HERCULE MOURANT

Décor pour Hercule mourant

COMPOSITEUR

Antoine DAUVERGNE
LIBRETTISTE

Jean-François Marmontel
     

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE

2012

Christophe Rousset

Aparte

2

français

Tragédie-opéra en cinq actes, sur un livret de Jean-François Marmontel (*), d'après une tragédie de Jean Rotrou de 1634, Hercule mourant ou la Déjanire.

(*) Jean-François Marmontel (1723 - 1799), historien et écrivain

Jean-François Marmontel

Elle fut représentée à l'Académie royale de musique, le vendredi 3 avril 1761, sans grand succès. Elle devait l'être plus tôt, le 31 mars, mais le décès du duc de Bourgogne, le dimanche 22 mars, en retarda la création jusqu'au 3 avril.

Les représentations se poursuivirent à raison de trois par semaine jusqu'au 17 mai, soit dix-huit.

La distribution était la suivante : Gélin (Hercule), Mlle Chevalier (Déjanire), Pillot (Hilus), Larrivée (Philoctète, la Jalousie), Sophie Arnould (Iole), Durand (Lichas), Mlle Davaux (Dircé), Jaubert (Jupiter), Mlle Rozet (Junon)

Personnages : Hercule, Déjanire, son épouse, Hilus, leur fils, Philoctète, compagnon d'Hercule, Iole, princesse captive, Lichas, esclave d'Hercule, Dircé, confidente de Déjanire, Jupiter, Junon, la Jalousie, choeurs de Captifs, de Combattants dans les Jeux Olympiques, de Prêtres de Jupiter, de Femmes suivantes de Déjanire, de Guerriers compagnons d'Hercule, de Divinités célestes.

Ballets : Acte I - Peuples grecs (Laval et Mlle Carville, Grosset et Mlle Chefdeville (*), Cezeron, Gougi, Valentin, Rogier, Mercier, Simonet et Mlles Tételingre, Marie-Claudine Saron, Agoussi, Buard, Ledoux (**), St. Martin.

(*) Marie-Madeleine Jendrest, épouse Chefdeville (? - 1769)

(**) Marie-Louis Denis, dite Mlle Ledoux

Acte II - Africains (Laval, Lyonnais et Mlle Lyonnais, Lelievre, Hyacinte, Trupty, Hamoche) ; Asiatiques (Mlles Dumonceau et Chefdeville, Mlles Demiré, Lacour (*), Ray, Saron) ; Européesn et Européennes (Béate, Grosset, Leger, Rogier et Mlles Tételingre, Siane, Deferriere, St. Martin).

(*) Jeanne Tallefert, dite Mlle Lacour

Acte III - Lutteurs (Lany, Hyacinthe et Léger) ; Thessaliens et Thessaliennes (Mlle Louise-Madeleine Lany, Gardel, Béate et Grosset, Mlles Dumonceau et Chefdeville, Cezeron, Gougi, Valentin, Rogier, l. Mercier, Simonet et Mlles Tételingre, Saron, Agoussi, Ledoux, St. Martin, Laforêt.

Acte IV - Suivantes de Déjanire (Mlle Carville, Mlles Demiré, Lacour, Ray, Tételingre, Bocard, Buard).

Acte V - Dinités célestes (Vestris, Lionnais et Mlle Lyonnais, Gardel et Mlle Dumonceau, Lelievre, Hyacinte, Trupty, Levoir, Hamoche, Leger, Gougi, Valentin et Mlles Demiré, Lacour, Ray, Tételingre, Bocard, Siane, Deferriere, Buard.

Grimm écrivit que le poème et la musique ne valaient pas qu'on en parle.

  

  

Représentations :

"Les Grandes Journées versaillaises consacrées cet automne à Antoine Dauvergne (1713-1797) ont donc pris fin sur la grandiose chaconne d'Hercule mourant. Une tragédie, une vraie en principe, avec héros vaincu et destin sanglant. Echec jadis, ce bel oublié accédera-t-il à la gloire posthume? Pas sûr. Car, en 1761, il faut bien l'avouer, on sait faire des opéras-ballets, des pastorales, des comédies, des intermèdes, mais la recette de la tragédie est perdue.

Dauvergne s'applique. Il honore Campra et Rameau, soigne son orchestre, surveille son récitatif. En vain. Le livret de Marmontel ne tient ni par la poésie ni par le théâtre, et tout s'y conte à l'envers : quelques phrases pour la longue désespérance de Déjanire, deux actes entiers pour la mort fulgurante d'Hercule - certes achevée dans un vigoureux « tonnerre et embrasement du bûcher ». Comme dirait Rousseau: vivement Gluck !

Dommage, car le plateau touche au miracle. Emiliano Gonzalez Toro n'est que tendresse dans les scènes du fils amoureux et son « Alcide expire» est d'un maître. La prisonnière Iole va comme un gant à la fraîche Julie Fuchs. Les comparses (Jaël Azzaretti, Jennifer Borghi, Romain Champion, Alain Buet) ne sont pas moins heureux. Couple royal : Andrew Foster-Williams en homme de marbre, Véronique Gens en épouse déchirée, tous parfaits de couleur et de verbe. Au sommet, le baryton Edwin CrossleyyMercer triomphe en Philoctète. Ajoutez un joli ch\9Cur (les Chantres du CMBV) : hormis de pauvres cuivres, pas un vice à déplorer. Christophe Rousset conduit l'affaire d'une main légère. Et s'il ne peut rien pour cette non-tragédie, du moins en exalte-t-il le vrai trésor - ses menuets, ses gavottes, ses airs gracieux où Dauvergne, sans égaler Rameau, s'accomplit. Quelques retouches demain et le disque (bientôt chez Aparté), à dééfaut de sang versera son miel. Inédit de surcroît."

