Le compositeur

SEMELE

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

William Congreve

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1956

-
Anthony Lewis
Oiseau Lyre
33 t
anglais
1973

Johannes Somary
Vanguard Classics
2
anglais
1973

Johannes Somary
Harmonia Mundi
1
anglais
1973
1998
Johannes Somary
Regis
2
anglais
1973
2007
Johannes Somary
Alto
2
anglais
1977
1994
Helmut Koch
Berlin Classics
3
allemand
1981

-
Peter Seymour

-
2
anglais
1983
1999
John Eliot Gardiner
Erato
2
anglais
1983
1995
John Eliot Gardiner
Teldec
1
anglais
1985

-
John Nelson
Legendary Recordings

anglais
1990
1993
John Nelson
Deutsche Gramophon
3
anglais
2002
2003
Antony Walker
ABC Classics
3
anglais
2003
2004
David Stern
Pierre Vérany
2
anglais
2007
2007
Christian Curnyn
Chandos Chaconne
3
anglais
2007
2008
Joachim Carlos Martini
Naxos
3
anglais

DVD

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
2007
2009
William Christie
Decca

 

  The Story of Semele, oratorio profane (HWV 58), sur un sujet - les amours de Jupiter et Sémélé - tiré des Métamorphoses d'Ovide. Le livret résulte d'une adaptation - sans doute de Newburg Hamilton - d'un masque de William Congreve (1670-1729) écrit pour John Eccles (1707), augmenté d'autres textes de Congreve et de Pope.

William Congreve

Haendel commença la composition le 4 juin 1743, compléta l'acte I le 13 juin, l'acte II, le 20 juin, et termina l'instrumentation le 4 juillet. Il avait délaissé l'opéra italien depuis 1741, c'est pendant l'été 1743 qu'il renonça, après avoir tout d'abord donné son accord, à donner suite à la proposition de Charles Sackville, comte de Middlesex, d'écrire un ou deux opéras pour la compagnie d'opéra portait son nom et qui cherchait à séduire les Londoniens.

L'oeuvre fut créée, à Londres, au Covent Garden, le 10 février 1744, à la manière d'un oratorio, avec Elisabeth Duparc, dite la Francesina (*) (Semele, l'Augure), la mezzo-soprano Esther Young (Ino, Junon), la soprano Christina Maria Avoglio (Iris), le ténor John Beard (Jupiter et Apollon), le contre-ténor Daniel Sullivan (Athamas), la basse Frederick Thomas Reinhold (Cadmus, le Grand-Prêtre, Somnus).

Mrs Delaney écrivit : la Francesina s’est extrêmement améliorée, ses notes sont plus distinctes, et il y a quelque chose de tout à fait surprenant dans ses ornements. Elle fut très applaudie et la salle était pleine, mais non pas bondée.

Elisabeth Duparc, dite la Francesina

Semele ne fut exécuté que quatre fois, jusqu'au 22 février. L'oeuvre suscita des commentaires élogieux, mais aussi des oppositions, ne serait-ce qu'en raison de la date de son exécution, pendant le carême.

Les personnages de Cupidon et de l'Augure fut retirés par Haendel avant la création.

Remaniée, l'oeuvre fut reprise le 1er décembre 1744 au King's Theatre pour deux concerts. Les rôles d'Ino et Junon, tenus par Esther Young lors de la création, furent dissociés entre Mlle Robinson (Ino) et la jeune mezzo italienne Caterina Galli (Junon). Athamas fut chanté par le castrat Angelo Maria Monticelli.

Elle ne fut reprise par la suite que le 19 mars 1762, à Covent Garden, avec de nombreuses coupures.

 L'oeuvre fut éditée en février/mars 1744 par l'éditeur John Walsh, sauf les récitatifs. La première édition complète fut publiée par Samuel Arnold, en 1788. Semele fut ajoutée par Friedrich Chrysander à son édition en 1860.

 

(*) soprano française, instruite en Italie, embauchée en 1736 par l'opéra de la Noblesse, qu'elle quitta en 1738 pour chanter dans Faramondo et Serse. Elle créa le rôle de Semele, puis chanta dans Saul, l'Ode à saint Cécile, Hercules, Belshazzar.

 

Personnages : Apollon (ténor), Junon (contralto), Iris (soprano), Semele, fille de Cadmus (soprano), Ino, sa soeur (contralto), Cadmus, roi de Thèbes (basse), Athamas, prince de Béotie (contre-ténor), Cupidon (soprano), un Augure (soprano), un Prêtre (basse)

 Congreve décrit l'argument, tiré des Métamorphoses d'Ovide : Après les amours de Jupiter avec Europe, fille d’Agenor, roi de Phénicie, il met de nouveau en fureur Junon avec une nouvelle liaison dans la même famille ; c’est-à-dire avec Sémélé, nièce d’Europe et fille de Cadmus, roi de Thèbes. Sémélé est sur le point d’épouser Athamas ; ce mariage est prêt à être célébré dans le temple de Junon, déesse des mariages, quand Jupiter sous le signe de mauvais présages interrompt la cérémonie; il transporte ensuite Sémélé dans une demeure privée préparée pour elle. Junon, après de nombreux stratagèmes, prend la forme et la voix d’Ino, soeur de Sémélé; grâce à ce déguisement et à des insinuations habiles, elle parvient à lui faire demander une requête à Jupiter, qui, étant accordée, doit provoquer sa ruine complète.

Le livret fut complété par des choeurs et des arias. Des hypothèses ont été émises pour l'auteur des modifications : Newburgh Hamilton, qui avait réalisé des travaux semblables pour Haendel avec des poèmes anglais de Dryden (Alexander’s Feast) et Milton (Samson) ; ou James Miller, l’auteur de Joseph and His Brethren que Haendel mit également en musique au cours des mois d’août et septembre 1743.

L’adaptateur allongea le livret de l’opéra avec des textes empruntés à d’autres poèmes de Congreve : les airs supplémentaires de Sémélé “The morning lark” et “My racking thoughts” sont tous deux extraits de l’élégie To Sleep; le récitatif d’Ino “O’er many states” provient de sa traduction de l’Hymn to Venus homérique; la majeure partie du choeur “O terror and astonishment !” provient de Of Pleasing : an epistle to Sir Richard Temple. “But hark ! the heav’nly sphere turns round” chanté par Ino, est extrait de l’ode On Mrs Arabella Hunt, singing, qui entre-temps avait été cité dans l’Ode to Mr Handel On his Playing on the Organ (1722) de Daniel Prat. Seuls trois nouveaux textes ne proviennent pas d’oeuvres de Congreve : il semble que “Despair no more shall wound me” d’Athamas et le choeur final “Happy, happy shall we be” furent spécialement écrits, tandis que le célèbre air de Jupiter “Where’er you walk” est une adaptation de la pastorale Summer d’Alexander Pope. (d'après la notice Chandos)

 

Synopsis (en deux actes)

Acte I

Cadmus, ses deux filles, Semele (soprano) et Ino, et Athamas sont réunis dans le temple de Junon, où des prêtres offrent un sacrifice en l'honneur du mariage prochain de Semele et d'Athamas. Un signe d'approbation de la déesse ayant été perçu, Cadmus et Athamas prient Semele de ne pas retarder la cérémonie plus longtemps. Mais dans un aparté, Semele déclare son amour à Jupiter (ténor) et lui demande de l'aider à échapper à cette union. Ino, soeur de Semele, est également d'humeur chagrine, car elle est passionnément éprise d'Athamas, qui ne reconnaît pas ses sentiments.

Soudain, le tonnerre éclate au loin. Les prêtres en tirent un mauvais présage, et tous fuient le temple sauf Athamas et Ino. Ino tente d'exprimer son amour, mais Athamas prend ses paroles pour un simple témoignage de sympathie. Cadmus revient leur annoncer qu'il a vu Semele se faire enlever et transporter vers les cieux par un aigle énorme en lequel les prêtres ont reconnu nul autre que Jupiter. Les prêtres encouragent Cadmus à tarir ses larmes et à célébrer. Descend alors du firmament le chant de Semele, qui raconte qu'elle est comblée par un plaisir et un amour éternels.

Junon envoie la déesse Iris découvrir où Jupiter a emmené Semele. À son retour, Iris lui décrit le lieu de retraite de sa rivale. Furieuse, Junon jure de se venger sur Semele et sa descendance. Elle résout d'invoquer les pouvoirs de Somnus (basse), dieu du Sommeil, pour faire tomber de lassitude les paupières du dragon vigilant qui garde l'entrée de la demeure de Semele.

Acte II

Se réveillant d'un rêve heureux, Semele accueille Jupiter qui arrive. Les amants échangent des serments de tendresse, mais Jupiter sent bien le mécontentement de Semele, qui lui avoue la solitude dont elle est la proie en son absence. Craignant qu'elle ne désire accéder à l'immortalité, Jupiter tente de distraire Semele en envoyant chercher sa soeur Ino, qui est transportée à Olympe par deux zéphyrs. À l'arrivée d'Ino, les deux soeurs s'embrassent, et les retrouvailles se concluent par un tableau dans lequel le choeur et les deux soeurs chantent les joies de la musique.

Junon se rend à la caverne de Somnus pour y réveiller le dieu du Sommeil. Pour vaincre les hésitations de Somnus, elle doit lui promettre les faveurs de sa nymphe favorite, Pasithéa. Le dieu du Sommeil convient alors de jeter sur Jupiter un sort qui fera apparaître dans ses rêves une vision si belle et si séduisante de Semele qu'il ne pourra s'empêcher d'accomplir toutes les volontés de son amante. Somnus est également chargé d'endormir Ino et les sentinelles afin de permettre à Junon d'entrer dans la demeure de Semele sous les traits de sa soeur.

Semele est seule dans sa chambre lorsque Junon arrive, déguisée en Ino et tenant à la main un miroir magique dans lequel Semele se verra plus ravissante que jamais. Grâce à cet artifice, Junon parvient à éveiller la vanité de Semele et à lui tendre un piège. Elle lui conseille d'interdire son lit à Jupiter tant qu'il ne lui aura pas fait le serment de réaliser tous ses souhaits. Elle lui recommande ensuite d'exiger que Jupiter lui apparaisse sous sa forme naturelle de "redoutable dieu du Tonnerre", car ce n'est de cette façon que Semele pourra atteindre à l'immortalité. Semele remercie Junon, qui se retire, exultant.

