Le compositeur
COMPOSITEUR
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Georg Friedrich HAENDEL
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LIBRETTISTE
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Nicola Francesco Haym, d'après C.
Agostino Piovene
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ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DÉTAILLÉE
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1970
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2002
|
John Moriarty
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Parnassus Records
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3
|
italien
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1972
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2008
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Colin Davis
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Ponto
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3
|
italien
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1985
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1991
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John Eliot Gardiner
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Erato
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3
|
italien
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1983
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1997
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Jean-Claude Malgoire
|
Sony
|
3
|
italien
|

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1983
|
2009
|
Jean-Claude Malgoire
|
Sony
|
3
|
italien
|

|
2001
|
2002
|
Trevor Pinnock
|
Avie
|
3
|
italien
|

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2006
|
2007
|
George Petrou
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MDG
|
3
|
italien
|

|
DVD
ENREGISTREMENT
|
ÉDITION
|
DIRECTION
|
ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
|
2001
|
2002
|
Trevor Pinnock
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Arthaus
|
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2008
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2009
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Paul McCreesh
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Opus Arte
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Opéra
(HWV 18) en trois actes, sur une adaptation par Nicola
Francesco Haym (1678 - 1729), du livret écrit par C. Agostino
Piovene pour Francesco Gasparini, lui-même adapté de la
tragédie de Jacques Pradon Tamerlan ou La Mort de Bajazet
(1675), traduite en italien en 1709.
Haendel avait assisté à une
représentation de l'opéra Il gran Tamerlano
d'Alessandro Scarlatti à Florence en 1706, sur un livret du
dramaturge Antonio Salvi, toujours d'après la pièce de
Jacques Pradon.
Par ailleurs, Nicholas Rowe avait écrit une
pièce de théâtre, Tamerlano, jouée
régulièrement depuis 1702, qui identifiait Tamerlano au
roi Guillaume d'Angleterre, et Bajazet à Louis XIV.
Haendel et Haym semblent avoir travaillé d'abord
sur le livret de Piovene, dont une première version fut
composée du 3 au 23 juillet 1724. Lorsque le ténor
Francesco Borosini, qui avait chanté le rôle de Bajazet
lors de la reprise à Venise de l'opéra Tamerlano
de Gasparini, en 1719, arriva à Londres, Haendel changea le
finale avec la scène de mort de Bajazet.
Il fut représenté à partir du 31
octobre 1724, au King's Theatre de Haymarket à Londres,
ouvrant, pour 9 représentations jusqu'au 28 novembre, la
sixième saison de la Royal Academy. La distribution
réunissait Andrea Pacini, alto-castrato (Tamerlano), Francesco
Borosini, ténor (Bajazet), Francesca Cuzzoni, soprano
(Asteria), Francesco Bernardi, dit le Senesino, alto-castrato
(Andronico), Anna Dotti, contralto (Irene), Giuseppe Maria Boschi,
basse (Leone).
L'éditeur Cluer fit paraître dès
novembre 1724 une édition comportant une traduction des arias
en vers anglais.
Repris en 1725 à Hambourg, dans une traduction
en allemand de J.P. Praetorius, entrecoupée
d'intermèdes de Telemann, puis à Londres, le 13
novembre 1731 pour 3 représentations, en ouverture de la
troisième saison de la Nouvelle Académie, dans une
version abrégée par Haendel, avec Antonio Gualandi, dit
le Campioli, alto-castrato (Tamerlano), Giovanni Battista
Pinacci, ténor (Bajazet), Anna Maria Strada del Pò,
soprano (Asteria), Francesco Bernardi, dit le Senesino,
alto-castrato (Andronico), Francesca Bertolli, contralto (Irene), et
Antonio Montagnana, basse (Leone) pour qui un nouvel air avait
été écrit.
Synopsis
détaillé
En 1402, à Pruse,
capitale de la Bithynie, première ville occupée par
Tamerlan après la défaite des Turcs
L'empereur des Tartares, Tamerlan
(alto), a vaincu l'empereur ottoman Bajazet (ténor), et l'a
fait prisonnier. Tamerlan, qui attend l'arrivée de sa
fiancée, la princesse de Trébizonde, Irène
(contralto), tombe amoureux de la fille de Bajazet, Asteria
(soprano), et renonce à Irene. Mais Andronicus (contralto),
allié grec de Tamerlan, aime Asteria.
L'ouverture réunit une
introduction solennelle, un allegro contrapuntique et un
menuet.
Acte I
Une cour du palais de
Tamerlan, où Bajazet est retenu prisonnier
(Sc. 1) Sur ordre de Tamerlan,
Andronicus le libère de ses chaînes, mais Bajazet
rejette la clémence de Tamerlan. Seul l'amour qu'il porte
à sa fille Astéria et qu'il déclare dans un air
décidé (air Forte e
lieto) le retient de se donner la
mort. (Sc. 2) Tamerlan ordonne alors à Andronicus de plaider
sa cause auprès de Bajazet et d'Astéria et lui offre en
cas de succès le trône de Grèce, la main
d'Irène, ainsi que le pardon et la liberté de Bajazet
(air Vuo dar pace).
(Sc. 3) Andronicus se trouve dans
une situation très difficile. C'est lui qui a amené
Astéria à Tamerlan, pensant adoucir le coeur du tyran,
mais cette rencontre a eu pour résultat de faire tomber
Tamerlan amoureux d'elle. Andronicus aime profondément Asteria
comme il l'exprime dans un air plein de tendresse (air
Bella Asteria).
Appartements
réservés à Bajazet et Asteria dans le palais de
Tamerlan
(Sc. 4) Néanmoins,
Tamerlan rencontre Astéria ; il lui fait clairement savoir ses
intentions à son égard et lui explique le marché
qu'il pense avoir conclu avec Andronicus. (Sc. 5) Astéria se
laisse aller à la tristesse et à la colère car
elle croit qu'Andronicus a trahi son amour. Elle chante alors un air
magnifique plein de mélancolie (air S'ei non mi vuol amar).
(Sc. 6) Bajazet rejette la
liberté que lui offre son ennemi et réagit
vigoureusement à l'attitude apparemment ambivalente
d'Astéria qui lui semble insuffisamment
déterminée à rejeter la demande de Tamerlan (air
Ciel e terra). (Sc. 7) Mais, une fois seule, Astéria
révèle que, quelle que soit la peine que lui cause la
trahison apparente d'Andronicus, la tendresse de ses sentiments
envers lui n'a pas changé (air Deh, lasciatemi).
Un lieu ouvert dans le palais
de Tamerlan
(Sc. 8) L'arrivée
d'Irène complique encore les choses. Andronicus lui apprend
que Tamerlan a changé ses plans : elle deviendra sa propre
femme et non celle du monarque tartare. Pour sauver la situation,
il-lui suggère de se faire passer elle-même pour sa
propre confidente, afin de pouvoir argumenter avec Tamerlan.
Irène accepte sur une musique assez sereine (air
Dal crudel)en comparaison du récitatif et de l'air
sincère et grandiose dans lequel (Sc. 9) Andronicus
déplore le hasard cruel qui l'a placé dans cette triste
situation (air Benché mi
sprezzi).
Acte II
Un corridor menant aux
appartements de Tamerlan
(Sc. 1) Tamerlan annonce à
Andronicus qu'Asteria a accepté de devenir sa femme. Leur
mariage, ainsi que celui d'Andronicus et d'Irène, sera
bientôt célébré. Il y a une note de
triomphe dans son air (air Bella
gara)et de moquerie dans celui
d'Asteria lorsqu'elle feint d'assurer à Andronicus,
après une scène de malentendu mutuel (air
Non e piu tempo) (Sc. 2), qu'elle est maintenant appelée aux
côtés de Tamerlan. (Sc. 3) Andronicus reste seul et
donne libre cours à son chagrin (air Cerco in vano).
Les rideaux des appartements
de Tamerlan s'écartent et, au milieu de la scène, on
voit Tamerlan assis, Asteria à ses côtés sur des
coussins
(Sc. 4) Léon (basse)
amène Irène, déguisée, en présence
de Tamerlan ; sa plaidoirie en faveur de la véritable
Irène est accueillie avec une équanimité
surprenante par le tyran ; (Sc. 5) lorsque Astéria se retrouve
seule avec elle, elle lui dévoile ses véritables
sentiments. (Sc. 6) Irène, cette femme malheureuse mais
imperturbable, entrevoit un rayon d'espoir dans ce qu'elle vient
d'entendre (air Par che mi
nasca), contrairement à
Léon dont l'air critique uniquement le pouvoir
irrésistible de l'amour à faire le bien ou le
mal.
(Sc. 7) Bajazet apprend avec
horreur qu'Astéria va accéder aux marches du
trône de Tamerlan et décide, dans un air tragique, de
l'en empêcher (air A suoi
piedi). (Sc. 8) La fureur s'empare
d'Andronicus qui menace de se venger on tuant Tamerlan avant de se
tuer à son tour.
La salle du
trône
(Sc. 9) Astéria a
résolu en secret de tuer le tyran qui la tient, ainsi que son
père, en son pouvoir ; elle est sur le point de monter sur le
trône de Tamerlan, mais Bajazet intervient avec vigueur.
Tamerlan tente de le contraindre à se jeter à terre
pour l'humilier. En lançant des regards significatifs à
Bajazet et à Andronicus, Astéria s'approche du
trône, mais Bajazet s'interpose en protestant. (Sc. 10) Irene
vient deamnder des explications. Astéria sort un poignard et
annonce qu'il aurait été son cadeau de noces à
Tamerlan. Vient ensuite un trio réunissant Astéria,
Tamerlan et Bajazet à la fin duquel Tamerlan ordonne leur
exécution. Il est suivi d'une grande scène dans
laquelle Astéria demande successivement à son
père, à son amant et à sa rivale au trône
de Tamerlan si elle est infidèle ou indigne. Dans de courtes
arias dépourvues de da capo et débutant par le mot "No
! ", chacun reconnaît la pureté des actions
d'Astéria. Seule, Astéria se réjouit de sa
justification, regrettant seulement de n'avoir pas réussi
à assassiner Tamerlan. Toutefois, l'air Cor di padre, plein
de grandeur et qui fait d'elle une héroïne tragique,
montre sa préoccupation plus intense pour le bonheur perdu que
pour la vengeance envisagée.
Acte III
Une cour dans le sérail
où sont retenus prisonniers Bajazet et
Astéria
(Sc. 1) Astéria et Bajazet
prennent la décision de se suicider grâce au poison que
Bajazet a réussi à cacher ; Astéria, dont la
grandeur d'âme s'affirme au fur et à mesure que sa
situation s'aggrave, reste seule et se lamente de devoir
bientôt dire adieu à son père et à son
amant. (Sc. 2) Tamerlan, dont le tyranisme a atteint son paroxysme en
tentant d'humilier Bajazet dans la scène
précédente, révèle alors une autre face
de son caractère en essayant à nouveau d'obtenir l'aide
d'Andronicus pour convaincre Astéria de son amour et
même de sa résolution d'accorder son pardon à
Bajazet. Andronicus fait appel à tout son courage pour
défier Tamerlan, déclare son amour pour Astéria
qui affirme le partager. L'humeur de Tamerlan change et il jure de se
venger dans un air splendide, où il exprime sa fureur en
doubles croches rapides. (Sc. 3) Bajazet tente de susciter le courage
des amants qui, dans un duo (duo Vivo
in te) (Sc. 5), déplorent
doucereusement le sort qui les attend, leur seule consolation
étant d'y faire face ensemble.
Salon impérial,
préparé pour le dîner de Tamerlan
(Sc. 6) Dans un air allegro,
Irène révèle que son amour, s'il est
partagé, va à Tamerlan (air Crudel piu); dans
une musique optimiste, Léon espère que l'amour chassera
la haine (air Nel
mondo). (Sc. 7) Tamerlan a
décidé de donner libre cours à sa rage en
humiliant ses victimes ; il convoque tout d'abord Bajazet, puis
Astéria. Andronicus proteste : voilà l'action injuste
d'un tyran et il plaide pour la clémence. (Sc. 8) Tamerlan
s'entête et ordonne à Astéria de devenir sa
servante, de lui porter une coupe et de lui servir à boire.
Elle verse dans la coupe de Tamerlan le poison que lui a donné
Bajazet. Mais Irène l'a vue ; elle empêche Tamerlan de
boire et lui révèle sa véritable
identité. Tamerlan ordonne à Astéria d'offrir
d'abord la coupe à son père ou à son amant avant
de la lui apporter. Elle est sur le point de la boire elle-même
(air Padre, amante) lorsque Andronicus intervient. Tamerlan est furieux
contre Astéria et ordonne son arrestation ; il la fera
conduire au sérail des esclaves et Bajazet sera témoin
de sa honte ! Bajazet est outragé et, dans un air plein de
virtuosité (air Empio, per
farti guerra), il jure que son
âme reviendra hanter le tyran. Le duo de Tamerlan et
d'Irène ressemble sur le plan dramatique à celui de
Néron et de Poppée, et sur le plan musical à
celui de César et de Cléopâtre. Tous deux
célèbrent le bonheur qui les attend et dont ils
jouiront finalement après toutes les souffrances
engendrées par Tamerlan.
(Sc. 9) Léon annonce
l'arrivée d'Astéria, suivie de Bajazet. (Sc. 10) La
sérénité apparente de Bajazet les surprend, mais
il révèle qu'il a absorbé du poison et sera
bientôt délivré de celui qui le tourmente (air
Fremi, minaccia). Dans une scène d'une grande puissance, il
fait des adieux touchants à sa fille bien-aimée (air
Figlia mia) avant de s'adresser à Tamerlan, lui
promettant de le tourmenter et de l'accabler. Ses paroles deviennent
de plus en plus incohérentes, Il sort, soutenu par
Astéria et Andronicus.
(Sc. 11) Astéria revient
et implore qu'on lui donne la mort dans un air d'une grand
beauté ; elle affirme à Tamerlan que, quels que soient
ses tourments et ses blessures, elle restera toujours invaincue.
Irène et Andronicus veulent empêcher Astéria de
se suicider, mais Tamerlan s'avoue vaincu et, ému par
l'horreur des événements et la dignité
d'Irène, il accorde son pardon à ses anciens
ennemis.
