XERSE

Xerxès

Xerse - livret - 1654

COMPOSITEUR

Pier Francesco CAVALLI
LIBRETTISTE

Niccolo Minato

DATE
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1985
René Jacobs
Harmonia Mundi
4
italien
1998
Kevin Mallon
Naxos
1 (*)

(*) extraits instrumentaux seulement

 Opéra en trois actes, sur un livret de Niccolo Minato (? - 1698), représenté au teatro SS Giovanni e Paolo, le 12 janvier 1654, sous la direction de Cavalli lui-même.

Le livret, orné d'une très belle gravure, fut imprimé par Matteo Leni. Il est dédié All'Illustrissimo e Eccellentissimo Signor Marchese Cornelio Bentiviglio (*). Outre la dédicace, il comporte un avis aux Lettore, un Argomento, la liste des Scene (décors) et des Intervenienti.

Xerse - gravure du livret de 1654

(*) Cornelio Bentiviglio (12606 - 1663), marquis de Gualtieri. Il épousa Costanza Sforza.

Un des opéras les plus célèbres de Cavalli, il fut repris à Gênes en 1656, Bologne et Naples en 1657, Palerme en 1658, Paris en 1660, Milan et Vérone, au Teatro nuovo di S. Eufemia, en 1665, Turin en 1667, et Cortone en 1667.

Le livret de la reprise de Bologne, en 1657, édité par Andrea Giuliani, à Venise, est intitulé : Xerse. Drama per musica, seconda impressione con prologo, e intermedi nuovi, e con qualche aggionta, e mutatione per maggior novità, per rappresentarsi in Bologna l'anno 1657 etc. In Venetia, appresso Andrea Giuliani, 1657. Il comporte un Prologue réunissant devant le Mont Parnasse les Muses et Apollon sur son cheval Pégase.

La version napolitaine fut adaptée par Francesco Provenzale, sans doute à la demande de Cavalli lui-même. Prévue en 1655, elle fut repoussée jusqu'en 1657, à cause d'une épidémie de peste qui frappa Naples en 1656 et provoqua l'arrêt des représentations théâtrales, ainsi que la mort de nombreux musiciens (dont Andrea Falconieri, maître de la Real Cappella). Xerse fut le premier opéra représenté à Naples après cette période d'interruption.

Le livret fut publié par Benedetto Guasco et semble avoir été le même à Venise en 1655 et à Naples en 1657.

Le livret de la reprise à Vérone en 1665, imprimé par Gio. Batt. Merlo, comporte une dédicace à Beatrice Canossa Martinenga.

Quant à celui de la reprise à Milan, la même année 1665, il est dédicacé à Maria Mancini Colonna.

 

Cavalli avait été invité par Mazarin en vue de représenter un opéra à l'occasion des fêtes de mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche. Il arriva à Paris en juillet 1660, accompagné de deux chanteurs, le castrat Giovanni Caliari et le ténor Giovanni Poncelli. Les noces royales avaient été célébrées le 9 juin précédent à Saint-Jean de Luz. Le nouveau théâtre que Mazarin avait commandé à Gaspare Vigarani aux Tuileries était loin d'être prêt. Il fut donc décidé, en attendant, de représenter un autre opéra. Cavalli choisit Xerse qu'il adapta au goût français : cinq actes au lieu de trois, nombreuses scènes de ballet, rôle de Xerse transposé de la tessiture de castrat à celle de baryton.

L'opéra fut représenté, sous le nom de Xerxès (ou Xercès), le 22 novembre 1660, sur une scène démontable construite par Carlo Vigarani dans la Cette comédie fut représentée le 22. novembre dans la haute gallerie du louvre, où étoient les plus belles tapisseries de la couronne. Castil-Blaze, dans l'Opéra italien de 1548 à 1856, parle de la Galerie des Cariatides, en notant que Quatre membres du conseil des Seize avaient été pendus en cette galerie le 3 décembre 1591. On évoque aussi la Salle des Colonnades ou la Grande galerie des peintures du Louvre.

Le spectacle dura huit heures, de trois heures de l'après-midi à onze heures du soir, ce qui fit dire à Loret :

Enfin, il faut que le dise,

Les ballets et la Comédie

Se pouvaient nommer, ma foi

Un divertissement de Roy :

Mais à parler en conscience,

J'eus bien besoin de patience,

Car moi, qui suis monsieur Loret,

Fus sur un siège assez duret,

Sans aliment et sans breuvage

Plus d'huit heures et davantage.

Il fut loué pour la beauté des décors, la voix des chanteurs italiens, et les six entrées de ballets composées par Lully (LWV 12), mais Cavalli fut ignoré.

Galerie de peintures du Louvre

Le prologue réunit une Nymphe française et une Nymphe espagnole. Les entrées mettent en scène successivement : Des Basques à moitié Français à moitié Espagnoles (1), Des Paysans et des Paysannes chantant et dansant à l'espagnole (2), Scaramouche travesti au milieu de deux Docteurs déguisés est reconnu par ses compagnons et dépouillé par eux, avec Lully dans le rôle de Scaramouche (3), Un Patron de vaisseau avec des Esclaves portant des singes habillés en fagotins, et des matelots jouant de la trompette marine, avec Lully dans le rôle du Patron (4), Des Matassins (5), Bacchus accompagné de Sylvains, Bacchantes et Satyres suivis de Bacchanales jouant de plusieurs instruments, avec Lully dans le rôle de Bacchus (6).

 

La distribution réunissait (d'après les termes de l'édition Ballard de 1660) : le castrat soprano Giuseppe Melone, dit le sieur Melone (une Nymphe espagnole, Adelante), Paolo Bordigone, dit le sieur Bordigan (Xerxès), le castrat Atto Melani, dit le sieur Atto (Arsamène), Francesco Tagliavacca, dit le sieur Taillavacca (Ariodate), Anna Bergerotti, dite Mademoiselle Anna (Romilda, une Nymphe française), le sieur Zannetto, castrat (Eumènes), le castrat alto Giuseppe Chiarini, dit le sieur Chiarino (Elvire), le castrat Francesco Maria dit Filippo Melani, dit le sieur Filippo, frère du sieur Atto (Amastris), Assalone dit le sieur Absalon (Ariston), Piccinni, dit le sieur Pichini (Périarée). 

