ATYS

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Philippe Quinault

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1987
1999
William Christie
Harmonia Mundi
3
français
1987
2003
William Christie
Harmonia Mundi
1 (extraits)
français
1987
2009
William Christie
Harmonia Mundi
3
français
2009
2010
Hugo Reyne
Accord
3
français

 DVD
ENREGISTREMENT
ÉDITION
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ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE

2011

2011

William Christie

Fra musica

   

 Tragédie en musique, en un prologue et cinq actes, créée dans la Salle des Ballets du château de Saint-Germain en Laye, le 10 janvier 1676.

Le château de Saint-Germain en Laye

La distribution réunissait : Bernard Clédière (Atys), Morel (Idas), Gaye (Célénus), Godonesche (Sangar), Ribon (le Sommeil), Marie Aubry (Sangaride), Marie-Madeleine Brigogne (Doris), Mlle de Saint-Christophle (Cybèle), Mlle Bony (Mélisse), ainsi que, dans le Prologue, François Beaumavielle (Le Temps), de La Grille (un Zéphir), et Marie Verdier (Flore), Mlle Beaucreux (Melpomène), Mlle Desfronteaux (Iris).

Paarmi les danseurs figurait Louis-Hilaire d'Olivet, qui dansa une Vieille fontaine, qui faisait partie des treize anciens de l'Académie royale de danse, dont il était secrétaire.

On trouve pour la première fois mention de Marin Marais comme violiste dans le "petit choeur" de l'orchestre de l'Académie royale, en compagnie du luthiste Pierre Chabanceau de La Barre et du claveciniste Jean-Henry d'Anglebert.

Une nouvelle représentation eut lieu le 15 janvier 1678, à Saint-Germain, devant le Roi, avec la même distribution qu'en 1676.

Le 6 mai 1676, Madame de Sévigné écrivit : J'ai été hier à l\92Opéra... il y a des endroits d\92une extrême beauté ; il y a un sommeil et des songes dont l'invention surprend ; la symphonie est toute de basses et de sons si assoupissants, qu\92on admire Baptiste sur de nouveaux frais.

Saint-Évremond jugeait ainsi : Les habits, les décorations, le machines, les danses y sont admirables. La Descente de Cybèle est un chef d'oeuvre ; le Sommeil y règne avec tous les charmes d'un Enchanteur. Il y a quelques endroits de récitatif parfaitement beaux et des scènes entières d'une musique fort galante et fort agréable. A tout prendre Atys a été trouvé le plus beau ; mais c'est là qu'on a commencé à connaître l'ennui que donne un chant continu trop longtemps.

Le livret de Quinault fut toutefois critiqué : ainsi Pierre Bayle, philosophe et écrivain (1647 - 1706), écrivit à son frère : Cet opéra est si peu de choses quand il est dénué de musique et de l'actuelle présentation... que cela ne vaut pas le port.

Georges Touchard-Lafosse, dans ses Chroniques secrètes et galantes décrit l'attitude des contemporains à l'égard de l'opéra d'Atys : Ainsi en fut-il d'Athis : cette pièce, où la poésie se produisait fort décolletée, comme on dirait aujourd'hui , rencontrait dans le public un penchant à la galanterie que le bigotisme nouveau de la cour avait fardé d'hypocrisie, sans affaiblir son empire. Cet Opéra fit tourner toutes les têtes, et le moindre mot de blâme, hasardé dans une telle euphonie apologétique, eût fait lapider le dissident mal inspiré. Les champions d'Athis ne se montraient pas moins disposés à l'extermination, en 1676, que, de nos jours, les prétoriens de Victor Hugo à la représentation d'Hernani ou de Ruy Blas ; et quoique infiniment moins barbus que ces derniers, ils faisaient, au Théâtre du Palais- Royal, une police aussi sévère.

 

L'oeuvre fut reprise régulièrement au Palais Royal :

Le 23 novembre, l'ouvrage fut joué à Versailles, comme le nota Dangeau dans son Journal :

Mercredi 23, à Versailles. \97 Le roi et Monseigneur allèrent à Trianon sur les quatre heures ; le roi mena avec lui madame d'Arpajon, et a dit qu'il vouloit que les dames de madame la Dauphine ne fussent pas toujours, durant sa maladie, hors de tous les plaisirs ; ainsi il les mènera tour à tour. Il y eut l'opéra d'Atys, grand jeu aux portiques et au trente et quarante, et quatre tables pour les dames tenues par le roi, Monseigneur, Monsieur et Madame, et une autre grande table pour les seigneurs.

Le 8 novembre, Atys fut exécuté à Versailles.