L'ouvrage s'achève par le
serment d'amour de Tamerlan et d'Irène ; le choeur annonce que
les torches de l'amour ont dissipé les ténèbres
de la nuit (D'atra
notte) avec des accents qui
rappellent toutefois davantage les sombres événements
de l'opéra que la fin traditionnellement heureuse de l'opera
seria.
(d'après Tout
l'opéra - Kobbé - Robert Laffont)
http://site.operadatabase.com.site.hmt-pro.com/modules.php?name=Downloads&d_op=viewdownload&cid=68&min=20&orderby=titleA&show=10 (en italien et en français)
http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/H_files/Tamerlano.pdf
http://www.haendel.it/composizioni/libretti/pdf/hwv_18.pdf
Représentations :
- Opéra de Los
Angeles - 21, 23, 25, 28 novembre, 1er décembre
2009 - dir. William Lacey - mise en scène Chas
Rader-Shieber - décors, costumes David Zinn -
lumières Christopher Akerlind - avec Bejun Mehta
(Tamerlano), Plácido Domingo (Bajazet), Sarah Coburn
(Asteria), Patricia Bardon (Andronico), Jennifer Holloway (Irene),
Ryan McKinny (Leone) - production de Washington National Opera
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 16, 19, 22, 27 mars 2009 - Bayerisches
Staatsorchester - dir. Christopher Moulds - mise en scène
Pierre Audi - décors, costumes Patrick Kinmonth -
lumières Cor van den Brink - avec Max Emanuel Cencic
(Tamerlano), John Mark Ainsley (Bajazet), Sarah Fox (Asteria),
Mary-Ellen Nesi (Andronico), Maite Beaumont (Irene), Vito Priante
(Leone)

- Munich - Bayerische
Staatsoper - 22, 26, 29 novembre 2008 - dir. Ivor Bolton /
Christopher Moulds - mise en scène Pierre Audi -
décors, costumes Patrick Kinmonth - lumières Cor van
den Brink - avec Sonia Prina / David Daniels / Max Emanuel Cencic
(Tamerlano), John Mark Ainsley (Bajazet), Sarah Fox (Asteria),
Mary-Ellen Nesi (Andronico), Maité Beaumont (Irene), Vito
Priante (Leone) - coproduction avec Schlosstheater Drottningholm -
De Nederlandse Opera, Amsterdam
- Washington National
Opera - 30 avril, 2, 4, 12, 20, 22 mai 2008 - dir.
William Lacey - avec David Daniels (Tamerlano), Plácido
Domingo (Bajazet), Sarah Coburn (Asteria), Patricia Bardon
(Andronico), Andrew Foster-Williams (Leone), Claudia Huckle
(Irene)

- Opéra
Magazine - juillet/août 2008 - 22 mai 2008
"Salles combles pour la
création de Tamerlano à l’Opéra de Washington,
grâce à la présence de Placido Domingo, directeur
générai de la compagnie, dans le personnage de Bajazet,
quelques semaines après sa prise de rôle au Teatro Real
de Madrid. Depuis sa nomination, l’illustre ténor espagnol
passe pour avoir élargi le rayonnement international de la
maison. Le niveau des distributions s’est très nettement
élevé, c’est sûr, mais celui des chefs et des
metteurs en scène n'a pas suivi dans les mêmes
proportions, ce que confirme cette nouvelle production
haendélienne. Le Britannique William Lacey est un maestro
compétent. Reste qu’il se montre incapable de faire jaillir la
lumière dans cette musique, faute d’une flexibilité
suffisante dans le tempo et d’une capacité à mettre en
valeur les détails qui font mouche. Le spectacle, quant
à lui, se contente de clichés empruntés à
ce que les Allemands appellent le Regietheater : un décor
oppressant, des costumes évoquant le fascisme et les
années 1930 pour les Mongols (ceux des Ottomans sont plus
traditionnels et colorés. ceux des Grecs semblant tout droit
échappés de Carnaby Street), complétés
par des accessoires chargés d’une puissante signification (une
pile de livres, des fleurs en plastique...).
Après avoir mis un peu
de temps à se chauffer, Placido Domingo est apparu au meilleur
de sa forme actuelle en Bajazet, avec la même autorité
dans la déclamation et la même intensité dans la
caractérisation qu’au Teatro Real. En Andronico, Patricia
Bardon s’est montrée de bout en bout superbe, aussi bien sur
le plan vocal que dramatique, avec un timbre, un phrasé et une
variété dans les dynamiques qui forcent l’admiration.
David Daniels, le plus célèbre contre-ténor
américain actuel, a retrouvé avec un évident
bonheur (et une maîtrise absolue de ses moyens !) ce rôle
de Tamerlano qui avait lancé sa carrière, il y a treize
ans, au Glimmerglass Opera. Son éblouissant «A
dispetto» a fait chavirer la salle.
Authentique basse
haendélienne (il y en a si peu !), Andrew FosterWilliams
a apporté à son air une émission ferme et une
virtuosité étonnante. Avec son soprano aigu
parfaitement placé, Sarah Coburn a traduit toute la
dignité outragée d’Asteria, Claudia Huckle
prêtant à Irene un mezzo aussi sombre qu’agile et une
remarquable présence scénique. Dommage que William
Lacey ait pratiqué autant de coupures dans la
partition..."
- Madrid - Teatro Real
- 26, 28, 29, 31 mars,
1er, 3, 4, 5, 7, 8, 10, 11 avril 2008 - dir. Paul
McCreesh - mise en scène Graham Vick - décors,
costumes Richard Hudson - lumières Matthew Richardson -
avec Monica Bacelli / Ann Hallenberg (Tamerlano), Plácido
Domingo / Bruce Ford (Bajazet), Ingela Bohlin / Isabel Rey
(Asteria), Sara Mingardo / Patricia Bardon (Andronico), Jennifer
Holloway / Renata Pokupic (Irene) - production de Maggio Musicale
Fiorentino


"Pour bien faire les choses,
le Teatro Real a invité le chef britannique Paul McCreesh, un
baroqueux patenté, pour essayer (mais sans succès) de
donner un peu d'allure et de style à son orchestre, et
complété la distribution par une équipe de
chanteurs majoritairement versés dans ce vocabulaire.
L'Espagnol se distingue de la distribution un peu pâle par une
voix d'un tonus, d'un soleil, d'une projection incroyables. S'il
garde quelques habitudes de phrasé qui sont plutôt
associées à la musique du XIXe siècle (mais
sait-on comment chantait le Bajazet original de Haendel ?), Domingo
transcende le style par une musicalité formidable. On aura
été infiniment touché par sa scène
finale, incarnée jusqu'aux larmes. La juvénilité
de Domingo laisse décidément pantois.
Dommage que Monica Bacelli
(Tamerlano), excellente dans les récitatifs, manque de voix et
de flexibilité dans les vocalises ; dommage qu'Ingela Bolin
(Asteria) chante avec si peu d'engagement corporel. Dommage surtout
que Graham Vick ait signé une mise en scène qui semble
conçue par un logiciel spécialisé : design froid
et élégant comme une boutique de Donna Karan ou Calvin
Klein, et l'on pâtit de l'absolu manque de profondeur de la
vision dramatique. Il est vrai que cette forme d'opéra -
récitatifs et airs enchaînés pendant 3 h 30 - est
redoutable. Mais on était venu pour Placido Domingo. Et on ne
le regrette pas."
- Diapason - mai 2008 - 26 mars 2008 - A soixante-sept ans, Placido Domingo fait ses
premiers pas dans l’opéra haendélien.
"A l’âge où
d’autres ténors se consacrent au jardinage, Placido Domingo
déploie une énergie que rien n’entame, offrant aux
spectateurs madrilènes sa première incursion dans le
Tamerlano de Haendel. Un véritable défi, tant ce
répertoire est inhabituel pour lui, qu’il a remporté
haut la main.
La production n’est pas
récente. Elle fut créée, sauf erreur, au Mai
musical florentin 2001. Richard Hudson (dont Paris applaudit en ce
moment Le Roi lion) a conçu un décor strict et blanc un
mur semi-circulaire percé de portes pour fermer le plateau, un
pied géant posé sur un globe — poids du destin,
puissance du tyran Tamerlan puisque c’est sous ce globe
qu’apparaît le Turc Bajazet, vaincu par l’empereur tartare. Un
dispositif aéré, et une simplicité qui n’entrave
pas l’action, menée avec une élégance qui manque
parfois de nerf — on sait combien, dans ce genre d’ouvrage, le
statisme est une menace.
Avec l’aide de Benjamin Bayl,
l’un des deux clavecinistes chargés du continuo (auxquels
s’ajoutent un thèorbe et un violoncelle), Paul McCreesh a
préparé l’édition. Les musiciens qu’il a sous sa
coupe ne touchent pas des instruments anciens, c’est l’Orquesta
Titular del Teatro Real, autrement dit l’Orquesta Sinfonica de
Madrid. Le travail accompli est étonnant les attaques sont
nettes, l’articulation vive, les cordes chatoyantes le discours du
chef est aussi alerte qu’équilibré, la progression
dramatique soigneusement dosée jusqu’au suicide de Bajazet,
qui laisse le coeur serré.
Absence et incarnation - Le
meilleur et le banal se côtoient dans une distribution
essentiellement féminine — aucun contre-ténor n’est
là pour les emplois jadis confiés à des
castrats. Il y a peu à dire du Leone de Luigi De Donato, ou de
l’Irene peu marquante de Jennifer Holloway. Ingela Bohlin, petite
voix fraîche et légère, est une Asteria
touchante. Le célèbre Senesino créa Andronico :
Sara Mingardo le reprend avec toute la noblesse et l’ardeur qui
siéent au prince amoureux. Andrea Pacini fut, lui, le premier
Tamerlano. C’est peu de dire que Monica Bacelli déçoit.
Si le goût et les intentions n’encourent aucun reproche, le
chant n’est pas toujours sûr et manque de projection, au point
que le personnage, voulu par le metteur en scène comme
passablement hystérique, n’existe que par sa
gestuelle.
Quant à Domingo.
l’éclat du timbre s’est assombri, frisant de plus en plus le
baryton, mais son métal semble inaltérable, et sa
portée est la même après quasiment cinquante ans
de carrière. Et puis il y a les mots, énoncés
avec une justesse que tout acteur envierait, l’impact d’une ligne
musicale franche et directe, en dépit de quelques vocalises un
peu courtes. Bref, une incarnation, une vraie, et un charisme qui
balaie toute réticence. Le public madrilène est peu
démonstratif ; il a pourtant manifesté son attachement
à l’une des rares légendes vivantes de
l’opéra."
- Opéra
Magazine - mai 2008 - 26 mars 2008
"Incroyable Placido Domingo !
Alors qu’il n’a absolument plus rien à prouver, le
légendaire ténor espagnol continue à
enchaîner les prises de rôle dans les répertoires
les plus inattendus. Quatre mois à peine après son
premier Oreste dans Iphigénie en Tauride de Gluck au Met,
c’est ainsi en Bajazet de Tamerlano que nous l’avons retrouvé
au Teatro Real de Madrid, pour un résultat de bout en bout
époustouflant. En près de cinquante années de
carrière, Domingo n’avait jamais abordé un opéra
de Haendel en entier à la scène, sa contribution
à la cause du compositeur se bornant à quelques airs
séparés enregistrés pour RCA et EMI. Son
récitatif d’entrée, avouons-le, surprend, tant la
couleur de cette voix est pour nous associée à Verdi,
Puccini ou Giordano. Mais on s'y habitue au bout de quelques minutes,
tout en prenant rapidement conscience de l’énorme travail
accompli par le chanteur. Travail vocal d’abord, même si
l'écriture de Bajazet, très centrale et peu virtuose,
convient admirablement à ses moyens actuels. Allégeant
l’émission quand il le faut, creusant le grave aux moments
stratégiques, Domingo conserve suffisamment d’émail et
de projection dans l’aigu pour donner tout son relief au personnage,
réussissant en plus à faire passer sa prudence dans les
vocalises de sa deuxième aria du premier acte pour un effet
dramatique. Travail stylistique ensuite, l’interprète veillant
à ne jamais donner l’impression que Bajazet est frère
d’Otello, Cavaradossi ou Chénier. C’est bien du Haendel que
l’on entend, avec une qualité de prononciation de l’italien et
une variété dans la déclamation des
récitatifs qui font de chacune des interventions du sultan
déchu un authentique moment de théâtre. Les dons
du comédien, bien connus, font le reste, culminant dans une
scène de suicide qui laisse le spectateur bouche bée
devant pareil accomplissement artistique. Après les
représentations prévues àWashington ce mois-ci,
Domingo devrait reprendre Tamerlano au Covent Garden de Londres en
2010. Ne le manquez surtout pas!
Il est évidemment
difficile d’exister à côté d’un chanteur-acteur
d’une pareille envergure, et la distribution réunie le soir de
la première (il y en a une autre en alternance, comme le veut
l’usage au Teatro Real) fait un peu pâle figure. Dès que
Bajazet quitte le plateau, la température chute de plusieurs
degrés, et même de manière vertigineuse dans le
cas de Monica Bacelli. La mezzo italienne, qui nous avait jusqu’alors
toujours convaincus, a paru totalement hors du coup enTamerlano, avec
une émission opaque, un grave sourd, voire inaudible, et une
diction extrêmement confuse. Méforme ? Malaise né
de l’inadéquation à une tessiture trop basse?
Souhaitons que cette contre-performance ne soit qu’un accident de
parcours dans une carrière menée par ailleurs avec
sagesse. Les deux sopranos tirent mieux leur épingle du jeu,
avec même de l’émotion dans le cas d’Ingela Boblin, mais
elles n’habitent jamais véritablement leur personnage. Luigi
De Donato est un médiocre Leone, la palme du bel canto
revenant à Sara Mingardo, Andronico au timbre velouté,
au grave naturellement profond et au phrasé sensible, à
laquelle on reprochera simplement un léger manque
d’investissement dramatique. Mingardo a beau fréquenter
régulièrement les scènes lyriques, elle reste
envers et contre tout une sublime chanteuse
d’oratorio.
