L'ORMINDO

COMPOSITEUR

Pier Francesco CAVALLI
LIBRETTISTE

Giovanni Faustini

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1968
1995
Raymond Leppard
Decca
2
italien

1971
Renato Fasano
Datum
2
italien
2006
2007
Jérôme Corréas
Pan Classics
2
italien

 Favola regia per musica, en un prologue et trois actes, créée à Venise, au Teatro San Cassiano, en 1644.

Le manuscrit original est conservé à la Biblioteca Mariana de Venise (Collection Contarini). Le livret est dédicacé à Lunardo Bernardo.

 

  Personnages : Ormindo, prince de Tunis (ténor), Amida, prince de Tremisene (alto), Nerillo, son page (soprano), Sicle, princesse de Susio, vêtue en "gitane" (soprano), Melide, sa dame d’honneur, vêtue de la même manière (soprano), Erice, sa vieille gouvernante, (ténor), Erisbe, reine du Maroc et de Fez (soprano), Mirinda, sa dame d’honneur (soprano), Hariadeno, roi du Maroc et de Fez (basse), L’Harmonie (soprano), Le Destin (ténor), L'Amour (soprano), La Fortune (mezzo-soprano), Osmano, capitaine des forces d'Hariadeno (ténor), Un Garde de l'arsenal d'Ansa (ténor), Messo (mezzo-soprano).

 

Synopsis

Prologue

L’Harmonie apparaît devant un rideau qui représente la place Saint-Marc. Depuis qu’elle est actrice à Venise, sa gloire s’est accrue. Les scènes athéniennes et romaines antiques qu’elle a vues n’ont jamais égalé la splendeur des théâtres de Venise, cette vierge immortelle et très sereine.

L'action se situe à Ansa, une ville du royaume de Fez

Ormindo est le fruit de l’amour d'Hariadeno et de Nearbe, qui est morte en lui donnant le jour. Il a été élevé par la soeur de Nearbe, Cedige, reine de Tunis, en ignorant qui étaient ses parents. Maintenant adulte, il vient à Fez aider Haradieno à combattre l’Espagne. Il est accompagné de son ami le prince Amida, qui a aban-donné Sicie, la femme qu’il s’était engagé à épouser. Les deux princes tombent amoureux de la jeune femme d’Hariadeno, Erisbe.

Acte I

Ormindo se dit que l’amour l’a amené à Fez et l’a inspiré dans la bataille. Il surprend la complainte passionnée d’Amida. Peu à peu, ils se rendent compte qu’ils aiment tous deux la même femme, Erisbe, et se mettent d’accord pour qu’elle choisisse l’un d’eux. Le jeune page d’Amide, Nerillo, accuse la beauté des femmes de diviser de tels amis. Sicle, sa gouvernante et sa dame d’honneur, proposent de dire la bonne aventure à Nerillo. Par inadvertance, ce dernier révèle à la princesse qu’Erisbe lui a dérobé l’amour d’Amida. Se plaignant d’avoir été trahie, Sicle a grande envie de mourir. Sa gouvernante, Erice, conseille aux femmes d’aimer comme elle l’a fait, sans s’engager. Le jardin royal. Erisbe rêve d’admirateurs, car son mari, le roi Hariadeno, est très vieux. Heureusement, elle a maintenant deux soupirants. Lorsqu’ils s’approchent, elle chante une chanson sur les roses qui se fanent sur pied, non cueillies, négligées. Elle encourage hardiment Ormindo, puis Amida, et explique qu’elle les aime tous les deux. Ils se retirent, déconcertés, lorsque survient Hariadeno. Le roi demande à sa femme d’accueillir chaleureusement ses alliés. Mirinda se dit qu’elle n’épousera jamais un vieil homme. Le Destin ordonne à l’Amour de faire cesser les souffrances de Sicle.

Acte II

Erisbe et Mirinda célèbrent le pouvoir de la beauté pour mettre un terme à la discorde. Les « gitanes » apparaissent. Sicle lit les lignes de la main d’Amida en présence d’Erisbe et lui dit qu’il a autrefois abandonné une princesse qu’il aimait. Elle conseille donc à Erisbe de n’aimer qu’Ormindo. Erice propose d’aider Amida à faire la conquête d’Erisbe. Ayant vu désormais ce qu’apportait l’amour asservissant, Melide se dit qu’elle ne s’engagera pas. Nerillo est outragé par les gens impudents qu’il a côtoyés dans la ville et désire ardemment rentrer chez lui. Erisbe décide de n’aimer qu’Ormindo. Il vient prendre congé d’elle. Elle décide de s’enfuir avec lui. Mirinda confesse que si elle avait un vieux mari, elle ferait la même chose.

