Le compositeur

RICCARDO PRIMO, RE D'INGHILTERRA

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

Paoli Antonio Rolli

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1996
1996
L'Oiseau Lyre
Christophe Rousset
3
italien
2007
Celestial
Paul Goodwin
3
italien
2007
2008
Deutsche Harmonia Mundi
Paul Goodwin
3
italien

 Opéra (HWV 23) sur un livret de Paoli Antonio Rolli, d'après Isacio tiranno, de Francesco Briani, mis en musique par Antonio Lotti (1710), achevé le 16 mai 1727, représenté à Londres le 11 novembre 1727, à la Royal Academy of Music, avec une distribution réunissant Francesco Bernardi dit Il Senesino, alto castrato (Riccardo), Francesca Cuzzoni, soprano (Costanza), Giovanni Battista Palmerini, basse (Berardo), Giuseppe Maria Boschi, basse (Isacio), Faustina Bordoni, soprano (Pulcheria), Antonio Baldi, alto castrato (Oronte).

Le public ne suivit pas, et il n'y eut que onze représentations.

Haendel avait hérité de la direction artitique de la Royal Academy, après la fin scandaleuse de la saison précédente, le 6 juin, pour cause de dispute entre la Cuzzoni et la Bordoni. Entre-temps, le roi Georges Ier était mort sur la route du retour à Hanovre, et avait été remplacé par son fils, le prince de Galles, devenu Georges II.

L'Académie royale était exsangue, et le dernier appel de fonds, le 23 décembre 1727, ne donna aucun résultat.

L'oeuvre fut reprise et arrangée par Georg Philip Telemann pour être représentée à Hambourg en 1729 sous le titre Der mißlungene Brautwechsel oder Richardus I., König von England.

Personnages :   Riccardo Primo (mezzosoprano), Costanza (soprano), Berardo (basse), Isacio (basse), Pulcheria (soprano), Oronte (alto)

 

 L'opéra raconte la conquête de Chypre par Richard Coeur de Lion, au temps des croisades. Le livret est d'une rebutante idiotie. Les deux premiers actes se traînent, les personnages ne prennent vie qu'en de rares occasions (Diapason - octobre 1996)

 

"Il ne reste que peu d'opéras de Haendel à découvrir au disque, mais Riccardo Primo fait partie du nombre, et l'on se demande pourquoi tant de temps s'est écoulé avant d'avoir accès à ce chef-d'oeuvre. Sa création, en 1727, a précédé de peu la fermeture de la première Academy haendélienne d'opéra, et s'est déroulée dans un climat empoisonné par les rivalités entre les deux divas Cuzzoni et Bordoni. Mais tout de même : onze représentations initiales, des reprises en Allemagne l'année suivante, les commentaires plus qu'élogieux de Burney (qui classait l'ouverture parmi les plus originales du compositeur, et distinguait au troisième acte trois airs parmi les plus beaux jamais portés à la scène) auraient dû depuis longtemps attirer l'attention sur Riccardo. L'action est, certes, construite de façon bancale et paraît quasiment dénouée à la fin de l'acte II après avoir été tnenée tambour battant. Un acte supplémentaire ne parvient à la relancer que sous la forme d'une excroissance dramatique, déséquilibre auquel Haendel semble avoir voulu opposer, comme par compensation, la hauteur d'inspiration musicale, fût-elle décorative (air de Costanza :"Il volo cosi fido").

Des caractères forts et cohérents dominent le drame: le public londonien pouvait à bon droit se passionner pour les aventures de Richard-Coeur de Lion par patriotisme, il n'empêche que c'est autour des méandres de la "question chypriote" en.. 1191 que se situe l'action, opposant un tyran sans scrupules, Isaac Comnène, aux troupes anglaises et jusqu'à sa propre lignée (la vigoureuse Pulcheria), cependant que deux intrigues anmoureuses aux ressorts entièrement distincts apportent un premier plan de vestibule à ce décor de batailles. Haendel y pare les caractères les plus convenus du genre seria d'une grande finesse psychologique, au point que l'avancée de l'action n'apparaît identique pour aucun des protagonistes : le fat Oronte y acccède à la noblesse, et c'est avec le langage de la grandeur qu'Isacio apparaît le plus sinistre." (Le Monde de la Musique - novembre 1996)

 

Représentations :

 

 

"Il aura donc fallu attendre dix ans pour que Riccardo Primo, rè d’Inghilterra revoie le jour après les exhumations sans lendemain de Christophe Rousset, au concert et au disque, et de Nicholas McGegan, à la scène. Composé sur un livret médiocrement adapté d’Isacio Tiranno de Francesco Briani par Paolo Antonio Rolli, poète de talent, mais librettiste de mauvaise volonté, multipliant les situations incongrues, parfois même risibles, enchaînées avec une clarté toute relative, cet opéra fut surtout, à l’instar d’Alessandro, Admeto, Siroe et Tolomeo, le terrain de la rivalité entre Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, dont il suffira de dire qu’elles en étaient venues aux mains lors de la création d’Astianatte de Bononcini, le 6 juin 1727, pour en mesurer l’ampleur.

