Opéra en trois
actes, sur un livret de Métastase, créé dans une
première version au Teatro Argentina de Rome, le 28 janvier
1747. Cette première édition se distingue par un
récitatif accompané d'une grande intensité
dramatique dans la scène finale du suicide.
Il fut remanié pour le
Hoftheater de Vienne le 8 décembre 1749, dans une distribution
réunissant Maria Masi Giura (Didon), le castrat
Giuseppe Aprile (Enée), Arcangela Cartoni (Iarba), Monica
Buonani (Selene) et Pietro Senti (Araspe). Métastase estime,
dans une lettre, que l'exécution fut "pleine de grâce,
de profondeur, de nouveauté, d'harmonie et, par-dessus tout,
d'expression".
Il fut enfin exécuté au Théâtre ducal
de Stuttgart, le 11 février 1763, dans une troisième
version dont on a seulement conservé la partition pour
clavecin, incomplète.
Personnages : Didone, reine de Carthage,
éprise d'Énée (soprano), Enea, Troyen (soprano),
Selene, soeur de Didon, éprise en secret d'Énée
(soprano), Iarba, roi des Maures, sous le nom d'Arbace
(ténor), Araspe, confident d'Iarba, épris de Selene
(soprano), Osmida, confidente de Didon (alto)
Synopsis
Acte I
Salle des audiences dans le
palais de Carthage
Enée avoue à
Sélène, secrètement éprise de lui, et
à Osmide qu'il a décidé, malgré tout son
amour et sa gratitude, d'abandonner Didon pour obéir à
l'Ombre de son père, mais il n'ose lui annoncer lui-même
sa résolution. Arrive alors au palais Jarba, roi des Maures,
qui se fait passer pour son ministre Arbacès. Il rappelle
à la reine qu'elle avait repoussé les avances de Jarba
sous prétexte de rester fidèle à son
défunt époux, alors qu'elle s'apprête maintenant
à épouser Enée. Il lui propose, de la part du
roi, de conclure la paix en lui accordant sa main et la vie
d'Enée. Comme Didon refuse dédaigneusement, Jarba
médite une vengeance, avec l'aide d'Osmide, qui veut s'emparer
du trône. Il ordonne donc à son ministre Araspe de tuer
Énée par traîtrise, mais Araspe se dérobe,
tout en assurant Jarba de sa fidélité. Le roi essaie
alors de se débarrasser d' Enée lui-même, mais il
est désarmé par Araspe. Ce dernier, surpris avec le
poignard de son maître, est arrêté sur ordre de
Didon. Énée, resté seul avec la reine, lui avoue
qu'il a décidé de partir. Devant l'indignation de
Didon, qui lui reproche son ingratitude, il faiblit et revient sur sa
résolution.
Acte II
Les appartements
royaux
Araspe, remis en liberté,
déclare son amour à Sélène, qui lui
répond qu'elle aime un autre homme. Énée, quant
à lui, est accusé de déloyauté
aprés avoir généreusement demandé
à Didon la grâce de Jarba. Celui-ci, reconnu et
arrêté, a d'ailleurs déjà
été libéré par Osmide. Enée
s'apprête à se battre en duel avec Araspe lorsque
Sélène intervient pour les séparer. La reine
fait appeler Énée et feint d'accepter la demande en
mariage du roi des Maures : devant la réaction du
héros, elle avoue avoir menti et revient sur sa promesse.
Jarba jure de se venger.
Acte III
Le port
Énée
s'apprête à partir lorsqu'il est rejoint par Jarba et
une troupe de Maures. Une bataille s'engage entre Troyens et Maures,
tandis qu'Enée et Jarba se battent en duel. Jarba,
désarmé, est épargné par Enée.
Sélène accourt pour essayer de retenir le héros,
lui avouant son amour. Mais plus rien ne compte désormais pour
lui que la gloire. Il part. Entre-temps la ville et le palais sont
dévorés par l'incendie allumé par Jarba. Didon
refuse encore une fois les propositions du Maure et, apprenant
à la fois la trahison d'Osmide et l'amour de sa soeur pour
Enée, se jette dans le brasier. Le drame s'achève sur
l'apparition du dieu Neptune.
(Dictionnaire chronologique de
l'Opéra - Le Livre de Poche)
"Jommelli a composé
cette Didone abbandonata pour Rome, en 1747, puis
révisé la partition pour Vienne, deux ans plus tard, et
offert finalement se version définitive à Luswigsburg,
en 1763. Le livret - le tout premier écrit par
Métastase dans le genre serio, et probablement le seul
à comporter une fin tragique -, a été cher au
coeur de la plupart des musiciens baroques...Afin d'échapper
aux règles très strictes du théâtre de
l'époque et donner à la partition une pulsation plus
soutenue, Jommelli modifie - sans doute avec l'aide de Mattia Verazi
- la fin des deux premiers actes (y incluant un duetto et un
terzetto), laissant uniquement Didon s'exprimer seule à la fin
du troisième acte, dans une page d'une mémorable
facture." (Opéra International - juin 1996)
Pour en savoir plus :
Lugo - Teatro Rossini
- 23 janvier 1992 - Reggio
Emilia - Teatro Romolo Valli - 2 février 1992 -
dir. Amedeo Monetti - mise en scène Pier Luigi Cervellati -
costumes Mariangela Capuano - avec Maria Angeles Peters (Didone),
Adriana Cicogna (Enea), Alessandra Rossi (Selene), Gabriella
Brancaccio (Araspe), Ezio Di Cesare (Iarba)
"La verdeur de certains
timbres, les carences techniques de certaines émissions, la
fragilité de certaines voix ou la timidité de certaines
inflexions ont donné une idée bien approximative de
cette période du bel canto...On regrette la suppression du
personnage de Neptune et du lieto fine...Marie Angelms Peters, mal
à l'aise dans les récitatifs, est une Didon aux prises
avec des problèmes techniques insupportables...Les
vociférations d'Ezio di Cesare appartiennent davantage
à l'école vériste...Amedeo Monetti n'a pas
spoécialement démontré ses affinités avec
cette école, contrairement au beau spectacle de Pier Luigi
Cervellati qui, grâce aux costumes de Mariangela capuano, a
traduit toute la spendeur de l'âge d'or du baroque avec
quelques notes de subtile ironie." (Opéra International - mars
1992)
Teatro Rossini
- juin 1991 - Version de Stoccarda de 1763 - Orchestra Sinfonica dell'Emilia-Romagna - dir.
Amedeo Moretti - mise en scène Pier Luigi Cervellati
- avec Maria Angeles Peters (Didone), Adriana Cicogna (Enea), Ezio
Di Cesare (Iarba), Alessandra Rossi (Selene), Gabriella Brancaccio
(Araspe), Nina Alessi (Osmida), Tino Bongiovanni, Maria Sistina
Bongiovanni, Levis De Ganello, Pier Gabriele Goidanich, Alessandro
Zama (Carthaginois et Troyens)