COMPOSITEUR
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Niccolo JOMMELLI
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LIBRETTISTE
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Pietro Metastasio
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Mélodrame en trois actes, sur
un livret de Métastase (1698 - 1782), créé
à Padoue, au Teatro Obizzi, le 13 juin 1743.
L'oeuvre fut modifiée pour
le Teatro Regio Ducale de Milan, le 27 janvier 1753, puis pour le
Hoftheater de Stuttgart en 1764, et enfin pour le Teatro San Carlo de
Naples, le 4 novembre 1770. Reprise à Lisbonne en
1775.
Personnages : Demofoonte, roi de Thrace, Dircea, épouse
secrète de Timante, Creusa, princesse de Phrygie, Timante,
suppposé prince héréditaire et fils de
Demofoonte, Cherinto, fils de Demofoonte, Matusio, père
supposé de Dircea, Adrasto, capitiane de la garde royale,
Olinto, enfant, fils de Timante
Synopsis
Démophon, roi de
Chersonèse de Thrace, doit chaque année sacrifier une
jeune vierge de son peuple. Il demande à l'oracle d'Apollon
quand prendra fin cette cruelle exigence. L'oracle répond :
"Quand l'innocent usurpateur d'un trône se connaîtra
lui-même." La suite de l'opéra donnera la solution de
l'énigme. Démophon a des filles, mais il les a fait
élever en lieu sûr, afin qu'elles échappent au
sacrifice. Son ministre Matusio, qui a lui aussi une fille,
Dircéa, veut faire de même, mais le roi, refusant le
tirage au sort, condamne la jeune fille. Il ignore toutefois que
Dircéa est mariée secrètement à son
propre fils, Timante, héritier du trône, à qui il
destine Creusa. Celle-ci est en fait aimée du fils cadet du
roi, Cherinto. Creusa, offensée du dédain de Timante,
veut s'en aller et repousser Cherinto. Démophon
découvre alors le mariage secret de Timante et Dircéa.
Il les condamne à mort, puis les gracie. Mais Matusio apprend,
par une lettre de sa défunte femme, que Dircéa n'est
pas sa fille, mais celle du roi : elle est donc la soeur de Timante.
Heureusement, celui-ci apprend d'un document laissé par sa
mère qu'il n'est pas fils du roi, mais de Matusio. Il peut
donc aimer Dircéa sans obstacle, mais la prophétie se
réalise : il était usurpateur sans le savoir, et le
sacrifice des vierges peut donc cesser. Démophon donne Creusa
pour épouse à Cherinto, son unique héritier
légitime. (Dictionnaire chronologique de
l'Opéra - Le Livre de Poche)
"Surprise d'emblée,
avec la première aria bipartite du protagoniste, fondée
sur le bithématisme dès la première section,
enrichie d'interjections à l'orchestre, émaillée
de pauses harmoniques recherchées, selon une articulation
proche de la sonate, très en avance par rapport aux
règles de l'époque en matière d'opéra.
L'ampleur de la réforme jommellienne ressort dans le
vertigineux deuxième acte (le premier s'était
terminé sur un authentique terzetto), ouvert, dans la
meilleure tradition, par un recitativo secco, mais qui se
développe sur un mode narratif d'une modernité
déconcertante, avec une utilisation exceptionnellement
expressive du recitativo obbligato. C'est lui qui soutient le
récit, qui lui donne une allure tour à tour
pathétique et réaliste, les arie - pour certaines
superbes -, ne s'éloignant pas des conventions de l'ère
baroque. Le duetto belcantiste de la dernière scène
annonce, par sa progression dans les sentiments et son pouvoir
d'évocation, certans ouvrages de Rossini." (Opéra
International - juillet/août 1995)
http://www.liberliber.it/biblioteca/m/metastasio/index.htm
Classique.news
Représentations :
- Salzbourg - Haus für
Mozart - 29, 30, 31 mai, 1er juin
2009 - Palais
Garnier - 13, 16, 18, 20,
21 juin 2009 - Ravenne - Teatro Alighieri
- 3, 5, 7 juillet 2009 -
Orchestra Giovanile Luigi Cherubini - dir. Riccardo Muti - mise en
scène Cesare Lievi - décors Margherita Palli -
costumes Marina Luxardo - lumières Luigi Saccomandi - avec
Dmitry Korchak (Demofoonte), Josè Maria Lo Monaco
(Timante), Valentina Coladonato (Cherinto), Antonio Giovannini
(Matusio), Maria Grazia Schiavo (Dircea), Eleonora Buratto
(Creusa), Valer Barna-Sabadus (Adrasto), Ginevra Mazzoni (Olinto)
- version de 1770 - nouvelle coproduction avec Festival de Ravenne
- Opéra National de Paris

- Forum Opera
- 13 juin 2009 - Muti imperatore
"Inspirée par la
tragédie antique, l'histoire de Demofoonte roi du
Chersonèse de Thrace qui doit chaque année sacrifier
une jeune vierge de son peuple, comprend comme cela se devait dans
l'opera seria une fin heureuse et une morale qui glorifie la justice
des souverains. Elle connut un succès tel qu'elle fut
utilisée par Vivaldi, Leo, Caldara, Gluck et Mozart qui, dans
un courrier adressé de Naples à sa soeur, disait de
Jommelli : "son style est beau mais trop élaboré et
démodé pour le théâtre".
