SERSE

(ou XERXES)

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

d'après Nicolo Minato et Silvio Stampiglia

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1962
1998
Rafael Kubelik
Orfeo d'or
3
allemand
1965

-
Brian Priestman
Wetsminster
3 (LP)
italien
1965
2009
Brian Priestman
Deutsch Grammophon
3
italien
1979
1996
Jean-Claude Malgoire
Sony Classical
3
italien

-
2001
Piero Bellugi
Opera d'Oro
2
italien
1989

Agnieszka Duczmal
Studio Classique
3
italien
1989
2008
Agnieszka Duczmal
VMS
3
italien
1995

Michael Hoffstetter
Opéra de Wiesbaden
1
italien
1997
1997
Ivor Bolton
Farao Classics
3
italien
1998
1998
Nicholas McGgegan
BMG
3
italien
1998

-
Roderick Brydon
Celestial
2
italien
2003
2004
William Christie
Virgin
3
italien
2012
2013
Christian Curnyn
Chaconne
3
italien

DVD

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
1988
2000 / 2012
Charles Mackerras
Arthaus
2000
2005
Christophe Rousset
TDK

 

 Opéra en trois actes (HWV 40), sur un livret adapté de celui de Nicolo Minato pour Cavalli, revu par Silvio Stampiglia pour Bononcini.

Terminé le 14 février 1738, il fut exécuté en version de concert le 28 mars 1738, puis créé au Haymarket de Londres le 15 avril 1738, avec Elisabeth Duparc, dite La Francesina, soprano (Romilda), Gaetano Majorano, dit Caffarelli, castrat (Serse), Margherita Chimenti, dite La Droghierina, soprano (Atalanta), Celeste Gismondi, soprano (Arsamene), Antonia Maria Merighi, alto (Amastre), Antonio Lottini, basse (Elviro), Antonio Montagnana, basse (Ariodate).

Il ne connut que cinq représentations.

 

Personnages : Serse (Xerxès), roi de Perse (mezzo-soprano), Arsamene, frère du roi (mezzo-ssoprano ou contre-ténor), Amastre, princesse d'Egypte (mezzo-soprano), Ariodate, général des troupes perses (basse), Romilda, fille d'Ariodate (soprano), Atalanta, soeur de Romilda (soprano), Elviro, serviteur d'Arsamene (baryton)

 

Synopsis détaillé 

A la cour du roi Xerxès, en Perse

Acte I

L'ouverture, lente, puis rapide, qui se termine par une gigue, mène directement à Ombra mai fu, l'un des airs les plus célèbres qui aient jamais été écrits. Connu autrefois comme le célèbre "Largo de Haendel", cette sanctification victorienne ne rend pas justice à cet air de caractère glorieux (apparemment inspiré de l'ouvrage de Bononcini de 1694) : Xerxès (mezzo-soprano) apostrophe bizarrement un arbre de son jardin sur un thème simple et dépouillé, extrêmement facile à mémoriser.

Arsamene (mezzo-soprano ou contre-ténor) et son serviteur Elviro (baryton), toujours ronchon, arrivent à temps pour entendre la sinfonia qui annonce l'air en coulisse de Romilda (soprano), dont est épris Arsanene. Elle chante de façon charmante les victimes de l'amour, dont la moindre n'est pas Xerxès, qu'elle a vu adresser un chant sincère à un simple platane ; Xerxès arrive et semble transporté par la voix de Romilda. Le deuxième air de Rosmilda ("Va godendo vezzoso e bello") comporte un accompagnement avec deux flûtes.

Arsemene sera l'ambassadeur chargé d'annoncer le nouvel amour de son frère, ordonne Xerxès dans un air charmant dont le thème est repris par Arsamene pour exprimer des sentiments exactement opposés (sa confiance en l'amour que lui porte Romilda). Arsamene prévient Romilda des intentions de Xerxès et la tournure que prennent les événements intrigue Atalanta (soprano) qui est elle-même amoureuse d'Arsamene (arietta). Romilda repousse les avances de Xerxès qui, trouvant qu'Arsamene n'a pas rempli sa mission, le bannit de son royaume. Arsamene déplore la nouvelle situation dans un air magnifique ("Meglio in voi col mio partire") et, languissant d'amour, Xerxès s'adresse sans résultat à Romilda sur une musique à peine moins sérieuse. Dans un air d'une simplicité touchante, Romilda affirme qu'elle est àl'abri des tentations.

La princesse Amastre (mezzo-soprano), fiancée bafouée de Xerxès, entre en scène et chante un air résolu qui sied au déguisement militaire qu'elle a adopté ; elle observe Xerxès qui félicite son général victorieux, Ariodate (basse), auquel il promet que sa fille Romilda épousera un membre de la famille royale. La philosophie simpliste d'Ariodate consiste à ne jamais poser de questions et il l'expose dans un air plein de complaisance. Xerxès célèbre la force de son nouvel amour dans un air da capo ("Più che penso").

Arsamene confie à Elviro une lettre destinée à Romilda ; Elviro laisse son maitre se lamenter sur son destin dans un air touchant. Amastre, quant à elle, considère sa situation avec vigueur, jurant de se venger de son fiancé infidèle.

Affrontant Romilda, Atalanta lui parle de "ton Xerxès", mais Romilda refuse d'écouter les insinuations de sa soeur sur l'infidélité d'Arsamene ("Se l'idol mio"). Atalanta a momentanément le dernier mot, achevant l'acte par une exposition longue et convaincante de la philosophie de sa soubrette : en amour comme à la guerre, tout est bon ("Un cenno leggiadretto").

Acte II

Elviro, déguisé en marchand de fleurs, chante des bribes de chansons des rues et va porter la lettre d'Arsamene à Romilda ; mais il s'arrête pour informer Amastre de la passion de Xerxés pour Romilda. Amastre vitupère contre son fiancé ; Elviro se laisse facilement convaincre de confier à Atalanta la lettre d'Arsamene, Atalanta lui promettant de la remettre à Romilda. L'intrigue se complique lorsque Atalanta rencontre Xerxès : elle lui donne la lettre en prétendant qu'elle lui est adressée à elle et qu'Arsamene fait semblant d'aimer Romilda ; mais, dans un air charmant, elle assure au roi qu'Arsamene continuera à le nier.

Xerxès saisit sa chance et montre la lettre à Romilda qui semble croire qu'elle était adressée à Atalanta ; mais elle continue à rejeter les avances du monarque. Il réagit avec passion dans un grand air ("Se bramate d'amar"), plein de douleur et de tristesse. Une fois seule, Romilda se laisse mélodieusement aller à la jalousie, mais Amastre prend son cas encore plus au tragique et seule l'intervention d'Elviro l'empêche de se donner la mort. Elviro raconte au malheureux Arsamene ce qu'il a appris d'Atalanta, c'est-à-dire que Romilda a cédé à l'importunité de Xerxès. Le chagrin d'Arsamene est manifestement authentique ("Quella che tutta fe").

Xerxès vient avec Ariodate inspecter le célèbre pont, mais Arsamene, pleurant toujours sous le choc de son amour bafoué, poursuit ses lamentations jusqu'à ce que Xerxés le découvre et lui proclame son intention de lui pardonner mais aussi de l'unir à la femme qu'il aime (et qu'il croit être Atalanta !). Malgré son désappointement, Arsamene reprend courage dans la nouvelle situation et continue à exprimer sa confiance à la fois dans son amour pour Romilda et dans le fait qu'il est partagé("Si, la voglio"). Atalanta refuse le conseil de Xerxès qui lui dit d'oublier Arsamene, mais Xerxès parvient à se convaincre de ce que l'on peut trouver un certain réconfort dans la situation précaire de l'amoureux qui ne sait pas s'il doit espérer ou non.

Elviro assiste à l'orage et le pont se disloque sous l'assaut des vagues. Xerxès, surpris par Amastre, déplore dans un duo l'aiguillon de la jalousie, Xerxès soupirant pour Romilda, Amastre pour Xerxès, situation dramatique à la fois complexe et pleine d'ironie. Amastre, sans se faire remarquer, voit Xerxès effectuer une nouvelle tentative de séduction sur la personne de Romilda, mais Romilda résiste et lorsque Amastre, déguisée en soldat, se présente comme son alliée, la garde intervient sur ordre de Xerxès. Romilda la fait libérer et Amastre quitte Romilda. L'acte se termine avec une splendide célébration de la constance de l'amour de Romilda pour Arsamene.

Acte III

Romilda et Arsamene forcent finalement Atalanta à admettre son plan tortueux, mais elle se tourne allégrement vers l'avenir, à la recherche d'un nouvel amour ("No, se tu mi sprezzi "). Xerxès tire avantage de la présomption de Romilda qui a libéré ce qu'il croit être un jeune soldat et Romilda va jusqu'à accepter de l'épouser si son père y consent. Xerxès chante sa joie dans un air d'une élégance pleine de confiance ; mais Arsamene se retourne avec colère contre Romilda qui annonce son intention de mourir, laissant Arsamene déplorer son destin solitaire dans une musique très poignante ("Amor, tiranno Amor").

En termes qui s'avéreront par trop imprécis, Xerxès annonce à Ariodate que sa fille sera bientôt fiancée à un homme du même rang que le roi lui-même. Ariodate çomprend que Xerxès parle ainsi de son frère Arsamene et se réjouit de cet honneur. Pour sa part, Xerxès tente de pousser son avantage auprès de Romilda, mais elle lui avoue qu'elle a été embrassée par Arsamene et parvient à lui faire douter de sa vertu. Xerxès ordonne immédiatement aux gardes d'exécuter Arsamene. Romilda, désespérée, demande son aide à Amastre qui lui donne une lettre.

