LA DESCENTE D'ORPHÉE AUX ENFERS

COMPOSITEUR

Marc-Antoine Charpentier
LIBRETTISTE

Anonyme, d'après Ovide

DATE
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLEÉ
1995
William Christie
Erato
1
français

 Opéra de chambre (H 488), en deux actes, pour neuf voix, composé fin 1686 ou début 1687 pour la duchesse de Guise.

Marc Antoine Charpentier tenait le petit rôle d'Ixion, celui d'Orphée étant chanté par François Anthoine.

 

Synopsis

Acte I

Scène 1 - Daphné appelle le choeur des nymphes à célébrer le mariage d'Orphée et Eurydice. Les nymphes entrent en chantant et dansant. Air d'Enone et Aréthuze. Euridice demande à ses compagnes de ne cueillir des fleurs que pour confectionner une couronne destinée à Orphée. Soudain elle pousse un cri. Enone la plaisante, croyant qu'elle s'est piquée sur une épine. Mais Euridyce sent monter le venin du serpent qui l'a piquée.

Scène 2 - Orphée a entendu Eurydice et accourt. Eurydice meurt dans ses bras. Orphée et le choeur des bergers se lamentent. Orphée décide de suivre Eurydice dans la mort.

Scène 3 - Apollon apparaît pour dissuader Orphée de mourir. Il lui conseille d'aller essayer d'apitoyer le dieu des Enfers pour qu'il lui rende Eurydice.

Acte II

Scène 1 - Ixion, lié à une roue en perpétuelle rotation, Tantale, condamné à une faim et une soif éternelles, et Titye, dont le foie est dévoré par des vautours, pleurent leur sort.

Scène 2 - Orphée apparaît qui leur dermande de cesser leurs lamentations, son propre sort étant bien plus cruel. Le chant d'Orphée les apaise.

Scène 3 - Pluton s'étonne de voir apparaître un mortel. Orphée lui explique qu'Eurydice est l'objet de sa descente aux Enfers. Proserpine est touchée, ainsi que les Fantômes, et lui demande de raconter ses malheurs. Orphée raconte comment est morte Eurydice et demande à Pluton de lui rendre sa bien-aimée. Pluton refuse, mais Proserpine et les Fantômes intercèdent en faveur d'Orphée. Proserpine suggère à Orphée d'utiliser le charme de son chant pour fléchir Pluton. Ce qu'il fait en rappelant à Pluton comment il enleva Proserpine. Pluton finit par céder, et promet qu'Eurydice pourra le suivre à condition qu'Orphée ne se retourne pas avant d'être sorti des Enfers. Orphée craint de ne pouvoir respecter la condition.

Scène 4 - Le Choeur prie Orphée de rester pour continuer à le charmer, et déplorent que la voix d'Orphée ne soit plus qu'un "souvenir si doux".

 

"Dans La Descente d’Orphée aux enfers, le librettiste (inconnu) a choisi de faire mourir Eurydice au milieu de la première scène pastorale célébrant ses noces. Orphée, désespéré, voulant la suivre dans le trépas, finit néanmoins par se résoudre, en suivant les conseils d’Apollon, à tenter d’« implorer la puissance du prince ténébreux qui règne chez les morts » (acte I). Traversant les enfers, croisant et charmant furies et fantômes, Orphée réussit à émouvoir Proserpine, qui convainc Pluton de laisser Eurydice regagner le monde des vivants (acte II). La célèbre condition à laquelle est soumise cette faveur (« pour la regarder ne te retourne pas ») est énoncée juste avant la scène finale ; aussi n’a-t-elle aucune conséquence dramatique : l’opéra se termine plutôt sur un « chśur d’ombres heureuses, coupables, de furies et de fantômes » qui, dans les enfers, pleurent le départ d’Orphée." (Cité de la Musique - janvier 2004)

 

"L'oeuvre évoque le mythe d'Orphée, de la mort d'Euridice au fléchissement de Pluton. Elle se termine par une sarabande légère dansée par les fantômes et un choeur consolateur chanté par les Furies." (Diapason - avril 1996)

  "Le librettiste, anonyme, a proposé un poème assez difficile à manier, parce que ampoulé et construit en deux volets étanches : la majeure partie du premier acte est faite de réjouissances bigarrées, tandis que la fin du premier acte et le second acte baignent dans une atmosphère continûment éplorée. La faiblesse du livret est la trop grande rupture d'atmosphère, au point que le second volet se suffirait parfaitement à lui-même.