Mazarin se fit donner une représentation privée à Vincennes, le 11 janvier 1661, huit semaines avant sa mort. 

On dispose de trois partitions, conservées à Venise, Rome et Paris.

La première, conservée à la Biblioteca Marciana de Venise, faisait partie de la Collection Contarini, et fut utilisée par Cavalli. Mêlant manuscrit et copies par plusieurs copistes, elle fut utilisée pour plusieurs productions. On a déduit de la partition que la production de Bologne en 1657 ne fut pas dirigée par Cavalli mais par un claveciniste anonyme.

Le manuscrit vénitien fut édité par Matteo Leni, et dédicacé à All'Illustrissimo, & Eccellentissimo Signor Marchese Cornelio Bentivoglio

la marquis Cornelio Bentivoglio

La seconde partition, en trois actes et sans prologue, conservée à la Bibliothèque du Vatican, correspond à la fois à la production vénitienne et à sa reprise à Bologne en 1657, mais ne semble pas avoir utilisé pour des représentations. Les deux partitions italiennes sont très proches.

Quant au manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale, il s'agit d'une copie de la production parisienne de 1660, dans lequel les rôles de Xerse et Periarco sont transposés pour voix de basse, et le personnage de Clito manquant. Il inclut le prologue et les ballets de Lully.

Enfin, l'édition du livret par Ballard comporte le texte intégral de la composition de Lully, mais seulement un bref synopsis de l'opéra de Cavalli.

Xerxes - livret - 1660

La partition fut copiée par l'atelier Philidor en 1690.

 Xerxes - partition Philidor - 1690

Une nouvelle copie fut effectuée par François Fossard en 1695.

Partition - Fossard - 1695

La première édition moderne fut réalisée par Martha Novak Clinkscale, en 1970, et fut utilisée par René Jacobs pour son enregistrement de 1985.

 

 Castil-Blaze commente ainsi les intermèdes : Une entrée de paysans termine le premier acte de l'opéra de Cavalli. Bordigone, Atto, Mlle Anna Bergerotti : la basse, le ténor, la prima donna, quittent leurs costumes tragiques pour venir figurer dans cette fête champêtre. Après le deuxième acte, Scaramouche travesti, dansant au milieu de deux docteurs déguisés, est reconnu par ses compagnons les trivelins et les polichinelles, qui le dépouillent et le houspillent vivement. Après le troisième acte, un patron de navire, des esclaves portant des singes habillés en fagotins, et des matelots jouant de la trompette marine, exécutent la quatrième entrée de ballet. Une danse de matassins forme le cinquième intermède. A la fin de l'opéra, lorsque Xercès vient d'épouser Amestris, en accordant la belle Romilda au prince Arsamène, Bacchus, les sylvains, les bacchantes, les satyres s'emparent de la scène, et terminent le spectacle par un ballet général.

Le danseur Tartas dirigeait la bande joyeuse des paysans du deuxième intermède. Baptiste (Lulli) représentait Bacchus. Sylvains : Beauchamps, Lafont, Raynal, Lapierre. Bacchantes : les sieurs Levacher, Dun, Le Comte, Galant du Désert cadet. Satyres : Bidet, Favier, Tutin, Ballon, Lestangainé, Lestang cadet. Suivants des bacchantes jouant de divers instruments : Alais, Brunet, Piesche, Descôteaux père et fils, Hotteterre (Martin) et ses deux fils, Nicolas et François, Destouches, Boutet, Paisible, La Caisse, Marchand, Henry père et ses deux fils, Godon, Lafeuille, Dubois, Lepeintre, La Rosière. Ces vingt-un suivants des bacchantes étaient des musiciens de l'orchestre, figurant sur la scène en habit de théâtre. (L'Opéra italien de 1548 à 1856)

Voltaire résuma ainsi : "Mazarin fit venir en 1660 le signor Cavalli, qui donna, dans la grande galerie du Louvre, l'opéra de Xerxès, en cinq actes : les Français baillèrent plus que jamais et se crurent délivrés de l'opéra italien par la mort de Mazarin."

 

L'argument est tiré du récit du siège de la Grèce par Xerxès d'après le Livre 7 des Histoires de Hérodote : en automne 485 av. J.-C., Xerxès, roi de Perse, voulut déplacer ses armées à Abydos, sur la rive droite de l'Hellespont. Il décida de jeter un pont sur le détroit pour pouvoir marcher sur Athènes, et annexer la Grèce.

 

Personnages (livret de 1654) : Giove, Mercurio, Pallade, La Verità, La Vittoria, Amore, Choro d'Amorini (Prologue) ; Xerse, roi de Perse (alto), Amastre, fille du roi de Suse en habit d'homme, à la fin épouse de Xerse (soprano) ; Arsamene, frère de Xerse (alto) ; Romilda, soeur d'Adelanta, fille d'Ariodate (soprano) ; Adelanta, soeur de Romilda, fille d'Ariodate (soprano) ; Ariodate, prince d'Abido, vassal de Xerse (ténor) ; Eumene, eunuque favori de Xerse, aide de camp (soprano) ; Aristone, père nourricier d'Amastre, noble de Suse (basse) ; Periarco, ambassadeur du roi de Suse (alto) ; Elviro, serviteur d'Arsamene (alto) ; Clito, page de Romilda (soprano) ; Sesostre, mage (ténor), Scitalce, mage (basse) ; le capitaine de la garde de Xerse (basse). Choro di Persiani della Guardie, Choro di Damigelle, Choro di Soldati, Choro di Paggi, Choro di Spiriti, Choro di Marinari, Choro di Indiani et Choro di Greci delle Militie di Xerse

 

L'opéra se passe à Abido, ville de l'Hellespont située sur la partie en Asie, au temps de la guerre de Xerse contre les Athéniens.

Décors : Palais de Jupiter (Prologue) ; village au delà des murs de la ville ; galerie ; salle royale ; l'Hellespont avec le pont de navires ; chambres au rez-de-chaussée ; jardin ; chambre du palais d'Ariodate ; palais d'Abido

 

 Synopsis détaillé

Acte I

Xerse - partition - acte I

  Agréable village, derrière les murailles de la ville.

