jupiter, Yanivd\92Or, l\92autre contre-ténor en nourrice burlesque, tous fonctionnent en mécaniques huilées de la farce sans pour autant négliger les plages émotives qui s\92insèrent comme des bouffées de chaleur. Pour celles-ci, la soprano américaine Robin Johannsen, en Isifile/Hypsipyle, midinette énamourée déploie des aigus célestes et des graves à labourer les c\9Curs. En robe de fée à trois sous, avec ses jumeaux autour des seins, elle est magnifique.

Federico Maria Sardelli dirige en expert joyeux les excellents instrumentistes réunis par et pour l\92Orchestre Symphonique de l\92Opéra de Flandre/Vlaamse Opera, taquine ses trois flûtes piccolo, soprano et alto, prend, entre deux envolées guillerettes, le temps de respirations romantiques, quand les arias ou les duos, souvent sublimes, se font d\92amour et de passion."

"Si "Giasone" de Francesco Cavalli (1602-1676) n\92a jamais été monté en Belgique, le public de la Monnaie garde encore le souvenir enchanté de "La Calisto", dans la version Wernicke-Jacobs, découverte absolue à l\92époque (1993) de l\92opéra vénitien du XVIIe siècle. Tout y était rassemblé : le rêve, la mythologie, le burlesque, les feux d\92Eros, projetés dans les sublimes constellations de la villa Caprarole. Avec "Giasone" tel que présenté dans une nouvelle production du Vlaamse Opera - on y raconte les tribulations amoureuses du chef des Argonautes, tiraillé entre Isifile, la reine de Lemnos, et la mystérieuse amante rencontrée à la cour de Médée (qui se révélera être Médée elle-même) -, nous voilà dans les fouilles ! C\92est en contrebas d\92un site historique - que l\92on peut situer au large de le la mer Egée - que, dans le traditionnel prologue, Cupidon et Apollon (deux archéologues besogneux) s\92écharperont, qui tenant pour Isifile, qui tenant pour Médée, avant de ranger leurs attributs (ailes et rayons) dans la cantine du chantier. A partir du deuxième acte, c\92est en contrebas d\92un autre, que se feront les échanges - hilarants - avec la mer, ses algues et ses poissons.

Si saugrenu qu\92il soit, ce thème des fouilles, dû à la Parisienne Mariame Clément, qui signe la mise en scène, offrira une foule de possibilités, généralement bouffonnes, mais intégrant souvent le merveilleux - telle la première apparition d\92Isifile, dans sa "conque" (une cheminée d\92évacuation) - et offrant pleine liberté à l\92imagination (sans borne) de la jeune metteuse en scène. Sans compromettre la séduction de la musique, ni des personnages, Mariame Clément ne se fait pas faute de souligner le côté vaudeville ou feuilleton (genre "Les feux de l\92amour") du livret, où, à force de tromper ses maîtresses, et même ses compagnons, ce séducteur de Jason finit par se prendre les pieds dans la jupe, doit s\92incliner devant les faits et, convaincu, contre toute attente par Médée elle-même, retourne vers la tendre Isifile (et les jumeaux nés de ses \9Cuvres, baby-sittés dans l\92intervalle par Oreste). Pour mener à bien les péripéties du livret (traité de bout en bout sur le mode burlesque, ce qui n\92empêche pas des moments d\92émotion, comme le premier air de Giasone, les airs de sommeil ou le lamento final d\92Isifile), la production peut compter sur une distribution particulièrement crédible, jeune, engagée, pour qui le théâtre et le chant ne font qu\92un, le contre-ténor français Christophe Dumaux (Giasone) y représentant la quadrature du cercle. A ses côtés, l\92incandescente Katarina Bradic (qui fut Olga dans le récent Eugène Onéguine) chante Médée, et Robin Johannsen, soprano raffinée, Isifile. Angélique Noldus, (Cupidon, Alinda), Andrew Ashwin (Hercule, Oreste), Filippo Adami (Demo), Josef Wagner (Jupiter, Besso), Yaniv d\92or (Delfa, rôle traversti) et Emilio Pons (Apollon, Egée) semblent chacun l\92interprète idéal pour leur rôle. Pas de grande voix (quoique certaines fort belles), mais une homogénéité musicale et théâtrale remarquable.