Pour offrir au Bajazet de
Domingo un cadre à sa mesure, le Teatro Real a eu l’excellente
idée de reprendre la production de Graham Vick,
créée en 2001 au Mai Musical Florentin. Le décor
de Richard Hudson est à la fois beau et porteur de sens des
panneaux blancs en hémicycle, avec une corniche à
mi-hauteur où défilent, à la fin du premier
acte, de petits éléphants bleus, la trompe
levée; un énorme pied de statue antique tombant des
cintres et écrasant de son poids un globe également
blanc, dont la face intérieure, dévoilée au
milieu de l’acte II et entièrement dorée, sert de
trône àTamerlano ; et des parois noires mobiles à
l’avant-scène, pour dessiner des espaces d’intimité.
Les costumes sont somptueux, ceux des personnages masculins surtout,
mêlant avec goût XVIIIe siècle occidental et
influences moyen-orientales, dans un déploiement
d'étoffes et de couleurs d’une richesse inouïe. Et
comment ne pas être impressionné par l’entrée
d’Irene sur un gigantesque éléphant bleu aux
défenses dorées et au front orné de pierreries ?
On peut juger l’ensemble du dispositif un peu froid et
distancié, voire légèrement monotone au fil des
quatre heures vingt de spectacle, entracte compris, mais on ne
saurait nier son formidable impact visuel.
Terminons sur la partie
orchestrale qui, avec le Bajazet de Domingo, a constitué pour
nous la plus grosse surprise. A la tête des musiciens duTeatro
Real, jouant sur instruments modernes à l’exception des
flûtes et du continuo, Paul McCreesh a de bout en bout
donné l’impression qu’il dirigeait une phalange d’instruments
anciens, avec une authenticité dans les sonorités
supérieure à celle de nombreuses formations dites
« spécialisées ». Tempi vifs, battue tout en
finesse et en souplesse, la musique avance sans jamais aller trop
vite ni trop fort, apportant sa précieuse contribution
à la réussite d’ensemble du spectacle."
- Munich -
Nationaltheater - 16, 19, 24, 28 mars, 1er avril, 15,
18 juillet 2008 - dir. Ivor Bolton - mise en scène Pierre
Audi - décors, costumes Patrick Kinmonth - lumières
Matthew Richardson - dramaturge Ingrid Zellner - avec David
Daniels (Tamerlano), John Mark Ainsley (Bajazet), Sarah Fox
(Asteria), Sonia Prina (Andronico), Vito Priante (Leone) -
nouvelle coproduction avec Schlosstheater Drottningholm ; De
Nederlandse Opera, Amsterdam - nouvelle production


- Glasgow -
Théâtre Royal
- 7, 9, 11, 16, 18 novembre 2006 - Edimbourg - Festival Theatre - 24, 30
novembre, 2 décembre 2006 - dir. Christian Curnyn - mise en
scène John La Bouchardière - décors, costumes
Gideon Davey - lumières Giuseppe Di Iorio - avec Max
Emanuel Cencic (Tamerlano), Tom Randle (Bajazet), Gail Pearson
(Asteria), William Purefoy (Andronico), Jennifer Johnston (Irene),
Jonathan Best (Leone) - nouvelle production

- Festival d'Athènes
et Épidaure - 30, 31 juillet 2006 - Orchestre de Patras - dir.
George Petrou - mise en scène Thomas Moschopoulos - mise en
scène Thomas Moschopoulos - décors et costumes
Dionysis Fotopoulos - choreographie Angeliki Stellatou -
lumières Lefteris Pavlopoulos - video Nancy Biniadaki -
avec Mata Katsuli (Asteria), Mary-Ellen Nesi (Andronico), Tassis
Christoyannis (Bajazet), Nicholas Spanos (Tamerlano), Eirini
Karagianni (Irene), Petros Magoulas (Leone)
- Théâtre du
Châtelet - 13 novembre 2005 - Opéra de Montpellier - Opéra
Comédie - 15 novembre 2005 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - en version de concert - avec Bejun Metha
(Tamerlano), Bruce Ford (Bajazet), Patricia Bardon (Andronico),
Sandrine Piau (Asteria), Kristina Hammerström (Irene), Lars
Arvidson (Leone)
- Altamusica -
Un miraculeux Tamerlano
"Alors que notre époque
semble acquise à un Haendel tonitruant, bombardé de
contrastes violents, Christophe Rousset préfère
opérer par frappes chirurgicales, épousant le drame
plutôt que de le forcer. Subtilement, au plus près des
voix, il tend l’arc dramatique de Tamerlano, qui atteint son point
culminant dans la scène d’hallucinations de Bajazet, dont
Bruce Ford se révèle l’interprète idéal.
La beauté du timbre et l’art du chant du ténor
américain ne sont rien comparés à la profondeur
qu’il confère à ce personnage de roi déchu,
expressément remanié par Haendel un mois avant la
première pour exalter les dons dramatiques exceptionnels de
Francesco Borosini.
Primo uomo attitré de
la Royal Academy of Music, le castrat Senesino dut se contenter du
personnage ingrat – mais de la musique ô combien sublime –
d’Andronico, que Patricia Bardon investit de son superbe alliage de
velours et de métal, tandis que l’abattage et le timbre
pernicieux de Bejun Mehta collent à la peau du narcissique et
tyrannique Tamerlano. Tiraillée entre ses devoirs envers ces
trois hommes, l’Asteria de Sandrine Piau délivre une
leçon de bel canto haendélien absolu."
"L'orchestre était un
peu tendu dans la première partie ; résultat, les
chanteurs n'étaient pas tous très justes dès que
le tempo s'accélérait et à l'entracte je pensai
que cette oeuvre ne pouvait supporter la médiocrité et
que ce n'était pas une partition impérissable de
Handel. Or dans la seconde partie, Rousset a repris le dessus fort
des applaudissements précédents. L'oeuvre commence
assez lentement et le drame ne démarre réellement que
dans la seconde partie, du coup on a droit à des tas de
lamenti et airs en demi-teintes qui ne sont pas les meilleurs que je
connaisse et seraient un peu fastidieux chantés de
façon juste honnête. La seconde partie elle par contre
recèle des perles dans tous les genres : lamento d'Asteria
("Cor di padre"), récitatif accompagné de la mort de
Bajazet, air de bravoure de Tamerlano, duo Asteria-Andronico.
Voilà des pages parmi les plus belles de Handel !! Et enfin un
opéra qui ne se finit pas par un faux lieto fine et où
les personnages sont réellement attristés, bien qu'une
lueur d'espoir se dégage.
Pour les blagues de livret, on
remerciera les traducteurs de nous avoir placé trois fois
"Encore toi?!!" dans la bouche de Bajazet façe à celle
qu'il croit l'ambassadrice d'Irene (vive le comique de
répétition) ; mais le must de la soirée fut :
"-Où est ta fille ? - Sur le trône!", suivi de : "La
place est libre, Irene!"
Pour Bejun Metha je partais
avec un a priori mitigé : son Tolomeo m'avait moyennement
convaincu mais son Farnace (Mozart) m'avait enthousiasmé. Il a
eu cet après-midi un peu de mal à démarrer et
son péché mignon, le cafouillage, s'est
manifesté plusieurs fois, mais là Rousset a aussi sa
part de responsabilité. En tout cas cela fait plaisir
d'entendre un contre-ténor avec un tel volume qui prend autant
à coeur l'expression du personnage, en particulier dans les
récitatifs !! Son air de bravoure dans la seconde partie
était par contre excellent! Les vocalises à toute
vitesse (et parfois aussi dans tous les sens) dépeignaient
parfaitement le tyran capricieux (un peu trop même, cela tirait
sur l'hystérie enfantine mais qu'importe, cela fonctionnait
à merveille). Bruce Ford ne m'a pas tout de suite
charmé : vocalises lourdes et un peu pâteuses au
début, il s'est rattrapé de façon grandiose pour
sa mort !! Je ne soupçonnais pas tant de finesse et
d'intelligence chez ce chanteur auquel je finissai par m'habituer un
peu trop à force de disques Opera Rara. Sandrine Piau a tout
déchiré dans Asteria!!!...J'espère par ces
termes traduire l'intensité de mon ravissement! Je ne sais
plus quoi dire pour chanter ses louanges! Ses piani sont sublimes,
son jeu très investi, son "Cor di padre", que je connaissais
déjà par son disque Opera Seria, m'a subjugué.
En plus cette femme a l'air gentille et timide! Sous les ovations
elle pressait d'un geste de la main ses partenaires de venir pour le
récitatif ! Patricia Bardon!! Que dire là encore! Elle
n'a qu'à ouvrir la bouche pour que je me jette à ses
pieds! Ses graves et tout et tout! Rhaaaaaa! Ses vocalises
filées, son interprétation sensible et
impliquée! Pour critiquer je dirai juste que ses aigus sont un
peu limites. En tout cas son duo avec Asteria était le sommet
d'émotion de la soirée (avec la mort de Bajazet) !
Kristinna Hammarström n'a pu dévoiler qu'une partie de
son talent (et de ses épaules aussi!) dans le petit, mais pas
facile non plus, rôle d'Irene. Là aussi parfaite! Rien
à redire! Je l'avais beaucoup aimé dans le Teseo d'
Arianna in Creta, eh bien je n'ai pas été
déçu de la retrouver ! Lars Avidson enfin n'a que deux
petits airs dont il s'est fort bien tiré avec un beau timbre
et des vocalises bien senties."
- Amsterdam - De Nederlandse
Opera -
Staadsschouwburg - 21, 24, 26,
29, 31 octobre, 4, 6, 9 novembre 2005 - Les Talens
Lyriques - choeur de l'Opéra national des Pays-Bas - dir.
Christophe Rousset - mise en scène Pierre Audi -
scénographie Patrick Kinmonth - lumières Matthew
Richardson - avec Bejun Metha (Tamerlano), Bruce Ford (Bajazet),
Patricia Bardon (Andronico), Sandrine Piau (Asteria), Kristina
Hammerström (Irene), Lars Arvidson (Leone)


- Opéra Magazine - décembre 2005
- 24 octobre 2005
"Quelle passionnante aventure
que d’assister à ces deux productions conçues par
Pierre Audi comme un diptyque sur les thèmes du pouvoir, de
l’amour et de la mort ! Plus de dix années séparent le
tragique Tamerlano (1724) de la magique Alcina (1735), mais le
traitement commun appliqué à ces deux chefs-d’oeuvre ne
se fait en aucun cas au détriment de leurs natures
divergentes. Créés il y a quelques années dans
le théâtre de cour de Drottningholm, ces spectacles
avaient bénéficié des décors à
perspective de ce petit bijou du XVIIIe siècle.
Pour le Stadsshouwburg, dont la scène est sensiblement plus
grande, les toiles peintes ont été remplacées
par des panneaux du même style, mais plus sobres. La
scénographie reste minimaliste, avec de très rares
changements de décors (forêts, colonnades, nuages) et
des accessoires peu nombreux : essentiellement une chaise, à
la fois symbole du pouvoir et espace de mort, et de petites fioles de
poison permettant à Bajazet et à Alcina de se
suicider.
Ce cadre
dépouillé crée un espace multiple, notamment
grâce aux perspectives, mais surtout un espace modelé
par les chanteurs, leurs mouvements et leurs déplacements,
parfaitement mis en relief par les éclairages latéraux
de Peter van Praet et Matthew Richardson. Car c’est sur les
héros, leurs sentiments exacerbés et leurs rapports,
que le metteur en scène se focalise. Il prend de nombreuses
libertés avec les livrets — Bajazet ne devrait pas mourir sur
scène et Alcina ne devrait pas mourir... du tout—, et ne suit
pas à la lettre ce qui est prévu quant à la
présence des personnages sur le plateau. Ces derniers se
trouvent ainsi plus souvent face à face, créant
d’innombrables lignes par le jeu des distances maintenues ou abolies,
des regards échangés ou évités. Servie
par deux distributions étonnantes, cette approche nous offre
des moments de théâtre d’une force
exceptionnelle.
La distribution de Tamerlano
semble atteindre un niveau encore supérieur d’excellence.
Même si Bejun Mehta reste sans voix pour le choeur final et
tend parfois à privilégier l’effet, il incarne
unTamerlano torturé à souhait, d’une présence
scénique étonnante et capable d'offrir un "A dispetto"
d’une vélocité inouïe. Familier du
répertoire mozartien ou du bel canto plus tardif, Bruce Ford
se révèle un Bajazet idéal, donnant un relief
infini à la personnalité complexe du souverain
orgueilleux et vaincu. Sandrine Piau, parfaite Asteria, semble avoir
gagné en maturité et l’on ne sait plus s’il faut
admirer d’abord la chanteuse ou la tragédienne. Rival plus
nuancé et émouvant de Tamerlano, Andronico
bénéficie de l’interprétation fine et juste de
Patricia Bardon. Quant à Kristina Hammarström, son Irene
est d’une classe absolue, et l’on oserait difficilement qualifier son
rôle de secondaire. Seul Leone apparaît que comme un
comparse, mais ce n’est en aucun cas dû à la solide
prestation de Lars Arvidson. Les Talens Lyriques et Christophe
Rousset enfin, contraints à un effectif réduit pour
cause d’exiguïté de la fosse, n’en offlent pas moins (ou
justement?) des lectures d’un engagement et d’une expressivité
remarquables, investissant totalement la fureur de Bajazet et le
désespoir d’Alcina.
... Quel soulagement et quel
bonheur de voir Haendel porté à la scène sans
les approches plus ou moins divagatrices, bouffonnes, vulgaires et /
ou emplies de contresens et de non-sens que l'on nous inflige trop
souvent! Des entrailles des personnages, Pierre Audi fait sourdre ce
qu’il y a de plus sombre et de plus tragique. Quelques points
pourraient être ouverts à discussion, mais ici, texte,
musique, orchestre, chef, chanteurs, décors, costumes,
lumières, direction d’acteurs, tout est porté à
son paroxysme, tout est théâtre des
passions."
"Après une reprise du
spectaculaire Ring des Nibelungen mis en scène par Pierre
Audi, le Nederlandse d'Amsterdam s'offre un changement radical en
proposant au public un petit festival Händel avec Alcina et
Tamerlano dans des scénographies du même Pierre Audi.
Pour l'occasion, la maison amstellodamoise quitte l'imposant
Muziektheater pour investir le superbe écrin du
Staddschouwburg. Cette salle de quatre cent cinquante places se
prête merveilleusement à l'opéra baroque et
surtout à ces deux productions importées du festival de
Drottningholm.
