COMPOSITEUR
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Marc-Antoine CHARPENTIER
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LIBRETTISTE
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Thomas Corneille
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ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DÉTAILLÉE
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1953
|
2006
|
Nadia Boulanger
|
Idis
|
1
|
français
|

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1984
|
1999
|
William Christie
|
Harmonia Mundi
|
3
|
français
|

|
1994
|
1995
|
William Christie
|
WEA/Erato
|
3
|
français
|

|
1994
|
1996
|
William Christie
|
WEA/Erato
|
1
|
français
|

|
DVD
ENREGISTREMENT
|
ÉDITION
|
DIRECTION
|
ÉDITEUR
|
NOMBRE
|
LANGUE
|
FICHE
DETAILLÉE
|
2004
|
2005
|
Hervé Niquet
|
Armide Classics
|
2
|
français
|

|
Tragédie lyrique en cinq
actes (H 491), avec un prologue, représentée à
l'Académie royale de musique le 4 décembre 1693, sous
la direction de Pascal Colasse, dans une mise en scène de Jean
Bérain, avec dans les rôles principaux, la grande
cantatrice Marthe Le Rochois (Médée), Fanchon Moreau
(Créuse), Du Mesny (Jason) et J. Dun (Créon).
L'ouvrage fut accueilli avec
faveur dès la première représentation à
laquelle assistaient le Roi, son fils, le Dauphin et son
frère, Monsieur, et il fut édité par Christophe
Ballard en 1694. Charpentier la dédia à Louis XIV qui
se borna à répondre qu'Elle était persuadée qu'il était
un habile homme et qu'Elle savait qu'il y avait de très belles
choses dans son opéra.
Il n'y eut toutefois qu'une
dizaine de représentations (le Dauphin assista à deux,
le duc d'Orléans à quatre). Une reprise à Lille,
le 17 novembre 1700, fut interrompue par un incendie, puis l'ouvrage
tomba dans l'oubli.
La partition de Médée
fut éditée en 1693 par Christophe Ballard. Le manuscrit
faisait partie de l'ensemble des 28 folios vendus en 1727 par
Edouard, neveu de Charpentier, à la Bibliothèque du
roi.
Synopsis
Prologue
Un lieu rustique embelli par
la présence de rochers et cascades
Il est entièrement
consacré à chanter la gloire de Louis XIV. Les
armées royales ont connu quelques succès dans la lutte
qui oppose la France à Guillaume, roi d'Angleterre et de
Hollande à la fois. Les choeurs (habitants des bords de la
Seine et bergers héroïques) se réjouissent. A leur
appel apparaissent dans un palais de nuages qui descend du ciel la
Victoire (soprano), la Gloire (soprano) et Bellone (alto) qui
chantent les succès militaires, les bienfaits du roi et le
retour à une paix prochaine. Les choeurs s'associent à
ce voeu.
Acte I
Une place publique, à
Corinthe, ornée d'un arc de triomphe, de statues et de
trophées sur des piédestaux
Jason, prince de Thessalie
(ténor) et Médée, princesse de Colchos
(soprano), poursuivis par la haine des Thessaliens à la suite
des crimes de Médée, sont venus chercher la protection
de Créon, roi de Corinthe. (1) Médée se plaint
à sa confidente Nérine que Jason s'éloigne
d'elle. Nérine lui fait valoir que Jason ne fait qu'essayer de
se concilier Créuse, la fille du roi Créon. (2) Jason
arrive et explique qu'il est essentiel de se concilier les bonnes
grâces de Créuse (soprano) car elle règne
entièrement sur l'esprit de son père. Il demande
à Médée de donner à Créuse une
robe qui lui a beaucoup plu. Médée accepte. (3)
Après le départ de Médée, c'est au tour
de Jason de se plaindre à son confident Arcas : l'amour de
Médée l'effraie d'autant plus que ses sentiments le
portent vers Créuse. (4) Créon arrive et annonce
l'arrivée d'Oronte, prince d'Argos, promis à
Créuse, mais ne dissuade pas Jason d'aimer celle-ci. (5) Une
fanfare annonce Oronte qui déclare venir par amour pour
Créuse. Créon lui demande de d'abord l'aider à
combattre les Thessaliens. (6) Choeur de guerriers corinthiens et
Argiens qui convient Jason à les mener à la
victoire.