Pour raconter cette intrigue
sur fond d'oracle, de sacrifice humain, d'amour caché et de
fausses identités, jusqu'à cette lieta fine attendue,
Jommelli invente une partition exigeante au style sûr et
très personnel. Si la forme où alternent
récitatif accompagné et aria s'avère parfois
contraignante, la spécificité de chaque morceau
longuement développé et redoutablement écrit,
dépeint avec acuité la psychologie des personnages,
sans que les vocalises n'apparaissent artificielles ou
décoratives.
A la fois serein et
concentré, Riccardo Muti sait utiliser le potentiel des jeunes
musiciens de l'Orchestre Luigi Cherubini (qu'il a fondé en
2004) réunis sur ce projet : on admire le geste constamment
fluide et précis, la pâte, la technique grâce
à laquelle le maestro imprime à ses pages ses
intentions et sa forte personnalité, soutient chaque
interprète et éclaire la musique de sa lumineuse
intelligence. Dmitry Korchak, entendu en septembre 2007 à la
Bastille dans Nemorino, s'empare ici du rôle-titre avec
beaucoup de courage et affronte sa partie avec une voix à
l'émission franche et une vocalisation adroite. Aussi
honorable scéniquement que son ennemi, le Matusio du
contre-ténor Antonio Giovannini se joue avec habilité
des difficultés dont hérite ce personnage, à la
différence de Valer Barna-Sabadus (Adrasto) dont l'instrument
aigrelet et la technique précaire frisent l'amateurisme. Sans
être exceptionnelle, la distribution féminine tient
dignement son rang. Maria Grazia Schiavo ne possède pas un
timbre unique, mais cette jeune artiste parfaitement
préparée, défend avec assez d'émotion et
de sang-froid Dircea, la jeune épouse secrète de
Timante, confié à la fougeuse mezzo-soprano José
Maria Lo Monaco qui peut compter tout au long de la soirée sur
la générosité et le soutien sans faille du chef
napolitain. La Creusa d'Eleonora Buratto parait souvent acide dans
l'aigu mais malgré quelques incertitudes vient au bout de sa
prestation, tout comme le valeureux Cherinto de Valentina Coladonato
à l'expressivité parfois hésitante.
Classique et d'une grande
élégance, la production de Cesare Lievi, proche dans
son esthétique et son raffinement des spectacles de Pier-Luigi
Pizzi et du couple Herrmann, avec ses colonnades et ses portiques
blancs inversés, ses lumières somptueusement
tamisées (Luigi Saccomodi), ses feuillages venus des cintres,
offre un admirable contrepoint visuel à cette pièce
majeure dont on se plait à suivre chaque rebondissement -
jusqu'aux plus improbables - et que l'on quitte plus que satisfait :
conquis."
- Concertclassic - Demofoonte au Palais Garnier -
Jommelli ou la fin d'un monde
"Riccardo Muti est l'un des
plus grands chefs d'orchestre actuels et il faut féliciter
Gerard Mortier d'avoir réussi à l'attirer pour la
première fois à l'Opéra de Paris pour sa
dernière saison. On regrettera seulement que l'illustre
maestro napolitain ne soit pas à la tête des forces
vives de la maison pour quelque grand opéra du
répertoire à la mesure de sa juste réputation.