  

 

"Serse (Xersès), roi de Perse, et son frère Arsamene, sont épris de la belle Romilda, fille du général Ariodate, mais Romilda ainsi d'ailleurs que sa soeur Atalanta n'ont d'yeux que pour Arsamene. Atalanta intercepte une lettre que ce dernier, chassé de la cour par son frère jaloux, destine à Romilda, mais que son empoté de valet (Elviro), chargé de la lui remettre et transformé en marchande de fleurs pour voyager incognito, accepte de confier à Atalanta. Cette dernière, surprise en pleine lecture par Serse, parvient à lui faire croire que la lettre lui est adressée et qu'Arsamene feint d'aimer Romilda "pour qu'elle se tienne tranquille et ne contrarie pas" leur amour... Serse trouve bien l'affaire étrange, mais aveuglé par sa flamme, ne réfléchit pas davantage. Sachant mieux que personne que son royal frère a jeté son dévolu sur Romilda, que pourrait donc craindre Arsamene ? Comment pourrait-elle lui nuire ? Ces questions n'effleurent même pas le souverain... Fermons la parenthèse, car ce n'est pas la moindre des invraisemblances qui affectent cette fiction. Dans l'ombre, en viril équipage, Amastre, fiancée trahie et abandonnée par Serse, observe ces manigances, la rage au coeur. Serse, convaincu que le sort lui est favorable, file chez son général et lui tient à peu près ce langage : "Comme je l'ai déjà laissé entendre, un homme de mon sang est destiné avec votre consentement à devenir l'époux de Romilda". Intrigué - qui ne le serait pas face à de tels détours - Ariodate s'enquiert : "De votre sang ? Et m'est-il familier ? - Autant que Serse !" lui réplique celui-là même avant de prendre congé. "Ce ne peut être qu'Arsamene" conclut le père, plein de bon sens. Arrive ce qui devait arriver : lorsque Arsamene se présente, Ariodate lui accorde la main de Romilda sans lui laisser le temps de la demander ! Atalanta n'est pour rien dans cette cruelle ironie du malheur, seule l'attitude, incompréhensible, de Serse a provoqué ce malentendu. Pourquoi tant de mystères ? Serse cherchait-il à se rendre intéressant en parlant de lui à la troisième personne ? Il ne peut que s'en prendre qu'à lui-même, mais sa responsabilité même lui échappe...

De fait, le spectateur n'est pas au bout de ses peines. Après une colère homérique et alors qu'il ordonne à Arsamene de plonger une épée dans le sein de Romilda, Serse se retrouve face à son passé : "Ne voulez-vous pas qu'un fourbe soit percé par quelqu'un qui l'adore encore ?" lui lance Amastre, quittant aussitôt son déguisement avant de retourner son arme contre elle lorsque Serse, méconnaissable, lui demande de le tuer. "Arrêtez ! Je me repens maintenant" s'écrie le tyran, doux comme un agneau. Too much, semble avoir pensé Michael Hampe, qui supprime ce rebondissement mélodramatique et enchaîne directement les menaces d'Amastre avec le lieto fine, hautement improbable. "Et tu vas m'aimer de nouveau ? interroge Amastre. - Oui, mais je suis indigne de ta pitié, gémit le roi. - Aime-moi quand même, très cher, je te pardonne." Trop alambiquée, cette love story aurait-elle agacé le public londonien ? Elle n'est peut-être pas étrangère à l'échec de l'ouvrage." (Forum Opéra)

 

http://www.haendel.it/composizioni/libretti/pdf/serse.pdf

http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/H_files/Serse.pdf

  

Représentations :

 

 

 

 

 

 

"Les opéras de Haendel sont si fréquemment encombrés de mises en scène grotesques que c'est parfois un soulagement que d'asssister à une version de concerrt. Tel n'est malheuureusement pas le cas, ce soir.

Jean-Christophe Spinosi avait déjà dirigé Serse en 2011, dans le cadre d'une tournée bretonne avec une mise en espace burlesque de Nathalie Spinosi, puis au Theater an der Wien, dans une production scénique. À Versailles, le chef a manifesteement choisi de ne pas retenir l'élégance et l'intelligence qui caractérisaient le travail d'Adrian Noble. Serse comporte certes une dimension comique plus poussée que la plupart des opéras de Haendel, mais ce n'est en rien un opéra bouffe, ni même un vaudeville, comme pourraient le laisser croire les mimiques et les gags des chanteurs réunis à l'Opéra Royal.

Ces performances « scéniques » se doublent d'incarnations vocales inégales. On distinguera, tout particulièrement, la tenue et la finesse du contre-ténor canadien David DQ Lee en Arsamene. La soprano coréenne Yeree Suh, avec une voix peu volumineuse, offre du bon et beau chant en Romilda. Un compliment que l'on n'adressera pas à la mezzo suédoise Malena Ernman, à la réelle présence physique, mais dont le Serse, peut-être emporté par trop de gesticulations et de grimaces, n'est que souffle court, émission tendue, aigus serrés, graves détimbrés ou tubés. En même temps, c'est fait avec aplomb, et le caractère spectaculaire des airs de bravoure est respecté.

L'Ensemble Matheus est à l'avenant, avec beaucoup d'effets et peu de couleurs. Après trois heures trente de concert, le public applaudit. Une conclusion s'impose: il adore Feydeau. Nous aussi, mais pas dans Haendel !

 

 

"Comme les scènes allemandes ne choquent plus personne en y affichant la simple nudité, la tendance actuelle pour susciter l\92étonnement et la curiosité du public consiste à simuler la lubricité et, si possible, de manière grotesque, substituant ainsi l\92effet comique à un excès de vulgarité. Fort heureusement la relecture de Xerxès par Konrad Junghäne (chef d\92orchestre) et Stefan Herheim (metteur en scène) ne se borne pas à ce raccourci. Le parti pris de réveiller cette pièce baroque se traduit par l\92accumulation d\92une multitude d\92effets scéniques, dont certains méritent d\92être relevés.

Tout d\92abord, le choix d\92alterner les langues selon qu\92il s\92agit de faire avancer l\92intrigue \96 traduction allemande suscitant parfois de grandes rigolades dans le public - ou d\92interpréter un air connu \96 original italien - permet d\92accentuer le contraste entre la farce qui se joue sur scène et le contenu éthéré des airs les plus ornés, mettant ainsi en perspective la double nature originelle de cette \9Cuvre qui mène de front les modes comique et dramatique selon que l\92argument traite des infortunes amoureuses des protagonistes ou de la tyrannie du monarque.

La mise en scène, ensuite, correspond à une image d\92Epinal d\92un opéra baroque : toiles peintes à foison, costumes ne lésinant pas sur les plumes, perruques en cascade. Toutefois la multiplication des tableaux (une bonne vingtaine) qui se succèdent sur un plateau tournant, s\92accompagne trop souvent de bruits de scène peu compatibles avec la légèreté d\92accompagnement musical des nombreux récitatifs, tout comme les bêlements excessifs de brebis lubriques dont les postures obscènes - elles veulent à toutes fins qu\92Elviro leur malaxe les tétines ! - donnent le départ à la tournure graveleuse que prennent les évènements. Xerxès monarque tyrannique et volage apparaîtra désormais comme souffrant de priapisme \96 jusqu\92au moment où le décor fait apparaître l\92anagramme XERXES/SEXREX, point d\92orgue de cette vision très en dessous de la ceinture.

Sur la scène, la rivalité des sentiments qui constitue le c\9Cur de l\92intrigue se retrouve dans les joutes vocales que se livrent les gosiers plus ou moins habiles en roucoulades. Stella Doufexis (Xerxès), dont la voix souple nous comble par sa douceur et sa tenue dès le premier air «ombra mai fu», présente cependant des faiblesses d\92émission lorsqu\92il s\92agit d\92airs animés nécessitant des moyens plus imposants. Karolina Goumos (Arsamenes, son frère) s\92en tire honorablement par un jeu tout en retenu en dépit d\92airs sans grands effets et d\92une émission excessivement nasale. L\92Amastris de Katarina Bradic soulève l\92enthousiasme du public avec son timbre de mezzo-soprano si fruité et si charnu que nous regrettons ses apparitions trop fugaces et trop comptées. En revanche, les mêmes excès dans la façon d\92aborder les vocalises caractérisent les prestations de Brigitte Geller (Romilda) et Julia Giebel (Atalanta). Les mêmes attaques trop énergiques de leurs airs, avec des ornementations glissées vers des aigus criés pour en accentuer l\92effet dramatique, semblent étendre la sororité de leur rôle \96 accentuée par des costumes identiques \96 à leur manière d\92interpréter leur partition respective aux caractères pourtant bien différents. Dimitri Ivashchenko qui interprète Ariodates, le père de Romilda, est un modèle de basse colorature au timbre chaleureux et à l\92émission parfaite, il émaille ses interventions par de soudains changements de registre du plus surprenant effet. Mais à ce jeu là, Hagen Matzeit (Elviro) est le roi. Ses apparitions, tantôt en serviteur doté d\92une voix de baryton pleine et sonore tantôt travesti en vendeuse de fleurs à la voix de tête placée à s\92y reprendre dans le plus pur registre de mezzo-soprano est du plus haut comique.

Finalement le succès de ce Xerxès tient plus à l\92égale implication des protagonistes qu\92à l\92abondance des moyens déployés visant à captiver le public.

 

 

 

"Londres, 1738 le goût pour l\92opera seria se délite, le public finit par se lasser de l\92inlassable, castrats et prima donne sont passés de mode, Haendel en mauvaise posture doit regagner les faveurs d\92un public décidément versatile. Alors, avant de comprendre que l\92oratorio anglais sera sa providence, il tente de réinventer le genre de l\92opera seria en composant un dernier opéra italien : Serse (ou Xerxes en anglais), en brisant certains des codes les plus fondamentaux tels que des airs privés de leur da capo et directement intégrés à l\92action ou encore en faisant intervenir un personnage « anglais » Elviro, qui vend ses fleurs à la manière londonienne des marchés de l\92époque\85au point que certains finissent par appeler son ouvrage ballad. De plus, on est loin des opéras héroïques tels que Orlando, Rinaldo ou autre Giulio Cesare ; en effet toute l\92action est basée sur les sentiments amoureux des personnages avec en toile de fond un enjeu politique discret. Mais la vraie nouveauté réside dans son traitement, Haendel développe la veine comique de l\92ouvrage au travers d\92une multitude de quiproquos désopilants! Ainsi, l\92écueil pour tout metteur en scène serait de tomber dans un burlesque ridicule ce qui en ferait un opéra bouffe, car malgré sa veine comique Serse reste un opera seria. D\92autres défis attendent les interprètes : spécialistes de Vivaldi, l\92Ensemble Matheus et leur chef Jean-Christophe Spinosi sauront-ils relever celui de la musique de Haendel (en partie réussie dans leur Alcina à Garnier) ? Malena Ernmann habituée des seconds rôles haendéliens (Lichas dans Hercules, Nerone dans Agrippina, Eduige dans Rodelinda) aura-t-elle la carrure du rôle-titre Serse ? Au contraire, Danielle De Niese qu\92on aurait plutôt attendue en Romilda endosse le rôle secondaire d\92Atalanta ; sa forte personnalité ne risque t\92elle pas d\92éclipser sa rivale Romilda ? Bejun Mehta qui excelle dans les rôles héroïques pourra t\92il faire autant sensation dans un rôle plus élégiaque d\92amoureux transi ? Enfin comment le metteur en scène va t\92il intégrer l\92air le plus célèbre de toute l\92\9Cuvre du compositeur : le fameux air « Ombra mai fu » qui semble à priori détaché du reste de l\92ouvrage ? C\92est justement ce qu\92à particulièrement réussi Adrian Noble, en plaçant d\92emblée cette méditation introductive comme fil conducteur simple en apparence mais qui va se révéler fort subtil au point d\92en transcender le livret tout en le suivant à la lettre. En effet, Serse persécuté pendant l\92ouverture, échappe à ses assaillants lorsqu\92il entrouvre les parois d\92une « muraille » qui dévoilent un petit coin de paradis à la végétation verdoyante dans lequel il se réfugie. Contraste saisissant avec le monde extérieur hostile, il se repaît en chantant paisiblement sous un platane et rend ainsi hommage à un monde ancien qui le rassure: celui des traditions, d\92un pouvoir absolu, d\92un machisme incontesté. Ce mur à la taille disproportionnée n\92est autre qu\92une transposition des barrières qu\92il a érigé dans son esprit, et dans lequel il a verrouillé ses certitudes. Il refuse de voir le monde muter, il ne comprend pas comment Romilda, sur laquelle il a jeté son dévolu, se permet de lui résister, lui le souverain qui a pouvoir de vie et de mort sur tous ses sujets, au point de la séquestrer dans sa « cage dorée ». Romilda se transforme alors en un petit oiseau fragile, contraint pour se protéger de se réfugier sur la branche la plus haute de l\92arbre de Serse, un arbre au symbole phallique évident mais un arbre en décrépitude. Nous ne sommes finalement pas si loin des Noces de Figaro de Mozart, où le droit de cuissage est aboli au grand dam du comte. De plus, Serse n\92est pas au bout de ses peines et doit faire face à d\92autres vexantes résistances, celle de son frère Arsamene, pourtant d\92un rang inférieur, qui ne lui cède pas sa fiancée, tandis qu\92Amastre, sa bien aimée officielle, complote à son insu. Il finira par « accepter » la situation, non sans avoir au préalable frôlé la folie !