Jupiter entre dans la chambre de sa maîtresse, ivre d'amour, mais Semele repousse ses avances jusqu'à ce qu'il se soit engagé à accomplir toutes ses volontés. Lorsque Semele demande à son amant de lui apparaître sous ses traits de dieu du Tonnerre, il tente de lui faire renoncer à cette idée, mais en vain. Jupiter est bouleversé, car il sait que même s'il adoucit son tonnerre et sa foudre autant qu'il en est capable, sa présence sous forme divine tuera Semele. Semele voit alors Jupiter descendre du ciel entouré d'un nuage émettant éclairs et coups de tonnerre. Elle s'aperçoit aussitôt qu'elle est perdue, victime de sa propre vanité, et est rapidement consumée par les flammes.

De retour à Thèbes, Ino raconte la mort de Semele à Cadmus et aux prêtres et leur annonce que Jupiter lui a ordonné d'épouser Athamas. Apollon, dieu de la Prophétie, apparaît sur le mont Cithéron pour déclarer à la foule assemblée qu'un phénix naîtra des cendres de Semele. Il s'agira de Bacchus, dieu du Vin, qui apportera à tous le bonheur éternel.

 

Synopsis détaillé (en trois actes)

  Acte I

Le temple de Junon, à Thèbes. Près de l'autel se trouve une statue en or de la déesse. Les prêtres portent leurs vêtements de cérémonie. Des flammes s'élèvent de l'autel et on voit la statue de Junon s'incliner.

Sémélé, fille du roi Cadmus, est fiancée à Athamas, prince de la Béotie voisine, mais elle aime secrètement Jupiter qui lui est apparu sous un déguisement.

(1) Le prêtre proclame que Junon a accepté un sacrifice, et la foule assemblée se réjouit (Lucky omens bless our rites). Son père et son fiancé prient Sémélé de ne pas retarder la cérémonie de mariage plus longtemps ; elle supplie les dieux de l'aider dans cette situation difficile (Oh Jove, in pity teach me which to choose).

Dans la scène suivante, qui est parfois coupée, Sémélé exprime son chagrin (The morning lark) et Athamas son amour pour elle (Hymen, haste, thy torch prepare !). Ino craint que sa soeur ne cède aux prières d'Athamas, dont elle est également éprise. Semele la presse de lui confier toutes ses pensées. Cadmus sermonne Ino (Why dost thou thus untimely grieve ?) qui lui répond. Sémélé et Athamas interviennent, si bien que l'aria de la basse se transforme en un magnifique quatuor. Le feu s'éteint sur l'autel, et le peuple accueille avec terreur ce signe du mécontentement divin (Avert these omens, all ye powers). La flamme renaît et la statue s'incline. Mais quand elle s'éteint à nouveau le peuple sait que ce n'est plus la colère de Junon, mais celle de Jupiter qui se manifeste. La foule paniquée se précipite hors du temple (Cease your vows, 'tis impious to proceed). Cadmus, escorté de sa suite, entraîne Sémélé ; Athamas et Ino restent seuls.

(2) Ino avoue à Athamas l'amour qu'elle lui porte. Athamas est prêt à se sacrifier pour elle. Duo (You've undone me). (3) Cadmus revient avec sa suite et annonce à Athamas avoir vu un aigle enlever Sémélé. (4) Tous pleurent sa disparition jusqu'au moment où les prêtres saluent Cadmus et lui annoncent que la faveur de Jupiter est descendue sur sa famille (Hail Cadmus, hail !) - explication qui ne souffre aucune contradiction, car Sémélé émerge d'un nuage pour les rassurer dans une aria magnifique (Endless pleasure, endless love Semele enjoys above).

Acte II

Sinfonia

Un paysage agréable clos par une montagne tapissée de forêts et où jaillissent des cascades. Junon et iris apparaissent : Junon dans un char tiré par des paons, Iris sur un arc-en-ciel. Les deux soeurs descendent de leur engin et se renccontrent

(1) Junon a chargé sa soeur Iris de retrouver Sémélé. Iris lui montre le palais que Jupiter a fait construire pour Sémélé, près de Cythère. Junon se répand en invectives contre Semele, et crie vengeance. Iris lui raconte comment Jupiter a entouré sa nouvelle favorite de protections, dont deux dragons féroces. Dans une aria vigoureuse et déterminée (Hence, hence, Iris hence away), Junon dit à sa soeur qu'elles vont demander à Somnus, le dieu du Sommeil, de sceller par le sommeil les yeux de ces dragons, et qu'ensuite elle se vengera.

Un appartement dans le palais de Semele. Elle dort ; des Amours et des Zéphyrs attendent

(2) Cupidon vient chanter l'aria Come, Zephyrs, come while Cupid sings qui est omise dans les partitions pour voix - de même que le rôle de Cupidon était carrément supprimé dans l'adaptation du livret de Congreve - et dont Haendel a utilisé la première partie dans Hercules (How blest the maid !). Semele s'éveille, et chante l'un des airs les plus fameux de Haendel (Oh sleep, why dost thou leave me?).

(3) Les Amours font rentrer Jupiter auprès de Sémélé ; il lui jure son amour avec lyrisme (Lay your doubts and fears aside). Sémélé répond par l'aria ornée (With fond desiring), dont le refrain est chanté par le choeur des Amours et des Zéphyrs. Sémélé se plaint, et Jupiter la presse d'exprimer les voeux qu'il pourrait satisfaire. Quand elle évoque la différence fondamentale qui les sépare, lui un dieu, et elle une mortelle, il s'inquiète du tour que prennent ses pensées et cherche en hâte à l'en distraire (I must with speed amuse her). Ils se retirent, et le choeur commente (Now Love, that everlasting boy, invites to revel). Jupiter revient et annonce son intention d'offrir la compagnie d'Ino à Semele. Il les installera toutes deux en Arcadie. Si cette aria sereine (Where'er you walk) a valeur de présage, on peut espérer que les deux soeurs connaîtront la félicité en ce lieu.

Transportées dans un cadre bucolique, Sémélé et Ino s'embrassent. Des bergers et bergères se joigent à elles. Les deux soeurs s'assoient et contemplent les jeux champêtres

(4) Ino raconte son voyage, et comprend qu'elle s'est rendue en un lieu saint à la demande expresse de Jupiter (But hark ! the Heavenly sphere turns round). Elle chante un duo avec Semele (Prepare, then, ye immortal choir), laissant au choeur le soin de conclure (Bless the glad earth with heavenly lays).

Acte III

La grotte de Somnus. Le Dieu du Sommeil est étendu sur sa couche. On entend une douce symphonie. Puis la musique change de rythme

(1) Entrée de Junon et d'Iris : elles vont demander à Somnus son aide pour écarter les obstacles accumulés par Jupiter autour de Semele. La lente aria de Somnus (Leave me loathsome light) - pièce d'une grande beauté qui le caractérise parfaitement - se termine par ce vers évocateur : Oh murmur me again to peace. Junon sait comment le stimuler. En effet, à la seule mention du nom de Pasithéa, il renaît à la vie (More sweet is that name than a soft purling stream). Junon dévoile son plan : Jupiter doit être éloigné de Sémélé par des rêves, les dragons doivent être calmés d'un coup de baguette de plomb, et Ino doit s'endormir afin que Junon prenne sa forme pour apparaître devant Sémélé. L'amoureux Somnus, à qui elle promet Pasithéa, lui accorde tout ce qu'elle demande dans le duo : Obey my will.

Sémélé dans ses appartements

(2) (3) Junon, sous l'apparence d'Ino, complimente Sémélé pour se beauté et lui demande si Jupiter lui a accordé l'immortalité. Elle présente un miroir magique à Sémélé, qui s'y contemple avec admiration. Son aria bravura (Myself I shall adore), avec son effet d'écho, montre comment Haendel savait faire d'une idée frivole un air d'une grâce et d'une beauté suprêmes. Junon conseille à Sémélé de repousser les faveurs de Jupiter tant qu'il ne lui promettra pas l'immortalité et qu'il n'apparaîtra pas sous sa forme divine, et non en simple mortel comme il l'a fait jusqu'ici. Car Junon sait qu'à la seule vue du dieu, Sémélé mourra. Celle-ci, crédule, l'embrasse (Thus let my thanks be paid). Junon, entendant Jupiter approcher, se retire.

(4) Jupiter entre, veut embrasser Sémélé. Elle le regarde aimablement, mais s'éloigne un peu de lui. Jupiter confie à Sémélé que, dans un rêve, elle l'a repoussé; son aria (Come to my arms, my lovely fair) est d'une extrême ardeur ; mais elle ne faiblit pas et s'en tient à sa résolution (I ever am granting, you always complain).

Jupiter lui donne se parole d'accomplir son désir, quel qu'il soit. Elle demande à le voir dans toute sa splendeur divine. Il manifeste sa consternation par des fioritures agitées (Ah, take heed what you press), mais elle insiste, mettant autant d'emphase dans ses vocalises (No, no, I'll take no less).

(5) Jupiter, resté seul, déplore dans un récitatif bouleversant les conséquences inévitables de son serment.

(6) Junon célèbre son triomphe imminent (Above measure is the pleasure).

Sémélé songeuse, est étendue sous un dais. On entend une "symphonie funèbre". Sémélé lève les yeux et voit Jupiter descendant sur un nuage Des éclairs éclatent de tous côtés et on entend le tonnerre gronder dans l'air.

(7) Sémélé réalise trop tard que cette vision la brûle mortellement, et expire (Ah me ! too late I now repent).

Lorsque le nuage où trônait Jupiter arrive juste au dessus du dais sous lequel Sémélé se reprosait, un éclair fend soudainement le ciel, et le tonnerre se met à gronder. Sémélé et son palais disparaissent, tandis que Jupiter remonte rapeidement au ciel. On voit le nomt Cythère se détacher en arrière-plan d'un paysage plaisant.

(8) A la cour de Cadmus, le choeur commente cette histoire d'amour et de mort qu'Ino vient de rapporter (Oh terror and astonishment, Nature to each allots his proper sphere). Elle révèle aussi que, selon une prophétie, elle doit épouser Athamas. Celui-ci, respectueux des convenances, s'en réjouit (Despair no more shall wound me).

Un nuage éclatant descend et s'arrête sur le Mont Cythère. Le nuage s'ouvre et laisse apparaître Apollon, asis tel un Dieu Prophétique

Apollon déclare qu'un phénix naîtra des cendres de Sémélé, qqui témoignera d'un dieu plus grand que l'Amour et qui empêchera pour toujours les soupirs et les chagrins. Le choeur se réjouit (Happy, happy shall we be).