Au lieu de cela, il est venu à Paris avec un spectacle clef en
main qui tourne en Europe du Festival de Pentecôte de Salzbourg
à celui de Ravenne cet été, Demofoonte de
Niccolo Jommelli, compositeur napolitain célèbre de son
vivant dans toutes les cours d'Europe.
En Napolitain cocardier, Muti
a opté pour la dernière version de l'ouvrage
destinée au Théâtre San Carlo de Naples en 1770.
N'empêche que ces 3h30 paraissent interminables et explique que
quatre ans plus tard Gluck venu à Paris à l'invitation
de son élève Marie-Antoinette, lancera sa fameuse
réforme de l'opéra. Dix ans plus tard, en 1780, c'est
Mozart qui révolutionnera et enterrera définitivement
le vieil opera seria avec son Idoménée. Si le sujet des
livrets reste toujours des princes et des reines qui ont des
malheurs, la musique parvient enfin à individualiser les
sentiments et à affirmer leur vérité au
détriment des coups de théâtre
téléphonés et de ces airs de fureur
obligés.
Ce Demofoonte illustre donc
à merveille l'état de décadence où
était tombé en près de deux siècles
l'opera seria italien depuis l'Orfeo de Monteverdi en 1607 ! Riccardo
Muti est à la tête de son Orchestre de Jeunes Luigi
Cherubini qui joue avec style et élégance, mais sur des
instruments modernes ce qui, par comparaison, accentue encore
l'aspect « vieillerie » d'une partition défendue par
une distribution jeune et fraîche, certes, mais dont la voix la
plus grave est le ténor qui défend le rôle-titre
! Ici, les princes sont travestis, les rois des hautes-contre dont
les timbres se confondent fâcheusement avec ceux des sopranos
et autres mezzos qui incarnent les héroïnes. A croire que
Muti s'est converti à la mode baroque !
L'interminable succession
d'arias da capo débouche sur la monotonie et l'ennui tout
court. Si le palais classique renversé qui sert de
décor unique témoigne d'une authentique
élégance italienne, il demeure un cadre vide en raison
de l'absence cruelle de direction d'acteurs. Mais l'action de
Demofoonte le permettrait-elle ? Quand on se souvient des
tragédies lyriques de Gluck ou de Cherubini retrouvant la
vigueur de leur jeunesse révolutionnaire sous la baguette de
feu de Muti au Mai de Florence, on enrage du choix d'un ouvrage aussi
faible pour ses débuts à l'Opéra de Paris.
"
"... Le chef italien
défend cette oeuvre avec une calme autorité, offrant
à travers l’esthétique qu’il impose, un retour à
une conception instrumentalement plus grandiose – voire romantique –
de la musique dite baroque, loin de ceux qui, à travers une
mode, s’en sont faits les défenseurs exclusifs à coup
d’effectifs réduits et d’ensembles instrumentaux secs et
rachitiques. Créé par le maestro, cultivé par
lui, l’orchestre, composé uniquement de musiciens de moins de
trente ans, affiche une superbe homogénéité et
une ductilité de son rare, d’un équilibre tout
classique, comme l’on n’en avait plus entendu dans ce
répertoire depuis bien longtemps. Une esthétique aussi
peu commune de nos jours peut malgré tout se voir reprocher
les défauts de ses qualités: son léger manque de
dynamisme et une certaine uniformité sonore.
La mise en scène
imaginée par Cesare Lievi s’accorde parfaitement avec
l’imaginaire sonore duquel elle s’inspire. Sobre,
épurée, donnant à voir un splendide décor
de palais antique déstructuré, quasi-surréaliste
– miroir des tourments sentimentaux où se débattent les
protagonistes –, elle se montre au service de la musique, parti-pris
auquel le public actuel est peu habitué, mais qui
s’avère indispensable au bon déroulement du projet
imaginé par le chef. La direction d’acteurs est à
l’avenant, permettant aux solistes de se concentrer avec
sérénité sur leurs parties vocales,
hérissées de difficultés et de pièges
techniques.
La distribution
affichée, réunie pour un soir seulement,
composée exclusivement de jeunes chanteurs, s’avère
plus discutable. Le Demofoonte du ténor Mario Zeffiri, au
médium superbement timbré, affiche un registre aigu
pour le moins étrange, émis dans un falsetto puissant
et impressionnant, mais en totale rupture avec le reste des
registres. Pour autant la témérité du chanteur,
qui parvient, avec une superbe scénique digne du souverain
qu’il incarne, vient à bout de ce rôle à
l’écriture inhumaine pour un ténor moderne.
