Le compositeur

HERCULES

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

Thomas Broughton

ENREGISTREMENT
EDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1958
1999
Lovro von Matacic
Melodram
2
anglais
1967
1968
Brian Priestman

-
33 t
anglais
1983
1995
John Eliot Gardiner
Archiv
3
anglais
1984
1997
Wolf-Dieter Hauschild
Berlin Classics
3
allemand
2001
2002
Marc Minkowski
Deutsche Grammophon
3
anglais
2006
2008
Joachim Carlos Martini
Naxos
2
anglais

DVD

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
2004
2005
William Christie
Bel Air Classiques

 

Drame musical (HWV 60) composé entre le 19 juillet et le 20 août 1744, créé au King's Theatre, le 5 janvier 1745 à Londres, sur un livret du Révérend Thomas Broughton (1704 - 1774), inspiré de la tragédie de Sophocle Les Trachiniennes, et du Neuvième Livre des Métamorphoses d'Ovide, ainsi que d'une tragédie de Sénèque, Hercule sur l'OEta.

La première représentation au King's Theatre fut accueillie avec froideur, en dépit de l'excellente distribution : Henry Theodore Reinhold, basse, en Hercules, Anastasia Robinson, mezzo-soprano, en Dejanira, Elisabeth Duparc, dite la Francesina, soprano, en Iole, John Beard, ténor, en Hyllus, Miss Robinson en Déjanire. Susanna Maria Cibber, contralto, soeur de Thomas Arne, qui devait chanter le rôle de Lichas, augmenté spécialement pour elle, était souffrante le soir de la première, et ne chanta que lors de la seconde exécution, le 9 janvier. Une troisième exécution, prévue le 16 février, puis repousée en mars, fut annulée. Profondément affecté, Haendel proposa aux souscripteurs d'un abonnement pour vingt-quatre concerts de la saison 1744/45 de les rembourser.

Susanna Maria Cibber

L'oeuvre ne fut reprise :

 

Personnages :

Hercule. Le drame d\92Hercule est celui de la jalousie féminine. Celle-ci le poursuit dès avant sa naissance, en la personne d\92Héra, l\92épouse du roi des dieux Zeus. Car Hercule/ Héraclès est doublement issu des amours incestueuses de Zeus \96 dont il est à la fois le fils et l\92arrière-petit- fils ! Zeus, sous la forme d\92une pluie d\92or, séduisit d\92abord Danaé, fille du roi d\92Argos. Il en eut Persée, qui hérita ce même trône. Zeus fit alors part de sa décision de s\92unir à une femme de la race de Persée pour engendrer un homme doté d\92un grand pouvoir. Il choisit Alcmène, petite-fille de Persée, qu\92il aima sous la forme de son époux Amphitryon (c\92est le sujet de l\92Amphitryon de Molière). Avertie, Héra retarda cependant la naissance de leur rejeton et hâta celle d\92un autre descendant de Persée, Eurysthée : celui-ci bénéficia donc du pouvoir promis au fils d\92Alcmène, qui fut surnommé Héraclès (« gloire d\92Héra »). La reine des dieux engagea ensuite Eurysthée à persécuter son cousin, à qui furent imposés les fameux douze travaux (le lion de Némée, l\92hydre de Lerne, le sanglier de l\92Erymanthe, la biche de Cérynie, les oiseaux de Stymphale, les écuries d\92Augias, le taureau de Poséidon, les juments de Diomède, la ceinture d\92Hippolyte, le géant Géryon, les pommes d\92or des Hespérides et la capture du chien Cerbère). Hercule sortit indemne de toutes ces aventures, et de bien d\92autres (parmi lesquelles sa vente comme esclave à la reine de Lydie, Omphale, et une nouvelle descente aux enfers pour ramener Alceste à son époux Admète)\85 jusqu\92à son mariage avec Déjanire\85

Déjanire est la fille d\92OEnée, roi d\92Etolie et de son épouse Althée (soeur de Léda, qui engendra Castor, Pollux, Hélène et Clytemnestre). Ou, du moins, elle passe pour telle : mais certains auteurs la disent issue d\92Althée et de Dionysos\85 Déjanire est aussi soeur de Méléagre, l\92un des Argonautes, qui participa avec Hercule à la chasse du monstrueux sanglier de Calydon: au cours de celle-ci, Méléagre s\92éprit d\92Atalante (c\92est le sujet de l\92Atalanta de Haendel) et Hercule promit sa main à Déjanire. Mais celle-ci est aussi courtisée par un fils des Titans, Achéloos (dieu personnifiant le plus grand fleuve de Grèce). Un combat proprement titanesque oppose Hercule à Achéloos ; malgré les métamorphoses de ce dernier (en serpent, en taureau), le fils de Zeus le terrasse et lui arrache une corne, qu\92on identifie comme la corne d\92abondance. Hercule épouse Déjanire, dont il a cinq enfants. Malheureusement, au cours d\92un banquet, le héros tue accidentellement un échanson, et OEnée le bannit de sa cour, avec Déjanire et leur plus jeune fils, Hyllus. Arrivé devant le fleuve Evénus, Hercule confie son épouse au centaure Nessus, qui fait office de passeur. Mais Nessus tente de violenter la jeune femme. Hercule abat le centaure d\92une de ses flèches, trempées dans le venin de l\92hydre de Lerne. En mourant, Nessus conseille à Déjanire de recueillir son sang, qui lui assurera un jour la fidélité de son époux\85 Tandis qu\92Hyllus et Déjanire se rendent à Trachis, en Thessalie, Hercule, pour sa part s\92arrête à OEchalie, où il a un vieux compte à régler\85

Iole. Avant d\92épouser Déjanire, Hercule prétendit à la main d\92Iole, fille du roi d\92OEchalie, Eurythos. Ce dernier l\92avait promise à qui le vaincrait au tir à l\92arc; mais, défait par Hercule, il avait retiré sa parole. Celui-ci s\92en serait aussitôt vengé, si un oracle d\92Apollon ne l\92en avait, à l\92époque, empêché. Mais ces temps sont révolus: rancunier, Hercule tue Eurythos, met à sac la ville d\92OEchalie et s\92empare d\92Iole, dont il retombe illico amoureux. En route vers Trachis, le héros fait halte en Eubée, où il décide d\92offrir un sacrifice à son père Zeus. Entre-temps, Déjanire a été avertie de l\92amour de son mari pour Iole; se souvenant de la prédiction de Nessus, elle lui envoie une tunique trempée dans le sang du centaure, afin qu\92il la porte au cours de la cérémonie. Mais l\92habit est aussi imprégné du poison de l\92hydre : à peine le héros l\92a-t-il revêtu, qu\92il se colle à sa peau et le brûle vif. Fou de douleur, Hercule se fait néanmoins transporter à Trachis, avec Iole. Celle-ci n\92apparaît cependant pas dans la pièce de Sophocle, Les Trachiniennes, et n\92a qu\92un rôle bref dans l\92Hercule sur l\92OEta de Sénèque, où elle ne dialogue qu\92avec le choeur.

Hyllus. Selon Sophocle et Sénèque, Hyllus (ou Hyllos), le plus jeune fils d\92Hercule, l\92a accompagné en OEchalie. C\92est Hyllus qui rapporte à Déjanire le supplice d\92Hercule ; horrifié par le spectacle auquel il vient d\92assister, le jeune homme maudit sa mère, qui se poignarde. À la fin de la pièce, Hercule, qui a arraché les pins du Mont OEta pour en faire un bûcher, supplie longuement son fils d\92y mettre le feu. Hyllus s\92y refuse mais assiste son père qui, mourant, lui ordonne d\92épouser Iole: «Je ne veux pas qu\92un autre que toi possède la compagne qui a dormi à mes côtés. C\92est toi, mon fils, qui seras son mari. Obéis-moi.» Hyllus se montre d\92abord réticent, car il rend Iole responsable de la mort de ses parents. Afin d\92adoucir la mort d\92Hercule, il finit pourtant par céder. L\92abbé Buti, qui écrivit le livret d\92Ercole amante («Hercule amoureux», 1662), somptueux opéra composé par Cavalli, propose une interprétation bien différente : pour lui, Iole et Hyllus s\92aiment et c\92est en vain qu\92Hercule essaie de violer la jeune femme!

Lichas serait l\92un des compagnons d\92armes d\92Hercule ou le précepteur de son fils. Chez Sophocle, il commence par dissimuler à Déjanire la passion qu\92éprouve le héros pour Iole. Dénoncé par un messager, il avoue : « mais il faut dire ce qui fait honneur à ton mari : jamais il ne m\92a demandé de te rien cacher ; c\92est moi qui suis fautif». Chargé par Déjanire d\92amener la tunique empoisonnée à Hercule, il est victime de son zèle : le héros lui fracasse la tête contre un rocher (chez Sophocle) ou le précipite dans le vide (chez Sénèque). Ovide (Les Métamorphoses, livre IX) lui réserve une mort encore plus spectaculaire : projeté dans les airs par Hercule, il se congèle et devient rocher \96 « aujourd\92hui encore, dans la mer d\92Eubée, un petit écueil, jailli du fond de l\92abîme, conserve des vestiges de forme humaine. Les matelots, comme s\92ils devaient le sentir, redoutent d\92y poser le pied et l\92appellent Lichas.» L\92abbé Buti en fait le confident de Déjanire : cynique et rusé, c\92est lui qui rappelle à sa maîtresse le conseil de Nessus.