Mercredi 8, à Versailles. \97 Le roi dîna à son petit couvert , alla tirer et revint sur les trois heures à Trianon. Monseigneur dîna chez madame la princesse de Conty, et puis alla avec elle trouver le roi à Trianon. Le roi et la reine d'Angleterre y arrivèrent sur les quatre heures : on y joua au portique, et puis on alla voir l'opéra d'Atys. Les deux rois, la reine, Monseigneur et Monsieur étoient dans la tribune ; il n'y avoit que Madame en bas qui tenoit la cour. Monseigneur étoit incognito en haut, parce que depuis la mort de madame la Dauphine, il ne voit point de spectacles ni n'en verra point que l'année ne soit passée.

Le Palais du Temps - Prologue

"A dix heures du matin, on forçait l'entrée pour prendre des places, il n'y en avait plus à midi... C'était un hommage que l'on crut devoir rendre à Lulli; c'était une abjuration authentique des harmonieux concetti qui s'étaient emparés de la scène, une protestation formelle contre les ennemis de notre musique, après l'expulsion des bouffons." (La Porte, Anecdotes dramatiques)

"La fureur de la musique italienne a vengé Lulli que les partisans de Rameau ne cessaient d'attaquer. Le charivari, la farce, l'opéra comique vengent chaque jour l'auteur de Castor et tollux, le père de la symphonie française, et tant mieux ! il faut bien que l'ordre suive le désordre, et que l'excès de l'extravagance nous ramène au bon goût, malgré que nous en ayons." (Dictionnaire des Théâtres)

L'oeuvre fut représentée également à La Haye en 1687 ; à Rennes et Marseille en 1689 ; à Bruxelles en 1695, au Quai aux Foins, puis en 1700, pour l'inauguration du Théâtre de la Monnaie, le 23 novembre 1705, et en 1716 ; à Lille en 1720 ; et au château de Fontainebleau les 17, 24 et 26 octobre 1740.

A Marseille, le directeur de l'Académie royale était alors Nicolas Besson, un musicien qui avait racheté à Pierre Gauthier, emprisonné pour dettes à Avignon, le privilège et les décorations, machines, copstumes et accessoires pour 8 200 livres. Atys fut joué en janvier 1689, mais Besson dut revendre le privilège au bout de quelques semaines.

Atys fut jouée également à Lyon à partir du 7 août 1689, dans la salle du Jeu de Paume de la rue Pizay, dans le cadre de l'Académie royale de musique, dont Jean-Pierre Legay avait obtenu le privilège pour trois ans, le 17 septembre 1687 ; les décors étaient du sculpteur Jacques Gauthier et du peintre Michel Pey ; les représentations, quqi rencontraient de moins en moins de succès, furent interrompues par l'incendie de la salle, au soir du 30 novembre 1689, qui provoqua la faillite de Legay. Une reprise eut lieu à Lyon, en 1742, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale.

On raconte que Louis XIV ayant demandé à Mme de Maintenon lequel des opéras lui paraissait le plus à son goût, celle-ci se déclara en faveur d'Atys ; sur quoi le roi lui répondit galamment : « Madame, Atys est trop heureux ».

 

L'oeuvre suscita de nombreuses parodies : Arlequin Atys, de Dominique, joué le 3 février 1710, à la Foire St Germain ; Arlequin Atys, de Ponteau, joué le 22 janvier 1726, aux Italiens ; La Grand-mère amoureuse, de Fuzelier, pour marionnettes ; Atys, de Fuzelier, joué le19 février 1726, au Théâtre de l'Opéra Comique; Polichinelle Atys, de Carolet, joué par les Marionnettes de Bienfait en février 1736, à la Foire St Germain ; Atys travesti, de Carolet, joué en mars 1736, à la Foire St Germain ; Cybèle amoureuse, de Sticotti, en janvier 1738 ; Atys, de Riccoboni fils et Romagnesi, joué le 27 février 1738 aux Italiens.

  

Réduit à trois actes par Marmontel, le livret fut repris par Niccolo Piccini (création à l'Opéra le 22 février 1780), avec une modification du dénouement, jugé trop lugubre. Madame Saint-Huberty (*) y tint le rôle de Sangaride de manière supérieure.

Madame Saint-Huberty

(*) Anne-Antoinette-Cécile Clavel, dite Mme Saint-Huberty, née à Strasbourg, le 15 décembre 1756, morte assassinée par un domestique, à Barnes, près de Londres, le 22 juillet 1812. Elle avait débuté dans l'Armide de Glück en septembre 1777, et quitta l'Opéra en 1790.

En 1783, le haute-contre Saint-Aubin, qui chantait à Lyon, fut sommé de venir à Paris sur l'intervention de Mme Saint-Huberty, et prit le rôle d'Atys, le 9 décembre.