Xerse, sur le chemin d'Abydos, voit un platane, le décore et charge ses mages de veiller sur lui. Ceux-ci invoquent les esprits.

Arsamene, chantant son amour pour Romilda, entre en compagnie de son serviteur Elviro. Puis arrive Romilda elle-même, chantant l'amour stupide de Xerse pour l'arbre. Par hasard, le sujet de sa moquerie revient, entend sa voix et tombe aussitôt amoureux d'elle. Arsamene s'empresse de faire remarquer à son frère que, n'étant qu'une princesse, elle n'est même pas digne de faire la connaissance d'un roi. Xerse est néanmoins décidé à lui parler. Arsamene et Elviro se cachent pour voir la suite, tandis que Romilda confie à sa soeur Adelanta qu'elle aime vraiment Arsamene. Les deux amants se déclarent leur flamme, au grand dépit d'Adelanta. Elviro prévient Arsamene que Xerse revient.

A la consternation de son eunuque Eumene, Xerse va trouver Romilda. Il lui déclare tout net son intention de faire d'elle sa reine. Elle est inquiète et Arsamene, voulant la rassurer, révèle sa cachette. Xerse est furieux de trouver son frère ici. Il bannit Arsamene et Elviro, puis demande à Romilda d'adoucir son coeur. Après son départ, Adalanta incite Romilda à aimer le roi., et avoue son amour pour Arsamene. Arsarnene revient faire ses adieux à Romilda. Il interprète mal le déchirement de celle-ci et l'accuse d'oublier ses voeux envers lui.

Pendant ce temps, Amastre est arrivée à Abydos, déguisée en homme, en compagnie d'Aristone, son vieux précepteur. Tous deux se cachent en entendant les trompettes d'Ariodate et ses soldats revenant de la bataille. Xerse vient saluer Ariodate, qui lui décrit le combat et vante le courage d'Ottane. En récompense. Xerse promet à Ariodate que sa fille Romilda "aura royal époux de la famille de Xerse, égal à lui". Amastre l'entend de sa cachette. Son étonnement se change en horreur quand Xerse décrit à Eumene son amour pour Romilda. Elle crie et Eumene la découvre avec Aristone. Mais il ne la reconnaît pas sous son déguisement. Il croit, comme Xerse, qu'Arnastre et Aristone ne sont que d'innocents pèlerins. Le roi et son aide s'en vont assister à des épreuves guerrières célébrant la victoire. Aristone et Amastre se retrouvent seuls. Il tente de la persuader de retourner à Arax, mais elle est décidée à rester près de Xerse. Elle l'éloigne, mais lui promet de cacher son identité. Clito, le page de Romilda, passe par là, et Amastre réussit à éluder ses questions.

Premièrement, Arsarnene confie à Elviro une lettre pour Romilda. Ariodate, repensant à ce que Xerse lui a dit, se persuade que le roi veut marier Romilda à son frère Arsamene. Adelanta, jalouse, ne parvient pas à le convaincre que Xerse voulait exprimer son intention d'épouser Romilda lui-même. Elle dit aussi à Romilda qu'elle ferait aussi bien d'accepter la proposition du roi puisque, de toute façon, Arsamene s'est enfui. Elle ajoute qu'elle-même a l'intention de conquérir Arsamene, mais Romilda jure que son amour pour lui sera éternel.

Dans le palais d'Abyde

Danse de Clito et ballet des pages.

Acte II

Xerse - partition - acte II

Salle du palais.

Elviro entre, déguisé en marchand de fleurs. Il marmonne pour lui-même au sujet de la lettre d'amour d'Arsamene qu'il porte à Romilda. Amastre l'arrête et lui demande si les rumeurs sur le prochain mariage de Xerse sont fondées. Elviro répond qu'il veut épouser Romilda, mais qu'elle aime son frère. Un peu calmée, Amastre s'en va tandis que Clito arrive et achète une fleur pour sa bien-aimée. Adelanta entre. Elviro lui révèle son identité et, imprudemment, lui parle de la lettre pour Romilda. "Donne la moi et je lui donnerai", dit-elle, et elle ajoute que Romilda est en train d'écrire une lettre d'amour à Xerse.

Comme Elviro s'en va, Xerse et Eumene arrivent sur scène. Xerse demande à voir la lettre que porte Adelanta. Il la lit, et Adelanta lui dit qu'Arsamene lui a envoyé la lettre à elle, qu'il aime vraiment, et non à Romilda, qu'il fait semblant d'aimer. Xerse consent a annoncer son mariage avec Arsamene. Elle s'en va tandis que Romilda arrive. Xerse lui montre la lettre et lui demande si Arsamene mérite son attachement. Romilda jure d'aimer Arsamene malgré sa trahison, mais, Xerse parti, exhale sa colère contre Arsamene.

Sur l'Hellespont : le pont constitué par les navires rapprochés

Aristone trouve Amastre sur le point de se donner la mort et l'appelle à la raison. Ils partent à la recherche de Xerse, contre le gré d'Aristone.

Elviro dit à Arsamene que, selon Adelanta, Romilda aime vraiment Xerse, ce qui le rend furieux. Xerse et Eumene admirent le pont, célébré par le choeur des marins. Il accuse son frère de grande trahison. Arsamene arrive, et à sa grande surprise, Xerse lui révèle qu'il a lu la lettre et ne deamnde qu'à le marier à celle qu'il aime (et qu'il croit être Adelanta). La vérité éclate, et les deux frères s'opposent. Arsamene part, furieux. Adelanta arrive et Xerse la plaint d'avoir été trompée par son frère. Elle chante qu'elle ne peut cesser d'aimer Arsamene.

Un orage éclate. Elviro, recherchant Xerse, essaie de traverser le pont, mais il tombe à la mer quand le pont se disloque sous l'assaut des vagues.

