DIDO AND AENEAS

COMPOSITEUR

Henry PURCELL
LIBRETTISTE

Nahum Tate
 
ORCHESTRE

Akademie für Alte Musik Berlin
CHOEUR

Vocalconsort Berlin
DIRECTION

Attilio Cremonesi
MISE EN SCÈNE

Jochen Sandig et Yoreme Waltz
SCÉNOGRAPHIE

Thomas Schenk et Sasha Waltz
COSTUMES

Christine Birkle
CHORÉGRAPHIE

Sacha Waltz
LUMIÈRES

Thilo Reuther

Dido

Aurore Ugolin

Aeneas

Reuben Willcox

Belinda

Deborah York

Second Woman

Céline Ricci

Sorceress

Fabrice Mantegna

First Witch / A Sailor

Eberhard Francesco Lorenz

Second Witch / Spirit

Michael Bennett

DATE D'ENREGISTREMENT

29, 30 août 2005

LIEU D'ENREGISTREMENT

Staatsoper Unter den Linden - Berlin

EDITEUR

Arthaus

DISTRIBUTION

Integral

DATE DE PRODUCTION

26 juillet 2008

NOMBRE DE DISQUES

1

FORMAT

PCM Stereo – Format 16/9

DISPONIBILITE

Toutes zones

SOUS-TITRES EN FRANCAIS

oui

Reconstruction d’Attilio Cremonesi, arrangement chorégraphique de Sasha Waltz

 

Critique de cet enregistrement dans :

"Dido and Aeneas revisité par Sasha Waltz, dramatiquement redistribué entre danseurs (souvent subaquatiques), c'est constamment fascinant, constamment arbitraire, la formule ne marche qu'avec ce genre d'oeuvre (et encore) mais on ne peut se priver de cette exéprience si cohérente, si convaincue, si artiste, même marginale."

"Accepter la transformation de Dido and Aeneas en un opéra chorégraphique ne sera pas facile pour les mélomanes et sera pour certains impossible. Cependant, si l’on peut accepter pour une fois la perte en pureté et en intensité dramatique, la poignante simplicité de l’opéra devenue tout autre, alors au-delà, on pourra y trouver un plaisir néanmoins d’ordre musical.

On ne voit jamais Attilio Cremonesi et son orchestre, l’Akademie für Alte Musik Berlin, à l’écran pendant le spectacle, filmé sans prises de vue du public et sans applaudissements, mais on entend la finesse de l’interprétation tout au service de la beauté de l’œuvre de Purcell et c’est merveilleux. Les instruments à vent écartés, violons, altos, basses de violon, violes de gambes, basses de viole, théorbes, guitares baroques, clavecin et percussions, tous bien en main, permettent, sous la direction de Cremonesi, d’apporter un flux de couleurs d’un grand raffinement à la poésie de cette partition tant aimée, si fragile et si forte.

La qualité des voix de solistes convient tout à fait aux différents personnages du drame, du moins dans cette version filmée, cela malgré la petite surprise du choix de voix (et physiques) de baryton et de ténor dans les rôles de sorcière. Le Vocalconsort Berlin, admirablement mobile sur scène, livre une interprétation d’une grande musicalité dont on savoure les fines nuances et la précision remarquable. Le texte ayant son importance et l’anglais du XVIIe siècle étant particulièrement beau, il y a parfois quelques petits problèmes de langue (trois solistes seulement sont anglophones), sinon les conditions sont musicalement réunies pour espérer une belle réalisation scénique pour cet opéra unique, l’unique opéra de Purcell.

Le but étant de créer un opéra chorégraphique, seul au programme d’un soir, à partir de cette œuvre magistrale d’une heure à peine, Cremonesi, tout en respectant la partition existante, en a effectué une «reconstruction» plus longue en procédant par reprises, non sans logique, de parties de chœur ou de musique instrumentale de l’opéra et en adaptant un choix judicieux d’autres musiques de Purcell aux chœurs et danses prévus selon le livret mais jamais parvenus jusqu’à nous (peut-être jamais écrits). La fin du deuxième acte en est un exemple – au lieu de terminer sur l’air d’Enée, il trouve une musique qui convient au chœur prévu dans le livret («Then since our Charmes have sped...») et termine avec une danse, les deux, peut-être, tirées de The Fairy Queen (Cremonesi ne révèle pas ses sources). Par ailleurs, il développe le rôle de la «Second Woman» comme si elle était la part d’ombre de la lumineuse Belinda, en répartissant différemment les parties chantées des deux rôles.