(L'Avant-Scène Opéra)

 

Synopsis

Déjanire, sans nouvelles de son époux Hercule, et inquiétée par les étranges présages perçus par son fils Hyllus au cours d'un sacrifice, lui demande de partir à la recherche de son père. Mais voici qu'apparaît Lichas, qui annonce le retour du héros et des prisonniers d'Hécalie, parmi lesquels la princesse Iole. L'arrivée d'Hercule est gâchée par l'injuste jalousie de Déjanire envers la belle captive. Malgré les protestations d'Hercule et d'Iole, Déjanire décide d'avoir recours à la tunique de Nessus : le Centaure l'avait assurée qu'en faisant porter ce vêtement à Hercule, elle retrouverait tout son amour. Mais le Centaure avait menti pour se venger d'Hercule : la toge empoisonnée brûle le héros. Tandis qu'il agonise, Déjanire, folle de douleur, maudit Iole, cause innocente de tant de malheur. Mais le prêtre de Jupiter vient annoncer qu'Hercule a pris place dans 1' Olympe et ordonne le mariage d'Iole et d'Hyllus. Le choeur se joint aux futurs époux pour célébrer la grandeur d' Hercule.

 

Synopsis détaillé

Acte I

Un appartement dans le palais royal de Trachis, en Thessalie.

(1) Lichas décrit l'affliction dans laquelle est plongée Déjanire, inconsolable de la longue absence d\92Hercule, son époux tendrement aimé (See, with sad dejection). Déjanire, en effet, se lamente (O Hercules !). Lichas tente de la rassurer (Princess ! be conforted). (2) Hyllus survient : impatient de connaître le destin de son père, il a consulté l\92oracle qui vient d\92en prédire la disparition dans les flammes (Eager to know). Bouleversée, Déjanire pense rejoindre Hercule dans la mort (There in myrtle shades) alors qu\92Hyllus décide de partir à la recherche du corps de son père (Where congeal'd), encouragé par le choeur (O filial piety !). (3) Soudain Lichas annonce le retour d\92Hercule, vainqueur de la ville d'OEchalie. Dejanire est transportée de joie (Banish your fears !). Lichas décrit le cortège de captifs qui accompagne le vainqueur. Hyllus s'émeut en voyant parmi les prisonnières la belle princesse Iole, dont le père est mort de la main d\92Hercule. Lichas et le choeur commentent la façon dont la chagrin peut laisser la place à la félicité (The smiling hours).

Une place devant le palais, où on amène, captives, Iole et des vierges OEchalie

(4) Iole s'attendrit sur le sort de ses suivantes et sur la captivité qui les attend. (Daughter of gods). Hercule arrive et rend grâce à Jupiter de sa victoire qui va lui permettre de prendre du repos. Il offre sa liberté à Iole (Thanks to the pow'rs above). Iole, elle, ne pense qu'à son père mort (My father !). Hercules dit adieu aux armes, et se réjouit de pouvoir jouir en paix de l'amour de Déjanaire(Now farewell, arms !). Le choeur invité à la fête (Crown with festal pomp)

Acte II

Un appartement

(1) Iole regrette son état de princesse et rêve d'être une humble jeune fille (How blest the maid). (2) Des rumeurs ont suscité une folle jalousie dans le coeur de Déjanire, persuadée qu\92Hercule l\92a trompée avec la belle Iole (When beauty sorrow's). Iole affirme qu\92Hercule a dévasté son pays poussé par l\92ambition et non pas par l\92amour pour elle et met en garde Déjanire contre les ravages de la jalousie (Ah ! think what ills). (3) Lichas défend son maître (As star that rise). Déjanire ne veut rien entendre (In vain you strive). Le choeur se lamente sur la jalousie, tyran du coeur humain (Jealousy !). (4) (4) La beauté de Iole a séduit Hyllus. Iole l'a deviné (Too well, young prince), mais ne manifeste aucune sympathie pour le fils de l\92homme qui a tué son père (And think'st thou), et même se moque de lui (Is this). Hyllus lui rappelle le pouvoir universel de l'amour (From celestial seats). le choeur approuve (Wanton god). (5) Déjanire, de son côté, vient reprocher amèrement à Hercule, l\92invincible héros, d\92avoir succombé à une jeune captive (Yes, I congratulate). Il rejette l\92accusation (You are deceived), répond que ses soupçons sont sans fondements, et s\92en va au temple où on doit célébrer sa victoire (The priests of Jupiter). (6) Folle de jalousie, Déjanire décide alors de se servir de la tunique offerte jadis par Nessus, dont le tissu \96 dit-on \96 a le pouvoir de faire renaître l\92amour conjugal (Some kinder power). (7) Elle charge Lichas d'aller la porter à Hercule en gage de réconciliation entre les deux époux (Lichas, thy hands). (8) Déjanire feint de demander pardon à Iole pour son humeur jalouse, et lui promet de l\92aider à recouvrer la liberté (Forgive me, princess). Iole est rassurée mais inconsolable (Thanks the gods). Le choeur espère qu'amour et hymen s'accorderont (Love and Hymen).

Acte III

(1) Lichas apporte aux Trachiniens de terribles nouvelles sur la fin atroce d\92Hercule qui, après tant de victoires, périt par la main de sa femme (Ye sons of Trachin). Il décrit la scène qui s\92est passée au temple quand Hercule a revêtu la tunique et que le poison de l\92Hydre, contenu dans le sang de Nessus, a pénétré dans son corps. (2) Tentant d\92arracher le vêtement qui lui collait à la chair, Hercule s\92est effondré, fou de douleur (O Jove). (3) Il supplie Hyllus de dresser un bûcher funèbre sur le mont OEta pour y être immolé (My son, observe). Hyllus fait part de ses craintes lorsque la nouvelle de la mort d'Hercule se répandra (Let not fame). (3) Frappée d\92horreur, Déjanire en proie à la folie voit venir les furies tourmenter son âme coupable (Where shall I fly). (4) Ses souffrances font oublier à Iole ses propres tourments (My breast with tender). (5) Le prêtre de Jupiter annonce à Hyllus et à Déjanire qu\92Hercule a été reçu dans l\92Olympe, car un aigle a porté au ciel la partie immortelle du héros (Borne to Oeta's top). Par décret de Jupiter, Hyllus épousera Iole pour unir les dynasties et faire régner la paix et la liberté (Nor less thy destiny). Iole accepte le décret divin, et chante avec Hyllus un duo de félicité (O prince). Le choeur conclut en célébrant la paix et la liberté (To him your gratitude).

(d'après L'Avant-Scène Opéra)

 

voir aussi Hercules, un héros ou un zéro ?  - éditorial - septembre 2004

 

"Le texte de Broughton s'inspire des Trachiniennes de Sophocle et du IXe livre des Métamorphoses d'Ovide. Plutôt qu'un opéra, Hercule est un oratorio conçu pour être représenté sur scène et le seul de Haendel à s'inspirer de la mythologie." (Dictionnaire chronologique de l'Opéra - Le Livre de Poche)

 

Composé quelques semaines avant Belshazzar, il fut créé en janvier 1745 au King's Theatre du Haymarket, sur un livret du révérend Thomas Broughton inspiré du 9e Livre des Métamorphoses d'Ovide et des Trachiniennes de Sophocle. Il conte l'histoire d'Hercules de retour en vainqueur d'Oechalie avec la captive Iole, ce qui déclenche fatalement la jalousie (injustifiée) de son épouse Déjanire. Pour reconquérir avec la passion du désespoir un amour qu'elle croit perdu, Déjanire a recours à la tunique empoisonnée de Nessus, provocant tragiquement la mort du héros et sa propre démence. Le traitement musical par Haendel de la folie de Déjanire à l'acte III, avec ses alternances hallucinantes de rage furieuse et de calme trompeur, possède une authenticité terrible qui nous marque profondément. Haendel a porté une attention toute particulière au choeur qui intervient très souvent. Il occupe une place centrale dans la pièce, apportant solennité et allégresse, une force et une intensité que rien ne vient briser. Ainsi l'air "Crown with festal pomp the day", avec ses trompettes et ses tambours aux rythmes tourbillonnants, et le fabuleux air "Jealousy, infernal pest" qui annonce les prophéties à venir. Pour Romain Rolland, cette "sublime tragédie à l'antique marque le faîte du drame haendélien, et, l'on peut même dire de tout le théâtre musical avant Gluck". Pour Prunières, "Le chef d'oeuvre peut-être de Haendel". (Festival International d'Opéra Baroque de Beaune - 2004)

 

 

 

Représentations : 

 

 

 

 

 

 

"Cette nouvelle production du rare Hercules, captivante de la premièr à la dernière note, constitue incontestablement une des plus grandes réussites de Peter Sellars à ce jour.

Une heure avant le début de la représentation, le metteur en scène explique au public sa vision du «drame musical» de Haendel 1745, sur un livret du révérend Thomas Broughton, inspiré de Sophocle et des Métamorphoses d'Ovide. Pour lui, Hercules illustre d'abord la manière dont la guerre, depuis toujours mais plus particulièrement à notre époque, aliène le corps social et rend difficile le retour des vétérans à la vie normale. L'ouvrage est ensuite une métaphore de la crise vécue par ceux qui sont restés à l'arrière, les femmes en particulier. Sellars rappelle, à ce propos, que Sophocle a intitulé sa tragédie Les Trachiennes. Dejanira, déroutée par l'attitude lointaine d'Hercules quand il revient du combat en conclut que son époux a une maîtresse, la jeune Iole, et se laisse emporter par les tourments de la jalousie. Iole, qui a pourtant perdu famille et patrie dans les horreurs de la guerre, est pour sa part l'élément réconciliateur, celle qui guérira les blessures à la fin, en sauvant Dejanira du suicide et en épousant Hyllus, le fils du héros.