Xerse rencontre Amastre déguisée, et tous deux se lamentent de leur infortune. Xerse croit reconnaître Amastre, qui affirme que Xerse a oublié de la récompenser pour un service loyal qu'elle lui avait rendu. Romilda entre et Xerse lui demande à nouveau d'être sa reine. Une nouvelle fois, elle évite de répondre franchement. Amastre crée une petite diversion pour détourner l'attention du roi. Ce dernier ordonne qu'elle soit emprisonnée mais, après son départ, Romilda obtient sa libération du capitaine de la garde. Amastre explique qu'elle sait que Romilda en aime un autre. Elle se présente comme son alliée. Clito chante sa joie d'avoir pu sauver Elviro sur son bateau. Adelanta sa lamente. Periarco, ambassadeur d'Ottane, le père d'Amastre, arrive au palais pour arranger son mariage avec Xerse. Il rencontre Aristone qui fait semblant de ne pas le connaître. Amastr arrive, et feint également de ne pas le connaître. Periarco croit rêver, mais apprend d'Amastre que Xerxes se cherche une autre épouse Periarco rencontre Xerse, et feint de tomber malade quand Xerse l'interroge sur Amastre. Romilda charge Eumene de demander à Xerse de ne pas la poursuivre.

Théâtre royal

Clito hâte les préparatifs pour le défilé des troupes auquel Xerse vient assister en compagnie de Periarco, et dont il se déclare satisfait. Ballet.

Acte III

Xerse - partition - acte III

Jardin

Arsamene se glisse dans le jardin pour parler à Romilda. Chacun affirme sa fidélité inébranlable et accuse l'autre de trahison. Adelanta entre et leur fait des reproches à tous les deux. Mais Arsamene vient d'apprendre à Romilda que la lettre d'Adelanta lui était en fait destinée. Adelanta essaie de se sortir de cette situation délicate en disant qu'elle voulait simplement aider sa soeur. Romilda et Arsamene, réconciliés, se déclarent à nouveau leur amour. Xerse vient demander à Romilda pourquoi elle a osé relâcher le prisonnier, mais sans lui en tenir rigueur. Il lui renouvelle sa volonté de l'épouser, mais elle répond qu'elle a besoin de l'accord de son père. Après le départ de Xerse, Arsamene lui reproche sa soumission au roi, et son silence sur leur amour. Ils se disputent à nouveau.

Periarco arrête Eumene, qui porte la couronne pour le mariage de Romilda. Il est abasourdi d'apprendre que Xerse veut épouser une autre personne que sa princesse Amastre. Il demande à voir le roi.

Xerse demande à Ariodate la main de Romilda pour un "mari de même sang que nous". Ariodate, ravi, donne son accord car il est persuadé qu'il s'agit d'Arsamene.

Eumene veut donner la couronne à Romilda. Cette dernière hésite, et finit par admettre qu'elle aime mieux être une amante qu'une reine. Quand Xerse entre, elle lui avoue qu'Arsamene l'a aimée et embrassée. Xerse l'accuse de mentir, mais il ne perd pas espoir ; il ordonne tout simplement l'exécution d'Arsamene. Rien ne peut s'opposer à son mariage. Il s'en va. Mais Amastre, toujours déguisée, entre, et Romilda lui demande d'avertir rapidement Arsamene. Amastre accepte à condition que Romilda donne au roi une lettre qu'elle lui a écrite. Romilda envoie son page Clito porter la lettre d'Amastre à Xerse. En chemin, Clito trouve Elviro en conteemplation devant les ornements d'or du platane. Ils essaient d'en voler, mais s'enfuient, croyant voir deux nègres.

Appartements royaux du palais d'Ariodate

Amastre trouve Arsamene et le prévient que Xerse a envoyé des hommes pour le tuer. Ni Romilda ni Amastre ne parviennent à le convaincre que c'est la vérité. Ariodate entre et voit aussitôt Arsamene, qu'il pense être l'époux promis énigmatiquement par Xerse. Il s'empresse de lui donner son accord pour épouser Romilda. Arsamene est pour le moins de la générosité de Xerse. Arsamene et Romilda sont à nouveau réconciliés, et Arsamene part remercier Xerse.

Au bord de la mer

Aristone attend en vain Amastre. Xerse explique à l'ambassadeur Periarco que le Destin interdit son mariage avec Amastre, et impose son mariage avec Romilda. Ariodate entre et Xerse lui avoue, tardivement, que c'est lui qui veut Romilda. Ariodate lui explique qu'il a déjà accompli la mission confiée par Xerse en donnant Romilda à Arsamene. Xerse entre dans une violente colère et jure de tuer le deux époux et lui-même. Clito arrive juste à temps avec la lettre d'Amastre. Xerse croit qu'il s'agit d'une lettre de Romilda, et ordonne à Ariodate de la lire à voix haute. Il commente la lettre avec colère, et découvre à la fin qu'elle est signée d'Amastre.

Palais d'Abid. Adalanta appris le mariage prochain d'Arsamene, et se lamente. Alors que Xerse ressasse sa colèree, Arsamene vient le remercier de lui avoir donné sa Romilda bien aimée. Xerse répond en lui donnant son épée pour qu'il tue Romilda, puis se tue lui-même. Amastre surgit et saisit l'épée, puis révèle sa véritable identité, en présence d'Aristone et de Periarco. Xerse demande à Amastre de le tuer, mais Amastre déclare que c'est à elle de se donner la mort. Xerse, impressionné, sent revenir son amour pour Amastre et déclare qu'elle sera sa reine. Arsamene et Romilda se réjouissent, alors qu'Adelanta envisage une vie de célibataire. Quatuor final.

(d'après le livret Harmonia Mundi)

 

Synopsis des ballets

Edition du livret - Ballard - 1660

Prologue

La Nymphe française (Mademoiselle Anne) et la Nymphe espagnole (Melone) chantent les méritent de Thérèse et Louis.

Première entrée

Des Basques, moitié Français, moitié Espagnols

Un Basque, habillé moitié à la Française, moitié à l'Espagnole (Tartas), des Basques Français (Baptiste - c. à d. Jean-Baptiste Lully - le Vacher, Beauchamp), des Basques Espagnols (Des-Airs l'aisné, Des-Airs le Cadet, Raynal), d'autres Basques concertants et jouant de plusieurs instruments, Français et Espagnols

Acte I

Deuxième entrée

Des Paysans et Paysannes, chantant et dansant à l'Espagnole

Une Paysanne (Anna Bergerotti), des Paysans (Atto Melani, Paolo Bordigone), des Paysans (Baptiste, Barbot, S. Fré, Beauchamp, le Comte, la Pierre), une Paysanne (Des-Airs l'aisné).