Après un cycle
Monteverdi de très haute réputation, le metteur en
scène libanais récidive avec un Tamerlano d'exception.
Dans un décor unique, qui limite l'action à
l'intérieur du palais de Tamerlano, du décorateur
attitré de Robert Carsen, Patrick Kinmonth, et en utilisant
pour tout accessoire une chaise, Audi fait jaillir les sentiments et
les émotions. Dans de somptueux costumes du XVIIIe
siècle et sous les éclairages d'une subtilité
inouïe de Matthew Richardson, les protagonistes apparaissent
comme figé dans leurs comportements et leurs sentiments, tels
des sculptures ou des personnages évadés d'un tableau,
impuissants face à leurs destins. Cette approche classique
mais tellement profonde montre que, fort heureusement, on peut
atteindre un niveau dramatique exceptionnel sans actualiser l'action
ni caricaturer les personnages.
La distribution évolue
aussi sur des cimes vertigineuses. En Bajazet, le ténor
américain Bruce Ford donne une véritable leçon
de chant et de musique avec une palette de nuances infinies, une
technique exemplaire et un timbre adéquat. Bejun Metha (le
rôle-titre) commence assez mal la représentation : si la
technique est bien là, l'intonation apparaît
plutôt délicate ; cependant, il monte en puissance au
fil de la représentation pour offrir un 3ème acte
saisissant de virtuosité. Sandrine Piau connaît son
Haendel comme sa poche et rend toutes les facettes du personnage
d'Astaria, en dépit de quelques fâcheries avec son aigu.
Un grand triomphe public vient saluer les prestations des deux mezzos
: Patricia Bardon (Abdronico) et surtout la Suédoise Kristina
Hammarström (Irene). Pour ses débuts dans la maison
hollandaise, le baryton-basse suédois Lars Avidson se
démène en Leone.
En fosse, Christophe Rousset
anime avec énergie et précision ses Talens Lyriques.
Fidèle de l'œuvre de Händel, il sait en explorer les
moindres recoins et apporter le soutien le plus attentif aux
chanteurs."
- Theater
Krefeld-Mönchengladbach
- 9 avril 2005 - Die
Niederrheinischen Sinfoniker - dir. Graham Jackson - mise en
scène Christian Tombeil - décors et costumes Achim
Römer - dramaturgie Ingrid Allwardt - Uta Christina Georg
(Tamerlano), Timothy Richards (Bajazet), Debra Hays (Asteria),
Frank Valentin (Andronico), Janet Bartolova (Irene), Hayk
Déinyan (Leone), Xenia Snagowski (Zaide)

- Baltimore - Opera Vivente
- 8, 10, 14, 16 avril 2005 - dir. Joseph Gascho - mise
en scène John Bowen - avec Jason Badger (Tamerlano), Ken
Gayle (Bajazet), Ah Hong (Asteria), John Carden (Andronico),
Michelle Rice (Irene), Christopher Austin (Leone)
- Théâtre de
Caen - 3, 5 février 2005 -
Opéra de Bordeaux - Grand
Théâtre - 15, 17, 19
avril 2005 - Le Concert d’Astrée - dir.
Emmanuelle Haïm - mise en scène Sandrine Anglade -
décors et costumes Claude Chestier - lumières Eric
Blosse - chorégraphie Pascaline Verrier - avec Bejun Metha
(Tamerlano), Carlo Allemano (Bajazet), Carolyn Sampson (Asteria),
Renata Pokupic (Irene), Marina De Liso (Andronico), Paul Gay
(Leone)
- Théâtre des
Champs Elysées
- 14 octobre 2004 - version de
concert - Le Concert d'Astrée - dir. Emmanuelle Haïm -
avec Bejun Mehta (Tamerlano), Carlo Allemano (Bajazet), Carolyn
Sampson (Asteria), Marina De Liso (Andronico), Karine Deshayes
(Irene), Paul Gay (Leone)
- Altamusica - Tamerlano sans exaltation
Coproduction des opéras
de Lille, Caen et Bordeaux, ce Tamerlano présenté en
version de concert au Théâtre des
Champs-Élysées constituait l’épreuve de la fosse
pour le Concert d’Astrée. Malheureusement, Emmanuelle
Haïm ne parvient pas plus que Trevor Pinnock ici-même en
juin 2001 à exalter ce chef d’œuvre du théâtre
haendélien. Là où le « caro sassone »
trace à la pointe sèche, sans concession au
spectaculaire et à l’arcadien, son opéra le plus
sombre, le plus irrémédiablement tragique, la belle
Emmanuelle ne semble se soucier que de flatter l’oreille, en lui
opposant les courbes diluées de l’aquarelle, malgré un
pupitre de premiers violons pas toujours docile. Il manque un
réel sens du discours, une véritable progression du
drame, qui se doit d’atteindre son apogée dans la scène
d’hallucinations de Bajazet.
Ces tempi uniformément
modérés, ce son constamment brillant, jusqu’à
l’ornementation des da capo, trop souvent limitée au clinquant
d’extrapolations suraiguës alors que des dissonances savantes
viennent trop rarement ouvrir des
abîmes, se refusent à tendre l’arc dramatique. D’autant
que les récitatifs sont le plus souvent
expédiés, comme sacrifiés à l’incessant
ballet entre le tabouret de continuiste et la baguette (virtuelle) du
chef. Plus que l’expression d’un savoir-faire réel, et mille
fois réaffirmé, c’est une image de marque qui tente de
s’imposer.
De très haute tenue sur
le plan strictement vocal, la distribution n’en est pas moins
étrangère au théâtre intérieur des
personnages, à deux exceptions près. A première
ouïe, l’Asteria à la voix grêle, au timbre gracieux
mais étroit de Carolyn Sampson ne laisse rien augurer de bon.
Toutefois, son premier air révèle une
sensibilité, une profondeur de sentiment même, qui ne
cessera de s’affirmer durant les trois actes de l’opéra.
A contrario, c’est par la
seule stature physique, vocale, que Carlo Allemano impose
d’emblée son personnage de roi défait, torturé.
L’exceptionnelle ampleur de cette voix barytonnante – qui n’est pas
sans rappeler, de manière parfois troublante, le timbre fauve
de Placido Domingo –, ainsi qu’un sens presque viscéral de la
déclamation hissent ce Bajazet à des sommets
d’émotion hallucinée. Reste que sa conception du chant
comme expression est parfois trop romantique pour convaincre tout
à fait.
Un Tamerlano très
« diva » - Projection sidérante,
vélocité stupéfiante, Bejun Mehta est, à
l’image de son illustre professeur Marilyn Horne, un véritable
phénomène vocal, à la limite de la caricature,
du mimétisme assumé du timbre. Et sa prestation vire
souvent au numéro de diva ; par chance, Tamerlano, tyran
capricieux et dépassé par le théâtre des
passions qui se joue à ses pieds, s’en accommode assez bien.
Face à ce torrent, Marina de Liso n’en paraît que plus
transparente.
Malgré ses bonnes
manières vocales, un timbre d’un beau velours, Andronico,
composé aux mesures de Senesino, est trop grave pour elle.
Karine Deshayes ne fait en revanche qu’une bouchée d’Irene,
mais est-ce la bonne ? Ce timbre pulpeux, cette projection insolente,
ce sens du rythme implacable ne peuvent dissimuler une relative
inadéquation à ce répertoire. Si Paul Gay fait
preuve d’un appréciable panache dans le rôle
épisodique de Leone, il semble lui aussi quelque peu contraint
par la vocalité haendélienne."
"Le
Théâtre des Champs-Élysées a
décidé de donner l'oeuvre en version de concert.
Toutefois, si cela favorise sans doute une attention accrue au chant,
la dimension dramatique de l'histoire n'en sort pas indemne. Comment
croire au désespoir d'Asteria, aux excès de rage de
Tamerlano ou au douloureux trépas de Bajazet en contemplant
nos solistes, impeccables dans leurs tenues de soirée, debout
au garde-à-vous ? De plus, la rareté des surtitres ne
permet guère au spectateur de suivre les récitatifs,
expédiés en quelques phrases sibyllines. Ce
Tamerlano-là est donc uniquement celui de jolis tableaux
musicaux, d'une mosaïque d'airs sans grande cohérence.
Disons-le d'emblée : le plateau vocal est remarquable.
L'équipe de solistes qui entoure Emmanuelle Haïm est
celle des représentations lilloises et les chanteurs
connaissent visiblement leurs rôles respectifs sur le bout des
doigts. Cependant, une version de concert rend naturellement le
spectateur beaucoup plus exigeant...
Carlo Allemano nous livre un
Bajazet assez inégal pour un rôle taillé
originellement sur mesure pour le ténor Francesco Borosini,
tout droit venu de la lagune vénitienne. Si le timbre est
agréable et le chant emporté, le "Forte e lieto a morte
andrei" ou l'air de fureur "Ciel e terra armi di sdegno" du premier
acte restent assez communs, voire confus dans les vocalises, alors
que les graves manquent de profondeur. Dans le deuxième acte,
le chanteur se laisse aller à un vibrato trop large dans son
"A Suoi Piedi Padre Esangue", mais triomphe dans le délire de
la grande scène finale, enlevée tout à la fois
avec fureur et finesse.
Asteria échoit à
Carolyn Sampson. Confondante de vérité,
stupéfiante dans le chant, la soprano n'est pas sans rappeler
l'Alcina d'Arleen Augèr ou celle de Joan Sutherland. Son "Deh
; Lasciatemi il nemico", accompagné par le doux son de
traversi obligés, est un pur moment de délice tant la
chanteuse possède cet art de faire glisser délicatement
les notes avant de les projeter soudain vers le public, admiratif. Du
"Non è piu tempo" - qui rappelle par sa fraîcheur les
premières cantates italiennes de Haendel - au craintif "Cor di
Padre, è cor d'amante", l'artiste se joue des
difficultés techniques et habite pleinement son personnage
d'amante trahie, obnubilée par sa rage contre le tyran
Tamerlano.
Ce dernier se
révèle finalement moins cruel que prévu. Bejun
Mehta incarne à merveille ce monarque impulsif, torturé
et avide de pouvoir mais aussi cet amant déçu et
magnanime. C'est avec un plaisir non dissimulé qu'il attaque
chacun de ses airs d'une voix claire et assurée. "Vo'dar Pace
A Un Alma Altiera", "A dispetto d'un volto ingrato" et surtout "Bella
gara, che faronno" sont éblouissants de virtuosité et
d'inventivité dans leurs da capo.
On ne peut malheureusement pas
en dire autant de l'Irene de Karine Deshayes. Certes, la voix est
ronde et chaude, mais les aigus semblent un peu fêlés.
La jeune mezzo aborde ses interventions avec une passion gourmande,
à l'image d'un "Dal Crudel Che M'ha Tradita" trop
précipité où la "princesse du royaume de
Trébizonde" se perd elle-même dans une cadence erratique
et d'un anachronisme outrancier. Plus de mesure et de maîtrise
auraient été les bienvenus.
Enfin, n'oublions pas
l'honnête Andronico de Marina De Liso qui manque toutefois un
peu d'inspiration et le puissant Leone, fièrement campé
par Paul Gay, avec toute la détermination et le mystère
que l'on attend de cette éminence grise. Son "Nel mondo e
nell'abisso io non pavento" fut d'ailleurs particulièrement
apprécié.
Dans la fosse, après
une ouverture un peu terne, le Concert d'Astrée se
révèle en grande forme et le restera tout au long des
trois heures. On saluera en particulier les attaques incisives des
cordes, la beauté des timbres (bassons notamment), ainsi que
l'équilibre général des formes. Les climats sont
variés, les tempi contrastés, sans excès.
Emmanuelle Haïm dirige sa phalange avec passion,
n'hésitant pas à se jeter sur son clavecin pour ensuite
bondir - en évitant de trébucher sur son tabouret -
afin d'esquisser un geste complice et mystérieux à
l'archiluth (Laura Monica Pustilnik) ou à son excellent
premier violon (Stéphanie-Marie Degand). La grande absente de
ce concert était donc l'intrigue et l'on ne peut
qu'espérer voir prochainement cette oeuvre retrouver les
scènes."
"L'intimité acquise
avec l'oeuvre tant par les musiciens que par les chanteurs se ressent
très positivement ce soir. Les chanteurs chantent par coeur
dans un excellent italien, incarnent de bout en bout leurs
personnages et interagissent bien pendant leurs récitatifs. Le
travail scénique effectué avec Sandrine Anglade a sans
doute porté ses fruits. Du côté de l'orchestre,
les tempi choisis par Emmanuelle Haïm sont d'une grande justesse
dramatique, tout en se tenant à l'écart des
extrêmes affectionnés par certains chefs. La musique
avance toujours avec un grand naturel et suffisamment de vigueur. Le
Concert d'Astrée, malgré un effectif relativement
réduit, offre une belle couleur orchestrale, avec des lignes
et des timbres clairement individualisés.
Malgré sa
qualité d'acte d'exposition, le premier acte est
d'emblée très prenant. Contrairement à d'autres
productions, un certain relâchement est plutôt
perceptible vers la fin de l'oeuvre - faute peut-être de
l'avoir étudiée et répétée autant
que le début ? Il est vrai qu'on est un peu lassé par
Tamerlano, personnage qui répète sans cesse sa
colère sans jamais agir en conséquence - heureusement
certes pour permettre un "quasi lieto fine", seul Bajazet se donnant
lui-même la mort. L'énergie semble un peu plafonner,
rester un rien sage quand il faudrait parfois ouvrir les vannes. Pour
l'air "Empio, per farti guerra" de Carlo Allemano, l'orchestre se
déchaîne enfin !
La distribution vocale
réunie est superbe. Seul Carlo Allemano finit par lasser avec
son émission un peu forcée. Dommage car Bajazet est un
des rares rôles de premier plan offerts à un
ténor par Haendel. Son premier air est beau et efficace,
quoiqu'il pousse déjà un rien ses aigus en
mécanisme lourd pas du tout mixé et juste assez
couvert. Physiquement, il est dommage qu'il ne profite pas de sa
belle carrure et fasse fonctionner son torse presque à
l'inverse de ce que la logique et l'efficacité commanderaient.