Le plus impressionnant, sans doute, est comme Sellars, dans sa mise en scène, développe sa thèse avec une telle cohérence que l'on saisit tous les parallèles établis entre la Grèce antique de Sophocle, l'Âge des Lumières de Haendel et la période actuelle. L'action est située aux États-Unis, de nos jours. Hercules, militaire en tenue de camouflage, revient au pays en ramenant une captive, Iole, dont il a tué le père et ravagé la terre natale. L'apparition de la prisonnière fait l'effet d'un coup de théâtre, aux yeux des spectateurs américains : elle porte la combinaison orange, la cagoule noire et les chaînes emblématiques des camps d'internement d'Abou Ghraib et de Guantanamo ! Le décor de George Tsypin est très simple : quelques colonnes grecques brisées et un trône de pierre. Tout repose sur le cyclorama élaboré à l'arrière-plan par James F. Ingalls, qui décline toutes les étapes du jour, des premières lueurs de l'aube à la nuit étoilée (celle à laquelle Hyllus adresse son «Hom celestial seats descending»), en passant par le violent soleil de midi (pour l'arrivée d'Hercules). Sur le cyclorama défilent également des escadrilles de bombardiers et, pour agonie du héros, des charbons ardents. Les costumes contemporains de Dunya Ramicova sont à la fois sobres et signifiants, cherchant à caractériser indiviuellement solistes et membres du ch\9Cur.

Dejanira, authentique protagoniste du drame, trouve en Alice Coote une superbe interprète. Maîtrisant les nombreux traits de virtuosité glissés, çà et là, par Haendel, la mezzo britannique apporte au rôle un timbre à la fois charnu et cuivré, en traduisant à merveille ses brutaux changements d'humeur. L'Hercules du baryton-basse afro-américain Eric Owens en impose, tant sur le plan vocal que physique. Ses accents de stentor conviennent au portrait voulu par Sellars, moins à celui imaginé par Haendel. Les vocalises, en particulier, se transforment en grognements de détresse. La soprano anglaise Lucy Crowe est une Iole absolument idéale. Son chant frais et lumineux, d'une aisance souveraine dans les passages pyrotechniques, est une source permanente de bonheur, en particulier dans son ultime aria, « My breast with tenderpity swells », incontestablement le climax de la représentation. Le ténor clair et souple de Richard Croft possède une exubérance juvénile particulièrement bienvenue pour Hyllus, David Daniels campant un Lichas de luxe, avec cette couleur de voix reconnaissable entre toutes. Dirigeant avec autant de vie que de sensibilité, Harry Bicket se montre attentif à maintenir l'équilibre entre l'orchestre d'instruments anciens dans la fosse et le plaateau. Préparés par Donald Nally, les ch\9Curs du Lyric Opera sont exceptionnels de cohésion et de beauté sonore. C'est à eux que revient la conclusion de l'ouuvrage (« To him your grateful notes of praise belong »), traitée par Sellars comme une cérémonie militaire d'inhumation. Autour du cercueil d'Hercules, recouvert du drapeau, les femmes tentent de consoler Dejanira en l'intégrant dans leur cercle, pendant que Hyllus et Iole s'embrassent. Image profondément émouvante, à l'aune d'un spectacle que nous ne sommes pas près d'oublier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La jalousie paranoïaque de l\92épouse de Hercules revenu de guerre avec une princesse en butin, fait de Déjanire un Otello au féminin. Mêmes soupçons injustifiés, même démence convulsive menant au meurtre. La soprano Joyce DiDonato en offre une interprétation qui restera de référence. Créée au Festival d\92Aix en Provence 2004, cette nouvelle production de l\92un des plus beaux opus lyriques de Haendel prend place à l\92Opéra National de Paris, son coproducteur, dans les habits musicaux et scéniques de l\92été : William Christie et ses Arts Florissants dans la fosse, une distribution hors pair (Joyce DiDonato/Déjanire, Ingela Bohlin/Iole, William Shimmel/Hercules, Toby Spence/Hyllus), la fine direction d\92acteurs de Luc Bondy et, hélas, les décors bunkérisés de Richard Peduzzi, en totale contradiction avec le sujet et la musique.

Le virus mortifère de la jalousie - C\92est une tragédie classique au sens le plus strict, unité de lieu, unité de temps : trois actes pour que naisse, monte et explose le virus mortifère de la jalousie. Elle se déroule au royaume des demi-dieux où Hercules, fils de Jupiter, auteur des douze travaux expiatoires, revient vainqueur d\92une ultime guerre dont il ramène, prisonnière, la princesse Iole. Son épouse Déjanire soupçonne aussitôt des liens adultères. La clémence qu\92Hercules manifeste à l\92égard de la captive conforte ses craintes. Folle de rage et de douleur, elle envoie à celui qu\92elle imagine infidèle une tunique empoisonnée qui lui brûle les chairs et le tue dans d\92horribles souffrances. Déjanire, Otello au féminin, plonge alors dans le puit sans fond de sa démence. Mais chez Haendel, contrairement à Shakespeare, il n\92y a pas de manipulateur pour attiser la jalousie. Seule l\92imagination en délire mène la danse de mort.

Bunker aux parois bétonnées - Cette histoire d\92hier pourrait-elle être d\92aujourd\92hui ? Faire le grand écart par-dessus les siècles est devenu le sport favori des metteurs en scène affamés de "relectures". Parfois ça marche, c\92est même quelques fois très réussi. À condition que l\92esprit soit sauvegardé, que l\92essence de ce qui est raconté en mots et en notes reste crédible. Quelle mouche a piqué Richard Peduzzi, l\92homme des hauts murs magiques de Patrice Chéreau, pour transformer le palais princier d\92Hercules en bunker aux parois bétonnées ? Comment justifier que son uniforme de général vainqueur soit réduit à des hardes constellées de boue ? Que la reine soit fringuée comme l\92ouvreuse d\92un ciné de banlieue de misère ? Que le personnel soit affublé de treillis et le ch\9Cur de jeans informes ? C\92est pousser bien loin le bouchon de la transposition.

La sombre ambiguïté des rapports amoureux - Un vrai gâchis en regard du reste. Car Bondy a su revêtir de sombre ambiguïté les rapports amoureux des héros, car les chanteurs, sans exception, les incarnent à merveille, tant vocalement que scéniquement : charme et fraîcheur pour la jeune Ingela Bohlin et pour le ténor Toby Spence, grandeur et profondeur pour William Shimmel. Et en Déjanire blessée d\92amour et d\92amour propre, Joyce DiDonato épouse sans faillir les spirales de l\92écriture haendelienne et impose une présence fébrile qui fera date. Quant à Christie, moins pétulant avec Haendel qu\92avec ses chers Français, Lully, Rameau et leurs amis, il semble, durant les deux premiers actes, avoir été frappé de langueur devant l\92incohérence du décor mais se rattrape au final en fureur contenue et noire mélancolie."

"Prophéties, jalousie, vengeance, tous les ingrédients de la tragédie antique apparaissent dans ces trois actes, denses en rebondissements dramatiques, qui nous racontent le dernier épisode de la vie d'Hercule. Ils sont portés par une musique puissante et généreuse. Acte I : retour d'Hercule vainqueur. Acte II : les ravages de la jalousie. Acte III : mort d'Hercule et folie de Déjanire.

Si William Christie, les musiciens et les choeurs des Arts florissants, bien ajustés à l'expression baroque, nous restituent avec science et délicatesse cette musique sublime, hélas, une fois de plus, le décor, les accessoires triviaux et la "direction d'acteurs" à laquelle doivent se soumettre les chanteurs ne font que nous gêner pour goûter pleinement cet ouvrage magnifique. Après avoir eu droit au grand rideau tout bleu interminablement gonflé par le vent pour meubler l'ouverture, aux morceaux de "colosse" épars sur le plateau pour évoquer le lieu et l'action, aux personnages habillés, selon les cas, en treillis militaire, en imperméable ou en sous-vêtement - le tout éclairé avec brutalité, après avoir encore admis que les princesses pouvaient très bien se promener pieds nus, siroter des jus de fruits en lisant des magazines, ramper sur le sable, jeter leurs bijoux de colère ou se vautrer sur leurs partenaires masculins, nous devons, pour l'apothéose finale, nous satisfaire d'un barbouillage de sang et d'un tas de fumée sans feu... Mais, par chance, Haendel et son librettiste ont choisi un happy end !

Malgré tout, et en dépit du fait qu'ils doivent exécuter - la plupart d'entre eux sans conviction - quantité de gestes et de mimiques bien inutiles, les chanteurs s'en tirent plutôt très bien vocalement. Dans le rôle titre, William Shimmel est convaincant, solide et, apparemment, très à l'aise dans l'univers de Bondy. Son fils, Hyllus, est interprété avec brio par le jeune ténor Toby Spence. Sa voix bien timbrée et parfaitement contrôlée compense un jeu distancié, sans grande consistance. On attendait beaucoup de la Dejanira de Joyce DiDonato, personnage central du drame. Si la mezzo américaine confirme ses qualités, elle semblait, le soir de cette première parisienne, en-deçà de ses possibilités, surtout dans sa scène de folie furieuse. Sa voix contraste efficacement avec celle de la soprano Ingela Bohlin, agréable en princesse Iole. Leur duo "Joys of freedom, joys of pow'r'' fut un des meilleurs moments de la soirée. Dans le rôle du héraut, la belle mezzo Malena Ernman, au physique très athlétique, manque néanmoins de puissance vocale pour être appréciée dans cette salle du Palais Garnier, un peu grande pour le répertoire baroque. Pour conclure sur une bonne note, une mention spéciale pour les choeurs saisissants de cet ouvrage, merveilleusement chantants dans cette production."

