AMADIGI DI GAULA

Amadigi di Gaula

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

J. J. Heidegger

ENREGISTREMENT
EDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1989
1991
Marc Minkowski
Erato
2
italien
1989

Marc Minkowski
Erato
1 (extraits)
italien
2006
2007
Eduardo López Banzo
Ambroisie
2
italien

Opéra (HWV 11) créé au King's Theatre, à Haymarket, le 25 mai 1715, pour une série de six représentations jusqu'au 15 juillet, interrompue par la fermeture du théâtre en raison de la Rébellion des Tories.

La distribution réunissait Elisabetta Pilotti-Schiavonetti, dite la Pilotti, soprano (Melissa), qui avait déjà créé le rôle de Rinaldo et celui de Médée dans Teseo, le castrat alto napolitain Nicolo Grimaldi, dit Nicolini (Amadigi), la soprano Anastasia Robinson (Oriana), la contralto Diana Vico (Dardano), la soprano Caterina Galerati (Orgando).

Heidegger avait pris la direction du théâtre de Haymarket. C'est sans doute lui qui écrivit le livret de Amadigi, qu'il dédia au duc de Burlington, mais on cite également Nicola Haym ou Giacomo Rossi. Heidegger avait fait revenir le castrat Nicolini à Londres, et engagé Anastasia Robinson qui faisait ses débuts.

Pour faciliter la compréhension de l'intrigue, un livret fut imprimé en italien et en anglais, dont un exemplaire, extrait de la collection Handeliana de Victor Schoelcher, est conservé à la Bibliothèqne nationale de France (voir infra : Livret)

Le roi Georges Ier manqua la première, mais assista aux autres représentations, souvent accompagné d'une ou plusieurs de ses maîtresses.

Anastasia Robinson

Une parodie fut jouée au Lincoln's Inn Field.

Une reprise eut lieu le 16 février 1716, pour l'ouverture de la saison d'opéra, retardée par l'agitation jacobite (*), avec la même distribution, pour 4 représentations jusqu'au 6 mars, ainsi que le 20 juin - représentation à laquelle le roi assista, et que Haendel agrémenta de « deux symphonies nouvelles » - et le 12 juillet.

Une nouvelle reprise eut lieu en 1717, à partir du 16 février, pour trois représentations, ainsi que les 21 mars (avec une scène nouvelle) et 30 mai, l'alto castrato Antonio Maria Bernacchi tenant le rôle de Dardano.

Le livret est inspiré de deux tragédies lyriques françaises : Amadis de Grèce, de Houdar de La Motte, sur une musique de Destouches, en 1699, et Amadis des Gaules, de Quinault et Lully, en 1673. L'argument est tiré d'un roman espagnol du XIVe siècle, publié au XVe par Garcia Rodriguez de Montalvo sous le titre d'Amadis de Gaule.

L'oeuvre fut dédiée au duc de Burlington, et c'est à Burlington House que Haendel la composa.

Elle fut adaptée par Reinhard Keiser, et reprise à Hambourg sous le nom d'Oriana.

 

(*) Écossais partisans du prétendant Stuart Jacques VIII, opposés à la réunion de l'Angleterre et de l'Écosse (Union Act de 1707)

 

Personnages : Amadigi di Gaula, héros, épris d'Oriana ; Dardano, prince de Thrace ; Oriana, fille du roi de l'Île fortunée ; Melissa, magicienne, éprise d'Amadigi

 

 Synopsis

Acte I

Le jardin de Mélisse

(1) Le héros Amadis et le prince de Thrace Dardanus ont attendu la tombée de la nuit pour fuir les domaines de l'enchanteresse Mélisse. Au moment de partir, Dardanus apprend qu'Amadisaime celle que lui-même adore : la princesse Oriane, fille du roi de l'Île fortunée, mais il se promet de cacher ses sentiments. (2) Seul, Amadis implore la Nuit de lui apporter le calme.