Acte II
Un vestibule du palais,
orné d'un grand portique
(1) Créon explique
à Médée qu'il ne la livrera pas à ses
ennemis, mais que, criminelle, elle doit s'éloigner. Jason,
qui est un héros, restera à Corinthe ainsi que les
enfants qu'il a eus de Médée et qui seront
traités en princes. Médée proteste en vain : les
crimes qu'elle a commis, elle ne les a commis que par amour pour
Jason. Rien ne peut faire changer Créon d'avis, qui fait
valoir que son départ est demandé par le peuple
corinthien. (2) Médée confie ses enfants à
Créuse. (3) Créon et Créuse se
réjouissent : Oronte apporte son soutien, et les noces de
Créuse et de Jason pourront avoir lieu. (4) Créon
annonce à Jason que Médée est prête
à partir. (5) Créuse persuade Jason que c'est bien lui
qu'elle aime. (6) Oronte déclare son amour à
Créuse (7) Procession des captifs de l'Amour qui chantent un
épithalame où les paroles françaises se
mêlent à des textes italiens.
Acte III
Un lieu réservé
aux enchantements de Médée
(1) Oronte promet à
Médée la protection des murs d'argon et de ses
guerriers si elle peut arranger un mariage entre lui et
Créuse. Médée lui explique alors que c'est
l'amour de la princesse et de Jason qui est la cause de son
bannissement. Il ne leur reste plus qu'à unir leurs infortunes
pour lutter contre un sort contraire. (2) Jason essaye de calmer
Médée en lui expliquant qu'il n'accepte les
propositions de Créon que pour sauver la vie de leurs enfants
et qu'elle n'a rien à craindre. (3) Médée reste
seule en proie aux sentiments les plus noirs. (4) Nérine lui
annonce que tout se prépare pour les noces de Créuse et
de Jason. Malgré les conseils de sagesse de Nérine,
Médée éclate de fureur et fait appel aux
démons pour qu'ils préparent, à l'intention de
sa rivale, une robe empoisonnée. On voit apparaître puis
disparaître des Esprits en l'air (5) Médée
invoque les noires filles du Styx. (6) La Jalousie, la Vengeance et
une troupe de Démons viennent se mettre au service de
Médée et apporter la robe. (7) Les Démons
apportent une chaudière infernale, dans lequel ils jettent des
herbes qui doivent composer le poison. Bruits de l'enfer. Des
Monstres naissent, et après que les démons ont
répandu du poison sur eux, ils meurent. Médée
prend du poison et le répand sur la robe. Médée
emporte la robe, les démons disparaissent
Acte IV
L'avant-cour du palais de
Créon, un jardin magnifique dans le fond
(1) Jason et Cléone
admirent la beauté de Créuse qui est vêtue de la
robe offerte par Médée. (2) Jason déclare sa
flamme à Créuse. L'arrivée d'Oronte fait partir
Créuse. (3) Le prince peut ainsi constater la
réalité de l'amour entre Jason et la princesse. (4)
Oronte confirme à Médée que se soupçons
étaient justifiés. Médée affirme que
jamais Jason ne sera l'époux de la fille de Créon. (5)
Elle en fait le serment malgré les conseils de
modération que lui renouvelle Nérine. (6)
Entouré de ses gardes, le roi de Corinthe s'irrite de voir que
la magicienne n'est pas encore partie pour l'exil.
Médée répond en refusant de partir tant
qu'Oronte n'aura pas épousé Créuse. Le roi
ordonne qu'on se saisisse de l'insolente. Un coup de baguette
précipite la pièce dans le domaine de la magie. Les
gardes entourent Créon au lieu de se saisir de
Médée. (7) Surviennent des fantômes qui se
transforment en femmes agréables, séduisent les gardes
dans une sorte de ballet. (8) Médée menace Créon
et appelle sur lui la Fureur. Celle-ci paraît avec son flambeau
et passe devant Créon. (9) Celui-ci, resté seul,
invoque les divinités infernales et sombre dans la
folie.
Acte V
Le palais de
Médée
(1) Médée, en
présence de Nérine, se réjouit de ses
succès et se prépare à pousser sa vengeance
à l'extrême en immolant ses enfants aimés de
Jason. (2) Créuse vient implorer la pitié de
Médée pour Corinthe dont elle prévoit le
malheur. Elle accepte même la condition posée par
Médée : renoncer à épouser Jason. (3)
Cléone vient annoncer que, dans une crise de folie,
Créon s'est suicidé après avoir tué
Oronte. (4) Créuse crie son horreur à
Médée. (5) Médée touche Créuse de
sa baguette et s'en va. La robe de Créuse se transforme en
robe de feu, et (6) Créuse expire entre les bras de Jason. (7)
Celui-ci crie vengeance. (8) Médée
s'élève dans les airs sur un char tiré par deux
dragons et signale à Jason qu'elle a poignardé ses
enfants. Toutes les statues se brisent. Des Démons arrivent de
tous côtés, des torches à la main, qui mettent le
feu au palais. Puis ils disparaissent, la nuit tombe sur des ruines
et des pluies de feu.
