L'oeuvre - Le compositeur

LA DAFNE

COMPOSITEUR

Marco da GAGLIANO
LIBRETTISTE

Ottavio Rinuccini
 
ORCHESTRE
Ensemble Fuoco e Cenere
CHOEUR

DIRECTION
Jay Bernfeld

Dafne

Chantal Santon

Venere

Guillemette Laurens

Amore

Daphné Touchais

Apollo

Mathieu Abelli

DATE D'ENREGISTREMENT
2007
LIEU d'ENREGISTREMENT

ENREGISTREMENT EN CONCERT

EDITEUR
Arion
DISTRIBUTION
Nocturne
DATE DE PRODUCTION
26 mai 2008
NOMBRE DE DISQUES
1
CATEGORIE
DDD

Critique de cet enregistrement dans :

"Cette “ fable en musique” sur un livret d’Ottavio Rinuccini (déjà utilisé par Peri à Florence en 1594) fut créée en 1608 à Mantoue, pendant les fêtes de mariage du fils du duc Vincent Gonzague. Pour cette même occasion, Monteverdi (qui triompha un an plus tôt avec son Orfeo) fut chargé de composer un nouvel opéra, Arianna, et le Balle delle Ingrate. Gagliano, Florentin d’origine, s’érige avec cette Dafne en héritier des humanistes et des premiers monodistes de sa cité (Cavalieri, Caccini et Pari). En revanche, il semble prendre ses distances avec les innovations du maître de chapelle mantouan sa fable, principalement composée an stile recitativo, ne présente ni l’opulence orchestrale ni la diversité des styles d’écriture vocale de l’Orfeo. On y retrouva bien un choeur ("Nudo arcier") à la rythmique anacréontique (évoquant irrésistiblement la canzone d’Orphée ”Vi ricorda“) et une aria diminuée d’Apollon qui n’est pas sans rappeler le fameux ”Possente spirto" du même Orphée. Mais les moyens mis an oeuvre sont sans commune mesure avec les fastes déployés par Monteverdi.

Cette oeuvre fut enregistrée quatre fois par le passé. En 1976, Jùrgen Jurgens, éminent montéverdien, livrait une première référence, encore incontournable pour sa distribution (Archiv). Nigel Rogers y campait un Apollon aussi légendaire que son premier Orphée, enregistré avec le même Jurgens an 1973. Après les versions marginales de Sandor Kallos (Melodiya) et de Paul Vorwerk (ABC Classics), ce fut Gabriel Garrido qui en 1995 renouvela l’approche de Dafne (K 617) par une interprétation sans doute plus décorative que théâtrale. Jay Bernfeld se distingue aujourd’hui en imprimant à l’oeuvre une urgence dramatique qu’aucun de ses devanciers n’avait trouvée dans la partition. Avec un effectif minimal (les choeurs sont formés par la réunion des seconds rôles, l’ensemble instrumental ne compte que sept musiciens), il obtient un résultat d’une efficacité optimale, en particulier par un travail fouillé sur la déclamation et sur l’accompagnement. Les principaux rôles vocaux sont supérieurement tenus, on distinguera la sensuelle Vénus de Guillemette Laurens et l’Apollon vaillant, éminemment lyrique, de Mathieu Abelli. Cette réalisation nous paraît à ce jour la plus recommandable de toutes."

"Émergeant de l’ébullition musicale et intellectuelle des cours italiennes du début du XVIIe siècle, la personnalité de Monteverdi a amplement prévalu jusqu’à aujourd’hui — longtemps au détriment d’autres compositeurs de cette période. Retournement de l’histoire c’est en l’occurrence un de ses concurrents directs que la postérité redécouvre actuellement en Marco da Gagliano, avec ici cette Dafne composée en 1608, un an après le célèbre Orfeo. Directement mis en compétition, l'auteur de Dafne n’est certes pas négligeable... Musicien attitré des Médicis, zompositeur de la messe pour le mariage d’Henri IV et Marie de Médicis en 1600, da Gagliano s’est très tôt trouvé engagé dans la polémique autour de l’écriture contrapuntique et de la quête du chant expressif, initiée par... le père de Galilée.