La scène s'éclaire, des vases ; des fontaines et des statues surgissent du sol ; une troupe d'esprits infernaux s'opposent au départ d'Amadis

(3) Amadis saisit son épée. Survient Mélisse qui tâche par la tendresse, puis par les menaces, de toucher le coeur d'Amadigi qu'elle aime sans retour. Elle lui annonce qu'il devra, s'il veut retrouver sa bien-aimée emprisonnée dans une tour, affronter les Harpies, Cerbères et les Furies. Amadigi relève le défi. (4) Mélisse, restée seule, est partagée entre la colère et l'amour.

Un portail en feu qui interdit l'entrée dans la tour d'Oriane

(5) Amadis a vaincu les monstres. Il ne lui reste plus qu'à traverser les flammes, ce qui n'est possible qu'au plus vaillant des héros. Daradanus laisse la place à Amadigi, non sans lui avoir révélé qu'il est son rival. Amadis, persuadé d'être seul aimé d'Oriane, franchit les flammes. (6) Dardanus en revanche, ne peut traverser les flammes, et implore l'aide de Mélisse.

Le Portail enchanté se brise, et chcoit au son d'une symphonie tumultueuse. La scène s'obscurcit, avec des coups de tonnerre, des éclairs, et s'illumine à nouveau lorsqu'apparaît Oriane, entourée de Chevaliers et de Dames enchantées. Apparaît une colonnade merveilleuse

(7) Oriane découvre Amadis ; ils se promettent amour et constance. Amadis la quitte pour préparer leur départ, en lui demandant de l'attendre. (8) Mélisse survient avec Dardanus. Découvrant Oriane, elle la fait enlever par les Démons. Amadis tente de s'y opposer, mais il est retenu par les Furies. Mélisse exulte. (9) Resté seul, Amadis se lamente et souhaite la mort.

Acte II

Un jardin. Au loin le Palais magnifique de Mélisse. Au milieu, la Fontaine de la Vérité d'Amour

(1) Amadis vient confier son désespoir à la "Fontaine de vérité" qui doit lui révéler si Oriane lui est ou non restée fidèle. Abusé par les charmes, il aperçoit dans l'eau "Oriane qui caresse son rival et le trahit". Il tombe évanoui. (2) Melissa prépare sa vengeance et fait amener Oriane. (3) Oriane croit d'abord qu'Amadis a été tué par Mélisse. Elle va pour se tuer à son tour, lorsqu'Amadis s'éveille. Il couvre celle-ci de reproches, la nomme "perfide, ingrate, cruelle". D'abord étourdie, Oriana se défend et s'écrie qu'il "se repentira de l'avoir outragée". (4) Au comble du désespoir, Amadis tente de se tuer. Mélisse survient à temps pour l'en empêcher, mais Amadis persiste à lui résister.

La scène se change en une caverne horrible. Appelés par Mélisse, des monstres sortent de la terre, on entend des coups de tonnerre qui n'émeuvent pas davantage le vaillant héros. Mélisse décide, pour se venger, de livrer Oriane à Dardanus.

Le palais de Mélisse

(5) Dardanus se plaint qu'Oriana lui échappe toujours. (6) Mélisse lui promet qu'Oriana cèdera à ses désirs ; pour cela elle lui prête la forme d'Amadis. (7) Dardanus se promet, si cela ne suffit pas, de tuer Amadis. (8) Oriana, abusée par l'illusion, se réconcilie avec Dardanus et lui confie son amour. Paraît Amadigi. Dardanus, persuadé de ne pas être vu, court après lui pour le tuer. On entend des bruits d'armes. (9) Mélisse reparaît pour annoncer la mort du Prince de Thrace sous les coups d'Amadis. Mélisse menace à nouveau Oriane, mais celle-ci se moque de ses pouvoirs, et prétend ne pas craindre la douleur. (10) Mélisse, restée seule, décide de se venger et invoque les Furies pour qu'elles tourmentent ceux qui l'ont humiliée.