Le synopsis est aussi sur
le site Ars
Musica
http://www.castle.net/~rfrone/sfo/libretti/medee.htm
http://www.intac.com/~rfrone/sfo/libretti/medee.htm
Centre d'études de la
musique française aux XVIIIe & XIXe siècles - Sous
la direction d'Edmond Lemaître - CNRS Editions -
1er septembre 1998 - 599 pages
- La musique comme
métaphore - Ana Stefanovic
- Un modèle pour
interprétation musicale :
Médée
Représentations
:
- Volos -
Théâtre Municipal - Grèce - 5
janvier 2009 - Médée furieuse (extraits) -
Ensemble Almazis-Iakovos Pappas - Le Petit Opéra du Monde -
dir. Iakovos Pappas - mise en scène et décors
Vassilis Anastassiou - costumes Maciej Belenn - avec Emmanuelle
Isenmann (Médée), Benjamin Clée (Jason)
- Paris - Salle Gaveau
- 19 mai 2005 - Opéra
de Rouen - Théâtre des Arts - 20, 22 mai 2005 -
en version de concert - Le Concert Spirituel - Chœur
des Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles - dir.
Hervé Niquet - avec Krisztina Szabo (Médée),
François-Nicolas Geslot (Jason), Gaëlle Méchaly
(Créuse), Bertrand Chuberre (Oronte), Joao Fernandez
(Créon), Hanna Bayodi (Cléone), Chantal Santon
(Nérine), Emiliano Gonzales-Toro, Anders J. Dahlin,
Benoît Arnould
Hervé Niquet et son
Concert Spirituel donnaient jeudi cette rareté qu'est la
Médée de Marc-Antoine Charpentier, créée
sans grand succès - et du coup demeurée seul essai de
son auteur dans le genre de la tragédie lyrique - à
l'Académie Royale de Musique le 4 décembre 1693,
recuite sept ans plus tard lors d'un incendie à Lille, puis
totalement oubliée. Ressuscité au concert par Malgoire
en 1976, au disque par Christie en 1984, l'année même
où Bob Wilson en signait une mise en scène à
Lyon, sous la battue de Michel Corboz, l'ouvrage connaîtrait
ensuite la production que Christophe Galland présente à
Dinard en 91, celle de Jean-Marie Villégier (et Christie
à nouveau) faisant décidément date à
Favart en 93.
Il n'est certes pas
aisé d'avoir à opérer des coupes dans une œuvre
que l'on décide de défendre. Pourtant, Hervé
Niquet le devait impérativement, surtout dans le cadre d'une
exécution concertante. Les puristes n'y trouvèrent sans
doute pas tout à fait leur compte, mais il valait
indubitablement mieux jouer l'incomplétude que d'alourdir une
soirée au risque de desservir sa réception par le
public. L'impasse faite sur le Prologue a permis d'entrer directement
dans le vif du sujet, d'autant que les premiers pas de la
scène initiale sont fastueusement introduits. Quelques
omissions de sections purement divertissantes favorisaient une plus
vive concentration sur l'intrigue elle-même, ce qui
peut-être n'était pas plus mal. Demeurait le plus
important : Niquet offrit une lecture magnifiquement
théâtrale qui accompagnait les chanteurs d'intentions
parfaitement dramatiques, tout en colorant l'orchestre comme
personne. Entendons nous bien : le son n'en fut jamais gratuitement
plastique, partant que la tragédie elle seule parut compter.
En revanche, le plateau vocal
nous enthousiasma guère… Les rôles secondaires
étaient plutôt bien tenus, puisque Benoît Arnould
donnait une certaine assise à la Vengeance, Arcas et un
Argien, la Jalousie de Nicolas Bauchau se montrant tout à fait
honorable, tandis que Anders Jerker Dahlin que nous avions eu grand
plaisir à entendre à Lausanne l'an passé (Roland
de Lully) offre les avantages d'une diction exemplaire, d'un chant
sans faille et d'une belle clarté de timbre à un
démon, un captif de l'Amour et un Corinthien. Hanna Bayodi
(Cléone) est satisfaisante bien qu'un rien volatile, et
Chantal Santon (Nérine), sans affirmer la belle forme vocale
qu'on a pu lui connaître, est attachante.