La grande cohérence ainsi que le traitement faussement naïf d\92un drame comico-tragique finissent pourtant par trouver leurs limites dès le second acte en mal d\92idées, et qu\92un décor unique (un jardin circulaire accompagné de l\92ouverture et de la fermeture systématique de son enceinte) n\92arrange rien et aurait pu nous mener droit à l\92ennui si une passionnante équipe de chanteurs comédiens très investie n\92était venue pimenter le tout.

C\92est surtout vrai pour le rôle titre interprété par une Malena Ernman déchaînée et tout à fait crédible en souverain macho, autoritaire, à l\92érotisme débordant, aux prises avec un pouvoir et une virilité malmenés. Elle fait particulièrement sensation lorsqu\92elle se met à déployer une étonnante et large palette de notes, passant facilement des notes aiguës pures et filées à des notes graves caverneuses avec un ébouriffant panache. La mezzo suédoise s\92impose comme une évidence au rôle même si l\92on peut déplorer son frustrant manque de projection notamment dans son air « Crude furie » qui même s\92il remporte l\92adhésion du public, manque d\92éclat. Ce n\92est pas le cas de son frère rival Arsamène, incarné par l\92excellent contre-ténor Bejun Mehta (récemment entendu à Barcelone) au volume insolent (pourtant annoncé souffrant) au point de rivaliser un peu trop avec le rôle titre (dans lequel on l\92imagine volontiers). Il incarne divinement un tendre et émouvant amoureux affligé, mais capable de grands éclats lorsqu\92il se confronte à son frère Serse ou lorsqu\92il fait montre de sa rageuse colère en imaginant que Romilda, Adriana Kucerova, le trompe. Cette dernière, d\92un niveau vocal très inégal, affiche une voix terne, voire ennuyeuse, agrémentée d\92approximations mais capable d\92offrir des cadences impressionnantes aux aiguës éclatants (un potentiel mal géré) qui se voit inexorablement éclipsée par sa s\9Cur et rivale incarnée par la sémillante Danielle de Niese, qui réussi un véritable one woman show impayable notamment dans l\92air qui clôt le premier acte « Un cenno leggiadretto ». Ce rôle de séductrice légère espiègle et intrigante lui sied à merveille, et lui permet de transcender un rôle en général négligé.

Dans le rôle de l\92amante trahie, contrainte de se déguiser en homme pour comploter et ainsi se réapproprier les faveurs de son promis Serse, Luciana Mancini impose une forte personnalité et fait montre d\92une passionnante détermination, se surpassant dans l\92exécution d\92impétueuses vocalises jusqu\92à nous faire oublier une voix qui laisse entrevoir un timbre en parti ingrat.

Enfin, Anton Scharinger s\92acquitte passablement du rôle du naïf et bêta Ariodate, avec une voix certes encore de bonne tenue mais aux extrémités éteintes voire lacunaires lorsque l\92extrême grave est sollicité. Ce n\92est pas le cas d\92Elviro, interprété par un luxueux Andreas Wolf dans un trop petit rôle (déjà entendu avec bonheur dans Alessandro), à la santé vocale insolente, il joue son rôle de messager intermédiaire avec une fougue ravageuse en se déguisant en un truculent vendeur de fleurs ambulant à l\92accent si particulier.

L\92opéra se termine par le traditionnel c\9Cur de liete fine au tempo doux amer et justement choisi, repris au moment des applaudissements par le dynamique chef français Jean-Christophe Spinosi dont la direction a été un exemple d\92adéquation à la mise en scène, participant aux évènements, en prenant parfois quelques libertés fort appropriées (accélération et décélération du rythme ou soutien des pitreries vocales d\92Elviro\85). Un pur régal !"   

 

 

"Composé en 1738, Serse marque l\92une des dernières intrusions de Haendel dans le domaine de l\92opéra. Le caractère bouffe y côtoie sans transition les errements de la passion annonciateurs des Noces de Figaro et de Cosi fan tutte. Rompant avec la tradition obligée de l\92aria da capo, le Saxon multiplie les récitatifs enlevés et contrastés, rendant l\92action plus vigoureuse et théâtrale avec davantage de mouvement et de légèreté.

La production présentée dans plusieurs villes bretonnes, dont Fouesnant, par Jean-Christophe Spinosi et son Ensemble Matheus est, en quelque sorte, une anticipation du spectacle qui sera donné du 18 au 27 octobre au Theater an der Wien avec d\92autres chanteurs et dans une autre configuration scénique. A Fouesnant, la mise en espace de Nathalie Spinosi s\92avère très réussie ; pleine de fantaisie et de gags, créant un rythme très vivant durant les trois heures du spectacle. Par ses rebonds, l\92humour et le jeu des acteurs, on assiste à une véritable comédie humaine avec ses états d\92âme ondoyants et divers. Sans nier l\92héroïsme (qui fait partie de l\92arsenal haendélien), Jean-Christophe Spinosi opte pour une interprétation à la fois poétique, sensible mais aussi très dynamique. Les instrumentistes font flèche de tout bois et manifestent des qualités d\92intonation, de respect du style ainsi qu\92un enthousiasme contagieux.

La jeune équipe rassemblée à cet effet montre une grande complicité et une vitalité de tous les instants. De la distribution vocale homogène et vivante, on retiendra la soprano Francesca Russo Ermolli dans le rôle-titre de l\92Empereur perse, excellente comédienne ; la basse profonde de Matthieu Toulouse en Ariodate, général de l\92armée ; ou les extravagances comiques d\92Eve Coquart en Atalante, s\9Cur de Serse, dont les facéties provoquent le rire de l\92auditoire. Un spectacle d\92une belle fraîcheur, parodique à souhait, qui a enchanté le public venu nombreux pour assister à cet événement finistérien."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"... Voici ce que donne Ann Murray en Xerxès : voix vieillie, peu intéressante, sans timbre particulier et vraiment très fatiguée (les vocalises du dernier air « Crude furie degl\92orridi abissi » ont certainement été éprouvantes pour tout le monde). Mais surtout, il est choquant de remarquer un si complet manque de charisme chez une chanteuse qui tient le rôle-titre de cette production depuis la première en\85 1996 !!! Peu ou pas réellement de jeu, pas d\92âme, pas d\92engagement, même le célèbre « Ombra mai fu » est ennuyeux et décevant (et cela indépendamment de la suppression de la reprise). En bref, Ann Murray manque d\92épaisseur dans tous les sens du terme !

Bon, on commence à comprendre dans quoi on a atterri et on résume : le personnage de Xerxès est traité comme un malade mental infantile et capricieux qui se prend pour un dictateur qui habite un palais de pacotille grouillant d\92esclaves (les salopettes grises)\85 à moins que ce ne soit le contraire, Xerxès est un dictateur de pacotille traité comme un malade mental (quelle originalité dans cette analogie) qui évolue dans des décors tape-à-l\92\9Cil (d\92où leur esthétique indigente) et est vêtu, comme d\92ailleurs tous ses partenaires, de formes et de couleurs que l\92on trouve dans les boîtes de « Quality Street ».

Mais laissons l\92ironie facile pour reconnaître à cette production l\92immense mérite de ne contenir ni vulgarité ou autres obscénités, ni violence ou hémoglobine\85 Ça a l\92air d\92être tellement rare qu\92il ne faut pas manquer de le signaler. La dérision au premier degré est sans grande subtilité, mais cela est fait sans arrière-pensée, sans méchanceté, ni prise de tête pseudo-intellectuelle. Les quelques « messages » identifiés sont très politiquement corrects et ne fâchent personne (dictateur = fou, djellaba noire = obscurantisme), en somme, le parti pris ne prend pas de risque, et par ces temps tristes qui plombent l\92opéra, c\92est plus confortable pour tout le monde.

Heureusement, pour contrebalancer le rôle-titre, voici son frère Arsamène chanté par Christopher Robson : voix vieillie mais ô combien intéressante, émouvante et expressive ! Cet Arsamène ne semble pourtant plus avoir ni l\92âge ni surtout le physique requis pour être aimé de la jeune et belle Romilda. Il est néanmoins si touchant dans sa simplicité désarmante et dans le naturel de ses attitudes. Véritable acteur et chanteur, Christopher Robson trouve, malgré des moyens vocaux parfois très limites, l\92expression juste, l\92intonation et le geste qui bouleversent. En somme, il est « aimable » au premier sens du mot, et le public lui rend longuement hommage à la fin de ses airs les plus remarquables (à l\92acte I « Non so se sia la speme » et à l\92acte II « Quella che tutta fé »).

Les décors et les costumes sont d\92une inspiration initiale certes un peu orientale, mais les époques sont passées au shaker. Les décors ne sont pas de première fraîcheur, les matériaux de qualité très moyenne ont mal vieilli : panneaux éraflés, tissus froissés, traces de doigts sur les peintures\85 On espère que comme Ann Murray ils tiendront le coup encore une fois, puisque l\92ultime représentation est prévue en juillet 2006.