Acte III

Le palais de Mélisse

(1) Oriane se laisse conduire par les Démons. auprès de Mélisse.

L'antre destiné aux sortilèges de Mélisse

(2) Mélisse prépare la mort d'Amadis, tout en étant troublée. (3) Amadis et Oriane arrivent, conduits par les Démons. Chacun appelle la vengeance de Mélisse pour lui seul. Mélisse s'apprête à tuer Oriane pour se venger d'Amadis, mais hésite. Elle invoque l'aide de l'ombre de Dardanus. (4) Celle-ci paraît, et annonce que les Dieux protégent à présent les deux amants fidèles contre lesquels ses pouvoirs seront désormais impuissants. (5) Mélisse veut aussitôt mettre Oriane à mort, mais sa main est retenue par un pouvoir plus fort que le sien. Avant de se poignarder, elle tâche une dernière fois d'attendrir le coeur d'Amadis.

L'antre se change en un palais magnifique. Un char couvert descend des nuages, dans lequel apparaît l'Enchanteur Organd, oncle d'Oriane

(6) Orgando annonce la fin des tourments et le début d'une douce union. Oriane et Amadis se jurent une éternelle fidélité. Bergers et bergères dansent et chantent "Réjouissez-vous, ô coeurs aimants..."

(d'après la notice Erato)

 

 

Créé au King's Theatre du Haymarket de Londres en mai 1715, sur un livret de Nicola Haym, Amadigi prend ses sources en France dans l'Amadis de Houdar de la Motte mis en musique par Destouches en 1699 et dans l'Amadis de Quinault mis en musique par Lully en 1684. On y retrouve les éléments de magie, d'amour et de sorcellerie. L'intrigue qui retrace les machinations de Dardanus, prince de Thrace et de Melissa, magicienne, pour contrecarrer l'union d'Amadis, le fameux héros, avec la princesse Oriana, fille du roi des îles fortunées, offre d'innombrables occasions de changements d'atmosphère. Une fois encore, Haendel utilise avec maestria sa palette orchestrale pour en tirer des effets mélodiques magistraux qui mettent en jeu des solos de trompette, de hautbois, de flûtes à bec et de bassons. Il réussit à réconcilier les styles français et italien sur le plan dramatique. Ainsi, l'un des plus beaux airs chantés par Dardanus à l'acte II "Penna tiranna", émouvante sarabande "à la française" (cinq parties de cordes, basson et hautbois solos) gorgée d'Italie. Sentiment partagé par l'historien Charles Burney qui trouve dans Amadigi "plus d'invention, de diversité et de bonne musique que dans aucun des drames musicaux de Haendel que j'ai jusqu'à présent examinés avec soin et discernement". (Festival International d'Opéra Baroque de Beaune - 2004)

 

"Le héros, Amadigi, vit avec la princesse Oriane un amour partagé. Mais cette double inclination est fort mal vue par deux jaloux qui entendent bien contrarier cette idylle : la magicienne Melissa, elle-même éprise d\92Amadigi, et le prince de Thrace Dardanus (Dardano), amoureux éconduit d\92Oriane. Avant que les amants ne puissent s\92abandonner à la félicité d\92un amour sans nuages au son d\92une pastorale (qui, pour un peu, évoquerait Rameau), ils traversent une série d\92épreuves auxquelles démons et furies ne sont pas étrangers et dont, naturellement, ils triompheront. Autant d\92épreuves alternant emportements, élans passionnés, tourments et attendrissements du c\9Cur que, musicalement, Haendel traduit par une foisonnante variété d\92Arie d\92une remarquable richesse mélodique et qui portent bien la marque de l\92Anglo-Italo-Saxon. En cela sont exemplaires, par exemple, l\92air de Dardanus (Acte II, scène 5) « Pena tiranna Io sento al core » (je sens dedans mon c\9Cur d\92inexorables peines) sur le rythme caractéristique de sarabande qui rappelle d\92évidence le « lascia ch\92io pianga » d\92Almirena dans Rinaldo, ou celui de Melissa (scène 10 qui achève l\92acte II) :« Destero dall\92 empia Dite ogni furia, a farvi guerra » (j\92armerai contre ces traîtres toutes les furies pour leur faire la guerre), dont l\92accompagnement instrumental (et particulièrement le splendide duo Trompette/hautbois) préfigure déjà le water music de 1717." (ResMusica - 18 juillet 2004)