On ne pourra pas en dire
autant des cinq figures de tête. Surmontant salutairement une
tendance à l'afféterie qu'on put constater dans
certaines de ses prestations, Bertrand Chuberre donnait ce soir un
Oronte d'une louable franchise artistique, libérant un
haut-médium d'autres fois trop précautionneusement
couvert. Joao Fernandes proposait un Créon exclusivement
sonore, se contentant de distribuer des graves certes splendides,
mais dont la réclame ne suffisait pas à construire une
interprétation. C'est assez désolant : la voix est
riche, l'émission évidente, mais la phrase n'est jamais
réellement menée, les intervalles restent
approximatifs, et, mis à part quelques roulements d'yeux dont
on se serait aisément passé, le chanteur n'accorde
aucune consistance dramatique à son rôle.
Possédant de vrais moyens, ce n'est là sans doute que
péché de jeunesse… Suffit-il d'un bel aigu et d'un
physique pour chanter Créuse ? Magali Léger
possède l'un et l'autre et sait fort bien les utiliser,
abandonnant la phrase et le texte à eux-mêmes s'ils ne
comportent pas d'évidentes prouesses ; attachée
à la seule performance, et en cela plus minaudière
encore que les sourires qu'elle compose en attendant la prochaine
réplique, sa prestation tenait de l'anecdote. Avec une grande
intelligence du texte, un raffinement indéniable du style, et
une véritable sensibilité, François-Nicolas
Geslot semblait le Jason rêvé ; dans l'ensemble, sa
proposition tenait la route, mais a souffert d'un inquiétant
manque de souplesse et d'un placement vocal parfois hésitant,
voire étrange. Enfin, Krisztina Szabó, malgré
une diction parfois imprécise et une ornementation souvent
trop appuyée, perçait l'écran en
Médée, avec une expressivité extraordinaire ;
d'un timbre épicé qu'elle colore naturellement par une
déclinaison parfaite des inten-tions du personnage, la soprano
dominait le concert, réussissant à faire peser les
arguments de son héroïne avec tant d'émotion qu'il
était à supposer que le public pût se rendre
à sa cause."
- Arsenal de Metz
- 1er octobre 2004 -
Versailles - Opéra
Royal - 3 octobre 2004
- Auditorium de Lyon - Festival
d'Ambronay - 5 octobre 2004 - Chantres du Centre de
Musique Baroque de Versailles - Le Concert Spirituel - dir.
Hervé Niquet - mise en espace Olivier Simonnet - avec
Stéphanie d'Oustrac, dessus (Médée),
François-Nicolas Geslot, haute-contre (Jason), Gaëlle
Méchaly, dessus (Créuse), Bertrand Chuberre,
basse-taille (Oronte), Renaud Delaigue, basse (Créon),
Hanna Bayodi, dessus (Cléone, l'Amour, une Italienne,
Captif de l'Amour I, Fantôme I), Caroline Mutel, dessus
(Nérine, Captif de l'Amour II, Fantôme II),
Benoît Arnould, basse (un Argien), Emiliano Gonzalez-Toro,
taille (Arcas, Corinthien II, la Vengeance), Anders J. Dahlin,
taille (Corinthien I, Captif de l'Amour III, un Démon)
- Diapason - décembre 2004 - 3
octobre 2004
"...Médée -
hélas en version de concert, hélas amputée de
son Prologue et de plusieurs choeurs et interludes. Sans doute
l'omission du Prologue aura pesé sur la première partie
: son dynamisme jubilatoire aurait libéré les
chanteurs, les récitatifs arides de l'acte I n'auraient pas
donné cette impression d'une mécanique sans huile. Il
faut attendre l'acte III et un Oronte (Bertrand Chuberre) très
en forme pour que Stéphanie d'Oustrac incarne
véritablement l'héroïne, pour que la musique
laisse place à l'opéra. Saluons également le
Jason de François-Nicolas Geslot, idéal en " salaud
lumineux", sans oublier les petits trios d'hommes, délicieux
de justesse et d'harmonie. Mais on retrouve un Niquet "de principes",
dont la volonté force de nouveau la matière, en se
démarquant des canons esthétiques devenus routine dans
le baroque français actuel. Placement des voix,
phrasés, diction, ornementation réduite à sa
plus simple expression, "r" démesurément roulés
: un souci de renouer avec les usages de l'époque ? Mais alors
pourquoi laisser passer chez les chanteurs tant de fautes de liaison?
La basse continue, pléthorique mais peu variée, finit
par étouffer le récitatif et donc par lasser. Attendons
que ce travail parvienne à maturité, comme celui de la
veille."