Arsamène a droit à deux tenues, la première, très soignée, reflète sa splendeur hélas vite supprimée par son vilain frère, et se voit affublé jusqu\92à la fin d\92un bout de tissu informe et tout déchiré, dans lequel il arrive néanmoins à se draper fort dignement. Il n\92y a que Xerxès pour changer de costumes au gré de ses nombreux airs, tous encadrés de manière assortie au tableau ainsi délimité. Je retiens à titre d\92exemple l\92air de l\92acte III « Per rendormi beato ». Pour que Romilda ne l\92oublie pas pendant son absence, Xerxès déguisé en Elvis Presley à costume bleu layette, lui chante son amour debout sur une sorte de char jaune poussin dans un pur style patronage local pour la fête annuelle du village. Le tout est entouré d\92un cadre sur lequel s\92alignent et s\92allument des ampoules rouges qui malheureusement ne clignotent pas.

Et dans tout ça, que fait Nathalie Stutzmann en Amastre ? Voix en pleine forme, le seul regret que je puisse avoir pour elle est son manque de puissance (même si l\92orchestre ne l\92a pas toujours aidée par sa discrétion\85), mais cela restera probablement toujours son unique point faible.

Ce rôle d\92Amastre n\92est pas au premier abord très séduisant : quelques airs trop courts pour s\92installer vraiment dans le personnage, et très vocalisants pour signifier la colère sans nuance et quasi permanente de cette femme outragée à l\92antique. À l\92écoute du texte et de la musique, Amastre passe donc pour une furie bien remuante qui poursuit avec obstination un fiancé volage. Aussi je craignais un peu que Nathalie Stutzmann en fasse scéniquement beaucoup, et bien non ; l\92entendre et la voir jouer Amastre donne une toute autre idée du personnage.

Première et brève apparition avec longue perruque brune bouclée, puis travestissement : elle prend l\92allure de Yul Brunner dans « le Roi et moi », c\92est-à-dire crâne rasé (si, si, vous avez bien lu, mais non, non, pas pour de vrai) et démarche martiale. Passé le premier choc, la coupe de cheveux radicale lui va assez bien et lorsqu\92elle esquisse une danse du sabre dans son cafetan court violet vif cela lui donne l\92air d\92un bon génie sautillant et facétieux bien plus que celui d\92un féroce cosaque. Pourtant, cette Amastre est plus désespérée qu\92en colère ou d\92humeur farceuse. Les airs de fureur apparaissent donc assez tranquilles et restent sur le mode léger qui caractérise l\92ensemble des domaines de cette production.

Le chant est simple et peu ornementé (il est vrai que l\92absence des reprises dans certains airs ne favorise pas les variations\85) et les intonations baroques sont très modérées. L\92inventivité de la contralto ne semble pas avoir été particulièrement sollicitée, peu de notes à l\92accent exceptionnel dont elle nous régale si souvent. Pourtant, un magnifique grave conclue l\92air « Or che siete, speranze, tradite » de l\92acte II, et surtout des intonations vraiment belles et touchantes abondent dans les répliques du dernier récitatif face un Xerxès épuisé et complètement perdu. Ses interventions sont sobres, parfois quelques touches d\92humour sans prétention viennent contredire le propos comme pendant l\92air de l\92acte I « Saprà delle mie offense » qui voit Amastre s\92essayer maladroitement au maniement du sabre.

Le seul air d\92Amastre de l\92acte III, davantage intimiste et dramatique que les précédents, permet à Nathalie Stutzmann de faire passer une émotion plus profonde. L\92image proposée pour l\92accompagner est celle d\92une forêt symbolisée par des sapins de Noël en plastique et sans décoration dans des caddies de supermarché poussés par les Salopettes Grises de Xerxès. Tandis que le cercle des sapins à roulettes se resserre autour d\92Amastre esseulée dans sa clairière peau de chagrin, elle chante son désespoir d\92être elle-même la cause de sa souffrance « Cagion son io del mio dolore »\85 curieux mélange visuel et sonore\85

Pour finir en beauté, sa dernière apparition se fait en perruque à tresses blondes genre Ysolde-des-années-50, et lève ainsi le voile sur sa santé mentale qui doit d\92ailleurs être à l\92image de celle de Xerxès pour lui témoigner cette fidélité aveugle et\85 récompensée !

De ma très bonne place, la vue est imprenable sur les musiciens de l\92orchestre et il est passionnant de voir le continuo si actif et engagé. Je dois une mention spéciale à la violoncelliste Kristin von der Goltz au son riche et ample, ainsi qu\92au claveciniste Mark Lawson qui, dès qu\92il le peut, suit le spectacle en se tordant le cou. Je n\92ai jamais aussi bien senti l\92intérêt que les instrumentistes portent à l\92opéra et ses chanteurs ; on est bien loin ici de certaines attitudes qui conduisent à laisser la fosse déserte à peine la dernière note évaporée. Umberto Chiummo, le général Ariodate de Xerxès, est un chanteur dynamique à la voix chaude et sonore. La mobilité de son visage le rend très expressif, et joint à des costumes militaires fantaisistes, cela le rapproche d\92un personnage de la Comedia del\92Arte. Ses deux filles sont habillées en rose Barbie, Banu Böke est une Romilda agréable qui se retrouve devant le rideau de scène hermétiquement fermé pour conclure de belle façon l\92acte II par son air « Chi cede al furore », et Margarita De Arellano incarne une Atalante pleine de vie. Elle est particulièrement impressionnante pendant son air à la fin de l\92acte I « Un cenno leggiadretto ». En même temps qu\92elle le chante, elle le danse comme dans une revue du Lido, accompagnée par une petite troupe de girls à son image, et cela sert tout à fait son propos.

L\92aspect loubard à lunettes noires donné à Christian Rieger dans le rôle d\92Elviro (l\92ancêtre de Leporello) contraste avec l\92empressement bienveillant qu\92il porte à son maître Arsamène. Il ouvre l\92acte II avec Amastre dans une scène qui relève carrément du vaudeville. Elle aurait donc pu être traitée sur le mode de la bouffonnerie : « Ah, chi voler fiora » chanté en fausset (ce que n\92essaye qu\92à peine Christian Rieger), avec costume féminin plus affriolant qu\92une djellaba noire\85 Dommage. Quant à son seul air « Del mio caro Bacco amabile », il montre les limites vocales du baryton qui pourtant possède une voix d\92une belle profondeur.

Mais ce qui me fait le plus plaisir, c\92est de voir que les chanteurs s\92amusent vraiment. Des saynètes muettes se déroulent souvent en parallèle du premier plan musical, aux marges de la scène, au risque parfois de capter l\92attention au détriment de celui qui est entrain de chanter. Si c\92est pendant le dernier air de Xerxès, on l\92a vu, ce n\92est pas bien grave, et on détaille avec bonheur la troupe réunie autour du banquet pour les noces d\92Arsamène et de Romilda. Mais lorsque l\92on est perturbé par le défilé des djellabas noires juste derrière Atalante qui chante « Dirà che non m\92amo », on ressent la nette frustration d\92être privé du plaisir musical (c\92est le comble) sans que le visuel ne compense cette perte.

Il est affligeant de sentir de cette manière insidieuse que la musique est supposée (par le metteur en scène ?) ennuyer le spectateur, puisqu\92il faut forcément accumuler couleurs, mouvements et extravagances diverses pour le distraire, et malheureusement, pas uniquement au sens propre. Comme nous devons l\92aimer, cet art lyrique, pour que même assaisonné ainsi nous n\92en soyons toujours pas dégoûtés !"

 

 

 

 

 

 

Rachael Duncan en Romilda

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Il n'est jamais trop tard... L'un des derniers opéras que Georg Friedrich Haendel devait écrire avant le grand virage vers l'oratorio était présenté en première parisienne rue Montaigne. Achevé début février 1738 pour être créé mi-avril de la même année au Haymarket de Londres, Serse fut boudé du public d'alors, il est vrai que sa trame oscillant sans cesse entre buffa et seria peut surprendre. La production signée Gilbert Deflo reste très proche de la partition, et évite avec élégance une représentation définissable de la Perse. Hésitant entre l'antique et la turquerie du siècle des lumières, elle suggère plutôt que d'illustrer, par petites touches à peine appuyées. La lumière savamment étudiée de Jean-Pascal Pracht a largement dominé un spectacle qui souffrit d'un laisser aller évident de la direction d'acteurs. Les chanteurs ont fait vivre leurs personnages grâce aux acquis de leur métier, ce qui fut plus difficile pour la très jeune Silvia Tro Santafé. Mais avec une voix énorme, une musicalité généreuse, elle incarna une excitante Princesse d'Egypte. Anne Sofie von Otter s'est un peu trop économisée, faisant éclater quelques grands airs, mais vidant de toute substance ceux qui lui parurent moins important un triste calcul menant droit à l'escamotage. C'est le contre-ténor Lawrence Zazzo qui convainc le plus, avec un Arsamene éclatant doté d'une vocalise régulière et sans faille, sans compter une véritable présence en scène, il se confirme dans un élan qui lui porte chance depuis quelques années (Agrippina, Rinaldo, Medea, Griselda...). Les Arts Florissants et William Christie se montrent fins haendeliens, toujours précis, manquant toutefois de la tension nécessaire au théâtre. Alors que le disques ne propose à ce jour que cinq versions disponibles, le public parisien aura eu un véritable accès à un ouvrage qui ne se résume pas au fameux Ombra mai fù, dans une lecture que Virgin Classics lui donnera le plaisir de retrouver dans quelques mois."

"Les décors ? décoratifs... La direction d'acteurs? scolaire... Les voix ? inconséquentes pour la plupart... Le chef William Christie? Insipide... Et l'oeuvre ? encore plus ! Autant dire que la production donnée au Théâtre des Champs-Elysées de Serse, opéra interminable de Haendel, ne sera pas mémorable. De quoi décourager les spectateurs les plus endurants..." 