"Le héros mythologique qui a pendant tout le Grand Siècle incarné l'idéal vertueux auquel s'assimile le Roi, se livre sans fard ici dans sa fragilité fatale. Dès lors, avec Hercule mourant, Dauvergne exprime les derniers soupirs de l'opéra royal usé... et pourtant par des accents visionnaires, Hercule mourant annonce aussi la réforme à venir, celle des années 1770, sous l'action d'un étranger, invité par Marie-Antoinette à la Cour de France, Gluck... C'est une partition tragique qui dévoile cet éclectisme et cette érudition libre dont l'écriture de Dauvergne regorge; il faut bien une palette riche voire flamboyante pour articuler une action compliquée, empruntée aux passions mythologiques: Déjanire entend reconquérir Hercule / Alcide qui en aime une autre: Iole, la propre fiancée de son fils, Hilus. Déjanire offre une robe empoisonnée par le sang versé du centaure Nessus, à Hercule qui en la revêtant, expire et meurt...

A ce tableau familial funèbre, Dauvergne sait apporter sa propre vision musicale, à la fois puissante et draamtiquement très aboutie. On y décèle la vitalité éruptive des symphonistes de Mannheim (en particulier pour l'évocation des divinités Junon et Jupiter lors de leurs apparitions depuis les cintres); des trouvailles géniales rehaussant ce pathétique déchirant qui plut tant au public (marche initiale au V), y compris dans la musicalité des récitatifs au dramatisme glaçant et percutant. De fait, Dauvergne illustre le mieux la quête du sublime théâtral: sa plume mâle, sombre, noble favorise l'éclosion d'un pathétique hypnotique, dont l'intensité annonce Gluck."

"En exhumant en version de concert cet Hercule mourant (livret de Marmontel) donné à l'Académie Royale en 1761, Christophe Rousset et Les Talens Lyriques, assistés des Chantres du CMBV, ont donc eu la main heureuse. Dauvergne, à 48 ans, est alors dans la plénitude de ses moyens, compositeur reconnu par ses pairs et qui s'apprête à prendre en charge la première société de concerts du temps: le fameux Concert Spirituel (il y restera en fonction jusqu'en 1773). Au contraire d'autres auteurs qui, tel Mondonville, ciblent le léger et le brillant, Dauvergne revendique ici un style noble et dramatique, en successeur de Rameau. En tout cas, de nombreux contemporains y entendirent des «accents mâles et vigoureux, un ton véritablement pathétique et une aspiration au sublime» dont le XVIIIème siècle cherchait dans le même temps la définition. Pour autant, à ces louanges, succéda vite la polémique, les sceptiques s'étonnant de sortir de l'ouvrage «sans en retenir un seul air (...) avec une ouverture faible et sans dessin que ne rachetaient pas quelques trop rares traits vifs et dansants».

Aujourd'hui, les choses se sont depuis longtemps décantées et l'ouvrage de Dauvergne marque une date à la fois dans sa carrière musicale et dans l'évolution stylistique du concert parisien. Plus exactement, le compositeur semble y chercher une voie nouvelle à la tragédie lyrique. A l'heure où les genres légers et de divertissement prennent le pas sur la grande tradition dramatique de l'Académie royale, Dauvergne y tente l'expérience d'un «sublime tragique», avec le mérite d'anticiper sur le style des drames de Gluck, précédant, pressentiment qui n'est pas mince, le cours de l'histoire.

Venons-en à la lecture de Christophe Rousset qui se soucie toujours du crédible. Privé des atouts de la représentation théâtrale, notre chef-claveciniste ne lâche rien en l'occurrence, trouvant des trésors d'inventivité dans le «suivi» de la ligne de chant de ses interprètes et dans le jeu harmonique de l'orchestre. De ce point de vue, le collectif des Talens Lyriques est une machine parfaitement rodée et huilée, à travers un réseau d'affinités dont peu d'ensembles baroques offrent l'équivalent. Ce faisant, une ligne émotionnelle se dégage, attentive à l'essentiel sans ignorer l'accessoire, et toujours propre à élever ou à ravir l'âme, selon le voeu des Encyclopédistes.

Aussi bien, tout favorise ici le dessein du maître d'oeuvre. A l'orchestre d'abord, comme on vient de l'écrire (la fluidité arcadienne des flûtes et hautbois, l'éclat olympien des cors, trompettes et timbales), au choeur ensuite, superbe d'homogénéité et de ferveur; outre, cerise sur le gâteau lyrique, un plateau de solistes où il n'y a que du bonheur à cueillir, avec une Véronique Gens royale en Déjanire affligée, égarée, un Emiliano Gonzalez Toro hautement plausible dans l'emploi d'Hilus (le fils d'Hercule et de Déjanire) et une Jaël Azzaretti inattaquable dans les seconds rôles. Enfin, mention très bien à Alain Buet, tour à tour Jalousie insidieuse et Jupiter glorieux et performance méritoire du baryton-basse Andrew Foster-William dans le rôle parfois éprouvant d'Hercule. Nonobstant les inévitables critiques émanées du clan des baroqueux tristes, voilà le genre de réveil qui ne peut que servir les causes conjuguées du répertoire des Lumières et du dossier lyrique."

 

 

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