- Opéra International - novembre 2004 -
3 octobre 2004
Pour rendre
présentable, en version " mise en espace ", l'assez longue
tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier et de Thomas
Corneille, Hervé Niquet a pratiqué des coupes
sombres. Si l'on a pu se passer du trompettant prologue, suivi
dès le premier acte d'une tout aussi pétaradante
scène, on a été frustré par la
disparition, au deuxième acte, du divertissement italien et
par celle du choeur dans les maléfices de
Médée, Comme d'autres chefs baroques
confrontés aux oeuvres de Lully et consorts, Niquet sabre
dans les récréations musicales, parties pourtant
subtiles et bourrées d'idées. Et l'on conviendra
qu'amputer Charpentier de son italianité est pour le moins
inconvenant... Mais saluons plutôt la battue enthousiaste de
Niquet, chef fier et trop souvent moqué. Sans aucune baisse
d'intensité, il tire de son Concert Spirituel des couleurs
et des impulsions redonnant à la partition une dynamique
littéralement inouïe. L'opulent continuo brode de
riches harmonies dans les récitatifs, l'inflexion de la
danse irrigue chaque ritournelle, la mélancolie des vents
sait entourer d'une tendre aura les plaintes de
Médée dans "Quel prix de mon amour!".
Stéphanie d'Oustrac, bien qu'encore jeune pour ce
rôle complexe, s'investit totalement en amoureuse
flouée devenant mère infanticide, Sa diction est
parfaite, sa passion saisissante. Ce n'était pas le cas
pour la Créuse de Gaëlle Méchaly que l'on a
connue dans des jours meilleurs. Le pleutre Jason était
défendu par le doux haute-contre à la
française François.Nicolas Geslot. Bertrand Chuberre
fut un Oronte déchiré entre amour manipulé et
orgueil aveugle. On reprochera au Créon de Renaud Delaigue,
trop souvent empêtré dans de faux départs, de
disparaître dès que l'orchestre joue à plein,
Quant aux solistes et choeur des Chantres du Centre de musique
baroque de Versailles, ils ont été simplement
impeccables."
- Classica - novembre 2004 - 3 octobre
2004
"Bravo à Hervé
Niquet pour les couleurs et l'expression de l'orchestre, pour
l'épaisseur chaleureuse du continuo, la Médée
dirigée par Hervé Niquet frôlait la perfection
- Forum
Opéra - 5 octobre 2004
"Oeuvre maudite, vouée
dès sa création aux gémonies d'une certaine
élite piquée de lullysme conquérant,
Médée n'est pas des oeuvres qui s'apprivoisent
facilement... Ainsi, à en juger par le tiers de l'assistance
ayant délaissé la salle à l'entracte, l'ouvrage
n'a pas aujourd'hui encore conquis son public. C'est d'ailleurs plus
comme un trait de curiosité et d'éclectisme
intellectuel que se conçoivent, pour beaucoup, des
représentations comme celle que l'auditorium de Lyon, pour
quelques heures paré des couleurs du festival d'Ambronay, a
relevé le défi de monter.
Charpentier, pour la
composition de Médée, s'est attaché à la
double tâche apparemment paradoxale de respecter et de
transgresser le modèle lullyste. La partition s'en trouve
enrichie d'un discours dense, aux récitatifs touffus parcourus
d'airs à l'orchestration à la fois délicate,
fragile et d'un dramatisme fiévreux. Cette couleur fortement
théâtrale, Niquet la respecte d'ailleurs avec talent,
menant son orchestre d'une main à la fois ferme et
suprêmement respectueuse des affects mis en place par
Charpentier et son librettiste Thomas Corneille. D'une
discursivité constante, la direction enlace scrupuleusement la
phrase musicale, sculptant le son autour du mot, roi ici de la
confrontation. Rugueux et un peu bousculé comme il l'est
couramment, le Concert Spirituel aux prises parfois avec les
conditions inhérentes au concert (quelques "pains" sont
là pour nous rappeler que la trompette est naturelle) affirme
néanmoins une belle cohérence autour de la conception
de son chef, avec surtout des pupitres de bois (le hautbois
d'Héloïse Gaillard n'y est certainement pas pour rien)
somptueux et un continuo (trois clavecins, théorbes, guitares)
qui scandent le drame avec une verdeur et une flamme superbement
généreuse. C'est aussi que Niquet ne fait qu'un avec
son orchestre au milieu duquel il se place, faune dansant et vivant
la musique de tout son corps déployé aux moments
clés de l'action. Cela donne une scène infernale du
troisième acte qui glace le sang et fait surgir des images
d'une noirceur stupéfiante.