(d'après Tout l'Opéra - Kobbé - Robert Laffont)

 

  "Avec Semele, Handel a tenté de proposer un opéra anglais. Jusque là, à Londres, il s'était consacré presque exclusivement à l'écriture d'oratorios. Le Jugement de Paris, opéra-masque en 1 acte de Thomas Arne, créé en 1740 d'après un texte de Congreve, pourrait lui avoir suggéré Sémélé, texte également de Congreve qui n'avait pas encore été donné sur scène. Handel n'avait alors vraisemblablement pas eu connaissance de la partition d'Eccles.

Semele prend sa source dans Ovide, et Congreve a choisi de traiter le sujet de la façon la plus humaine possible, restant très proche du cynisme légèrement amusé d'Ovide. Rien ne pouvait mieux convenir à Handel, lui permettant de se laisser aller et de nous donner le plus charmant opéra amoureux qu'il ait jamais écrit. L'orchestration est très souple, sans grands effets imitatifs ; la légèreté cherche visiblement à bien situer le cadre d'idylle champêtre de l'action, et lui enlever toute grandiloquence inutile. Rarement Handel a été aussi parfaitement dans le droit fil de la mélodie purcellienne. Faut-il le dire ? Sémélé fut un échec complet. Soit que le goût des anglais se fût profondément modifié dans le demi-siècle qui sépare l'ouvrage de la mort de Purcell, soit plutôt que George Frideric n'eût pas été très conscient de ce qu'attendait son nouveau public. Ses propos amoureux ne furent pas du goût des abonnés qui attendaient leurs concerts traditionnels du Carême et Sémélé irrita les " supporters " de l'opéra italien. Il y eut 4 représentations en février 1744, puis 2 en décembre comprenant quelques changements et ajouts (les allusions sexuelles les plus explicites furent modifiées) mais Sémélé ne fut plus jamais redonné du vivant de Handel. Le bon bourgeois londonien ne fut pas forcément enchanté lorsqu'on remplaça l'oratorio auquel il avait pris goût par une tragi-comédie musicale, qui semblait prendre très à la légère toute préoccupation morale…" (Présentation Les Musiciens du Louvre - février 2004)

"Pour rappel, l’histoire de Sémélé est issue du texte des Métamorphoses d’Ovide, un fond d’inspiration de taille pour les auteurs et compositeurs du XVIIe et XVIIIe siècle. Sous sa forme originale, en 1744, le livret portera tout d’abord le nom de « The Story of Semele », et l’œuvre sera représentée sans mise en scène et sans changement de décor. A mi-chemin entre l’oratorio et l’opéra, la partition s’offre comme un jeu mythologique, une occasion rêvée pour Haendel de donner libre cours à sa verve théâtrale, oscillant entre ironie et rigueur." (Concertclassic)

 

http://darkwing.uoregon.edu/%7Erbear/congreve1.html

http://opera.stanford.edu/iu/libretti/semele.htm

http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/H_files/Semele.pdf (en anglais et en italien)

 

Représentations :

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  "Après Piacere (Il Trionfo) et Cleopatra (Giulio Cesare), Cecilia Bartoli a donc élu la sensuelle Semele pour sa troisième prise de rôle haendélienne, toujours à Zurich, avec cette fois William Christie au pupitre. Le joli spectacle de Carsen est la simple reprise, arrangée, de celui d’Aix 1996, également vu à Gand, Cologne, Londres et Anvers à la fois épuré et superficiel, virtuose et vain dans le déploiement du choeur, efficace dans son érotisme chic mais avare de magie dans ce chef-d’oeuvre nocturne — symptomatique, la scène de Somnus, massacrée par le numéro comique greffé par Carsen. Le revoir fait mesurer toute l’intelligence et la sensibilité de celui de McVicar, certes imparfait (Théâtre des Champs-Elysées, 2003).

Dans la fable morale de Haendel, Semele n’est guère qu’une gamine qui veut tout et que rien ne comble, pas même l’amour du dieu des dieux. En 1996, la mise en scène était taillée sur mesure pour la véloce Rosemary Joshua, Semele d’Aix et de presque toutes les reprises, Lolita ambitieuse à croquer dans sa nuisette en satin. Bartoli lui apporte une autre profondeur, son énergie unique, presque monstrueuse et dans le même temps à fleur de peau, enfantine : sa Semele n’est pas l’objet du désir, elle est le désir même. Le feu. Tout fascine dans l’évolution du personnage, la crainte, l’émerveillement, l’ardeur, la vanité, la colère, l’ultime prise de conscience. Tout force l’évidence dans cette incarnation et ce chant magnétiques, le crépitement de « Myself I shall adore » comme l’ouragan de « No, no ! I’ll take no less », la brise d’un « Endless pleasure » joué toutes jambes dehors comme l’abandon lascif de « O sleep », caresse d’un fauve toujours prêt à sortir ses griffes. Les prises de risques sont inouïes (pourquoi des trilles d’orfèvre, dans les traits de « With fond desiring », et partout ailleurs ces effets de notes répétées si sonores, sans battement ?), mais quelle imagination, quelle intelligence, qui donne un sens à chaque vocalise, qui rend chaque note nécessaire.

Autour de la diva, un écrin inégal, nettement moins soigné que dans Il Trionfo et Giulio Cesare. Christie ne trouve pas ses marques face à l’orchestre baroque maison (La Scintilla, en toute petite forme) et le choeur de l’Opernhaus fait ce qu’il peut (c’est-à-dire beaucoup) dans un répertoire qui ne lui est guère familier (et une oeuvre qui le surexpose, et une mise en scène qui l’éparpille en permanence...). Charles Workman compose un Jupiter attachant mais peu charismatique, magnifique de ligne et de mezzo voce dans « Wherever you walk» mais dépassé par les pyrotechnies de « I must with speed ». La caricature de Junon voulue par Carsen réussit à Birgit Remmert, timbre dur, phrasé pauvre, aigu pénible, actrice impressionnante. Le choix d’un ténor aigu et non d’un contre-ténor pour Athamas (Thomas Michael Allen) ne convainc pas — un timbre à ce point dépourvu de charme est-il le prix à payer pour trouver la juste tessiture d’un personnage si tendre? Mais le pire vient avec Io, figure essentielle confiée à madame Nikiteanu, qui semble avoir tout oublié de l’art du chant, à commencer par l’idée même de justesse. Restent Isabel Rey, Iris acrobate, Anton Scharinger, Cadmus trop véhément (et Somnus... de rêve), mais peu importe en vérité : la soirée repose sur les épaules de Bartoli. On en sort transporté, impatient de la retrouver en DVD."

"D’une porte monumentale, un tapis rouge traverse la pièce aux murs et sol bleu-nuit. Dans cette simplicité du décor (Patrick Kinmonth) qui ne sera habillé que d’un lit immense ou de chaises alignées, Robert Carsen reprend le spectacle qu’il avait brillamment montré en 1996 au Festival d’Aix-en-Provence. L’histoire qu’il raconte reste fondamentalement la même. Sémélé, jeune femme insatisfaite, renonce à son mariage pour espérer gagner l’immortalité des Dieux. Pour se faire, elle séduit Jupiter au grand dam de sa femme Junon qui rusera pour faire échouer cet amour. Opposant le sérieux des humains à l’insouciance des dieux, Robert Carsen propose la toute puissance céleste en caricaturant avec brio Junon sous la forme d’une hypothétique reine de la Blanche Albion avec son sac, ses lunettes et ses tenues de campagne d’une élégance douteuse et d’un Jupiter en Prince Consort, tristounet et séducteur. Dirigeant ses chanteurs avec talent, les éclairant superbement, le climat créé autour de cette farce olympienne concerne chacun des protagonistes qui, à l’aise dans des attitudes qui leur sont propres, potentialisent l’intrigue.

Au centre du récit : Cecilia Bartoli (Sémélé). Que peut-on encore dire d’elle ? Quels mots pour son art ? Quels superlatifs pour son talent ? Quelle expression pour ne pas tomber dans les formules galvaudées ? Parce qu’elle est plus qu’une chanteuse et plus qu’une actrice, elle mérite le qualificatif de : Extra-ordinaire. Littéralement. Cecilia Bartoli est une artiste, un être, une femme extra-ordinaire. On sait sa générosité artistique. On sait son jusqu’au-boutisme. On sait son sérieux, son intelligence, sa sensibilité, sa musicalité. On sait son bagage d’émotions et d’enthousiasme communicatifs. On sait le courant qu’elle fait passer par-delà la scène. On sait tout cela, mais, le miracle, l’inimaginable, l’extraordinaire se reproduit à chaque fois.

À Zurich, son investissement artistique, vocal et personnel dans cette Sémélé de Händel se révèle au-dessus de toutes attentes. Extra-ordinaire sa manière d’être, de donner, de se donner. Extra-ordinaire sa préparation à cette œuvre qu’elle chante dans un anglais parfaitement maîtrisé. Extra-ordinaire la dimension de son chant se situant bien au-delà de l’expression vocale. Ce n’est plus une voix, ce n’est plus un jeu de scène, c’est un corps habité qui sonne et résonne sur la musique. On la croît envoûtée par la musique alors que c’est elle qui envoûte la musique. Se donnant corps et âme au personnage de cette femme insatisfaite à la recherche de l’immortalité, fragile de tendresse, superbe de noblesse ou terrifiante de colère, Cecilia Bartoli passe d’un état à l’autre avec une authenticité, un vécu qui donne l’envie de se fondre dans son amour, de l’accompagner dans son aristocratie, ou de la suivre dans ses fureurs hystériques. Elle donne à son personnage une humanité, tour à tour douloureuse, heureuse ou enjouée qui nous ramène à nos propres émotions.

Succombant aux avances de Jupiter, le superbe phrasé de Cecilia Bartoli emporte son monde dans les délices d’un mutin Endless pleasure, endless love... Puis, du lit où elle s’éveille comme à regrets, ses pianissimi sublimes exhalent un magnifique O sleep, why dost thou leave me… Mais, ce sont ses «numéros» des 2e et 3e actes qui remportent les suffrages. Si dans «With fond desire», elle séduit Jupiter avec des improvisations musicales d’une rare élégance, c’est lorsqu’elle reçoit la visite de Junon qu’elle sort ses plus beaux atours vocaux dans une scène d’anthologie aussi bien théâtrale que musicale. Se mirant dans le miroir que lui tend Junon, ses incroyables vocalises touchent à ce que l’art vocal produit de plus sublime. Cinq minutes, dix minutes, quinze minutes ? Combien cet air a-t-il duré ? Sauf Junon qui, lassée du discours, d’un geste regardait sa montre, personne ne peut le dire. Mais plus encore, personne ne veut que cesse son si beau bavardage. Puis, parce que Jupiter lui refuse l’immortalité, Bartoli-Sémélé entre dans une scène de colère aussi hystérique qu’avaient été sublimes de douceur ses précédents délires amoureux. Arpentant la scène en jetant les cadeaux qu’elle venait de recevoir, envoyant d’un coup de pied les énormes cartons qui les contenaient, les shootant à l’autre bout de la scène avec une fureur terrifiante, gravissant le lit, repoussant rageusement Jupiter qui tente de la calmer, son No, no ! I’ll take no less… est un monument de théâtre lyrique. Triomphe immédiat d’un public captivé qui reçoit encore la phrase de Sémélé mourante Oh help, oh help – I can no more lancée dans un souffle qui porte en lui toute la générosité de l’artiste.

