COMPOSITEUR
|
Georg Friedrich HAENDEL
|
LIBRETTISTE
|
Aaron Hill et Giacomo Rossi
|
DVD
ENREGISTREMENT
|
ÉDITION
|
DIRECTION
|
ÉDITEUR
|
FICHE
DÉTAILLÉE
|
2001
|
2003
|
Harry Bicket
|
Arthaus
|
|
Opéra en 3 actes, sur un livret d'Aaron Hill,
librement adapté de La Jérusalem
délivrée du Tasse, et traduit en italien par
Giacomo Rossi. Aaron Hill (*) était le
directeur du Haymarket Theatre qui connaissait une situation
financière difficile, d'autant que la machinerie en avait
été refaite. C'est lui qui proposa à Haendel
l'argument d'un opéra tiré de l'épisode de
Renaud et Armide.
Haendel était arrivé à Londres en
décembre 1710, ayant obtenu un congé de
l'électeur Georges-Ludwig de Hanovre, alors qu'il avait pris
son poste de Kapellmeister au mois de juin de la même
année.
Il écrivit Rinaldo en quatorze jours,
réutilisant des airs d'Almira, Agrippina,
Acis, Galatea et Polifemo.
(*) Aaron Hill fut élevé par l'ambassadeur
d'Angleterre à Constantinople, visita le Moyen Orient, puis
obtint, grâce au comte de Peterborough, la direction du Drury
Lane Theatre, d'où il passa au Haymarket Theatre.
L'opéra fut représenté dans une
mise en scène extravagante (notamment des oiseaux vivants dans
les jardins d'Armide), le 24 février 1711 (HWV 7a). Le
succès fut considérable, et il y eut quinze
représentations jusqu'au 2 juin.
La distribution comprenait Francesca Vanini-Boschi,
contralto (Goffredo), Isabelle Girardeau, soprano (Almirena), Niccolo
Grimaldi, dit Nicolini, castrat alto (Rinaldo), Valentino
Urbani, dit Valentini, castrat alto (Eustazio), Giuseppe Maria
Boschi, basse (Argante), Elisabetta Pilotti-Schiavonetti, dite
Pilotti, soprano (Armida), Giuseppe Cassani, castrat alto
(Mago), M. Lawrence, ténor (Aroldo). Haendel dirigeait du
clavecin. Il y avait aussi deux danseurs français : du Breuil
et Mlle de La Fère, venus spécialement de
Bruxelles.
Haendel était présenté comme
Georgio Frederico Hendel, Maestro di Capella di S. A. E.
d’Hanover.
Aaron Hill dédia le livret à la reine
Anne, reine depuis 1702, à la mort de Guillaume III d'Orange.
Le livret de 1711 est précédé d'une
préface rédigée par Aaron Hill :
"Quand je tentais l’entreprise hasardeuse de
produire un opéra dans cet établissement, je
décidais de n’épargner ni mon labeur ni mon argent pour
faire de ce spectacle une grandiose réussite, aussi ne
serait-ce pas ma faute si le public de cette ville
n’appréciait pas ce spectacle.
Les faiblesses que j’ai trouvées, ou que je
pense avoir trouvées, dans la plupart des opéras
italiens déjà representés ici parmi nous
étaient : 1° — qu’ils furent composés pour des
goûts et des voix. différents de ceux qui sont
habituellement entendus et vus sur une scène anglaise ;
2° — qu’ils nécessitent des machines et des décors
leur donnant toute leur beauté et magnificence et qui,
absents, ne permettent pas de les voir et les entendre dans les
meilleures conditions.
Aussi pour remédier ces deux
inconvénients, j’ai résolu de structurer une action
qui, à travers ses peripéties et ses passions, puisse
influer sur la variété et la beauté du climat
musical, et donner aux yeux des perspectives si belles que les deux
sens soient également satisfaits.
Je ne pouvais choisir un meilleur support que la
célébre histoire de Rinaldo et Armida, qui a
déjà inspiré des opéras pour toutes les
scènes et langues en Europe. J’ai cependant fait appel aux
privilèges du poète pour, en partant de la trame du
Tasse, adapter autant qu'il est nécessaire, l'histoire aux
exigences d’une représentation théâtrale.
Très heureuse fut ma rencontre avec un
gentleman aussi qualifié que le signor Rossi, qui transforme
le modèle que j’avais esquissé en mots si
évocateurs et suggestifs que, si la traduction
s'éloigne quelquefois, c’est pour donner plus de poids et de
force à l’original.
M. Handel que le monde entier célèbre
à juste titre, a conduit son langage musical à un tel
degré de perfèction quejc suis volontairement muet
à ce propos. Je veux ajouter seulement que, quand je pris en
main cette opération, je n’avais d’autre but que l’approbation
et la gratitude des "gentlemen" de mon pays. Aussi aucune perte,
autre que celle de ne pas atteindre ce but, pourrait me
décourager de poursuivre les tentatives qui seraient
susceptibles d’améliorer notre théâtre
anglais."
Les représentations se poursuivirent
les 27 janvier, 3, 6, 10, 13, 17 mars, 11, 25 avril, 5(*), 9,
26 mai, 2 juin 1711.
(*) au bénéfice du couple Boschi, Giuseppe
Boschi et Francesca Vanini
L'oeuvre fut jouée à Dublin, la
même année, par la troupe de Nicolini.
L'opéra fut repris à Haymarket :
- le 23 janvier 1712, pour neuf
représentations, avec Nicolini (Rinaldo), la signora Manina
(Almirena), Elisabetta Pilotti-Schiavonetti (Armida), Salomon
Bendeler (1683 - 1724), fils de l'organiste allemand Johann
Philipp Bendeler (Argante), Margherita de l'Epine (Eustazio), Jane
Barbier (Eustazio) ;
- les 6 et 9 mai 1713, dans une distribution
comprenant Margherita de L'Epine, soprano (Goffredo), la signora
Manina, soprano (Almirena), Jane Barbier, contralto (Rinaldo)
;
- en décembre 1714, pour dix
représentations du 30 décembre au 19 février
suivant. A cette occasion, le rôle d'Eustazio fut
supprimé.
- Le prince de Galles, futur Georges II, et son
épouse Caroline assistèrent à une
représentation, et peut-être aussi le nouveau roi
d'Angleterre (*), George Ier, ancien
électeur de Hanovre, et donc employeur de Haendel, à
celle du 15 décembre 1714.
(*) Georges Ier succéda à Anne, fille de
Jacques II Stuart, à la mort de cette dernière, sans
héritier, le 1er août 1714, en vertu de l'Act
of Settlement de 1701. Électeur de Hanovre, il débarqua
à Greenwich le 18 septembre 1714, et fut couronné
à Westmisnter le 20 octobre.
- le 25 juin 1715, avec Caterina Galerati, soprano
(Goffredo), Anastasia Robinson, soprano (Almirena), et Jane
Barbier, contralto (Rinaldo) ;
- en janvier 1717, pour 7 représentations du 5
janvier au 9 mars, et en mai 1717, pour trois
représentations, les 2 et 18 mai, et le 5 juin, avec
Antonio Maria Bernacchi, alto-castrato (Goffredo), Anastasia
Robinson, soprano (Almirena), Nicolo Grimaldi, dit
Nicolini, alto-castrato (Rinaldo), Gaetano Berenstadt,
alto-castrato (Argante), Elisabetta Pilotti-Schiavonetti, dite la
Pilotti, soprano (Armida). A cette occasion, Haendel
réécrit la partie basse d'Argante pour Berenstadt.
Il ajouta également plusieurs arias. Ce fut la
dernière saison londonienne de Nicolini, et la
première de Bernacchi. Le 5 juin, la danseuse
française Marie Sallé fit sa première
apparition dans un opéra de Haendel, seulement
âgée de dix ans.

Rinaldo fut monté à Hambourg en
1715, en allemand, et à Naples, en 1718, en italien.
Une seconde version fut représentée
à Londres, au Lincoln's Inn Fields , le 6 avril 1731 (HWV 7b),
pour six représentations jusqu'au 1er mai, dans le
cadre de la seconde saison de la Nouvelle Académie, comprenant
deux nouvelles symphonies et 6 arias. La distribution
réunissait Annibale Pio Fabri, dit Balino, ténor
(Goffredo), Anna Maria Strada del Pò, soprano (Almirena),
Francesco Bernardi, dit Senesino (alto-castrato (Rinaldo),
Francesca Bertolli, contralto (Argante), Antonia Maria Merighi,
contralto (Armida), Giovanni Giuseppe Commano (basse (Mago
cristiano).
Rinaldo fut représenté à
Londres 53 fois du vivant de Haendel, plus qu'aucun autre
opéra de Haendel.
Personnages : Rinaldo (Renaud), héros du
camp latin (castrat soprano - 1711, castrat alto - 1731) ; Armida
(Armide), magicienne, reine de Damas (contralto - 1711, ténor
- 1731) ; Goffredo (Godefroy), général en chef de
l'armée chrétienne (basse - 1711, alto - 1731) ;
Argante (Argant), roi de Jérusalem, amant d'Armide (soprano) ;
Almirena (Almirène), fille de Godefroy, fiancée
à Renaud (castrat alto) ; Eustazio (Eustache), frère de
Godefroy (castrat alto - 1711), Mago cristiano (Mage chrétien)
; Donna (une Femme) ; Sirene (les Sirènes) ; Araldo (un
Héraut)
Synopsis
détaillé
Acte I
La ville de Jérusalem
assiégée par les croisés, avec, en perspective,
une porte par laquelle les soldats partent pour la bataille. D'un
côté, on voit une grande tente avec un trône sur
lequel est assis Godefroy entouré par les gardes, Renaud,
Almirène et Eustache.
(1) Dans l'attente de la
victoire, Goffredo (ou Godefroy), capitaine général de
l'armée chrétienne (haute-contre ou contralto), promet
la main de sa fille Almirena (ou Almirène) (soprano) au
héros Rinaldo (ou Renaud) (mezzo-soprano). Almirène
engage Renaud à aller chercher la gloire dans la bataille et
lui promet son coeur. Renaud fait part à Eustazio (ou
Eustache), frère de Godefroy (contralto) de son impatience.
On entend un sonneur de trompe
qui annonce l'arrivée d'un héraut envoyé de la
ville, qui vient se présenter à Godefroy,
accompagné de deux gardes.
(2) Le héraut sarrasin
annonce qu'Argante, roi de Jérusalem, quémande une
entrevue avec Godefroy. Celui-ci accepte.
Argante sort de la ville sur
un char triomphal tiré par des chevaux, suivi d'un grand
nombre de gardes à pied et de cavaliers. Descendant avec un
cortège solennel, Argante s'approche de Godefroy venu à
sa rencontre.
(3) Argante (basse) demande une
trêve de trois jours. Son aria Sibillar gli angui d'Aletto est un magnifique défi pour les basses, qui
provient directement de la cantate Aci, Galatea e
Polifemo. Godefroy accepte sans hésiter. (4) Argante,
qui a davantage confiance dans les ruses de son amante Armide que
dans la force des armes de ses troupes, se réjouit du
résultat de son intervention. (5) Armida (ou Armide) (soprano)
apparaît sur un char tiré par deux dragons qui crachent
des flammes et de la fumée en mugissant. Elle invoque les
Furies. Le char arrive à terre, les dragons le tirent jusqu'en
présence d'Argante. Armide à Argante que seule la
disparition de Renaud pourra assurer la défaite des
croisés et annonce qu'elle entreprendra elle-même de
l'éliminer.
Lieu de délices avec
fontaines, allées, volières, dans lesquelles volettent
et chantent des oiseaux.
(6) Renaud et Almirène
échangent des serments d'amour. Selon Winton Dean, le charmant
air d'Almirena, Augelletti che
cantate, aurait été
accompagné, en 1711, non seulement par des flûtes
à bac mais encore par un lâcher d'oiseaux vivants.
Almirène chante un ravissant duo avec Renaud. (7) Armide fait
une apparition soudaine et, faisant appel à ses pouvoirs
surnaturels, elle tente d'arracher Almirène des bras de
Renaud. Celui-ci résiste et tire son épée contre
Armide qui saisit aussi une arme et s'apprête à se
battre ; mais alors qu'ils vont commencer, un nuage noir, rempli de
monstres affreux qui crachent du feu et de la fumée en
mugissant, vient recouvrir Almirène et Armide et les
enlève dans les airs, laissant à leur place deux
affreuses furies qui, après avoir raillé Renaud,
disparaissent sous terre. La plainte émouvante de Renaud
Cara sposa s'élève alors ; il ne possède
pas le pouvoir d'intervenir. (8) Lorsque arrivent Godefroy et
Eustache (contralto), Renaud est immobile, les yeux fixés au
sol, en proie à un grand trouble. Il raconte comment
Almirène lui a été arrachée. Eustache
propose de recourir à l'aide d'un mage chrétien (9)
Renaud retrouve espoir et jure vengeance dans un air d'une grande
virtuosité Venti, turbini,
prestate.
Acte II
Grande mer paisible dans
laquelle se reflète un arc-en-ciel splendide ; près du
rivage est ancré un bateau au timon duquel se tient un esprit
qui a pris les traits d'une belle jeune femme. Deux Sirènes
s'ébattent dans les ondes.
(1) Eustache annonce à
Renaud et Godefroy qu'ils arrivent au port. (2) Renaud et Godefroy
sont impatients de rencontrer le mage. (3) Alors qu'ils se mettent en
route, la Femme qui se tient sur le bateau invite Renaud à y
monter, en lui faisant croire qu'elle est envoyée par
Almirène qui l'attend sur une plage solitaire. Les
Sirènes (sopranos) chantent et bondissent. Renaud
hésite puis s'élance brusquement pour entrer dans le
bateau. Godefroy et Eustache tentent de le retenir. La Femme
l'appelle à nouveau, et c'est en vain que Godefroy, et
Eustache lui rappellent des devoirs et dénoncent le
piège dans lequel il va tomber. Renaud entre dans le bateau.
Aussitôt la Femme cingle vers le large. Les Sirènes
dansent puis plongent dans les profondeurs marines. Godefroy et
Eustache demeurent, consternés.
Merveilleux jardin dans le
palais enchanté d'Armide
(4) Prisonnière au palais
d'Argante, Almirène pleure. Elle reste est sourde aux
déclarations d'amour d'Argante et réclame sa
liberté. Argante refuse par crainte d'Armide. Almirène
continue de pleurer sa captivité dans son air Lascia ch'io pianga,
l'un des plus beaux que Haendel ait écrits ; il est
dérivé d'un air d'Il
Trionfo del Tempo, lui-même
issu d'une sarabande de l'ouverture d'Almira. (5) Armide
se félicite que Renaud ait été capturé,
et demande qu'on le lui amène. (6) Deux Esprits conduisent
Renaud devant Armide. Renaud lui demande de lui rendre son
Almirène. Armide tombe amoureuse de lui. (7) Pour le
séduire, Armide revêt l'apparence d'Almirène.
Pendant leur étreinte, Armide reprend son apparence, et Renaud
fuit. Armide se change à nouveau en Almirène. Renaud
est sur le point de succomber à la tentation, mais
s'arrête, craignant être le jouet d'une illusion. (8)
Restée seule, Armide reprend sa propre forme et éclate
de colère. Furieuse qu'il ne cède pas à ses
cajoleries, elle hésite pourtant à
déchaîner les Furies contre celui qu'elle aime. Elle
reprend la forme d'Almirène juste avant l'arrivée
d'Argante. (10) Argante, croyant parler à Almirène,
continue à lui déclarer sa flamme et lui promet de la
délivrer des filets de la cruelle Armide. Celle-ci reprend ses
traits et une violente querelle éclate entre eux. Argante
avoue être tombé amoureux d'Almirène. Dans un air
superbe Vo' far
guerra, Armide jure de lui retirer
l'aide qu'elle lui a jusqu'alors apportée.
Acte III
Une horrible montagne avec
ravins et cascades, au sommet de laquelle on voit le château
enchanté d'Armide, gardé par un grand nombre de
monstres aux formes variées ; au milieu des murailles, on
distingue une porte avec des colonnes de cristal et toutes sortes de
pierres précieuses ; au pied de la montagne se trouve l'antre
où habite le Mage.
