CADMUS ET HERMIONE

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Philippe Quinault
 
ORCHESTRE

Le Poème Harmonique
CHOEUR

DIRECTION

Vincent Dumestre
MISE EN SCÈNE

Benjamin Lazar

CHORÉGRAPHIE

Gudrun Skalmetz
SCÉNOGRAPHIE

Adeline Caron
COSTUMES

Alain Blanchot
LUMIÈRES

Christophe Naillet

Cadmus

André Morsch

Hermione

Claire Lefilliâtre

Arbas, Pan

Arnaud Marzorati

La Nourrice, Dieu champêtre

Jean-François Lombard

Charite, Melisse

Isabelle Druet

Dracao, Mars

Arnaud Richard

L'Amour, Pales

Camille Poul

Le Soleil, Premier prince tirien

David Ghilardi

Le Grand Sacrificateur, Jupiter

Geoffroy Buffière

Premier Africain, l'Envie

Romain Champion

Second Prince tirien

Vincent Vantyghem

Junon, Aglante

Luanda Siqueira

Pallas

Eugénie Warnier

Second Africain

Anthony Lapapa

Echion Jan

Jeroen Bredelwold

L'Hymen

Élodie Fonnard

Vénus

Hélène Richer

DATE D'ENREGISTREMENT

janvier 2008

LIEU D'ENREGISTREMENT

Opéra-Comique

EDITEUR

Alpha

DISTRIBUTION

Harmonia Mundi

DATE DE PRODUCTION

16 octobre 2008

NOMBRE DE DISQUES

1

FORMAT

NTSC - 16/9 - Son stéréo / Dolby Digital 5.1

DISPONIBILITE

Toutes zones

SOUS-TITRES EN FRANCAIS

non

 Critique de cet enregistrement dans :

"On connaît le projet: approcher les conditions de la création de la première tragédie en musique de Lully (1673) par une gestuelle dite baroque (un mouvement du corps, essentiellement des mains, s’associe à une expression ou un sentiment), une prononciation reconstituée (" le roi impatient" devient "le roué immmpatiennnte"), un jeu frontal (les acteurs restent face au public), des costumes précieux (d’Alain Blanchot), des décors à l’ancienne (des toiles peintes) et un éclairage à la bougie. La mise en scène de Benjamin Lazar fonctionne, la distribution est inégale, l’orchestre splendide de son et d’homogénéité, la direction de Vincent Dumestre aussi attentive qu'enthousiaste. L’expérience méritait donc d’être tentée mais elle ne doit pas devenir la référence unique, la solution miracle.

On ne peut cependant pas dissimuler son plaisir de voir Mars descendre des cintres comme de l’Olympe, d’avoir l’impression de feuilleter des planches en couleur de Vigarani, l’architecte des spectacles de Louis XIV, et de circuler au milieu des lumières de La Tour.

Inévitablement, la captation audiovisuelle modifie la perception. Les plans rapprochés permettent d’apprécier l’aisance scénique des chanteurs et de distinguer quelques bons acteurs tels Arnaud Marzorati ou Isabelle Druet. Une caméra latérale change également la perspective en laissant apparaître les profils et les trois-quarts. Le montage impose enfin un rythme supplémentaire. Cette "trahison" n’enlève heureusement rien à la naïveté revendiquée du spectacle et permettra aux amateurs de ce répertoire de découvrir, en première au disque (audio ou vidéo) l’aboutissement d’un travail obstiné. Qu’il fasse débat confirme sa valeur."

