Opéra
(HWV 23) sur un livret de Paoli Antonio Rolli, d'après
Isacio tiranno, de Francesco Briani, mis en musique par Antonio
Lotti (1710), achevé le 16 mai 1727, représenté
à Londres le 11 novembre 1727, à la Royal Academy of
Music, avec une distribution réunissant Francesco Bernardi dit
Il Senesino, alto castrato (Riccardo), Francesca Cuzzoni,
soprano (Costanza), Giovanni Battista Palmerini, basse (Berardo),
Giuseppe Maria Boschi, basse (Isacio), Faustina Bordoni, soprano
(Pulcheria), Antonio Baldi, alto castrato (Oronte).
Le public ne suivit pas, et il
n'y eut que onze représentations.
Haendel avait
hérité de la direction artitique de la Royal Academy,
après la fin scandaleuse de la saison
précédente, le 6 juin, pour cause de dispute entre la
Cuzzoni et la Bordoni. Entre-temps, le roi Georges Ier était
mort sur la route du retour à Hanovre, et avait
été remplacé par son fils, le prince de Galles,
devenu Georges II.
L'Académie royale
était exsangue, et le dernier appel de fonds, le 23
décembre 1727, ne donna aucun résultat.
L'oeuvre fut reprise et
arrangée par Georg Philip Telemann pour être
représentée à Hambourg en 1729 sous le titre
Der mißlungene Brautwechsel
oder Richardus I., König von England.
L'opéra raconte la conquête de Chypre
par Richard Coeur de Lion, au temps des croisades. Le livret est
d'une rebutante idiotie. Les deux premiers actes se traînent,
les personnages ne prennent vie qu'en de rares occasions (Diapason -
octobre 1996)
"Il ne reste que peu d'opéras de Haendel
à découvrir au disque, mais Riccardo Primo fait partie
du nombre, et l'on se demande pourquoi tant de temps s'est
écoulé avant d'avoir accès à ce
chef-d'oeuvre. Sa création, en 1727, a
précédé de peu la fermeture de la
première Academy haendélienne d'opéra, et s'est
déroulée dans un climat empoisonné par les
rivalités entre les deux divas Cuzzoni et Bordoni. Mais tout
de même : onze représentations initiales, des reprises
en Allemagne l'année suivante, les commentaires plus
qu'élogieux de Burney (qui classait l'ouverture parmi les plus
originales du compositeur, et distinguait au troisième acte
trois airs parmi les plus beaux jamais portés à la
scène) auraient dû depuis longtemps attirer l'attention
sur Riccardo. L'action est, certes, construite de façon
bancale et paraît quasiment dénouée à la
fin de l'acte II après avoir été tnenée
tambour battant. Un acte supplémentaire ne parvient à
la relancer que sous la forme d'une excroissance dramatique,
déséquilibre auquel Haendel semble avoir voulu opposer,
comme par compensation, la hauteur d'inspiration musicale,
fût-elle décorative (air de Costanza :"Il volo cosi
fido").
Des caractères forts et cohérents
dominent le drame: le public londonien pouvait à bon droit se
passionner pour les aventures de Richard-Coeur de Lion par
patriotisme, il n'empêche que c'est autour des méandres
de la "question chypriote" en.. 1191 que se situe l'action, opposant
un tyran sans scrupules, Isaac Comnène, aux troupes anglaises
et jusqu'à sa propre lignée (la vigoureuse Pulcheria),
cependant que deux intrigues anmoureuses aux ressorts
entièrement distincts apportent un premier plan de vestibule
à ce décor de batailles. Haendel y pare les
caractères les plus convenus du genre seria d'une grande
finesse psychologique, au point que l'avancée de l'action
n'apparaît identique pour aucun des protagonistes : le fat
Oronte y acccède à la noblesse, et c'est avec le
langage de la grandeur qu'Isacio apparaît le plus sinistre."
(Le Monde de la Musique - novembre 1996)
Représentations :
Théâtre des
Champs Élysées - 17
février 2007 - Genève - Grand
Théâtre - 9 mars
2007 - Halle -
Georg-Friedrich-Händel-Halle
- 2 juin 2007 - Kammerorchester Basel - version de concert - dir.