Tassant un peu la tête dans les épaules, il
soulève puis affaisse sa cage thoracique à chaque
inspiration et pousse son ventre en avant, notamment quand il force
son haut-médium et donc sa zone de passage. Au cours du second
acte, il aboie un peu dans sa barbe et va parfois jusqu'à
détonner, tout en se fatiguant sans doute plus que
nécessaire. Ce chanteur au très beau matériau a
beaucoup mieux à offrir.
Bejun Mehta, toujours
expressif de visage, a bien mûri depuis ses premiers
rôles scéniques sous la direction de Christophe Rousset
en 2000 (Tamerlano déjà, ainsi que Farnace de
Mitridate). La voix est ronde, bien vocalisante et le grave est bien
conduit. Son "Dammi pace" est bien orné en reprise. Au second
acte, il joue très bien l'étonnante ironie de l'air
où il annonce ses noces. L'orchestre qui l'introduit et
l'accompagne est pompeusement moqueur - ou l'inverse. Au
troisième, c'est le bel air de rage "A dispetto d'un volto
ingrato" qui lui permet de démontrer ses qualités
vocalisantes. Marina De Liso met une belle technique au service d'une
voix bien équilibrée aux beaux graves jamais grossis et
aux aigus également purs. Son phrasé est dès
lors agréablement souple. Son long air de clôture du
premier acte pourrait être rendu plus expressif pour justifier
sa mise en valeur à cette position. Elle se sort très
correctement de son air plus brillant du deuxième acte,
"Più d'una tigra". L'émission de Carolyn Sampson est
bien en rapport avec les sentiments de son personnage. Elle est
physiquement bien ancrée, même si ses respirations sont
souvent un peu hautes et bruyantes. Son air "Cor di padre", à
la fois calme mais animé d'une tension tragique, conclut le
deuxième acte en beauté.
Karine Deshayes chante son
récit d'entrée comme une poissonnière. On
croirait Bonnemine d'Astérix. Irene est certes
outragée! Dans l'air qui suit, elle conserve des accents
excessifs qui brisent sa ligne de chant et créent des
stridences dans son timbre habituellement plus rond. Elle se sort
cependant bien de ses aigus comme de ses passages en poitrine. C'est
plutôt son médium qui est plus projeté dans
l'articulation que physiquement connecté. Ce rôle
requerrait-il une vraie soprano? Au deuxième acte, dans son
très bel air "Par che mi nasca in seno", sa voix est plus
ronde et posée. Paul Gay chante au deuxième acte le bel
air "Amor da guerra e pace" et au troisième le bel air
vocalisant "Nel mondo". Maintenant plus basse que baryton, il sonne
plus solide qu'à sa sortie du conservatoire. Il est vrai qu'il
est sagement allé faire son apprentissage en Allemagne.
Malgré des aigus un peu durs (pas du tout mixtes), c'est une
basse vocalisante bien adaptée à Haendel et Rossini.
Cette oeuvre recèle
aussi plusieurs ensembles, chose rare chez Haendel. Si le duo final
entre Tamerlano et Irene est un peu ennuyeux, celui entre Asteria et
Andronico est superbe, comme le quatuor qui clôt
l'ouvrage."
- Amsterdam - Stadsschouberg
- octobre 2004 - Drottningholms Slottsteater Choir -
Drottningholms Slottsteater Orchestra - dir. Christophe
Rousset
- Opéra de Lille
- 1er, 3, 5, 7, 9 octobre 2004 - Le Concert
d’Astrée - dir. Emmanuelle Haïm - mise en scène
Sandrine Anglade - décors et costumes Claude Chestier -
avec Bejun Metha (Tamerlano), Carlo Allemano (Bajazet), Carolyn
Sampson (Asteria), Karine Deshayes (Irène), Marina de Liso
(Andronico), Paul Gay (Leone) - coproduction Opéra de Lille
/ Lille 2004, Théâtre de Caen, Opéra de
Bordeaux

- Le Monde de la Musique - Opéra sans
théâtre - 1er octobre 2004
"Désormais admise dans
le cénacle des meilleurs spécialistes du baroque,
Emmanuelle Haïm ne côtoie plus que des oeuvres
essentielles. En présentant Tamerlano à l'Opéra
de Lille, la chef d'orchestre choisit une des plus riches partitions
de Haendel mais aussi des plus tragiques et des plus
imprévisibles. La distribution des récitatifs, des airs et des tessitures ne
correspond pas aux modèles de l'époque. Le titre
même frise l'irrégularité. Le personnage
principal n'est pas l'empereur mongol mais son prisonnier ottoman
Bajazet (un ténor) dont l'inéluctabilité du
suicide actionne le drame. La musique de Haendel cerne admirablement
les enjeux de ce conflit entre amour et haine (Tamerlano
s'éprend d'Asteria, fille de Bajazet, mais la belle captive
l'éconduit et veut l'assassiner) comme ses interrogations
morales (Asteria devrait-elle céder pour sauver son
père ?). Naviguer sans encombre sur cet océan de sang
et de larmes requiert une expérience qu'Emmanuelle Haïm
et Sandrine Anglade ont sous-estimée. La musicienne manque de
souffle pour soutenir un long premier acte qui tourne au
défilé, et elle s'impatiente quand elle devrait faire
vrombir son orchestre. Le Concert d'Astrée, malgré un
excellent continuo, semble alors plus agacé que terrible, plus
pressé que violent.
La mise en scène
très sobre de Sandrine Anglade ne contredit certes pas le
drame mais elle ne l'éclaire pas. Noyer les personnages dans
l'anonymat oblige souvent les chanteurs à surjouer le
Tamerlano de Bejun Mehta grimace plus qu'il ne menace alors que la
voix, superbe, suffirait à exprimer ses sen-timents
contradictoires. Le chant restera cependant le grand vain-queur du
spectacle, idéalement distribué à une
équipe de haut niveau. Le Bajazet de Carlo Vincenzo Allemano
impressionne par sa détermination et sa noire puissance.
LAsteria de Carolyn Sampson émeut au contraire par sa
fragilité naturelle que bouscule une volonté de feu.
L'Irene forte de Karine Deshayes, l'Andronico vaillant de Marina de
Liso et le Léone majestueux de Paul Gay complètent
cette fort belle équipe."
- Diapason - décembre 2004 - Un
Tartare bien saignant - 9 octobre 2004
"Seul (gros) point noir de ce
Tamerlano de Haendel : une mise en scène d'une confondante
laideur, dans laquelle acteurs et danseurs, vêtus en moine
bicolore (ou en bonbon La Pie qui chante ?) passent leur temps
à jongler avec robes et poignards. De tous les livrets
adoptés par Haendel, celui de Tamerlano est pourtant le plus
propre à inspirer un scénographe d'aujourd'hui, avec
ses deux grands climax (scènes "du trône" et "du
poison") que Sandrine Anglade s'applique à rendre
inintelligibles. Emmanuelle Haïm, en revanche, dont le souffle
scénique s'affirme de jour en jour, en fait de grandioses "
finales" avant la lettre, réussissant le plus brûlant
acte II qu'il nous ait été donné d'entendre. La
direction n'est cependant pas exempte de failles, comme le montrent
une Ouverture et des récitatifs initiaux privés
d'accents et de réelle ossature : habile à motiver ses
troupes, à attiser élans et couleurs, la jeune chef
confond encore éloquence et panache. En ce sens, on aurait
préféré l'entendre dans un ouvrage moins
tragique, la rare Partenope, par exemple, qu'un continuo (trop?)
généreux semble promettre. Idem des voix des deux
héroïnes : une Carolyn Sampson (Asteria) aux aigus
adamantins, une Karine Deshayes (Irene) volcanique, dans des
rôles réclamant plus de mélancolie. Numéro
coutumier et efficace de Bejun Mehta (Tamerlano) en méchant
d'opérette, vaillance incontestable de Paul Gay en Leone
(à qui on a restitué deux airs), impeccables
phrasé et musicalité de Marina De Liso en Andronico.
Mais surtout, époustouflante prestation de Carlo Vincenzo
Allemano, timbre barytonant, chant large et passionné, dans un
Bajazet qui lui collera probablement à la peau. Une lecture
supérieure à celles, récentes, de Pinnock et
Rousset, servie par un orchestre chaleureux (près de trente
musiciens) et dans une édition quasi complète (trois
numéros de plus que celle de Gardiner).
- Concertclassic - 9 octobre 2004
"Il n’est pas si aisé
que cela de monter Tamerlano, et Sandrine Anglade a relevé le
défi avec un art de la direction d’acteur que l’on ne retrouve
plus guère sur les scènes lyriques. Dispositif
scénique épuré, peuplé de costumes vides
tombés des cintres, qui laisseront leurs places lorsqu’ils y
seront remontés à leurs contrepoids dorés
tendant autant de barreaux. Bien vu car le vrai héros de
Tamerlano est Bajazet, le prisonnier, celui dont la mort probable est
la raison de l’action dramatique. Anglade ajoutait aux chanteurs deux
danseurs, réceptacles des émotions des protagonistes.
Elle les lovait aux personnages lors de leurs airs les plus
tourmentés pour créer de véritables statues du
Bernin en mouvement. L’effet était saisissant. Emmanuelle
Haïm (photo-contre) disposait d’une distribution sans faille. Le
Tamerlano sadique de Bejun Metha emplissait tout l’opéra de
Lille par la puissance de son instrument, et si ses ires du III (A
dispetto d’un volto ingrato) furent si convaincantes vocalement, son
jeu paru alors outré, seul bémol d’une prestation
décoiffante.
Le Bajazet d’Allemano
impressionnait par la puissance de son chant, son ténor sombre
prenant des couleurs d’Otello, et sa mort vériste rappelait
que le génie théâtral de Haendel éclate
les cadres du style et voit au-delà des canons de l’art de son
temps. La palme à l’Asteria de Carolyn Sampson, dont le
soprano grandit saison après saison. Elle pouvait violenter
ses couleurs de lait et couper le souffle de l’auditeur pour un
« Cor di padre, e cord’amante » d’une émotion
à faire pleurer les pierres. Le bel Andronico de Marina de
Liso, le Léone caverneux de Paul Gay, l’Irène noble de
Karine Deshayes faisaient un plateau vainqueur.
On n’en dira pas autant du
Concert d’Astrée dont la sonorité est souvent terne.
Emmanuelle Haïm n’a pas su débusquer les tensions
dramatiques latentes qui permettent au I de ne pas être que
cette interminable suite d’airs élégiaques ou meurtris,
et lorsque le drame se noue, les moyens limités de son
ensemble trahissaient souvent une direction trop confite dans les
réflexes et pas assez à l’écoute du génie
théâtral d’Haendel. L’orchestre de Tamerlano n’est pas
le plus opulent que le « caro sassone » ait couché
sur les portées, mais qui sait l’animer y trouverait
immanquablement ce qu’Haïm n’a su y voir, une noblesse
racinienne, un désespoir sans remède, une
tragédie où la folie est toujours en
embuscade."
- Classica - novembre 2004 - 5 octobre 2004 -
Amer Tamerlano - La direction miraculeuse d'Emmanuelle
Haïm, mais une mise en scène illisble
"On connaissait les mises un
scène décalées, transposées,
dépouillées, abstraites, les fidèles, les
infidèles, les "esthétisantes", les "baroquisantes",
les "historicisantes", mais grâce à Sandrine Anglade, le
"conceptuel fumeux" se taille la part du lion. Pour les trois heures
vingt de ce Tamerlano de Haendel, la metteur un scène signe un
spectacle gris, long et laborieux, suspendu à un concept
intéressant quoique ambitieux pour ce type d'ouvrage : la
fonction des arias du capo ne "marque en rien l'avancée
psychologique, intérieure, d'un seul (personnage) mais
plutôt sa relation à l'autre." Peut-être ce
postulat eût-il été lisible si Anglade
s'était entourée de véritables artisans de la
scène, doués simplement de savoir-faire et
d'imagination : a-t-on jamais vu scénographie et costumes plus
misérabilistes que cette toile de fond noire, ces pantins gris
à capuches montant et descendant des cintres,
léchés par des lumières primaires ? Puisque
Anglade semble savoir faire bouger les chanteurs, pourquoi diable se
refuse-t-elle à raconter l'histoire de l'opéra,
déjà fort absconse, et à la rendre intelligible,
au lieu d'en accentuer le statisme ? Trop premier degré sans
doute... Tout cela eût tourné au pensum sans la
présence d'Emmanuellc Haïm, captivante de bout un bout :
que de variété et de couleurs dans ces phrases
chantantes, ces rythmes ciselés, que d'abandon et de flamme
sous sa battue ! Remarquablement homogène, sa belle
équipe la suit au doigt et à l'oeil à travers le
livre d'images qu'elle ouvre et réinvente sans cesse. Bravo
!"
- La Libre Belgique - Un Haendel où la
musique fait avancer le drame plus que la mise en
scène.
"...Pour sa première
production in loco, la dynamique claveciniste et chef a jeté
son dévolu sur
«Tamerlano», opéra d'un Haendel au sommet de son art
contant l'affrontement de Tamerlan, empereur des Tartares et de son
prisonnier Bajazet, empereur des Turcs. Loin des champs de batailles,
un huis clos intime dont l'enjeu est Asteria, fille de Bajazet et
amante d'Andronicus, prince grec allié de Tamerlan. Parmi les
diverses versions disponibles de l'oeuvre, Haïm a construit la
sienne avec pragmatisme, cherchant avant tout une efficacité
dramatique qui passe aussi par un élagage des
récitatifs et un enchaînement sans temps mort de chaque
scène. La soirée passe ainsi avec beaucoup de
fluidité, nonobstant les trois bonnes heures de musique, et on
admire le dynamisme et l'enthousiasme avec lesquels Haïm
restitue à chaque air les caractéristiques dramatiques
de l'affect qui le sous-tend. La Française a également
joué la carte de la diversification des voix,
préférant confier à une mezzo (Karine Deshayes,
impeccable) le rôle d'Irène, la rivale d'Asteria dans le
coeur de Tamerlan, et à une mezzo quasi contralto (Marina de
Liso, excellente) celui d'Andronicus, initialement écrit pour
un castrat. Ne reste alors qu'une soprano pour Asteria - la
très pure et virginale Carolyn Sampson -, un
contre-ténor pour Tamerlano - Bejun Mehta (timbre parfois
ingrat mais virtuosité impressionnante) - et surtout le
ténor chargé du rôle de Bajazet,
créé par le grand Borosini : c'est ici Carlo Vincenzo
Allemano, véritable force de la nature, doté tout
à la fois de puissance, de noblesse et d'une grande
sûreté vocale.