"De cet Hercules, il ne restera, gravées, qu\92une seule image, qu\92une seule voix, celle de Dejanira, exorbitée, éructée, dans sa danse, sa transe de macabre démence. C\92est là que, l\92espace d\92un "Where shall I Fly" en apnée, les voies désespérément parallèles tracées par William Christie et Luc Bondy se seront croisées, comme aspirées par les imprécations de Joyce DiDonato, tragédienne inédite et transfigurée.

Il aurait pu, il aurait dû se passer quelque chose entre ces parois oppressantes, devant ce colosse écroulé sur le sable, dans cette nudité tragique créée par Richard Peduzzi. Mais Luc Bondy s\92est trompé de genre, d\92auteur, d\92époque. Prétexter Sophocle pour enrichir Haendel est de ces dangers que les hommes de théâtre se plaisent à affronter. Encore faut-il ne pas s\92arrêter au livret, écouter cette musique qui souvent va plus loin, la comprendre, l\92accepter, malgré la rigueur de ses conventions. Le metteur en scène suisse a voulu un adultère avéré, des preuves matérielles, presque des flagrants délits : la jalousie ne peut se nourrir elle-même. Et pourtant, la musique en témoigne qui, petit à petit, par le venin des cordes des Arts Florissants, dégénère. Cet Hercules-là, d\92une seule pièce durant deux actes, qui fanfaronne, qui vocalise, raillé par deux hautbois, ne peut être que bon guerrier fidèle. C\92est trahir, aussi, les personnages, que de les réduire à ce tragique ordinaire, quotidien, de leur refuser la solitude, d\92exposer ainsi le corps d\92Alcides pour que chacun vienne le contempler. C\92est un constat d\92échec, surtout, que de meubler sans cesse, par d\92insignifiants détails, là où rien ne souffle de mythique, d\92antique.

La direction de William Christie souffre de ce même défaut d\92élan, trop tranquille, trop léchée, avec quelques sursauts quand apparaît Dejanira, ou quand, dans l\92ouverture du III, le violon de Patrick Cohen-Akenine projette sa flamme. L\92effectif n\92y est sans doute pas pour rien, qui atténue les contours, mais comment faire autrement à Garnier que de peupler ainsi la fosse. Moins précis, moins percutant que de coutume, le ch\9Cur, aussi, doit avant tout sonner, inspiré l\92espace d\92un The World\92s avenger is no more. C\92est un Lichas sans projection qui annonce les évènements les plus funestes : silhouette avantageuse, timbre troublant, Malena Ernman joue trop cynique, Sophocle. Ingela Bohlin ravirait tous les c\9Curs si, en plus du charme, le timbre avait de la tenue. L\92intonation, la vocalise sont ici trop fragiles pour la sagesse haendélienne d\92Iole, pas la petite briseuse de ménages de Bondy. Toby Spence chante tout, parfois remarquablement, mais pas cet Hyllus. Fort élégamment phrasé, Let no fame the tidings spread tourne en rond, de da capo sans imagination. William Shimell a la stature imposante, le timbre monolithique, la pitoyable détresse d\92un Hercules, mais ses récitatifs dérapent.

Une Dejanira qui ose l\92hybris - Et si ceux-là composent, Joyce DiDonato se consume, ose l\92excès, l\92hybris, expressionniste, variant les couleurs du timbre à l\92infini, jusqu\92à l\92insoupçonnable : le moelleux, la lumière, mais aussi le tranchant, l\92aigreur. C\92est enfin le vrai théâtre, qui se jette a corps perdu, qui frôle le cri, les larmes, le sang. Le dérèglement de Dejanira est là, d\92affliction en joie, de soupçon en terreur, de mépris en espoir : Resign thy club and lion\92s spoils, pointilliste, perfide, puis Cease, ruler of the day à la corde, nourri de silence. Hideuse, cette folie, où le chant, en imprécations, devient auto-destructeur \96 ne plus penser la vocalise que comme un poison. Ce qui suit \96 air, duo, ch\9Cur, joie de façade \96 restera dans l\92ombre de cette figure convulsée, d\92agonie silencieuse, captivante."

"Dévoilé au dernier Festival d'Aix, le Hercules de Haendel dans un décor de béton et de sable abstrait de Peduzzi, débarque à Garnier. Un huis clos de la passion mortelle, habité par des bêtes de style en jeans ou treillis. Direction d'acteurs intense, gestion signifiante des choeurs aux couleurs tendres et d'une subtile matité, la manière Luc Bondy est imparable. Choix de tempi contrastés, ductilité de la phrase, homogénéité des coloris, William Christie pilote ses Arts florissants et un casting de choc : Joyce Di Donato, ses coloratures fruitées et ses portamentos dans l'émission pour une scène de folie incandescente, Camilla Tilling, la mezzo Malena Ermann, le ténor léger Toby Spence et le baryton William Shimmel qui prend le pari de la caractérisation maximale, dans une mort d'Hercules qui «met en extase»."

"Parmi les nombreux opéras de Haendel, Hercules (1745) concentre le drame comme rarement. C\92est la jalousie qui tient ici le premier rôle au long d\92une intrigue très linéaire, la jalousie qui naît (acte I), ronge (acte II) et culmine dans la folie (acte III). Au retour de ses douze travaux, Hercules ramène en effet parmi ses captifs une princesse « à la beauté fatale », Iole, dont son épouse, Déjanira, soupçonne qu\92elle est son amante ; il faudra la mort du héros pour que, sombrant dans la folie, elle se rende compte de son erreur.

Figure centrale de l\92opéra, le rôle de Déjanira nécessite des moyens vocaux et un investissement dramatique à la mesure des grandes héroïnes lyriques (Traviata, Isolde, Elektra \85), pour notre plus grande satisfaction et la réussite de cette production (créée à Aix cet été), Joyce DiDonato se révèle parfaitement à la hauteur. Très convaincante dans les circonvolutions de l\92écriture baroque, captivante dans la tragédie du doute affreux qui la ronge, la mezzo américaine signe ici une performance remarquable, on ne souhaite que la voir plus souvent à Paris ! Drame resserré sur six personnages, les autres rôles sont également parfaitement tenus, des deux séduisantes suédoises Ingela Bohlin (soprano, Iole) et Malena Ernman (mezzo, Lichas) à l\92anglais Simon Kirkbridge (baryton-basse, Prêtre de Jupiter), qui tous les trois font leurs débuts à l\92Opéra de Paris ; et l\92on retrouve avec plaisir les deux anglais William Shimell (baryton, Hercules) et Toby Spence (ténor, Hyllus).

Se maintenant décidément au sommet des chefs baroques, William Christie montre la part d\92ombre que recèle cette partition et sait épouser les tourments de l\92âme de l\92héroïne, sa direction à la fois franche et subtile fait merveille pour nous plonger au c\9Cur du drame et ne ménage aucun temps mort (même si, plus anecdotiquement, un entracte entre les deux premiers actes aurait été le bienvenu pour éviter deux heures et quart d\92affilée, la résistance des mélomanes a ses limites !).

A la régie, Luc Bondy conduit, comme on l\92apprécie chez lui, un théâtre limpide et subtil, évoquant sans jamais les exagérer les sentiments qui traversent les personnages et offrant des scènes de groupes où chaque personnage semble individualisé, ce qui dénote, il faut le signaler, un talent rare. Pourquoi alors avoir choisi un décor (de Richard Peduzzi) si laid (les murs gris d\92un bunker), des costumes quelconques, des lumières constamment faiblardes comme s\92il fallait mettre ce drame sous l\92étouffoir ? Quoi qu\92il en soit, pour Joyce DiDonato, pour William Christie, il ne faut pas manquer cet Hercules qui restera une expérience lyrique inoubliable."

"Bienvenu dans le palais bunker d\92Hercules, Peduzzi a pensé un décor de brute pour une brute : William Shimel excelle dans la psychologie de petit pois du héros. N\92empêche, durant trois heures de spectacle, ce mur de béton ennuie profondément, et ce n\92est pas la mise en scène sommaire de Luc Bondy qui réveillera l\92auditeur, ni la direction sans caractère, mais amène, confortable, au mieux jolie, de William Christie. Tout cela vous a musicalement un petit air régence qui n\92a strictement rien à voir avec la puissance du drame hændélien.

Quoi ? Après Gardiner, après Minkowski, diriger un tel chef d\92\9Cuvre comme l\92on ouvre un robinet d\92eau tiède ? Et laisser ses chanteurs nus, sans soutien, livrés à leur seul génie ? Il est vrai que depuis sa miraculeuse Theodora (oui, mais Sellars était là, ceci explique peut-être cela) Christie s\92est depuis beaucoup cherché dans Haendel sans jamais se trouver. Le craquant Toby Spence a, depuis Aix, raffiné son Hyllus, même si la vocalise est toujours indurée : on lui doit bien des moments d\92émotion du spectacle. Iole est sous distribuée à une Ingela Bohlin anecdotique même si son air du III, aux pianissimos diaprés, fut touchant.

La tessiture de Lichas est trop basse pour Malena Ernman et sa projection s\92en trouve raccourcie. C\92est à elle que revient l\92honneur de sortir d\92un fût de dioxine façon Seveso, à l\92aide de deux bâtons, la Tunique de Nessus, idée ridicule mais qui ne fait pas rire. Reste la Dejanire géniale de Joyce DiDonato, comédienne inspirée, chanteuse impeccable, dont le registre expressif déclinait tous les états de la jalousie. Pour l\92anecdote, son air du II, au plus doux de son pianissimo fut pollué par la sonnerie d\92un téléphone portable qui entonna l\92ouverture de Carmen, ce qui valu à sa propriétaire les ires publiques de William Christie."