Godefroy demande à
Eustache d'aller chercher le Mage. Eustache l'appelle depuis
l'entrée de la caverne. (2) Le Mage (basse) sort de son antre.
Il est au courant de la situation. Godefroy et Eustache et leurs
soldats gravissent la montagne. Ils approchent du sommet lorsqu'un
bataillon de monstres affreux se présente à eux avec
des flambeaux ; plusieurs soldats, terrifiés, font demi-tour,
mais une autre escadron de monstres vient leur barrer le chemin ;
dans la confusion générale, la montagne s'ouvre et les
engloutit à grand tapage en vomissant un torrent de flammes et
de fumée. Godefroy et Eustache redescendent vers le Mage.
Celui-ci leur donne des baguettes magiques qui les aideront à
rompre les maléfices d'Armida. Ils reprennent l'ascension de
la montagne ; le Mage observe leur progression en chantant pour les
encourager. Les monstres se présentent de nouveau à
eux, mais sont mis en fuite grâce aux baguettes magiques.
Arrivés au sommet, ils donnent un coup de baguette magique
à la porte du château d'Armide et aussitôt, les
murailles disparaissent avec toute la montagne ; il ne reste plus
rien qu'une mer agitée. Godefroy et Eustache se retiennent
à un rocher surplombant la mer, puis on les voit rejoindre la
terre par un autre côté.
Le jardin
d'Armide
(3) Armide pointe un dague sur le
coeur d'Almirène et s'apprête à la tuer. Renaud
s'interpose et Armide retourne son arme contre lui. Renaud tire son
épée et s'avance vers elle avec furie. Aussitôt
des esprits surgissent du sol pour la protéger. (4) Godefroy
et Eustache arrivent. Armide appelle les Furies contre eux, mais par
un coup de baguette magique, le jardin enchanté
disparaît, laissant la place à une campagne
déserte au fond de laquelle on aperçoit la ville de
Jérusalem sur une hauteur ; des portes de la ville, une route
tortueuse descend jusque dans la plaine. Godefroy, Eustache et Renaud
se jettent dans les bras l'un de l'autre, mais alors
qu'Almirène veut faire de même, mais Armide la retient
et tente une nouvelle fois de la tuer avec sa dague. Renaud saisit
son épée et s'avance vers Armide, mais au moment
où il va porter le coup, celle-ci disparaît. Tous sont
soulagés. Godefroy invite Renaud à retrouver la voie du
devoir. Celui-ci est impatient de courir vers la gloire. (5) Argante,
suivi de trois généraux, a décidé de
mener un assaut. (6) Armida et Argante se réconcilient. Toutes
sortes d'instruments militaires retentissent. On voit l'armée
sortir de la ville puis, arrivée au pied de la montagne,
défiler devant Argante et Armide en leur faisant les saluts
militaires de rigueur. Leur duo célèbre la bataille
imminente et leur propre réconciliation.
(7) Godefroy, Almirène et
Renaud se réjouissent d'être délivrés de
l'asservissement d'Armide ; l'air d'Almirène Bel piacere, qui
provient d'Agrippina,
chante à l'unisson du
violon, révèle une inspiration charmante et gracieuse.
(8) Toutefois, Eustache leur rappelle la tâche à
accomplir. (9) C'est au tour de l'armée chrétienne de
défiler solennellement, à pied et à cheval,
devant Godefroy et Renaud en leur faisant des saluts militaires.
L'air entraînant de la Marche, avec tambour et trompettes, est
inspiré du Beggar's
Opera. Renaud propose un plan de
bataille. Il proclame sa résolution Or la tromba avant
le déroulement de la bataille. (10) Argante sort avec son
armée qu'il dispose pour la bataille. (11) Godefroy sort
à son tour avec ses troupes en ordre de bataille. Il galvanise
ses troupes. Les armées entament une bataille rangée
qui reste équilibrée. Renaud, ayant déjà
pris la ville, descend de la montagne avec un bataillon et assaille
les ennemis par le flanc si bien que ceux-ci s'enfuient poursuivis
par les soldats de Renaud. (12) Argante est fait prisonnier. Renaud
est félicité par Godefroy. (13) Eustache et
Almirène conduisent Armide prisonnière. Almirène
et Renaud se retrouvent. Armide repentie brise sa baguette
enchantée et embrasse la foi chrétienne.
Clément, Godefroy accorde la liberté à Argante
et Armide. Choeur final célébrant la vertu, la
constance et l'amour.
(livret
Decca)
"Ecrit en moins de quinze jours sur un livret de
Rossi, lui-même inspiré de la Jérusalem
délivrée du Tasse, ce Rinaldo, prototype même de
l’opera seria à l’italienne alternant airs et récits,
permit au tout jeune Haendel (il n’avait pas 26 ans) d’entrer par la
grande porte sur la scène anglaise du début du
XVIIIe siècle, inaugurant une grande histoire
d’amour qui allait durer plus de cinquante ans. L’œuvre sera
représentée pas moins de quinze fois en une saison, un
immense succès pour l’époque. Ce fut l’occasion
d’éblouir le public londonien avec des machineries imposantes,
de puissants effets de tonnerre et de flammes, jusqu’à des
lâchers de moineaux qui n’allèrent pas sans soulever
certains sarcasmes. L’auditeur du XXe siècle a bien
du mal à imaginer la splendeur d’une représentation,
lorsque, carré dans son fauteuil, il subit une succession de
récitatifs bien indigestes desquels même la
beauté des airs qu’ils précèdent ne peut faire
oublier l’ennui. Il faudrait de la part des interprètes bien
de l’entrain et de l’inventivité pour gommer cette monotonie
en variant à volonté les effectifs dans le continuo ou
en mettant en avant, par un travail sur le timbre mis au service de
la théâtralité du texte, la diversité des
passions mises en jeu même si elles sont quelque peu
conventionnelles". (Chronicart)
http://site.operadatabase.com.site.hmt-pro.com/modules.php?name=Downloads&d_op=viewdownload&cid=68&min=10&orderby=titleA&show=10
(en français et italien)
http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/H_files/Rinaldo.pdf
(en italien)
http://www.haendel.it/composizioni/libretti/pdf/rinaldo.pdf
(en italien)
http://opera.stanford.edu/iu/libretti/rinaldo.htm
(en italien)
Représentations :
- Varsovie - Warszawska
Opera Kameralna - 20, 22, 24, 26 novembre 2009 - Period
Instruments Ensemble of the Warsaw Chamber Opera - Musicae
Antiquae Collegium Varsoviense - dir. Wladyslaw Klosiewicz - mise
en scène et décors Ryszard Peryt - avec Jan Monowid
(Goffredo), Olga Pasiecznik (Almirena), Anna Radziejewska
(Rinaldo), Karol Bartosinski (Eustazio), Andrzej Klimczak
(Argante), Marta Boberska (Armida), Christiane Slawomir Jurczak
(Mago), Julita Miroslawska (Donna), Urszula Jankowska, Justyna
Stepien, Herold Slawomir Jurczak (Sirene)
- Prague -
Théâtre des États - 10, 20 octobre,
22 novembre, 12, 28 décembre 2009 - dir. Václav Luks
- mise en scène Louise Moaty - décors Adeline Caron
- costumes Alain Blanchot - lumières Christophe Naillet -
chorégraphie Françoise Denieau - dramaturgie Beno
Blachut - avec Stanislava Jirku (Goffredo), Katerina
Knežíková / Yeree Suh (Almirena), Mariana Rewerski
(Rinaldo), Markéta Cukrová (Eustazio), Adam
Plachetka (Argante), Marie Fajtová (Armida), Jan Martinik
(Mago), Jan Martinik (Araldo), Stanislava Mihalcová, Andrea
Brožáková (Sirena) - coproduction avec
Théâtre de Caen; L'Opéra de Rennes; Le Grand
Théâtre de Luxembourg
- Théâtre des
Champs Élysées - 2 octobre 2009 - en
version de concert - Accademia Bizantina - dir. Ottavio Dantone -
avec Varduhi Abrahamyan (Rinaldo), Maria Grazia Schiavo
(Almirena), Karina Gauvin (Armida), Christophe Dumaux (Goffredo),
Alain Buet (Argante)
- Städtische
Bühnen Münster - Grosses Haus - - 30
août, 2, 6, 15, 22, 24 septembre, 1er, 9 octobre 2009 -
Sinfonieorchester Münster - dir. Michael Schneider - mise en
scène et décors Fred Berndt - costumes Barbara Krott
- dramaturgie Jens Ponath - avec Dmitry Egorov (Goffredo), Henrike
Jacob (Almirena), Judith Gennrich (Rinaldo), Alon Harari
(Eustazio), Matteo Suk (Argante), Annette Johansson (Armida),
Plamen Hidjov (Magier) - nouvelle production
- Festival d'Edimbourg
- 24 août 2009 - version de concert - Bach
Collegium Japan - dir. Masaaki Suzuki - avec Clint van der Linde
(Rinaldo), Maki Mori (Almirena), Rachel Nicholls (Armida),
Roderick Williams (Argante), Robin Blaze (Goffredo), Damien
Guillon (Eustazio), Sumihito Uesugi (Mago Cristiano), Makoto
Sakurada (Araldo)
- Beaune - Cour des Hospices
- 18 juillet 2009 - en version de concert - Accademia
Bizantina - dir. Ottavio Dantone - avec Delphine Galou (Rinaldo),
Maria Grazia Schiavo (Almirena), Lennecke Ruiten (Armida),
Riccardo Novaro (Argante)
- Denver - Colorado -
Central City Opera - 11, 16, 18, 22, 24, 26 juillet,
1er août 2009 - dir. Matthew Halls - mise en scène
Marc Astafan - décors Caleb Wertenbaker - costumes Sara
Jean Tosetti - avec Phyllis Pancella (Rinaldo), David Walker
(Goffredo), Joshua Hopkins (Argante), Kathleen Kim (Armida), Megan
Hart (Almirena), Jason Abrams (Eustazio)


- Prague -
Théâtre des États - 4, 6, 17, 19
avril, 1er, 3, 16 mai, 28 juin 2009 - Choeur et Orchestre
Collegium 1704 - dir. Václav Luks - mise en scène
Louise Moaty - décors Adéline Caron - costumes Alain
Blanchot - chorégraphie Françoise Deniau -
dramaturgie Ondrej Hucín - avec Stanislava Jirku
(Goffredo), Katerina Knežíková / Yeree Suh
(Almirena), Mariana Rewerski (Rinaldo), Markéta
Cukrová (Eustazio), Adam Plachetka (Argante), Marie
Fajtová (Armida), Jan Martiník (Mago/Araldo),
Stanislava Mihalcová (Sirena/Donna), Andrea
Brožáková (Sirena) - coproduction du
Théâtre national avec le Théâtre de
Caen, l’Opéra de Rennes et le Grand Théâtre de
Luxembourg


- Radio - Prague - Interview de Louise Moaty,
metteur en scène
"Avez-vous
décidé de faire une espèce de reconstitution de
la première de l’opéra Rinaldo qui a avait eu lieu
à Londres ou est-ce une conception moderne?
Ce n’est pas une
reconstitution, mais il s’agit quand même de travailler dans
l’esthétique baroque, c’est-à-dire, comme les
instrumentistes utilisent des instruments anciens, d’utiliser aussi
les instruments pour qui ces textes, ces chants et cette musique ont
été écrits. Nos instruments, ce sont les corps
des chanteurs qui sont développés jusqu’aux bouts des
doigts et accompagnent le chant d’une gestuelle. Donc il y a tout un
travail là-dessus. Nous travaillons aussi selon certains codes
de représentations comme la frontalité - le fait de
jouer face aux spectateurs, ce qui donne au public une place
très importante puisque c’est lui qui est au centre des
rapports, et le fait de jouer aux bougies. S’y ajoute aussi un
travail de la scénographie et des costumes et tout cela permet
de faire revivre, non pas de reconstituer, non pas de reconstruire la
première représentation, mais plutôt de faire
revivre un esprit, une énergie qui est propre à
l’esthétique de cette époque et à laquelle on
essaie de s’inscrire tout en gardant notre liberté de regard
contemporain aussi sur cette forme.
Voulez-vous raconter dans
votre production l’histoire de Rinaldo telle qu’elle est
racontée par le Tasse ou aimeriez-vous donner à
l’opéra une autre signification, une signification moderne?
J’ai vraiment envie de
raconter l’histoire de Rinaldo parce que j’ai été
très touchée par « La Jérusalem
délivrée » du Tasse que j’ai adorée et que
je considère comme, je dirais, le fondateur de notre
civilisation. Du coup, j’ai vraiment eu envie de travailler dans son
esprit et de raconter son histoire. Evidemment avec la situation
actuelle dans le monde on pourrait aussi être tenté de
faire de cet opéra une Jérusalem moderne,
contemporaine, avec la guerre. Mais je n’ai pas choisi cette option…
(rires)"
- Opéra de
Zurich - 15, 18, 22, 25, 27 juin, 2, 5, 8 juillet 2008
- dir. William Christie - mise en scène Claus Guth
remplacé par Jens-Daniel Herzog - décors, costumes
Christian Schmidt - lumières Jürgen Hoffmann - avec
Liliana Nikiteanu (Goffredo), Ann Helen Moen (Almirena), Juliette
Galstian (Rinaldo), Ruben Drole (Argante), Malin Hartelius
(Armida) , Katharina Peetz (Eustazio), Irène Friedli (Mago
cristiano) - nouvelle production

- Opéra Magazine - 15 juin 2008
"Premier opéra
italien conçu spécifiquement pour une scène
londonienne, Rinaldo présente des difficultés vocales
particulièrement redoutables. La distribution réunie
pour cette nouvelle production zurichoise marquant la création
de l’ouvrage in loco, est certes correcte mais le spectateur venu
assister à d’époustouflantes prouesses techniques reste
sur sa faim, surtout que l’ornementauion des da capo ne brille pas
par son exubérance... .Avec son jeu appliqué et son
chant agile mais sans éclat, Juliette Galstian reste ainsi en
deçà des exigences du rôle-titre. Par
comparaison. Malin Hartelius fait monter la tension de plusieurs
crans grace à une présence d’un érotisme
appuyé, une intonation cristalline et un réel brillant
dans les vocalises. C’est pourtant Ann Helen Moen qui décroche
la palme, Almirena magnifique de tendresse, la seule pour laquelle la
salle a semblé retenir son souffle pendant un « Lascia
ch'io pianga » murmuré sur un fil de voix.
Liliana Nikiteanu ne sait que
faire de la musique de Goffredo, qui outrepasse les limites d’un
instrument avant perdu tout impact, tandis que Katharina Peetz et
Irène Friedli se contentent d’esquisser les silhouettes
d’Eustazio et du Mage chrétien. Dans Argante, Ruben Drole fait
valoir de vrais dons de comédien et une prestance vocale de
bon aloi, sans pourtant s’imposer comme un digne partenaire d’Armida.
Dans la fosse, en revanche, l’orchestre La Scintilla démontre,
sous la direction vivifiante de William Christie, que la musique de
Haendel peut à la fois éblouir et émouvoir
lorsque ses interprètes savent trouver le dosage
adéquat entre virtuosité et
expressivité.
Après le forfait de
Claus Guth pour cause de maladie, Jens-Daniel Herzog a accepté
de régler la mise en scène, em restant fidèle au
concept d’origine et au décor de Christian Schmidt,
déjà construit. Difficile, dans ces conditions, de
porter un jugement valable sur cette réalisation, dont
l’amateurisme catastrophique s’est apparenté à un
naufrage. Signalons simplement que l’intrigue est transposée
dans les salons impersonnels d’un hôtel d’aéroport, avec
deux rampes d’escaliers roulants peinant à rendre plausibles
les sortilèges du monde d’Armida. Au milieu, un ballet
incessant d’hommes et de femmes d’affaires en costumes gris souris,
maniant leurs attachés-cases comme d’invraisemblables
cimeterres.