Hélas, le chant n'est
jamais véritablement au niveau de ce que l'on attend
généralement d'une grande production
festivalière. Chacun même reste un cran en
deçà des exigences purement vocales de son rôle.
C'est aussi que l'ampleur de la salle n'aide jamais la projection de
voix au format réduit qui résonnent ici avec un manque
d'ampleur dommageable, quand bien même l'incarnation dramatique
reste chez tous d'une impeccable justesse et témoigne d'une
compréhension très fine de chaque personnage. C'est
particulièrement le cas chez le Créon de Renaud
Delaigue, induré par une tessiture très grave, dont
l'aigu "graillonne" de manière assez
désagréable. C'est d'autant plus dommage que l'artiste
mène sa ligne de chant avec talent, donnant à
Créon la silhouette d'un potentat veule et resserré sur
l'intérêt de sa couronne qui s'épanouit
même à la fin du quatrième acte avec un organe
soudain percutant et comme retrouvé. Le même
problème afflige l'Oronte turpide et à l'hypocrisie
poisseuse de Bertrand Chuberre, voix assez claire, malmenée
par la dynamique et l'espace à emplir. Gaëlle
Méchaly, Créuse "poids-plume", silhouette vive, objet
du délit et figure enjôleuse, fait pourtant avec une
projection très droite des prouesses en termes de
musicalité. Très bien mené, le timbre vif-argent
peut même s'animer d'une flamme pleine de mélancolie
pour distiller, le temps d'une mort à peine susurrée,
des prodiges de sensibilité. Sans doute sommes-nous là
en face d'un monument d'artifices musicaux, mais la composition
fonctionne très bien et l'artiste joue de ses apprêts
avec art. Le Jason de François-Nicolas Geslot, idéal
dans le registre de l'élégie (magnifiques duos avec
Créuse), exposant une ligne modelée avec talent et une
intonation solaire, souffre du défaut habituel des
"hautes-contres" à la française. L'émission
naturellement légère donne à ses affrontements
avec Médée un impitoyable caractère
petit-bourgeois, alors que le registre de l'imprécation
l'amène de manière presque obligatoire à trouver
refuge dans le cri. C'est finalement chez les comprimarii, au milieu
de la cohorte des suivantes et des nations étrangères,
que l'on trouvera de réelles satisfactions vocales (mention
particulière à Hanna Bayodi, projection franche et
Benoît Arnould, timbre chaud et projection martiale), avec une
finesse polyphonique, une souplesse de la ligne qui font des
ensembles du premier et du deuxième acte des moments musicaux
d'une rare prégnance.
Le cas de Stéphanie
d'Oustrac reste, enfin, à traiter à part. La voix est
idéalement celle du rôle, celle d'un mezzo dont l'aigu
peut se déployer de manière confortable. Son grain
sombre, véritable soie vocale aux reflets moirés, d'un
lyrisme éperdu, relève du miracle. La technique
elle-même est d'une grande artiste : émission
calibrée, gestion parfaite des registres sur tout l'ambitus.
Hélas, cent fois hélas, Médée passe ici
plus de temps à s'écouter qu'à participer au
drame. Absolument magistrale dans le registre doloriste de la
déploration (au troisième acte et surtout au
cinquième lorsqu'il s'agit de consommer l'infanticide), filant
des sons et des trilles qui sont des modèles du genre, la
magicienne semble ne jamais devoir prendre les rênes du drame.
Courte d'imprécation au moment d'invoquer les "noires filles
du Styx" à l'acte 3, Médée manque ici du
mordant, de l'ironie qui font habituellement le personnage. Et
lorsque enfin d'Oustrac, délaçant le corset racinien
qui emprisonne son incarnation, prend toute la mesure de la grandeur
tragique de son rôle et anime un discours qui devient
dès lors flamme vive, trois actes se sont déjà
enfoncés dans la nuit de l'oubli.
Dès lors,
partagée entre une troupe de chanteurs qui brossent une
galerie de portraits très sensibles à défaut de
posséder le format requis et une héroïne qui
conjugue les défaut et qualité inverses, la production,
soutenue par un orchestre chauffé à blanc, d'une
expressivité poignante plus que réellement
irréprochable, s'avère finalement comme une triste
occasion manquée pour Charpentier."