Paul Goodwin - avec Lawrence Zazzo (Riccardo Primo), Geraldine
McGreevy (Pulcheria), Nuria Rial (Costanza), Tim Mead (Oronte),
Curtis Streetman (Berardo), David Wilson-Johnson (Isacio) - d'après la nouvelle
Edition der Hallischen
Händel-Ausgabe
Altamusica -
17 février 2007 - La deuxième vie de
Riccardo
"Il aura donc fallu attendre
dix ans pour que Riccardo Primo, rè d’Inghilterra revoie le
jour après les exhumations sans lendemain de Christophe
Rousset, au concert et au disque, et de Nicholas McGegan, à la
scène. Composé sur un livret médiocrement
adapté d’Isacio Tiranno de Francesco Briani par Paolo Antonio
Rolli, poète de talent, mais librettiste de mauvaise
volonté, multipliant les situations incongrues, parfois
même risibles, enchaînées avec une clarté
toute relative, cet opéra fut surtout, à l’instar
d’Alessandro, Admeto, Siroe et Tolomeo, le terrain de la
rivalité entre Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, dont il
suffira de dire qu’elles en étaient venues aux mains lors de
la création d’Astianatte de Bononcini, le 6 juin 1727, pour en
mesurer l’ampleur.
Principale cause de la
faillite de la Royal Academy of Music à l’issue de la saison
de 1728, cette rivalité n’en fut pas moins attisée par
Haendel lui-même, qui s’appliquait à donner
successivement le beau rôle à l’une ou l’autre prima
donna. Dans Riccardo Primo, il échut à Francesca
Cuzzoni, à travers la figure aimante et malmenée de
Costanza, dont le compositeur soigna tout particulièrement les
airs, d’une tonalité plaintive et délicate propre
à exalter les qualités de la diva, la Bordoni se voyant
cantonner dans le registre vigoureux de Pulcheria, certes flatteur
pour sa vocalité agile et plus corsée.
Quant au castrat Senesino, il
dut se contenter d’un portrait de monarque générique,
à la vocalise mécanique, mais suffisamment brillante
pour rendre justice à son héroïsme vocal,
glorifiant l’avènement de George II, couronné le 11
octobre 1727 au son des Anthems composés par Haendel, un mois
avant la première de l’opéra, d’ailleurs remanié
pour la circonstance.
De même que dans Lotario
en juin 2005, Paul Goodwin, décidément l’avocat des
causes difficiles, a confié le rôle-titre à
Lawrence Zazzo. Malgré une émission de plus en plus
hétérogène, entachée de passages de
registres particulièrement abrupts, et une intonation
fragilisée, le contre-ténor demeure l’un des
interprètes les plus convaincants des primi uomoni
haendéliens grâce à la vigueur de la vocalise,
l’intensité de la projection, notamment dans les
récitatifs, et l’ardeur héroïque de l’accent. Voix
et projection plus égales, Tim Mead ne saurait pourtant
prétendre à des rôles moins secondaires
qu’Oronte, fade d’expression comme de timbre.
Dentelle cousue de fils d’or,
la Costanza délicate de timbre et de ligne de Nuria Rial
trouverait sans doute une meilleure assise du son et du souffle, qui
lui permettrait d’aller au bout de ses intentions, si elle ne dansait
tant en chantant. À l’inverse, Geraldine McGreevy, dont la
couleur corsée et la vocalité ample mais agile se
révèlent idéales pour Pulcheria, et plus
largement les emplois de Bordoni, s’épuise à
restreindre son instrument pulpeux et sa palette expressive
jusqu’à la placidité, comme pour ne pas se
démarquer de sa rivale.
Et si l’usure conduit David
Wilson-Johnson à nasaliser, son éloquence et son legato
cauteleux s’accordent parfaitement au tyrannique Isaccio, tandis que
le rôle plus qu’anecdotique de Berardo peut se satisfaire de
l’engorgement grisâtre de Curtis Streetman.
Comme pour pallier les chutes
de tension de la partition, particulièrement handicapée
par un deuxième acte interminable, Paul Goodwin tente de
varier le geste, phrasant tantôt large, tantôt martial,
mais reçoit d’un Kammerorchester Basel peu endurant et aux
bois problématiques une réponse plus mécanique
qu’inspirée.