Certes, Cecilia Bartoli est le catalyseur de cette production. Elle transcende ses collègues, les entraîne dans tous les excès. À commencer par l’étonnante soprano Isabelle Rey (Iris). Désopilante de bouffonnerie en dame de compagnie de Junon, ses cascades, ses chutes, ses mimiques, sa gestuelle hilarante la montre sous un jour qu’on ne connaissait guère à ce membre de la troupe de l’Opéra de Zurich. Chantant tout aussi bien qu’elle joue la comédie, elle semble avoir trouvé là, le rôle de sa carrière ! Juchée sur de talons démesurés, la déjà haute taille mezzo-soprano allemande Birgit Remmert (Junon) souligne sa valeur hiérarchique. Solide, la technique vocale aguerrie, la diction irréprochable, cette Junon « qui se la joue » est théâtralement magnifique de ridicule. Le ténor Charles Workman (Jupiter/Apollon) n’a pas l’extravagance scénique de Rockwell Blake, le Jupiter d’Aix-en-Provence. Aussi Robert Carsen en fait un personnage plus secret, plus réservé, plus peureux que l’était son prédécesseur. Reste que le ténor semble être particulièrement à l’aise dans cette tessiture. Comme libéré d’une certaine dureté dans le timbre qu’on lui avait remarqué (voir notre critique de La Clémence de Titus à Genève), sa voix retrouve une douceur jusqu’ici inconnue. Il se paie même le luxe d’offrir quelques superbes pianissimi. Parce que leurs rôles sont moins en vue, la soprano Liliana Nikateanu (Ino) et la basse Anton Scharinger (Cadmus/Somnus) passent plus inaperçus même si leurs prestations restent au niveau de ceux de leurs collègues. À noter enfin, le chant très subtilement énoncé du ténor américain Thomas Michael Allen (Athamas). Le tableau de cette réussite ne serait pas complet sans mentionner la beauté de l’Orchestre «La Scintilla» de l’Opéra de Zurich offrant une assise de qualité aux protagonistes de la scène. Se souciant grandement des chanteurs, la direction de William Christie, laisse à l’expression improvisée une plage de souplesse musicale de grande qualité. Le public zurichois ne s’y est pas trompé et a réservé un triomphe rare à cette production qui, à dix ans d’intervalle, n’a pas pris une ride. Toujours aussi vivant, aussi hilarant, toujours aussi intelligent, il n’est pas vain de qualifier ce spectacle comme : le spectacle d’une vie ! "

Feu d’artifice haendélien à l’Opéra de Zurich affi chant pour la première fois la Semele mise en scène par Robert Carsen pour les débuts très attendus de Cecilia Bartoli dans le rôle-titre. Nous n’avions pas revu cette réjouissante production depuis sa création au Festival d’Aix-en­Provence, en 1996. Alors que les < « electures » modernes se démodent souvent très vite, la malicieuse, brillante et drolatique transposition de l’action dans l’actuelle cour d’Angleterre sonne plus percutante que jamais, les événements tragiques survenus entre-temps, notamment la disparition de Lady Di pourchassée par les paparazzi, conférant une acuité encore plus grinçante et plus amère à la satire sociale.

Cecilia Bartoli, qui réserve l’essentiel de ses apparitions scéniques àl’Opéra de Zurich, aux dimensions idéales pour sa voix, fait fi de tous les a priori d’une Semele forcément blonde et au timbre de soprano, et triomphe par une maestria et une virtuosité à donner le vertige. Le résultat est d’autant plus impressionnant que la diva ne s’exprime pas dans sa langue maternelle mais dans celle des deux William (Shakespeare et Congreve, l’auteur du livret). Le texte, parfaitement articulé, ne lui pose aucun problème, tant elle a adapté la partition à sa vocalità et le caractère de l’héroïne (moins glamour que d’ordinaire et d’une sensualité plus plantureuse et plus terrienne) à sa personnalité extravertie. La façon dont elle s’est approprié l’air « No! no! I 'll take no less », en jouant avec les notes dans des cascades de vocalises insensées, a laissé la salle béate d’admiration.

Le reste de la distribution féminine souffre un peu d’un voisinage aussi explosif, surtout l’Ino de Liliana Nikiteanu, la Juno de Birgit Remmert tirant bénéfice de l’impayable parodie d’Elizabeth II imaginée par Carsen. Charles Workman est un Jupiter élégant et stylé, parfait d’aisance, et Anton Scharinger est impeccable en Cadmus et Somnus. L’ensemble La Scintilla (l’orchestre de chambre de l’Opéra de Zurich) n’a rien à envier aux meilleures formations baroques internationales".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Patricia Bardon en Junon

Carolyn Sampson en Semele

 

Elizabeth Watts

 

 

"...Lorsque le rideau s'ouvre sur un décor dont le classicisme n'a d'égal que la retenue du jeu des protagonistes et la prudence d'un choeur relégué au rang de simple témoin, on se demande si l'on ne s'est pas trompé d'ouvrage... L'acte I, il est vrai, expose (les cir-constances, les personnages, leurs désirs), et ce n'est qu'au II que commencent les choses sérieuses. De fait, dès que Junon paraît, l'intrigue prend enfin son rythme, les rapports entre dieux et mortels se dessinent avec la vérité et la finesse qui révèlent un art du théâtre supérieur. Que valent, alors, quelques fautes de goût (le strip-tease final du choeur, inutile) face à de sublimes instants (la métamorphose de Junon, la mort de Semele), signatures d'un spectacle perfectible, mais passionnant ? Annick Massis, que l'on entend enfin à Paris dans un rôle à la mesure de ses moyens, n'a pas, a priori, le profil de bombe sexuelle que l'on peut voir en Semele. Mais si "The morning Lark" ne la montre guère à son meilleur, c'est à cause d'un tempo trop rapide et d'un pupitre de violons s'autorisant quelques libertés avec la justesse et la précision rythmiques. Car, sidérante de naturel dans l'abandon de "O sleep, why dost thou leave me" (malgré, cette fois, un solo de violoncelle à l'intonation hasardeuse), elle triomphe ensuite des airs les plus virtuoses ("Myself I shall adore", "No, no! I'll take no less") avec un panache qui n'appartient qu'aux grandes. D'elle ou de Richard Croft (Jupiter), on se gardera bien de dire qui est le plus phénoménal. Alliant des aigus stratosphériques à un grave de baryton, celui-ci se joue de toutes les chausse-trappes, atteint des sommets d'émotion dans l'élégie ("Where'er you walk") et au III, le face-à-face qui oppose le maître de l'Olympe à sa bien-aimée n'est cligne que de l'affrontement entre Tosca et Scarpia ! Abordant la longue déploration de "Turn, hopeless lover", Charlotte Hellekant (Ino) descend au plus profond des abîmes dépressifs, même si le phrasé gagnerait à davantage de legato (et en dépit, là encore, d'un violoncelle quelque peu languissant). Nous gratifiant du "Hence, Iris, away" le plus ébouriffé qui se puisse imaginer. Sarah Connolly est irrésistible de machiavélisme sous la défroque de cette duègne de junon. Quant à david Pittsinger, il fait valoir dans le double rôle de Cadmue et de Somnus, les séductions d'un bronze somptueux. Le reste de la troupe ests ans faibnlesse, avec une mention particulière pour la jeune Marion Harousseau (Cupido à qui l'on a restitué sosn air) : dix-huit printemps et un abattage sacrément culotté !

Les portant tous à la victoire, MarccMinkowski prouve une fois encore qu'il n'a pas son pareil, parmi les chefs haendeliens, pour faire palpiter un drame, créer des suspens et des climax. "

 

"David McVicar circonscrit l'action dans une salle circulaire et blanche, sobrement habillée des belles lumières de Paule Constable. Cet opéra-oratorio, privé de mise en scène à sa création, n'en réclame pas davantage : les pulsions des personnages bien plus que leurs actions tendent les ressorts dramatiques. Semele espère l'immortalité de sa liaison avec Jupiter. Le sommeil joue par ailleurs un rôle fondamental. Chacun en appelle à son pouvoir pour assouvir ses envies et redistribuer les rôles. Histoire vécue ou rêvée ? La mise en scène entretient le doute, la musique fait palpiter les personnages.

Dès le premier accord, noir et menaçant, Marc Minkowski fait vrombir son orchestre et annonce le drame à venir. Durant tout le spectacle, les Musiciens du Louvre soufflent le chaud et le froid, attisent le désir, entretiennent la colère. Une distribution de haute volée contribue à cette réussite : Annick Massis incarne une Sémélé radieuse, plus ingénue et irresponsable que sensuelle et calculatrice. La Junon furibonde de Sarah Connolly n'aura aucune pitié pour cette humaine rivale. Epoux volage, Richard Croft, magistral, révèle l'ambiguïté de Jupiter inquiet des aspirations de sa nouvelle conquête. Ino, soeur de Sémélé et amoureuse contrariée, trouve en Charlotte Hellekant une interprète sensible. La jeune Marion Harousseau, Cupidon omniprésent, fait montre d'une impressionnante aisance scénique et vocale."

"Véritable temple du baroque parisien depuis quelques années, le Théâtre des Champs-Elysées aligne, après Agrippine et Serse, une nouvelle production haendelienne : Semele, d'après les Métamorphoses d'Ovide. Dans la fosse, Marc Minkowski dirige ses Musiciens du Louvre-Grenoble, internationalement reconnus pour leurs enregistrements Haendel de référence. Choeurs admirables. Sur le plateau, David McVicar met en scène cette histoire de fille du roi de Thèbes destinée au prince Athamas, mais qui, craquant pour Jupiter, affronte la vengeance fatale de Junon...Le premier acte, certes d'exposition, est hyper gavant, et cela malgré la direction toujours aussi engagée, spirituelle et poétique de Minkowski. Annick Massis ne semble pas plus à l'aise dans ses vocalises de femme-oiseau que dans ce décor léché, entre néo-XVIIIe et années 30, évoquant un spectacle de Robert Carsen. Mais McVicar, à force de découpes lisses, habillées de lumières ultra-stylisées, réussit une succession de tableaux au charme onirique. Parvenue dans le domaine des dieux, Annick Massis s'humanise, projette son timbre pur, avec une rare sensibilité, jusque dans une sublime scène de mort.