Et, au final, un
divertissement tellement puéril que beaucoup de spectateurs
ont préféré quitter la salle après la
pause !"
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 25, 28, 30 avril, 3 mai 2006 - Opern Festpiele - 5 juillet 2006 - dir.
Harry Bicket - mise en scène David Alden - décors
Paul Steinberg - costumes Buki Shiff - lumières Pat Collins
- avec Daniel Taylor (Goffredo), Deborah York (Almirena),
Christine Rice (Rinaldo), Axel Köhler (Eustazio), Jonathan
Lemalu (Argante), Veronica Cangemi (Armida), Christopher Robson
(Mago cristiano / Donna / Araldo), Veronica Cangemi, Deborah York
(Sirene)
- Atelier lyrique de
Tourcoing - 12 octobre 2005 - version de concert
- Paris - Théâtre des Champs
Elysées - 15 octobre 2005 - version de concert -
La Grande Écurie et la Chambre du Roy - dir. Jean-Claude
Malgoire - avec Christophe Dumaux (Tourcoing) / Philippe Jaroussky
(TCE) (Rinaldo), Ingrid Perruche (Almirena), Delphine Gillot
(Armida), Dominique Visse (Goffredo), Thierry Grégoire
(Eustazio), Nigel Smith (Argante)
"Ce Rinaldo faisait figure
d’événement car il devait marquer les débuts
dans le rôle-titre de la star des contre-ténors,
Philippe Jaroussky, un chanteur habitué à fouler les
planches tourquennoises depuis son fulgurant début de
carrière. Cette prise de rôle a malheureusement
été retardée, Philippe Jaroussky ayant
déclaré forfait pour ce premier concert,
remplacé au débotté par un autre
contre-ténor français, le jeune Christophe Dumaux,
habitué comme Jaroussky à chanter Eustazio, et qui eut
ainsi l’occasion inopinée de se mesurer au rôle
principal. Il se sort de cette situation risquée avec tous les
honneurs, et ce qu’on perd avec cet alto en virtuosité et en
aigus stratosphériques par rapport à ce qu’aurait
donné le sopraniste Jaroussky, on le récupère en
virilité, en vérité dramatique et en
équilibre de la distribution, les interprètes
d’Eustazio et Goffredo étant des contre-ténors à
la voix plutôt aiguë. Christophe Dumaux est un chanteur au
timbre attachant, sombre et velouté, qui vocalise avec
aisance, et est très attentif à ses partenaires : ses
duos avec Almirena et Armida sont très réussis. Il est
un peu sur la réserve dans la première partie : "Cara
sposa" et "Cor ingrato" sont chantés avec pudeur mais sans
beaucoup de relief, mais il est ensuite bien plus impliqué :
"Un incendio fra due venti" chaleureux et engagé, un "Venti
turbini" virtuose et déchaîné et un "Or la
tromba" dans lequel il prend le dessus sur la trompette.
Ingrid Perruche est en passe
de devenir une excellente chanteuse. Son timbre sombre et sensuel, sa
ligne de chant déliée, sa projection, sa puissance et
sa noblesse de ton en font une très belle Almirena, piquante
et espiègle dans "Combatti da forte", tendre dans "Augelleti
che cantate", noble et touchante dans "Lascia ch’io pianga". Cette
prestation très prometteuse de la jeune soprano est seulement
troublée par une vocalisation parfois laborieuse et un aigu
manquant un peu d’éclat. En Armida, Delphine Gillot fait
valoir l’étendue d’une voix riche et pleine et un
tempérament éruptif, quoiqu’un peu excessif, ce qui
fait de sa magicienne, qui est pourtant aussi une amoureuse et une
séductrice, un personnage de furie véhémente,
sans ambiguïtés ni finesse. Nigel Smith est un Argante de
toute beauté, à la voix de baryton riche et souple,
capable de graves impressionnants, mais aussi d’aigus et de nuances
belcantistes remarquables. Les deux contre-ténors restants
viennent malheureusement plomber un plateau qui aurait pu être
inoubliable. Dominique Visse miaule ses airs d’une voix d’une laideur
caricaturale, donnant le mal de mer quand il vocalise, et criant des
aigus râpeux. Avec une voix en lambeaux, la maîtrise du
style ne vaut plus grand-chose, et on ne peut croire une seconde
qu’il interprète un guerrier de la trempe de Godefroi de
Bouillon. Thierry Grégoire est un chanteur attachant, aux
intentions louables, mais à la voix blanche et privée
d’aigus, ce qui fait de ses airs une longue pénitence. Dommage
car sa noblesse de ton le rend très bon dans les
récitatifs. Dans cette version de concert, les petits
rôles ont été omis (le mage, les
sirènes... ) mais sans que la dramaturgie, assez sommaire
encore dans cet opéra qui est plutôt une succession
d’airs fameux, en souffre.
Direction fine, dansante et
subtile de Jean-Claude Malgoire, très attentif au confort de
ses chanteurs. Le chef doit composer avec une Grande Ecurie
impliquée et enthousiaste, mais à la sonorité
agressive, à la cohésion précaire et dont
certains solistes n’arrivent pas à cacher les limites de leur
virtuosité." (ResMusica)
- Opéra de Sydney
- 21, 23, 28, 30 juillet, 2, 5 août 2005 - dir.
Trevor Pinnock - mise en scène James Robinson / Luise
Napier - décors Michael Scott-Mitchell - costumes Michael
Wilkinson - lumières Nick Schlieper - avec Michael Chance
(Rinaldo), Emma Matthews (Almirena), Rachelle Durkin (Armida),
Richard Alexander (Argante), Graham Pushee (Goffredo), Richard
Anderson (Mago cristiano)

- Vlaamse Opera - Gand
- 6, 8, 10, 13 mai 2005 -
Anvers - 20, 22, 24, 27, 29, 31 mai 2005 - Symfonisch
Orkest van de Vlaamse Opera - dir. Andreas Spering - mise en
scène Nigel Lowery - Amir Hosseinpour - reprise de la mise
en scène Mariame Clément, Norbert Mladek -
lumières Franz-Peter David - avec Christine Rice, Anna
Radziejewska (Rinaldo), Olga Pasichnyk (Almirena), Nicola
Marchesini (Goffredo), Philippe Jaroussky (Eustazio), Inga Kalna
(Armida), Robert Gierlach (Argante), Steve Dugardin (Mago
Cristiano / Araldo)

- Opéra International - juin 2005 - 5
mai 2005
"C'est à Gand, avant
Anvers, que l’Opéra de Flandre propose Rinaldo dans la
présentation scénique du tandem Nigel Lowery-Amir
Hosseinpour, coproduite avec Innsbruck, Berlin et Montpellier,
où le spectacle (à l’époque avec le concours du
Freiburger Barockorchester dirigé par René Jacobs)
avait été commenté dans ces colonnes par Pierre
Cadars. Avec les conflits qui ont éclaté depuis en
Afghanistan et en Irak, la mise en scène paraît encore
plus en prise avec l’actualité, sans rien perdre de son humour
confinant parfois à la caricature (les clins d’oeil à
Rambo et Barbie pour figurer l’Occident et, à l’opposé,
les allusions aux enlèvements et prises d’otages, les soldats
kamikazes et les décapitations pour le Moyen-Orient). Pour les
artisans du spectacle comme pour Haendel, c’est la civilisation
chrétienne qui triomphe, l’église, temporairement
transformée en mosquée, retrouvant in fine sa
destination première.
Seule rescapée de la
distribution de Montpellier, Inga Kalna est une Armida vocalement
brillante et scéniquement irrésistible. La mezzo
britannique Christine Rice, après avoir incarné
Ariodante à Gand dans la mise en scène de David Alden,
fait ses débuts en Rinaldo. Des premiers pas acclamés
à juste titre, l’artiste imposant une
crédibilité et un naturel époustouflants, avec
un timbre chaleureux et une bonne maîtrise des trilles et des
fioritures, en dépit de quelques décalages le soir de
la première. Vocalisant à merveille, Olga Pasichnyk est
une Almirena aussi touchante que naïve, particulièrement
émouvante dans «Lascia ch’io pianga ». La basse
polonaise Robert Gierlach campe avec bonhomie et une agilité
suffisante le personnage ambigu d’Argante. La distribution a enfin
l’avantage d’afficher trois contre-ténors aux timbres
nettement différenciés. En Goffredo, Nicola Marchesini
impose une émission tranchante, non dépourvue de
certaines sonorités nasillardes, mais à la technique
bien huilée. Philippe Jaroussky chante Eustazio de
manière éthérée et musicale. En Mage
chrétien, Steve Dugardin imprime des accents bouffes à
la façon de Dominique Visse. Il est sans doute vain de vouloir
comparer les couleurs et la légèreté de texture
d’un ensemble d’instruments anciens comme le Freiburger
Barockorchester avec celles de l’orchestre de l’Opéra de
Flandre, même si on lui ajoute un théorbe pour assurer
le continuo avec deux clavecins et un violoncelle. Il n’empêche
que le chef allemand Andreas Spering, qui dirige
régulièrement aux Festivals Haendel de Karlsruhe et de
Halle, a effectué un excellent travail, avec des rythmes
souvent jubilatoires, dans la plus pure veine
haendelienne."
"La production de Rinaldo
proposée actuellement au public du Vlaamse Opera a
déjà beaucoup voyagé : créée
à Montpellier en 2002, la mise en scène du duo Nigel
Lowery/Amir Hosseinpour avait provoqué les huées du
public et un flot de critiques acerbes de la part de la presse
française, avant de gagner le Festival d’Innsbruck puis le
Staatsoper de Berlin où elle a fini par remporter le prix de
« Production de l’année » du magazine Opernwelt, ce
qui n’était pas sans susciter nos craintes, eu égard
à ce qui est généralement proposé en
Allemagne en matière de mise en scène lyrique. Pour
l’occasion, nous serons d’accord avec nos confrères
français : cette mise en scène est grotesque et en
totale contradiction avec le merveilleux, la noblesse, la
beauté de l’opera seria, genre qui n’a même pas eu le
temps de renaître avant que des fossoyeurs de l’espèce
Lowery/Hosseinpour s’appliquent à l’enterrer.
De ce duo de pitres, difficile
de savoir qui est Benny et qui est Hill, mais une chose est
sûre, les chorégraphies sont signées Hosseinpour.
On sait donc à qui on doit ces danses ridicules,
mélange entre l’esthétique des chorégraphies de
Chantal Goya en sa glorieuse époque, et celle des clips de
Britney Spears. Il faut quand même reconnaître une
circonstance atténuante à nos duettistes : ils ont
voulu faire rire, noble ambition, et ils y sont parvenus par endroits
(enlèvement d’Almirena par un poussin géant,
transformation d’Armida en poupée gonflable, ... ) mais le
prix du rire est lourd à payer car cette mise en scène,
en plus de ridiculiser l’opéra est, c’est plus grave,
totalement anti-musicale. L’attention de l’auditeur est presque
constamment détournée de la musique, la plus belle qui
soit pourtant, par des gesticulations, des gags, des pantomimes, ...
Le décor en lui-même, constitué de hauts panneaux
recouverts d’un papier peint comme il devait y en avoir dans la salle
à manger de votre vieille tante de la campagne, forme une
caisse de résonance qui donne l’impression que le chanteur est
dans une cathédrale à chaque fois qu’il quitte le
proscénium. Heureusement, sur le plan musical, la
soirée est d’un excellent niveau, grâce à
Christine Rice qui incarne le rôle-titre avec beaucoup de
générosité et de tendresse. Elle chante parfois
un peu bas (« Cara sposa » et « Cor ingrato »
surtout), mais son timbre de mezzo riche et corsé est
séduisant, elle vocalise avec beaucoup de sûreté,
et elle se montre très brillante dans les airs à
panache comme « Venti, turbini, prestate ». Sa
fiancée Almirena est interprétée avec classe par
la magnifique Olga Pasychnik, dont le timbre brillant et la technique
sans faille font merveille. Il est bien dommage que ses airs soient
les plus parasités par le fatras visuel imposé par les
scénographes, mais elle a quand même droit à l’un
des rares moments de calme de la mise en scène dans le
délicat « Augelletti che cantate », rendu avec
humour mais beaucoup de poésie, qu’elle chante avec charme et
simplicité.
Seul véritable point
noir de la distribution : le Goffredo de Nicola Marchesini. Le timbre
est assez joli, très brillant, mais la voix est instable, les aigus sont difficiles et
faux, et les cadences de ses airs sont très raides. Son
frère Eustazio est chanté avec son brio habituel par
Philippe Jaroussky. On pouvait nourrir quelques craintes pour le
contre-ténor français, confronté à une
tessiture assez basse pour lui, mais la voix s’est enrichie dans le
grave, les aigus sont toujours aussi brillants, et l’art du chant
encore une fois incomparable.
Du côté des
« méchants », Robert Gierlach fait un Argante
impressionnant, venant à bout sans trembler du crucifiant
« Sibillar gli angui d’Aletto », et Inga Kalma est une
Armida théâtralement irrésistible, elle a
participé à la création de cette production
à Montpellier et s’y montre très à son affaire.
Vocalement la qualité de ses vocalises et les couleurs qu’elle
donne à son chant compensent une voix un peu mince et quelques
aigus serrés. Elle manque également un peu de
projection au début, mais une fois la voix chauffée,
elle devient bien plus convaincante. Encore un mot pour souligner la
jolie prestation de Steve Dugardin qui fait un mage bien chantant et
pas trop caricatural.
La réussite de cette
soirée, c’est aussi celle du chef Andreas Spering, à la
direction souple et contrastée, très précise,
mais aux tempi parfois alanguis dans les airs
élégiaques. Il a su donner aux instrumentistes du
Vlaamse Opera les éléments essentiels du style
haendelien, ce qui permet à l’orchestre sur instrument «
modernes » de se montrer efficace et convaincant, malgré
des sonorités pas toujours idoines. Cette prestation de haute
tenue est une belle preuve de la versatilité et de la
souplesse constitutives des formations lyriques, à l’heure
où l’orchestre du Vlaamse Opera est menacé par
l’absurde projet de M. Bert Anciaux, ministre de la Communauté
Flamande, qui a la culture dans ses attributions, et qui a eu
l’idée de supprimer l’orchestre et le chœur de l’Opéra
et d’en répartir les membres dans les deux dernières
formations symphoniques permanentes de Flandre."
"Pure provocation ou esprit de
contradiction, les metteurs en scène actuels semblent
prêts à tout pour ne pas prendre l’opera seria au
sérieux. Plus ludique que de raison, ce Rinaldo signé
Nigel Lowery et Amir Hosseinpour, déjà vu au Festival
de Montpellier et au Staatsoper de Berlin, détourne avec une
habileté parfois outrancière les codes d’un genre
corseté, alors qu’Andreas Spering mène sans
excès une distribution plus solide
qu’inspirée.
« Rinaldo, opera seria…
Laissez-nous rire ! » semblent clamer Nigel Lowery et Amir
Hosseinpour. Le livret du premier opéra londonien de Haendel,
inspiré de la Jérusalem délivrée du
Tasse, ne manque certes pas de s’enchevêtrer dans un
dédale de personnages stéréotypés
débauchés par les sortilèges de la magicienne
Armide. Mais de là à transformer les croisades, aux
terribles résonances contemporaines, en un simple jeu
d’enfants rappelés à l’ordre par la cloche du
collège, il n’y a qu’un pas que les metteurs en scène
osent franchir, non sans habileté, au risque de lasser dans un
troisième acte redondant. Si leur esthétique cultive le
mauvais goût avec jubilation, la direction d’acteurs,
chorégraphie répétitive digne des plus mauvais
shows télévisés des années 1970,
confère paradoxalement à l’intrigue la plus rigoureuse
clarté, nourrie de contrastes brutaux et
maîtrisés, permettant à chaque personnage, pantin
consentant, d’exister, d’autant qu’elle souligne les rouages d’un
genre que Haendel ne cessera de contourner, passé maître
en l’art de la distance ironique.