Les moyens de production de
l'Opéra de Lille sont limités, et on le sent dans ce
«Tamerlano» : décors réduits à des
panneaux sur lesquels se reflète un jeu de lumières
sobres - l'obscurité domine - ainsi qu'à une
forêt de câbles qui font remonter et descendre des
cintres des costumes «vides» qui habillent la plupart du
temps tous les protagonistes. L'idée est belle mais trahit ses
limites : il ne faudra compter que sur la musique pour faire sentir
la progression de l'action. La mise en scène de Sandrine
Anglade a toutefois la vertu d'une bonne direction d'acteurs, qui
trouve le ton juste (sauf pour un Tamerlan surjoué) et sait
même donner du sens aux da capo sans recourir aux gags et aux
artifices."
"La seconde saison de
l'Opéra de Lille restauré s'ouvre sur Tamerlano,
peut-être l'opéra le plus fascinant de Georg Friedrich
Haendel, celui où le maître innove en radicalisant le
recitativo secco soudain extrêmement développé,
au point qu'il devient essentiel de suivre le texte comme au
théâtre parlé, où il expérimente
certains alliages de timbres à l'orchestre, et pour lequel il
fait la part belle à la voix de ténor, ce qui n'est pas
du tout dans le goût de l'époque - rappelons un mot de
la correspondance de John Gay et Jonathan Swift à propos de la
création de Ottone à Londres, un an avant celle de
Tamerlano : "... nul n'a le droit de dire qu'il chante s'il n'est
eunuque ou italienne..." ! Si la lecture de Christophe Rousset
rendait clairement compte de ces nouveautés, celle de
Emmanuelle Haïm a choisi de ne pas les accuser, et joue la carte
de la fluidité sans se poser la question, inscrivant l'œuvre
dans ce qui lui suivra plutôt qu'en son temps (création
à Londres à l'automne 1724).
C'est une distribution vocale
jeune et en pleine forme qui nous est offerte à Lille. Paul
Gay y campe un Leone solide, doté d'une appréciable
intelligibilité dictionelle. Marina de Liso est un Andronico
attachant, à la vocalité légère et
toujours nuancée avec une expressivité
véritable. Asteria est confiée à Carolyn Sampson
à l'aigu fulgurant, qui affiche une ornementation
aisée, mais dont le medium reste à prouver. Si le
rôle d'Irene est moins présent que les deux autres
personnages féminins (je parle exclusivement de l'attribution
vocale), celle qui l'incarne brûle la scène et perce la
vue : Karine Deshayes y est tout simplement exceptionnelle, le timbre
se chargeant du sens de chaque réplique, en imposant une
parfaite ligne de chant.
Les rivaux politiques, enfin…
L'ouvrage aurait tout aussi bien pu s'intituler Bajazet tant la place
du grand rôle de ténor haendélien est
avérée. Il est au moins aussi important dans l'ouvrage
que le rôle titre, en termes de poids dramaturgique comme en
numéros musicaux, et c'est avant tout de son destin dont il y
est question, Tamerlan n'en figurant que la contrainte
situationnelle. La tessiture bâtarde du rôle, allant
chercher des graves inhabituels souvent possibles pour des voix
corsées peu aptes à la légèreté
requise par les vocalises, en rend l'abord difficile, tant pour le
chanteur que pour l'auditeur qui n'y retrouve pas les conventions
attendues (en matière de chant, mais aussi de casting,
puisqu'il reste rare qu'un père d'opéra soit un
ténor). Aussi Carlo Vincenzo Allemano s'en sort-il plus
qu'honorablement, affirmant des couleurs de baryton dans une
tessiture élevée, sans que
l'homogénéité de la voix en pâtisse. Le
personnage, dont l'égotiste obstination pourrait bien
être antipathique, est touchant, affirmé par une
présence dramatique indéniable. L'air de la mort est
donné dans un sotto voce autant risqué que parfaitement
réussi. L'autre tyran de l'histoire, plus dangereusement doux
en apparence, est chanté par Bejun Mehta dont on peut dire
qu'il devient un familier des opéras du Grand Saxon, de ce
rôle en particulier. Le personnage est ici moins cruel et
hystérique que celui qu'il avait construit à
Drottningholm il y a deux étés, et paraît moins
directement brillant au premier acte. Mais dès l'air de la
raillerie - Bella gara che faronno - du suivant, il affiche un organe
en pleine forme, au service d'une ornementation passionnante.
Jusqu'à la fin, la voix prend ses aises, s'assouplit de plus
en plus, affirme des attaques toujours plus franches, et son jeu
parvient à rendre Tamerlano attachant, non pas ses caprices
soient amusants, mais parce que son manque d'amour et de
compréhension est tragique.
Sandrine Anglade signe cette
nouvelle mise en scène. On retrouve donc le grand sens
esthétique dont elle fait preuve depuis quelques
années, et un travail construit sur une lecture attentive du
livret. Le rideau se lève sur des dépouilles de tissus,
vêtements laissés vides ou marionnettes
inanimées. C'est en actionnant la poulie de l'une d'elle que
l'on engage la vive sinfonia et toute la représentation.
Tamerlano est bien là, tireur des ficelles du destin, mais
rapidement victime de lui-même. Asteria choisit de feindre
d'accepter le trône et la couche du tyran : lorsqu'elle se
trouve contrainte d'avouer son projet de crime, les vêtements,
mi robes mi armures, disparaîtront dans les cintres, comme
autant de dupes dévoilées. Le troisième acte
s'ouvre sur une scène nue où bientôt les tissus
redescendront mollement, retrouvant sur le sol la forme mortuaire qui
était la leur au début du spectacle. La boucle est
bouclée ?... non, car il y a désormais un guerrier mort
(Bajazet) et un guerrier attendri (Tamerlan). Toutefois, si le
rôle-titre est traité avec une humanité
salutaire, il a perdu en route une superbe indispensable. On se
souvient pourtant du Tarquin que Sandrine Anglade avait construit
dans The Rape of Lucretia à Nantes… Enfin, il faut avouer que
la métaphore, de même l'adjonction d'une
chorégraphie, pour visuellement jolie qu'elle soit,
n'apparaît pas comme nécessaire."
- Opéra International - novembre 2004 -
1er octobre 2004
"Cette représentation,
si elle nous confirme que cet opéra, écrit entre les
bien plus célèbres Giulio Cesare et Rodelinda, est
effectivement un chef-d'oeuvre musical et dramatique, nous laisse un
goût d'inachevé. Au premier chef, la mise en
scène de Sandine Anglade, filant la métaphore des
marionnettes, finit par nous tenir à distance de l'action -
intérieure ou extérieure -, renforçant
l'idée d'une caractérisation mécaniste des
personnages et des situations dans l'opera seria, ce que la musique
dément pourtant à chaque instant, et hésitant
entre une stylisation dépouillée (une idée de
palais où Bajazet prisonnier a l'air de pouvoir se promener
fort librement, devant un Tamerlano dont on a du mal à
percevoir l'autorité) et le pur remplissage (deux danseurs se
repassant pendant tout un air le fer dont Bajazet veut armer le bras
de sa fille !). Quant au lieto fine, il est ici contredit par une
image finale où Asteria reste couchée comme morte sur
le cadavre de son père tandis que les autres personnages,
hébétés, s'éloignent, et où le duo
de réconciliation entre Tamerlano et Andronico est bien
sûr coupé!
A la tête du Concert
d'Astrée - en résidence ici - à la
sonorité un peu grasseyante, Emmanuelle Haïm se montre
exacte dans ses intentions, quoique souvent encore un peu timide : ce
n'est qu'au troisième acte qu'elle trouve un réel
engagement dramatique et émotionnel. Très
réécrits, les da capo sont fort inventifs mais souvent
plus décoratifs qu'investis. Le Tamerlano de Bejun Mehta est
impressionnant : la puissance et l'homogénéité
de son instrument, jusque dans les périlleuses coloratures
d'un impeccable "A dispetta", n'ont pas d'égal parmi les altos
masculins et féminins actuels, et son indifférence au
mot est moins gênante qu'ailleurs dans ce rôle de
méchant un peu monolithique. Impeccables aussi vocalement, et
tout aussi peu soucieux de caractérisation, l'Irene et le
Leone de Karine Deshayes et Paul Gay. Enfin, les premiers rôles
- ce que n'est pas, paradoxalement, le rôle-titre -,
écrits pour les gosiers fabuleux de Senesino, Cuzzoni et
Borosini, sont plus pâlement évoqués par Marina
De Liso, Andronico émouvant mais un peu terne, Carolyn
Sampson, Asteria fluette de timbre et sans grandeur tragique, et
Carto Allemano, pas toujours très juste et aux vocalises un
peu bousculées. Mais son Bajazet - véritable pivot de
l'action, ce qui est à l'époque exceptionnel pour un
ténor - finit par s'imposer dans les récits, et dans sa
scène de suicide, le sommet de l'oeuvre."
"Les amateurs de belcanto
risquent d'être désarçonnés. Non pas que
la trentaine d'airs dont Haendel sertit sa partition trahisse le
moindre essoufflement, mais c'est le génie dramatique du
compositeur qui explose littéralement ici, malmenant les
conventions de l'opera seria aux seules fins du théâtre.
Chef-d'oeuvre noir et introspectif, l'un des plus originaux du
compositeur, Tamerlano multiplie les récitatifs
accompagnés et impose comme climax une longue et
extraordinaire scène de suicide, celui de l'empereur ottoman
Bajazet. Impossible de sacrifier au lieto fine usuel après
cette agonie sublime, taillée à la démesure du
ténor Francesco Borosino. Tamerlano ne savoure guère sa
vengeance et c'est une union au goût amer à laquelle il
consent enfin, entre une orpheline éplorée (Asteria) et
un rival au bord du désespoir (Andronico). Aucune
péripétie, mais une action resserrée autour
d'une poignée de personnages, orgueilleux et
vulnérables, dont Haendel exacerbe les affects au gré
d'une course à l'abîme, inéluctable. Figure
mystérieuse et imposante, Leone veille, commente, puis
s'engage dans l'action, Fatum consacrant la dimension tragique de
l'ouvrage.
Quelques colonnes
esquissées pour tout décor, un poignard et une coupe
comme accessoires : Sandrine Anglade choisit, avec raison,
l'épure. La suggestion également : les protagonistes
sont vêtus du même costume anonyme et double (blanc et
noir, à l'instar des dominos) que portent des silhouettes
encapuchonnées qui s'animent ou s'immobilisent, jouets de
Parques invisibles qui les font monter et descendre des cintres au
fil de l'intrigue. De fait, cette histoire universelle n'a nul besoin
d'être imagée ni actualisée ; elle doit
simplement être incarnée. N'en déplaise aux
contempteurs de l'opera seria, Tamerlano ne se résume pas
à une succession de roulades et d'affetti isolés ; il
exige de ses interprètes qu'ils sachent construire un
personnage et captiver le public, défi brillamment
relevé par la production lilloise !
Carlo Allemano affronte la
partie démentielle de Bajazet, la plus difficile, la plus
belle jamais écrite par Haendel pour un ténor. Sa voix
centrale embrasse la tessiture du rôle et son chant vibrant,
incandescent, en magnifie les éclats, en particulier dans la
scène du suicide, qui vient couronner un portrait confondant
de vérité et de finesse psychologique. Bejun Mehta a
pour lui un charisme indéniable et un jeu de scène vif,
subtil, tour à tour impérieux et cajoleur, le
contre-ténor traduit à merveille
l'ambiguïté du tyran mongol et aborde crânement ses
élans virtuoses (jouissif "A dispetto d'un volto ingrato").
Vocalement instable, l'Asteria de Carolyn Sampson émeut
pourtant, la sensibilité de l'artiste transcendant sa relative
méforme (nous apprendrons le lendemain que le trac
n'était pour rien dans cette prestation en dents de scie).
Parfaite antithèse de cette intense mais frêle
créature, l'Irene de Karine Deshayes n'est que rondeur
généreuse et sonore, constance et détermination.
A lire l'argument, on pourrait
croire que Haendel a négligé Senesino en lui confiant
Andronico, ce prince terne et pusillanime, contraint de ronger son
frein et de subir sans broncher les cruautés de Tamerlano ;
mais la partition offrait au fameux contralto plus d'une occasion de
déployer les mille et un raffinements de son canto fiorito.
Découverte de cette production, le mezzo-soprano Marina Del
Liso mène déjà une belle carrière en
Italie. En 2003, elle était à l'affiche du Comte Ory au
festival de Pesaro et donnait la réplique à Juan Diego
Florez (en remplacement de Vesselina Kasarova) dans L'Italiana in
Algeri, à la Scala. Avant de remporter le prix "Toti Dal
Monte" en 2001, Marina Del Liso s'était
spécialisée dans le chant baroque avec Claudine
Ansermet. Si elle fait montre d'un bel abattage dans son air de
jalousie ("Più d'une tigra altero"), elle se distingue
surtout, dès son premier lamento, par la délicatesse et
l'originalité de ses reprises. A défaut de
séduction et de plénitude (des graves un peu sourds),
Paul Gay quant à lui, confère à Leone toute
l'autorité et la majesté voulues.
Fait remarquable, la direction
d'acteurs, essentielle dans cette réussite, semble
assumée autant par le chef que par le metteur en scène.
Totalement habitée, Emmanuelle Haïm galvanise fosse et
plateau : il faut voir son visage se crisper et se détendre,
son corps tressaillir, onduler, se cabrer comme si la musique lui
imprimait ses mouvements... Ce n'est plus de l'empathie, mais une
identification : Tamerlano, Bajazet, Asteria... c'est elle, elle les
contient tous, les intériorise pour mieux saisir l'essence et
le procès du drame. Un grand chef est en train de
naître."