Acte II

Troisième entrée

Scaramouche travesti au milieu de deux Docteurs déguisés, et reconnu par ses Compagnons et dépouillé par eux

Scaramouche (Baptiste), Docteurs déguisés (Clichamp, du Moustier), Trivelins (Geoffroy, le Comte), Polichinelles (Barbot, la Pierre)

Acte III

Quatrième entrée

Un Patron de vaisseau avec des Esclaves portant des Singes habillés en fagotins, et des Matelots jouant de la trompette marine

Patron (Baptiste), Maître des esclaves (Tartas), Esclaves (S. Pré, le Vacher, Beauchamp, Raynal, le Comte, la Fon, la Pierre), Singes (Bidet, Lestang l'aisné, Lestang le cadet, Faviere), Matelots (Alais, Paisible, Langlois, Boutet, Royer, Renoufle).

Acte IV

Cinquième entrée

Des Matassins

Matassins (Parque, Barbot, Baptiste, Geoffroy, S. Fré, le Comte, Des-Airs l'aisné, la Pierre).

Acte V

Dernière entrée

Bacchus accompagné de Sylvains, Bacchantes et Satyres, suivis de Bacchanales jouant de plusieurs instruments

Bacchus (Baptiste), Sylvains (Beauchamp, la Fon, Raynal, la Pierre), Bacchantes (le Vacher, Dom, le Comte, Des-Airs le cadet), Satyres (Bidet, Favier, Tutin, Ballon, Lestang l'aisné, Lestang le cadet)

 

1654 - http://badigit.comune.bologna.it/cmbm/viewscheda.asp?path=/cmbm/images/ripro/libretti/Lo07385/&id=15003 Bologne - Museo internazionale e biblioteca della musica)

1654 - http://daten.digitale-sammlungen.de/0004/bsb00048066/images/index.html?fip=193.174.98.30&id=00048066&seite=1 (Rome - Istituto Storico Germanico)

1654 - http://www.urfm.braidense.it/rd/00776.pdf (Milan - Biblioteca Nazionale Braidense)

1657 - http://books.google.fr/books?id=pP5DAAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=xerse&source=bl&ots=0phuZ5EF8V&sig=a6yeh0H7HM5LC91IBcnfhxH9oU8&hl=fr&sa=X&ei=XyVkULGgOKLB0gXR64HgDQ&ved=0CDwQ6AEwAg#v=onepage&q=xerse&f=false

1660 - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1144404.r=xerxes+cavalli.langFR (Paris - BNF)

1665 - http://www.urfm.braidense.it/rd/01598.pdf (Milan - Biblioteca Nazionale Braidense)

http://www.librettidopera.it:80/xerse/xerse.html

 

http://baroquelibretto.free.fr/xerxes_cavalli.htm  

 

Représentations : 

 

 

 

"Voilà ce que l'on serait tenté d'écrire, en guise de prologue et d'épilogue, sans chercher à combler le vide des pages par des mots inutiles. Inutiles car il est bien difficile de résumer un livret virevoltant et confus, où abondent les quiproquos et les déguisements, où les couples s'amants se croisent et s'entrecroisent, s'échangent billets doux et menaces, où les second-rôles élaborent des stratagèmes, où le librettiste lui-même s'égare de digression charmante en parenthèse comique. Alors, non, nous n'en dirons guère plus sur l'intrigue échevelée, d'une complexité toute vénitienne, où sur un vague substrat historique (l'invasion de la Grèce par Xerse qui construit son fameux pont suspendu sur l'Hellespont) se déroulent les amours contrariées de Xerse, fiancé d'Amastris, épris de Romilda éprise et aimée du frère de Xerse Arsamène, lui-même aimé d'Adelanta fille d'Ariodate. Et les lecteurs curieux prendront connaissance du fleuve à sa source, en lisant directement les maximes et les métaphores pleines d'inventivité de Minato. Disons simplement que la mise en espace réduite à sa plus simple expression, avec les entrées et sorties des personnages, a été essentielle afin de suivre les péripéties des protagonistes tout au long des 3 heures de cette version déjà abrégée.

Musicalement, et pour nous répéter "qu'il fait bon d'entendre un Cavalli de la seconde manière !". C'est-à-dire un opéra encore en pleine mutation, trait d'union entre le recitar cantando montéverdien du Couronnement de Poppée et le futur opéra à numéro de Scarlatti, le récitatif est encore musical, mais plus standardisé, les formes closes plébiscitées par le public se multiplient avec des airs, ariettes, duos encore relativement brefs. Et à l'écoute de cette \9Cuvre multiforme, plus tardive que La Calisto ou Il Giasone, plus accessible aussi (et avec des coupes), on ne peut que regretter d'avoir attendu si longtemps (depuis 1985 et la révélation de Jacobs avec l'enregistrement épuisé) pour en redécouvrir la vitalité et l'humour omniprésent.

Côté vocal, Jérôme Correas a su rassembler une équipe homogène et inspirée, qui tient dramatiquement la route avec brio et jubilation. Certes, le monarque persan de Kristina Hammarstöm a commencé la soirée en petite forme. On admire un timbre cuivré et mat, mais les récitatifs sont monotones, la projection et le timbre aplatis, le style un peu trop moderne et large pour du Cavalli. Et l'on se dit que la soliste ne parvient pas réellement à cerner la psychologie du tyran instable, soit en insistant sur sa rage incontrôlée, soit en en faisant un monarque de carton-pâte ridiculisé dès son fameaux "Ombra mai fu", chant d'amour dressé à un platane. La mezzo se révèle toutefois nettement plus épanouie dans le 3ème acte, où elle devient presque touchante dans son dépit amoureux.

L'objet de son attention, la Romilda d'Isabelle Philippe laisse voir un timbre dynamique et très transparent dans les aigus. Si l'extrême-aigu s'avère quelquefois acide, la musicalité du phrasé, la noblesse élancée de la mélodie traduisent à merveille la princesse raffinée. Toujours dans les rôles sérieux, l'Amastre d'Anna-Maria Panzarella est le pendant plus sanguin de Romilda. Avec un tempérament digne d'une Armide ou d'une Phèdre, la soprano brosse le portrait de l'amante courroucée, trahie et furieuse avec conviction et force. L'émission est fière et puissante, les coloratures véloces, les ornements bien sentis.