Armide, magicienne fantasque,
nymphomane et dominatrice, est la première, sinon la seule,
à bénéficier de ce foisonnement ludique, servie
par une armada de jouets et poussin jaune dans l’improbable combat
l’opposant à Rinaldo Action man. Passée la retenue du
premier acte, Inga Kalna impose avec un art recherché
l’évolution du personnage : actrice sensationnelle aux
ressources vocales sidérantes, elle lance un Ah, Crudel aux
couleurs éperdues avant de se livrer à une
métamorphose échevelée en poupée
gonflable géante sur les cadences plus interminables que
véloces du clavecin de Vo’ far guerra. De sa rivale, pure et
innocente Almirena, fuyant les assauts engorgés de l’Argante
de Robert Gierlach, Olga Pasichnyk possède le physique et la
ligne raffinée, mais le timbre corsé, le vibrato
voluptueux sont d’une Poppée, une Cléopâtre
même. Plus probe qu’héroïque rôle
éponyme, Christine Rice impressionne par l’ampleur romantique
de l’instrument, malgré une émission parfois
relâchée, en piani trop pâles pour
émouvoir. Projection spectaculaire – et pas seulement pour un
contre-ténor – mais ligne chaotique et timbre aigre, Nicola
Marchesini n’embarrasse pas Goffredo de scrupules stylistiques, alors
que Philippe Jaroussky, dont le timbre ne cesse de s’enrichir dans le
bas de la tessiture, offre une parfaite leçon de bel canto,
dans un rôle soudain moins mineur.
De cette distribution solide,
Andreas Spering sait garantir l’équilibre sans concession
à la facilité, tempi raisonnés et contrastes
jamais appuyés, maintenant une progression dramatique plus
efficace que palpitante. Les instruments modernes de l’Orchestre
symphonique de l’Opéra des Flandres ne sont pas, il est vrai,
toujours des plus malléables, avares de tenue dans les airs
introspectifs, où le théorbe pertinent d’Israel Golani
sait parer le discours d’accents plus authentiques. Si ce Rinaldo
fait l’impasse, visuellement comme musicalement, sur le flamboyant et
le merveilleux, la présence maléfique d’Inga Kalna aura
fait souffler un indispensable vent de folie sur
l’épopée haendélienne."
- Milan - Teatro degli
Arcimboldi - 2 (annulé), 3, 6, 7, 8, 9, 10, 12,
14, 16, 17 avril 2005 - dir. Ottavio Dantone - mise en
scène, décors et costumes Pier Luigi Pizzi - avec
Tomislav Muzek/Mirko Guadagnini (Goffredo), Annick Massis/Rosanna
Savoia (Almirena), Daniela Barcellona/Sonia Prina (Rinaldo), Mark
Steven Doss/Marco Vinco (Argante), Darina Takova/Roberta
Invernizzi (Armida), Vito Priante/Christian Senn Vasquez (Mago
cristiano), Alisa Zinojeva/Han Ying Tso (Donna), Han Ying
Tso/Alessia Grimaldi (Prima sirena), Sae Kyung Rim/Raffaella
D'Ascoli (Seconda sirena), Christian Senn Vasquez/Vincenzo
Taormina (un Araldo) - Production de I Teatri di Reggio Emilia

"Prévue le 2 avril,
mais annulée en raison d’une grève de l’orchestre et
d’autres catégories de personnels de la Scala, la
première de Rinaldo a finalement eu lieu, de manière un
peu insolite, le dimanche 3 en matinée, dans un climat presque
surréel, au lendemain de la démission de Riccardo Muti
et de la disparition de Jean-Paul II, auquel les artistes ont
dédié cette représentation.
Créé au Queen’s
Theatre de Londres en 1711, Rinaldo fut probablement le plus grand
succès de Haendei de son vivant. Souvent repris au cours des
années suivantes, il fut plusieurs fais remanié, selon
les exigences et la disponibilité de tel ou tel chanteur.
Confié en 1711 au sopraniste Niccolini, le rôle-titre
fut, par exemple, incarné en 1731 par un autre castrat,
Senesino, qui chantait en alto; Goffredo, contralto en 1711, devint
ténor vingt ans plus tard ; Argante, basse en 1711 (le grand
Giuseppe Maria Boschi), se transforma, lui, en
contralto...
La version choisie par Ottavio
Dantone est plutôt libre : elle propose un mélange des
deux versions principales (1711 et 1731), avec de nombreuses coupures
réduisant la durée totale à deux heures de
musique environ. Dans le cadre d’une direction toujours alerte et
incisive, Dantone n’oublie pas de mettre en évidence la
richesse orchestrale de cette partition, où les instruments
sont souvent appelés à instaurer un véritable
dialogue avec les voix, selon un schéma dramaturgique assez
typique du théâtre baroque. Eloquente dans le chant
élégiaque et vigoureuse dans la coloratura, Daniela
Barcellona confirme sa prédilection pour les rôles en
travesti, avec un Rinaldo d’une crédibilité
scénique et d’une opulence vocale indéniables. Avec son
timbre lumineux et sa ligne scrupuleusement contrôlée,
Annick Massis campe une admirable Almirena et nous offre un «
Lascia ch’io pianga » vraiment touchant, à la fois
mélancolique et désespéré. Darina Takova
se montre plutôt exubérante dans le chant
d’agilité, parfois presque téméraire, ce qui
convient au personnage d’Armida, dont elle souligne
l’agressivité et la fureur. Mark Steven Doss manque de
puissance et de profondeur en Argante, mais il en offre un portrait
somme toute convaincant. Tomislav Muzek on revanche, aux vocalises
pénibles, est un médiocre Goffredo. La
célèbre production signée il y a vingt ans par
Pier Luigi Pizzi (elle lui valut le Prix Abbiati en 1985), avec ses
chars, ses costumes fastueux et ses couleurs très vives,
demeure spectaculaire. Mais ce type de démarche visant
uniquement au plaisir de l’oeil n’est-elle pas un peu
dépassée après la « révolution
» opérée ces quinze dernières années
dans l’univers du théâtre baroque par Peter Sellars,
David Alden ou David McVicar? (Opéra International - mai 2005
- 3 avril 2005)
- Varsovie - Opéra de
Chambre de Varsovie -22, 23
octobre 2004 - Musicae Antiquae Collegium Varsoviense - dir.
Wladyslaw Klosewicz - mise en scène et décors
Ryszard Peryt - scénographie Andrzej Sadowski - avec Jan
Monowid (Gofredo), Olga Pasiecznik (Almirena), Anna Radziejewska
(Rinaldo), Piotr Olech (Eustazio), Andrzej Klimczak (Argante),
Marta Boberska (Armida), Slawomir Jurczak (Mago Christiane),
Julita Miroslawska (Donna), Urszula Jankowska, Justyna Stepien
(Sirene), Slawomir Jurczak (Herold)
"Dans le cadre de l'Ode
to Europe conçue par Stefan Sutkowski dans un esprit
d'intégration, l'intendant et directeur artistique de
l'Opéra de Chambre de Varsovie offre un riche panorama des
cultures musicales des vingt-cinq nations nouvellement unies.
L'hommage rendu à Haendel comportait le populaire Rinaldo et
le méconnu Imeneo, présentés dans des
productions dues l'une et l'autre à la collaboration du
metteur en scène Ryszard Peryt et d'Andrzej Sadowski, auteur
du décor et des costumes, artistes également
signataires du cycle complet des opéras mozartiens.
Fidèles à leur esthétique inspirée de
l'univers pictural et de la gestuelle baroques, ils atteignent
à une traduction extrêmement vivante et communicative
des oeuvres sans avoir besoin de recourir àla moindre
actualisation ni Verfremdung à la mode en Allemagne. Il faut
dire que la lecture musicale de Wladyslaw Klosiewicz, au pupitre de
la formation réunissant l'Ensemble instrumental de musique
ancienne de l'opéra de Chambre et le Musicae Antiquae
Collegium Varsoviense, s'harmonise dans sa constante
plasticité avec l'aspect visuel du spectacle et fait ressortir
autant le coloris instrumental que les subtiles fluctuations
mélodiques. Tenant également le clavecin italien, le
chef s'avère un interprète en tous points magistral du
discours baroque.
...Marta Bobeska et Andrzej
Klimmczak, devenus respectivement Armida et Argante, se retrouvaient
avec Olga Pasiecznik en Almirena dans la distribution de Rinaldo
(1711), où leurs prestations ont été
pareillement acclamées (le lancinant "Lascia ch'io pianga"
d'Almirena eut un effet particulièrement poignant dans sa
sobriété de ton). Superbement stylés, les deux
contre-ténors Jan Monowid et Piotr Olech se sont
distingués dans Goffredo et Eustazio par leur ampleur de
phrasé. Le triomphe fait au Rinaldo d'Anna Radzieijewska,
notamment pour sa fulgurante exécution de l'air final avec
trompette "Or la tromba in son festante", a rendu spontanément
un hommage unanime à une jeune cantatrice dont l'ambitus
vocal, la fermeté du timbre sur tout le registre,
l'impétuosité vocale et dramatique,
l'éblouissante maîtrise des coloratures signalent
déjà une artiste d'exception. Dans son enthousiasme
débordant, le public n'a pas non plus manqué de
renouveler sa gratitude au maître d'oeuvre de la
réalisation musicale, Wladyslaw Klosiewicz" (Opéra
International - décembre 2004)
- Munich - Staatsoper
- 1er, 5, 10 juin 2004 - dir. Ivor Bolton -
mise en scène David Alden - décors Paul Steinberg -
costumes Buki Shiff - lumières Pat Collins - avec Dominique
Visse (Goffredo), Deborah York (Almirena), Ann Murray (Rinaldo),
Axel Köhler (Eustazio), Paul Whelan (Argante), Noemi
Nadelmann (Armida, una Sirene), Christopher Robson (Mago
cristiano, Donna, Araldo), Deborah York (Una Sirene)
- Göttingen -
Stadthalle - Festival Haendel - 27, 29 mai,
1er juin 2004 - Concerto Köln - dir. Nicholas
McGegan - mise en scène Igor Folwill - décors
Manferd Kaderk - lumières Peter Sandvoss - avec Diana Moore
(Rinaldo), Dominique Labelle (Armida), Andrew Foster-Williams
(Argante), Cyndia Sieden (Almirena), Cécile van de Sant
(Goffredo), Christophe Dumaux (Eustazio)
"Après quelques
égarements ces deux dernières années, le
Festival de Göttingen propose enfin, avec cette nouvelle
production de Rinaldo, un spectacle réellement
appréciable. Le théâtre étant
indisponible, les représentations ont lieu dans une salle de
concert aux moyens scéniques réduits. Aux boiseries
claires de la salle, Manfred Kaderk ajoute un mur de briqué et
des toiles peintes. Le plateau est constitué d’un disque
incliné vers le public et partiellement entouré par une
rampe, l’orchestre prenant place dans la salle, devant ce disque.
L’ensemble permet, sous les lumières de Peter Sandvoss et avec
quelques accessoires intelligemment utilisés (miroirs,
sphère géante servant d’écran de projection...),
de créer des reliefs et de donner une intensité
particulière à certains regards. Dans ce cadre, Igor
Folwill défend une approche sobre et contemporaine où
les Sarrasins portent des costumes colorés et brillants, les
Croisés des uniformes gris, sans décoration. Il faut
malheureusement souligner les trop nombreuses coupures
pratiquées dans la partition, rendant certaines scènes
peu cohérentes et affadissant des personnages aussi importants
que Rinaldo et Armida. De plus, les Sarrasins sombrent dans une
bouffonnerie mal venue au cours des deuxième et
troisième actes, laquelle s’efface heureusement à la
fin du spectacle. Les toutes dernières scènes se
déroulent ainsi sans costumes, les interprètes semblant
rejoindre le public dans un geste qui fait ressortir
l’intemporalité de ces situations amoureuses et belliqueuses.
Bonnes idées et maladresses se côtoient donc, mais la
réussite de l’ensemble est indéniable grâce aux
prestations remarquables des interprètes. Diana Moore
prête sa jeunesse et son vibrato serré à Rinaldo
; une plus grande présence vocale devrait venir avec
l’expérience. Cyndia Sieden est une Almirena idéale, de
même que Dominique Labelle dans le rôle souvent mal servi
et pourtant capital de la magicienne Armida. Andnew Foster-Williams
et Cecile van de Sant excellent et portent Argante et Goffredo
à un rare niveau d’émotion pour l’un et de consistance
dramatique pour l’autre. Le contre-ténor Chnistophe Dumaux est
un Eustazio sans reproche. Enfin, sous la direction vive, dramatique
et pleine d’esprit de Nicholas McGegan, le Concerto Köln est
simplement phénoménal." (Opéra International -
juillet/août 2004)
- Toronto - Jane Mallett
Theatre - 27, 28 mars 2004 - Aradia Ensemble - dir.
Kevin Mallon - avec Kimberly Barber, Jane Archibald, Sean Watson,
Barbara Hannigan
- Lecce - Teatro Politeama
Greco - 2 et 4 mai 2003 - dir.
Martin - mise en scène Pizzi - avec Daniela Barcellona,
Katia Ricciarelli, Lepore, Belfiore, Vinco
- Bielefeld - 11,
13, 16 avril, 1er, 8, 31 mai 2003 - dir. Dirk Kaftan -
mise en scène Gregor Horres - avec Silvia Hablowetz
(Rinaldo) - nouvelle production
- Berlin - Unter den
Linden - 17, 19, 22, 24, 26, 29
janvier 2003 - Freiburger Barockorchester - dir. René
Jacobs - mise en scène Nigel Lowery, Amir Hosseinpour -
lumières Franz Peter David - avec Lawrence Zazzo (Gofredo),
Miah Persson (Almirena), Malena Ernman (Rinaldo), Christophe
Dumaux (Eustazio), James Rutherford (Argante), Noëmi
Nadelmann (Armide), Dominique Visse (Mago cristiano) -
coproduction avec l'Opéra de Montpellier et l'Innsbrucker
Festwochen
- Munich - Bayerische Staatsoper - 21, 25, 28 et 30 novembre 2002 - 22, 24
juillet 2003 - dir. Ivor Bolton - mise en
scène David Alden - décors Paul Steinberg -
costumes Buki Shiff - lumières Pat Collins - avec Deborah
York (Almirena), Veronica Cangemi (Armida), Ann Murray (Rinaldo),
Axel Köhler (Eustazio), Nathan Berg (Argante), Dominique
Visse (Goffredo), Christopher Robson (Mago cristiano,
Donna, Araldo), Verónica Cangemi, Deborah York (Due
sirene)
- Innsbrück - Tiroler
Landestheater - 10, 12, 14, 16 août 2002 - Coproduction Opéras de
Montpellier - Innsbrucker Festwochen für Alte Musik -
Freiburger Barockorchester - dir. René Jacobs -
réalisation Nigel Lowery et Amir Housseinpour - avec Vivica
Genaux (Rinaldo), Miah Persson (Almirena,Sirena), Inga Kalna
(Armida,Sirena), Lawrence Zazzo (Goffredo), James Rutherford
(Argante), Christophe Dumaux (Eustazio), Dominique Visse (Mago
cristiano,Araldo)
"Le traitement que Nigel
Loweiry inflige à Rinaldo en collaboration avec le
chorégraphe Amir Hosseinpour déçoit d’autant
plus que ces qualités sont gommées par une
volonté de parodier qui, malheureusement, n’en reste pas
toujours au stade de l’ironie mais arrive trop souvent à celui
de la caricature. Il est bien spécifié sur le livret
qu’il s’agit d’un « dramma per musica ». Lowery et
Hosseinpour en font un opéra-bouffe où tout est bon
pour déclencher le rire du spectateur. Après tout,
pourquoi pas ? On ne leur reprochera donc pas d’être
allés jusqu’au bout de leur concept décidément
bien assumé. Le problème reste que les dimensions
poétique, magique, émotionnelle ne trouvent pas leur
place dans cette mise en scène. Le personnage d’Almirena, par
exemple, élément sentimental moteur, devient alors
insignifiant et reléguée au second plan, au profit de
celui d’Armida. Celle-ci est d’ailleurs le personnage qui semble
avoir le plus fasciné Lowery et Hosseinpour qui
réussissent alors une extraordinaire dramaturgie pour le
finale du deuxième acte parfaitement réussi. Les
sortilèges de la magicienne furieuse de la trahison de son
amant Argante (air « Vo’ far guerra ») sont remarquablement
illustrés par une insensée transformation corporelle
d’Armida, accompagnée par une cadence au clavecin tout aussi
délirante. Le talent de comédienne d’Inga Kalna est
pour beaucoup dans l’indéniable impact de cette scène
complètement déjantée. Théâtre et
musique sont alors bien en accord, ce qui n’est pas le cas la plupart
du temps.