Charpentier n'a pas su (ou voulu) trouver des liens musicaux organiques entre ces deux volets. Il semble avoir mis en oeuvre successivement deux langues musicales inconciliables. Si la partie allègre et en extérieur adopte un style français, fait de brefs récits et de fragments d'airs de cour, la seconde nous plonge dans la musique italienne : Charpentier y déploie sa veine la plus intime, compose de magnifiques ensembles pour trois basses de viole (le violon est quasi absent) et, par d'impressionnantes déplorations, se place dans le sillage des opéras sacrés romains et de précédents Orfeo, dont celui de Luigi Rossi, avec sa sublime déploration finale "Lasciate Avemo". (Opéra International - juin 1996) 

 

 

 

Représentations :

 

 

 

"En 1979, Michel Laplénie, ténor de l'Ensemble vocal et instrumental baroque d'Ile-de-France, suggérait un nom plus séduisant à la jeune formation: Les Arts Florissants. Un quart de siècle plus tard, un concert-anniversaire rend hommage au divertissement homonyme de Marc-Antoine Charpentier, suivi, en deuxième partie, par La Descente d'Orphée aux enfers. La trouvaille de Michel Laplénie résume toujours merveilleusement l'enthousiasme et les bonnes manières baroques des jeunes chanteurs réunis par William Christie, son goût des textures délicates et des couleurs tendres, sa passion pour les jardins. Et, si l'on compare cette soirée aux fameux Arts florissants confiés, il y a plus de vingt ans, aux micros d'Harmonia Mundi, elle révèle un sens nouveau : en taillant chaque année le rosier pour assurer sa riche floraison, le jardinier contraint sa croissance. Car, si l'on excepte l'heureuse substitution d'un ténor aigu (Cyril Auvity) à un contre-ténor, ces belles voix déclamant sans effort font quelquefois jeu égal avec leurs prédécesseurs, mais leur cèdent souvent la palme de la caractérisation (Christian Lacroix s'est d'ailleurs contenté de draper tous les personnages féminins d'une même étoffe pastel, qu'il s'agisse de la Musique ou de la Poésie, de Proserpine ou d'Eurydice), de l'émotion ou du mystère. A moins que l'on puisse parler de mystère pour le vibrato vaporeux et les appoggiatures détimbrées de Sophie Daneman, qui exhale le "Je meurs" d'Eurydice sur un soupir humide et chaud, et nous laisse entendre "Je m'aime". Côté orchestre, en cherchant les couleurs des cordes avivées en 1981 par Daniel Cuiller, et tout juste suggérées ici par l'ajout licencieux d'un hautbois, d'un traversa et d'un basson, on ne trouve, en seconde partie, qu'un trio de violes, évoquant davantage le vinaigre que la lyre d'Orphée, puis une miraculeuse multiplication des diapasons. Forcément problématique dans l'acoustique de la Cité de la musique, mais ingénieuse dans son économie, la mise en espace de Vincent Boussard dispose les violons et les basses de part et d'autre des chanteurs. Séparation fatale, qui expose la pauvreté sonore du groupe de continuo. Celui-ci, mené par William Christie au clavecin, ponctue la mesure quand il pourrait diriger le mouvement et soutenir les phrases un nouvel acteur s'invite alors à l'entretien des allégories mis en musique par Charpentier : l'arithmétique.

Le travail sur l'articulation n'a guère évolué, les notes inégales se sont seulement sclérosées. Trademark, elles résument vingt-cinq ans d'histoire de la musique ancienne : ce qui était posé comme un échafaudage est aujourd'hui revendiquè comme l'édifice, les convictions nécessaires au labeur sont devenues des certitudes, professées telles des évidences, et l'on peut désormais décrire le divertissement de Charpentier comme un " opéra de poche d'une redoutable difficulté".

 

 

 

 

 

 

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