- Charleston SC - Dock
Street Theatre - 24, 26, 29, 31
mai, 2, 5, 7 juin 2003 - nouvelle production
- Spoleto Festival USA
- 2003 - mise en scène Chas Rader-Shiebe -
décors et costumes David Zimm - lumières Lenore
Doxsee
- Berlin - Komische
Oper - 19, 22, 28 février 2003, 3, 31 mars 2003,
5, 18 avril 2003 - dir. Michael Hofstetter - mise en scène
David Alden - décors et lumières Charles Edwards -
costumes Brigitte Reiffenstuel - avec Artur Stefanowicz / Axel
Köhler (Tamerlano), Jochen Kowalski (Andronico),
Sinéad Mulhern / Brigitte Geller (Asteria), Jörg
Dürmüller / Peter Bronder (Bajazet), Ewa Wolak / Ann
Hallenberg (Irene), Guido Jentjens / Neven Belamaric
(Leone)
- Stockholm - Drottningholm Slottsteater - 3, 6, 8, 10,
12, 14, 16, 18 août 2002 - dir. Christophe Rousset - mise en
scène Pierre Audi - costumes Patrick Kinmonth -
lumières Matthew Richardson - avec Bejun Mehta (Tamerlano),
Nigel Robson (Bajazet), Sandrine Piau (Asteria), Anna Larsson
(Andronico), Kristina Hammarström (Irene), Lars Arvidson
(Leone)
"Pas de transposition
dans le temps ni de lieu...mais une mise en scène
dépouillée, avec un usage minimaliste des changements
de décor à vue...Toute l'attention se concentre sur les
protagonistes du drame, leur gestique expressive, les postures
parfois expressionnistes, voire torturées, et
révélatrices des sentiments, des rapports et des
tensions...Nigel Robson offre une composition saisissante de
Bajazet...Certes la voix n'est plus là, le timbre s'est
opacifié...mais Robson compense par l'intensité
dramatique les limites de ses moyens...Toute la distribution est du
plus haut niveau : Sandrine Piau, toute de simplicité et de
naturel, avec son legato...la plus exquise et la plus touchante des
Asteria...Bejun Mehta est tout aussi remarquable en
Tamerlano...formidable d'arrogance...Christophe Rouset est
véritablement inspiré par la musique." (Opéra
International - octobre 2002)
- Berlin - Komische
Oper - 20, 26, 31 janvier, 9, 19 février 2002 -
en allemand - dir. Michael Hofstätter - mise en scène
David Alden - décors Charles Edwards - avec Axel
Köhler (Tamerlano), Peter Bronder (Bajazet), Brigitte Geller
(Asteria), Jochen Kowalski (Andronico), Ann Hallenberg (Irene),
Guido Jentjens (Leone)
"David Alden s'est
départi de son style pop pour tomber dans le désolant
abîme d'un no man's land théâtral...Des
personnages accroupis contre les murs en ruines d'un bâtiment
censé être un hôtel bombardé...C'est dans
l'irrespect des impératifs vocaux que le bât blesse le
plus cruellement et explique la révolte finale de la
majorité des mélomanes...le ton adopté est celui
du vérisme...les deux contre-ténors n'ont rien pu
sauver du désastre...Axel Köhler était en petite
forme, et Jochen Kowalski ne pouvait que difficilement cacher le
déclin de ses moyens vocaux..." (Opéra International
- mars 2002)
- Halle - Goethe Theater
- Händel-Festspiele - 7, 9, 10, 12 juin 2001
- Théâtre des Champs
Elysées - 18, 20, 21 juin 2001 - Londres - Sadlers Wells Theatre - 27, 28, 30 juin 2001 - Bad Lauchstädt - 28 juillet 2001- The English Concert -
dir. Trevor Pinnock - mise en scène Jonathan Miller - avec
Monica Bacelli, soprano (Tamerlano), Thomas Randle, ténor
(Bajazet), Elizabeth Norberg-Schulz, soprano (Asteria), Graham
Pushee, contre-ténor (Andronico), Anna Bonitatibus,
mezzo-soprano (Irene), Antonio Abete, basse (Leone)
- Opéra International - septembre 2001
- compte-rendu de la représentation du 21 juin 2001
"Le tandem Pinnock-Miller
s'est arrêté à l'effet de surface, en son
contenu ornemental, et a méconnu la manipulation du
vainqueur (il profère des menaces et jamais les met en
oeuvre) par le vaincu"..."Reconnaissons toutefois la grande
cohérence de cette production"..."Seuls trois rôles
étaient tenus par des interprètes disposant du
réel format vocal et stylistique requis"..."Antonio Abete
continue à affiner un art dans lequel le timbre gagne en
mobilité, en ligne de chant, en couleurs"..."Anna
Bonitatibus confère au personnage d'Irene une place plus
importante,par son aisance sécnique et un précis
savoir-faire vocal"..."En Andronico, Graham Pushee s'acquitte bien
de sa tâche : voix longue, vocalisation aisée et
timbre assez dense pour un falsettiste"..."Dans Tamerlano, Monica
Bacelli a endossé à emploi à
côté de sa voix réelle"..."Thomas Randle a la
couleur du rôle de Bajazet, mais pas la
puissance"..."Elizabeth Norberg-Schulz développe un art
vocal exact et touchant, mais trop modeste eu égard au
rôle d'Asteria...A la tête d'un efficace English
Concert, Trevor Pinnock demeure bien réservé et use
sans cesse de choix moyens en termes de tempo, d'articulation et
de dynamique..."
- Altamusica - Une tamerlongueur de Trevor
Pinnock - 21 juin 2001
"Le plateau du
Théâtre des Champs-Élysées est presque
vide, de grands panneaux aux couleurs dorées ou mates
découpant le fond noir, un seul accessoire occupant le
centre de ce même plateau : le trône de Tamerlan,
symbole d’une autorité absolue et capricieuse, qui
pèse de tout son poids sur l’ensemble de l’opéra. De
chatoyantes couleurs que viennent rehausser de très beaux
éclairages. La volonté esthétisante ne fait
d’emblée aucun doute, d’autant que les costumes
signés Judy Levin sont au diapason, leurs
exubérances raffinées s’insérant
somptueusement dans les décors. Mais l’exubérance
s’arrête là. Côté jeu d’acteurs, on
trouvera difficilement plus simple : les chanteurs parcourent
élégamment la scène, mais avec une
économie de gestes qui finit par lasser. Bref, l’ensemble
est insuffisant pour traduire les fulgurances de cette histoire
d’esclavage et de haine, au point de passer outre à
plusieurs reprises les règles traditionnelles de l’opera
seria. Même la fameuse scène du suicide de Bajazet,
dont les paroles sont d’une violence rare, se diluera comme un
nuage de lait dans une tasse de thé. Faut-il remercier
Jonathan Miller de son attention aux chanteurs ? Certes, aucun n’a
à se battre contre le décor ou une gesticulation
intempestive, tel que cela fut le cas pour Ariodante au Palais
Garnier, chacun se trouvant judicieusement placé sur le
devant de la scène pour aborder ses airs.
Et l’on perçoit
alors le vrai problème de cette production : une
scénographie si sobre aurait eu quelques chances de trouver
sa justification si elle s’était appuyée sur une
distribution éblouissante, ce qui fut loin d’être le
cas. On attendait beaucoup de Monica Bacelli en Tamerlan. Cette
belle chanteuse possède une voix dorée, un chant
d’une belle tenue, mais nullement les graves de son rôle,
alors même que sa virtuosité pourtant reconnue ne
s’inscrit pas tout à fait dans ce que demande le chant
haendelien. Elle ne doit son salut, dans le redoutable A dispetto,
qu’au tempo raisonnable adopté par le chef. Par ailleurs,
elle utilise étrangement et abondamment la voix
parlée dans ses récitatifs, assurément pour
les animer et pour traduire la psychologie tyrannique et
névrosée de l’empereur : l’effet n’en reste pas
moins dérangeant. Si le chant est un peu plus
désordonné (des vocalises fougueuses mais à
la justesse approximative, un legato perfectible), sa compatriote,
Anna Bonitatibus, apporte par son abattage un relief inattendu
dans le rôle un peu ingrat d’Irene, tout comme Antonio
Abete, dont la basse profonde rend saisissante sa courte
intervention en Leone. Le couple d’amoureux n’est guère
satisfaisant : Graham Pushee en Andronicus est certes musicien,
mais les intentions sont trahies par un timbre peu amène,
voire insupportable dans le bas medium, alors qu’Elizabeth
Norberg-Schulz ne peut proposer qu’une Asteria monochrome, au
timbre assez agréable, homogène mais sans les mille
couleurs nécessaires, privée en outre dans les da
capo de toute aisance par un sens rythmique approximatif. Et
Bajazet, sur qui repose la plus grande partie de l’action
théâtrale ? La voix barytonnante de Thomas Randle
donne une épaisseur appréciable au personnage,
même si sa jeunesse, de voix et de physique, contredit
quelque peu ses intentions. Ce qui manque cependant, encore une
fois, c’est l’intensité, particulièrement dans la
scène du poison qui reste l’un des moments les plus
virulents de tout l’operia seria. À sa décharge, il
n’est guère aidé par un Trevor Pinnock au diapason
de son metteur en scène : quel dommage qu’il n’ait su mieux
utiliser les qualités d’un orchestre magnifique, l’un des
meilleurs qu’on ait entendu cette saison au Théâtre
des Champs Élysée. De jolies choses donc, là
où on attendait du sang et des larmes. Ainsi traité,
l’opera seria n’exibe guère que ses
longueurs."
- Opéra International - juin 2001 -
Trevor Pinnock - "Tamerlano aux Champs
Elysées"
- Cadences - juin 2001 - Les audaces de
Tamerlan
- Concerto.net - 18 juin 2001
"Où est le metteur
en scène ? Virtuellement absent. Peut-être à
cause du calcul des décalages horaires. Il ne s’agit plus
de minutes, voire de quelques heures. Non : quelques centaines
d’années. Tant pour la non-mise en scène que pour le
« décor » - ah bon c’est un décor ? Et
Bibiena, qu’est-ce que c’est alors, de la science-fiction ? Une
fois de plus non ! Ca ne passe pas et ça ne passera pas. Le
public est pris pour un idiot - ce qu’il était
peut-être, d’ailleurs, ce soir là : applaudissement
irritants et systématiques après chaque air. Nous
disions donc, non-mise en scène. Mais comment est-il
possible d’évacuer encore plus la mise en scène que
dans une version de concert ? Le concepteur de cette soirée
en a le secret. Les participants sont pourtant contents
d’être là, ils y mettent du leur : mais justement, il
n’y a pas de place pour le soi. Non seulement la direction des
acteurs-chanteurs et la mise en scène sont inexistantes,
mais en plus néfastes, elles coupent toute
velléité de drame, et même de scène,
tout simplement. L'essence du théâtre, enfin ! Quand
l’ascèse est supposée coller à Haendel …
Alors pour Tamerlano, on repassera, car la révolution quasi
«copernicienne » provoquée, dans le domaine de
l’opéra du XVIIe - XVIIIe, par des chefs tels Marc
Minkowski est restée lettre morte pour cette production. Il
n’y a pas de Tamerlano, et pas plus du côté de la
voix elle-même de Monica Bacelli : faible, peu de
projection, aucune hargne dans le « A dispetto », tout
au plus une ritournelle de chien dressé. Car on essaye de
le dresser, cet opéra. Pour qu’il rentre dans l’absence, et
sorte de la scène. Drame en chambre aseptisée.
Peut-être qu’on pourrait attraper un encéphalite
dramatiforme ? Alors, s’il vous plaît, pas trop de
sensations, juste ce qu’il faut pour une petite soirée
huppée et « charmante ». Tamerlano n’est donc
plus un valeureux et terrifiant prince guerrier, mais une petite
icône virtuelle et musicale qui réconforte, comme
celle des téléphones portables. Surtout pas de vent,
celui de la tempête Haendel. Pas de violence, pas de
méchanceté. On s’excuserait presque de traduire et
surtitrer un opéra qui parle de tyran, de viol, de
masochisme, de tentative assassinat, d’humiliation, de mort
violente (suicide). Exit les jouissances noires de cette
pièce strictement contemporaine du Giulio Cesare in Egitto.
Le metteur en scène est-il fictif ? Efficacité
fictive pour mise en opéra fictive. Un comble pour un lieu
de théâtre … Un Tamerlano gentillet, un Bajazet
piètre comédien, un Bajazet qui n’est pas fou dans
sa magnifique et inouïe scène de folie,
inspirée à Haendel par Borosini, le Bajazet de la
création londonienne. Ecoutez Nigel Robson dans la version
« live » de John Eliot Gardiner ! (captée
à Cologne, en juin 1985 et éditée chez
Erato). Avec Miller, et les chanteurs, pas plus de Bajazet que de
Tamerlano. Voyons la suite. Andronico était un rôle
tenu (lors de la création) et écrit pour Francesco
Bernardi, célèbre encore aujourd’hui sous le nom de
Senesino, un des plus grands castrats européens. Toute la
première partie lui est presque consacrée. On se
souvient toujours de Senesino, mais on a déjà
oublié Graham Pushee au timbre instable, ingrat et au
legato douteux. Dans cette production, on a les deux moyens pour
pallier le défaut de castrat : une femme, mezzo
(Tamerlano), un countertenor (Andronico). Mais on a aussi deux
échecs : une femme sans puissance, et un countertenor
moyen. Résultat pour les deux grands rôles :
néant ! On pense en vain à ce que pourraient faire
de grande contraltos ou mezzos. Les aléas de la
distribution … au moins ils sont là - pas d’emploi fictif .
Si les grands ne brillent pas (ils sont pourtant, aussi fait pour
cela), les « seconds » rôles sont excellemment
tenus par une Elizabeth Norberg-Schulz au timbre royal et à
l’interprétation nuancée, une Anna Bonitatibus qui
campe avec énergie et aplomb une Irène comme on
aimerait en voir souvent. Encore faut-il signaler la relative
unité du plateau quand au projet musical, unité que
l’on retrouve dans l’orchestre, et qui est une des
spécialités reconnues de Trevor Pinnock qui sauve
presque l’absence de drame par l’interprétation plus
qu’honorable de la partition : même si l’orchestre ne sert
pas toujours le drame, il est parfait de son et de finesse d’un
bout à l’autre."