Reste à savoir si le
beau succès remporté par cette version de concert
permettra à Riccardo Primo, rè d’Inghilterra de
réapparaître avant dix ans."
Opéra Magazine - avril 2007
"Composé en 1727,
Riccardo Primo n’est pas l’opéra le plus
équilibré de son auteur, mais il ne faut pas pour
autant négliger cet hommage à sa patrie d’adoption,
l’Angleterre (le héros en est le roi Richard Coeur de Lion).
C’est cette année-là, en effet, que Georg Friedrich
Haendel obtient ses lettres de naturalisation et devient George
Frideric Handel. La partition est souvent superbe et inventive, et ce
dès l’ouverture, prolongée par une tempête et un
récitatif accompagné.
La direction précise de
Paul Goodwin et l’excellence confirmée de l’orchestre
(Kammerorchester Basel) ne suffisent malheureusement pas à
faire décoller la soirée. Si Nuria Rial est une
Costanza charmante et bien chantante, la voix privée de grave
de Lawrence Zazzo ne saurait convenir dans un rôle écrit
pour le castrat Senesino. Quant à Geraldine McGreevy, qui ne
manque pas de qualités par ailleurs, elle ne peut pas, avec
ses vocalises presque toujours savonnées, rendre justice
à une partie conçue pour Faustina Bordoni, la plus
grande virtuose de la première moitié du XVIIIe
siècle.
Une soirée d’un
intérêt soutenu, mais jamais vraiment passionnante et
rarement émouvante."
"Le 11 novembre 1727,
résonnait dans la fameuse salle du Haymarket, à
Londres, Riccardo primo, rè d’Inghilterra, avec les voix du
castrat Senesino, de Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni. C’est
dire le niveau des solistes, les opéras de Haendel
requérant un panache certain du plateau vocal. Indispensable
pour une grande œuvre, il l’est tout autant pour les opéras
moins réputés, dont celui-ci. Il faut avant tout saluer
Paul Goodwin et le Théâtre des Champs-Elysées,
non seulement d’avoir choisi un opéra de Haendel, mais surtout
un des moins joués.
Le livret de Paolo Antonio
Rolli, tiré de l’Isacio tiranno de Francesco Briani, est
naïf, long et malhabile (on pourra éventuellement
regretter des fautes de traduction et de frappe dans le surtitrage
français), mais la musique transcende le matériau de
départ : la partition regorge de grands airs (parfois
sublimes) et de récits accompagnés comme Haendel en a
le secret. Le titre déplace l’attention initialement
portée au tyran chypriote Isacio, pour mettre en
lumière un roi d’Angleterre dont on chante les louanges d’un
bout à l’autre de la pièce : un « Miroir du prince
» en musique. Véritable panégyrique (plat) de la
valeur royale du pays, l’intrigue commence par une tempête qui
explique la présence sur l’île de Riccardo avec ses
troupes (sans doute sur la route des croisades), et de Costanza, sa
promise qu’il n’a encore jamais vue. C’est l’occasion de mêler
d’une manière caricaturale les ressorts amoureux et
politiques, sentiments purs opposés à la tyrannie et
à l’infidélité dans le camp chypriote. Deux
îles rivales, en somme. Mais le Nord vaincra le
Sud.