On goûte également les seconds rôles d'une verve comique rafraîchissante. Il y a d'abord l'Arsamene de Guillemette Laurens, rieuse et tempérée, surjouant parfois l'espièglerie coquine. L'on rétorquera que l'émission est assez confidentielle, les airs peu enlevés. Mais l'inspiration est bien là, de même que des récitatifs plaisants et très théâtraux. Même constat pour l'excellent Elviro de Jean-François Lombard, où la beauté du timbre le dispute au naturel d'un cabotinage à la manière vénitienne avec ses glissandos, ses bâillements, ses syncopes, sa fausse nonchalance qui confine à une décontraction rigolarde où la technique est pourtant parfaite. Son galimatias du "A chi voler fiora de bella giardina" a entraîné l'hilarité générale du public, soutenu par des batteries de guitare. L'on passera enfin plus rapidement sur le général bougon de Jean-Paul Fouchécourt, arborant la bonhomie discrète de l'homme qui ne saisit pas ce qui lui arrive (ce qui convient à ce pauvre militaire abusé qui constitue la clef de voûte du livret à quiproquo), et sur Eugénie Warnier et Isabelle Druet d'une spontanéité enjôleuse et charmante avec un chant mutin très "William Christies 80's". Enfin, l'Ariston d'Arnaud Marzorati, peu présent, mais aux interventions justes et à la voix riche.

Jérôme Correas a suréquipé ses Paladins afin d'enrichir la pâte orchestrale, avec notamment l'adjonction d'un violoncelle et d'une contrebasse, et la présence de deux violes de gambe. Ces ajustements musicologiquement discutables sont musicalement les bienvenus, permettant sur presque 3 heures de mieux scander le discours, d'éclairer de couleurs variées les saynètes où les protagonistes se disputent et se réconcilient, se maudissent et s'adorent sur une ligne de récitatif encore chantante. On apprécie en particulier le théorbe de Rémi Cassaigne et la harpe de Nanja Breedijk, dont les arpèges perlés ont été bien audibles, apportant une tendre délicatesse à l'ensemble. L'orchestre s'est avéré d'une élégante souplesse, avec une cohésion des cordes et un effet d'opulence étonnant au regard d'un effectif si réduit."

"Plusieurs années après la sortie de l'enregistrement de René Jacobs, Jerôme Corréas s'attelle à faire revivre cette oeuvre peu après avoir contribué à la discographie de son auteur (Ormindo). Le pari est réussi, et ce malgré une partition qui n'est vraiment pas la meilleure de Cavalli. On apprend dans le programme que l'oeuvre fut créée pour un théâtre "public" (par opposition au théâtre de cour), donc pas de riche mécène ici, juste un impressario soucieux de la rentabilité de sa production (et oui déjà !); résultat: 12 musiciens seulement, basse continue comprise, et pas de choeur. Pour pallier ce rachitisme musical, Cavalli joue donc à fond la carte du drame, et avec succès à l'époque : la partition originale de 1654 est perdue mais celle d'une reprise en 1657, avec des modifications dont la disparition du prologue, subsiste. (Il existe aussi une version à la Bibliothèque Nationale de l'Opera de Paris témoignant d'une reprise avec de nombreux ajouts et modifications de Lully.) La version jouée ce soir semble donc être celle de 1657, sans que le programme précise si Corréas a corrigé celle-ci à rebours pour revenir au plus près de l'original. En suivant le livret on peut cependant trouver des coupures bien compréhensibles pour une version de concert. Ont souffert de ces coupures les intrigues amoureuses secondaires des nombreux adjuvants. Car impresario radin ou pas, ce théâtre reste très vénitien, enchevêtrement d'amourettes, déguisements et quiproquos dans tous les sens, tournant résolument cette histoire de Mèdes vers la farce plus que la grande fresque historique. Xerse c'est un peu un argument de plus contre la privatisation de la Poste : Haendel ne s'y trompera d'ailleurs pas, en composant son célèbre et archaïsant Serse, dont le livret reprend l'essentiel de celui utilisé par Cavalli (en se séparant de nombreux personnages secondaires), avec une ironie plus fournie encore, grace au gonflement dramatique du rôle-titre. Chez Cavalli, notre Perse a finalement peu d'airs et l'on reste presque sur notre faim quand ces superbes récitatifs ne débouchent pas sur les airs bien connus ajoutés par Haendel ("Se bramate" après le récitatif avec Romilda incluant les très beaux "L'amerete? L'amero"; "Crude furie" après le récitatif rageur).

Pour faire vivre cet opéra, il nous fallait donc des acteurs hors pairs doublés de chanteurs parfaitement au fait du style de cette musique, tout y est bien trop facilement chantable, c'est justement le piège. Kristina Hammarstroem et Isabelle Philippe sont sans doute celles qui osent le moins se jeter dans la variété du drame et chantent trop uniformément seria : la première est comme toujours irréprochable, l'italien est parfaitement accentué, la voix bien placée, mais la composition manque de contraste et de vie, on a guère que la rage finale à se mettre sous la dent. A sa décharge, comme je le disais plus haut, le rôle n'est pas très fourni ni varié.

Isabelle Philippe jouit d'une voix ample et très sonore, mais l'émission est bien trop raide pour rendre le tout parfaitement séduisant, et surtout pour traduire les intentions qu'elle essaye de faire passer, comme si elle voulait pallier son manque de confiance dramatique par une opulence musicale qui ne prend jamais ici, faute de partition adaptée à cet éclat.

C'est le même problème qui entache la performance d'Anna-Maria Panzarella : le timbre est toujours aussi anodin et la chanteuse aussi energique, mais elle se repose trop sur sa projection (certes impressionnante), et son tourment est finalement plus bruyant que touchant, se réfugiant derrière un certains stéréotype de la douleur lyrique. Il a donc manqué à ces trois rôles une vraie dimension théâtrale, même si musicalement le résultat fut tout à fait à la hauteur.

