IL POMO D'ORO

Décor de Burnacini pour Il Pomodoro

COMPOSITEUR

Marc'Antonio CESTI
LIBRETTISTE

Francesco Sbarra

  Festa teatrale rappresentata in Vienna per l'Augustissime Nozze delle Sacre Cresaree Reali Maesta di Leopoldo, e Margherita, componimento di Francesco Sbarra Consigliero di S.M.C., en un prologue et cinq actes, sur un livret de Francesco Sbarra (1611-1668). Première représentation : Vienne, Hoftheater, les 13 et 14 juillet 1668.

A l'occasion du mariage de l'empereur Léopold avec l'infante Marguerite d'Espagne, en 1667, furent composées : La Contesa dell'aria e dell'acqua (La Dispute de l'air et de l'eau), festa a cavallo sur un texte de Francesco Sbarra et une musique d'Antonio Bertali, et une festa teatrale, Il Pomo d'oro. Celle-ci fut remplacée, lors des fêtes du mariage impérial, par La Galatea, favola pastorale sur un texte d'Antonio Draghi, et une musique de Pietro Andrea Ziani, l'architecte et décorateur Burnacini n'ayant pu terminer à temps le théâtre en bois qu'on érigeait sur une place de Vienne.

La représentation de Il Pomo d'oro, dopnnée à l'occasion de l'anniversaire de le Marguerite d'Autriche, clôtura les fêtes de façon spectaculaire. L'opéra est célèbre par le faste inégalé de sa représentation, dans un théâtre de plein air, par le nombre des décors (24 décors principaux de Ludovico Burnacini), le nombre de rôles (quarante-huit), le nombre de scènes (soixante-sept !), l'effectif de l'orchestre, les sept ballets, les vingt-sept descentes du ciel de divinités ou figures allégoriques. Quelques arias furent composés par l'empereur Léopold lui-même.

La représentation, longue de dix heures, s'étala sur deux soirées.

La représentation suscita l'étonnement et l'admiration de toute l'Europe, et parfois aussi le scandale, par son coût : cent mille florins (au lieu de dix à vingt mille pour un opéra ordinaire).

On possède le livret complet, mais il manquait la partition des actes III et V. Une récente découverte permet de disposer de deux éditions complémentaires : le prologue et les actes I, II et IV dans l'édition de Guido Adler (Denkmäler der Tonkunst in Österreich), les actes III et V dans l'édition de Carl B. Schmidt (Biblioteca Estense - Modène).

 Décor de Burnacini

Dans l'avertissement de l'édition du livret, Francesco Sbarra, outre Marc'Antonio Cesti, cite le comte de Walstein, intendant de la représentation, Lodovico Burnacini (1636 - 1707), inventeur des décors, machines, costumes, et architecte du théâtre construit pour l'occasion pour 5 000 spectateurs, S. Venturi, maître de bal, et A. Santini, maître d'armes à la cour impériale.

 

Personnages : la Gloria austriaca (soprano), Amore (soprano), Himeneo ; Giove (basse), Giunone (soprano), Pallade (soprano), Venere (soprano), Apollo (alto), Nettuno (basse), Marte (ténor), Bacco (basse), Mercurio (alto), Hebe (soprano), Momo (basse), Ganimende (alto), Eolo (basse), Zeffiro (soprano), Austro, Euro (ténor), Volturno, l’Elemento del Foco (alto), Aglaie (soprano), Eufrosine (soprano), Pasithea (alto), Plutone (basse), Proserpina (soprano), la Discordia (soprano), Caronte (basse), Tesifone (soprano), Aletto (soprano), Megera (alto), un Prêtre (basse), Paride (ténor), Ennone (soprano), Filaura (ténor), Aurindo (alto), Cecrope (basse), Adrasto (alto), Alceste (alto), un Soldat (ténor)

 Décor de Burnacini : la Bocca d'Inferno

 

"L'action tourne autour du mythe de la pomme de discorde de Pâris. A la fin, Jupiter prend la pomme des mains de Vénus et la tend à l'impératrice. Il s'agit d'un exemple typique de "fête théâtrale" composée pour un théâtre de cour et des invités. Elle fut écrite pour la cour de Vienne à l'occasion du mariage de l'empereur Léopold Ier et de l'Infante Marguerite-Thérèse d'Espagne, fille de Philippe IV. La date de la représentation n'est pas certaine. Le mariage fut célébré le 12 décembre 1666. On sait que l'opéra avait été répété, toujours à la cour de Vienne, pour l'anniversaire de l'impératrice. A ce moment, Cesti, après avoir été relevé de ses voeux, était devenu maître de chapelle à la cour d'Autriche. Il s'agit de l'opéra le plus fastueux et le plus elaboré que l'on ait jamais représenté. La seule mise en scène coûta près de 100 000 thalers royaux. Rien ne fut épargné pour la richesse des costumes, le nombre des figurants, la perfection et le nombre des machines, les danses et les combats. Tout y est riche et flamboyant. La musique est parfaitement adaptée à la scénopaphie baroque de L. Burnacini. A l'opéra furent ajoutés les ballets du Viennois Schmeltzer. Le texte est conventionnel, truffé d'allusions mythologiques, mais devient plus populaire pour les scènes comiques. Dans le prologue, un choeur à huit voix symbolise les possessions de l'empereur. La Pomme d'or n'a plus jamais été joué. Il en existe une édition critique récente à laquelle manque le cinquième acte, qui a été perdu." (Dictionnaire chronologique des Opéras - Le Livre de Poche) 

 

Argument

Ennone, fille du fleuve Xanthe, éprise de Pâris et aimée de lui au début de l’histoire, est courtisée en vain par le berger Aurindo.