Rejetée sur les
côtes, Costanza se lamente de la perte de ce qu’elle n’a encore
jamais eu – un éloge du mariage arrangé, à la
mode Ancien Régime. C’est l’occasion de découvrir le
beau portrait musical d’une amoureuse dévouée, que
Haendel dresse de manière cohérente tout au long de la
pièce. Dans le rôle de Costanza, Nuria Rial rend bien ce
feu intérieur, d’une belle voix facile, mais peut-être
trop homogène et uniforme. Classique de la prudence politique,
Costanza et Riccardo masquent leur identité dans cette terre
étrangère. S’en apercevant, Isacio va tenter de marier
sa fille Pulcheria (alors présentée comme Costanza)
à Riccardo, une péripétie qui retarde
subtilement la scène de première vue des futurs
souverains anglais. Pulcheria est Geraldine McGreevy dont le
tempérament de haendélienne s’affirme de plus en plus
au fur et à mesure des actes : elle rend magnifiquement la
palette d’un personnage qui passe du rôle d’amante trahie et
jalouse (Oronte, son promis, est fascinée par Costanza)
à celui de fille soumise mais torturée, puis
d’alliée héroïque de Costanza. S’il ornemente les
reprises des airs, le contre-ténor Lawrence Zazzo manque
malheureusement de projection et peine à remplir l’espace
(malgré une présence scénique honnête),
sauf dans certaines pointes aiguës et dans tel ou tel arioso,
où l’orchestre lui laisse plus de place. C’est dommage dans un
rôle moins brillant que Giulio Cesare par exemple, que
mériterait sans doute un investissement vocal
conséquent. On rencontre les mêmes problèmes chez
l’autre contre-ténor, Tim Mead assez terne en Oronte (surtout
quand celui-ci guerroie dans la scène 6 de l’acte II), alors
que l’Isacio de David Wilson-Johnson est parfaitement
campé.
L’ensemble laisse donc un
sentiment mitigé. Si les scènes de tempête, de
fureur et de guerre montrent un orchestre aguerri et vraiment
remarquable d’un bout à l’autre, il manque un ‘je ne sais
quoi’ pour que le spectacle devienne plus qu’une très bonne
représentation. Défauts du livret ? Attention
émoussée par une salle à la chaleur
étouffante ? Manque du panache vocal réclamé par
Haendel ? Toujours est-il que malgré ces légères
réserves, on ne peut que se réjouir d’avoir pu
écouter une si belle partition."
Res Musica - Concert ou répétition
payante ? - 9 mars 2008
A couronner ce très
propret concert, le Kammerorchester Basel sous la direction
saccadée de Paul Goodwin ne pouvait faire délirer
personne. Néanmoins, le public a réservé un
accueil chaleureux à l’ensemble des artistes sur le plateau
applaudissant avec plus ou moins d’enthousiasme tel ou tel autre
soliste marquant avec une certaine évidence ses
préférences plus scéniques que musicales.
(article)
Opéra de
Baugé - 25, 27, 29 juillet 2006 - dir. John Andrews -
mise en scène Bernadette Grimmett, Mavis Armitt - avec
Richard Scott (Riccardo), Sophie Bevan (Costanza), Olivia Ray
(Pulcheria), David Sheringham (Oronte), Stephen Kennedy (Isacio),
Ste Jeffery (Berardo)
Festival de
Göttingen - 1996 - dir. Nicholas McGegan - mise en
scène Kate Brown - décors Scott Blake - costumes
Bonnie Krüger - avec Penelope Walker (Riccardo Primo), Lynda
Russell (Constanza), Lorna Anderson (Pulcheria), David Thomas
(Isacio), George Mosley (Berardo), Janet Shell (Oronte)
Magdebourg - 15
mars 1996 - - Telemann Festage Magdeburg - "Der
mißlungene Brautwechsel oder Richardus I., König von
England", version arrangée par G. P. Telemann - en
version de concert - Akademie für Alte Musik Berlin - dir.
Nicholas McGegan - avec - Klaus Mertens (Richardus), Rosemary
Hardy (Bereghera), Kai Wessel (Philippus), Stefan Schreckenberger
(Isacius), Maria Zadory (Formosa), David Cordier (Orontes), Ralf
Popken (Gelasius)
Festival de Beaune -
Basilique Notre-Dame - 22 juillet 1995 - dir.
Christophe Rousset - avec Sara Mingardo (Riccardo), Sandrine Piau
(Costanza), Claire Brua (Pulcheria), Olivier Lallouette (Berardo),
Jérôme Corréas (Isacio), Pascal Bertin
(Oronte)
"La distribution, bien
préparée, fascine plus d'une fois : Claire Brua sait se
montrer virtuose et expressive...Sandrine Piau, malgré une
émission trop dure, chante bien un rôle magnifiquement
pathétique, Pascal Bertin allie musicalité et
élégance dans la diction, et son timbre
séduit...la contralto Sara Mingardo, voix courte mais belle,
s'investit dans le rôle-titre." (Opéra International -
septembre 1995)
Londres - Handel Opera
Society - 1964 - première
reprise