Je suis d'habitude peu sensible aux charmes de Magali Léger : je ne l'ai jamais trouvée bonne technicienne ni particulièrement bonne actrice. Ici la voix est parfaitement posée, jamais sollicitée hors du medium ou par des vocalises (sauf dans son dernier air, bien raté du coup), l'actrice est parfaite pour le personnage dont elle a la pétulance et la rouerie. Une vraie réussite.

Eugénie Warnier semble en comparaison bien meilleure technicienne malgré un aigu très dur et s'attache avec succès à jouer son rôle bouffe. Jean-François Lombard jouit des mêmes qualités: présenté comme ténor, il chante ici en voix mixte avec une aisance certaine, le timbre est assez disgracieux mais l'acteur impayable sans jamais être excessif. Arnaud Marzorati est par contre moins marquant, il faut dire que le rôle est anecdotique. Jean-Paul Fouchécourt dispose encore d'une émission superbe et d'un jeu attirant immédiatement la sympathie qui le rendent formidable dans ce répertoire où l'on n'entend jamais le "chanteur en fin de carrière", comme certains critiques le prétendent.

Mais la plus grande ce fut sans conteste Guillemette Laurens: quelle fougue, quelle jeunesse, quel naturel dans les récitatifs ! Et ce sans aucun artifice musical, du jeu pur et simple, des intentions parfaitement lisibles et cohérentes. Ils sont peu nombreux ces artistes capables de faire rire une salle sur un seul "Respiro !" de soulagement. C'est tout bonnement bluffant.

Les Paladins dirigés par Jérôme Corréas soutinrent avec brio le rythme à cette soirée, on a pu par moment les trouver un peu trop timide, surtout au regard de leur effectif très réduit, et le tout gagnerait certainement à tourner encore un peu, mais ce Xerse là a su soutenir notre attention pendant presque 3 heures, ce qui était loin d'être évident."

"Lorsqu\92est évoqué le nom du roi de Perse, le mélomane pense tout naturellement à l\92\9Cuvre éponyme de Haendel, bien connue et très souvent représentée, tant à la scène qu\92au concert. Cavalli, figure pourtant majeure dans l\92histoire de l\92opéra italien, semble davantage célèbre aujourd\92hui pour sa Calisto que pour son Xerse, qui fut pourtant en son temps son \9Cuvre la plus célèbre. Vraisemblablement créée en 1655, cette \9Cuvre, à l\92écoute, semble tenir à la fois du recitar cantando \96 dont Monteverdi sut tirer la quintessence \96 et de ce qui peut se concevoir comme les prémices de l\92opera seria tel qu\92il se développera quelques décennies plus tard, dans la période plus tardive de la musique dite « baroque ».

Les récitatifs, très fournis \96 bien que raccourcis ici \96 se laissent écouter avec plaisir, très incarnés qu\92ils sont par les interprètes. Ils sont souvent coupés par de courts ariosi, très proches encore de l\92esthétique monteverdienne. Dans la seconde partie du concert, cependant, la construction de l\92\9Cuvre fait place à de véritables airs dont l\92élaboration se rapproche de la forme da capo qui fera le triomphe de l\92opéra italien. L\92effectif instrumental utilisé ici est très réduit, selon les habitudes probables du compositeur, mais très équilibré, et possède, malgré le petit nombre de musiciens, une belle rondeur sonore.

Les chanteurs, contrairement aux habitudes encore trop souvent rencontrées dans ce répertoire, possèdent tous de vraies voix, grandes et sonores. Le Xerse de la mezzo-soprano norvégienne Kristina Hammarström est parfaitement crédible, tant physiquement que vocalement. Très grande, elle fait montre d\92une voix à la fois profonde et lumineuse, sans gutturalité, toute en souplesse et en délicatesse, rappelant parfois celle de Christa Ludwig. Sa biographie indique qu\92elle a déjà chanté le rôle d\92Octavian de Richard Strauss, rôle dans lequel elle doit faire merveille.

Son frère, le bouillant Arsamene, prend vie avec flamme sous l\92énergie débordante manifestée par la française Guillemette Laurens. Le timbre est beau, le grave sonore, la caractérisation théâtrale \96 bien qu\92en concert \96 épatante de réalisme et de fougue. Rarement travesti amoureux aura été aussi crédible.

Voilà bien longtemps qu\92on attendait le retour d\92Isabelle Philippe sur une scène parisienne. C\92est chose faite, et avec quelle réussite ! Elle met audiblement toute sa science du chant, éprouvée à travers le beau chant français et l\92opéra romantique italien \96 Violetta, Lakmé, Thaïs, Zerlina de Fra Diavolo \96, au service de la belle Romilda. La technique vocale est remarquable de précision et d\92élégance \96 la tenue de souffle et les pianissimi sont dignes des plus grandes \96 et la voix remarquablement projetée, cristalline et sonore. Espérons la revoir vite dans la capitale, dans un grand rôle du répertoire cette fois.

Magali Léger, avec finesse et pudeur, par sa grâce mutine et la rondeur délicate de sa voix, réussit à rendre attachante cette peste d\92Adelanta, amoureuse décidée et têtue, puis résignée au célibat. La fulminante Amastre, Anna-Maria Panzarella lui offre son timbre corsé, sa puissance vocale et la grandeur de son incarnation. Isabelle Druet croque avec art son personnage d\92Eumene, commentant l\92action de ses propos philosophiques et moqueurs. Le magnétisme scénique fonctionne parfaitement, et sa belle voix de mezzo-soprano colle parfaitement au rôle.

Confié à une basse chez Haendel, le rôle d\92Ariodate prend un relief différent sous les couleurs délicates du ténor léger de Jean-Paul Fouchécourt, plus naïf, plus pleutre aussi. Les serviteurs sont merveilleusement campés, de la basse rocailleuse d\92Arnaud Marzorati au soprano rieur d\92Eugénie Warnier. Mention spéciale à l\92Elviro de Jean-François Lombard, hilarant, d\92une présence scénique et vocale irrésistible, notamment dans sa scène de travestissement en jardinier étranger.

Avec passion et rigueur, Jérôme Corréas conduit toute son équipe vers le succès, un succès mérité, tant pour la beauté de cette \9Cuvre finalement peu connue de Cavalli que pour le talent de ses interprètes."

