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(livret Virgin)
Anaclase.com - 11 juin 2003 "Le très actif Festival Händel reprenait sa production lyrique 2002, Deidamia, opéra en trois actes que le compositeur écrivit en 1740 juste après l'échec cuisant d'Imeneo, et qui ne vécut que trois malheureuses représentations, lui aussi boudé du public. C'est Paolo Rolli qui conçut un livret maniant volontiers l'équivoque à partir de la ruse de Thétis cachant son fils Achille sous des vêtements féminins. On a pu constater le développement d'un certain humour dans les ouvrages de ces années, et celui-ci constitue la dernière contribution du maître à la scène. Rolli et Händel semblent s'être bien amusés à écrire cette page. Toutefois, on pourra comprendre la réaction froide du public de l'époque ; on pardonne difficilement au génie de faire juste aussi bien que ses contemporains, et de ne pas continuellement se surpasser. Deidamia reste assez pauvre, peu inventif, et n'hésite pas à faire les fonds de tiroirs pour resservir de vieilles trouvailles. On y sent une sorte de lassitude ou de désintérêt pour ce genre, et pour les spectateurs qui s'étaient à plusieurs reprises révélés ingrats. Peut-être Händel est-il tout simplement happé par l'air du temps ; il a déjà créé son Allegro, il penseroso ed il moderato et connaît vraisemblablement des difficultés naturelles à faire marche arrière. Des trois opéras que nous avons eu le plaisir d'entendre à Halle, c'est indéniablement Deidamia qui bénéficia de la plus belle fosse. Les pupitres sont très équilibrés, et l'hystérie inquiète des cordes y rencontre avanta-geusement l'élégie des bois. On retrouvait Katrin Wittrich au clavecin, entendue dimanche soir ici même, secondée par Massimiliano Toni, et l'on saluera les interventions précieuses de Francesco Romano au théorbe. On l'aura compris, il s'agissait de l' Orchestre du Festival Händel dirigé ce soir par le très vif Alessandro De Marchi qui proposa une lecture enlevée, élégante, tonique. Cette fois, aucun souci de hauteur de son : les musiciens se sont montrés fiables et fidèles. Sur scène, on fut quelque peu gêné par l'emploi systématique de femmes dans des rôles d'hommes. C'était monnaie courante alors, et la mode napolitaine n'avait pas eu de scrupules à faire chanter les nourrices par des barytons. Certes, Achille incarné par une femme plutôt que par un contre-ténor n'est pas inintéressant ici, étant donnée la situation de travestissement qui à elle seule fait le sujet de cette œuvre. La partition semble d'ailleurs manifestement écrite pour une femme. Mais Ulysse ? Le choix vient ajouter à la confusion. Il est vrai que Lucia Sciannimanico donne le change avec beaucoup de crédibilité par un jeu étudié jusqu'en ses moindres détails. Le metteur en scène joue avec cette question en habillant le roi Lykomedes en vieille coquette du XVIIIème siècle au début du premier acte. Anke Amou (Achille) a pu charmer par un joli timbre et quelques vocalises légères. Wolf Matthias Friedrich (Lykomedes) déploya des graves somp-tueux ; on déplorera cependant le manque de phrasé et un chant mené en escalier. Son personnage était divertissant et tenu dans son option d'un bout à l'autre du spectacle. La Deidamia de Ann Monoyios est excessivement confidentielle, à tel point qu'elle ne parvient pas à dominer le duo de clavecins de In vano... (récitatif de la scène 5 de l'acte 1). Quant à son aria pour clore l'acte, Nasconde l'usignol'in alti rami il nido, on y perçut des vocalises et variations délicates et intéressantes, sans perdre à l'esprit qu'elles sont libres, à ce moment, de tout accompagnement instrumental. Si le timbre attachant et sonore de Martin Kronthaler servait un Phénix honorable, ce sont surtout Ulysse et Nerea qui bénéficièrent des voix les plus marquantes de cette soirée. Lucia Sciannimanico prit du temps pour se chauffer, si bien que ses premières apparitions ne furent guère convain-cantes, mais sut nous ravir dès le second acte par un timbre chaleureux, un legato envoûtant, et une vraie présence scénique. Enfin Anke Herrmann nous gratifia de vocalises inégalées, notamment dans Di lusinghe, di dolcezza non fatica non asprezza... qu'elle exécuta parfaitement, en assumant des ornements splendides sur le Da Capo. De même la félicitera-t-on pour son Quanto ingannato e quella... de l'Acte 2. Quant à la mise en scène...Merci aux belugas du second acte et à leur famille (les zoologues comprendront le fond de ma pensée...)."
Opéra International - octobre 2003