Le film donne l’impression que Sasha Waltz a mis l’opéra au service de la danse et non le contraire malgré ses intentions de réaliser une fusion des genres. La raison en est peut-être l’importance que Peter Schönhofer accorde à la chorégraphie, les gros plans et plans moyens privilégiant surtout les danseurs, mais cette impression relève sans doute également des dix-sept minutes écoulées avant d’entendre enfin le «Shake the cloud...» de Belinda, et plus sûrement encore des danses sans musique et des scènes parlées qui viennent interrompre le cours de l’action. Le livret de Nahum Tate comporte un prologue que Purcell n’a peut-être jamais mis en musique. Repris grâce aux recherches musicales de Cremonesi et attribué à la danse (néréides et tritons, plus tard nymphes et bergers), au chœur (rôle antique) et à deux récitants (Vénus et Apollon) à l’anglais volontairement maniéré, il devient le long moment spectaculaire choisi en illustration de la couverture de ce vidéodisque. Les danseurs évoluent avec grâce dans l’eau laiteuse d’un long aquarium lumineux qui traverse la scène et, frôlant l’onirisme, l’effet en est saisissant. Il n’empêche que, comme pour les références souvent extravagantes au texte de Virgile par la suite, et comme pour une longue scène burlesque entre les deux premiers actes qui a recours au dialogue parlé et qui ne tombe pas sous le sens, on en cherche, presque en vain, la justification dramatique au sein de l’œuvre de Purcell si délicatement intime et déjà si efficace... On peut éventuellement en conclure qu’à vouloir beaucoup en faire pour enrichir de ses talents et de sa propre philosophie un livret qu’elle estime «superficiel», Sasha Waltz porte atteinte à la cohérence du récit et à son impact musical. On peut aussi y voir la hardiesse visionnaire d’une artiste iconoclaste.

Une des grandes adresses de la chorégraphe allemande reste peut-être d’avoir réussi un plateau perpétuellement en mouvement en intégrant le chœur (le talentueux Vocalconsort Berlin) aux danseurs, variant l’exigence et l’intensité des mouvements au cœur d’une même dynamique. En partie dans un même esprit, la chorégraphe a tenu à doubler les personnages de l’opéra par un ou deux (Didon) danseurs, estimant que la danse devait exprimer les non-dits (pourtant appréciés) de la musique et du texte. Les solistes s’y prêtent avec art mais, visuellement, ils ont tendance à devenir les ombres des danseurs, au lieu du contraire, malgré la noblesse fragile d’Aurore Ugolin (Didon) et les reflets sombres de sa voix, malgré le charme souple et la belle prestance du baryton Reuben Willcox (Enée) ou la fraîcheur piquante de la présence et de la voix de soprano de Deborah York (Belinda). L’impact du drame s’en trouve atténué, le pire moment venant sans doute des longs cheveux touchant terre qui coiffent soudain les Didon et dans lesquels, balayés en avant, elles s’emmêlent et se perdent pendant le sublime «Lament». Les effets vocaux des sorcières, pour lesquelles on a préféré les hommes aux femmes peut-être pour souligner un certain effet comique, subissent un sort moindre mais semblable, et la clarté du récit en est obscurcie.

La chorégraphie en elle-même, sinueuse, souple, aérienne, athlétique, par moments teintée d’un décalage expressionniste adouci à la Pina Bausch, révèle un kaléidoscope d’idées, d’images, d’humeurs, d’effronteries et de couleurs dans un mouvement perpétuel qui peut étourdir mais qui peut séduire les fervents de la danse. Le spectacle se termine, comme il se doit, sur la musique qui clôt le drame après le bouleversant «With drooping wings...» et Sasha Waltz crée un instant de grâce d’une grande sobriété grave et symbolique en faisant évoluer une seule danseuse qui allume un par un les feux des regrets et des souvenirs, évocateurs de Didon, «pallida morte futura, interiora domus inrumpit limina et altos conscendit furibunda gradus...» (Enéide, chant IV)."

"Fondé sur le même principe du dédoublement chanteur / danseur, le spectacle de Sasha Waltz s’oppose au précédant essai chorégraphico-théâtral de Mark Morris sur deux points essentiels. D’abord, tous les artistes sont en scène : le corps chantant se distingue à peine du corps dansant — synesthèsie complète. Ensuite, le chorégraphe américain racontait Dido and Aaneas en figures quand sa consoeur allemande transfère l’oeuvre dans un espace onirique où rien n’est narration mais tout apparition. Le ballet aquatique du Prologue, les jeux cruels de la Cour, les petits pas de l’Amour, las anémones marines taillées dans la silhouette, las faux hasards de l’épiderme évoquent le désir et l’abandon mais ne l’ordonnent pas an un drame suivi. L’opéra comme tableau lumineux longuement observé. Très longuement. Puisant dans d’autres ouvrages de Purcell, Attilio Cremonesi restitua le Prologue perdu à latin du II et de nombreuses danses. De son côté, Sasha Waltz déroule ses propres intermèdes sans musique, si bien que la pièce double de volume. Et tout l’art de ces prodigieux artisans (ajoutons les impeccables cordes de l’Akademie) ne sauvera pas Dido de la noyade. Peut-être parce qu’il faudrait à une voûte si ample des astres plus scintillants. Perfection des visages et des corps, fragilité des voix : l’hiatus guette. Peut-être aussi parce que las caméras de Peter Schönhofer impriment leur propre vision par-dessus la vision chorégraphique. Trop de gestes et d’images se brisent d’un plan à l’autre. Les vagues humaines, les foulées suspendues, las chocs infimes de doigts ou de regards changent de sens. Si ce n’est déjà fait, le lecteur fera donc bien d’aller voir sur place un show qui a déjà beaucoup tourné depuis sa création à Montpellier, Luxembourg et Berlin (où il fut filmé) en 2005. Son étrange pouvoir est dans la salle."

 

 

 

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