René Jacobs, lui,
respecte la partition d’Haendel à la lettre, tout en faisant
preuve d’imagination lorsque des éléments
musicologiques font défaut (l’emploi des castagnettes lors de
l’apparition des sirènes, l’usage de la harpe dans les
continuo, par exemple). Rinaldo est chronologiquement le
deuxième opéra de Haendel (1711) après
Agrippina. Justement Jacobs dirige celui-ci après
celle-là, à Bruxelles et Paris. La rigueur de sa
direction lui permet de mener ses troupes avec précision et
d’éviter toute monotonie, en particulier par le travail
très précis (hypercontrôlé diront
certains…) sur le texte et la dynamique des récitatifs,
empêchant ainsi une fatale baisse d’attention entre les airs.
Ceux-ci sont traités avec souplesse et émotion, avec
une attention particulière sur le style lors des « da
capo » haendeliens.
Est-ce le même
Freiburger Barockorchester qu’à Montpellier ? A Innsbruck, en
tout cas, cette formation se révèle de premier ordre,
sans qu’aucun défaut ne trouble le déroulement de la
représentation. On louera en particulier les trompettes
naturelles qui ne se laissent pas démonter par la
difficulté de leurs interventions (« Or la tromba »
!) et par Nicolau de Figueiredo, excellent continuiste qui a
l’occasion de briller dans la cadence de l’air de furie
d’Armida.
Les choix artistiques de
René Jacobs peuvent bien-sûr être discutés
comme ceux de tout musicien créatif : il n’en demeure pas
moins qu’ils sont stylistiquement cohérents et
éminemment respectables. Il sera peut-être
intéressant d’attendre la prochaine parution de
l’enregistrement de l’œuvre réalisée par Harmonia Mundi
entre les représentations de Montpellier et
d’Innsbruck.
Jacobs a fait appel à
de jeunes chanteurs, certains contestables, comme Vivica Genaux,
annoncée comme une révélation et qui
déçoit par sa projection insuffisante, ses graves
détimbrés, son aigu cotonneux ; pourtant le travail sur
le style avec Jacobs a porté ses fruits : elle sait triller
merveilleusement, nous offre une belle démonstration de «
messa di voce » dans l’air « Cara Sposa » et vocalise
avec netteté. Inga Kalna est une si fabuleuse
personnalité et interprète qu’on lui pardonne bien
volontiers une vocalisation hors propos au premier acte et un suraigu
acide et serré (ce qui ne l’empêche pas de rajouter pour
cette dernière représentation lors d’une cadence un
contre-ré surprenant !). Miah Persson a plus de mal à
s’imposer tant le personnage d’Almirena verse dans la fadeur dans
cette production ; elle réussit néanmoins une belle
interprétation vocale (timbre d’une belle couleur
fruitée), arrivant même à émouvoir pendant
son « Lascia ch’io pianga » malgré
l’inadéquation de la mise en scène. James Rutherford,
après un début difficile (lourdeur des vocalises lors
de son entrée) incarne Argante avec une indéniable
autorité vocale.
Mais ce sont les
contre-ténors qui donnent le plus de satisfactions (en mettant
de côté la courte apparition d’un Dominique Visse bien
fatigué) : Lawrence Zazzo, déjà
apprécié dans Agrippina est devenu un
spécialiste très sur de ce répertoire et
surtout, bien que dans un rôle somme toute secondaire, la
révélation de la soirée est apportée par
Christophe Dumaux, faisant ses débuts professionnels
scéniques, jeune interprète français sur qui il
faudra compter." (ConcertoNet - 16 août 2002)
- Montpellier -
Opéra Comédie
- 27, 29, 31 juillet 2002 - Coproduction Opéras de
Montpellier - Innsbrucker Festwochen für Alte Musik -
Freiburger Barockorchester - dir. René Jacobs -
réalisation Nigel Lowery et Amir Housseinpour - avec Vivica
Genaux (Rinaldo), Miah Persson (Almirena), Inga Kalna (Armida),
Lawrence Zazzo (Goffredo), Dominique Visse (Mago cristiano,
Araldo), Christophe Dumaux (Eustazio), James Rutherford
(Argante)
- Opéra International - septembre
2002
"Spectacle décapant
s'il en est. Nigel Lowery et Amir Housseinpour n'y sont pas
allés de main morte. Avec cette église
transformée en mosquée, ces grosses bagnoles venues
d'Aleerte à Malibu, ces pom-pom girls
hystériques...on nage dans un baroque très
actuel...L'approche musicale de René Jacobs n'est pas si
éloignée de ces images pas du tout pieuses...Dans
son ensemble, l'équipe de solistes se prête
idéalement à ce double parti pris musical et
scénique. Tous rompus à la discipline du chant
baroque, ils savent aussi être de prodigieux
comédiens...On remarque tout particulièrement les
interventions d'Inga Kalnar, Armida à la séduction
ravageuse...Miah Persson remporte auprès du public un
succès mérité. Reste le cas de Vivica Genaux,
cantatrice à bien des égards irréprochable,
comédienne précise, vocaliste habile, mais à
qui fait défaut une véritable aura. La voix manque
souvent de rondeur et d'ampleur."
- Diapason -
septembre 2002 - Titi et
Rosseminette
"Le metteur en images Nigel
Lowery et son metteur en gestes Amir Housseinpour n'ont retenu de
Rinaldo que la fantaisie...Dès la troisième mesure
de l'Ouverture, voici René Jacobs qui s'envole. Notes
ajoutées, lignes réinstrumentées, tempos
burlesques, cadences fantasques, coups de frein, coups d'archet,
coup de gong ou de castagnettes, gammes de harpe...Lawrence Zazzo
en pleine forme...Vivica Genaux, mezzo en petite voix ; chant et
personnage sommaire en dépit d'un physique idéal et
d'une authentique bravoure...Inga Kalna, star de la
soirée...Miah Persson, comme toujours
impeccable"
- Le Monde de la Musique - septembre 2002 -
Déception à Montpellier
"Le spectacle s'inscrit
dans une ligne désormais convenue qui cinconscrit la
scène haendélienne : le comique à tout va.
L'avalanche de gags tient lieu de pensée
dramatique...Maquettes, marionnettes, clips vidéo (des
soldats Playmobil mis en déroute par un monstre en
plastique), paysages de carte postale, canari géant en
peluche et autres photos de Barbie et Action Man en armes tendent
les ressorts de la mise en scène...Lowery et Hosseinpour
pensent à l'action et au bruit des armes mais
négligent les palipitations et les langueurs du coeur. Dans
la fosse, René Jacobs privilégie aussi
l'efficacité plutôt que le lyrisme...La jeune mezzo
américaine Vivica Genaux possède la technique et
l'aisance propres à dominer le rôle-titre, mais peine
à le faire s'émouvoir."
- Le Monde - Jacobs triomphe sur les armées ricaines -
Bravos unanimes pour les interprètes. Une grande version
à savourer les yeux fermés
"La réalisation de
Nigel Lowery et et Amir Housseinpour a frisé le scandale. La
transposition des croisades dans le contexte d'un affrontement entre
les USA et les pays arabes ne va pas sans "dommages
collatéraux". Les huées s'adressent à
l'esthétoique criarde, à Barbie and Ken, au terroriste
arabe qui s'explose, à l'Argante du pays de l'or noir qui
mange du friskies, à ces images qui se déversent en
diarrhée...La surabondance visuelle, quand on ne s'indiqgne
pas de la récupération racoleuse de l'actualité,
nuit à l'oeuvre...La vraie mise en scène est dans
l'orchestre. René Jacobs est partout et les musiciens du
Freiburger Barockorchester ont une "pêche" terrible...Le
triomphe de cete production tient à l'excellente
distribution...Vivica Genaux est divine de présence et d'une
virtuosité vocale qu'on a du mal à imaginer...Inga
Kalna est une Armida hystérique et incandescente...La douceur,
la rondeur du son de Miah Persson lui conquièrent tous les
coeurs..."
- Libération -
Croisés Rambo et Sarrasins kamikazes pour un Rinaldo
tout en gags - Reste l'excellente croisade haendelienne
menée par René Jacobs à la tête du
Freiburger Barocckorchester et la belle pergformance des
chanteurs
"Personnages en
archétypes militaires et religieux, couleurs
post-soixante-huitardes, diapos, vidéos, marionnettes,
caméras et télévision : la mise en scène
fait feu d tout : vieille quincaillerie et technologie de
pointe...Haro sur une chorégraphie épileptique,
prétendument mimétique de la dynamique vocale...Dans le
camp des chevaliers chrétiens, le Goffredo de Lawrence Zazzo
affiche une belle vocalité qui ira crescendo jusqu'à la
fin, Christophe Dumaux est un Eustazio à la voix joliment
timbrée et agile...Dominique Visse joue à merveille le
vieux mage chrétien à la voix pointue...Miah Persson,
en Almirena, et Inga Kalna, en Armide, toutes deux excellentes
scéniquement, le sont aussi vocalement...James Rutherford
campe un Argante plein d'arrogance vocale...La vraie déception
vient du Rinaldo de Vivica Genaux, dramaturgiquement et vocalement.
Le timbre manque de rrondeur, de couleur, ls extrêmes de la
tessiture sont de faible projection...quant à la
virtuosité, elle se cantonne dans le registre de
l'aseptisation clinique..."
- Le Temps
- 30 juillet 2002 - Rinaldo, héros de Haendel
piégé par Rambo - Superbes, les interprètes
font presque oublier les faiblesses du spectacle
"La mise en scène
voulait frapper, à coups de références pop, de
remâchages d'art contemporain, d'animaus et de gadgets. Rien ne
manquait au menu réchauffé de la pseudo-provocation, ni
les incontournables caméras vidéo, ni les
voitures...Les interprètes sont l'heureuse antithèse de
leur décor...Une musique de rêve dans un monde
consumériste, toujours entre le sarcasme et
l'esbroufe."
- Concerto Net - 27
juillet 2002 - Un Rinaldo dans le
plus pur style Noces et banquets de sous-préfecture, voire
chef-lieu de canton, revisité par Benny
Hill.
"Ami djeune, tu rêves de
devenir musicien et de gagner beaucoup d'argent sans avoir à
apprendre la musique? Alors, laisse tomber Graine de Stars et, toi
aussi, fonde ton orchestre baroque. Tu ne sais pas jouer ? Pas grave,
la fausse note, c'est méga-cool. Tu ne sais pas chanter ?
Aucune importance, le tout est de savoir remuer le bas-rein, dans une
mise en scène top-tendance. Le gagnant de notre grand concours
de l'été sera peut-être invité au prochain
festival de Montpellier. On croyait avoir touché le fond avec
le meurtre en direct de Háry, mais, à Montpellier, le
pire n'est jamais sûr. Prenant cette fois Händel en otage,
les “géniaux” Lowery et Housseinpour nous offrent un Rinaldo
dans le plus pur style Noces et banquets de sous-préfecture,
voire chef-lieu de canton, revisité par Benny Hill.
Après mûre réflexion, le critique
écœuré renonce à faire ne serait-ce qu'une vague
description du vertigineux, de l'abyssal déchaînement de
n'importe-quoi qui envahit l'Opéra-Comédie. Il suffit
de savoir, pour l'édification des masses, que la scène
est traversée tour à tour par une Almirena
déguisée en Marilyn bécasse des abris-bus, un
Rinaldo en treillis (classique), un Goffredo en politicard vicelard
et grimaçant, une Armide obsédée sexuelle qui
finit en poupée gonflable à bouche pipeuse, des arabes
aux sourcils forcément libidineux, avec barbouze et gourmette
au poignet, un monstre transformé en poussin de peluche de
trois mètres de haut (!!), une Barbie et un Kent paras
(!!!!)…
Tout, absolument tout, dans
l'opéra est tourné en ridicule, encombré de
naïades grassouillettes et de chorégraphies façon
Claude François mâtiné Bioman, de gesticulations
et grimaces outrées, de gags lourdauds à la
simili-Chuck Jones (mais lui avait une certaine forme de
génie). Pas un moment n'échappe aux rires
rentrés d'un public flatté dans ses charentaises par un
humour à la petite semaine, résolument situé
en-dessous de la ceinture, pétri de références
à la sous-culture télévisuelle la plus
abêtie.
Et l'œuvre dans tout cela, et
Haendel ? Il paraît, après tout, que Rinaldo est un
opera seria, de style noble, que certains airs y sont d'une absolue
beauté, pleins d'émotion. Oui, mais “Lascia ch'io
pianga” chanté (très mal) par une fausse sirène
à la queue en plastique vert brillant, tandis qu'Argante roule
des yeux fous en s'accrochant au rideau, est tellement couvert par le
murmure des fous-rires qu'on l'entend à peine, de même
que les magnifiques cadences de clavecin pour “Vo' far guerra”
disparaissent sous les gesticulations hystériques d'Armida.
Piètre consolation, ce que l'on perçoit de la part de
Jacobs et de ses troupes est si laid que c'en est presque une
bénédiction qu'on les entende si peu. Orchestre
étriqué, sec et faux, aux décalages constants,
la battue saccadée, sans schéma directeur, de Jacobs
fait des ravages. Côté voix, ce n'est pas mal non plus.
Vivica Genaux, annoncée comme une révélation,
montre une voix dure et mal placée, dans le nez et les joues
principalement. Le grave, tubé et forcé, est laid et la
vocalisation remplacée par une émission saccadée
en mitraillette (c'est de saison). Quant à l'émotion…
Miah Persson a certainement raté le casting de Star Academy :
voix blanche, à l'intonation défectueuse et aux tenues
aléatoires. Le reste est indicible. Seuls émergent
Eustazio (dont l'interprète n'est pas cité dans le
dossier de presse, charmante attention) : chant soigné, voix
agréable, quoique de puissance limitée, lui a les
moyens de son rôle, et Inga Kalnar, la seule parmi les femmes
à apporter un certain professionnalisme à son chant,
mais le style fait défaut et l'on entend plutôt Puccini
que Haendel. Les vocalises, surtout, paraissent souvent hors de
propos.
Arrivé à ce
stade, le critique, qui a pourtant le sens du devoir chevillé
au corps, car nous sommes comme cela, nous, à Concertonet,
prêts à tous les sacrifices, se demande pourquoi il
reste là, effondré sur son fauteuil, à subir
cette… chose. Reste alors la seule solution possible, s'enfuir
à toutes jambes et se rincer les oreilles. Au fait, Marilyn
Horne chante, elle, remarquablement bien Haendel ! Aussi, je laisse
la parole à mon éminent collègue Etienne
Müller, qui a accepté, avec sa grandeur d'âme
habituelle, de rendre compte du troisième acte, le
malheureux.
Quid du dernier acte? le
chroniqueur doit s'armer, non d'un attirail de “Fusco” (Fusiller
commando, terme militaire) sorti d'un nanar de Jean-Claude Van Damme,
style Universal Soldier, mais d'une patience à toute
épreuve pour endurer pareil supplice de Tantale. Après
le tristounet “ballet” de fausses fées
défraîchies, plus à leur place dans un bastringue
miteux et l'épisode de la sirène ( une Esther Williams,
même décatie, eût été plus
sensuelle), voici l'arrivée des Playmobils, “symbolisant”
Eustache et Godefroy à la rescousse du héros
capturé par la magicienne trahie. Pourquoi des Playmobil ?