L\92autre bonne surprise de la production est d\92y découvrir l\92orchestre de la maison en version baroque : allégé d\92une partie de ses effectifs et rehaussé (hérissé) de luths, d\92un clavecin, d\92une viole de gambe et, semble-t-il, d\92instruments à vents adaptés. Il y manque sans doute de la profondeur - ou est-on trop habitué aux continuos symphoniques de Jacobs ? - mais, sous la direction de Frederico Maria Sardelli (un des artisans de la série Vivaldi, de Naïve), les musiciens, visiblement à la fête, offrent à la musique de Cavalli des couleurs, une dynamique et des accents inédits, propres à créer l\92illusion."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Robert Ogden

 

 

 

 

 

 Giasone au TCE - Gloria Banditelli et Michael Chance

  • Le Monde de la Musique - décembre 1990 - Ticket chic, toison toc

Au départ, l'idée d'Alain Durel était bonne. Faire découvrir aux Parisiens l'admirable Giasone de Cavalli, opéra fétiche au XVIIe siècle. Et, pour prêter coeurs et gosiers à ces chassés-croisés sentimentaux teintés de bouffonnerie, une équipe réunie autour de René Jacobs qui en a déjà réalisé un magnifique enregistrement, après avoir déjà monté ce spectacle àInnsbruck (été 1988). Hélas! ni l'oreille, ni l'oeil n'ont été satisfaits. Si Jeffrey Gall a endossé avec naturel le rôle titre, si Bernard Delétré et Gian Paolo Fagotto se sont affirmés comme d'excellents chanteurs-acteurs, si Gilles Ragon a été vocalement éblouissant, que dire des personnages féminins ? Gloria Banditelli incarna une Médée caricaturale, Catherine Dubosc a paru éteinte et Maria Cristina Kiehr est demeurée méconnaissable. L'orchestre, moins fourni qu'au disque, malgré de très bon musiciens, aurait mérité une direction plus alerte et plus lyrique, plus passionnée.

Mais le pire est ailleurs... La mise en scène (?) de Christian Gangneron se résume à des index comminatoires, des mains levées au ciel et des chanteurs raides comme des piquets. Sans oublier l'assaut figé du château après lequel Giasone reparaît brandissant une vague peau de mouton peinturlurée en doré. Effet comique garanti !"

  • Opéra International - décembre 1990

"Il faut déjà souligner le travail remarquable de René Jacobs sur l'orchestre, toujours fin, coloré, dynamique et d'une présence peu ordinaire. Côté solistes, Gloria Banditelli impose vocalement sa Médée sans trop de problèmes, avec l'insolence et l'éclat nécessaires, mais manque un peu d'aisance physique. Sa rivale Hypsipyle est incarnée par Catherine Dubosc, autre excellente voix, de plus parfaite scéniquement en éplorée chronique. Le contre-ténor Jeffrey Gall, dans le rôle-titre, est un excellent musicien, doublé d'un bon comédien, mais face à ces dames, la voix ne passe pas. Egée est interpété par Christophe Einhorn, un peu juste techniquement...Dans un décor peut-être un peu impersonnel, Christian Gangneron a choisi une réalisation scénique légère sans effets appuyés, préférant travailler sur le jeu des comédiens. Ainis la parole reste toujours à la musique et au texte..."

 

(*) 1 exemplaire en double à vendre par le Magazine de l'opéra baroque (prix 5 euros + 1 euro frais de port). Si intéressé (e) adresser un mail à mob@operabaroque.fr

 "René Jacobs a fait valoir la vitalité d'un style d'exécution ressuscitant l'esprit de la musique baroque avec son inépuisable palette sonore et dynamique, embrassant les sentiments les plus divers, les climats affectifs les plus contradictoires...Le traitement des récitatifs dont la spontanéité semble relever de l'improvisation, a grandement contribué au pouvoir de fascination du spectacle...Si Gloria Banditelli fut une Médée aux nobles accents, Catherine Dubosc s'avéra un peu terne et monotone en Isifile. Michael Chance fit preuve de distinction et d'humour dans le rôle-titre, mais on aurait souhaité une voix ce contre-ténor plue percutante. Guy de Mey eut en Egeo d'admirables inflesxions élégiaques. Dominique Visse remporta un vif succès personnel, mérité par la drôlerie de son incarnation. Dans les décors imaginatifs d'Eric Chevalier et les somptueux costumes de Claude Masson, la mise en scène de Christian Gangneron épousait avec une totale affinité un concept musical magistralement réalisé." (Opéra International - octobre 1988)

 

 

 

"La traduction anglaise pleine de verve et la mise en scène, toutes deux de Ronald Eyre, ont fait de cet ouvrage un divertissement délicieux... La mezzo Eirian James prête à Médée des allures voluptueuses à la Carmen, et Lesley Garrett incarne une Hypsipile tendre et lyrique. Le Jason du contre-ténor Robin Martin-Oliver est tour à tour furieux, généreux, drôle et fou. Une performance de virtuose. L'excellent chef Anthony Hose est aussi l'auteur de la réalisation musicale de la partition originale." (Opéra International - octobre 1984)

 

 

acte I : http://www.youtube.com/watch?v=i0lbFJm5bT8

acte II : http://www.youtube.com/watch?v=jTOsJh8sSXA

acte III : http://www.youtube.com/watch?v=hiMYuxk8YZY

 

 

 

 

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