 

 

 

 

"Voici un spectacle réussi de bout en bout, qui convient en outre très bien à l'atmosphère d'Aix. William Christie et les Arts Florissants sont en forme, Haendel semble décidément mieux leur convenir que la tragédie lyrique française. Luc Bondy nous offre une excellente direction d'acteurs, mise à nu dans les décors minimalistes de Richard Peduzzi et les costumes quotidiens de Rudy Sabounghi. Le plateau vocal est enfin excellent ! Le rideau est un voile de soie bleue. Quand il tombe apparaissent quelques morceaux de statue, deux ou trois chaises et un vieux fût, qui vont constituer, déplacés de ci de là, les uniques éléments de décor de la soirée. C'est dire que tout le spectacle reposera sur le jeu et le chant ! Les lumières de Dominique Bruguière sont également magnifiques, et la composition des tableaux humains, l'équilibre des volumes et les perspectives sont essentielles à la réussite de cette production. Ce n'est qu'à la fin que la statue réapparaîtra brièvement entière et debout. Hercule lui-même en est bien sûr le sujet.

Le choeur est un protagoniste important. Habillé lui aussi de vêtements modernes quelconques et colorés, il reste souvent sur scène après ses interventions et observe la suite des événements, auxquels il réagit avec une bonne combinaison d'individualité et d'ensemble. Les parties chorales sont très intéressantes, ce qui renforce encore l'impression, donnée par la langue anglaise, que l'on assiste à un oratorio plutôt qu'à un opera seria. Un magnifique choeur sur la jalousie au deuxième acte et un autre de déploration au troisième ont une belle valeur intrinsèque.

Joyce DiDonato et Malena Ernman sont toutes deux excellentes tout en ayant des couleurs vocales suffisamment différenciées. Camilla Tilling, qui arrive en robe noirâtre sous un imperméable kaki, chante très bien. Heureusement, car Haendel lui offre toute une palette d'airs traduisant successivement les principaux affects. L'Hercule de William Shimell est très bien sonnant. Toby Spence est encore en progrès. Sa voix est de plus en plus corsée et solide. Luc Bondy le fait souvent rester sur scène à épier Iole et Hercule, ce qui lui permet de manifester sa grande expressivité et ses talents d'acteur. Luc Bondy rend aussi Hercule beaucoup plus entreprenant auprès de Iole que ne le dit le texte. De manière générale, il s'attache à amplifier et donner à voir toutes les interactions entre les personnages, sans doute pour éviter l'aspect "chapelet de saucisses" que peut prendre la succession d'airs d'un opera seria.

L'oeuvre est truffée de beaux airs, comme au premier acte "My father" de Déjanire, au deuxième un joli air relativement gai de Iole puis un bel air vocalisant de jalousie et enfin le bel air de Déjanire "Cease, sovereign", dont le récit est accompagné de manière très expressive et dissonnante. Cette fin de second acte met en valeur Déjanire, mais Iole échange aussi de belles répliques en duo avec elle. Le troisième acte est ouvert par une superbe partie de violon solo de Patrick Cohën-Akenine. Cet acte s'impose avec une force dramatique jusque là absente, surtout du premier. Joyce DiDonato y chante et joue très bien une belle scène de folie."

"Il faut se rendre à l'évidence, le prestigieux tandem de l'édition aixoise 2004, William Christie et Luc Bondy, semble s'être égaré dans le dédale héroïco-passionnel d'Hercules. Frustrante, la production attendue et pleine de promesses du splendide musical drama en trois actes déconcerte par son étrange vacuité émotionnelle. On ne sait, dans ce spectacle lénifiant, ce qui est le plus regrettable : une direction musicale raffinée mais trop décorative, des chanteurs inégaux doublés d'un choeur placide, une mise en scène cérébrale et fort peu dramatique, un décor aussi statique que glaçant, des lumières abruptes, des cos-tumes " tendance " ? Une chose est sûre, l'occulte alchimie élaborée par les maîtres d'oeuvre de ce mélo chic et choc n'est pas de celles qui attisent la flamme du péplum haendélien.

Dès le lever de rideau, la funeste vision du palais royal de Trachis (une sorte de bunker minimaliste pour héros branchés en déroute), envahi par les fragments d'un colosse terrassé avant l'heure, ôte très vite tout espoir quant à une véritable recherche esthétique. Loin d'être gouvernés par l'imaginaire, les efforts déployés par Richard Peduzzi (décors), Rudy Sabounghi (costumes) et Dominique Bruguière (lumières) pour fournir aux mythiques protagonistes un espace à la hauteur de leurs affrontements s'avèrent infructueux. Les éclairages unidirectionnels, les tenues streetwear et le stylisme pseudo-moderniste de l'oppressant dispositif scénique constituent déjà un obstacle majeur. Ainsi emmurée, la mise en scène de Luc Bondy pouvait-elle trouver le ton adéquat et venir à bout du récit sanglant montré, et voulu commé une tragédie contemporaine, avec ses victimes, ses rescapés et naturellement ses spectateurs ? On est très vite stupéfait par l'absence de vie, de filiation entre les personnages chacun parle dans sa bulle et reste hermétique à l'intrigue. Il faut croire que la volonté de rendre plus palpables les sentiments dévastateurs (l'amour, la jalousie, la haine...) qui saturent cet opéra habilement travesti en oratorio, ont fait perdre de vue àBondy la franchise, la motricité (malgré les ralentissements induits par les problématiques da capo) et le pathétisme naturels d'une oeuvre qui ne réclame en rien les justifications psychologiques, philosophiques ou littéraires dont nous abreuve le programme de salle. Entre la tragédie antique, le soap opera et le théâtre, il faut savoir faire un choix !

Par ailleurs, la production semble avoir sous-estimé l'insondable pouvoir de la musique qui, d'elle-même, parle et suggère. Si la partition est portée à un degré convenable par William Christie et ses forces instrumentales, elle n'atteint cependant pas la puissance descriptive qu'elle porte intrinsèquement. Avec son sens aigu du détail, son goût marqué pour une ornementation subtile, le chef escamote les ruptures de climats qui font la beauté d'une partition entre toutes audacieuse. L'orchestre répond avec élégance, mais jamais n'électrise. Ouant au choeur, fluide et léger comme un vol d'hirondelles, son implication, aérienne dans les passages extatiques, s'évapore face aux invectives du puissant "Jealousy ! Infernal pest ".

Reste un plateau vocal mitigé : la soprano suédoise Camilla Tilling [laie), malgré son joli et très frais brin de voix, ne trouble vraiment que dans son deuxième air " How blest the maid ordained to dwell" et, si le jeune et séduisant Toby Spence (Hyllus) dispense quelques beaux sons dans " Where congealed the northern streams ", Malena Ernman (Lichas) est pour sa part bien trop souvent dépassée par la tessiture de son rôle. William Shimell (Hercules), demi-dieu physiquement crédible, est à l'aise dans son treillis et ses rangers, mais son excellent numéro de comédien dissimule mal sa difficulté à chanter pour de vrai les terrifiantes vocalises du recitativa accampagnata "O Jove ! what land is this, what clime accurst ". Seule Joyce Di Donato (Dejanira) mérite vraiment un coup de chapeau. Son talent, ici pourtant presque sous-exploité, éclate littéralement. Présence féline, suavité du timbre, projection bien maîtrisée, vocalisation téméraire, la mezzo américaine s'empare de son personnage complexe avec une aisance qui creuse un peu plus le fossé entre elle et le reste de la distribution. Sa scène de folie " Where shall I fly ? " n'est certes pas sans accrocs (de légers décalages avec l'orchestre, une ligne de chant pas constamment pleine), mais lorsqu'on voit avec quelle énergie elle sombre dans la démence, on se prend à rêver de ce que cette voix impétueuse pourrait déclencher sous d'autres latitudes baroques ! Assurément l'unique satisfaction de la soirée."

"Cette femme enroulée dans un rideau flot. tant est de toutes les époques. L'épouse du guerrier attend son héros, avide de lui procurer ce fameux repos où les frustrations s'éteignent et la vie se renouvelle, situation de toujours que Luc Bondy place sous le signe d'une fascinante intemporalité. Les costumes de Rudy Sabounghi sont de 2004, la statue démembrée d'Hercule, de l'Antiquité. Les modernes que nous sommes auraient ici tort de reprocher au metteur en scène ces allers et retours, la guerre ayant par trop repris le pouvoir sur notre imaginaire depuis l'invasion d'un certain pays au sable chaud. Le sable est justement la base de l'austère décor de Richard Peduzzi. Les restes du colosse s'y enfoncent et feront tout le mobilier d'un espace oppressant, avec un vieux bidon (de pétrole) et une chaise. Ces débris d'une éternité teintée d'aujourd'hui font signe sans nous agresser. C'est la qualité de ce spectacle où Hercule, en treillis sanglant tel un GI rentrant d'Irak, ramène une Iole portant entre ses bras l'urne des cendres de son père, comme il était d'usage à Rame il y a deux mille ans. Le choeur parfait des Arts Florissants est tantôt compatissant, tantôt d'un vipérin à glacer l'âme dans le tube "Jealousy ! ". Les choristes fascinent par leurs déplacements félins comme par leur hiératisme de coryphées aux chemises façon Celio que transfigurent les éclairages de Dominique Bruguière, magicienne des projecteurs qui a si bien habillé La Guerre et la Paix de Prokoviev repris cette saison à Paris. Mais c'est le travail effectué par Bondy avec les solistes qui estomaque, surtout dans une partition non dépourvue de baisses d'intensité, faiblesse pourtant rarissime chez Haendel. Qu'il s'agisse des piteuses scènes de séduction du héros musculeux ou de la rancoeur grandissante entre Iole et madame Hercule, montrée en une acide séance de manucure, l'attention est sans cesse relancée par l'humanité injectée dans le mythe. Ouant à Déjanire, qui mériterait de donner son vrai titre à l'oeuvre, elle est hantée par Joyce Di Donato. Passant de l'épouse sûre de ses charmes à la généreuse piquée, puis à la délirante parcourue de tics dignes de Charcot, sa fulgurante métamorphose est un moment de vérité (ou de théâtre?) d'une intensité rare sur une scène lyrique.