Acte III

 

 

 Synopsis (version Raymond Leppard en deux actes)

Dans la ville de Fez

Acte I

Ormindo, prince de Tunis, et son ami Amida, prince de Tremisene, sont tous 1es deux tombés amoureux de la jeune Erishe, épouse du vieux roi du Maroc, Ariadeno, malgré le fait qu'Amida ait déjà juré un amour éternel à Sicle, princesse de Susio. Sicle, déguisée en Egyptienne, arrive avec sa nourrice Erice et sa dame d'honneur Melide à la recherche d'Amida, pour n'entendre que les derniers développements de la bouche de Nerillo, page d'Amida.

Erisbe est flattée par les compliments de ses soupirants et regrette d'être mariée à Ariadeno. Elle ne peut choisir entre Ormindo et Amida, et leur dit qu'ils doivent partager ses faveurs. Même 1e roi Ariadeno considère favorablement les deux princes, qui l'ont tous deux aidé à défendre son royaume. Sicle, toujours déguisée en diseuse de bonne aventure égyptienne, lit dans la main d'Amida et révèle qu'il est un perfide imposteur ; en entendant cela, Erisbe le rejette et reporte tout son amour sur Ormindo, qui la persuade de s'enfuir avec lui.

Acte II

Erice, qui prétend être magicien, invoque l'esprit de Sicle, en disant à Amida qu'il s'agit de quelqu'un que la trahison de son amant a poussé à se suicider. Vaincu par la culpabilité, Amida déclare une nouvelle fois son amour pour Sicle, qui est alors miraculeusement ramenée à la vie.

Un orage empêche la fuite d'Ormindo et Erisbe, ils sont capturés. Le roi Ariadeno ordonne à son capitaine, Osmano, d'empoisonner le couple adultère. Osmano, encouragé par Mirinda, décide de substituer au poison un puissant breuvage somnifère. Pendant ce temps, Anadeno regrette l'ordre qu'il a donné d'assassiner le jeune couple. Quand Osmano revèle que l'ordre n'a pas eté exécuté, Ariadeno, magnanime, renonce à sa jeune épouse et abdique en faveur d'Ormindo et Erisbe. 

 (livret Decca)

 

"Chacun des personnages évolue, se transforme, selon le concept de métamorphose, propre à l'opéra baroque. La jeune Reine Erisbe change de caractère: de l'insouciance du début jusqu'à la femme passionnée prête à mourir pour son aimé, Ormindo, à la fin. Sur un autre registre, Sicle, Princesse d'Egypte est sombre et exaltée quand Amida qu'elle poursuit, se montre d'une nature secrète. Ici, en dehors des travestissements, la parole exprime la puissance du coeur et des intentions, masquée par l'obligation des apparences. Commençant comme une comédie légère, Ormindo se déroule ensuite en un chemin parsemé de découvertes et de surprises de plus en plus sombres: la joie du sentiment amoureux n'est jamais éloignée des épines de la désillusion, et l'exaltation n'empêche pas l'amertume la plus blessante. Ce parcours du désenchantement, chacun des personnages l'éprouve à sa mesure. Cavalli poursuit en cela l'oeuvre de Monteverdi, en particulier son cynisme à l'oeuvre dans Poppée. Ils ont élevés l'opéra italien, en particulier vénitien jusqu'à une profondeur poétique inégalée." (Classique.news)

 

 

 Représentations :

 

 

"Composé dans la foulée du dernier opéra de Monteverdi, Le Couronnement de Poppée, L’Ormindo de son élève Francesco Cavalli marque en 1644 un changement de ton et l’avènement du comique dans le tout nouveau genre lyrique. Christian Gangneron ne s’y était pas trompé en choisissant L’Ormindo pour porter l’Arcal sur les fonds baptismaux, il y a vingt trois ans, avec dans le rôle-titre l’un de nos premiers contre-ténors, Henri Ledroit auquel est dédiée cette nouvelle production. L’Arcal a donc remis l’ouvrage sur le métier dans une mise en scène de Dan Jemmett pour une tournée d’une quinzaine de soirées, commencée à la Maison de la musique de Nanterre pour s’achever à Troyes le 15 mai.