- Toronto - Atelier
- 1er, 2, 6, 7, 9, 10 novembre 2002 -
Orchestre et choeur Tafelmusik - Artistes de l’Atelier Ballet -
dir. Hervé Niquet - mise en scène Marshall Pynkoski
- décors Gerard Gauci - costumes Dora Rust D'Eye - avec
Stephanie Novacek (Médée), Cyril Auvity (Jason),
Alain Coulombe (Créon), Nathalie Paulin (Créuse),
Olivier Laquerre (Oronte), Krisztina Szabo (Nérine)
- Scena musicale - L’incendiaire
incendiée
"Ce n’est plus le temps
où Lecerf de la Viéville, partisan inconditionnel de
Lully, fomentait sa cabale contre Charpentier et lui assénait
entre-autres ces quelques vers persifleurs :
"De Charpentier et de Thomas
Corneille
Venez tous voir le merveilleux
opéra;
N’apportez avec vous ni
intelligence ni oreille,
Car l’oeil seul
suffira."
Perpétrer de tels
propos à l’égard de ce que l’on tient pour un
chef-d’oeuvre de la tragédie lyrique française
s’avère aujourd’hui d’une absolue iniquité. Car entre
la première de Médée créée au
Théâtre du Palais-Royal en 1693 et la
représentation de l’Opéra-Atelier torontois eut lieu
une fabuleuse résurrection en 1984 sous les auspices de
William Christie.
Pourtant la remarque acerbe de
Lecerf de la Viéville pourrait presque satisfaire à un
résumé de cette représentation torontoise aussi
peu musicale qu’elle est visuelle. La musique de Charpentier n’en est
plus la cause, mais ses interprètes. On cherche en vain le
style propre à la vocalità de la tragédie
lyrique au sein de l’assemblage incohérent de la distribution.
Que la voix de Stephanie Novacek soit une "force de la nature" ne
fait pas de doute. Encore faut-il distinguer dans cette nature la
forêt puccinienne du jardin à la française de ce
précurseur de Rameau. Bien que peu rompue à la diction
du français, la mezzo-soprano américaine
révèle un sens de l’effort non dissimulé, qui
peut porter ses fruits lorsqu’elle aborde un phrasé avec la
souplesse de sa voix, mais susceptible de retomber à tout
moment dans la couleur naturelle de son drammatico qui revient au
galop. Les craintes mentionnées à la suite de son
Ottavia dans le Couronnement de Poppée se confirment à
la lumière de cette prise de rôle. Olivier Laquerre est
un autre exemple édifiant du patchwork de cette distribution.
Il prête sa voix au personnage d’Oronte, dans un style qui
serait idoine pour la Médée de Cherubini. Marc-Antoine
lui pardonnera volontiers cette incartade. Le baryton-basse
québecois donnait le lendemain un récital de
mélodies françaises (Fauré, Ibert) dont la
justesse de style rassurait quant à la typologie de sa
voix.
Nathalie Paulin, en
Créuse, exploite à merveille le cristallin de ses
sonorités mais enlève à la prosodie toute
inflexion baroque. Ses duos avec le Jason de Cyril Auvity
évoquent le yin et le yang. Le jeune haute-contre
français, malgré une voix encore verte, est bel et bien
le seul à suggèrer la marche à suivre dans cette
quête du style perdu. "Cettuy-là qui conquit la Toison"
paraît donc esseulé et ne trouve pas le réconfort
escompté dans la gestique nerveuse de Niquet plus soucieux de
faire avancer ses troupes que d’en assurer la cohésion.
Soigner les fins de phrases ne le concerne pas plus, ce
soir-là, que contrôler les attaques du
choeur.
Certes Médée
apporte son content de Cupidon, de démons, et autres deus ex
machina surgissant d’on ne sait quel éclair. Son Styx
mystérieux, ses éclairages d’outre-tombe et
l’hellénisme convenu du décorum se veulent
l’écho parfait des danses galantes que l’on nous dit
inspirées de l’art de Louis Pécour et de Gregorio
Lambranzi. Malgré cette double référence aux
styles français et italien, la Médée de
Charpentier, "le Phénix de la France", s’est consumée
dans les éclairs lancés par la magicienne. On attendait
plutôt qu’elle renaisse de ses cendres."