"...On ne peut que reconnaître au metteur en scène une réflexion pertinente sur ce Serse. Les opéras de Haendel, quelle que soit leur nature, donnent souvent lieu, dans les mises en scène actuelles, à d\92interminables successions de gags comme autant de négations de la dramaturgie de l\92oeuvre, transformant l\92indéniable humour et l\92esprit que l\92on peut y trouver en une bouffonnerie répétitive et hors de propos. Serse est l\92un des derniers opéras italiens de Haendel : il est créé en 1738 sur une adaptation d\92un livret de Nicola Minato, initialement mis en musique par Francesco Cavalli en 1654. Contrairement à la plupart des autres opéras du compositeur, Serse tire de cet antique livret vanitien une réelle dimension partiellement bouffe, soit à travers le personnage d\92Elviro, dans certains dialogues ou dans certaines situations. Dès lors, on pouvait s\92attendre au pire, d\92autant que l\92opéra s\92ouvre sur le fameux \93Ombra mai fù\94, souvent malmené car pris au premier degré comme une simple déclaration d\92amour à un platane. Tel n\92est pas le cas dans le travail de Deflo. Il souligne l\92humour et l\92esprit de ce livret mais ne tombe pas dans la caricature grasse comme nombre de ses collègues.

Serse nous est ainsi présenté dans une jolie scénographie beige et bleue, avec un éclairage chaleureux et d\92élégants costumes, douce évocation d\92un Orient légèrement kitsch. Un ensemble toujours agréable à regarder, mais qui constitue un écrin un peu vide et monotone. La musique n\92est pas beaucoup mieux traitée. Malgré l\92engagement et l\92attention apparente de son chef, l\92orchestre n\92est pas d\92une grande précision et la couleur \97 nous aurions voulu pouvoir dire \93les couleurs\94 \97 des Arts Florissants paraît bien sèche.

En ce qui concerne les solistes, Anne Sofie Von Otter est physiquement un superbe Serse, d\92une élégance qui semble faire revivre les portraits picturaux du XVIIIe siècle. Vocalement, elle est bien en deçà de ce qu\92appelle le rôle du roi abusif et finalement clément, même si elle trouve dans les actes II et III une densité absente dans le I. Quant aux maniérismes de son chant, notamment dans l\92exécution des ornements, ils peuvent probablement plaire à certains. Mais elle fait bien pâle figure à côté de l\92autre mezzo de la soirée, l\92Amastre de Silvia Tro Santafé. Même si celle-ci semble oublier de chanter au III dans \93Cagion son io del mio dolore\94, les moyens déployés dans la bravoure, qui constitue l\92essentiel de son rôle, sont impressionnants. Du côté des sopranos, il y a peu de reproches à faire à Elizabeth Norberg-Schulz, qui n'a simplement pas la voix pour Romilda. Sandrine Piau, pourtant une Atalanta absolument exquise \97 légère et espiègle à souhait \97, aurait probablement campé la Romilda idéale. Dans le rôle du frère de Serse, le gentil et constant Arsamene, Lawrence Zazzo ne démérite pas, bien au contraire. Mais, comme nombre de ses collègues contre-ténor il se heurte ici à une tessiture trop tendue pour lui, qui le voit de moins en moins à l\92aise au fur et à mesure que la soirée se déroule. D\92un opéra riche et passionnant ne reste alors qu'un spectacle agréable à regarder, mais dont se dégage un ennui certain."

"Depuis qu\92elle est passée reine chez Haendel et lui prince, il fallait bien qu\92ils finissent par se rencontrer. Anne Sofie von Otter et William Christie, puisque c\92est d\92eux qu\92il s\92agit, ont choisi Serse pour première aventure commune. Dès le lever du rideau, la mezzo suédoise impose par son seul maintien l\92autorité d\92une incarnation, superbe dans un habit noir qui accuse son androgynie sans la caricaturer. Le chant a peut-être perdu un soupçon de chair, mais rien de son intensité poétique. "Ombra mai fù" montre déjà des nuances impensables "Piu che penso alle fiamme del core", "Se bramate d\92amor" recèlent des trésors d\92ardeur et d\92héroïsme intacts, jusqu\92à un "Crude furie degl'orridi abissi" d\92anthologie, où l\92artiste donne tout d\92elle-même. A Lawrence Zazzo (Arsamene) revient la charge d\92affronter le souverain démoniaque. Dans un rôle écrit pour un alto féminin, le contre-ténor ne démérite pas. Mieux passant de l\92invective au désespoir avec la même ferveur, les flots de musique et de sentiments qui coulent dans sa voix esquissent un portrait d\92amant torturé des plus convaincant. Hélas l\92objet de sa flamme n\92inspire guère les mêmes louanges. Cherchant d\92abord à compenser par force manières la lourdeur de ses vocalises et son manque de projection, Elizabeth Norberg-Schulz capitule devant les exigences de Romilda (dont la créatrice ne fut autre qu\92Elisabeth Duparc, la future Semele !). On n\92en dira pas autant de Sandrine Piau, craquante d\92abattage et de fraîcheur, bien que les airs dAtalanta soient trop bas pour elle (Romilda, sans aucun doute, lui aurait mieux convenu). Avec ses moyens toujours très impressionnants, Silvia Tro Santafé dévoile, sitôt entrée en scène, une vraie nature. Mais est-ce la bonne ? Le timbre saturé, la technique à l\92emporte-pièce et l\92émission poitrinée ne sont-ils pas davantage ceux d\92une duègne grotesque que d\92une épouse bafouée ? Si Giovanni Furlanetto court après le grave d\92Ariodate, mais avec la verve requise, Antonio Abete est, comme il se doit, impayable sous la défroque buffa d\92Elviro. Dès les premières mesures de l\92Ouverture, Les Arts Florissants rayonnent d\92assurance, le trait précis, le dialogue entre les parties parfaitement dosé. Tout au long des trois actes, cette fermeté instrumentale ne se dément pas, sans pour autant qu\92elle exprime ce qu\92il faut de vie théâtrale. D\92une scène àl\92autre, Christie peine à varier les climats, les do capo introduisant eux aussi trop peu de nuances au sein de chaque numéro. Beaucoup de musique donc, mais peu d\92épaisseur dramatique, défaut que ne compense guère le spectacle de Gilbert Deflo. Transformant le sujet antique en turquerie dix-huitièmiste, celui-ci dessine, avec la complicité de William Orlandi (décors et costumes) de très jolis tableaux. Mais dans cet univers inspiré du théâtre d\92ombres, les personnages, trop souvent abandonnés à eux-mêmes, ont davantage l\92air de silhouettes que d\92êtres de chairs et de sang... Le secours de quelques fortes individualités (Von Otter, Zazzo...) n\92en prend donc que plus de prix."

"Serse doit sa célébrité à un air fameux que, chaque jour, dans les magasins de disques, des clients réclament sous le titre de "Largo de Haendel", parce qu'ils l'ont entendu jouer par un organiste à l'occasion d'un mariage ou arrangé par quelque artiste de variété. Pour ceux venus entendre l'ouvrage entier au Théâtre des Champs-Elysées, la satisfaction est aussi pleine que précoce : dès après l'ouverture, le rôle-titre chante un récitatif puis le célèbre "largo", l'air "Ombra mai Fu". Cinq minutes d'enchantement, suivies de quelque 160 minutes de musique un peu moins enchanteresse. Il y a dans Serse (Xerxès) tout entier moins de beautés que dans le dernier acte de Jules César.

La faute à la partition seule ? Pas certain. William Christie est, comme à son habitude, un chef élégant et concerné, mais au fur et à mesure de l'avancement de la partition, les contrastes s'émoussent tandis que notre ennui se précise. La distribution ne l'aide, il est vrai, pas toujours. Anne Sofie von Otter est égale à elle-même, c'est-à-dire excellente, glaciale et jouant mal, chantant d'une voix qui manque d'étoffe dans le grave et sonne parfois de façon métallique et un peu creuse. Ses deux alter ego en tessitures sont on ne peut plus dissemblables : le contre ténor américain Lawrence Zazzo possède une voix plus riche, à l'exception de l'aigu, parfois tendu et strident, et de l'extrême grave, où le passage en voix de poitrine n'est pas toujours seyant. Le reste de sa tessiture est, en revanche, un modèle de substance et de ligne.

On comprend mal la vogue dont jouit Silvia Tro Santafé. Certes, la jeune mezzo a un grave trompetté qui en impressionne plus d'un, mais elle est incapable de chanter en mesure la moindre vocalise rapide et est antimusicale et vulgaire au possible : dans son air lent, au troisième acte, on la voit assise sur un banc, affublée d'une paire de moustaches (elle incarne le rôle d'une femme travestie en homme) chantant dans une totale absence et beaucoup trop bas. Heureusement pour elle, William Christie semble avoir perdu l'habitude de dresser un index correcteur en pareille situation... Sandrine Piau, charmante et si musicienne, est nettement plus convaincante qu'Elisabeth Norberg-Schulz, bonne chanteuse mais d'un style flou. Antonio Abete remporte un beau succès dans ses airs bouffons, notamment lorsqu'il se travestit en vendeuse de fleurs.

La production du metteur en scène belge Gilbert Deflo et de ses comparses aux décors, costumes et lumières, ressemble à un devoir d'étudiants de première année. Surjeu permanent, costumes laids et ne prenant pas la lumière, décors naïfs sur fond de cyclo couleur berlingot."

"Certes, Serse de Haendel n'est pas aussi réussi que Giulio Cesare. Mais l'oeuvre est rarement montée, et a été très peu enregistrée. Drame de cour, structuré par la duplicité amoureuse, Serse s'inspire de l'opéra vénitien avec son mélange de tragique et de bouffonnerie et annonce le Mozart de Cosi fan tutte (pour la présence de personnages symétriques), Don Giovanni (Elviro, précurseur de Leoporello) et des Noces de Figaro. Tout cela pour dire que, si Gilbert Deflo, qui signe cette nouvelle production, n'est pas au niveau du maître Strehler, sa scénographie à l'italienne, avec coulisses et lanterne magique, n'est pas un contre-sens. Et, dans ce cadre où costumes et décors rivalisent de couleurs tendres, l'oeuvre éclectique de Haendel prend sa dimension de divertissement. Dans la fosse, William Christie semble attentif à creuser les contrastes dynamiques, tout en contenant la ligne.

Alerte, serrée juste ce qu'il faut, sa baguette n'empêchait pas les couacs de certains pupitres, ni la mezzo Silvia Tro Santafé de chanter devant le temps, mais la transparence et l'unité de l'ensemble ne manquaient pas de beauté. Le casting vocal offrait quelques motifs de satisfaction. Dans le rôle d'Arsamène, le contre-ténor américain Lawrence Zazzo sopranise avec moins de finesse qu'un David Daniels, mais il est doté d'un volume vocal bien supérieur, et d'un timbre rayonnant. Plus sonore qu'une Bartoli, Silvia Tro Santafé est hélas moins subtile et profonde. Reste les sopranos Sandrine Piau et Elisabeth Norberg-Schulz, superbement musicales, la basse Antonio Abete, dotée d'une technique solide et campant un Elviro de pur panache, et surtout Anne-Sofie von Otter, «chanteuse-étoile» du sérail Minkowski et qui tente son premier Haendel avec Christie. Telle un grand criquet noir, échappé de l'operetta du Casanova de Fellini, la mezzo suédoise glisse sur le tube "Ombra Mai Fu" avec une grâce irréelle. Et habite de sa propre distance, autant qu'elle en exploite les ressources avec une verve expressionniste, le personnage ambivalent du roi de Perse. Si on admet le principe de ce Serse de commedia dell'arte, dont les numéros se succèdent, comme on tourne les pages d'un livre d'images, ce spectacle est assez enchanteur."

