IL GIUSTINO

Il Giustino

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Nicolò Beregan
 
ORCHESTRE
Il Complesso Barocco
CHOEUR

DIRECTION
Alan Curtis

Arianna
Dominique Labelle
soprano
Anastasio
Marina Comparato
mezzo-soprano
Giustino
Francesca Provvisionato
mezzo-soprano
Leocasta
Geraldine McGreevy
soprano
Vitaliano, Polidarte
Leonardo De Lisi
ténor
Amanzio
Laura Cherici
soprano

DATE D'ENREGISTREMENT
8 octobre 2001
LIEU D'ENREGISTREMENT
Rotterdam - Grote Zaal
ENREGISTREMENT EN CONCERT
partiellement

EDITEUR
Virgin
COLLECTION
Veritas
DATE DE PRODUCTION
2 juillet 2002
NOMBRE DE DISQUES
2
CATEGORIE
DDD
 

 Critique de cet enregistrement dans :

"Grâce à une série d'effets scéniques spectaculaires (tempête, batailles...), Il Giustino est un des opéras les plus ambitieux de Vivaldi, une fiction toute empreinte de trahison, d'envie et de jalousie...Vivaldi reprend le texte de Beregan, modifié par Pariati, avec de nouvelles et profondes modifications. La version d'Alan Curtis semble user du minimum requis pour capter l'attention. Mais Labelle et Comparato forment un charmant duo."

"Il y a quelque chose du théâtre des puppi (marionnettes siciliennes) et de la bande dessinée dans le scénario de ce dramma per musica de 1724, composé par Vivaldi pour le Capranica de Rome. Même débarrassé par Alan Curtis de ses épisodes secondaires les plus improbables, le livret de Beregan reste en effet on ne peut plus schématique quant à la psychologie des personnages, naïf dans sa dramaturgie et souvent cocasse dans ses effets. Comment croire en effet à cette histoire de laboureur (Giustino) devenu guerrier à l’incitation d’un rêve, partant à la rescousse de l’Empire romain d’Orient ; délivrant sous nos yeux en deux temps trois mouvements l’Impératrice (Arianna) enchaînée sur un rocher par un traître amoureux d’elle (Vitaliano) en assommant le monstre marin qui devait la dévorer, puis la sœur de l’Empereur (Leocasta) perdue au coin d’un bois et poursuivie par un ours et sauvant, pour finir, l’Empereur lui même trahi par un général (Amanzio), jaloux de la fortune et des honneurs de ce héros de basse extraction dont l’Empereur s’est un moment imaginé qu’il avait les faveurs de l’Impératrice... J’en passe et des meilleures... Reste que la partition de Vivaldi, bien quelque peu composite – on y retrouve en effet des emprunts à des opéras antérieurs – et plutôt inégale, possède quelques jolis moments où l’inventivité mélodique et l’originalité de l’orchestration viennent rompre la monotonie des airs tripartites et de récitatifs, certes brefs, mais sans la moindre intensité dramatique, on s’en doute. Si on attend un peu les moments forts au premier acte, ils se font heureusement plus nombreux dans les deux derniers. Somme toute, sans convaincre tout à fait, l’œuvre finit par se laisser écouter avec un certain plaisir, d’autant plus que l’équipe de chanteurs réunie par Alan Curtis ne manque pas de qualités objectives. On y retrouve la plupart des éléments du plateau de l’Arminio de Haendel avec les mêmes qualités mais aussi les mêmes limites. Le chant est scrupuleux, stylé et les da capo variés avec goût mais, malheureusement, rien ici ne dépasse jamais le niveau du joli. Surtout personne ne fait montre d’une personnalité vocale véritable, ce je ne sais quoi qui tient tout à la fois dans l’individualité du timbre et l’implication dramatique et donnerait ce relief susceptible de sauver l’œuvre de l’impression de fadeur. Si côté « femmes » cette impression est moins accusée, elle est particulièrement sensible chez les deux « hommes » de la distribution, Marina Comparato (Anastasio) et Francesca Provvisionato (Giustino). L’une comme l’autre font montre de voix agréables mais un peu courtes et insuffisamment étoffées pour communiquer un peu d’existence à ces héros qui sont après tout deux Empereurs, l’un en titre et l’autre en puissance. Il en va de même du méchant de Leonardo de Lisi. Dès lors le drame repose entièrement sur la direction d’Alan Curtis. Celle-ci est certes diligente et efficace mais elle n’arrive pas à nous arracher à cette sensation générale un peu lisse. Du coup, cette intégrale ne dépasse que très rarement le rang d’un ajout intéressant à la discographie lyrique vivaldienne."