- Lisbonne - Centro Cultural
de Belem - 1er mai 1994 - New York - Brooklyn Academy of Music -
19, 21 et 22 mai 1994 - dir. William Christie - avec Jacques Bona,
Bernard Deletré, Lorraine Hunt, Agnès Mellon, Mark
Padmore, Jean-Marc Salzmann, Françoise Semellaz,
Michèle Zanetti
- Opéra du Rhin
- 25, 26, 27, 28 et 29 mai 1993 - Théâtre de Caen - 12, 14,
15 et 16 mai 1993 - Opéra
Comique - Les Arts
Florissants - dir. William Christie - mise en scène
Jean-Marie Villégier - décors Carlo Tommasi -
costumes Patrice Cauchetier - chorégraphie Béatrice
Massin - avec Lorraine Hunt / Françoise Semellaz
(Médée), Mark Padmore / Paul Agnew (Jason), Bernard
Deletré / Jacques Bona (Créon), Monique Zanetti /
Agnès Mellon (Créuse), Jean-Marc Salzmann / Olivier
Lallouette (Oronte)

"La Médée a
été rejouée sur scène à Caen pour
la première fois depuis sa création le 4
décembre 1693...Jean-Marie Villégier n'a retenu de
l'expérience d'Atys quen le principe du décor unique,
refusant le recours aux machines scéniques pour se concenter
sur la direction d'acteurs...On ne peut que louer une mise en images
et en mouvement rigoureusement collée au texte
littéraire et musical...Les mouvements d'ensemble du choeur,
des fi-gurants, impeccablements réglés, renforcent la
vision d'un ballet futile et illusoire...L'interprétation
musicale s'est montrée largement à la hauteur, la
Médée de Lorraine Hunt épousant chaque contour
psychologique de son personnage avec un investissement vocal et
scénique qui lui a valu une ovation finale. Beauté
d'une voix homogène et souple, assurance de la technique,
musicalité, assorties d'un naturel confondant, sa
Médée devient un monstre bouleversant...Mark Padmore
est Jason, fort bien campé, détestable à
souhait, dont toute la vaillance et la séduction sont
passées au service du mensonge et de la veulerie. La
Créuse d'Agnès Mellon est tout aussi dramatiquement
à sa place...Remarquable le Créon de Bernard
Deletré, roi immoral et magouilleur, mais orgueilleux et
autoritaire, dont les confrontations avec Médée sont
d'une rare intelligence psychologique et musicale. Nicolas Rivenq
enfin rend justice à Oronte...Les seconds rôles sont
d'excellente tenue, notamment la Nérine de Noemi
Rime...William Christie a su trouver une intensité
d'expression, un sens du naturel, et une largeur de conception qui ne
lui sont pas toujours familiers, nous livrant peut-être la plus
belle réalisation de tragédie lyrique des
dernières années." (Opéra International - juin
1993)
- Théâtre de
Dinard - Académie d'opéra baroque - 1991
- dir. Frédérique Chauvet - mise en scène
Christophe Galland
- Théâtre du
Châtelet - 15 novembre 1989 - dir. William
Christie - avec B. Bellamy (Médée), Bernard
Deletré (Créon), Agnès Mellon
(Créuse), Howard Crook (Jason), Nicolas Rivenq (Oronte),
Claire Brua
- Opéra de
Lyon - 22, 26, 29 octobre, 2, 5, 8 novembre 1984 -
Solistes de l'Atelier lyrique - Orchestre de l'Opéra de
Lyon - dir. Michel Corboz - mise en scène Robert Wilson -
avec Esther Hinds (Médée), Henri Ledroit (Jason),
Danièle Borst (Creuse) (Oronte), Brigitte Lafon, Aline
Dumas, Michel Fockenoy, Gilles Cachemaille, René Schirrer
(Créon), Evelyne Didi, Franca Squarciapino
"Bob Wilson a fait subir un
dur traitement au Prologue de l'ouvrage. Plus rien ne restait de
l'allégorie de style classique...Les choses se sont
plutôt arrangées...bien que nous ayons eu droit, pendant
toute la représentation, à la présence muette
mais envahissante des deux jeunes femmes en blanc du Prologue...de
beaux costumes à l'antique sobres et d'une belle harmonie de
couleurs...la cantatrice noire Esther Hinds manque totalement de
personnalité...Le Jason de Henri Ledroit est trop
asexué...Le meilleur élément de la distribution
est la Créuse de Danièle Borst, à la voix claire
et joliment timbrée...la direction nuancée de Michel
Corboz". (Opéra International - décembre
1984)
- Opéra
International - octobre
1984 - dossier sur Médée
- Paris - Concert
radiophonique - 8 juillet 1976 - dir. Jean-Claude
Malgoire - avec Isabel Garcisanz (Médée), Anne-Marie
Rodde, Sonia Nigoghossian, N. Fallien (Jason), Bruce Brewer
(Creuse), Ulrik Cold (Créon), Philip Langridge (Oronte)
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