 

Représentations : 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Après Rinaldo et ses faux airs d\92Armide, Teseo, authentique décalque du livret de Quinault, découpage en cinq actes compris, Amadigi di Gaula fut donc adapté, en trois actes cette fois, d\92Amadis de Grèce d\92Antoine Houdar de la Motte, mis en musique par André Destouches, lui-même inspiré d\92un roman espagnol, modèle de l\92Amadis de Quinault, sources assurément propices au spectaculaire.

Et Haendel se montra à cet égard si complaisant pour le public londonien qu\92outre l\92interdiction d\92assister à la représentation depuis la scène, comme il était alors d\92usage, entraînée par un déploiement de décors sans précédent, la liste des personnages se trouva réduite à quatre stéréotypes, rejoints aussi in extremis qu\92ex machina par le mage Orgando auquel échoient quelques mesures de récitatif simple : Amadigi, tendre guerrier épris de la pure et fidèle Oriana, aux prises avec la magicienne Melissa, qui n\92a évidemment d\92yeux que pour Amadigi, et son complice, le traître Dardano, amant éconduit d\92Oriana.

La pauvreté de la trame narrative ne se révéla pas un obstacle pour autant, puisque la maîtrise du caro Sassone dans la peinture des caractères annonce la complexité psychologique expérimentée dans les tragiques Tamerlano et Rodelinda, et qui atteindra son apogée dans la figure d\92Alcina, ultime magicienne haendélienne, bouclant en quelque sorte la boucle.

En dépit de ses innombrables beautés, qui enthousiasmèrent le musicographe Charles Burney, dont l\92examen détaillé des opéras de Haendel est un témoignage fascinant des goûts du XVIIIe siècle finissant, et de sa distribution limitée à deux sopranos et deux altos, Amadigi di Gaula n\92a connu depuis l\92enregistrement qu\92en réalisa Marc Minkowski en 1989 que des reprises sans véritable lendemain.

Hier héraut du baroque espagnol, Eduardo López Banzo s\92en est fait le champion en l\92enregistrant chez Ambroisie dans la foulée d\92une version de concert au Festival de Montpellier. Remaniée à une exception près, la distribution parisienne redéfinit et surtout varie les profils vocaux avec une plus grande pertinence.

Malgré une justesse toujours aléatoire \96 aigus plafonnants, graves sans consistance véritable \96 et un retour manqué au troisième acte, Lawrence Zazzo demeure, parmi les contre-ténors d\92aujourd\92hui, le plus crédible dans les emplois de castrat alto par l\92endurance, un certain éclat du timbre, l\92ampleur et la pugnacité de l\92accent, l\92ardeur conquérante sinon toujours la précision de la vocalise, et surtout une sensibilité frémissante à la vocalité belcantiste.

Avec sa science des pianissimi qui ne déparerait pas un répertoire plus tardif et un timbre dont le métal n\92est pas sans rappeler celui d\92Inga Kalna, haendélienne majeure de l\92époque s\92il en est, Sharon Rostorf-Zamir a suffisamment de tempérament pour traduire les fureurs et attendrissements de la magicienne Melissa par son chant seul.

Dans l\92emploi opposé et avec un timbre au velours d\92une lumière apaisante, María Espada déploie tous les sortilèges du chant spianato, certes un rien trop statique encore et purement instrumental pour créer un personnage, mais avec d\92infinies délicatesses de phrasé, d\92envoûtants murmures toujours portés par le souffle, miracles d\92une technique si maîtrisée qu\92elle confère aux quelques éclats d\92Oriana de virulentes réserves.