Mystère ! On les voit gravir, trotti-trottant, d'un pas
conquérant la grande Muraille de Chine. Mais que diable
vient-elle faire dans cette galère? On n'en sait fichtrement
rien. Ah si (détail mineur) les copains tarés de
Rinaldo vont consulter un mage très sage, tel Le Père
Fouras, de Fort Boyard. Son office, s'il l'accepte, sera de les
assister, dans leurs tribulations contre la terrifiante Armide : une
Circé en plus volcanique, très portée sur la
“chose”. Mais tout finira bien, les missiles “Exocet” - tiens ? point
de chars AMX 13, ni de batterie antimissile Patriot ? - enseveliront
l'orgueil musulman sous la poussière sablonneuse. Magnanime,
Rinaldo, sous le regard bienveillant de la Vierge Marie et de Joseph
en pâmoison devant une baudruche infâme censée
évoquer l'Enfant-Roi (anticléricalisme primaire),
pardonne a tous.
Et la Musique dans ce gourbis
sordide, vulgaire et racoleur ? Il est impossible de l'entendre
respirer ; pourtant, elle regorge de moult beautés fulgurantes
qui convertiraient le mélomane le plus réfractaire
à cette esthétique particulière : le flamboyant
opéra baroque, nanti de fioritures abracadabrantes et
d'ornementations somptuaires. De la chatoyance au plan orchestral :
jeux sur les timbres du clavecin, des flûtes ou des trompettes
- incrustations de “poèmes symphoniques” reliant les divers
tableaux. On croule sous une tempête sonore, M. Jacobs
tambourine, cogne et matraque ; et souvent matraque faux. Brisons
là, on en a marre de ces mises en scènes vomitives et
gerbatoires - que l'on excuse ce langage ni amène, ni
châtié - mais motivé par une immarcescible
colère. Haro sur les corrupteurs, impies et sacrilèges.
N'est pas Sellars, Carsen ou Wilson qui veut."
- Resmusica - 12
août 2002 - Rinaldo Maccione
fait son cinéma aux Croisades
"Les mauvaises idées
(surtout les plus basses) font davantage d’émules que les
bonnes. Elle se propagent même à la vitesse de la
lumière ! Il suffit que, pour Salzbourg 2001, Monsieur Mortier
ait requis la collaboration scabreuse d’un metteur en scène
bêtement provocateur dans La Chauve-Souris, par exemple. On y
admirait - en vrac - masturbation, fellation, sodomie, etc… Bon sang,
mais c’est bien sûr ! Que voilà une voie nouvelle
s’offrant à l’art lyrique ! Ainsi qu’une chaîne de
télévision privée, faisons donc de l’audimat (et
du visumat) avec le sexe et ce qui tourne autour... On sait combien
la chair est triste, pourtant, dès lors qu’on se prend
à la représenter - ne serait-ce que par des « gags
» allusifs, au ras des déflorations. En l’occurrence, que
penser d’une face de poupée gonflable géante, bouche
grande ouverte, entre deux gigantesques mains de plastique
écartant les rideaux avec une finesse de strip-teaseuse ?
C’est bien la « vision » que nous assènent MM.
Lowery et Hosseinpour (oui, ils se sont mis à deux) au terme
de l’acte II d’un Rinaldo haendélien massacré. Logique
: Armida étant imposée comme une magicienne
érotomane, sa représentation en appelle aux gadgets de
sex-shop. Étant également dominatrice, elle se
plaît à soumettre Argante à ses fantasmes. Ce
dernier est consentant, et accepte d’être traîné
en laisse tel un bon toutou, et de croquer ses « Friskies »
à même le sol. Véridique. Des filles de joie et
travestis en jambière sortent et ressortent de deux
moitiés de Mercedes encastrées dans une photo-cocotiers
pour agence de voyages : on rit sans retenue. Almirena se retrouve
captive d’Argante : elle est donc un top-model sirénien,
dotée d’une queue à écailles vertes que son
ravisseur promène sur son torse et son bas-ventre.
Heureusement, la chaste femme-poisson s’échappe - et ainsi la
morale reste sauve.
Toutes les métaphores
de la production évoluent-elles dans ce registre,
demanderez-vous ? Que nenni : il n’y a pas que cela dans la vie !
Almirena est enlevée par des gros poussins jaunes à la
solde d’Armida ; Argante apparaît (« Sibillar gli angui
d’Aletto ») en Palestinien à keffieh et lunettes de
soleil (normal, il représente le mauvais camp, celui des
Sarrasins). La télévision intervient pour filmer et
retransmettre sur écran - magie du direct - les
péroraisons de schtroumpf à lunettes de Goffredo. Le
malheureux Eustazio doit chanter avec un havresac sur le dos ;
souhaitons que, comme à l’armée, on ne le lui ait pas
empli de pierres ! Le décor de fond représente sur
d’exquises couleurs (rouge pompier ou vert diarrhée) des
warriors des deux sexes, armés de pistolets et mitraillettes,
et traités en poupées géantes (non gonflables) -
Barbie pour World Company. Des scènes de Guignol (?!) ou des
diaporamas débiles sponsorisés par Toy’R’Us, un tapis
roulant, une église en carton avec clocher-minaret reconvertie
en étable de la Nativité après la déroute
arabe ; des petites voitures téléguidées, des
chasubles pour évêque avec mitre (Goffredo), pour
sacristain (Eustazio) et pour oblat (Rinaldo)... Et encore, des
danses grotesques de majorettes ou d’enfants de chœur sous ecstasy.
On vous passe : les costumes volontairement laids (du second
degré, sans doute) - dont la robe jaune à fleurs vertes
très « sixties » d’Almirena -, le treillis de
Rinaldo ; le terroriste pour attentat-suicide laissant
derrière lui deux moignons de pieds sanguinolents et le Mage
Chrétien directement téléporté du minable
Tamerlano de M. Miller au Théâtre des
Champs-Élysées (en tenue de Mongol). Ne refaisons pas
l’air du catalogue : tout est à l’avenant. Le pire est que
pour faire « mode », la régie semble nous dire :
l’opéra, c’est du toc ; des vieilleries encombrées -
tenez-vous bien - par de la musique. Rions-en donc, renvoyons ces
vocalises et ces instruments obligés dans l’ennui qu’ils
génèrent, en les gommant systématiquement par de
l’ « esprit » Panzerdivision : il en restera bien quelque
chose. En effet : il demeure une sorte d’esthétique du kitsch,
de la « beaufitude » même, contemplant son propre
néant dans une salle transformée en « Dimanche
Martin ».
On est sévère :
il y avait parfois des choses émouvantes, chez Jacques Martin.
Lowery et Hosseinpour appartiennent à la catégorie des
pourceaux selon qui le public mélomane est une entrave
à la floraison de leur inestimable génie. La
dramaturgie du décalage, du persiflage et de l’anachronisme
n’est donnée qu’aux plus grands (Sellars, Carsen...). Des
sous-sous-produits de bourgade peuvent toujours s’employer à
essayer d’imiter : ils ne mettent que davantage en valeur leur propre
vide, et les dons de ceux qu’ils croient copier. A noter qu’il s’agit
d’une coproduction entre Montpellier, Innsbruck et Berlin - vive
l’ouverture européenne vue sous cet angle ! Libre circulation
du nivellement par le bas, il faut que tout le monde en profite. Bon.
On a dit, donc, que cette forme décatie d’art qu’est
l’opéra contient de la musique, très envahissante. Mais
enfin, sursum corda : il faut quand même la jouer et la
chanter, on est professionnel ou on ne l’est pas. Mandé (on
suppose) à grands frais, René Jacobs plonge ce qui
survit de l’auditoire amoureux de Haendel dans la consternation.
Pourtant, il y avait des gages : une grande réussite pour le
Caro Sassone, Giulio Cesare (Harmonia Mundi, 1991) ; et quelques
perles « cavalliennes » (Giasone, Serse, Calisto) sous le
même label. Depuis, de l’eau a coulé sous le pont belge.
On l’a remarqué par l’intrusion de ce chanteur reconverti chez
Mozart : battue de bûcheron, sensibilité de bloc
opératoire, ordonnancement militaire tiennent lieu de
prosopopée. Par un curieux retour de balancier, c’est cette
sacralisation du brutal et du sec, qui est revenue contaminer le
baroque « jacobsien » - porté au pinacle par
René Kœring -, alors qu’on rêvait - pour son plus grand
bonheur - de la prime tendresse du Jules César
précité.
Dans l’ouverture, le chef
réussit à faire plus décharné que le
Nikolaus Harnoncourt des années 1960, c’est un exploit. Se
mordant sans cesse les joues, il mouline un orchestre
véritablement affreux : matitude et atonie en sont les deux
mamelles. Crudité des bois, raideur des cordes, percussions
inutilement violentes débouchent sur des trompettes «
naturelles » d’une fausseté effrayante (les couacs de
« Or la tromba »). Néanmoins, Jacobs essaie -
reconnaissons-lui au moins ce mérite - de solidariser une
troupe vocale en perdition. Un seul artiste tient son rang dans
l’escouade : le très jeune (vingt-trois ans) Christophe
Dumaux, contre-ténor (Eustazio) au timbre et à la
souplesse exceptionnels. De petite volumétrie, ce qui est loin
d’être une tare quand on songe à Genaux, il chante avec
tact, raffinement, humour (le vrai). Un sans-faute tout en
élégance, où se reconnaît le fin musicien
ayant pratiqué le violoncelle - pour un personnage,
hélas, assez secondaire. Son tuteur en voix de tête,
Lawrence Zazzo, n’est pas mauvais : déjà
remarqué dans la Medea de Rolf Liebermann à Bastille
cette année, il déclame avec netteté et
probité - mais aussi avec raideur, et une conviction de nonne
: c’est un Godefroy qui boit le bouillon. Percutant, se sortant
même des pièges redoutables de sa partie, James
Rutherford (Argante) pourrait « y faire croire » ;
malheureusement, le style est aussi cochonné que la mise en
scène, l’italien étant transformé au cas
particulier en bouillie scandinavo-teutonne. Face à lui,
l’Armida d’Inga Kalna est proprement terrifiante : que l’on sache,
seule Chistine Weidinger à La Fenice de Venise en 1989 (avec
Horne…) a réussi à faire plus strident et plus
débraillé dans ce rôle ; les suraigus font
frémir de peur dans l’air d’entrée. Non seulement Kalna
chante « Vo’ far guerra » (fin du II) avec une certitude de
collégienne ; mais elle y est entravée par la noyade de
l’ébouriffante partie du clavecin - préfigurant le
Cinquième Concerto Brandebourgeois - par le chef, qui la
transforme en tapotage sur épinette. Il est vrai que c’est la
fameuse scène de la poupée gonflable : l’attention ne
doit donc pas être dévoyée par de la musique
adventice.
Protagoniste
complètement cruche, Almirena dispose ce nonobstant d’une
partie vocale extraordinaire. Mais son nom est Persson, avec une
onction, là encore, raide comme la justice ; et une
incapacité à faire vivre le plus techniquement simple
(donc le plus musicalement ardu), savoir le célèbre
« Lascia ch’io pianga » - avec sa queue à
écailles vertes. Voix aigrelette, et parfois bien
fâchée avec la justesse. Ou Dominique Visse (Mago
Cristiano) a perdu sa présence irrésistible, ou la mise
en scène l’a inhibé pour le compte : cet expert des
rôles de composition, Nireno de Giulio Cesare par exemple, ne
nous fait même plus rire en chirurgien extrême-oriental
(quelle idée !). On a laissé le principal pour la fin ;
occupons-nous un tantinet de Vivica Genaux. Depuis le terme de
Montpellier 2001, sa venue est annoncée telle celle du Messie
dans la mégalopole de Georges Frêche. Elle est, en
effet, précédée d’une réputation
flatteuse (« la nouvelle Horne », sic), et la plaquette
trousse à sa jeunesse une hagiographie sur quatre colonnes,
déjà. On y lit qu’elle chante les travestis «
lourds » rossiniens, haendéliens, vivaldiens, belliniens
(ce qui se devine aisément, la voix est puissante).
Également, qu’elle triomphe sur toutes les scènes des
États-Unis, sa nation. Très bien. Qu’on juge sur
pièces cette perle rare. L’air initial « Ogn’indugio d’un
amante » ne provoque rien de particulier, il n’est du reste
qu’une mise en bouche, mais très correctement chantée.
C’est lors du duo avec Almirena, puis après le rapt de
celle-ci par les gros poussins jaunes, que les choses se compliquent.
On constate de prime abord que la cantatrice ne ressent strictement
rien de ce que sa partie peut avoir de pathétique. Blocage
scénique, là encore ? Allons donc : la notice nous dit
à quelle point elle est expérimentée, cela ne
tient pas. Le « Cara sposa » est un monument d’ennui, tout
simplement parce qu’il pourrait être la version mise en musique
d’un flash de LCI. Ne parlons pas du « Cor ingrato » qui
s’emboîte, véritablement botté en touche
émotionnelle. C’est déjà très
fâcheux, mais pas rédhibitoire : qu’en est-il de la
technique ?
Elle est inexistante, et cela
se perçoit dès les longs accords suppliants, tenus sur
plusieurs rondes liées, dudit « Cara sposa » : aucun
souffle. Le « Venti, turbini » qui clôt le I (ici,
avec un Te Deum de Tosca version faussement Marx Brothers) met le
doigt sur le plus sérieux : Vivica Genaux ne sait pas
vocaliser, orner, diminuer ; « fioriturer », quoi ! Et elle
s’emploie dans le bel canto (baroque comme romantique) ?... En fait
de vocalité, on a droit à une découpe
labialisée au hachoir, un peu comme si la dame expirait des
apéricubes ; et vu qu’elle court sans cesse après la
respiration, redoutez, bonnes gens, les trilles en oscilloscope.
Droite dans ses bottes comme certain Premier Ministre, elle est une
actrice inexistante, et parachève son brassage d’air par
l’accouchement de graves tubés d’une franche laideur. Ne
continuons pas plus avant. Depuis sa renaissance, qui ne remonte pas
aux « baroqueux » comme on essaie de nous le faire croire -
mais à Leipzig en 1929, avec Alcina - Haendel en a vu
d’autres. Nous aussi, du reste. Simplement, devant pareille
déroute musicale et théâtrale, au final d’un
Montpellier 2002 très petit millésime (¹) et
après tant d’âneries scéniques et autres pas de
l’oie musicaux rebattus depuis des décennies dans le
répertoire dix-huitiémiste - lassitude et
résignation débouchent sur un cri des plus
spontanés à l’égard de tous ces bateleurs :
« ça suffit ! ».
- Forum
Opéra - 29 juillet
2002
"On se réjouissait en
ce soir de juillet en se rendant à l'Opéra
comédie de Montpellier. Au programme, un des plus beaux
ouvrages de Haendel, celui-là même qui marqua son
entrée triomphale dans la vie musicale londonienne . Le chef ?
Un spécialiste de ce répertoire : témoin sa
superbe Agrippina au théâtre des Champs-Elysées
en 2000, et son enregistrement de Jules César au sommet de la
discographie. La distribution ? Des plus prometteuses, avec dans le
rôle-titre une cantatrice présentée comme une
nouvelle Diva. Oui, l'on pouvait s'attendre à vivre une
soirée lyrique excitante, voire mémorable.
Mémorable, elle le fut,
hélas ! On n'oubliera pas de sitôt un désastre
pareil ! Jugez plutôt : au lever du rideau, le cadre de
scène est occupé par un mur rouge sur lequel l'effigie
géante d'un soldat en treillis, mitraillette au poing, fait
songer à une publicité pour un improbable Rambo V. Sauf
que le soldat a la tête de Ken, l'ami de Barbie. D'ailleurs au
deuxième acte nous aurons droit, sur fond bleu cette fois,
à la poupée blonde et sexy, un revolver à la
main. Rinaldo et Almirena, sans doute ? Passons sur la fenêtre
qui s'ouvre, dévoilant un théâtre de Guignol avec
des marionnettes qui se tapent dessus. Le mur rouge disparaît,
laissant place à un hémicycle tapissé de motifs
fleuris rose et vert du meilleur goût. Au centre, une
bâtisse couleur parme avec un clocher orné de
haut-parleurs est placardée de manuscrits en arabe : on
suppose que ce monument ridicule - sorte d'église
relookée en mosquée- est censé
représenter Jérusalem aux mains des Musulmans. En
effet, au tableau final, manuscrits et haut-parleurs s'effondrent.