Le Jupiter de Richard Croft n'est pas mal non plus, jouant avec une insolente aisance d'un timbre de ténor doré, puissant et sophistiqué, pour incarner le tombeur grand-style qui entraîne Semele dans l'alcôve orientalisante des étreintes coupables. Cuir et SF. On pense souvent à Ken Russel - et à l'école de costumiers anglais, de Derek Jarman à Sally Potter - pour le personnage de Cupidon en rose seventies, cannes et lunettes, tel le héros adolescent de Tommy, que chante impeccablement Marion Harousseau. Mais aussi pour la Junon très cuir et SF de la Britannique Sarah Connolly, dont la musicalité est indissociable d'un profond sens de la caractérisation dramatique.

De la basse David Pittsinger (Cadmus) au contre-ténor Stephen Wallace (Athamas), le reste de la distribution contribue à donner vie et chair à l'ovni haendelien, et au mélange d'académisme et d'hyperréalisme des images de David McVicar, pour un résultat en définitive assez envoûtant."

"« Semele », ouvrage hybride et pour cela fascinant, opéra italien dans des airs ornés à profusion, oratorio dans les nombreux choeurs qui les encadrent. Le sujet est mythologique et profane : Semele, fille du roi de Thèbes, Cadmus, est destinée au prince Athamas, mais elle est éprise de Jupiter. Elle s'attire ainsi la colère de Junon, dont la vengeance lui sera fatale. Mais, avant de disparaître, la princesse aura donné le jour à Bacchus. La morale, en filigrane, est un appel à la vertu. L'opéra, dont William Congreve a écrit le livret en s'inspirant des «Métamorphoses» d'Ovide, est un feu d'artifice.

Avec « Agrippina », le metteur en scène David McVicar jouait ouvertement la carte de l'humour face à des personnages déjantés. « Semele » ne lui permet aucune outrance, si ce n'est un clin d'oeil final où Ino, la soeur de Semele, extrait d'un landau non pas un poupon dodu... mais une bouteille bien pansue qu'elle s'empresse de partager avec Athamas, qu'elle aimait, et avec Cupidon (un rôle coupé par le compositeur avant la création mais que Minkowski, comme John Eliot Gardiner l'avait fait dans son enregistrement Teldec, a rétabli), jeune adolescent tout de rose pailleté vêtu, que sa vue défaillante oblige à arborer canne et lunettes.

Pour le reste, dans le strict décor XVIIIe de Tanya McCallin, une coupe de mur cylindrique surmontée d'une tribune (hommage à l'architecte anglais Christopher Wren ?), les jeux sont également partagés : des postures stylisées pour les choristes, plus de souplesse pour les solistes, histoire de les rendre plus humains jusque dans leurs mesquineries. Les lumières de Paule Constable créent l'atmosphère. L'univers des hommes baigne dans une blancheur idéale. Au deuxième acte, le sol, à peine surélevé, est constellé d'étoiles, le plateau envahi par un bleu irréel : pas de doute, on est chez les dieux.

Une part de rêve - Le mauvais sort s'acharna sur la première : Marion Harousseau (Cupidon), en proie à une maladie bénigne mais sauvage, pourrait-elle tenir son rôle ? Elle mima son air du premier acte, que chanta Claron McFadden, au bord des coulisses. Au deuxième, momentanément rétablie, elle montra que sa jolie voix n'avait pas souffert et folâtra délicieusement. C'est vrai qu'il fallut un certain temps pour que la soirée prenne son envol. Mais les actes II et III rassurèrent les haendeliens les plus dubitatifs, même si le contre-ténor Stephen Wallace campe un Athanas un peu pâle et si Charlotte Hellekant (Ino) demeure, elle aussi, vocalement en retrait.

Sarah Connolly prend plaisir à composer une Junon vipérine et sifflante, David Pittsinger est à la fois Cadmus, roi autoritaire, et Somnus, dieu du sommeil, « obtus », selon Iris, et grognon. Etonnant Richard Croft ! A un timbre de ténor robuste et corsé, à une musicalité raffinée, il ajoute une sensibilité de comédien qui lui permet de dessiner un Jupiter ambigu, drapé dans son orgueil divin mais aussi effondré du sort réservé à celle qu'il aime. Annick Massis est Semele, femme oiseau ; avec un panache irrésistible, qui lui permet de surmonter des vocalises effrénées, des airs longs et virtuoses que son timbre lumineux transfigure, et une poésie éthérée dans sa scène de sommeil. Marc Minkowski, ses choeurs (somptueux) et ses Musiciens du Louvre-Grenoble recueillent leur part de triomphe. Toujours aussi vivante, colorée, nuancée, primesautière dans l'allégresse et d'une infinie tendresse dans le lyrisme, la direction du chef ne se contente pas d'animer la partition et de lui donner du chic et de l'allure ; elle lui restitue cette rare émotion et cette part de rêve qui en font l'une des plus touchantes d'Haendel."

"Après un Sirœ assez décevant en version de concert dans ce même théâtre, on pouvait être en droit d’attendre de ce Semele un plaisir équivalent à celui que nous avait procuré le superbe Serse, mais hélas, le miracle n’allait pas se reproduire. Pourtant, Semele, qui occupe une place à part dans l’œuvre du caro Sassone est loin d’être un ouvrage mineur. Lors de sa création en oratorio à Covent Garden, le 10 février 1744, c’était rien moins que la célèbre soprano française Elisabeth Duparc dite « la Francesina » qui y chantait le rôle-titre et le ténor John Beard, celui de Jupiter. Après six représentations, l’œuvre tomba dans l’oubli et ce n’est qu’en 1925 qu’elle fut à nouveau représentée à Cambridge. Plus tard, en 1969, elle fut donnée au Caramor Festival de New York avec, entre autres, Beverly Sills, Léopold Simoneau et Julius Rudel au pupitre. Au disque, il en existe au moins deux versions de référence : celle de John Eliott Gardiner avec Anthony Rolfe Johnson et Norma Burrowes, chez Erato (1983), et, plus récemment celle de John Nelson, avec John Aler, Kathleen Battle, Samuel Ramey et l’immense Marilyn Horne dans les rôles d’Ino et de Junon, chez DG (1990).

Par ailleurs, Semele comporte des pages très célèbres, que bien des chanteurs, toutes voix confondues, ont mis à leur répertoire : l’air de Jupiter, « Where’er you walk », celui de Semele « O sleep, why dost thou leave me », sans compter ce morceau de bravoure qu’est le « Hence, hence, Iris hence away », chanté par Junon et devenu le cheval de bataille de bien des mezzos et en particulier de Marilyn Horne qui en donna à plusieurs reprises une interprétation époustouflante.

David Mc Vicar est un metteur en scène très en vogue dont la renommée est assez surévaluée par rapport à ses réels mérites, comme c’est souvent le cas lorsqu’il s’agit de phénomènes de mode. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne retrouve pas ici la verve de sa lecture souvent discutable, mais néanmoins cohérente — pour peu qu’on en accepte le postulat de base — de l’Agrippina du même compositeur. Il est vrai que Semele, œuvre hybride située à mi-chemin entre l’opéra et l’oratorio, qui fut qualifiée par ses détracteurs d’ » opéra paillard », n’est guère facile à monter en version scénique. Pourtant la difficulté, lorsqu’elle stimule la créativité, peut parfois engendrer des merveilles. Dans le cas présent, bien au contraire, le propos de Mc Vicar est d’emblée assez flou et part un peu dans tous les sens. Après un premier acte monolithique se déroulant dans un espace intemporel et froid occupé par une sorte de demi-coupole blanche très dépouillée dans le style néo-classique de Riccardo Bofill, les personnages étant vêtus d’élégants costumes XVIIIème d’une couleur sable rappelant Hogarth, l’arrivée chez Jupiter au deuxième acte se concrétise, certes, par un contraste puissant, mais non abouti.

De cet univers plutôt raffiné, on passe à un cadre d’une esthétique douteuse, curieux mélange de night-club, de bordel pour nouveaux riches ou de plateau-télé pour show de variétés du samedi soir : rideau rouge clinquant — évoquant plus le music-hall que l’opéra — éclairages bleus, roses ou parme avec un sol étoilé rappelant la voûte céleste, Iris et Junon étant affublées de robes à paniers scintillantes et d’éventails à plumes qui les font ressembler à des drag-queens meneuses de revue, le sommet du mauvais goût étant atteint avec la tenue en lurex doré de Jupiter. Si l’on ajoute que le lit rond, recouvert du même rouge que le rideau et parsemé de coussins orientaux en lamé, fait plus penser à celui d’une hétaïre décadente qu’à la couche du Roi de l’Olympe et que le chœur, dont les membres, vêtus d’un smoking unisex, se voient contraints à une gestuelle frôlant le ridicule, pour finalement se livrer à la fin de l’opéra à un mini strip-tease (procédé éculé, déja utilisé mille et une fois dans plus d’une mise en scène branchée), on comprendra que le metteur en scène britannique et son équipe ont manqué d’inspiration, à une exception près.

Car, reconnaissons-le, la seule vraie bonne idée de toute la représentation est de faire apparaître le personnage de Cupidon, supprimé d’ailleurs par Haendel lui-même peu de temps après la création de l’œuvre et rétabli par Marc Minkowski pour la circonstance, en petit marquis habillé de rouge, aveugle comme il se doit — l’Amour ne l’est-il pas toujours un peu ? Ce dieu ambigu et séduisant, qui promène avec nonchalance sa grâce lascive tout au long de l’opéra, est présent de manière lancinante, tel un leitmotiv, surtout lors des rencontres entre Semele et Jupiter. Ce dernier, incorrigible séducteur, n’hésite d’ailleurs pas à le lutiner quelque peu quand il saute dans son lit, et lorsque les relations entre les deux amants s’enveniment, l’Amour chancelle et tombe à terre...C’est aussi ce ravissant Cupidon qui initiera Ino et Semele aux plaisirs de l’opium....

Il est tout à fait regrettable que le reste de la production n’ait pas été à la hauteur de cette jolie vision, pour le coup tout à fait réussie. Mais finalement, les mises en scène plus ou moins ratées étant devenues le lot habituel du spectateur d’opéra, on aurait pu se consoler avec une distribution vocale de haut niveau. Hélas, là non plus, nos attentes ne furent pas comblées, en particulier pour ce qui est de la distribution féminine, la déception majeure venant du rôle-titre.

