MARC ANTONIO E CLEOPATRA

COMPOSITEUR

Johann Adolf HASSE
LIBRETTISTE

Francesco Ricciardi

Serenata à deux voix, sur un livret de Francesco Ricciardi.

Quoique composée à l'occasion de la nomination du compositeur au poste de maître de chapelle à Dresde, elle fut créée à Naples en septembre 1725, où elle remporta un énorme succès. Le castrat Farinelli, alors âgé de 20 ans, chantait le rôle de Cléopâtre tandis que Vittoria Tesi, célèbre contralto, interprétait celui de Marc Antoine.

 

"C'est avec cette sérénade que le jeune Hasse conquit le public napolitain et commença à se faire connaître dans l'Europe entière. Hasse avait alors à sa disposition deux chanteurs exceptionnels, alors à leurs débuts : le castrat Farinelli et la fameuse contralto Vittoria Tesi. Avec de tels solistes, Hasse a pu donner libre cours à son imagination et se livrer à un véritable feu d'artifice de virtuosité." (Radio Classique)

 

"Marc' Antonio e Cleopatra, "serenata" de Johann Adolf Hasse, est un feu d'artifice éblouissant de virtuosité vocale, un modèle exemplaire de la vocalità italienne du XVIIIe siècle. Le genre de la 'serenata' n'ayant aucune ambition théâtrale et n'ayant donc jamais fait l'objet d'une interprétation scénique, c'est sous forme de tableau que l'oeuvre de Hasse nous présente l'amour entre Marc Antoine, gouverneur romain, et Cléopâtre, reine d'Égypte; le temps y est mis en suspens. Si cet ouvrage ne fait appel qu'à deux chanteurs, un ensemble de cordes et un hautbois, il témoigne néanmoins d'une grande diversité musicale grâce à l'alternance entre arias rapides et lamentos, grâce aussi à l'écriture harmonique typique du jeune Hasse. Bien que cet oeuvre fût composée à l'occasion de la nomination du compositeur au poste de maître de chapelle à Dresde, elle fut créée à Naples où elle remporta un énorme succès. Le castrat Farinelli, alors âgé de 17 ans, chantait le rôle de Cléopâtre tandis que Vittoria Tesi, célèbre contralto, interprétait celui de Marc Antoine." (La Monnaie - présentation)

 

"La sérénade de Hasse fut créée à Naples, en septembre 1725, par deux personnalités exceptionnelles, à l'aube d'une éblouissante carrière : Farinelli, âgé de vingt ans, campait la reine d'Égypte, et Vittoria Tesi, future abonnée aux rôles travestis, prêtait sa voix " de contralto forte et masculine" (Burney) au rival d'Octave. Entre héritage scarlattien et inspiration galante, l'ouvrage n'est pas révolutionnaire, mais il témoigne du solide métier du compositeur qui remporta un vif succès et reçut commande d'un opéra pour la cour de Naples (Hasse ménage quelques allusions flatteuses à l'empereur Charles VI et à son épouse Élisabeth dans le livret de la sérénade)." (Forum Opéra)

 

 

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"Propulsée sous le feu des médias européens grâce à un récital consacré au répertoire du plus célèbre castrat ("Arias for Farinelli" chez Harmonia Mundi), Vivica Genaux se produisait pour la première fois à la Monnaie. C'est peut-être la beauté racée de son visage, mise en valeur par une coupe à la garçonne, le grain corsé, charnel et ambigu de son mezzo, allez savoir ! toujours est-il qu'on se surprend immédiatement à vouloir aimer cette chanteuse, dût-elle se révéler décevante. Phonogénique, la voix passe moins bien sur scène et paraît plus menue, le grave devrait s'étoffer, le trille gagner en variété, mais c'est surtout l'artiste qui se fait désirer. Même cette partition, a priori plus spectaculaire que bouleversante, lui offre l'occasion d'exploiter ses ressources expressives ; or, c'est la retenue qui prévaut, les affects sont à peine esquissés, alors qu'une réelle sensibilité affleure au détour d'une inflexion mieux sentie... Une méforme, légère mais perceptible, n'y est sans doute pas étrangère. La virtuose est plus à son affaire, mais, là encore, l'audace fait défaut. Néanmoins, la magie du timbre, le magnétisme - même affaibli - de la cantatrice et son potentiel excitent notre imagination : à quand une reprise du Solimano de Hasse, ressuscité par Jacobs au Staatsoper de Berlin ? A moins que le chef n'exhume une des nombreuses partitions du Saxon qui sommeillent encore...