Une croix apparaît sur le clocher, à la fenêtre,
une Vierge à l'enfant, échappés d'une
crèche vivante. Trois figurants habillés en Rois Mages,
façon Les Inconnus, s'engouffrent dans l'édifice...
Revenons au premier acte :
Rinaldo, on s'en serait douté, est en G.I. avec une barbe de
deux jours, c'est tellement plus viril ! Almirena porte une mini-robe
de mariée avec voile et couronne de fleurs sur la tête.
Elle chante "Combatti da forte" entourée d'un groupe de
donzelles qui se livrent à une gestuelle grotesque en
comparaison de quoi les chorégraphies des Clodettes, dont
elles ont un peu l'allure, étaient du très grand art !
De plus, ces délicieuses créatures gloussent
joyeusement juste avant le da capo. Ensuite arrive Argante, djellaba
et veste blanches, petits mocassins marron et, sur le crâne, un
torchon de cuisine à gros carreaux noirs et gris qui
évoque vaguement le foulard palestinien. Pendant l'aria de
Goffredo, les Clodettes apportent une télévision et
filment le chanteur dont l'image apparaît à
l'écran (tiens, cela ne vous rappelle rien ?) Argante est
très en colère, il arrache l'antenne : neige, puis,
ô miracle, le visage d'Armida emplit la lucarne, juste avant
son entrée. Bon sang, mais c'est bien sûr, c'est une
magicienne ! En complet veston noir, elle ressemble à
l'héroïne de Chapeau melon et bottes de cuir. Soudain
elle agite devant les spectateurs médusés une
boîte de Friskies dont elle répand le contenu sur le
sol, et tandis que le pauvre Argante, à quatre pattes, mange
les croquettes avec application, elle lui passe autour du cou une
laisse pour chien. Au tableau suivant, Almirena se saoule au whisky
pendant l'aria "Augelletti che cantate". Après elle offre ce
qui reste dans la bouteille à Rinaldo. Tous deux terminent
leur superbe duo "Scherzano sul tuo volto" en titubant comme des
fêtards sortant d'une boîte de nuit. Tout à coup
un canari géant, sorte de Titi (sans Gros Minet) enlève
la pauvre jeune fille ! A la fin de l'acte, Eustasio habille Goffredo
et Rinaldo respectivement en évêque et sacristain, puis
des enfants de choeur surgissent et gesticulent comme les Clodettes
du début !
Faut-il vraiment continuer ?
On se bornera à citer pêle-mêle les sirènes
aux seins nus qui s'agitent autour de Rinaldo, la Mercedes
coupée en deux sur fond de soleil couchant et, comble du
raffinement, la tête monstrueuse d'une poupée gonflable,
la bouche béante, projetée en gros plan derrière
Armida qui tente d'interpréter dignement "Vò far la
guerra" avec des mains postiches démesurées. Au trois,
un kamikaze cagoulé, des bâtons de dynamite autour de la
taille, explose, laissant sur le plateau ses deux pieds
sanguinolents. Sur un écran, nous pouvons voir des Playmobils
assaillir une forteresse et aussi quelques monstres issus d'un
mauvais dessin animé japonais. Auparavant, un âne (un
vrai !) traverse la scène : sur son dos le petit missile des
Musulmans ; de leur côté les Clodettes apportent
l'énorme missile des Chrétiens... Vous l'avez compris,
ceux qui ont le plus gros seront vainqueurs ! ..Et ceux qui aiment
Haendel auront du mal à réfréner leur envie de
hurler "Assez !" Haendel, justement, on avait bien failli l'oublier
dans tout ce fatras! Faut-il que les metteurs en scène aient
jugé sa musique ennuyeuse et dépourvue
d'intérêt pour en distraire le spectateur avec tant
d'acharnement et déclencher l'hilarité au moyen de gags
stupides et vulgaires même au beau milieu des scènes
dramatiques et des airs de déploration. Comment garder en
effet une oreille objective quand l'oeil est agressé de la
sorte ?
Disons-le d'emblée
cependant, Vivica Genaux a déçu. Le rôle
dépasse-t-il ses moyens ? Nous sommes loin, en tout cas, de la
merveille annoncée : la voix, souvent dans les joues, est
à court de projection, le timbre a paru bien mat et certains
graves fort disgracieux. Enfin, la cantatrice a une façon
étrange de vocaliser qui évoque les improvisations des
chanteuses de jazz. Quant à l'expression, elle est proche du
néant, mais encore une fois, avec un tel environnement...
N'empêche, la comparer à Bartoli, voire à Horne (
!) relève de la supercherie pure et simple. Son "Or la tromba"
est l'un des plus calamiteux jamais entendus avec en prime des
trompettes fausses et un tempo pour le moins déroutant. Mais
qu'est-il arrivé à René Jacobs ? Etait-il donc
troublé à ce point par ce qu'il avait sous les yeux ?
Toujours est-il qu'il nous a gratifié d'une direction parfois
sèche, souvent brutale, et totalement dépourvue
d'émotion, à des années-lumières de ses
Haendel précédents. Point d'émotion non plus
dans le chant de Miah Persson, qu'on a entendue bien plus
impliquée ailleurs. Peut-on vraiment lui en vouloir ? On l'a
obligée à chanter le somptueux "Lascia ch'io pianga",
l'un des sommets de la partition, couchée par terre,
coiffée et maquillée comme une héroïne des
Feux de l'amour, affublée d'une queue de sirène vert
fluo et faisant des oeillades d'un goût discutable à
Argante... James Rutherford a, certes, des moyens importants, mais sa
voix encore mal dégrossie est privée de nuances. Ses
vocalises, en particulier dans son air d'entrée, sont bien
laborieuses. Inga Kalnar ne manque ni de personnalité, ni
d'abattage, elle incarne avec une conviction méritoire la
sulfureuse Armida. Sa grande scène à la fin du deux,
dramatiquement idoine, convainc, mais ne saurait faire oublier les
stridences qui avaient entaché son air d'entrée. Les
trois contre-ténors en revanche n'appellent que des louanges.
Imperturbable, Dominique Visse campe le mage chrétien avec sa
truculence coutumière, mais pourquoi donc l'a-t-on
accoutré comme un mandarin chinois ? L'Eustasio du tout jeune
Christophe Dumaux capte l'attention durablement : présence
indéniable, timbre séduisant, sa ligne de chant est
impeccable, malgré les sacs à dos et autres valises
qu'il est contraint de porter en permanence. Depuis l'Agrippina du
Théâtre des Champs-Elysées, Lawrence Zazzo ne
cesse de confirmer les espoirs qu'on avait alors placés en
lui. Son Goffredo a toute l'autorité requise, la voix
agréable et homogène possède une technique
solide qui lui permet de triompher d'une partie souvent ardue. De
plus, il évolue avec aisance et réussit à
n'être jamais ridicule, un exploit ! "
- Munich - Bayerische Staatsoper - 27 octobre, 1er, 4, 8, 12
novembre 2001 - dir. Ivor Bolton - mise en scène David
Alden - avec David Walker, Deborah York, Ann Murray, Veronica
Cangemi, Robert Crowe, Axel Köhler, Nathan Berg, Derek Lee
Ragin
- Munich - Bayerische
Staatsoper - Prinzrengententheater - 23, 26, 30 avril, 3 mai 2001 - dir. Harry
Bicket - mise en scène David Alden - avec Deborah York,
Noemi Nadelmann, David Daniels, Axel Köhler
- New York City
Opera - 31 octobre, 4, 9, 12, 15,
18 novembre 2000 - dir. Bicket - mise en scène Francisco
Negrin - décors Anthony Baker - lumières Allen Hahn
- chorégraphie Ana Yepes - avec Daniel Taylor (Goffredo),
David Daniels (Rinaldo), Lisa Saffer (Almirena), Christopher Josey
(Eustazio), Steven Goldstein (Araldo), Denis Sedov (Argante),
Christine Goerke (Armida), Heather Buck, Jennifer Hines, Kate
Aldrich (Sirene), Kevin Burdette (Mago cristiano)

- Grange Park
(G.B.) - 30 juin, 6, 9, 11, 15
juillet 2000 - dir. John Toll - mise en scène David
Fielding - décors Andrew Walsh - chorégraphie Wayne
McGregor - lumières Wayne Dowdeswell - avec Yvonne Howard
(Goffredo), Emma Bell (Almirena), Sara Fulgoni (Rinaldo), William
Towers (Eustazio), Tim Mirfin (Argante), Susan Roberts
(Armida)
"Premier des opéras
londoniens de Haendel, Rinaldo, créé le 24
février 1711, requiert un déploiement de machineries et
d'effets scéniques totalement irréalisable au manoir de
Grange Park, sur un plateau dépourvu de véritables
coulisses. Mais David Fielding, avec l'aide d'Andrew Walsh pour les
décors, de Wayne McGregor pour les mouvements et de Wayne
Dowdeswell pour les éclairages, a prouvé que
l'imagination pouvait aisément triompher des contraintes
budgétaires ou techniques. Pendant l'ouverture, Fielding nous
montre la projection on couleurs d'un papier peint français du
XIXe siècle, offrant une illustration panoramique de
l'intrigue. Par la suite, on peut regretter quelques excès
(Almirena transformée en "pom-pom girl" dans son air
d'entrée, par exemple), mais on s'incline devant la
réussite du tableau final, où la bataille se
déroule comme sur un échiquier. Sara Fulgoni, Rinaldo
à la virtuosité impeccable, sait également se
montrer émouvante dans le célèbre "Cara sposa .
Emma Bell (Almirena) se hisse au même niveau d'intensité
dans "Lascia ch'io pianga", l'Américaine Susan Roherts
triomphant avec aplomb des coloratures du grand air d'Armida, au
deuxième acte. Mezzo-soprano au beau timbre riche, Yvonne
Howard campe un Goffredo plein d'autorité, le
contre-ténor William Towers relevant le défi de l'autre
emploi de castrat, Eustazio, avec beaucoup d'expressivité,
mais également une tendance à se laisser emporter par
l'exubérance de son jeu, au point de perdre de vue la
justesse. Tim Mirfin enfin, apporte une présence charismatique
au roi sarrasin Argante." (Opéra International - octobre
2000)
- Munich -
Prinzregententheater - 10, 13,
16, 20, 23, 26 juillet 2000 - dir. Harry Bicket - mise en
scène David Alden - décors Paul Steinberg - Buki
Shiff - nouvelle production - avec Dorothea Röschmann
(Almirena), Noëmi Nadelmann (Armida), David Daniels
(Rinaldo), Axel Köhler (Eustazio), David Walker (Goffredo),
Egils Silins (Argante), Charles Maxwell (le Mage)
"Difficile de
caractériser cette estshétique qui tient à la
fois de la pantalonnade à grosses ficelles, de la caricature
de spectacle de music-hall, voire du cartoon façon Tex Avery.
Faut-il souligner que bon goût et cohérence dramatique
ne sont pas les vertus cardinales de ce genre de soirée,
où l'on rit certes beaucoup, mais de façon à peu
près aussi subtile et spontanée que dans les sitcoms
américaines ? D'esthétique baroque, d'opera seria, de
perspective historique, il n'est évidemment plus du tout
question : on cherche à séduire un public davantage
curieux de nouveauté que de culture, et si l'on en juge par
les réactions très positives d'une salle comble, ce
concept a un bel avenir devant lui... Et pourtant, quel effroyable
début de soirée ! En fait de croisés, David
Alden met en scène les membres plus ou moins
déjantés d'une sorte de secte, dirigée par un
gourou idéaliste et niais (Goffredo), assisté d'un
frère beaucoup plus pragmatique, voire vénal
(Eustazio). Rinaldo coexiste avec ces gens bizarres, sans vraiment
appartenir au même univers.
Traduction visuelle de cette
"relecture" : un décor hideux, sorte de salon reconverti en
lieu de culte (ah ! l'horrible papier peint à motifs
cabalistiques, le salon en mousse recouvert de chintz orange vif, le
lustre géant dans le plus pur style années 1970...
c'est irregardable !), avec, dans un coin, une minuscule tente
canadienne rouge, d'où Rinaldo s'extirpe, de temps à
autre, à quatre pattes. Comme la mise en scène renonce
à toute forme de rôle travesti, ce ne sont pas moins de
quatre (!) falsettistes qui se partagent ce premier acte, et de
surcroît mal assortis, d'une projection vocale souvent
limitée. Pour tenter d'habiter un tel vide, la direction
d'acteurs accorde une énorme importance aux accessoires : que
ce soit un crucifix, une valise, un lampadaire, chacun passe son
temps à tripoter quelque chose en attendant l'air suivant...
Bref, on s'ennuie à périr. Après le premier
entracte, l'univers magique d'Armida inspire davantage David Alden,
et surtout son décorateur quelques jolies visions, un humour
de meilleur aloi, que l'on doit on fait essentiellement à
l'abattage des deux rôles féminins... Mais il est
déjà fort tard ! Quant au dernier tableau, il retombe
dans le gag lourdingue et le sous-entendu stupide, avec une
consternante absence de complexes.
Irréprochable
côté dames (les délicieuses Dorothea
Röschmann et Noémi Nadelmann, fraîches, accortes,
très en voix), la distribution donne à entendre un
curieux échantillonnage de falsettistes, qui va du calamiteux
au fastueux. Le Mage de Charles Maxwell est inécoutable. Axel
Köhler, splendide tessiture d'alto, apparaît moins
convaincant que d'habitude. David Walker ne délivre qu'un
chant étranglé et sans couleur. Enfin David Daniels,
nouvelle coqueluche montante du chant baroque, fait crouler la salle
dans le rôle-titre, à l'issue d'un "Or la tromha"
ahurissant le timbre reste d'une opulence moyenne, mais quelle
vélocité dans la vocalisation ! La solide voix grave
d'Egils Silins se taille également un beau succès, de
même qu'un orchestre très discipliné
(l'instrumentarium est moderne, mais les effectifs sont
clairsemés et les phrasés relativement inventifs), sous
la direction d'Harry Bicket." (Opéra International - octobre
2000)
- Londres - Barbican
Center - 15 novembre 1999 - dir.
Christopher Hogwood - avec David Daniels (Rinaldo), Cecilia
Bartoli (Almirena), Luba Organosova (Armida), Daniel Taylor
(Eustazio), David Walker (Mago cristiano), Gerald Finley
(Argante), Bernarda Fink (Goffredo), Mark Padmore (un
Héraut)
- Opéra de
Sydney/Opera de Melbourne - 19,
22, 26, 30 juin 1999, 3, 6, 10, 13 juillet, 19, 24, 27, 29
novembre, 3, 7 décembre 1999 - dir. Patrick Summers /
Richard Divall - mise en scène James Robinson -
décors Michael Scott-Mitchell - costumes Michael Wilkinson
- lumières Mimi Jordan Sherin - chorégraphie Stephen
Page - avec Graham Pushee (Rinaldo), Emma Matthews (Almirena),
Ghillian Sullivan (Armida), Richard Alexander (Argante), James
Sanderson (Goffredo), Tobias Cole (Eustazio), Karl Huml (Mago
cristiano), John Heuzenroeder (un Héraut)
- Vienne -16 janvier 1999 - dir. Christopher Hogwood -
avec Cecilia Bartoli (Almirena), Ewa Podles (Rinaldo), Daniel
Taylor (Eustazio), Gerald Finley (Argante), Maria Costanza
Nocentini (Armida), Hilary Summers (Goffredo), Robin Blaze (un
Héraut)
- Théâtre des
Champs Elysées - 6 janvier
1999 - version de concert - dir. Christopher Hogwood - avec
Cecilia Bartoli (Almirena), Ewa Podles (Rinaldo), Maria Costanza
Nocentini (Armida), Hilary Summers (Goffredo), David Taylor
(Eustazio), Gerald Finley (Argante), Robin Blaze (un
Héraut), Elliott
- Catania - Teatro Massimo
Bellini - 1997 - avec Rosa Riccioti
- Grand Théâtre
de Genève - 14, 16, 18,
20, 22, 24 avril 1997 - dir. Daniel Beckwith - mise en
scène, décors et costumes Pier Luigi Pizzi - avec
Jennifer Larmore (Rinaldo), Charles Workman (Goffredo), Donna
Brown (Almirena), Frode Olsen (Argante), Liliane Watson (Armida),
Tomas Tomasson (Mago cristiano)
"Treize ans après sa
création, ce spectacle total, signé du magicien Pier
Luigi Pizzi, paraît plus jeune, plus enchanteur que jamais.