L'écriture est en effet à mi-chemin entre le
ténor aigu et le baryton, authentique baritenore,
annonçant déjà les rôles qu’écrira
plus tard Rossini pour cette tessiture. On ne peut s'empêcher
de rêver et d'imaginer à ce que cette oeuvre aurait
donné servie par de vrais gosiers de l'ampleur de Joan
Sutherland ou de Chris Merritt - dont la tessiture ahurissante
aurait convenu parfaitement à la démesure tragique et
lyrique du personnage de Demofoonte.
La soprano Giacinta Nicotra,
très crédible en Timante, s'en tire avec les honneurs
de son rôle hybride – d’ailleurs confié à une
mezzo dans la première distribution –, déployant une
belle ligne de chant, malgré un vibrato un peu trop
prononcé, et incarnant avec émotion ce prince
éperdu d’amour. Cherinto, le jeune frère de Timante,
est bien campé par Irini Kyriakidou, mais manque
singulièrement de relief physique, à l’instar de
l’Adraste de Pamela Lucciarini. Le contre-ténor Nicola
Marchesini, dans le magnifique rôle du ministre Matusio, se
révèle dans la lignée des falsettistes italiens,
à l’étendue vocale stupéfiante, mais au timbre
strident et dépourvu de toute rondeur, loin de la finesse
musicale d’un Nicholas Spanos ou d’un Angelo Manzotti. Les deux seuls
rôles de femmes de cet ouvrage sont, de très loin, les
mieux servis. Barbara Bargnesi, donnant vie à la belle Dircea,
peu en voix au début de la représentation, voit son
chant s’embellir au fil du spectacle, se dotant peu à peu de
superbes couleurs, et faisant montre d’un art consommé du
pianissimo. Son incarnation scénique est par ailleurs d’une
élégance et d’une finesse remarquable. Sa rivale,
l’arrogante – mais sensible – Creusa, incarnée par Auxilidora
Toledano, attire les regards dès son entrée par sa
présence physique indéniable. Son timbre est beau, sa
technique merveilleusement accomplie lui permet d’afficher une
facilité éblouissante lors de ses périlleuses
interventions vocales, et sa musicalité fait merveille. Un nom
à suivre assurément.
La distribution est
inégale, mais riche de promesses. Reste Riccardo Muti : le
véritable maître d’œuvre de cette soirée,
très attendu et au triomphe mérité. Porteur et
acteur du défrichement patrimonial napolitain, Riccardo Muti
importe ainsi son savoir faire de Naples dont il est natif (il y est
né en 1941), à Salzbourg et donc Paris. La production a
été présentée précédemment
lors du Festival de Pentecôte de Salzbourg, en mai 2009.
Doté d’un charisme hors du commun, il tient
véritablement les rênes du projet tout entier. De ses
gestes amples et mesurés, il soutient les chanteurs comme les
musiciens, les conduit, les guide en véritable maestro
concertatore, usant de son pouvoir ensorcelant pour obtenir d’eux le
meilleur de leur talent."
- XIIe Festival de
Crémone - Teatro Ponchielli - 3 mai 1995
- Festival de
Schwetzingen - 22 et 23 mai 1995
- version de concert - dir. Fred Bernius - avec Martina Borst
(Timante), Petra Hoffmann (Dircea), Helene Schneidermann (Creusa),
Robert Expert, Peter Grönlund (Demofoonte), Randall Wong, Max
Emanuel Cecic
"Le plateau, homogène,
est dominé par le superbe Timante de Martina Borst
(véritable protagoniste de l'opéra sur le plan musical
avec deux récitatifs presque beethovéniens au dernier
acte), sous la baguette toute de vitalité passionnée de
Frieder Bernius qui, toujours sur instruments anciens, a
déjà dirigé, à Stuttgart, un autre
chef-d'oeuvre méconnu de Jommelli, Vologeso. On retient encore
la jolie Dircea de Petra Hoffmann, l'élégant Demofoonte
du ténor Peter Grönlund, la délicate Creusa de la
soprano Helene Schneidermann, et le trio techniquement sûr, des
jeunes contre-ténors Randall Wong, Robert Expert et Max
Emanuel Cecic." (Opéra International - juillet/août
1995)
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