La qualité des chanteurs s'avère au moins égale à leur jeu d'acteurs. William Shimell (Hercule), sorte de Jean Reno pleutre, interprète avec ce qu'il faut d'antipathie son rôle de macho stupide. Toby Spence, aussi à l'aise dans Strauss que dans Rameau, a le profil du jeune premier tenace donnant un corps et un ténor lumineux au pâlichon Hyllus. Si le rôle de Lichas, interprété par l'alto Malena Ernman, a pu déranger par l'âpreté de son timbre, son choix était adéquat pour un personnage vu ici comme un manipulateur ambigu se brûlant à ses intrigues. Ouant à la Iole de Camilla Tilling, son émission tendre et flûtée séduisit tout autant que la subtilité de sa prestation. Elle aura offert, dans cet Hercules dépouillé et percutant, d'assister à la naissance d'une artiste prometteuse. La seule réserve concerne l'orchestre. Si la qualité des Arts Flo de William Christie n'est pas ici en cause, la fosse démesurément large de l'Archevêché posa des problèmes de synchronisation aux cordes et dilua les harmoniques des vents."

"Le défi pour Luc Bondy était de taille : rendre justice à cet opéra qui n'en est pas un (il fut créé en concert), donner vie à des personnages d'oratorio, passer outre les conventions musicales du da capo sans mutiler la musique. L'effort est admirable, et le résultat presque autant. Mais pas totalement convaincant. On ne peut que remarquer, par moments, la justesse d'une direction d'acteurs qui veut tirer le maximum de cette histoire longuette d'amour et de folie, avec tact et sobriété. Mais dire que l'émotion nous emporte, ce serait aller un peu loin, malgré quelques beaux tableaux, surtout dans l'acte III, le dernier. Les Arts florissants de William Christie n'étaient pas dans un bon soir lors de la première, et les chanteurs un peu appliqués. Camilla Tilling, formidable Iole, a dû, avec le temps, trouver en Joyce Di Donato une partenaire mieux qu'attentive dans l'écrasant rôle de Déjanire."

"C'était la plus excitante distribution du festival. C'était le retour aixois de Luc Bondy après le triomphal Tour d'écrou. C'était l'occasion, si rare encore, de voir un ouvrage baroque auquel on a donné des moyens dignes d'un opéra romantique (le spectacle arrive à Garnier en décembre). Et ce fut un pensum. A une heure du matin, quand le rideau tombait, rien ou presque n'avait accroché l'oeil ni l'oreille. Un savoir-vivre que les plus vertueux ont encensé, sublimant l'ennui comme un mal nécessaire, qui préserve le théâtre baroque du désordre et du mauvais goût. Soit. Restent alors deux petits problèmes : ie livret d'Hercules, et la partition. Exposer aux feux de la rampe le" drame musical " (oratorio profane) inventé par Haendel pour sémanciper de la scène, c'est rendre inutile son travail et souvent maladroites ses trouvailles. Si la mort d'Hercule, la folie de Déjanire, l'importance du choeur (absent des opéras italiens à l'époque) tendent la main au metteur en scène, la lenteur des deux premiers actes la retire; le drame véritable, celui qu'un librettiste aurait pu mettre en vers pour investir l'espace, ne commence qu'au III. Et encore... quand sous nos yeux meurt Hercule, un messager vient de décrire ses derniers instants ; chronologie proprement tragique, et qui appelait donc son propre théâtre, non une banale "représentation ".

Pour tenter l'impossible, Bondy invoque Sophocle (malgré les profondes divergences entre Les Trachiniennes et le texte de Broughton analysées par Jacqueline de Romilly dans l'éclairant numéro de l'Avant-Scène Opéra), greffe une psychologie pesante au simple messager Lichas (Malena Ernman, attachante malgré une tessiture trop grave et un numéro hystérique), accessoirise les airs (Lichas jongle pour occuper ses mains, Hyllus déploie une carte, le choeur équipe son sac à dos, Déjanire lime les ongles de sa rivale, et reste sur scène après la "folie ", victime de spasmes nerveux...), fait offrir par Hercules un bijou à Iole, sa noble captive. Curieuse licence : la jalousie, quand elle s'oppose au coupable démon de midi de l'époux, menace la ménagère-de-moins-de-cinquante-ans ; celle de Déjanire, qui ne se nourrit que d'elle-même et de ses fantasmes, est universelle. D'universel, nous aurons vu néanmoins la souffrance charnelle d'Hercule (le plus beau moment de la soirée), le dépouillement générique du décor (sable, murs en béton, bidon, statue démantelée) et les costumes, façon GAP. Seul William Shimell ne s'égare pas entre la sensibilité de la scène et celle de la fosse. Hercule magnétique, d'un seul bloc, force de la nature presque méprisable, c'est l'anti-héros voulu par Haendel à l'âge de l'honnête homme."

"Hercule n'est pas au bout de ses travaux. Non content, entre autres exploits, d'avoir dépecé le lion de Némée, décapité l'hydre de Lerne, récuré les écuries d'Augias, muselé Cerbère tout en croquant les pommes d'or du verger des Hespérides, le voici vocalisant tout son soûl dans l'un des drames musicaux de Haendel les plus puissants et les mieux construits. Cette consécration lyrique, le fils de Jupiter et d'une mortelle, Alcmène - que le roi des dieux avait abusée et séduite en prenant l'aspect de son mari, Amphitryon -, la mérite bien. Mais l'opéra du cher Saxon n'est pas moins digne de la résurrection estivale inscrite au programme du festival d'Aix-en-Provence. Bâti en quelques semaines par un compositeur sexagénaire au summum de sa maîtrise, Hercules est en effet l'un des trois fleurons écrits lors de cette année 1744 si fertile, avec Semele et Belshazzar. Quant au tandem artistique choisi par Stéphane Lissner pour inaugurer cette 56e édition du festival, dans la cour de l'Archevêché, il répète roue dans la roue. « William Christie appartient à cette lignée de chefs trop rares qui suivent attentivement les initiatives du metteur en scène et les soutiennent à fond », se félicite Luc Bondy. Ce dernier, actuel patron des Wiener Festwochen en Autriche - et ancien codirecteur de la Schaubühne de Berlin au côté de Peter Stein -, ne s'intéresse pas par hasard à l'opéra de Haendel. Il n'en est d'ailleurs pas à sa première mise en scène lyrique : un envoûtant et morbide Cosi fan tutte, de Mozart, puis, toujours à la Monnaie de Bruxelles, La Ronde, de Philippe Boesmans, d'après l'oeuvre d'Arthur Schnitzler, ou, plus récemment à Aix-en-Provence, le si troublant Tour d'écrou, de Benjamin Britten, ont établi solidement son renom. Luc Bondy a abordé l'opéra de Haendel par la tragédie de Sophocle "Les Trachiniennes", dont il a monté au printemps dernier une adaptation en anglais, à Londres. Reprise par Sénèque ("Hercule sur l'OEta"), variée par Ovide au livre IX de ses "Métamorphoses", cette pièce très noire est à l'origine du livret que le Britannique Thomas Broughton a rimé pour le musicien. Hercule retrouve son épouse légitime, Déjanire, au retour d'une longue guerre meurtrière en OEchalie, dont il ramène aussi, comme butin, une jeune et belle captive, la princesse Iole.

Dans la tragédie de Sénèque, Hercule a possédé la malheureuse Iole, et la jalousie qui s'empare de Déjanire est des plus fondée. Dans le livret de l'opéra, le polissage des moeurs aidant, Hercule, beaucoup plus vertueux, a respecté sa prisonnière, qu'il destine à son fils, et la jalousie de Déjanire, irrationnelle, n'est alors que pur délire, paranoïa possessive. Le résultat final est cependant identique. Croyant reconquérir son volage époux, Déjanire lui fait enfiler la tunique léguée autrefois par le centaure Nessus. Enduit d'un poison, le vêtement fatidique s'enflamme aussitôt sur Hercule, qui périt.

« Le livret de Broughton, qui évacue le catastrophisme systématique de Sophocle, m'a d'abord déçu, concède Luc Bondy, en regard de l'implacable tragédie grecque, où le bonheur est une idée ancienne et oubliée, la mort toujours imminente, le deuil permanent, où le scandale sexuel plane aux deux bouts de l'intrigue. D'abord dans la tentative de viol de Déjanire par le centaure Nessus, tué par Hercule, et qui lègue en mourant sa tunique à Déjanire. Puis à la fin, dans la volonté d'Hercule, à l'agonie, d'unir sa maîtresse, Iole, à son fils - un inceste par délégation qui répugne à la jeune femme. Un mélange mortel de sang et de sperme contamine tout le drame. »

Mais la musique de Haendel a réconcilié Luc Bondy avec ce drame anglais, à première vue trop chic et pas assez choc. « La musique si subtilement colorée et contrastée de Haendel contredit les affirmations trop catégoriques des personnages. A bien écouter ses plaintes, on se dit que Déjanire n'est pas si folle, ni sa jalousie si absurde. Ce fanfaron d'Hercule est bien capable de tous les passages à l'acte. Déjanire n'est pas une simple version féminine d'Othello. »

La musique de Haendel obéit au même double jeu que la poésie de Jean Cocteau : un mensonge qui dit la vérité. Erreur en deçà des mots, vérité au-delà, dans les notes. La musique trahit les certitudes toutes faites des lèvres pour mieux servir les intermittences secrètes du coeur, les non-dits troublants du désir. Le critique anglais George Bernard Shaw prétendait qu'il était impossible de résister, dans la musique de Haendel, à l'énergie qui la propulse en disant « oui ». Mais la voix la plus persuasive est celle qui murmure en contre-chant : «Peut être ?».