"Le Giustino d'Alan Curtis est loin d'être complet. Curtis tente de justifier de "judicieuses" coupures (ce sont ses propres termes) dans la partition en expliquant que même le public du XVIIIe siècle trouvait cet opéra trop long, une idée curieuse compte tenu du grand succès rencontré par Giustino lors de sa création à Rome. Nous perdons ici la totalité d'un personnage, Andronico, le frère de Vitaliano, un intrigant, et pas moins d'une douzaine d'arias ainsi que, bien sûr, une quantité considérable de récitatifs, certaines de ces pertes étant préjudiciables au développement dramatique de l'opéra. En outre, sans que Curtis en fasse mention, l'exquise aria d'ouverture ("du sommeil") de Giustino est amputée de la section B et du da capo et le "Sole degl'occhi"d'Arianna (Acte I) est déplacé à un moment de l'opéra où il perd de son sens dramatique. Il s'agit là plus de charcutage que de coupures judicieuses et l'on se demande pourquoi ce pauvre Vivaldi est soumis à tel traitement, alors que c'est maintenant chose révolue pour les opéras de Haendel. La principale différence entre les deux interprétations est la vitesse, Curtis choisissant presque toujours des tempos plus rapides que Velardi, parfois à l'avantage de la musique, parfois à son désavantage. La grande force de la distribution est l'Arianna de Labelle, bien mieux contrôlée que celle de Bossa. L'Anastasio de Comparato est aussi de première qualité, même s'il n'est pas tout à fait au niveau de celui de Custer. Le personnage de Giustino reste le problème, Provvisionato étant plus constant que Doro, mais enclin à un vibrato excessif. Par ailleurs, les qualités vocales sont à peu près semblables. L'enregistrement en concert n'est pas particulièrement flatteur pour les cordes, mais néanmoins de bonne qualité."

"Alan Curtis nous propose une version abandamment coupée. Entre autres, le rôle d'Andronico a disparu, ainsi que la scène-clé qui permet la mise en place du dénouement. Curieusement, le chef américain explique ces coupures souvent incohérentes en se référant à ce qu'avait fait Haendel. Mais peut-être tente-t-il de justifier une démarche qui relève plutôt de critères commerciaux dont il n'est pas totalement maître. Quoi qu'il en soit, son interprétation toujours vive, virtuose et souvent convaincante dans les récitatifs, n'en échappe pas moins à une certaine monotonie. Parmi les solistes, la charmante Geraldine McGreevy tire son épingle du jeu, alors que Dominique Labelle semble vocalement fatiguée, et que Francesca Provvisionato campe un Giustino sans grand attrait."

"Alan Curtis a voulu une lecture répondant aux attentes du public actuel, peu enclin à emprunter les chemins de traverse. Il a largement amputé les récitatifs, coupé les airs qui lui semblaient trop banals et réduit à la portion congrue certains rôles, au point que leurs interventions, maintenues pour les besoins de l'intrigue, ont été confiées aux solistes principaux. Mais, si l'on excepte Leonardo De Lisi, son équipe de chanteurs est de niveau supérieur. Elle est dominée par Dominique Labelle, qui campe une sensible Arianna. Le rôle de l'empereur Justinien revient ici à une mezzo-soprano - Francesca Provvisionato - davantage à l'aise dans la virtuosité...La direction de Curtis, fluide et électrisante, s'applique à mettre en relief les instruments solistes dans l'accompagnement des airs. Le continuo est également plus inventif. Pour toutes raisons, cette version confère à Giustino une densité dramatique plus immédiate mais, stricto sensu, moins authentique."