Annick Massis qui fut une délicieuse comtesse du Comte Ory en 2003 à l’Opéra-Comique, ne parvient jamais tout à fait, malgré des qualités évidentes de style, de musicalité et une technique quasiment parfaite, à habiter ce personnage fascinant, sorte de « super Manon » ou de Poppée au petit-pied, guignant en lieu et place du pouvoir politique et de l’ascension sociale, rien moins que l’immortalité. Il manque à cette interprète le brillant, l’audace, le grain de folie qui auraient de surcroît donné du piquant au déroulement général de l’action. Là où un sérieux abattage et une bonne dose d’arrogance auraient été nécessaires, nous ne trouvons que joliesse, un raffinement parfois à la limite du maniérisme et de la miévrerie, et une caractérisation globalement un peu terne. De plus, on ne ressent guère la transformation qui fait de cette demoiselle de noble famille encore prude, mais certainement rouée, une jeune femme sensuelle et ambitieuse, tellement comblée par les faveurs de Jupiter qu’elle en deviendra inconsciente du danger et sera elle-même l’instrument de sa propre perte. Pourtant, Semele est un rôle en or, qui a fasciné plus d’une chanteuse célèbre. Le fait que Beverly Sills s’en soit emparé n’est pas un hasard et on peut également rêver de ce que pourrait en faire, par exemple, une artiste de la trempe de Natalie Dessay. Comparativement, Charlotte Hellekant, qui chante le rôle d’Ino, la sœur de Semele, censée lui tenir lieu de faire-valoir, est autrement plus convaincante, tant par son chant très habité que par sa belle présence scénique, même si l’instrument n’est pas d’une qualité exceptionnelle. Sarah Connolly, à la voix engorgée, sans grande projection et au timbre monochrome, ne donne pas une interprétation convaincante du rôle de Junon, poussé par ailleurs jusquà la caricature par David Mc Vicar, qui décidément ne nous épargne aucun poncif. Son « Hence, Hence, Iris Hence away » tombe par conséquent à plat et il suffit de réécouter Marilyn Horne pour entendre toute la différence. Sans aller jusqu’à de tels sommets, une Marie-Nicole Lemieux, qui récemment a triomphé dans la même salle en « Orlando » de Vivaldi, eût été infiniment plus à la hauteur. L’Amour fut doublement blessé en ce soir du 6 février, car la délicieuse Marion Harousseau, prévue dans Cupidon, et remarquée à Poissy en 2002 en Amour — déja — dans l’Orphée et Eurydice de Gluck, étant souffrante, ce fut l’assistante du metteur en scène, Hanna Landa, qui en fut l’incarnation scénique, et Claron Mac Fadden, qui chantait également Iris, qui en assura la partie vocale. Inutile de préciser que le résultat s’en trouva d’autant plus affadi que cette artiste à la voix petite et un peu aigre est bien loin de posséder la fraîcheur et la suavité de la jeune soprano qui n’avait pu assumer que partiellement le rôle le soir de la première. D’après les échos que nous en avons eu, il semble qu’elle ait été absolument formidable lors de la générale.

Fort heureusement, les prestations masculines sont de meilleur niveau : en tête, le magnifique Jupiter de Richard Croft, au style à la fois puissant et raffiné, dont la forte et inquiétante présence fait penser à un Don Giovanni à la fois pervers, autoritaire et un peu distrait. Il est, de plus, quasiment le seul à posséder le « métal Haendelien » plutôt terni chez ses partenaires... David Pittsinger, distribué dans le rôle de Cadmus, Roi de Thèbes, et aussi celui de Somnus, Dieu du Sommeil, est doté d’une prestance majestueuse et d’une voix musicale et richement colorée, doublée d’ une impeccable ligne de chant. On aurait souhaité un Athamas plus vaillant en la personne du contre-ténor Stephen Wallace dont l’émission confidentielle et le timbre sans grand relief sont cependant contrebalancés par un style élégant. Enfin, l’Apollon prometteur d’Andrew Tortise est de très bonne tenue.

Etait-ce un coup du sort ? Toujours est-il que Les Musiciens du Louvre ont semblé moins brillants que d’habitude. Il y eut à plusieurs reprises des décalages entre les chœurs et l’orchestre, et ce dernier sonna souvent un peu étouffé et étriqué, bien loin de sa splendeur habituelle et ce, malgré l’énergie développée par Marc Minkowski, toujours aussi dynamique et passionné. Il convient d’ailleurs de s’interroger sur l’adéquation de la fosse et de la scène dans ce cas précis, et se demander si Marc Minkowski, dont le sens dramatique est généralement si sûr, a été totalement libre de choisir ses chanteurs. Compte tenu de la déclaration faite par David Mc Vicar lors une récente interview dans la presse, spécifiant qu’il « tient toujours à participer étroitement au choix de la distribution » et qu’il « se réserve le droit de refuser un chanteur s’il ne correspond pas à son idée », on peut en douter, surtout si l’on compare avec l’extraordinaire Hercules de Poissy, autrement plus flamboyant.

Quand cessera donc la dictature des metteurs en scène à l’opéra ? Maria Callas, et après elle Teresa Berganza, Julia Varady et bien d’autres, ne se sont-elles pas employées à répéter que « tout est dans la musique » ? Décidément, il est des spectacles qui nous font préférer les versions de concert... "

"Envers et contre le désir du compositeur, force est de constater que l’œuvre se prête parfaitement à une adaptation scénique… Par contre, celle de David McVicar, pourtant généralement ingénieux, est ici plus que décevante. Concentrique et sans aucun apparat, le deux ex machina a du mal à se faire voir, la conception étant à la limite un rien trop simpliste (mise en espace du chœur en diagonale ou en hémicycle, les différents plans de perspective sont travaillés, les volumes ressortent, mais sans imagination). C’est passe-partout. Cela dit, cette considération n’aurait sans doute pas lieu d’être si l’interprétation globale ne souffrait d’inégalités déconcertantes… Ce soir là, la fosse était bien en deçà de la palette vocale.

Dès les premières mesures de l’ouverture, l’auditeur devrait avoir compris. Celui qui au disque est dit-on « indétrônable », Marc Minkowski, se démasque en live… A l’imprécision des attaques (et pourtant, une ouverture de Haendel, ce n’est pas la fin du monde !), s’ajoutent les décalages, multipliant les différences de dynamiques entre les solistes instrumentaux et la partie continuiste. Et c’est sans compter le ridicule d’une baguette qui passe de la main gauche à la droite, pour soudain tenter de diriger l’ornementation des chanteurs, ou le récit d’une voix, accompagnée d’un clavecin en retard. Et c’est là qu’on se dit que la gloire du Maestro doit beaucoup à ses judicieux choix de distribution…

En effet, les rôles titres de Sémélé et Jupiter sont ici sans égaux. Incarnant le personnage central (et ô combien sensuel) de la mortelle éprise du dieu, Annick Massis a véritablement déclenché l’enthousiasme. Justesse de style, richesse du son et diction exceptionnelle se sont joint à sa naturelle expressivité pour nous camper une Sémélé à la hauteur de ces pages. Quant à Richard Croft, après une première apparition sans faste, il a offert à la dame un écho de choc. Ebouriffant de virtuosité (en particulier dans le troisième acte), il a également donné le change au niveau de l’émotion.

En ce qui concerne les rôles secondaires, si Hellekant, MacFadden et Connoly sont remarquables (surtout dans leur récits), c’est David Pittsinger, avec son Somnus si prégnant qu’il faut sortir du lot. Le drame, vécu de l’intérieur prend avec lui toute son ampleur, tant tout semble s’animer autour de lui. Si l’on oublie l’Athamas (incarné par Stephen Wallace), assez faible vocalement, mais dont les airs ont été fort heureusement tronqués par le chef, et le Cupidon, assez vulgaire, soutenu par Marion Harousseau, les voix brillèrent de tout feu durant le spectacle. C’est l’essentiel dira–t-on."

"Pauvre Sémélé ! A se laisser aimer par Jupiter, que de sombres démêlés avec l'irascible Junon. C'était couru : la petite le paiera de sa vie. Mais de ce sang mêlé, naîtra, plus puissant que l'amour, le dieu Bacchus. Ecrite sur un livret de William Congreve, auteur de comédies anglais, d'après Les Métamorphoses d'Ovide, Sémélé sera créée le 10 février 1744 au Covent Garden de Londres, il y a juste 260 ans. Une bagatelle en regard du désir d'immortalité dont s'est entichée la fille du roi Cadmus, préférant à son terrestre fiancé, Athamas, l'enlèvement par Jupiter jusqu'au nid d'aigle du mont Cithéron, où la poursuivra la vindicte de Junon.

Sémélé, qui mêle opéra (trame tragi-comique, virtuosité et machineries) et oratorio (grands chœurs contrapuntiques, absence de scénographie), occupe une place à part dans le cycle Haendel lancé en l'an 2000 par le Théâtre des Champs-Elysées, qui a vu cette saison la reprise de l'Agrippina de René Jacobs et David McVicar, et une nouvelle production de Serse par William Christie avec Anne-Sofie von Otter.

L'indisposition annoncée de Marion Harousseau aurait pu n'être qu'anecdotique si le (petit) rôle de Cupido, rétabli ici par Marc Minkowski (Haendel l'avait supprimé), n'était scéniquement de première importance. Mini-marquis de Sade maniant la canne comme au music-hall ou en aveugle œdipien des chemins, Cupido suivra pas à pas Jupiter et Sémélé. Après un premier acte vocalement assuré par Claron McFadden, il recouvrera sa jolie voix pour en appeler à l'amour : "Come Zephyrs, come." Le premier acte avait fait craindre le pire : costumes bourgeois aux pastels discrets à la Hogarth, décors en demi-cercle façon oratorio, chaises en rang d'oignon soigneusement renversées par la fureur jupitérienne et direction d'acteurs pour le moins illustrative (Sémélé battant des ailes dans l'"Air de l'alouette" comme une Olympia dans la charmille). Heureusement l'arrivée des dieux, la vindicte de Junon en Cruella de l'Olympe, l'érotisme donjuanesque d'un Jupiter vénitien fumant le cigare après l'amour, l'ingénuité libertine de Sémélé en bas et déshabillé sur courtepointe de velours rouge, tout cela opère une bienheureuse distanciation, dont l'intérêt se soutiendra jusqu'à la fin. Fin magistrale : la mort de Sémélé. Une mort d'une effrayante douceur, l'infortunée défaillant le long d'un manteau d'hermine sous le baiser suave de la transcendance révélée : la fin de Don Giovanni s'il avait consenti au "Pentiti !".