La roue tourne et à l’inverse des scénographies archéologiques d’antan, voici une présentation affichant crânement tous les tics technologiques d’aujourd’hui. Ainsi les deux amants rivaux reconnaissent-ils leur amour commun sur leurs portables… Le clin d’œil peut amuser. En revanche, habiller les deux princes en maçons d’aujourd’hui occupés à restaurer un phare n’apporte rien à la compréhension des rapports sociaux qui sous-tendent l’histoire. Contrairement à ce que certains imaginent, banaliser à outrance l’action en la plongeant dans le monde le plus trivial et le plus actuel ne rapproche nullement les chefs-d’œuvre du passé des spectateurs d’aujourd’hui : il y a belle lurette que la télé-réalité a tué le rêve ! La fantaisie et le songe reprennent heureusement leurs droits avec l’irruption de la magie. La distribution est équilibrée malgré le manque de projection du contre-ténor Thierry Grégoire en Ormindo. Tout le monde chante correctement et joue bien : le spectacle devrait bien évoluer. Conduits par Jérôme Correas, la huitaine de Paladins affichent une placidité qui frise le manque de tonus : cela aussi peut s’arranger au fil des représentations."

"Ormindo et Amida, respectivement Princes de Tunis et de Trémisène, sont amoureux de la même femme, la jeune Erisbe. Mais celle-ci vit à regret avec son mari Hariadeno, Roi du Maroc et de Fès, beaucoup plus âgé qu'elle. Parallèlement, Sicle, Princesse de Susio, délaissée par son ancien amant Amida, cherche à se venger de ce dernier. Voici la trame de l'opéra créé en 1644 par Francesco Cavalli pour le carnaval de Venise. Un petit bijou baroque qui avait déjà été monté par l'Arcal il y a plus de vingt ans.

La Compagnie de théâtre lyrique et musical récidive aujourd'hui avec une nouvelle production, résolument différente de la première. Ici, Ormindo et Amida sont peintres en bâtiment, et Erisbe vit avec son marin de mari, dans un phare que ses amants sont précisément en train de rénover. Sicle, quant à elle, est une saltimbanque qui parcourt la côte sur son triporteur, vendant sodas et tours de magie au plus offrant.

Pour ceux qui ont eu la chance en 1984 d'applaudir le célèbre haute-contre Henri Ledroit dans le rôle-titre, la comparaison risque d'être cruelle, tant cette nouvelle version s'avère un peu verte, pour ne pas dire pauvre, sur le plan vocal chez les contre-ténors. Mais c'est la seule ombre au tableau. Les autres voix sont en effet remarquables, notamment celles de la légère et piquante Patricia Gonzalez (Mirinda, servante d'Erisbe), de Stéphanie Révidat (Erisbe) et de Romain Champion (Amida).

Par ailleurs, la partition de Francesco Cavalli, servie avec ferveur et justesse par Les Paladins de Jérôme Corréas, recèle des airs somptueux, tant légers que tragiques, qui gagneraient à être plus souvent joués. Enfin, le livret de Giovanni Faustini, merveilleusement osé, permet à la mise en scène de Dan Jemmett, à l'humour "so british", de prendre toute sa valeur. Le tout donne un "Ormindo", peut-être imparfait, mais très rafraîchissant."

"L'Arcal, structure de décentralisation lyrique et d'insertion professionnelle créée par Christian Gangneron, renoue avec son histoire. C'était en 1984. Toute jeune encore, elle proposait une production de « L'Ormindo » de Cavalli. Gangneron signait une mise en scène pleine de fantaisie. Et, dans le rôle principal, Henri Ledroit, trop tôt disparu, était éblouissant.

Aujourd'hui, on tombe de haut. Car, dans l'ensemble, les solistes du présent spectacle sont très modestes. Pourquoi les lancer dans le répertoire italien alors qu'ils manient si mal la langue ? Du trio féminin se détache Stéphanie Révidat (Erisbe), timbre clair, musicalité agréable. Jacques Bona (Hariadeno), l'aîné de la troupe, est aussi l'un des plus convaincants. Les deux contre-ténors n'enchantent guère. Le jeune Arnaud Raffarin (Nerillo) en fait des tonnes. Thierry Grégoire (Ormindo) doit compter avec une projection vocale insuffisante, qui limite l'impact de son personnage, lequel ne séduit que lors des moments les plus élégiaques. On remarque malgré tout Romain Champion (Amida), Jean-François Lombard (Erice), Pierrick Boisseau (Osman), deux ténors et un baryton à suivre.