"La version de Curtis comporte la suppression d'une douzaine d'arie, de nombreux récitatifs et la disparition du personnage d'Andronico...L'essentiel est préservé. La force de Curtis est une sensibilité dramatique épousant avec intelligence un texte élagué et resserré avec une indéniable poésie. Les airs avancent à la bonne allure. Les cordes de l'orchestre ont des moments superbes...Seul l'Anastasio de Marina Comparato a le carctère du rôle...Dominique Labelle et Francesca Provisonnato ont quelques instants de grâce."

"Giustino repose sur un livret aux enjeux classiques qui opposent et mêlent amour, jalousie, honneur militaire et désir de vengeance. Son traitement reste très conventionnel...C'est dans les airs qu'il faut chercher quelque originalité...On doit à Alan Curtis la redécouverte de Giustino en 1985. mais le musicologue présume trop de ses capacités de chef d'orchestre. Quant à l'orchestre, sa mise en place, sa justesse, ses couleurs et ses nuances évoquent un ensemble d'étudiants. La distribution, composée de voix pas assez caractérisées et contrastées, ne sauve pas la mise."

"C'est en 1985 qu'Alan Curtis exhume Giustino, un des opéras de Vivaldi les plus représentés aujourd'hui. Troisième de ceux qu'il créa à Rome, il est considéré comme son oeuvre charnière : son langage lyrique s'y épanouit en allegro incisifs, ritournelles vives, sarabandes troublantes, contrastes tonals et rythmiques, inventivité de l'orchestration... et il s'y équilibre dans des airs d'une grande plénitude et d'un raffinement plus complet. Ajoutons-y l'assimilation de la langue galante napolitaine après avoir introduit à Rome le style lombard, une attention spéciale aux portraits psychologiques tant qu'à la musique instrumentale, aux sentiments comme à l'atmosphère, une orchestration descriptive qui confère son unité au drame et Giustino affirme son originalité ! D'autant que le résultat n'était pas gagné d'avance : Vivaldi disposait d'un livret démodé écrit par le Comte Nicolo Beregan en une succession d'airs trop courts et mis en musique par Legrenzi en 1683. Scarlatti l'avait réutilisé en 1703 et Albinoni en 1711 sur une adaptation de Pariati. C'est à partir de cette révision que Vivaldi modernisa lui-même ce drame pseudo-historique d'amours contrariées et de jalousies pugnaces. Sa version sera d'ailleurs reprise en 1737 par Haendel. L'intérêt de cette oeuvre vaut toutefois bien plus par sa musique que par le contenu assez rudimentaire de son livret, tout en péripéties héroïques rebattues, en boires et déboires amoureux élémentaires. A l'époque vivaldienne, Rome donnait tous les rôles féminins aux chanteurs masculins : les castrats faisaient bonne fortune. Dans l'enregistrement dirigé par Alan Curtis, ce sont les chanteuses qui se taillent la part du lion ! Dans l'enregistrement de cet album, ce sont les chanteuses qui se taillent la part du lion ! Soignée et précise, la direction d’Alan Curtis privilégie avant tout la force musicale de Vivaldi qui reste malgré quelques superbes airs un fervent défenseur des couleurs orchestrales :ainsi verve, panache et flamboyance gagnent les chanteuses et l'unique chanteur (Leonardo de Lisi) qui investissent leurs personnages avec force et vitalité malgré une intrigue plutôt maigrichonne et tirée par les cheveux. Alan Curtis signe ici la première version de référence d’un opéra qui devrait sans nul doute intriguer d’autres baroqueux en quête de répertoire…"

  

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