"Malgré la célébrité du titre, il s'agissait, sauf erreur, de la première représentation à Paris dans une production scénique de ce bijou que Winton Dean résumait d'un mot célèbre : " les Noces de Figaro de Haendel. " \8Cuvre de la maturité, caressant le souvenir de l'opéra vénitien, où comédie et drame s'entrelacent en de fines miniatures déjouant les repères habituels du genre seria - ariettes échangées d'une voix à l'autre, surprises et rebondissements musicaux à foison sous l'apparente sobriété de l'inspiration mélodique. Il est facile de convaincre en prenant Serse au premier degré comme une fable orientale vive et enjouée, plus ardu d'en mettre à jour les reflets doux-amers et la profondeur des mécanismes psychologiques, ces inhibitions pudiques qui retiennent les personnages de se livrer aux grands éclats habituels, et donnent d'autres couleurs à la passion, à la jalousie, à la douleur et à la soif de liberté. Des couleurs, le spectacle de Gilbert Deflo et William Orlandi n'en manque pas, et son premier mérite est de ne pas aller à contresens de l'\9Cuvre. Cadre scénique en toiles peintes et praticables tout de légèreté (mais rendu prosaïque par des éclairages peu imaginatifs), silhouettes aux mouvements étudiés. Ceux parmi les chanteurs qui ont su habiter d'un univers personnel leurs jolis costumes sont admirablement servis, on reste par ailleurs sur sa faim. Plus de bonheur évidemment à l'orchestre, dont la clarté très française et les délicates volutes filent une fantaisie mélancolique très séduisante, mais manquant parfois de puissance - on croit savoir que William Christie, forcé pour des raisons familiales à de fréquents allers-retours avec les Etats Unis, n'a pas eu la possibilité d'assurer toutes les répétitions, ceci explique peut-être cela. Une distribution irréprochable eût suffi à transcender ces faiblesses, mais c'est précisément le manque d'homogénéité du plateau qui pose problème. Rien d'indigne ni de spectaculaire dans les voix graves, mais une Amastre embarrassante de Silvia Tro Santafè, dont le timbre engorgé et cuivré peut avoir ses défenseurs, mais pas la vocalisation anarchique. Lawrence Zazzo impose une vraie présence, la projection est facile et les couleurs pleines, cependant de multiples accidents d'intonation laissent supposer une méforme qu'on souhaite passagère. La catastrophe de la soirée provient d'Elisabeth Norberg-Schultz, dans un rôle qui est le pivot dramatique de l'ouvrage : absence de soutien, phrasé et virtuosité passés à la moulinette, personnage indifférent. On regrette que le rôle ne soit pas allé plutôt à Sandrine Piau, qui perd dans la tessiture d'Atalante les avantages du timbre, mais conduit une ligne fluide et déliée en dépit de quelques extrapolations inutiles dans l'aigu. C'est donc Anne-Sofie Von Otter qui fera passer les seuls frissons de la soirée, malgré un volume toujours réduit que l'acoustique du Théâtre des Champs Elysées ne favorise pas. Dès "Ombra mai fu", le phrasé parfaitement maîtrisé, le goût des ornements et des accents, la limpidité des aigus filés piano (quelques notes moins contrôlées par la suite), l'aisance dans une tessiture qui lui est naturelle emportent l'adhésion. Magnifique d'allure avec son habit et ses favoris noirs, elle trouve un équilibre idéal entre le comte Dracula et l'adolescent fleur bleue, l'inquiétant et le ridicule, l'ironie et l'émotion. L'élégance aérienne de chaque pas se fissure dans un dernier air de fureur formidablement chorégraphié, qui à lui seul cristallise la force théâtrale dont toute la production aurait dû être irriguée."

Serse (Xerxès), antépénultième opéra de George Frideric Haendel, est à lui seul un paradoxe. Il comporte dès son début une des mélodies les plus mondialement connues de son auteur, « Ombra mai fù » ; et demeure pourtant une quasi-rareté. À tel point que si même Admeto et Ezio ont été chantés à Paris, on y attendait encore ce Roi des Perses ! De même, la discographie squelettique - un Mc Gegan introuvable et un Malgoire tristounet chez Sony \96 n\92aidera pas le mélomane à se faire son opinion. C\92est dire que l\92association inédite de William Christie et Anne Sofie von Otter, grands spécialistes l\92un et l\92autre, avait pour le Théâtre des Champs-Élysées tout d\92un happening. À l\92arrivée, c\92est un peu le syndrome du verre à moitié vide, ou à moitié rempli. Selon son humeur, on inclinera davantage vers une globalement bonne soirée - si l\92on retient le sans-faute du chef, de son orchestre et de deux chanteurs. Ou bien vers une déception relative, si l\92on s\92arrête à la scénographie ainsi qu\92aux trop nombreuses déceptions vocales. La partition elle-même n\92est pas exempte de reproches. Avec Serse, le compositeur explore des voies qui lui sont en partie nouvelles ; des réminiscences de l\92opéra vénitien (genre auquel appartient l\92Agrippina impériale du même TCE) troussent un canevas qu\92on peut qualifier de semi-seria. La forme sérieuse, avec ses arie da capo cousus main, fait bon ménage avec des truculences, des lazzi, venus tout droit de la commedia dell\92arte. Mieux, aucun personnage, fût-ce le pivot Romilda, n\92est d\92un seul tenant - du meilleur augure pour le mélange des genres. Ajoutée au métier de Haendel, qui n\92hésite pas à faire intervenir plusieurs fois des choeurs, cette hybridation aurait dû enfanter un chef d\92oeuvre. Il n\92en est rien. À cela plusieurs raisons : l\92opéra est beaucoup trop long - inversement proportionnel à l\92intrigue, des plus superficielles et ténues. Les protagonistes, sans exception, n\92ont aucune épaisseur psychologique exploitable. Enfin, l\92élan dramatique est inexistant d\92un acte à l\92autre. Sans doute cette indigence de matériau explique-t-elle les nombreuses "pannes" du compositeur : maints passages d\92anthologie ne pouvant gommer de multiples tunnels.

Cela étant, un dramaturge de premier plan eût sans doute pu trouver les arcanes nécessaires à notre enthousiasme. Hélas ! Pourquoi imposer à Christie (qui a travaillé avec Arias, Sellars, Villégier et Carsen, entre autres) - le néant théâtral de Gilbert Deflo ? Une autosatisfaction pédante à l\92intérieur même du programme n\92y change rien : de minces panneaux peints avec maladresse - évoquant un Orient de pacotille sans second degré perceptible -, voilà pour le cadre. Accessoires et costumes ridicules (le général Ariodate, sorte de Mamamouchi du pauvre !), aucune profondeur de champ, direction d\92acteurs inexistante au sein d\92une symétrie élémentaire : l\92épreuve est rude. Jusqu\92à la salle du trône de Xerxès, en carton-pâte rose très kitsch, rien ne nous est épargné.

Sous de tels auspices, on est porté à nuancer légèrement le sentiment défavorable qu\92on a de quelques-uns des chanteurs. Ariodate a deux filles, Romilda et Atalanta, respectivement Elisabeth Norberg-Schulz et Sandrine Piau. Ces deux artistes, assurément fines musiciennes, sont malheureusement dotées de minces moyens techniques et volumétriques. La voix métallique et l\92absence de projection de la première répondent aux minauderies de la seconde, de surcroît privée de graves comme d\92aigus dignes de ce nom. Quelques ornements pas vraiment indispensables exposent crûment ce haut de la tessiture si aigre. Ce n\92est certes pas la première fois que Piau révèle de tels handicaps. Même si son professionnalisme ne saurait bien entendu être remis en cause, on reste songeur à l\92idée de ce qu\92aurait pu faire de deux rôles pareils une Dessay appareillée à la Romilda d\92Annick Massis.

A l\92opposé, Anne Sofie von Otter possède tous les moyens de son emploi (et bien plus), mais ils sont comme mis « sous l\92éteignoir ». C\92est un grand mérite du reste, que de savoir gérer ses limites \96 sans doute ponctuelles - au point de s\92économiser avec habileté sur des morceaux qu\92on qualifiera de secondaires. Ce qui permet de donner le maximum dans les airs de bravoure, le fabuleux « Crude furie degl\92orridi abissi » de l\92Acte III par exemple. On succombe là, sans peine aucune, devant l\92Anne Sofie qu\92on aime... et on en regrette d\92autant plus les nombreux errements : neutralité, voire décoloration de la voix, grelot dans l\92aigu, absence de conviction \96 pour ne citer que ces évidentes marques de fatigue. Le maintien sur scène demeure splendide d\92abattage : la seule composition du visage est fascinante. Encore que son maquillage-momification puisse vraiment faire peur ! Reste à savoir si le spectateur vient pour entendre une musicienne de cette valeur assurer avec componction une manière de service minimum.

Une basse et un baryton se disputent des rôles de composition assez courts, avec beaucoup d\92enthousiasme et de goût : Giovanni Furlanetto (Ariodate) et Antonio Abete (Elviro). En charge de personnages plutôt comiques, ils offrent un contrepoint plein de tonus à la décevante paire formée par les deux soeurs. Il y a mieux encore : ce sont Lawrence Zazzo et Silvia Tro Santafè, le frère et la promise du Roi. Aucun n\92est inconnu, le premier ne faisant que confirmer ce que Medea ou Agrippina (entre autres) laissaient présager : rondeur et fruité du timbre, technique sans reproche, tenue impeccable sur toute la tessiture. Par-dessus tout, une présence émotionnelle qui le place désormais au premier rang de ses pairs falsettistes. La seconde - entendue à Paris dans l\92Ariodante de Garnier en 2001, avec la même Von Otter \96 « casse la baraque », il n\92y a pas d\92autre mot. Elle a du grave, de l\92ambre, de la projection ; de la présence, de la finesse - de la rouerie comme de la grandeur. De la coloratura à revendre, même si elle doit en corriger quelques approximations. Le volume et l\92homogénéité des registres font qu\92elle possède les atouts maîtres d\92une Podles et d\92une Bartoli, sans aucun de leurs travers. De plus, elle est incroyablement belle ! Lorsqu\92elle se « détravestit » à la fin, elle compense sa petite taille par un port à l\92image de sa voix : royal. Sa très grande jeunesse demande encore un peu de patience ; si le succès ne lui monte pas à la tête, une grande carrière (pas seulement dans ce répertoire, d\92ailleurs) se dessine pour elle.