Il est vrai que le travail de Dan Jemmett n'aide personne. Pourquoi les deux protagonistes sont-ils peintres en bâtiment plutôt que plombiers-zingueurs ? Pourquoi le roi est-il marin ? Nul ne le sait. Rien n'est justifié, dans ce qui veut être une mise en scène et se borne à de prétendus effets comiques ringards qui se dégonflent comme des baudruches - qui oserait encore user de téléphones portables pour « actualiser » une intrigue ? Après un calamiteux « L'occasion fait le larron » de Rossini, Jemmett persiste et signe.

La principale satisfaction de la soirée vient de la direction souple, raffinée et élégante de Jérôme Corréas ; son ensemble Les Paladins, qui fête ses dix ans, a de beaux jours devant lui."

"C’est un petit bijou d’opéra que l’Arcal (Atelier de recherche et de création d’art lyrique) propose depuis quelques mois en tournée : L’Ormindo de Francesco Cavalli créé en 1644 dans l’euphorie du Carnaval de Venise fait partie de ces chefs-d’œuvre tombés en désuétude, on ne sait pas pourquoi. Elève et successeur de Monteverdi avec lequel il participa à l’écriture du Couronnement de Poppée, son dernier opus, Cavalli fut l’un des compositeurs les plus prolifiques de son temps. Plus de trente opéras à son actif dont beaucoup ont carrément disparu. On assiste de temps en temps à une renaissance de sa Calisto mais L’Ormindo n’avait plus eu les honneurs d’une production depuis 1984, date à laquelle l’Arcal justement, qui en était alors à ses débuts, le sortait de l’oubli dans une production mémorable où brillait le merveilleux contre-ténor Henri Ledroit, trop tôt disparu.

Cœur volage et faux tours de magie - Venise et sa musique baroque si singulière, Venise et son carnaval de toutes les audaces, Venise, ses farceurs et sa commedia dell’arte…Cavalli fut celui qui le premier mélangea en musique toutes les couleurs de sa ville, la farce et les sentiments, le comique et le mélancolique, inventant en cela, bien avant son temps, le principe de l’opéra bouffe. Autant d’ingrédients qui s’interpénètrent dans cet Ormindo si joliment amoral. La jeune épouse d’un vieux roi gaga y est courtisée par deux princes. Tout à sa nouvelle passion, l’un d’eux, Amida, a laissé tomber sa précédente fiancée, Sicle, laquelle bien décidée à reconquérir ce cœur volage, se livre à quelques faux tours de magie. Ormindo a ainsi le champ libre et file le parfait amour avec la reine. Le monarque alerté de son cocuage décide d’empoisonner les amants adultères. Mais comme il s’agit d’une farce tout se terminera par un coup de théâtre réconciliateur, Ormindo se révélant être le fils du roi qui, dans son émotion, lui offre sa femme…

Des pots de peinture en veux-tu en voilà - Quelle mouche a piqué Dan Jemmet, ce talentueux metteur en scène anglais qui tutoie Shakespeare comme s’ils avaient été potes dans la même « boarding school », pour transformer cette vénitienne pochade en une grosse farce pour Foire du Trône ? Avec des contresens opaques où les deux princes deviennent peintres en bâtiment et le roi, capitaine au long cours ou gardien de phare, au choix. Le tout se jouant en salopettes maculées devant la façade d’une tour hérissée d’échafaudages, et, pour accessoires, des pots de peintures en veux-tu, en voilà… Pourquoi pas chez les éboueurs ou les tailleurs pour dames ? Décors et costumes s’affichent en contradiction avec le texte et la musique et le jeu outré imposé aux personnages bouffonne loin, bien loin de l’esprit des Zanni ou de Goldoni, dont les clowneries ont la légèreté de bulles de savon. C’est Venise détournée de sa grâce. Il y a 23 ans, Christian Gangneron avait été infiniment mieux inspiré ...

Le plaisir de la musique - Reste le plaisir de la musique grâce aux excellents Paladins, petite formation de baroqueux pur jus maniant avec esprit leurs instruments anciens sous la direction inspirée de leur chef et claveciniste Jérôme Correas. Les voix sont jeunes avec quelques fruits encore bien verts dans la distribution mais aussi quelques promesses à suivre comme la soprano Stéphanie Révidat qui sait filer sans accroc ses aigus et le contre-ténor Thierry Grégoire au timbre retenu mais harmonieux."

 

 

 L'Ormindo à Dortmund

 

 

 

 

 

 

 

 "Dans sa mise en scène, où il a introduit un mime dont le corps gracieux et le visage masqué commentent l'action de ses virevoltes espiègles, dans la plus pure tradition de la commedia dell'arte, Claude Gangneron a su retrouver le charme ambigu de cette musique qui se met à sourire quand on voudrait pleurer. Charme rehaussé par la beauté des décors vénitiens d'Anne Surgers, des costumes alla Tiziano de Claude Masson...Par sa beauté, le timbre de Jacqueline Mayeur s'est particulièrement détaché de l'ensemble."