D'une distribution quasi sans failles, dotée de chœurs superbes, on retiendra bien sûr la Sémélé d'Annick Massis, toute de blondeur sémillante, parfois un peu tendue dans l'aigu et les voltes vocalisantes ; les imprécations de Junon avec une Sarah Connolly capable d'éructer et de caresser ; les charmes haut perchés de Stephen Wallace (Athamas) ; ceux, plus chaleureux, de Claron McFadden (Iris) ; l'Ino en mal d'amour de Charlotte Hellekant avec son look d'institutrice anglaise. Mais on ne pourra s'empêcher de comprendre la passion jalouse de Junon pour le Jupiter de Richard Croft : timbre superbe, aisance, musicalité - le ténor américain est tout simplement magnifique dans la ferveur comme dans l'élégie, il est à lui seul l'expression même de l'amour humain.

Quant à la première apparition de Marc Minkowski dans la fosse du Théâtre des Champs-Elysées, c'est une indéniable réussite. Sans se départir de sa vitalité légendaire, le chef baroqueux œuvre avec sobriété dans la demi-teinte, servant ici avec bonheur la paradoxale conjugaison d'une étonnante richesse expressive et d'une dramaturgie sans concession."

"Le rideau de cette Semele se lève sur une étrange impression de déjà-vu : on retrouve le même décor blanc de salon classique, les mêmes chaises disposées comme pour une cérémonie, les mêmes invités en queue-de-pie entrant peu à peu, la femme en robe de soirée attendant l'arrivée de personnages plus importants. On se dit alors : "Quelle belle vie que celle de metteur en scène, on trouve une idée puis on se promène autour du monde en l'appliquant à telle ou telle oeuvre, mais tout de même, David McVicar aurait pu renouveler un peu son approche depuis son Saul munichois du printemps dernier!". On s'étonne juste que le programme ne le crédite pas de cette production, mais ce n'est finalement pas étonnant, puisque la mise en scène en était signée Christof Loy ! Amusant plagiat donc, hommage à un collègue dont McVicar ne s'explique pas dans le programme mais peut-être ailleurs. Ce traitement identique met en valeur les parallèles entre les deux oeuvres. Saul et Semele ont tous deux été créés sous forme d'oratorio, et les raisons qui font désigner maintenant Semele comme un opéra ne sont pas limpides.

Le choeur a dans les deux oeuvres la place d'un choeur d'oratorio. Il a ainsi inspiré à Christof Loy l'idée de le mettre en scène comme un choeur en habit dans une salle de concert classique. Mais la structure des deux oeuvres les rapproche aussi, avec cette cérémonie initiale et cette libération finale, où les choristes en tenue de soirée se dépenaillent progressivement et prennent leurs aises à même le sol, à Paris comme à Munich. Entre le début et la fin identiques, David McVicar ne respecte pas totalement le parti-pris de Christof Loy mais les choristes apparaissent toujours en choristes d'oratorio, parfois sur le balcon en corniche (ou la corniche en balcon) du décor unique néoclassique de Tanya McCallin, vaguement inspiré de Palladio, Ledoux ou directement du Panthéon de Rome. Ce décor est varié par les superbes lumières de Paule Constable et par l'inclinaison d'une partie circulaire du plateau central. Si l'on ajoute le rayon de lumière qui trace au troisième acte un cercle plus petit et la trappe elle aussi circulaire qui engloutit Semele, ce plateau présente à peu près les proportions d'un ancien disque vinyle 33 tours, ce qui est donc le second hommage de la soirée !

La mise en scène tient la route de bout en bout et les chanteurs approchent la qualité du travail de troupe réalisé à Munich, même si moins d'interactions sont ici demandées aux choristes, qui doivent par contre exécuter une sorte de gestuelle conventionnelle avec leurs mains. Ces choristes sont musicalement et vocalement stupéfiants d'ensemble, d'harmonie, d'autorité, d'équilibre, de qualité de timbre. Leur netteté d'attaque et leur homogénéité sont incroyables de la part d'un choeur français et auraient été inimaginables il y a encore dix ans. Leur diction anglaise ne déparerait pas non plus dans une cathédrale britannique. Le rapport entre leurs consonnes et leurs voyelles est idéal et ils chantent avec autant de précision et de tranquillité que s'ils avaient la partition devant eux sur des pupitres. Comme les solistes, ils bénéficient de la respiration formidablement juste, à la fois rigoureuse et libre que Marc Minkowski communique à la musique en la vivant plus qu'en ne la dirigeant. L'orchestre est remarquable ainsi que son violoncelle solo !

Vocalement, le plateau est superbe et équilibré. Charlotte Hellekant et Marion Harousseau ajoutent leurs dons de comédiennes à leurs talents vocaux : la première en amoureuse timide et binoclarde, genre "meilleure amie servant de faire-valoir"; la seconde en Cupidon dont la canne d'aveugle est devenue canne de meneuse de revue, en costume rouge à paillettes et maquillage de poupée japonaise. Sa voix, mystérieusement disparue au premier acte (où Claron McFadden la remplace vocalement) est tout aussi mystérieusement réapparue au second acte, où elle est d'emblée bien timbrée et bien conduite. Ses attaques aiguës en sons droits sont sans doute aussi intentionnelles que les ports de voix assortis à sa gestuelle de cabaret - qui convient particulièrement bien à son bel air "New desire I'll inspire". Amusant clin d'oeil final, où Cupidon entre en scène en poussant dans un landau le fruit des amours de Jupiter et Semele : Bacchus, sous la forme d'un magnum de vin - voire un jéroboam !

Sarah Connolly est une Junon particulièrement bien caractérisée, de son maquillage outrancier à sa voix affirmée aux graves sonores. Le procédé consistant à faire jouer et bouger les lèvres à Ino quand Junon chante après avoir pris son apparence fonctionne bien. Stephen Wallace pourrait lui s'affirmer un peu plus, mais le rôle d'Athamas n'y incite peut-être pas. David Pittsinger a une noblesse et une autorité magnifiques, qui renforce encore la parenté de cette oeuvre avec les oratorios anglais de Händel. Richard Croft trace un portrait étonnant mais convaincant d'un Jupiter qui ne déparerait pas chez Offenbach. Si deux aigus sont un peu bouchés dans son premier air, l'air doux et élégiaque "Where'er you walk" convient bien au beau médium de sa voix.

Le rôle écrasant d'Annick Massis suffirait peut-être à la situer un peu à part, mais elle se distingue aussi de manière moins flatteuse : par un anglais moins idiomatique que celui de ses collègues, qui nuit parfois à sa ligne vocale et au rayonnement de sa voix ; par une raideur physique presque inquiétante (problèmes de dos?); par des aigus souvent tirés, dont sont peut-être responsables ce même manque de souplesse et parfois de connexion profonde, parallèlement à une dureté un peu fixe de l'expression, qui est aussi une relative fixité des articulateurs, et par là des résonateurs dont ils constituent les parois. Certes, cette gestuelle trace un portrait juste d'une Semele qu'on aurait peut-être envie de gifler dans la vie réelle, mais une chanteuse ne doit-elle pas trouver aussi dans son personnage de quoi se mettre en valeur et mettre en valeur sa voix ? Dans son premier air par exemple, certains aigus sont ouverts et lâchés, quittant la ligne vocale et le corps. Certaines attaques graves sont un peu grossies. Certaines consonnes sont l'occasion d'une déperdition de souffle et d'une rupture de la ligne vocale. Ses reprises de souffle manquent souvent de profondeur et les réattaques suivantes s'en ressentent. Les vocalises manquent un peu de "focus", qu'elle ne trouve que dans le médium sur des voyelles fermées. L'ensemble de cet air en est rendu un peu laborieux et ennuyeux. Au second acte, "O sleep" est superbe avec son accompagnement par le continuo, classiquement évocateur du thème du sommeil. La voix d'Annick Massis blanchit à nouveau dans son duo avec Ino. Au troisième acte, sa voix est étonnamment mieux connectée dans le passage qu'elle chante à genoux. Auparavant, "Myself I shall adore" sonne aigre, mais il est vrai qu'elle y vocalise presque uniquement sur [i]! Dans l'air "No, no, I'll take no less", la légèreté de son placement lui permet des colorature d'une vélocité hallucinante.

Après toutes les turpitudes du livret, la morale conservatrice est quand même tirée par le choeur : il importe que chacun reste à sa place !"

 

 

 

 

"Cette production, conçue par John Copley, date de 1982 : elle recrée méticuleusement une vision magique très XVIIIème de la mythologie grecque ; les beaux décors baroques d'Henry Bardon et les costumes de David Walker, élégants et aux couleurs vives, sont toujours aussi agréables à l'oeil. Les composantes érotiques de la musique sont très présentes, mais l'humour n'est pas en reste, ces deux caractéristiques étant bien mises en avant dans le spectacle. La soprano américaine Ruth Ann Swenson, qui avait endossé le rôle-titre dans la reprise de 1996, est une charmante Semele. Après "Endless pleasure, endless love", qu'elle chante avec beaucoup de charme, elle se révèle excellente dans "My self I shall adore". Sa compatriote, la mezzo Stephanie Blythe, dont l'étendue va du contralto grave au soprano aigu, affronte les imprécations jalouses et vengeresses de Junon avec bravoure, se glissant avec autant d'aisance dans la peau d'Ino, amoureuse d'Athamas. Son duo avec Semele à la fin de l'acte II est tout simplement exquis. Le ténor Kurt Streit, séduisant Jupiter, exécute son air "Where'er you walk" avec une grande douceur et une apparente sincérité : il n'est que la victime de la machination ourdie par sa femme... Le contre-ténor britannique Robin Blaze, qui effectuait ses débuts au Covent Garden dans Athamas, est impeccable stylistiquement, et parvient à donner de l'épaisseur à un personnage peu drama-ique. Le baryton-basse John Relyea se dédouble de façon convaincante en roi Cadmus et en Somnus, dieu du Sommeil (ce dernier étant un personnage purement comique).

Les choeurs ont droit à de belles pages dans cet ouvrage, et le Royal Opera Chorus les chante avec un plaisir évident. L'orchestre est en grande forme, sous la baguette de Charles Mackerras, qui avait dirigé cette production lors de son inauguration, puis lors des différentes reprises...Un plaisir infini...c'est bien là le thème de la Semele de Haendel." 