Assurément mezzo, et aigu, à entendre la richesse des quelques envolées qu\92elle s\92autorise, Regina Richter préfère dessouder les registres de tête et de poitrine plutôt que de contrefaire le contralto de Dardano qu\92elle n\92est pas, donnant plus que le change avec ses élans de musicienne naturelle.

Et puis, après avoir pesté contre les McCreesh, Curtis, Spinosi et autre Haïm, tour à tour secs, approximatifs, bavards ou alanguis dans ces dramme per musica qui nécessitent, quoi qu\92on veuille bien dire sur la prédominance du chant, un sens véritable de la direction musicale, ne serait-ce que pour en animer le théâtre, il nous semble nécessaire de saluer chez Eduardo López Banzo une vertu rare et pourtant indispensable : la respiration.

Jamais Al Ayre Español, coloré, réactif, ne compte ses doubles-croches, osant des phrasés larges qui lui permettent, même en deçà des effectifs de la première période londonienne de Haendel, de 1711 à 1717 \96 soit douze cordes contre une vingtaine, les deux hautbois d\92usage, mais un seul basson pour trois, et Marie-Ange Petit en tambourineuse de luxe \96, de varier la dynamique jusqu\92à un impact cuirassé dans les airs furieux ou héroïques.

Après Amadigi, le chef espagnol et son ensemble promettent au disque le Rodrigo donné en concert au Théâtre des Champs-Élysées la saison passée. De quoi remettre en cause l\92hégémonie, faute de mieux, de la version d\92Alan Curtis, qui ne manque certes pas de gosiers agiles, mais de souffle assurément."

 

 

 

"Tristesse et déception. Tristesse, d\92abord, de voir une salle moyennement remplie pour entendre un opéra de Haendel trop rarement joué (Londres, 1715). Déception, de taille, de voir cette magnifique tragédie transformée en un incroyable Himalaya d\92ennui ! Eduardo Lopez Banzo a probablement compris la nature intimiste de l\92ouvrage, mais il en a oublié tout le reste. Les chanteurs se retiennent, l\92orchestre ne joue guère plus, le premier acte est interminable, les suivants un peu moins assommants.

Il faut dire que la distribution, au style tantôt scolaire, tantôt convenu, offre peu d\92émotion. Dans le rôle-titre, la mezzo Maria Riccarda Wesseling confirme que le répertoire haendélien ne convient pas vraiment à sa vocalité. Elle manque de grave, d\92aigu, de morbidezza, nasalise ses vocalises et ne donne aucune consistance à son personnage. La soprano Sharon Rostorf Zamir possède d\92évidents moyens, mais elle abuse des pianissimi et campe une Melissa affectée. Le contre-ténor Jordi Domenech gonfle sa voix, engorge les sons et respire abondamment dans les vocalises. Son engagement et sa bonne volonté ne lui sont, dès lors, d\92aucun secours. La soprano Elena de la Merced offre heureusement quelques satisfactions et, enfin, donne vie à Oriana. Et dire qu\92un enregistrement discographique est annoncé..."