"Qui a assisté aux
premières représentations de cette production, demeure
saisi moins par la mise en scène, plutôt inexistante,
que la bravoure vocale des solistes. De fait, un décor fixe
malgré son antique et noble dorure, enracine les personnages
de cette tragédie au premier plan, tel un bas relief vivant
où la science des éclairages n’a de cesse de sculpter
la beauté des costumes. Mais l’essentiel est ailleurs : dans
le flot jaillissant et déclamé du chant des
protagonistes qui tous, à leur façon, disent la
solitude et l’injustice. Deux rôles se taillent la part belle
du livret, digne réminiscence d’une tragédie Racinienne
: Andronicus, vassal de l’empereur perse Tamerlan est le secret amant
d’Asteria. Bajazet, coulé dans une étoffe d’airain,
inflexible vaincu, dont la mort, déplacée hors
scène dans l’inexplicable « mise en scène «
de Jonathan Miller, est le point extrême de la tragédie.
Son lamento funèbre démontre avec quel génie
Haendel s’attaque alors à la forme même de
l’opéra seria, en particulier à la succession
desséchante récitatif/aria. Il n’hésite pas
à la réformer, la ciseler selon l’articulation du
texte, à la transformer en une succession ininterrompue
d’arias languissants, de récitatifs accompagnés, qui
mêlent avec relief et ductilité, chant et musique. Les
deux rôles sont parmi les plus émouvants composés
par Haendel, pour voix de contre ténor et de ténor.
Respectivement, Graham Pushee que l’on appréciait
déjà dans les productions vénitiennes de
René Jacobs, et Thomas Randle sont les vraies étoiles
de la partition. Qu’avons-nous en face? Un trio féminin plus
contrasté : trop frêle Tamerlan, la mezzo-soprano Monica
Bacelli n’arrive pas à convaincre ; davantage présente
vocalement Elizabeth Norbert-Schulz incarne une Asteria fière
et tendrement attachée à son père Bajazet. La
surprise vient des deux rôles associés, Irène et
Leone. Le premier permet à la jeune mezzo-soprano italienne
Anna Bonitatibus d’occuper le devant de la scène : chacune de
ses apparitions vocales embrasent la salle et gageons que nous la
retrouverons très bientôt dans des rôles plus
consistants. Le second rôle est confié à la basse
Antonio Abete dont le seul air - et quel air !- ferait oublier tout
ceux qui l’ont précédé."
- Florence - Mai Musical
Florentin - Teatro della Pergola - 8, 10, 12, 15, 17,
19 mai 2001 - dir. Ivor Bolton - mise en scène Graham Vick
- décors Richard Hudson - avec Monica Bacelli (Tamerlano),
Bruce Ford (Bajazet), Elizabeth Norberg-Schulz (Asteria), Sara
Mingardo (Andronico), Laura Polverelli (Irene), Umberto Chiummo
(Leone)
"...un sompteux Tamerlano, qui
a remporté un succès triomphal...Tous les chanteurs
sont excellents, de Bruce Ford, impeccable Bajazet, à Sara
Mingardo et Monica Bacelli qui évoquent les prouesses de
l'âge d'or des castrats. Elizabeth Norberg-Schulz donne vie
à la figure d'Asteria, Umberto Chiummo complétant
dignement la compagnie, sous la direction soignée et
précise d'Ivor Bolton...Un spectacle d'une aristocratique
beauté , celle-là même dont l'opéra de
Haendel célèbre l'apothéose." (Opéra
International - octobre 2001)
- Bruxelles - Palais des
Beaux Arts - Paris - Cité de la Musique - 16
septembre 2000 - version de concert - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - avec Bejun Mehta,
Delphine Haidan, Kobie Van
Rensburg, Sandrine Piau, Sylvie Althaparro, Riccardo
Novaro
- Drottningholm -
Slottstheater - 29 juillet, 1er, 3, 5, 7, 9,
11, 13 août 2000 - The Drottningholm Theatre Orchestra -
dir. Christophe Rousset - mise en scène Audi - avec Bejun
Mehta (Tamerlano), Anthony Rolfe Johnson (Bajazet), Sandrine Piau
(Asteria), Anna Larsson (Andronico), Kristina Hammarström
(Irene), Lars Arvidson (Leone)
- Festival International de
Musique Baroque de Beaune - Cour
des Hospices - 8 juillet 2000 - version de concert - Les Talens
Lyriques - dir. Christophe Rousset - avec Brian Asawa, Kobie Van
Rensburg, Karina Gauvin, Bejun Mehta, Delphine Haidan, Riccardo
Navaro
- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 19, 21 janvier,
23 mars 2000 - dir. Wen-Pin-Chien - mise en scène David
McVicar - avec Andrea Baker (Tamerlano), Ruben Broitmann
(Bajazet), Kristina Hammaström (Andronico), Elena Brilova
(Asteria), Lisa Griffith (Irene), Tobias Hieronimi
(Leone).
"Nous voici devant un
modèle de production haendelienne, dans laquelle les chanteurs
jouent avec une conviction dramatique bouleversante"..."McVicar, l'un
des rares metteurs en scène à faire entièrement
confiance à la musique, n'a pas peur de
l'immobilité"..."Le décor est unique, le palais en
ruines du sultan ottoman Bajazet, récemment conquis par le
Tartare Tamerlan"..."Düsseldorf a choisi de jouer l'opéra
avec un orchestre moderne que Wen-Pin Chien dirige d'une baguette
sûre et sensible"..."dans le rôle-titre, la mezzo-soprano
américaine Andrea Baker impose une belle personnalité
dramatique". (Opéra International - juin
2000)
- Koblenz - Theater der
Stadt - mai 1999 - dir. Thomas Eitler - mise en
scène Georges Delnon - avec Simone Kermes (Asteria),
Cynthia Grose (Irene), Matthias Koch (Tamerlano), Martin
Wölfel (Andronico), Wei-Long Tao (Bajazet), Lukas Battis
(Leone)
- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 24 février, 7, 11, 19 mars, 6
mai, 8, 30 décembre 1998, 19 janvier 1999
- Düsseldorf Opernhaus
- 31 octobre 1997 - Düsseldorfer Symphoniker -
dir. Jonathan Darlington - mise en scène, décors et
costumes David McVicar - lumières Christian Tombeil - avec
Marta Marquez (Tamerlano), Annette Seiltgen (Andronico), Ruben
Broitman (Bajazet), E. Lee Davis (Leone), Alexandra von der Weth
(Asteria), Morenike Fadayomi (Irene).
- Turin - Teatro
Regio - 12, 14, 16, 18, 21, 23
septembre 1997 - production du Glimmerglass Opera - dir. Corrado
Rovaris - mise en scène Giorgio Gallione - avec Maria
José Trullu (Tamerlano), Furio Zanasi (Bajazet), Patrizia
Ciofi (Asteria), Sara Mingardo (Andronico), Marianne Kulikova
(Irene), Antonio Abete (Leone).
"Carlo Majer, directeur du
Regio, a opéré de larges coupures...qui
répondent au souci de faciliter l'accès du public
à un répertoire dont il n'est pas véritablement
familier"..."Le rôle de Bajazet trouve en Furio Zanasi un digne
interprète"..."Le reste de la distribution fait preuve de
bonne volonté, à comencer par Maria José Trullu,
en nets progrès techniques. Patrizia Ciofi convainc en
Asteria"..."L'élément le plus satisfaisant
côté féminin demeure Sara Mingardo, beau et
sonore mezzo-soprano"..."Corrado Rovaris dirige avec scrupule, mais
sans beaucoup de variété" (Opéra International -
novembre 1997)
- Cooperstown - Opéra
de Glimmerglass (Etats Unis) - 10
août 1995 - dir. Jane Glover - mise en scène Jonathan
Miller - décors John Conklin - costumes Judy Levin - avec
David Daniels (Tamerlano), Dana Hanchard (Asteria), Phyllis
Pancella (Irene), Jonathan Peter Kenny (Andronico), Beniamin
Butterfield (Bajazet), Stephen Morscheck (Leone)
"...l'opéra subit malheureusement ici des
coupures drastiques : au moins deux douzaines d'arie disparaissent,
ou perdent une partie de leur musique. La structure dramatique
s'effondre et l'exécution finit par ressembler à une
succession d'extraits, enchaînés sans aucun souci de
cohérence. Jane Glover, directeur musical de l'English
National Opera, n'arrange rien au pupitre son unique souci est de
mettre l'accent sur la répétition de certaines cellules
rythmiques, au détriment de la continuité du
discours...Une mise en scène efficace aurait pu sauver la
situation, mais Jonathan Miller fige chacun des tableaux dans des
postures savamment étudiées, les costumes d'inspiration
orientale de Judy Levin flattant fort peu les protagonistes. Deux
éléments se détachent de la distribution : le
falsettiste David Daniels, qui met au service de Tamerlano un
isntrument flexible et homogène, et la mezzo-soprano Phyllis
Pancella, qui parcourt avec conviction la gamme des sentiments de la
princesse Irene. La soprano Dana Hanchard en revanche, au registre
aigu fragile, paraît trop tendre pour Asteria." (Opéra
International - octobre 1995)
- Leeds - Opera
North - 2, 4, 7, 8 octobre 1993 -
Sunderland - 14 octobre 1993 - Manchester - 21
octobre 1993 - Nottingham - 29
octobre - dir. Goodmaan - mise en scène Prowse - avec Rosa
Mannion, Patricia Bardon, Graham Pushee, Christopher Robson,
Philip Langridge
- Halle -
Opernhaus - 5 juillet
1993
- Karlsruhe - 13, 16, 19 et 24 février 1993 - dir. Roy
Goodman - mise en scène Jean-Louis Martinoty -
décors Miodrag Djuric - costumes Renate Scmitzer - avec
Drew Minter (Tamerlano), Christopher Robson (Andronicus), Adrian
Thompson (Bajazet), Sandra Moon (Asteria), Clara O'Brien
(Irene)
"Insistant tant par son jeu
que par son chant sur le côté séducteur de ce
rôle éclatant, Drew Minter a séduit, parvenant
à faire passer quelque chose de l'ambiguïté du
personnage. Christopher Robson, dans le rôle du confident
Andronicus, était bien près de l'égaler dans
l'éclat et la vaillance. Adrian Thompson a chanrté
Bajazet avec un art subtil de la caractérisation qui compense
quelques insuffisances vocales. Sandra Moon (Asteria) et Clara
O'Brien (Irena) ont en revanche eu beaucoup de peine à sortir
de l'ombre. Roy Goodman a su conférer la tension
nécessaire..." (Opéra International - mai
1993)
- Halle - Festival
Haendel - 1991 - dir. Christian
Kluttig - mise en scène Peter Konwitschny - décors
Helmut Brode - costumes Andrea Eisensee et Anne Grimm
- Halle - Festival
Haendel - 1990 - dir. Christian
Kluttig - mise en scène Peter Konwitschny - décors
Helmut Brode - costumes Andrea Eisensee et Anne Grimm - avec Axel
Köhler (Tamerlano)
- Opéra de
Lyon - 11, 13, 15, 17 et 18 mars 1985 -
première représentation en France - English Baroque
Soloists - dir. John Eliot Gardiner - mise en scène Antony
Besch - décors, costumes Robin Don - avec Nancy Argenta,
Michael Chance, Judith Malafronte, Derek Ragin, Nigel Robson,
René Schirrer
- Opéra
International - mars 1985 -
Tricentenaire Haendel - Tamerlano
à Lyon
- Bloomington -
1985 - première exécution aux Etats Unis, en
anglais
- Halle - Festival Haendel
- 1985 - production Opera North
Leeds
- Leeds - reprise
à Berlin - Komische Oper
- 20 février 1985 - Opera
North Leeds - dir. Clive Timms - mise en scène Philip
Prowse - avec Sally Burgess (Andronico), Richard Morton (Bajazet),
Felicity Palmer (Tamerlano), Eidween Harrhy (Asteria), Wendy Verco
(Irene), Sadvidge
"...Une perspective d'escalier
monumental, surplombé d'une entrée solennelle
encadrée de deux chevaux sur leur socle...Tout est d'un gris
magnifiquement éclairé par Durham Marenghi...Clive
Timms, véritable cheville ouvrière d'un spectacle sans
temps mort...Felicity Palmer est Tamerlano, d'une totale
maîtrise vocale...la jeune mezzo Sally Burgess, au timbre d'une
couleur chaude et sombre très séduisante...Eidween
Harrhy, aux coloratures infatigables..." (Opéra International
- avril 1985)
- Paris -
Conciergerie - Festival
d'Instruments Anciens - 13 février 1983 - dir. Jean-Claude
Malgoire - avec Henri Ledroit (Tamerlano), John Elwes ( Bajazet),
Gregory Reinhart (Leone), René Jacobs
(Andronico)
- Festival
d'Edimbourg - 1982 - Welsh
National Opera - dir. Julian Smith - avec Eiddwen Harrhy, Caroline
Baker, Robin Philip-Oliver, Brian Gordon, Anthony Rolfe-Johnson,
Peter Savidge
- Batignano - 1976 - avec Eiddwen Harrhy, Rachel Gettler,
Alexander Young
- Birmingham - Barber
Institute of Fine Arts - 21, 22
mars 1962 - première reprise en Angleterre - version en
anglais de Nigel Fortune et Brian Towell - dir. Anthony Lewis -
avec Catherine Wilson, Patricia Clark, Janet Baker, Alexander
Young, Raymond Hayter, Geoffrey Walls
- Halle - Festival Haendel
- 1958 - Landestheater Halle -
dir. Horst Tanu Margraf - mise en scène Wolfgang Gubisch -
décors et costumes Rolf Döge
- Halle - Festival Haendel
- 1957 - Landestheater Halle -
dir. Horst Tanu Margraf - mise en scène Heinz Rückert
- décors et costumes Rudolf Heinrich
- Halle - Festival Haendel
- 1940 - 1952 - Orchestre du Landestheater Halle - dir.
Horst Tanu Margraf - mise en scène Siegmund Skraup -
décors et costumes A. Longenbeck - version en allemand
adaptée par Hermann Roth et Siegmund Skraup
- Karlsruhe - 7 septembre 1924 - première reprise
à l'époque moderne, en allemand, dans une version
révisée par Rudolph et Hermann Roth
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