Gabriel Garrido avait déjà gravé cette oeuvre manifeste chez K617. C’est désormais au tour de Jay Bernfeld d'aborder pour le label Arion, à la tête de son ensemble Fuoco e Cenere (sept musiciens seulement) le bien nommé — car son interprétation, précisément, à mille lieues d’un travail archéologique ou fastidieux, brûle et consume... Les musiciens sont jeunes, enthousiastes, réactifs et compensent leur maigre effectif par une digne ampleur de ton. Dès la Sinfonia d’ouverture, la formation impose un ton vif et rêveur, aux belles couleurs fruitées. Le propos est ferme, enjoué mais sans hâte et vient sertir le parlando cantando, ce fameux chant rhétorique que les compositeurs voulaient approcher de l’idéal antique, avec un à propos aussi efficace qu’équilibré (tel le Prologue que chante le poète Ovide rn personne). Menée par un Bernfeld en grande forme, la distribution est elle aussi de très bonne tenue, à défaut d’homogénéité entre hommes et femmes... Si l’engagement s’avère partagé (signalons des choeurs de toute beauté), l’avantage revient sans conteste à la Vénus passionnée de Guillemette Laurens et aux sopranos, le remarquable Amore de Daphné Touchais en tête — que l’on souhaiterait d’ailleurs avoir le bonheur d’entendre davantage et dans des rôles plus importants... Les ténors an revanche, malgré un grand soin apporté à la prononciation, se révèlent bien en deçà par la qualitéd'un timbre souvent mal projeté, doublée d'approximations techniques dans les ornements, les vocalises et les aigus dont da Gagliano aime parsemer son écriture (notamment dans le jeu d'écho entre les deux ténors du « Ma dové oggi trarrem »). Ces détails de facture excepytés, il n'en reste pas moins une réalisation profondément attachante et séduisante d'une qualité que l'on souhaiterait plus fréquente dans la production baroque. Un disque à découvrir."

  "Abordant un ouvrage qui rend hommage à l'auteur des Métamorphoses - c'est le personnage d'Ovide qui chante en premier lieu -, le violiste Jay Bernfeld confie : "La simplicité mélodieuse de Gagliano lorsqu'il met en musique chaque personnage individuel et la variété des techniques polyphoniques avec lesquels il rehausse la joie ou la tristesse de ses madrigaux m'intéressent depuis toujours - et ce fut une grande joie de me rendre compte que la distribution parfaite s'était réunie, comme par magie, autour de notre ensemble".

En effet, les sept musiciens de Fuoco E Cenere sont en bonne compagnie. Si l'on veut bien excuser le timbre terne de la basse Philippe Roche (Pastore), la voix un peu tremblante de Guillemette Laurens (Venere) et le Tirsi pas toujours sûr de Benoît Porcherot - qui n'empêchent pas l'harmonie de chœurs très équilibrés -, on se régalera de la voix saine autant que dépour-vue d'agressivité du ténor Mathieu Abelli (Apollo), de celle enveloppante de Chantal Santon (Dafne) et du timbre coloré et juvénile de Daphné Touchais (Amore). La vivacité de l'ensemble apporte un charme supplémentaire à cette version donnée en avril 2007 à la Maison de Radio France."

"En cette année 1608, Mantoue célèbre les noces de François IV de Gonzague avec Marguerite de Savoie et commande de la musique à Monteverdi, le compositeur de la cour, un opéra, Arianna, et un ballet, Il Ballo delle Ingrate, tous deux écrits sur des livrets d’Ottavio Rinuccini. Du premier ne demeure que le célèbre lamento, et le second intégrera le Huitième Livre de madrigaux.

Pour la même circonstance, la famille Gonzague demande au Florentin Marco da Gagliano une « fable en musique » sur un texte du même Rinuccini inspiré par Les Métamorphoses d’Ovide. Bien que postérieur d’un an à l’Orfeo de Monteverdi créé dans cette ville de Mantoue, La Dafne de Gagliano ne présente pas les mêmes signes de modernité tant par le langage, concentré sur le récitatif, que par l’orchestration, bien moins fastueuse. L’oeuvre ne manque pourtant pas de beauté ni de maîtrise dramatique.

Révélé au disque en 1976 par Jïrgen Jürgens (Archiv) puis revisité avec l’enthousiasme qu’on lui connaît par Gabriel Garrido en 1995 (K 617), cet « opéra » trouve ici son interprétation la plus intense et la plus vivante. Avec un effectif vocal et instrumental restreint mais fort bien distribué, Fuoco e Cenere met en valeur le dynamisme du « parler-chanter », soigne la diction et l’écoute collective. La Daphné délicate de Chantal Santon, l’Apollon viril de Mathieu Abelli et la Vénus frémissante de Guillemette Laurens constituent les principaux atouts. Essai « transformé », aurait écrit Ovide."

 

 

 

 

retour page d'accueil