"On pourra dire de la production du «Hercules» de Haendel, créée au Festival d'Aix-en-Provence cet été, qu'elle est intéressante, belle et même forte à plus d'un égard - saluons au passage le visuel de Peduzzi et de son équipe -, mais elle n'est pas juste, et c'est gênant. Autant la mise en espace d'un oratorio, faisant le lien entre les passions contenues dans le texte et les attitudes des solistes, peut apporter de la vie à un concert, autant sa mise en scène est périlleuse. Si, dans le cas d'«Hercules» (1745), hybride entre l'oratorio et le drame musical, le parti méritait d'être tenté, le résultat de la tentative, présenté comme l'événement phare de la saison et déjà vendu aux quatre coins du monde, comporte un singulier dérapage. Celui-ci contribuera peut-être à rappeler au public d'opéra le génie de Haendel, mais il s'agira d'un bénéfice indirect, dû principalement au travail de William Christie et à un casting de rêve.

La mise en scène, elle, aura plaqué son propre délire sur la partition offerte à l'imagination de l'auditeur et saturé ainsi toutes les valences laissées libres par la musique et par le texte. La manoeuvre est d'autant plus contestable que le livret lui-même repose sur une ambiguïté : Iole, la belle captive ramenée par Hercules après qu'il a rasé OEchalie est-elle l'enjeu de sa campagne ou son tribut? La jalousie meurtrière de Déjanire est-elle pure paranoïa ou lucidité d'épouse trompée? Laisser ces questions en suspens, c'est mobiliser l'attention de l'auditeur et permettre à la musique de se frayer son propre chemin. Y répondre - quitte à solliciter abusivement le texte - c'est vouer l'écoute à l'ennui. Or Bondy est formel : Hercules est bien épris d'Iole, à preuve, par exemple : il lui offre des bijoux en cachette et elle rit de se voir si belle en ce miroir... Manie de scénariser les arias da capo faute de faire confiance à la musique.

D'autant que la distribution rassemble six solistes exceptionnels à tous points de vue, musical, vocal et scénique. Joyce DiDonato, totalement engagée, mène Déjanire au coeur de la folie sans jamais perdre son propre contrôle, Camilla Tilling, sa «rivale» est belle, vive et ses aigus sont les plus beaux du monde, Malena Ernman donne une nouvelle fois à un rôle masculin (Lichas) sa verve et son aplomb, William Shimel, allure et voix superbes, campe un Hercules à la fois séducteur et faible, Toby Spence, Hyllus, rayonne de vaillance et de style et Simon Kirkbride, prêtre de Jupiter, a toute l'autorité requise par sa courte intervention. Le choeur, qui occupe dans cette oeuvre une place exceptionnelle, est prodigieux de nuances, d'homogénéité et de couleurs, avec en sommet, le début de l'acte 3, totalement dépouillé et livré à la seule puissance dramatique des voix.

Christie enfin, fait de la musique de Haendel une plongée vertigineuse dans un monde intérieur où sensualité et spiritualité ne font qu'un, portant chaque passage aux bords de l'extase - notamment grâce à la maîtrise de ses musiciens solistes - et assurant aux chanteurs, en contrepartie de tempos toujours extrêmes, le plus sécurisant des soutiens."

"Coproduit par l'Opéra de Paris (où il sera présenté en décembre) et les Wiener Festwochen (dont Luc Bondy est directeur), ce spectacle est le fruit d'une stratégie commune entre Stéphane Lissner et Gérard Mortier (ex-directeur de la Monnaie, puis de Salzbourg, du festival de la Ruhr, et désormais de l'Opéra de Paris), visant un certain idéal du théâtre lyrique défendu également par Bernard Foucroulle à la Monnaie. Dans un décor de béton et de sable abstrait, Dejanire, Lichas, Iole et Hyllus surgissent, en jupe de jean ou treillis vert, et incarnent les enjeux de la passion mortelle au milieu des membra-disjecta d'une statue du colosse. De l'oratorio de Haendel, Bondy fait évidemment théâtre, à mort, pour le bonheur non dissimulé d'une assistance forcément lettrée. Direction d'acteurs économe mais intense, gestion signifiante et fluide des choeurs (en faux canon, alignés face au public, comme un jury ou les élèves d'un cours de théâtre), la manière Bondy est imparable. Choix de tempos contrastés, ductilité de la phrase, homogénéité des coloris, William Christie semble très concentré à la tête des Arts florissants qu'il pilote au gré des décalages de Joyce Di Donato dans les coloratures, et du rubato dangereusement séduisant qu'adopte parfois Camilla Tilling pour clore un intervalle descendant avec style. Car dans ce huis clos de la cruauté amoureuse, les chanteurs se doivent d'être des bêtes de style. Le timbre fruité de Joyce Di Donato s'échauffe, facilitant le passage des registres, jusqu'à oser ces portamentos dans l'émission, et permettre une scène de folie négociée au cordeau. La mezzo Malena Ermann, de couleur et d'articulation plus immédiatement baroques, captive en Lichas malgré des graves fortement sollicités, tandis que Toby Spence compose avec un ténor léger et vaillant en usant avec souplesse du falsetto. Dans le rôle titre, le baryton anglais William Shimmel prend le pari de la caractérisation maximale, au risque de détimbrer. Sa «mort» spectaculaire n'en est que plus marquante. Comme cet Hercules incandescent, dont le choeur aux couleurs tendres et d'une subtile matité invite à «entrer dans la danse» d'une musique qui «met en extase»."

"Le 56ème Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence a levé le voile, mardi soir, sur sa deuxième nouvelle production, "Hercules" de Haendel, opera seria baroque-type avec vocalises échevelées et reprises d'airs que le metteur en scène suisse Luc Bondy fait chanter et jouer dans un habillage contemporain. La première des huit représentations prévues jusqu'au 21 juillet a reçu un accueil chaleureux du public...Dans cet "Hercules", composé sur un livret en anglais et créé à Londres en 1745, le héros de l'Antiquité montré à la fin de sa vie, brûlé par la tunique empoisonnnée de Nessus offerte par sa femme jalouse, Dejanire, apparaît en "battle dress" vert bouteille, tel un soldat de retour d'une guerre bien actuelle. Son fils Hyllus porte un "baggy" et Iole la princesse prisonnière du guerrier dont Dejanire est jalouse, est à la dernière mode actuelle. L'Egyptien Rudy Sabounghi a imaginé ces costumes et le Français Richard Peduzzi a signé, comme décor, l'intérieur d'une sorte de bunker en béton avec un sol recouvert de sable sur lequel une gigantesque statue d'Hercule est disposée, brisée en plusieurs morceaux. Dans cet environnement, Luc Bondy réussit à donner vie à tous les protagonistes et au choeur des Arts florissants, avec une remarquable direction d'acteur. Les chanteurs ne sont jamais figés, ont toujours un geste, au besoin prosaïque, pour accompagner leur chant, les fameux aria da capo et les récitatifs qui les encadrent.

La distribution est homogène, solide et engagée vocalement, avec côté femmes, surtout la mezzo-soprano américaine Joyce Di Donato (Dejanire) et la soprano suédoise Camilla Tilling (Iole) et côté hommes, le baryton anglais William Shimell (Hercules) et le ténor britannique Toby Spence (Hyllus). Dans la fosse, le Franco-Américain William Christie et son ensemble instrumental des Arts florissants ont leur habituel souci de style, mais n'arrivent peut-être pas toujours à rencontrer le souci d'actualisation de la mise en scène."

"A 18 heures a débuté la répétition du Hercules de Haendel, nouvelle production sous la direction de William Christie, mise en scène par Luc Bondy. Ces deux-là n'ont jamais travaillé ensemble, figures mythiques - inconciliables ? - du théÂtre postmoderne et de la révolution baroqueuse. Serait-ce là le treizième travail d'Hercule, que de monter cet opéra qui relate, via Ovide et Sophocle, la fin tragique du héros grec, sa double immolation au feu de Nessus par la jalouse Déjanire, puis sur le bûcher funèbre dressé au mont \8Cta ?

Les lourdes portes du Théâtre de l'Archevêché s'ouvrent sur ce secret, quelque part en Thessalie. William Christie a lancé son continuo à l'assaut d'une marche triomphale. Soldatesque réduite - clavecin, théorbe, violoncelle et contrebasse -, mais vaillante. Hercule est de retour, Hercule vainqueur d'une guerre terrible qui l'a longtemps tenu éloigné de sa femme Déjanire, Hercule debout parmi les siens au milieu des tristes restes de sa statue déjà disloquée sur le sol.