Cela n\92échappe pas à William Christie, qui la couve avec une attention toute paternelle. Le fondateur des « Arts Flo » renouvelle les sortilèges d\92Orlando, Alcina ou Rodelinda qui font de lui sans doute le plus doué de nos chefs haendéliens. Grand pourvoyeur d\92agogique baroque, il laisse comme personne respirer ce qui halète, et palpiter ce qui s\92alanguit. Nanti au violoncelle d\92un continuo de rêve et de bois magnifiques (la flûte à bec !), il accorde toujours la place qui lui revient à la malice. Et couronne sa direction philosophale par un ensemble final avec choeurs d\92allure très retenue, empli de double sens, de tristesse à peine cachée : alla Mozart. Un grand merci à Bill l\92espiègle."

"Cet opéra rarement représenté et peu enregistré, est cependant réputé pour le célèbre largo Ombra mai fu, premier air du rôle-titre au tout début de l'Acte I et que bien des chanteurs, parmi les plus grands et toutes voix confondues, inscrivirent à leur répertoire. Pourtant, outre ces pages qui constituent, bien sûr, un des sommets de la partition, Serse est loin d'être une oeuvre mineure et marque une très nette évolution dans l'inspiration de Haendel : délaissant cette fois les thèmes épiques, il traite, avec une insolente liberté et une grande diversité de styles, de l'amour dans tous ses états en privilégiant les états d'âme des protagonistes au détriment des faits de guerre et de la course au pouvoir.

Composé selon les règles du "mélange des genres" typique de l'opéra vénitien, il fait se côtoyer le bouffon et le sublime, qui circulent d'un personnage à l'autre, tout en attribuant malgré tout le côté comique aux caractères dits "secondaires": le serviteur Elviro, raisonneur, discutant les ordres de son maître, sorte de Leporello avant la lettre, le général Ariodate, débonnaire et inoffensif et la délicieuse, insupportable, mais charmante Atalanta, coquette intrigante et évaporée qui n'est pas sans annoncer Dorabella.

L'écriture musicale de Serse est variée, voire contrastée, les airs bouffes alternant avec les plus élégiaques, les morceaux de bravoure avec d'autres beaucoup plus sobres, d'une simplicité qui les rapproche un peu de l'oratorio. Outre le Largo, de facture assez originale, on peut citer le style pastoral du premier air de Romilda, "O voi che penate" enrichi du son voluptueux des flûtes à bec, et le caractère religieux, presque mystique, dévolu aux airs d'Amastre, comme en particulier le "Cagion son io del mio dolore" au troisième acte. Le côté comique excepté, certaines pages ne sont pas sans évoquer Ariodante, en moins tragique et mortifère. Pourtant, bien que le ton de Serse soit à priori plutôt léger, l'amertume perce souvent sous la farce, et les larmes ne sont jamais loin du rire.

En misant sur cette oeuvre plutôt "rare"; le Théâtre des Champs-Élysées avait pris un risque, mesuré, il est vrai, puisqu'au départ, au moins deux atouts laissaient augurer d'une belle réussite : la présence d'Anne-Sofie von Otter, pour qui il s'agissait d'une prise de rôle en Serse, et celle de William Christie à la tête des Arts Florissants, qui nous avaient déjà enchantés lors de la reprise en début de saison des Indes Galantes à Garnier.

Le résultat fut au-delà de ce que l'on pouvait espérer, grâce à une distribution vocale particulièrement homogène et de haut niveau et, last but not least, une production scénique absolument délectable, ce qui, nous ne le savons que trop par les temps qui courent, n'est pas si fréquent. Le metteur en scène belge Gilbert Deflo fut un élève de Giorgio Strehler et même s'il n'en possède pas tout à fait le génie - mais qui peut prendre la place de Strehler, désormais - il en a retenu les enseignements. Aidé par les superbe éclairages de Jean-Pascal Pracht, il a créé, avec son décorateur, William Orlandi, un univers inspiré des miniatures mogholes du XVIIIème siècle et tout droit sorti de l'imaginaire de cette époque, où l'Occident avait une vision fantasmatique et un peu floue, sublimée par l'attente et la distance, de l'Orient et des pays lointains: "La Perse", "la Chine", "Les Indes" désignaient aussi bien l'Amérique Latine (voir les Indes Galantes) que l'Extrême-Orient (on nommait "Asie" aussi bien la Perse que la Chine et le Japon). De fait, ces décors et ces costumes d'une grande beauté, réalisés presque tous dans les tons pastel, ne sont pas réellement orientaux, ni perses ou indiens, mais évoquent plutôt l'idée qu'on avait alors de ce lointain rêvé et magnifié. La symbolique des couleurs y joue un rôle important : les deux jeunes amoureux contrariés sont en blanc et bleu, couleurs angéliques et mariales, Atalanta l'évaporée en abricot tendre, nuance plus chaude et plus frivole, le général Ariodate en rouge vif - couleur du bonheur en Chine - et les nobles de la cour en jaune safran - le jaune étant le symbole du pouvoir et de la richesse.

Quant à la tenue de Serse - entièrement vêtu de noir de la tête aux pieds et ceinturé de rouge, sa qualité de monarque le différenciant forcément du reste des personnages - elle véhicule également une connotation un peu diabolique qui peut constituer une part non négligeable des ingrédients du pouvoir : la toute-puissance, la cruauté, l'injustice, mais aussi l'austérité et la rigidité de l'Etat. D'ailleurs, à la fin de l'opéra, Amastre, sa fiancée, ne troque-t-elle pas sa tenue d'homme, un uniforme clair, pour une robe noire qui fait d'elle son alter ego au féminin ? Une telle conception, alliant le bon goût et la culture, aboutit à un spectacle particulièrement délicat et raffiné, en un mot délicieux, qui ne pouvait que combler le spectateur lassé des lectures "destroy" ou "politico-branchouilles" très en vogue actuellement.

Pour ce qui est de la direction d'acteurs, Deflo s'est beaucoup inspiré de la commedia dell'arte, ce qui est notamment flagrant dans les rôles bouffes, comme lorsqu'il fait se travestir en marchande de fleurs accorte le serviteur Elviro (un clin d'oeil aux opéras de Monteverdi, où les nourrices plantureuses et avisées étaient chantées par des hommes). On retrouve dans le jeu des chanteurs le raffinement qui caractérise le dispositif scénique : les personnages ne sont jamais tout d'une pièce, ils rient, aiment, souffrent, passent du désespoir à la joie, de la sérénité à la colère. L'amoureuse Romilda se laisse parfois aller à une coquetterie un peu perverse avec Serse, l'évaporée Atalanta est au bout du compte plutôt "bonne fille". Cette ambiguïté permanente, finalement très moderne, nous rapproche de ces personnages qui nous émeuvent et nous touchent comme s'ils étaient nos contemporains.

Deflo a brossé de Serse un portrait particulièrement saisissant, et il est clair qu'il a su exploiter à fond les capacités d'une artiste comme Anne-Sofie von Otter, dont la personnalité toute en demi-teintes permet de camper un personnage déroutant, tragique souvent, déconfit parfois, dubitatif toujours.

Sorte de Néron capricieux mâtiné de Fu Manchu - perruque très noire avec une petite natte, maquillage très blanc, lèvres rouges, regard charbonneux, le tout revisité par la Famille Addams -, Serse est prêt à couper la tête à tous ceux qui s'opposent à ses desseins amoureux. Pourtant, il souffre aussi, car il aime réellement Romilda et, malgré ses caprices, sa douleur lorsqu'il essuie des échecs n'est pas feinte. Il y a en lui quelque chose de cruel et d'étrange, voire quelque chose d'inquiétant, mais aussi de touchant, car la royauté ne le met pas à l'abri du désespoir.

L'oeil étant à la fête, l'oreille n'est pas en reste. Rarement, on aura entendu des chanteurs "être" autant les voix de leur personnage : le timbre moiré de von Otter correspond à la versatilité de Serse, celui assez pulpeux de Norberg-Schulz à la sensualité de Romilda. La voix de contralto de Tro Santa Fé, au timbre rocailleux, puissant, sombre, convient parfaitement au personnage psycho-rigide d'Amastre, déterminé, rigoureux, acéré comme la lame de son sabre. La voix claire et assez haut perchée, un peu acide parfois, de Sandrine Piau, est idéale pour le personnage d'Atalanta, les timbres de basse d'Abete et de Furlanetto collant parfaitement aux caractères bouffes d'Elviro et d'Ariodate. Enfin le timbre poétique et émouvant du contre-ténor Lawrence Zazzo épouse d'une manière idéale la sensibilité du malheureux Arsamene. Vocalement, les prestations sont à la hauteur de ce qu'on pouvait en attendre. Certes, il y eut bien quelques problèmes de justesse chez Norberg-Schulz, quelques aigus un peu tirés chez Sandrine Piau, des décalages de rythme avec Santa Fé, mais dans l'ensemble, tous sont formidables. Sandrine Piau, parfaite, excellente comédienne, Abete absolument hilarant en marchande de fleurs pour laquelle il prend une voix de fausset. Cependant, à l'applaudimètre, la palme revient à Lawrence Zazzo, à la voix puissante et facile, admirable de style et d'expression, et à von Otter, absolument irrésistible, qui nous donne une fois de plus un exemple éclatant de son immense art du chant et de sa capacité infinie à varier les styles. Elle passa avec maestria du cantabile pour "Ombra mai fù" considéré à juste titre comme un air fort difficile, puisqu'on l'attaque "à froid", dans lequel, elle nous gratifia de pianissimi extatiques du plus bel effet, au brillantissime et redoutable "Crude furie degli orridi abissi" aux vocalises vertigineuses, qui déclencha l'enthousiasme du public. Il faut, par ailleurs, l'avoir vue et entendue chanter avec élégance et noblesse "Più che penso alle fiamme del core, più l'ardore crescendo sen va", où elle fait très habilement comprendre que l'émotion amoureuse ressentie par Serse n'est pas purement platonique ou la voir esquisser avec une grâce infinie quelques pas de danse dans "Per rendermi beato" (acte III), chanté à la manière d'une cantilène galante, pour comprendre à quel point cette artiste est probablement l'une des plus grandes de notre époque.