Principale cause de la faillite de la Royal Academy of Music à l’issue de la saison de 1728, cette rivalité n’en fut pas moins attisée par Haendel lui-même, qui s’appliquait à donner successivement le beau rôle à l’une ou l’autre prima donna. Dans Riccardo Primo, il échut à Francesca Cuzzoni, à travers la figure aimante et malmenée de Costanza, dont le compositeur soigna tout particulièrement les airs, d’une tonalité plaintive et délicate propre à exalter les qualités de la diva, la Bordoni se voyant cantonner dans le registre vigoureux de Pulcheria, certes flatteur pour sa vocalité agile et plus corsée.

Quant au castrat Senesino, il dut se contenter d’un portrait de monarque générique, à la vocalise mécanique, mais suffisamment brillante pour rendre justice à son héroïsme vocal, glorifiant l’avènement de George II, couronné le 11 octobre 1727 au son des Anthems composés par Haendel, un mois avant la première de l’opéra, d’ailleurs remanié pour la circonstance.

De même que dans Lotario en juin 2005, Paul Goodwin, décidément l’avocat des causes difficiles, a confié le rôle-titre à Lawrence Zazzo. Malgré une émission de plus en plus hétérogène, entachée de passages de registres particulièrement abrupts, et une intonation fragilisée, le contre-ténor demeure l’un des interprètes les plus convaincants des primi uomoni haendéliens grâce à la vigueur de la vocalise, l’intensité de la projection, notamment dans les récitatifs, et l’ardeur héroïque de l’accent. Voix et projection plus égales, Tim Mead ne saurait pourtant prétendre à des rôles moins secondaires qu’Oronte, fade d’expression comme de timbre.

Dentelle cousue de fils d’or, la Costanza délicate de timbre et de ligne de Nuria Rial trouverait sans doute une meilleure assise du son et du souffle, qui lui permettrait d’aller au bout de ses intentions, si elle ne dansait tant en chantant. À l’inverse, Geraldine McGreevy, dont la couleur corsée et la vocalité ample mais agile se révèlent idéales pour Pulcheria, et plus largement les emplois de Bordoni, s’épuise à restreindre son instrument pulpeux et sa palette expressive jusqu’à la placidité, comme pour ne pas se démarquer de sa rivale.

Et si l’usure conduit David Wilson-Johnson à nasaliser, son éloquence et son legato cauteleux s’accordent parfaitement au tyrannique Isaccio, tandis que le rôle plus qu’anecdotique de Berardo peut se satisfaire de l’engorgement grisâtre de Curtis Streetman.

Comme pour pallier les chutes de tension de la partition, particulièrement handicapée par un deuxième acte interminable, Paul Goodwin tente de varier le geste, phrasant tantôt large, tantôt martial, mais reçoit d’un Kammerorchester Basel peu endurant et aux bois problématiques une réponse plus mécanique qu’inspirée.

Reste à savoir si le beau succès remporté par cette version de concert permettra à Riccardo Primo, rè d’Inghilterra de réapparaître avant dix ans."

"Composé en 1727, Riccardo Primo n’est pas l’opéra le plus équilibré de son auteur, mais il ne faut pas pour autant négliger cet hommage à sa patrie d’adoption, l’Angleterre (le héros en est le roi Richard Coeur de Lion). C’est cette année-là, en effet, que Georg Friedrich Haendel obtient ses lettres de naturalisation et devient George Frideric Handel. La partition est souvent superbe et inventive, et ce dès l’ouverture, prolongée par une tempête et un récitatif accompagné.

La direction précise de Paul Goodwin et l’excellence confirmée de l’orchestre (Kammerorchester Basel) ne suffisent malheureusement pas à faire décoller la soirée. Si Nuria Rial est une Costanza charmante et bien chantante, la voix privée de grave de Lawrence Zazzo ne saurait convenir dans un rôle écrit pour le castrat Senesino. Quant à Geraldine McGreevy, qui ne manque pas de qualités par ailleurs, elle ne peut pas, avec ses vocalises presque toujours savonnées, rendre justice à une partie conçue pour Faustina Bordoni, la plus grande virtuose de la première moitié du XVIIIe siècle.

Une soirée d’un intérêt soutenu, mais jamais vraiment passionnante et rarement émouvante."