Dans la salle, Luc Bondy grommelle à l'adresse du ch\9Cur : "Il faut s'asseoir normalement, pas comme des robots !" S'asseoir normalement ! Le peut-on, alors que le Grec s'avance dans son imperméable gris et sa tenue légionnaire, qu'il a l'autorité "barytonante" de William Shimell et une faconde de caïd ? Le ch\9Cur a reculé de stupeur. Hercule n'est pas seul. Il ramène avec lui la belle Iole, prisonnière fagotée sous ses vêtements de pluie. Déjanire la Jalouse ne s'y trompe pas, qui s'approche de la jeune femme. Luc Bondy a sauté sur la scène. Il refait le geste prédateur de Joyce di Donato vers le visage de sa rivale, mime la crainte de Camilla Tilling lorsque tombe la capuche révélant sa beauté. On sent qu'une autre guerre s'allume, dont Hercule ne sera pas vainqueur...On refait. Tout le monde a du mal. Longueur et patience. Il faut parfois laisser filer la scène, parfois arrêter avant que ça ne s'inscrive. Parfois parler, parfois se taire. Les chanteurs sont dans leurs rôles neufs, gênés aux entournures.

Pygmalion inlassable, Luc Bondy modèle les positions des corps, des visages, façonne la chair vive : "Essayez d'être à la fois la masse et l'individu."Camilla Tilling a commencé le sublime "My father" de Iole pleurant son père assassiné. Elle "marque" à mi-voix, prend les aigus une octave au-dessous, mais Haendel est le plus fort, dans cette plainte magnifique qui redit l'horreur du meurtre perpétré par Hercule. La jeune fille portant l'urne funéraire a quelque chose de touchant et de vaguement ridicule. Effet garanti dans la fosse : on rigole de ce plat comme déposé sur un barbecue ! Pas de doute, l'avancée se fait à bâtons rompus. La fosse et la scène sont Horaces et Curiaces, Capulet et Montaigu, promises pourtant aux mêmes noces. L'écriture de la scène s'inscrit dans celle de la musique. Deux contenances pour un contenu unique. Bondy et Christie ne se regardent pas encore, se parlent peu. Chacun de s'adresser à ses troupes. Agents de liaison, les chanteurs plaisantent avec l'un, rient avec l'autre. Tension perceptible avant "The god of battle" (Le dieu des batailles) : Hercule se lève toujours trop tard sur l'accord final de son récitatif ! La pause dîner vient à point.

Déjà le ch\9Cur s'est esbigné. Déjanire ramasse prestement la veste tombée d'Hercule. Une heure plus tard, la répétition a repris. Soir tombé, William Christie a jeté un pull sur ses épaules. Tout se fait plus intense. Entre Hercule et Déjanire, l'affrontement est inévitable. Lui et ses gens, elle et ses femmes, un face-à-face à la West Side Story dans la diagonale du plateau. On reprend. On arrête : "On peut refaire le da capo ?" Bondy chantonne en direction de la fosse le début de l'air. Christie répond avec ses musiciens, chante les bois absents du "Alcide's name in latest story" (Le nom d'Alcide dans l'avenir). Des regards passent de la scène à la fosse. On respire plus large. Quelque chose s'est entrouvert. C'est dans cet espace indistinct que se glissera soudain la beauté. Joyce Di Donato vient de chanter sa haine jalouse avec les gestes de l'amour : "Resign thy club" (Abandonne ta massue). Lente brûlure sensuelle, tandis qu'elle déshabille Hercule, préfigurant le brasier de la tunique empoisonnée. Rendue à elle-même, elle s'abat sur le sol, fragment parmi les fragments. Poignant désespoir que celui du "Cease, ruler of the day, to rise" (Cesse, souverain du jour, de te lever). De la femme couchée la beauté s'est levée, immense et fragile. Les bavardages ont cessé. Christie s'est arrimé dans sa fosse, Bondy est sorti du plateau la main sur le front, comme sous une pluie de lumière battante. Il s'est réfugié dans la salle sous le porche de l'ombre. C'est ainsi que le spectacle a commencé à vivre.

La répétition aura continué longtemps. Lichas, le zélé serviteur de Déjanire, aura dansé bras levés, la tunique fatale plantée comme une dépouille sur des bâtons. Effrayante danse d'amour et de mort, par la sauvage Malena Ernman, du "Constant lover's" (Les amoureux constants). Il y aura eu le récit du martyre d'Hercule dans les rets de flammes. Maintenant il fait noir et frais ; nul bûcher ce soir pour Hercule. Demain, il sera temps pour lui de rejoindre les dieux. Ici on vient de gagner une bataille, et tous sont les vainqueurs."

 

 

 

 

 

 

 

 

"La création d'Hercules eut lieu le 5 janvier 1745 à Londres, au King's Theatre, avec la fameuse basse Reinhold dans le rôle-titre et la mezzo-soprano Robinson dans celui de l'hystérique Dejanira. C'est cette dernière qui en réalité, tient les clés de l'intrigue, et son immense complexité psychologique exige une caractérisation sans faille. De fait, il s'agit d'un rôle en or, pour preuve le célèbre récitatif-air " Where shall I fly " de l'Acte III qui est le cheval de bataille de bien des grandes mezzo-sopranos de notre siècle.

Encore bouleversé par la magnifique réussite d'un Ariodante dans le même théâtre de Poissy, on attendait avec impatience Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre. Selon l'adage " On ne change pas une équipe qui gagne ", DGG, qui avait posé ses micros ce soir-là, avait convoqué plusieurs des triomphateurs d'Ariodante : Anne Sofie von Otter en Dejanira, Lynne Dawson en Iole et Richard Croft en Hylas. La présence du contre-ténor David Daniels, déjà haendélien confirmé, dans le rôle de Lichas relevait encore l'intérêt de cette affiche prestigieuse. Fidèles à leur réputation, les Musiciens du Louvre se montrent d'une superbe précision dans les attaques et les nuances, somptueux de couleurs et de plénitude sonore, capables des plus impalpables pianissimi puis des plus foudroyants forte. À l'unisson, le ch\9Cur en nette progression possède enfin une réelle homogénéité, et sait lui aussi déployer une vaste palette de nuances et de couleurs. La direction de Marc Minkowski est toujours aussi enthousiasmante, même si l'on eût parfois souhaité plus de spontanéité dans l'utilisation des ressources dynamiques de ses fabuleux instrumentistes ; cependant l'énergie, le dramatisme et son amour évident pour Haendel emportent toutes les réserves. Lynne Dawson, en difficulté dans le premier acte, rachète certaines approximations dans la justesse et dans les attaques, par un timbre frémissant, une ligne de chant très noble et une expression poignante. David Daniels fait valoir un timbre d'une rondeur rare et une attention louable dans le phrasé ; il lui manque cependant une réelle aisance dans les vocalises. En revanche, on est stupéfié par les progrès de Richard Croft. Discutable dans Ariodante, il s'impose -passé quelques raideurs dans le premier acte- par un phrasé exemplaire, une palette dynamique riche et parfaitement maîtrisé et un souverain contrôle technique. Tour à tour véhément et tendre, il est l'auteur des plus grands bonheurs de la soirée, tant sur le plan vocal que théâtral, Oublions le pauvre Gidon Saks, totalement assommé par un sévère refroidissement ; cela dit, on se demande comment une voix aussi lourde, quoiqu'assez belle, aussi vériste, à l'émission aussi engorgée, pourrait rendre justice aux récitatifs haendéliens ; sans parler des périlleuses vocalises de l'acte III.

Reste la grande Anne Sofie Von Otter. Après son inoubliable Ariodante, Dejanira semblait a priori l'emploi parfait pour une chanteuse qui a marqué chacun de ses rôles par sa pénétration psychologique et son amour des mots, relayés par des ressources vocales semblant quasi infinies. La diseuse est au rendez-vous, faisant un sort à chaque mot, à chaque note ; la perfection technique est éblouissante. Mais à force de casser sa ligne mélodique pour traduire la folie du personnage, de donner priorité, sans aucun relâchement, à la variété des accents, Von Otter en oublie que la musique de Haendel est avant tout directe. Cela passe par la qualité d'un timbre (ici, le souci d'expressivité lui fait sacrifier les couleurs cuivrées de sa voix) et surtout par les grandes courbes mélodiques qui faisaient se pâmer ou pleurer les spectateurs de l'époque. Dejanira est un monstre d'égoïsme et de jalousie, elle manipule, maudit et finalement tue, mais première victime de sa paranoïa, elle souffre également : où est donc la femme amoureuse d'un homme qu'elle croit infidèle ? Von Otter passe à côté de cette souffrance, de même qu'elle escamote totalement la véhémence et la folie d'un " Where shall I fly " ? qui devrait traduire le paroxysme de la folie de Dejanira. Un peu plus de simplicité, d'abandon, et l'on eût tenu là une Dejanira inégalable. Mais il est vrai que ce soir-là, Von Otter chantait pour le micro : peut-être saura-t-il révéler une tout autre Dejanira." (Altamusica - Hercules volé par un micro - 14 avril 2000)

 

 

Hercules

 "Alita Baldi a évité le piègte du statisme, et sa mise en scène réserve quelques beaux moments de théâtre...Jean-Claude Malgoire dirige avec des tempos équilibrés, une belle clarté des textures, une juste appréciation des moments dramatiques, en confiant le continuo à l'archiluth, au violoncelle et au clavecin. Le plateau réunit des interprètes bien choisis, à commencer par Claire Brua dont le mezzo connaît dans Déjanire des moments impressionnants. Chris de Moor apporte à Hercule une authentique voix de basse...Sophie Marin-Degor assume avec les honneurs la tessiture aérienne et pure de Iole. Dans Lichas, le contre-ténor Jean Nirouët fait grosse impression."

 

 

 

 

 

 "Une réussite due à une équipe toute entière : à Malgoire évidemment, principal artisan de cette résurrection, mais aussi à au quintette d'artistes qui composaient la distribution." (Opéra International - juin 1985)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franco Corelli en Hercules 

 

 

 

 

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