Après avoir offert la pomme à Vénus en échange de la possession des beautés d’Hélène, Pâris décide de faire voile en direction de Sparte. Ennone pressent ses intentions et s’en plaint auprès de lui, mais il s’embarque à son insu, après l’avoir induite en erreur par de nouvelles flatteries.

Junon demande à Eole d’utiliser ses Vents pour le faire sombrer. Pallas impose à Cécrops, roi d’Athènes et son fidèle, de le poursuivre les armes à la main. Mais Vénus demande l’assistance de Mars, qui défie Cécrops et lui propose de le retrouver dans un lieu déterminé avec un certain nombre de ses soldats pour défendre par l’épée la justesse du choix effectué en faveur de Vénus.

Pâris, en route pour Sparte, est assailli par une effroyable tempête. Sur le point de sombrer, après avoir invoqué l’aide de Vénus, il est secouru par Neptune, qui, à la prière de la déesse, et avec la promesse qu’elle lui ferait obtenir sa bien-aimée Amphitrite, apaise les flots. A la suite du combat entre Mars et Cécrops, ce dernier, vaincu, est resté prisonnier du dieu de la guerre.

Aussi Pallas, ulcérée, renverse-t-elle d’un tremblement de terre le temple qui lui était consacré à Athènes, pendant que les Athéniens faisaient un sacrifice pour implorer sa faveur. Apparaissant ensuite aux Athéniens, atterrés par cet événement, elle les informe du sort de leur roi, et les incite à aller le libérer par les armes et à récupérer la pomme d’or dans la forteresse de Mars où ils sont gardés tous deux.

Furieuse de l’intervention de Neptune, qui a empêché le naufrage, Junon fait appel à la sphère du feu et demande aux flammes de détruire le royaume du dieu marin. Mais le Feu refuse car le Destin s’y oppose. Junon, après avoir reproché à Jupiter d’avoir laissé trancher le débat entre les déesses par un mortel, déverse sa rage dans l’air et le bouleverse en faisant se succéder pluies, grêle, éclairs, tonnerre et tempêtes : ainsi se trouve détruite la délicieuse villa de Pâris.

Ennone, après avoir cherché Pâris en vain et pleuré sa trahison, est sauvée du suicide par Aurindo, qu’elle finit peu à peu par aimer. Cependant les Athéniens, conduits par Alceste, femme de Cécrops, ont tenté on vain le siège du château de Mars. Junon et Pallas s’affrontent devant Jupiter à propos de la pomme d’or.

Aussi Jupiter, pour mettre fin à tant de rivalités, décide de reprendre la pomme. Il foudroie donc la Tour où elle était gardée et la démantèle, en enjoignant à l’Aigle d’aller chercher le fruit. Celui-ci prend son vol, retrouve la pomme parmi les ruines et la rapporte à Jupiter. Chacune des trois déesses cherche à s’en assurer la possession. Mais le roi des Dieux déclare qu’il veut rendre tout le monde content en réservant cette Pomme d'or à la plus grande princesse que le monde doive jamais voir naître, (...) plus belle et plus sage qu’aucune autre, en la personne de laquelle, puisqu’elle unit à la Gloire de Junon, du fait de la grandeur de son sang et de ses états, les qualités de Vénus par sa beauté et les prérogatives de Pallas par l’étendue de son esprit, chacune des trois divinités pourra se glorifier d’avoir obtenu la Pomme d'or.

Jupiter enjoint donc à l’aigle de garder la pomme pour la remettre à l’impératrice le jour où, choisie pour peupler de très Augustes Héros la plus illustre et glorieuse Famille de l’Univers, elle sera unie au Grand Aigle Impérial. Ensuite Jupiter ouvre les cachettes les plus secrètes du Destin, où, parmi les Idées de tous les Empereurs, Rois et autres Princes de la Très Auguste Maison d'Autriche, on voit l’image de Sa Majesté Impériale et de l’impératrice Marguerite, entourés d’une nombreuse descendance.

Il ne reste plus aux trois déesses qu’à s’incliner et à révérer l’impératrice en commandant, l’une aux esprits des airs, la seconde aux Chevaliers de son escorte et la troisième aux sirènes et aux tritons, de fêter l’événement. Aussi le bas de la scène se change-t-il en une très vaste place ornée de superbes et riches édifices, avec la mer en perspective.

Suivent trois ballets, un d’Esprits dans les airs, un de chevaliers sur la terre, un de sirènes et tritons dans la mer.

(Les Fêtes théâtrales de Métastase à la Cour de Vienne - Jacques Joly)

  

 

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