"Le 11 novembre 1727, résonnait dans la fameuse salle du Haymarket, à Londres, Riccardo primo, rè d’Inghilterra, avec les voix du castrat Senesino, de Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni. C’est dire le niveau des solistes, les opéras de Haendel requérant un panache certain du plateau vocal. Indispensable pour une grande œuvre, il l’est tout autant pour les opéras moins réputés, dont celui-ci. Il faut avant tout saluer Paul Goodwin et le Théâtre des Champs-Elysées, non seulement d’avoir choisi un opéra de Haendel, mais surtout un des moins joués.

Le livret de Paolo Antonio Rolli, tiré de l’Isacio tiranno de Francesco Briani, est naïf, long et malhabile (on pourra éventuellement regretter des fautes de traduction et de frappe dans le surtitrage français), mais la musique transcende le matériau de départ : la partition regorge de grands airs (parfois sublimes) et de récits accompagnés comme Haendel en a le secret. Le titre déplace l’attention initialement portée au tyran chypriote Isacio, pour mettre en lumière un roi d’Angleterre dont on chante les louanges d’un bout à l’autre de la pièce : un « Miroir du prince » en musique. Véritable panégyrique (plat) de la valeur royale du pays, l’intrigue commence par une tempête qui explique la présence sur l’île de Riccardo avec ses troupes (sans doute sur la route des croisades), et de Costanza, sa promise qu’il n’a encore jamais vue. C’est l’occasion de mêler d’une manière caricaturale les ressorts amoureux et politiques, sentiments purs opposés à la tyrannie et à l’infidélité dans le camp chypriote. Deux îles rivales, en somme. Mais le Nord vaincra le Sud.

Rejetée sur les côtes, Costanza se lamente de la perte de ce qu’elle n’a encore jamais eu – un éloge du mariage arrangé, à la mode Ancien Régime. C’est l’occasion de découvrir le beau portrait musical d’une amoureuse dévouée, que Haendel dresse de manière cohérente tout au long de la pièce. Dans le rôle de Costanza, Nuria Rial rend bien ce feu intérieur, d’une belle voix facile, mais peut-être trop homogène et uniforme. Classique de la prudence politique, Costanza et Riccardo masquent leur identité dans cette terre étrangère. S’en apercevant, Isacio va tenter de marier sa fille Pulcheria (alors présentée comme Costanza) à Riccardo, une péripétie qui retarde subtilement la scène de première vue des futurs souverains anglais. Pulcheria est Geraldine McGreevy dont le tempérament de haendélienne s’affirme de plus en plus au fur et à mesure des actes : elle rend magnifiquement la palette d’un personnage qui passe du rôle d’amante trahie et jalouse (Oronte, son promis, est fascinée par Costanza) à celui de fille soumise mais torturée, puis d’alliée héroïque de Costanza. S’il ornemente les reprises des airs, le contre-ténor Lawrence Zazzo manque malheureusement de projection et peine à remplir l’espace (malgré une présence scénique honnête), sauf dans certaines pointes aiguës et dans tel ou tel arioso, où l’orchestre lui laisse plus de place. C’est dommage dans un rôle moins brillant que Giulio Cesare par exemple, que mériterait sans doute un investissement vocal conséquent. On rencontre les mêmes problèmes chez l’autre contre-ténor, Tim Mead assez terne en Oronte (surtout quand celui-ci guerroie dans la scène 6 de l’acte II), alors que l’Isacio de David Wilson-Johnson est parfaitement campé.

L’ensemble laisse donc un sentiment mitigé. Si les scènes de tempête, de fureur et de guerre montrent un orchestre aguerri et vraiment remarquable d’un bout à l’autre, il manque un ‘je ne sais quoi’ pour que le spectacle devienne plus qu’une très bonne représentation. Défauts du livret ? Attention émoussée par une salle à la chaleur étouffante ? Manque du panache vocal réclamé par Haendel ? Toujours est-il que malgré ces légères réserves, on ne peut que se réjouir d’avoir pu écouter une si belle partition."

A couronner ce très propret concert, le Kammerorchester Basel sous la direction saccadée de Paul Goodwin ne pouvait faire délirer personne. Néanmoins, le public a réservé un accueil chaleureux à l’ensemble des artistes sur le plateau applaudissant avec plus ou moins d’enthousiasme tel ou tel autre soliste marquant avec une certaine évidence ses préférences plus scéniques que musicales. (article)

 

 

 

 

 "La distribution, bien préparée, fascine plus d'une fois : Claire Brua sait se montrer virtuose et expressive...Sandrine Piau, malgré une émission trop dure, chante bien un rôle magnifiquement pathétique, Pascal Bertin allie musicalité et élégance dans la diction, et son timbre séduit...la contralto Sara Mingardo, voix courte mais belle, s'investit dans le rôle-titre." (Opéra International - septembre 1995)

 

 

 

 

 

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