"Quelle plus belle résurrection pouvait attendre ce Xerse de Francesco Cavalli que la représentation de ce soir au Théâtre des Champs-Elysées ? Xerse qui en son temps fut considéré en Italie comme un chef d\92\9Cuvre de l\92art lyrique naissant disparut ensuite du répertoire car boudé par le public français. Ce dernier dans sa réticence à ce qui venait d\92outre-mont le rejeta lors de sa représentation à l\92occasion du mariage de Louis XIV. Mais au sein d\92un spectacle qui avait duré plus de huit heures ! Pour nous permettre d\92entendre une version courte et de découvrir bien des subtilités de ce bijou musical, Jérôme Corréas a réuni autour de lui un plateau vocal d\92exception.

Xerse fut composé pour être représenté dans un des théâtres populaires de la Sérénissime en 1654. L\92intrigue peut paraître complexe en raison du nombre des personnages. Elle conte avant tout des amours contrariées et s\92attache à l\92expression des affects. Ici les héros ne sont plus des dieux, théâtre populaire oblige, mais des êtres de chair et de sang. Xerse et son frère Arsamene sont tous deux amoureux de Romilda. Cette dernière rend ses sentiments à Arsamene. Ils doivent donc triompher non seulement d\92un roi tout puissant, mais également de la jalousie de la s\9Cur de Romilda, Adelanta. Ils sont aidés en cela par la promise de Xerse, Amastris, mais également par des serviteurs et la maladresse du père des deux s\9Curs. Aucun rôle n\92est secondaire car justement chacun participe à la justesse des sentiments. Tous expriment des formes d\92amour et d\92amitié, de courage et de lâcheté qui nous rendent cette palette de sentiments si vrais et si bouleversants.

Le TCE reçoit habituellement des grands effectifs orchestraux, voulant respecter les usages lors de la création, Jérôme Corréas et les Paladins se sont présentés en petit effectif. Ils se sont heureusement permis quelques libertés, étoffant les couleurs orchestrales d\92un violoncelle, d\92une contrebasse et d\92une viole de gambe supplémentaire, offrant ainsi un peu de profondeur et quelques ombres, ce qui en ce lieu était indispensable. On peut toutefois regretter la place trop prégnante du clavecin dans les récitatifs. Mais que de belles nuances, que de richesse dans les arias aux ors et aux teintes flamboyantes ! Chaque instrument vient aider à la caractérisation des personnages. La direction de Jérôme Corréas est à l\92écoute des chanteurs et offre un écrin soyeux et lumineux au chant. Le plateau vocal a été en cette soirée une source d\92émerveillements.

Si la distribution est audacieuse pour Arsamene, chaque chanteur était idéal. Dans le rôle titre, la mezzo Kristina Hammarström, fait preuve d\92une grande musicalité et sa sensibilité donne à Xerse cette faiblesse si humaine qui en fait non pas un tyran au sens de «dictateur», mais un «guerrier amoureux», un homme capable de faiblesse. Son timbre chaud, offre ainsi une poésie langoureuse à ce rôle. Son frère Arsamene est une belle idée de la distribution. C\92est non un contre-ténor mais la mezzo si tragédienne qu\92est Guillemette Laurens qui tient le rôle. Elle donne ainsi à son personnage toute la fougue et l\92audace nécessaire qu\92il lui faut pour conquérir et vaincre tous les obstacles y compris sa propre jalousie. Son timbre sombre, en montre cette faille qui plus d\92une fois pourrait lui être fatale. Celle qui fut un extraordinaire Néron nous rend crédible cette masculinité travestie par ce caractère ombrageux que ses couleurs vocales et sa présence scénique rendent si évidents.

Romilda se doit d\92être une jeune fille encore naïve. Le timbre clair et cristallin, d\92Isabelle Philippe, son art des vocalises, fait de Romilda une pure jeune fille qui par son innocence parvient à faire triompher son amour. Magali Léger donne à sa s\9Cur jalouse, un ton joueur et attachant. Son timbre tout aussi lumineux, montre combien son amour pour Arsamene n\92est au fond qu\92un jeu d\92adolescente. Dans le rôle de la promise bafouée, Amastris, Anna-Maria Panzarella, apporte par sa voix plus veloutée et mûre, l\92énergie de la combattante et la suavité de la femme amoureuse. Ariodante est interprété par le ténor Jean-Paul Fouchécourt. Son timbre, ses couleurs, en font un père attentif, un guerrier très humain, ébloui par le pouvoir et soumis à l\92ordre.

Cet opéra destiné à l\92origine à un public populaire, joue sur les contrastes et sur ce théâtre de rue où les serviteurs apportent la joie et le bon sens. Ici la distribution nous donne toutes les facettes de ce rire si tendre et si gouailleur. Au caractère ombrageux d\92Arsamene son serviteur Elviro vient apporter la tendresse. Drôle, lâche, un peu fainéant, gaffeur en diable, il est merveilleusement rendu, avec une grande délicatesse par Jean-François Lombard. Dans la scène de la tempête, si frêle, il échappe à la mort grâce à au jeune page Clito, interprété par Eugénie Warnier. Elle donne le rayonnement du rire et la force de l\92amour/amitié simple à son personnage audacieux mais pas téméraire. Isabelle Druet est Eumene, l\92eunuque de Xerse, avec des nuances extrêmement subtiles. Son timbre riche et son abattage de comédienne, valorisent l\92importance de ce serviteur fidèle, observateur lucide et amical. Les duos avec Kristina Hammarström fonctionnent à merveille. Arnaud Marzorati, précepteur d\92Amastris, vient compléter cette distribution harmonieusement. Par son baryton-basse, il amène cette note de sagesse plus grave mais oh combien fidèle des amis de toujours.

Si le public présent a fait une ovation aux interprètes, on peut regretter les sièges restés vides, semblant répéter injustement l\92histoire. Il ne manquait en fait qu\92une chose ce soir, une mise en scène, car cette \9Cuvre est belle et faite de perles inouïes aux beautés vocales subjuguantes. Entre duos, trios et arias que d\92enchantements nous offre Xerse en cette époque de création du genre opéra !"

 

 

 

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