"Dardanus se lamente aux pieds d\92Oriane, qui l\92ignore ; Mélisse trépigne aux pieds d\92Amadis, qui la snobe pendant deux heures quarante, c\92est tout ce qui se passe dans l\92Amadigi de Haendel. Mais, bien que récemment arrivé à Londres, le Saxon n\92en est pas à son coup d\92essai : il gorge son dixième opéra de renversantes mélodies, mariant dans ses vingt-cinq airs la distinction des danses (sicilienne, sarabande) à la séduction des lamentos, rehaussant le tout de solos de hautbois, basson, trompette. Luxuriance sonore et indigence dramatique semblent ainsi vouer l\92oeuvre au concert (pour preuve : le piteux spectacle de James Conway, il y a dix ans, à l\92Opéra-Comique). A condition qu\92on y mette un certain panache, ce qui n\92est pas toujours le cas d\92Eduardo Lopez Banzo. Rodé au répertoire du Seicento, le chef espagnol fait montre de précision rythmique, «tient » magnifiquement les plaintes (« Ah, spietato» ou « Pena tiranna » bouleversants) mais ses récitatifs se traînent et sa palette de couleurs reste bien sombre \97 peut-être à cause d\92un orchestre trop maigre (vingt musiciens), A cause aussi d\92une protagoniste indéfendable : on reste en effet perplexe devant la carrière actuelle de Maria Riccarda Wesseling. Aucun harmonique dans la voix, ni résonance grave ni résonance aiguë, et, pour les décideurs, cette absence d\92identité vocale la prédisposerait à tout chanter, les sopranos (Iphigénie récemment à Paris) comme les altos (Amadigi ce soir) ! Cela donne envie de parodier une certaine Marianne James... Son rival, Dardano, a été confié à un contre-ténor (Jordi Domènech) à la probe technique, au timbre sensuel, mais à l\92émission tron couverte pour ce rôle viril. Les éclats sont donc plutôt à chercher chez héroïnes : l\92Oriane au timbre percutant mais un peu dur d\92Elena de la Merced affronte en effet vaillamment la Melissa superbement chantante (quels merveilleux pianissimos !) de Sharon Rostorf-Zamir. C\92est encore trop peu pour nous convaincre qu\92Haendel respire à l\92aise dans l'ayre espagnol..."

 

 

 

 

 

 

"...la Basilique Notre-Dame, haut lieu de repli de la Cour des Hospices, accueillait Rinaldo Alessandrini et son Concerto ltaliano avec, en solistes Sonia Prina (Amadigi di Gaula, alto), Roberta lnvernizzi (Oriana, soprano), Eleonora Contucci (Melissa, soprano) et Lucia Cirillo (Dardano, mezzo-soprano), pour Amadigi de Haendel, opéra sur un livret de Nicola Haym qui se révéla un magnifique moment de musique. Car sous la houlette de Rinaldo Alessandrini, la scène se métamorphose en creuset où se forge la musique avec une extraordinaire cohérence entre direction, voix et instruments dont émerge la magie sonore et expressive, cette magie qui se trouve au coeur même du livret et de la musique de Haendel sur trame d'amour et de sorcellerie: les machinations de Dardanus, prince de Thrace, et de Melissa. magicienne, pour contrecarrer l'union du héros Amadis avec la princesse Oriana, fille du roi des îles fortunées. Cette intrigue sur fond d'ambivalence entre noblesse et vengeance, amour et dédain, bravoure et faiblesse ne pouvait manquer d'inspirer la plume de Haendel, en modeler les couleurs, titiller son imaginaire, en attiser les crescendi, y inviter les ruptures dynamiques et expressives, créer les surprises, en happer au vol les pirouettes. Autant de richesses qui n'échappent pas à la direction souple et cantabile de Rinaldo Alessandrini. Charles Burney trouvait dans Amadigi, "plus d'invention, de diversité et de bonne musique que dans aucun des drames musicaux de Haendel que j'ai jusqu'à présent examinés avec soin et discernement". Pour être excessifs, les propos de Burney venaient confirmer l'émotion éprouvée le soir du 17 juillet sous la bonne garde d'Alessandrini et son Concerto ltaliano, d'autant plus que les quatre solistes étaient remarquables tant au niveau vocal qu'expressif, se coulant dans les airs avec une diction infaillible et modulant superbement les timbres dans les duos - Amadis et Oriane, Amadis et Melissa - d'une poignance extrême. Sonia Prina était un Amadigi tout à la fois pugnace et fragile, Roberta lnvernizzi impressionnante de ductilité dans les registres émotionnels ; Eleonora Contucci dans sa subtile perversité inspirait l'admiration et, paradoxalement, la tendresse ; Lucia Cirillo trouvait la sobriété du rôle dans la détermination. Un très grand moment de musique malgré quelques coupures à partir du deuxième acte qui, pour nous priver d'un grand air de Melissa, d'un autre d'Oriane, et de l'intervention finale de Organd, ne nuisaient pas au déroulement de l'action."