Notre bonheur ne serait pas complet sans William Christie et son orchestre, en absolu état de grâce. Rarement des sons aussi langoureux et suaves, voire sensuels et presque érotiques, "amorosi" seront sortis de la fosse. Il semble que cette oeuvre soit écrite sur mesure pour "Bill", dont l'accompagnement semble caresser les chanteurs et fait chatoyer toutes les beautés des cordes, la magie des flûtes et des hautbois, transformant son orchestre en véritable écrin pour les voix.

S'il est vraiment une musique bénie des dieux, que les anges ont dû entonner du plus profond du ciel, c'est bien celle que nous entendîmes ce soir-là . Il n'est que d'écouter la Sinfonia du début du troisième acte pour en être convaincu."

 

 

"Mettre en scène un opéra baroque, c'est surmonter d'innombrables obstacles: les chanteurs modernes manquent de technique vocale et de style pour interpréter ce genre de répertoire, les castrats qui chantaient à l'opéra au XVIIIème siècle n'existent plus, les livrets sont soit incompréhensibles, soit trop naïfs pour le public moderne. Et pourtant, la beauté musicale et une indéniable intensité dramatique de nombre de ces opéras ne cessent d'attirer les musiciens et les hommes de théâtre, et les tentatives de ressusciter "l'opera seria" se multiplient. Ce dimanche, le public de Prague a assisté à une telle résurrection. Le Théâtre municipal d'Usti nad Labem, ville située dans le Nord de la Bohême, en coproduction avec l'Opéra de chambre de Prague et Alber Concert Theater de Munich, a présenté Xerxès, un des derniers opéras de Haendel, oeuvre qui se situe à la limite entre le genre sérieux et l'opéra bouffe. Le metteur en scène, Martin Otava, a opté franchement pour la seconde possibilité en donnant au spectacle un caractère comique. Il a imaginé pour les chanteurs aux prises avec les airs périlleux des situations drôles et pittoresques et les a obligés à jouer la comédie. Il raconte l'histoire du roi de Perse qui tombe amoureux de la maîtresse de son frère et nous conduit à travers les péripéties, les intrigues et les coups de théâtre provoqués par la passion royale avec le sourire au lèvre.

Certains spécialistes dans la salle ont eu beau reprocher au metteur en scène d'avoir ridiculisé le sujet, ils ne pouvaient pas nier que Haendel même avait donné à son opéra certains éléments comiques. Par contre, le public jubilait, prêt à pardonner aux chanteurs une intonation qui n'était pas toujours parfaite et des imprécisions à l'orchestre. La salle se laissait emporter par cette musique chaleureuse et dynamique, par ce foisonnement de richesses mélodiques qui semble inépuisable. Elle a réservé aussi un accueil chaleureux à la vedette de la soirée, le contre-ténor américain Johny Maldonado, qui a incarné Arsamenès, frère du roi et son rival dans l'amour. Sa voix manquait de volume et son timbre était assez bizarre, mais sa musicalité, l'agilité de ses cordes vocales et surtout la magie de la musique de Haendel lui ont donné l'aura d'héritier de l'art incomparable des castrats."

 

 

 

 

Mary Nelson en Atalanta

 

 

 

 

 

 Yvonne Kenny et Christopher RobsosnChristopher Robson et Ann Murray

 

 

 

 

 

 

 

 

Serse à Genève

Juliette Galstian en Atalante

"un mélange ambigu de tragique et de burlesque"..."Vincent Vittoz sait jongler avec les ruptures de style, en parfaite harmonie avec l'infinie légèreté de la musique de Haendel"..."Paul Rasmussen campe un Serse bouillant, portant le travesti à ravir"..."La belle Romilda trouve en Elizabeth Futral une voix riche en harmoniques et idéalement souple"..."On admire de Brian Asawa l'égalité sur toute la tessiture, la puissance et le naturel...au service d'une superbe présence scénique"..."Roderick Brydon manque d'imagination et de diversité dans les couleurs, mais accompagne avec soin les chanteurs". (Opéra International - juin 1998)

 

 

Serse au NYCO

"Lorraine Hunt et David Daniels méritent pareil triomphe, avec un chant impeccable, ausi bien dans les élans de virtuosité que dans les adagios contemplatifs. En Romilda, Amy Burton livre une exécution vibrante"..."Stephen Wadsworth, passionné de théâtre du XVIIIe siècle, transpose Serse dans une rue de Londres au milieu des années 1730, avec un résultat en tous points ravissants"..."Il commet malheureusement d'impardonnables erreurs dramatiques"..."sa traduction du livret n'arange pas les choses"..."En cherchant à rendre hommage à son cher XVIIIe siècle, Wadsworth manque son coup..." (Opéra International - février 1998)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Serse à Cologne 

"Comme d'habitude avec Hampe, il s'agit d'un spectacle soigné mais sans véritable génie. L'esthétique se situe à mi-chemin entre l'art déco et le postmodernisme, tant pour les décors que les costumes : messieurs en smoking ou en tenue vaguement arabisante, dames en robe-fourreau et coiffées d'une aigrette, évoluent entre des panneaux en verre coulissants qui, eux-mêmes, s'inscrivent dans une muraille grise, également coulissante....L'atmosphère esthétisante de ce "joli" spectacle est peu de nature à renforcer le caractère dramatique de l'oeuvre, dont l'intrigue se réduit finalement à celle d'un vaudeville.

Pourtant, la distribution ne manquait pas de qualités. Remplaçant Jeanne Piland quasiment au pied levé, la Californienne Paula Rasmussen incarne le rôle-titre avec une grande juvénilité, presqu'enfantine ; son mezzo, sans être volumineux, est d'une belle agilité et sert admirablement la musique de Haendel. La palme revient cependant à Brian Asawa qui, une fois de plus, se confirme l'un des meilleurs contre-ténors du moment, vocalisant avec aisance et interprétant le rôle d'Arsamene, frère de Serse, avec justesse et naturel, faisant presque oublier la particularité de sa tessiture. La soprano costaricaine iride Martinez, Romilda, objet de l'intrigue, fait presque jeu égal avec ses partenaires. Kathleen Kuhlmann, Amastre, a beaucoup de panache sous son travesti d'officier, qui lui permet d'approcher Serse ; mais, vocalement, le rôle lui pose quelques problèmes d'intonation. La basse Harry Peeters paraît moins à l'aise dans ce répertoire, aux côtés de seconds rôles adéquats : la soprano Juanita Lascarro (Atalanta), et le baryton Michael Vier, chantant aussi en voix de tête (Elviro).

Pour la partie orchestrale, on a fait appel à des membres du Gürzenich-Orchester Kölner Philharmoniker...Le chef Graeme Jenkins les a longuement préparés au style de Haendel, et si la rythmique est adéquate, si la retenue dans l'approche permet de créer un bon équilibre entre l'or-chestre et la scène, il manque cependant un certain chatoiement dans les couleurs, pour donner son plein relief à la partition." (Opéra International - juillet/août 1996)

 

 

 

 

 

Ann Murray et Elizabeth Futral à Chicago 

"La représentation de Chicago a révélé l'étonnante sûreté stylistique d'un orchestre parfaitement maître de la palette dynamique et affective baroque, dans laquelle il évolue, il est vrai, sous la baguette experte et communicative de John Nelson, triomphateur incontesté de la soirée. On aurait aimé que les solistes s'affirment eux aussi des stylistes. Malheureusement, ceux qui en ont la réputation se trouvaient en méforme, qu'il s'agisse d'Ann Murray, réduite à ajuster sans vergogne le rôle titre à ses moyens aujourd'hui usés, avec des "trous" constants dans les coloratures, tout juste murmurées, de Christopher Robson, contre-ténor doté d'un timbre ingrat, s'essoufflant lui aussi dans les vocalises, ou même de Kathleen Kuhlmann, trahissant ce soir-là une mauvaise condition, surmontée de justesse grâce à une technique éprouvée. Quant aux voix jeunes et saines, celles d'Alison Hagley et d'Elizabeth Futral, elles ne témoignaient que d'une joliesse interchangeable, ne leur permettant pas d'individualiser leurs personnages en termes de chant." (Opéra International - décembre 1995)

 

 Serse à Bologne

 "La direction a eu l'heureuse idée d'inviter la production de Nicholas Hytner à l'English National Opera, avec ses décors inventifs, ses costumes mêlant avec intelligence les styles et les époques, et sa direction d'acteurs d'une merveilleuse fraîcheur. Dans son éblouissante alternance de brefs morceaux pour une, deux ou trois voix, Serse propose une authentique fête vocale, exigeant des interprètes une parfaite maîtrise de l'ornementation baroque...Le plateau réuni à Bologne, presque exclusivement composé d'italiens, relève le défi avec les honneurs, soulignant la qualité des voix féminines dans la Péninsule aujourd'hui...Soucieuse d'explorer des tessitures plus centrales qu'il y a quelques années, Anna Caterina Antonacci offre dans le rôle-titre le meilleur de ses possibilités, aussi bien sur le strict plan vocal que sur celui de l'interprétation. Ning Liang soutient valeureusement la confrontation avec Arsamene, Bernadette Manca di Nissa n'étant pas loin d'offrir la meilleure prestation de la soirée, Amastre stylistiquement impec-cable, au timbre chaud, à la couleur mordorée. Carmela Remigio surprend dans Atalanta par sa facilité d'émission et le scrupule de sa préparation. Adelina Scarabelli en revanche, déçoit dans la figure centrale de Romilda, son timbre pointu et sa technique s'affirmant le contraire de ceux exigés par l'opera seria baroque. Dans les brèves interventions d'Ariodate, Michele Pertusi confirme sa grande classe d'interprète, José Fardilha dessinant avec goût et mesure le personnage bouffe d'Elviro. Respectueux de la lettre, Bruno Weil dirige de manière trop uniforme : le phrasé manque d'incisivité et la délicieuse fraîcheur de l'orchestration haendelienne paraît comme étouffée, amortie sous sa baguette. Musical et précis le choeur, préparé par Piero Monti." (Opéra International - février 1995)

 

 

 

 

Ann MurrayValerie MastersonRodney Mcann

 

"Hytner transporte l'esprit de Vauxhall Gardens, où se trouvait la célèbre statue de Haendel, grand centre des plaisirs de Londres, dans la capitale persane de Xerxes. ...Tout cela renforce l'aspect parodique que Haendel a introduit lui-même dans l'ouvrage...Ann Murray campe un superbe Xerxes, élégamment costumée et aussi brillante dans ses coloratures qu'intense dans ses échanges dramatique avec Arsamenes...Leslie Garrett dans le rôle d'Atalanta, soeur jalouse et coquette de Romilda, arrive presque à se tailler le plus beau succès par ses mimiques rusées et boudeuses." (Opéra International - mai 1985)

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

   

 

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