C'est que le raffinement dans l'esthétisme, la
précision dans l'intelligence du texte et de la musique, ont
rarement été poussés aussi loin. S'inspirant de
la Jérusalem délivrée du Tasse, le livret
transpose les Croisades en un récit merveilleux, au sens
premier du terme, qui pourrait sembler à mille lieues de nos
préoccupations actuelles...Pizzi...privilégie la
musique, avec ces airs où Haendel exalte, dans
d'éblouissants feux d'artifice, l'amour, la jalousie, la
colère, la fureur guerrière. Ainsi transcendés,
ces airs acrobatiques échappent à la gratuité :
chacun est enchâssé comme une pierre précieuse
dans la splendeur du spectacle...Triomphatrice de la soirée :
Jennifer Larmore dans le rôle-titre. Comme elle incarne un
farouche guerrier que l'amour humanise, la mezzo américaine
colore de sombres reflets sa voix, module avec finesse chaque nuance
de la partition. Par la qualité de son chant et la
sensibilité de son talent d'actrice, Lillian Watson transcende
les noires machinations de la magicienne Armida. Les volutes de ses
vocalises traduisent la haine et l'amour d'une femme, face à
la douce Almirena de Donna Brown. L'Argante de Frode Olsen dans ses
voiles écarlates, le Goffredo de Charles Workman, le Mago
Cristiano de Tomas Tomasson opposent des voix viriles et percutantes
aux ambiguïtés fascinantes du trio féminin. Sous
la baguette experte de Daniel Beckwith, l'Orchestre de la Suisse
Romande est visiblement à la fête, ravi de faire
partager au public, en un enthousiasme communicatif, les secrets
éclatants de ce spectacle de légende." (Opéra
International - juin 1997)
- Metz - Arsenal -
18 octobre 1996 - Paris -
Théâtre des Champs Elysées - 22 octobre 1996 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - avec Sara Mingardo (Rinaldo), Sandrine Piau
(Almirena), Maria-Costanza Nocentini (Armida), Roberto Scaltriti
(Argante), Laura Polverelli (Goffredo), Pascal Bertin (Eustazio),
Pierre Sclama (Mago), Anne Grimm (Sirene)
- XIVe
Festival de
Beaune - 20 juillet 1996 -
version de concert - version originale de 1711 - Les Talens
lyriques - dir. Christophe Rousset - avec Sara Mingardo, Maria
Costanza Nocentini, Sandrine Piau, Roberto Scaltriti, Evangelia
Costantakos, Pascal Bertin
"Satisfaction du retour
de Sara Mingardo, mezzo vénitienne...Voix chaude, bien
conduite, projetée mais suave : à elle seule un
spectacle. On applaudit Maria-Costanza Nocentini en Armide pour la
ferveur, Sandrine Piau en Almirène pour l'aisance, Robert
Scaltriti en Argant pour l'allure. A la tête des Talens
lyriques, moins lyriques que talentueux, Rousset jubile.
L'opéra italien lui plaît, son plaisir se transmet." -
(Diapason - septembre 1996)
- Wiesbaden - Staatstheater
- 1996 - Staatskapelle Wiesbaden
- dir. Michael Hofstetter - avec Gabriela Künzler (Rinaldo),
Heidrun Kordes (Armida), Deborah Lynn Cole (Almirena), Martin
Bruns (Argante), Florian Mayr (Goffredo), Nicholas Hariades
(Eustazio)
- Halle -
Opernhaus - 3 juin
1993
- Madrid - La
Zarzuela - 11, 15, 19, 22 et 27
avril 1991 - production du teatro Reggio Emilia (1985) - mise en
scène Pier Luigi Pizzi - dir. Antonio Ros Marba - avec
Teresa Berganza (Rinaldo), Maria Bayo (Almirena), Thomas Randle,
Watson, Randle, De Carolis
- Lisbonne - Sao
Carlos - 23 février 1991 -
Orchestre du Teatro Nacional de Sao Carlos - dir. Nicholas Kraemer
- mise en scène, décors et costumes Pier Luigi
Pizzi, avec Teresa Berganza (Rinaldo), Maria Bayo (Almirena),
Christine Weidinger (Armida), Michael Chance (Goffredo),
José Fardilha, Miguelangelo Cavalcanti (le Mage), Elvira
Ferreira (la Sirène)
"Le sublime Rinaldo de Pizzi
poursuit sa route...et rencontre Teresa Berganza...La
complicité de Nicholas Kraemer devient aujourd'hui
éclatante : une pure jubilation instrumentale, d'une justesse
exemplaire...La distribution est à hauteur de
l'évènement...Le timbre aigre,
l'inégalité expressive des registres confirment certes
l'impossibilité musicale et stylistique de l'Armida de
Christine Weidinger...Michael Chance, à l'opposé,
possède toute la placidité angélique des
contre-ténors d'école anglaise...Le baryton clair de
José Fardilha sait préserver toute sa dignité
musicale grâce à une ligne de chant d'une rare
noblesse...Une superbe ligne de chant et un timbre d'une
pureté remarquable qu'on reconnaît dans l'Almirena
mozartienne de Maria Bayo...Et il y a la fascinante Teresa
Berganza...Il faut surtout entendre le passionnant jeu de couleurs,
l'émouvante articulation des mots, la légendaire
transparence des legati. Un Rinaldo tout en nuances, d'une incroyable
vulnérabilité humaine." (Opéra International -
mars 1991)
- Madrid - Teatro Lirico
Nacional - 11? 15, 19, 22, 27 avril 1990 - dir. Antoni
Ros Marba - mise en scène, décors et costumes Pier
Luigi Pizzi - avec Teresa Berganza, Maria bayo, Thomas Randle,
Roberto Scaltriti
- Venise - La Fenice
- 24 juin 1989 - dir. John Fisher - mise en
scène, décors et costumes Pier Luigi Pizzi - avec
Ernesto Palacio, Cecilia Gasdia, Marilyn Horne, Natale de Carolis,
Christine Weidinger
"La machinerie de Pizzi,
savamment huilée, retrouve l'éclat de jadis. Rinaldo
est un superbe condottiere de la Renaissance, et Armida la plus
redoutable des magiciennes...Face au statisme des airs et des duos,
Pizzi ne cesse de recréer des espaces et des lieux,
jusqu'à l'affrontement final où quatre statues
équestres livrent leur dernier duel dans un tournoi
fantastique...Maîtrisant toute la tessiture , Marily Horne
s'est abandonnée aux roulades les plus folles, avec une
rapidité d'exécution déconcertante. Cecilia
Gasdia n'a pas les mêmes notions de style...son chant sait
pourtant devenir précieux et précis dans les
cantilènes. Ernesto Palacio, nullement rompu au chant baroque,
songe un peu trop souvent à Rossini, tandis que Natale de
Carolis, au timbre dur et revêche, se trompe carrément
de répertoire...John Fisher fait de Rinaldo une oeuvre sans
imagination et sans délires, sans rêve et sans
démesure."
- Halle - Festival Haendel
- 1988 - dir. Christian Kluttig - mise en scène Peter Konwitschny -
décors Helmut Brode - costumes Katrin Scholz
- Halle - Festival Haendel
- 1987 - dir. Christian Kluttig - mise en scène Peter Konwitschny -
décors Helmut Brode - costumes Katrin Scholz
- Théâtre
Musical de Paris - Châtelet - 11, 14, 16, 18, 21
et 23 juin 1985 - dir. Charles Mackerras - mise en scène
Pier Luigi Pizzi - avec Zehava Gal/Ewa Podles (Rinaldo), James
Bowman (Goffredo), Janette Scovotti (Armida), Gianna Rolandi
(Almirena), Terry Cook (Argante), James Bowman (Goffredo) -
coproduction TMP/Teatro Reggio Emilia
- Opéra International - septembre
1985
"N'en déplaise à
quelques uns, ce Rinaldo demeure un éblouissement constant.
Pizzi a imaginé un vaste décor en triptyque où
les colonnes se déplacent pour agrandir ou
rétrécir l'espace...On n'oubliera pas de sitôt la
vivacité des couleurs, la luminosité des costumes, les
vagues d'une mer faite d'un simple voile animé...Ewa Podles et
Zehava Gal ont affronté vaillament toutes les
difficultés de Rinaldo. De son côté, Jeannette
Scovotti, d'une voix précise, agile et claire, a bien fait
percevoir la caractère ambigu de la magicienne Armida, tandis
que Gianna Rolandi campait une touchante Almirena, et Terry Cook un
Argante de fière allure. Le Goffredo de James Bowman a paru
légèrement placide. L'Orchestre de Paris jouait avec
une acuité exemplaire, un plaisir évident, sous la
baguette vigoureuse de Charles Mackerras."
- Opéra International
- juin 1985 - Tricentenaire Haendel - Enfin Rinaldo
!
- Reggio Emilia - Teatro
Romolo Valli - 5 février 1985 - dir. Charles
Farncombe - mise en scène, décors et costumes Pier
Luigi Pizzi - avec James Bowman/R. Martin-Oliver (Goffredo),
Benita Valente (Almirena), Simone Alaimo (Argante), Cynthia Clarey
(Rinaldo), Elizabeth Pruett (Armida), Giovanni Furlaneteto
(Araldo), Donatella Saccardi (Sirene), Sara Dilena (Sirene,
Donna), Alfredo Giocomeetti (Mago cristiano),
"...La façade d'un
palais au tout devant de la scène, tel un rideau, dans les
niches latérales desquelles apparaissent comme des statues,
Rinaldo et Goffredo qui, tout en devenant des êtres humains,
vont garder pendant toute la soirée leur impassibilité
marmoréenne...Tout pourrait être statique...et pourtant
tout bouge constamment, dans le respect même de toute la
virtuosité inhérente au style baroque....On aurait
souhaité une distribution peut-être plus
éclatante...James Bowman est un Goffredo crédible,
Benita Valente une touchante et langoureuse Almirena, Simone Alaimo
une Argante de fière allure, et Cynthia Clarey un Rinaldo
digne d'attention...Charles Farncombe a réalisé sa
propre version de ce Rinaldo, qu'il a dirigé avec un
très grand scrupule et suivant le rythme implacable
imposé par la mise en scène de Pizzi." (Opéra
International - mars 1985)
- Karlsruhe - Festival
Haendel - février/mars 1985 - dir. Jean-Claude
Malgoire - mise en scène Jean-Louis Martinoty -
décors Heinz Balthes - costumes Walek
- New York - Metropolitan
Opera - 1984 - Chicago
- 2 mai 1984 - en version de concert - Toronto - 9 juin 1984 - dir. Mario
Bernardi - mise en scène Frank Corsaro - décors Mark
Negin - avec Marilyn Horne (Rinaldo), Benita Valente (Almirena),
Edda Moser (Armida), Dano Raffanti (Goffredo), Samuel Ramey
(Argante)
- Karlsruhe - Festival
Haendel - 10 juillet 1983 - dir. Charles Farncombe -
mise en scène Jean-Louis Martinoty - décors Heinz
Balthes - costumes Walek - dir. Charles
Farncombe - avec John-Angelo Messana (Rinaldo), Pamela Hamblin
(Almirena), Penelope Thorn (Armida), Eike Wilm Schulte (Argante),
Anton de Ridder (Goffredo)
- Tourcoing - 30
octobre 1982 - exécution en concert - dir. Jean-Claude
Malgoire - avec Paul Esswood, Henri Ledroit, Blanzat, Harry,
Cold
- Opéra d'Ottawa
- 1982 - dir. Mario Bernardi - mise en scène
Frank Corsaro - décors Mark Negin - avec Marilyn Horne
- Karlsruhe - Badisches
Stadtstheater - 27 juin au 8
juillet 1981 - dir. Charles Farncombe - mise en scène
Jean-Louis Martinoty - décors Heinz Balthes - costumes
Maria-Luise Walek - choeurs Albert Limbach - avec John-Angelo
Messana (Rinaldo), Pamela Hamblin (Almirena), Penelope Thorn
(Armida), Eike Wilm Schulte (Argante), Anton de Ridder
(Goffredo)
- Cambridge - Caius College
- 10 juin 1980 - dir. Graeme Jenkins - mise en
scène Malcolm Hunter - avec Sharon Cooper (Rinaldo),
Melanie Armitstead (Almirena), Fiona Stewart-Wilson (Armida),
Martin Bussey (Argante), Paul Brophy (Eustazio)
- Londres - Sadler's Well
Theatre - 8 novembre 1978 - dir. Charles Farncombe -
mise en scène Julian Oldfield - décors Miranda
Melville - avec Gillian Knight (Rinaldo), Wendy Eathorne
(Almirena), Eiddwen Harrhy (Armida), Kenneth Bowen (Goffredo),
Harry Coghill( Mago), Deborah Goody (Sirene)
- Festival
Halle - 1977 - Londres - 7 mai
1978 - English Bach Festival - dir. Jean-Claude Malgoire - avec
Carolyn Watkinson (Rinaldo), Marilyn Hill-Smith (Almirena),
Eiddwen Harrhy (Armida), Ian Caddy (Argante), Paul Esswood
(Goffredo)
- Houston - Grand
Opera - 16 octobre 1975 -
édition de Martin Katz - dir. Lawrence Foster - mise en
scène Frank Corsaro - décors et costumes Franco
Colavecchia - avec Marilyn Horne (Rinaldo), Noëlle Rogers
(Armida), Evelyn Mandac (Almirena), Samuel Ramey (Argante), John
Walker (Goffredo)
- New York - Carnegie Hall
- 27 mars 1972 - version de
concert - première exécution aux Etats Unis - dir.
Stephen Simon - avec Beverly Wolff (Rinaldo), Louis Marshaall
(Almirena), Frances Bible (Armida), Raymond Michalsky (Argante),
Murray Dickie (Goffredo)
- Londres - Sadler's Wells
- 24 juin 1965 - Orchestre Handel Opera Society -
dir. Charles Farncombe - mise en scène Douglas Craig -
décors et costumes Anthony Powell - avec Yvonne Minton
(Rinaldo), Gerald English (Goffredo), Mary Thomas (Almirena),
Jennifer Vyvyan (Armida), Benjamin Luxon (Argante)
- Londres - Sadler's Wells -
17 mars 1961 - reprise au
Festival Haendel - Halle - Orchestre
Handel Opera Society - dir. Charles Farncombe - mise en
scène Douglas Craig - décors et costumes Anthony
Powell - avec Helen Watts (Rinaldo), Rowland Jones (Goffredo),
Elsie Morison (Almirena), Jennifer Vyvyan (Armida), Peter Glossop
(Argante), Hervey Alan (Mago), Eileen Poulter (Sirene)

- Halle - Festival Haendel
- 1954 - Orchestre du Landestheater Halle - dir. Horst
Tanu Margraf - mise en scène Siegmund Kraup - décors
et costumes A. Longenbeck - en allemand
- RAI de
Rome - 10 novembre 1947 -
Première reprise de l'oeuvre - dir. Previtali - avec
Stignani, Gatti, Anzellotti, Cadoni, Cook, Clabassi
- Paris -
Société des Concerts du
Conservatoire - 29 avril 1849 -
air - orchestration Meyerbeer - dir. Narcisse Garcin - avec
Pauline Viardot
Retour à
la page d'accueil