 

 

"Bien qu'écrit sur un livret d'opéra, Semele a été créé par son auteur sous la forme d'un oratorio. Sa première réalisation scenique a été tentée à Cambridge en 1925, à Londres en 1954 seulement. Dans sa nouvelle production, le Théâtre bâlois adopte un parti pris de théâtralisation extrême, en coupant une quarantaine de minutes de musique et en réduisant le nombre des chanteurs. Le résultat a de quoi faire frémir les puristes, mais la réalisation compte certainement au nombre des plus fortes tentées ces dernières années dans le répertoire baroque. Karin Beier transpose l'intrigue dans un univers de bureaux ultramodernes. Ainsi le mariage de Semele et d'Athamas est célébré au milieu de rayonnages d'une blancheur éclatante, ou s'empilent des classeurs bourrés de documents. L'apparition de Jupiter est accompagnée d'un véritable cataclysme suggéré par l'écroulement du décor, comme s'il fallait suggérer que le monde des dieux et des passions incontrôlées n'est que l'envers du nôtre. La scène est alors inondée et devient le miroir inversé de l'action scénique.

Konrad Junghänel veille donner de la partition une interprétation riche en contrastes. Les intermèdes purement symphoniques ou les récitatifs sont traités comme autant d'éléments de musique de scène et visent moins à séduire l'oreille qu'à rendre l'action explicite. Faisant foin de tout scru-pule musicologique (les récitatifs sont quasiment réduits à quelques interjections), le chef obtient de l'orchestre et des choeurs un débit nerveux, voire heurté, même dans les passages plus directement sensuels, comme la fameuse invocation au Sommeil ou le duo de Semele avec sa soeur. Maya Boog se surpasse dans le rôle-titre ; elle chante ses airs avec une sûreté de style, un aplomb dans la vocalise et une diversité d'inflexions qui forcent l'admiration. Andreas Karasiak incarne un Jupiter noble, dont le timbre éclatant se coule sans peine dans le profil orné de ses airs. Le style réservé et racé de Rita Ahonen fait merveille dans le double rôle de Juno et Ino, ces deux femmes jalouses prêtes à tout pour sauver leurs intérêts. Par contre, Lynton Black, tour à tour Cadmus puis Somnus, souligne presque à l'excès la similitude d'écriture vocale entre ces deux personnages, pourtant fort dissemblables au plan dramatique ; néanmoins, son phrasé impeccable et son sens raffiné du legato ne sauraient être mis en cause ici. Kai Wessel campe un Athamas tres présent scéniquement, mais avec un timbre plutôt ingrat qui ne convainc pas entièrement dans cette musique. Enthousiaste, le public de la première a fait fête à l'ensemble de la dis tribution, metteur en scène y compris ; le fait est assez rare pour mériter la mention. (Opéra International - juillet/août 2003)

 

 

Semele à Graz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Semele à Anvers

"Cet oratorio, rebaptisé opéra, retrouve la mise en scène conçue pour le Festival d'Aix-en-Provence, en 1996, par Robert Carsen"..."A l'exception du rôle-titre, la distribution vocale est entièrement différente de celle que dirigeait William Christie. Rosemary Joshua apparaît toujours des plus crédibles"..."Plus intéressé par par le drame que par le badinage, Minkowski trouve ses meilleurs moments dans les récits accompagnés"..."Quelle joie de retrouver Della Jones dans un rôle qu'elle a définitivement marqué. Le médium s'est terni, la voix s'est durcie, mais la diction, la précision rythmique, l'ivresse de l'ornementation du personnage sont là"..."Le jeune ténor américain Charles Workman campe un Jupiter des plus considérables, avec un timbre sobre et ferme, une projection parfaite, et une technique de chant époustouflante". (Opéra International - mai 1998)

 

 

Semele à Spolète

 

 

"Le spectacle est  réjouissant, limpide, soutenu, inspiré, prodigue sans débordement, tour à tour pédagogique et ravageur...Nous sommes à Aix, au meilleur Aix...Altier à son inimitable façon, Rockwell Blake cède sous Jupiter ; mais Rosemary Joshua connaît entre ses bras les élans, les faveurs, les chagrins d'une vraie Sémélé, nymphe véloce, orgueilleuse candide, amante irrésistible. Mention spéciale pour le numéro de Janis Kelly (Iris) et pour la pure émotion de la soirée : Charlotte Hellekant, à qui le rôle secondaire d'Ino doit de vivre enfin..."

Semele à Aix

"Robert Carsen ne se prive pas de transposer l'action plus près de nous dans le temps, évoquant une famille régnante qui ne cesse aujourd'hui de faire les beaux jours des paparazzi et de la presse à scandale. Ainsi Junon, habillée en reine d'Angleterre, découvre-t-elle, barrant la une des tabloïds, les titres qui suscitent sa fureur : "Jupiter and Semele : It's official!". Carsen s'en donne à coeur joie. Il établit ainsi une complicité avec son public, avec des clins d'oeil, des gags aussi, multiplie les situations érotiques, souligne d'un trait acéré l'ironie dramatique, qui est le nerf de Semele. C'est une saga de série B télévisée, qui aurait pu s'appeler "Pouvoir, sexe et argent", si elle n'était pas transfigurée par la satire sociale. Mais Carsen maintient en même temps l'équilibre entre l'esprit de la comédie, et les scènes nombreuses où l'emportent les brûlures du coeur et l'expression de la douleur, ainsi que, plus rares mais magiques, les moments de pure poésie, avec le personnage d'Ino et la scène du sommeil...William Christie a rassemblé autour de lui une équipe solidaire, d'une excellente cohésion, néanmoins dominée par deux interprètes féminines. La soprano Rosemary Joshua, étonnante incarnation du rôle de Semele, sensuelle et fort peu vêtue, est un plaisir des yeux. L'oreille n'est pas en reste, avec un très joli timbre et une technique aisée...Dans le rôle plus en retrait de la soeur, Ino, on admire aussi la contralto Charlotte Hellekant, merveilleuse de musicalité, à qui l'on doit quelques moments de pure émotion. Junon, en reine d'Angleterre virago (Kathleen Kuhlmann) et sa suivante (Janis Kelly), sont traitées en personnages burlesques, mais la répétition de l'effet comique peut finir par lasser, d'autant que, livrée à ses imprécations véhémentes, Kathleen Kuhlmann semble en retrait, techniquement et stylistiquement, sur ses partenaires.

Les hommes font ce qu'on attend d'eux : Michael Chance (Athamas), Rockwell Blake (Jupiter), que le public espérait pour sa flamboyante virtuosité, mais dont on se souviendra plus encore par la délicatesse et la tendresse de son air du second acte, Where'er you walk", et, avec une mention spéciale, Willard White (Somnus) et Reinhard Hagen (Cadmus). Il faut souligner la part essentielle que jouent les choeurs, aussi excellents chanteurs qu'à l'aise sur la scène, et un orchestre des Arts florissants aux couleurs dorées et d'une grande propreté d'exécution. Parfois trop distant et monochrome dans son approche, William Christie sait se faire émouvant dans les moments de tendresse rêveuse et de mystère de la partition, comme la description par Ino de l'harmonie des sphères, à la fin du deuxième acte, ou les scènes de sommeil, au début de l'acte III." (Opéra International - septembre 1996)

 

 Semel eà Spolète

 

Semele a Londres

Felicity Palmer

"Cette reprise de Semele, dans la production imaginée par John Copley, en 1982, est un véritable enchantement...En l'espace de quatorze ans, les goûts du public ont évolué : il exige davantage d'audace, et John Copley, revenu pour l'occasion, a su mieux qu'auparavant faire ressortir l'humour paillard de la pièce. Débutant à Covent Garden, Ruth Ann Swenson chante Semele avec style, Mackerras ayant ajouté à son intention d'ambitieuses fioritures...Différenciant à la perfection les deux rôles qu'elle interprète (Ino, soeur de Semele, et la déesse Juno), Felicity Palmer ne sacrifie jamais la qualité de la ligne de chant aux exigences dramatiques des personnages, tandis que Philip Langridge, tout en préservant l'autorité de Jupiter, n'hésite pas à faire du roi des Dieux un rôle comique. Il chante le ravissant "Where'er You WaIk" avec une émotion prenante, son apparition en Dieu de la Foudre, pour réduire Semele en cendres, s'avérant tout à fait convaincante. Le falsettiste Michael Chance est un excellent Athamus, la basse Peter Rose assumant deux emplois, Cadmus, père de Semele, et Somnus, Dieu du Sommeil ; si la soprano Judith Howarth n'a pas grand-chose à chanter en Iris, elle s'en acquitte fort bien. Très sollicités par Haendel, les choeurs se montrent à la hauteur, même si le metteur en scène a peut-être eu le tort de les reléguer pour l'essentiel dans la fosse. L'orchestre du Royal Opera House enfin, est irréprochable." (Opéra International - avril 1996)

 

 

 

 

 

 

Semele à la Fenice

"Reprise d'une production conçue pour le Covent Garden de Londres en 1982, d'une élégance et d'une richesse exceptionnelles, surtout dans le traitement des interventions ex machina des nombreuses divinités. Sans jamais franchir les frontières du bon goût, John Copley accentue la dimension érotique de l'intrigue, dans les scènes d'amour entre Semele et Jupiter surtout, le personnage de Somnus adoptant une tournure franchement caricaturale. Une réussite exemplaire...Bernadette Manca di Nissa relève le défi de la langue anglaise avec autant d'élégance que de d'aplomb. Yvonne Kenny dessine une Semele à la voix un peu mince, particulièrement efficace dans les scènes de coquetterie...Le Jupiter de Rockwell Blake est superlatif : longueur de souffle, expressivité des vocalises, perfection du legato." (Opéra International - mai 1991)

 

 

"Les opulents décors baroques d'Henry Bardon flirtent en permanence avec la tentation du pastiche, sans jamais véritablement y succomber...John Copley exploite au mieux le texte plein d'esprit, soulignant les aspects comiques et érotiques d'une partition riche en mélodies généreuses. Yvonne Kenny a dans la voix la pureté et l'agilité exigées par le rôle-titre...Anthony Rolfe-Johnson est un Jupiter tout aussi crédible, avec un chant particulièrement ardent et stylé. Kathleen Kuhlmann impose ses chaudes sonorités d'alto et une aisance impressionnante. Christopher Robson chante avec une grande sensibilité le rôle d'Athamas... Les choeurs témoignent d'un bel enthousiasme sous la baguette d'un Charles Mackerras à la fois soucieux de cohérence et de lisibilité du détail." (Opéra International - février 1989)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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