"Les revoici donc, ce Pan dodu en culotte veloutée de satyre, ce dragon pyromane, ces démons volants façon trapèze Grand Siècle, cette princesse captive d’un géant mais délivrée par le héros de son coeur, cet Amour aveugle enrubanné comme une boite de chocolats à Noël et ces divinités qui descendent à point nommé des cintres pour nourrir une intrigue abracadabrante, prétexte à l’émerveillement et à quelques variations pudiques sur l’amour vertueux. Salle Favart en janvier, le travail de Vincent Dumestre et Benjamin Lazar sur la première tragédie lyrique du tandem Quinault-Lully prolongeait le triomphe de leur Bourgeois gentilhomme (Diapason d’or), avec des moyens et un talent qui reléguaient au rang de bricolage tout ce qu’on avait pu voir dans le genre (notamment le Persée de Toronto, Euroarts). Reste que le Bourgeois, moins ambitieux, était impeccablement porté par ses acteurs quand certains chanteurs sont ici anéantis à mesure que l’objectif avance. Marzorati, Druet (inspirée, comme toujours), Morsch ou la délicate Camille Peut ont intégré dans leur jeu les principes de Lazar, mais quelques-uns sont incapables d’y trouver une impulsion (brasse évanescente pour le Sacrificateur/Jupiter), un soutien (la Nourrice), un rythme organisé (l’Envie, qui anéantit pareillement la prosodie). Le plan rapproché ne flatte pas plus les câbles des vols et les décors patiemment réalisés à la détrempe par l’équipe d’Antoine Fontaine, et tranche à mi-plume les panaches. Les deux protagonistes n’en sortent pas grandis, elle silhouette figée dans sa sophistication fière, lui jouant les puceaux ahuris plutôt que les hères gracieux — mais ce regard perdu au loin a du charme, comme sa voix. Curieux : malgré tout, l’alchimie subsiste. Même analytique — par nature—, la caméra ne parvient pas à démembrer ce théâtre organique, porté par des rythmes profonds et communs, où la gestuelle répond à l’énergie de la déclamation comme à la codification articulée de la danse (Gudrun Skamletz), et où les bougies, en écho à la palette chaude de l’orchestre, unifient les fausses perspectives et apaisent les costumes bigarrés (Alain Blanchet offre à Cadmus le plus somptueux). L’ensemble se tient donc, et nous tient, par un dosage habile de la fantaisie et du cérémonial (ah, l’entrée majestueuse et mains en miroirs des deux héros avant la scène de leurs adieux !), L’esthétique de l’ensemble peut laisser perplexe, si on compare la réalisation aux dessins de 1673 : disons que ce que l’on voit, avec sa naïveté et ses changements à vue bien lents, est sans doute à son modèle ce que les décorations des églises dans les plus beaux enclos paroissiaux bretons sont à Versailles, Cela dit sans malice, par un amoureux de Guimiliau ou de Bodilis, de leurs vierges aux traits de laitières, des colonnes affublées de grappes autour de leurs autels, de leurs plafonds bleus parsemés d’anges aux joues pleines, de leurs verts acidulés, de leurs bleus, de leurs roses, de leur grâce franche et accueillante qui incarnait à sa façon la spiritualité du Grand Siècle."

"Aussi parfaite soit-elle, la transcription en DVD d’un opéra réserve souvent son lot de surprises, bonnes ou mauvaises. Dans le cas de la première tragédie lyrique de Lully, la surprise est plutôt bonne, le transfert tournant nettement àl’avantage de la production. L’impression mitigée ressentie à l’Opéra-Comique, en janvier 2008, s’atténue en effet à l’écran, tant les moyens techniques déployés par Martin Fraudreau apportent un confort accru dans la perceation et l’appréciation du spectacle. Le simple fait de pouvoir toucher des yeux décors et costumes — en tous points somptueux — compense ce qui pouvait paraître statique vu de la salle et le spectateur parmi tous ces bosquets fleuris, rochers sculptés et robes enrubannées, ne peut qu’être ébloui par la qualité extrême du travail de reconstitution opéré sur l’ouvrage. Réglée avec une précision d’horlogerie, la mise en scène de Benjamin Lazar en paraît du coup plus fluide, plus élancée, et surtout plus vivante.

Reste que l’intrigue demeure d’un intérêt dramaturgique diffus : Lully et Quinault en sont encore à jeter les premières pierres d’un genre qui s’affinera progressivement, et que le plateau vocal est peu enclin à en extraire la sève. Les chanteurs ont beau être talentueux, le lyrisme étriqué de certains instaure un sentiment de lassitude que seul le choeur très convaincant, parvient à dissiper.

Le port d’une grance noblesse de Claire Lefilliâtre, sa diction instruite et son jeu souverain ne peuvent en aucun cas compenser un timbre frêle et avare de couleurs, dont les élans se refusent décidément à traduire la passion. S’il paraissait à son avantage dans la salle, André Morsch accuse quelques limites à l’épreuve du DVD, sa voix trahissant un léger manque de consistance dans son pathétique monologue ouvrant l’acteV. Les seconds rôles conservent, en revanche, tout leur piquant.

Vincent Dumestre et ses musiciens, enfin, attisent le flux instrumental avec une délectation palpable."

 

 

 

retour page d'accueil