 

 

 

 

 

 

 

 Amadigi à Naples

"Rinaldo Alessandrini a pratiqué quelques petites coupures, sans jamais trahir les volontés du compositeur. Sous sa baguette, les trois actes de ce fleuron de l'opera seria s'enchaînent à un rythme rapide, avec une urgence dramatique qui bannit tout ennui chez le spectateur. L'orchestre est celui du San Carlo, avec une richesse et une volupté étrangères aux formations sur instruments anciens. La touche d'authenticité est apportée par la présence d'un théorbe et d'un violoncelle baroque dans le continuo. Massimo Gasparon, auteur de la mise en scène, des décors et des costumes, situe l'intrigue entre des colonnes et des marbres somptueux, en éliminant toute référence " arcadienne ", notamment dans les scènes de magie, fortement stylisées voire carrément occultées...Les costumes, qui alternent coloris chaleureux et froids, sont délibérément luxueux, avec les deux héroïnes principales arborant de hautes perruques et de vastes robes à paniers, dans un style d'ailleurs plus proche des années 1770 que de la période de la création. Au bilan, une production très séduisante conception de l'opéra baroque qui privil cence visuelle...Sonia Prina campe un Amadigi élégant et délicat, plus proche du soprano que du mezzo-soprano. Elisabetta Scano, probablement le meilleur élément de la distribution, apporte à Oriana une excellente technique...Eleonora Contucci a joué le difficile rôle de la magicienne Melissa avec de réels dons d'actrice...Sophie Pondjiclis, enfin, très à l'aise dans les vocalises rapides, accuse un engorgement excessif."

 

Amadigi

"Malgré un dispositif scénique plutôt ingénieux, il faut déplorer une mise en scène peu directive et des costumes féminins particulièrement mal seyants"..."Nous ont été proposés d'honorables chanteurs (qui) ont, dans cet opera seria manifestement atteint leur niveau d'incompétence"..."The Academy of Ancient Music sonna solidement malgré un effectif de cordes trop chétif." (Opéra International - janvier 1997)

 

 

"Même aujourd'hui, une bonne représentation de l'oeuvre ne peut faire l'impasse sur les fastes du théâtre à grand spectacle. Jean-Louis Martinoty a très bien perçu cette nécessité, tout en réussissant à s'abstraire de toute restitution servile, ou même stylisée, de l'opéra baroque. Certes, les costumes des protagonistes ancrent bien l'action dans une époque antérieure, mi-médiévale, mi-XVIIIe siècle. En revanche, les sortilèges utilisés par la magicienne Melissa pour retenir Amadigi et Dardano en son pouvoir, appartiennent à un univers surnaturel qui nous est beaucoup plus proche celui de la Guerre des étoiles, des robots humanoïdes, voire de la puce d'ordinateur. Le fond de la scène est occupé par un écran vidéo géant, sur lequel défilent alternativement, soit des images de synthèse àcaractère fantastique, soit des prises de vue effectuées en temps réel par un caméraman omniprésent sur scène, véritable personnage muet intégré dans l'action...Pour des raisons de crédibilité scénique, les rôles masculins ont été confiés à deux falsettistes : Ryland Angel, brillant et virtuose pour Amadigi, Giuseppe Sella Zambon, plus élégiaque, pour Dardano. Clara O'Brien et Sandra Moon mettent davantage de temps à s'échauffer, mais leurs airs de l'acte II sont de beaux moments d'émotion. Dans la fosse, Roy Goodman dirige les Deutsche Haendel-Solisten, petit ensemble d'instruments anciens, avec une remarquable précision, à l'image de ce spectacle techniquement impeccable de bout en bout." (Opéra International - juin 1996)

 

 

 

 

 

 

   

 

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