Prudente, puis de plus en plus à l'aise dans la vocalisation, Laura Aikin a l'émission franche et l'aigu brillant ; dommage qu'elle n'ait qu'une couleur à faire entendre, claire et crue, et qu'elle se contente souvent de surligner le texte. Il faut dire aussi, à sa décharge, que nous attendions la plus délicieuse des Cléopâtre, hier Poppée glamoureuse (Agrippina), Sémélé ensorcelante ou sublime Angelica (Orlando) : Rosemary Joshua, qui a déclaré forfait. Contre toute attente, Laura Aikin sait pourtant se détendre et renoncer à ce chant droit, éclatant de santé, mais peu subtil, pour déployer des trésors de finesse dans sa grande aria di paragone ("Qual candido armellino"), où Cléopâtre se compare à la blanche hermine qui s'abandonne avec noblesse au chasseur. Malheureusement, le dialogue ne semble jamais vraiment se nouer au fil des récitatifs et les duos juxtaposent les solistes sans qu'ils se rencontrent. Il y a fort à parier que René Jacobs signe l'ornementation des reprises, laquelle se caractérise une fois encore par son originalité et son élégance. Comme chacun sait, le maestro est d'abord un chanteur et respire avec ses solistes. Sans surprise, l'accompagnement du Concerto Köln se montre efficace et parfaitement à l'écoute des divas du jour. " (Forum Opéra)

 

"Créée avant la période dresdoise (en 1725), la sérénade "Marc’Antonio e Cleopatra", qui narre le retour de Marc-Antoine en Egypte après le désastre d’Actium, réunit précisément Farinelli dans le rôle de Cleopatra et Vittoria Tesi dans celui de Marc’Antonio, inversion des sexes dont l’opéra baroque était friand.

Si le livret ne possède aucun ressort dramatique, il sert parfaitement un déploiement luxurieux de pyrotechnie vocale. Les enjeux sont donc simples, et en même temps insolubles. Cette musique est en effet taillée sur mesure pour des personnalités qui appartiennent à l’histoire de la virtuosité vocale et dotées de talents que notre époque ne peut qu’imaginer. Comment donc trouver deux interprètes capables d’assumer des partitions ébouriffantes, aux lignes vocales très irrégulières jusque dans les moments de haute vélocité, et nécessitant de surcroît une maîtrise achevée des techniques de chant baroque, en particulier un art de l’ornementation sans faille ? René Jacobs connaît son opera seria, et, souvent irréprochables, ses choix méritent une attention particulière. Pour le concert du Théâtre des Champs-Élysées, il a fait appel à deux chanteuses canadiennes. Que dire d’Isabel Bayrakdarian ? Artiste sans doute honorable mais désarmée face aux airs destinés à Farinelli, elle suffit à peine à donner une idée de ce que pouvait être l’art du castrat. Le tempérament n’est pas en doute, ni un timbre assez lumineux. Mais l’auditeur reste perplexe face aux approximations du récitatif, à des vocalises soudainement ouvertes et qui produisent des effets de "miaulements" pénibles, ainsi qu’à des aigus souvent criés. Si elle jouit d’une carrière ascendante grâce à une silhouette avantageuse qui lui permet les rôles de primo uomo, sa compatriote Vivica Genaux n’est pas plus à son aise. Le timbre est voilé et sans réel apprêt, la vocalisation certes agile trop mécanique et parfois imprécise. Sans doute poussées par maître Jacobs, les deux artistes ont consenti un effort louable dans l’ornementation, et il est suffisamment rare, par exemple, d’entendre des trilles pour que l’on ne s’en réjouisse pas. Mais le trille de la soprano se fond très vite dans un vibrato serré et celui de la contralto n’est techniquement pas encore maîtrisé. De ce fait, René Jacobs eut beau s’affairer, avec en particulier une belle mise en relief des pupitres, l’énergie qu’il déploie ne peut pallier les déficiences de ses chanteuses : à quoi bon déployer dès lors, sa science de ce répertoire, donner un aperçu fidèle d’une écriture orchestrale riche et originale à plus d’un titre ? On voit mal qui, hormis les inévitables Bartoli ou Dessay, pourrait rendre justice à de si périlleux défis. En outre, si les difficultés rencontrées par les solistes étaient prévisibles, les imperfections du Concerto Köln ont grandement surpris. Peut-être par manque de répétition, l’ensemble, qu’on découvre généralement étourdissant de cohésion, a surpris par des attaques imprécises et une justesse pas toujours immaculée. Fort heureusement, la phalange allemande a compensé cette déception par un son large, délivrant une leçon d’enthousiasme qui a rempli sans peine une grande salle des Champs-Élysées par ailleurs loin d’être comble. " (Altamusica - 6 avril 2001)

 

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