 

 

 

 

"Visions des mille et une nuits, évoquées grâce à la dimension poétique d'un kaleïdoscope dont les couleurs s'harmonisent aux évènements fabuleux suggérés par le livret, avec les sonorités limpides de l'orchestre et les jaillissemeents des voix dans les arabesques baroques...Des voix fraîches, bien façonnées par un long rodage, ainsi que des silhouettes élégantes dans des costumes magnifiques ont envoûté les spectateurs." (Opéra International - octobre 1984)

 

"Raymond Leppard a été l'un des pionniers de l'entreprise de popularisation de l'opéra baroque. En 1967, à Glyndebourne, il suscitait la première représentation scénique au XXe siècle de L'Ormindo de Cavalli. La partition n'ayant jamais été publiée, Leppard édita sa version tirée du manuscrit original conservé à la Biblioteca Mariana de Venise, révélant aux auditeurs une musique théâtrale et colorée, bien adaptée à cette intrigue méditerranéenne où l'amour triomphe de tous les obstacles - y compris le mariage - une sorte de Tristan et Isolde qui finit bien. En 1967, Kenneth Montgomery était le chef d'orchestre assistant de Leppard à Glyndebourne. Maintenant l'opéra baroque est devenu un élé-ment familier de notre univers lyrique et le mot d'ordre est "authenticité". Pour la nouvelle production de l'Ormindo à l'Opéra des Pays-Bas, Kenneth Montgomery propose une nouvelle édition musicale plus fidèle au manuscrit original. Dans sa version, qui a été enregistrée, Leppard avait inclus certains airs pris à d'autres opéras de Cavalli, que Montgomery a exclus. Il a également remis les airs dans leur ordre premier. . Les personnages des Dieux, Fatalité, Amour, Chance et Vents, sont restituées à l'oeuvre; ils apparaissent dans les finales des premier et second actes et dans le Prologue à la gloire de Venise. Pour cette représentation Montgomery lui-même au virginal soutient le continuo plus musclé, moins luxuriant que celui de Leppard. Tout comme Leppard, il a résisté à la tentation de confier le rôle d'Ormindo, écrit à l'origine pour castrat, à un contre-ténor - l'appréciation de ce type de voix varie beaucoup chez les amateurs de lyrique -. et l'a confié à John Alers, haute-contre, qui en donne une exécution fluide. L'Afrique du Nord est le lieu de l'action. Le roi Hariadeno (Pieter van den Berg), âgé et impuissant, a épousé en secondes noces la jeune coquette Erisbe (étincelante prestation de Rosanne Creffield), qui flirte à la fois avec Ormindo et son ami Amida (Michael Halliwell). Mais Amida se révèle faux et le triangle amoureux n'est plus viable. Ormindo doit partir au-delà des mers et Erisbe s'embarque sans plus réfléchir avec lui. Hariadeno enragé leur donne la chasse et, avec l'aide du Dieu des Vents, les rattrape. Ils sont jetés en prison et empoisonnés. Les voyant inanimés, Hariadeno est saisi de remords. Le capitaine de la garde avoue alors qu'au lieu de poison, il leur a donné un somnifère. Dans un dénouement plus qu'heureux, Hariadeno leur offre non seulement un pardon magnanine, mais il abandonne à Ormindo sa reine et sa couronne. Le conte peut sembler absurde mais sur sa trame Cavalli a su tisser une suite de jolies mélodies bien expressives. Au cours de l'action s'intercalent les commentaires de l'inévitable serviteur vénitien, Nerillo (une truculente Rachel Ann Morgan) et d'une vieille nourrice (charge très amusante du ténor Alexandre Oliver qui posséde un sens du rythme comique remarquable). Ces interventions prennent la forme de révélations faites directement au public. Le metteur en scène Charles Hamilton en tire tout le parti possible, comme on devait le faire au XVIIe siècle. L'ensemble du spectacle déborde de vitalité et amuse. Le décor de Tim Reed - mi-Venise, mi-Afrique du Nord - met en valeur ses opulents costumes. L'oeuvre ne comporte pas de longs airs avec des notes élevées ou graves, la qualité requise des chanteurs est avant tout l'expressivité et cette distribution s'en tire fort bien, prouvant qu'authenticité n'est pas forcément synonyme d'ennui." (Opéra International - avril 1982)

 

 

 

 

 

 

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