 

Personnages : Le Temps (baryton), Flore (soprano), Melpomène Muse de la Tragédie (soprano), Iris (soprano), Un Zéphyr (haute-contre), Hercule, Antée, Ethéocle, Polinice, Castor, Pollux (danseurs), Atys, (haute-contre), Idas (basse), Sangaride (soprano), Doris (soprano), Cybèle (soprano), Mélisse (soprano), Célénus (baryton), Le Sommeil (haute-contre), Morphée (haute-contre), Phobétor, (basse), Phantase (ténor), Sangar (basse), Alecton (rôle muet)

 CybèleSangarLe Sommeil

 Synopsis détaillé

Prologue

Le palais du Temps

Le Temps (basse-taille) et le Choeur des Heures célèbrent la gloire éternelle de Louis XIV, le plus grand des héros. La déesse Flore (dessus), déesse du printemps, s'avance avec une troupe de nymphes, qui portent divers ornements de fleurs, conduite par un des Zéphirs (haute-contre). Elle se plaint de ne jamais pouvoir rendre ses hommages au roi, qui part en mars pour la guerre, et désire se joindre au Temps. Melpomène (dessus), muse de la Tragédie, vient accompagnée d'une troupe de héros parmi lesquels Hercule, Antée, Castor, Pollux, Lyncée, Idas, Ethéocle et Polynice. Soucieuse d'aplanir toutes les royales préoccupations, elle chasse ces tristes ombres qui rappellent trop à Louis son devoir, et elle propose de lui narrer l'histoire du bel Atys, afin de le divertir quelques instants. Les héros recommencent leurs anciennes querelles : Hercule lutte avec Antée, Castor et Pollux contre Lyncée et Idas, Ethéocle contre Polynice. Iris (dessus), par l'ordre de Cybèle, vient accorder Melpomène et Flore. La suite de Melpomène s'accorde à la suite de Flore.

Acte I

Une montagne de Phrygie, consacrée à Cybèle. A l'aurore.

(1) Atys (haute-contre) presse les Phrygiens endormis de préparer l'arrivée de la déesse Cybèle. (2) Son ami Idas (basse) se moque de l'exaltation d'Atys, en lui demandant s'il ne serait pas amoureux, lui qui se vante de ne pouvoir l'être. Atys finit par convenir que son coeur subit les assauts de l'amour. (3) Sangaride (dessus) paraît, exaltée comme Atys, mais d'autres raisons l'animent : on fête aujourd'hui son mariage avec le roi de Phrygie, Célénus, et Cybèle, reine des Dieux, a promis de rehausser cette noce du lustre de sa présence. Atys se méprend sur l'exaltation de Sangaride, et réaffirme qu'il est insensible à l'amour. (4) Sangaride, restée seule avec sa confidente Doris (dessus), se lamente d'aimer en secret cet Atys qui ne veut ni ne peut aimer, et se résigne à une destinée qui lui répugne. (5) Atys annonce l'arrivée des Phrygiens. (6) Il se réjouit de l'union prochaine de Sangaride et Célénus, tout en assurant qu'elle provoquera sa mort. Il finit par avouer à Sangaride son amour. Sangaride, à son tour, lui révèle son amour. Tous deux se lamentent de leur amour impossible. Atys tente de se convaincre que la liberté vaut plus que la beauté. (7) Atys et Sangaride s'avancent vers la montagne au devant de la déesse, pour l'accueillir. Ballet des Phrygiens. (8) La déesse Cybèle (dessus) arrive. Les Phrygiens lui témoignent joie et respect. Cybèle annonce qu'elle va choisir le Sacrificateur, et demande qu'on l'aime en plus de l'honorer.

Acte II

Le temple de Cybèle

(1) Célénus et Atys attendent que Cybèle ait fait son choix. Célénus (basse taille) se flatte à l'avance de la puissance que ce rôle lui conférera. Il interroge Atys sur le trouble qu'il croit avoir remarqué chez Sangaride. Atys le rassure, mais sans pouvoir l'assurer que Sangaride l'aime. Célénus envoie Atys pour vérifier les préparatifs des noces. (2) Cybèle, accompagnée de ses prêtresses, vient annoncer à Célénus qu'elle a choisi Atys comme Grand Sacrificateur. Célénus masque sa déception. (3) Cybèle confie à Mélisse qu'elle est éprise d'Atys, et qu'elle a décidé de le lui faire savoir en provoquant son sommeil. Elle ordonne à Mélisse (dessus) de prévenir le Sommeil et les Songes. (4) Les Zéphyrs paraissent dans une gloire élevée et brillante. Les peuples viennent honorer le choix de Cybèle. Ils entrent dans le temple et honorent Atys, en le reconnaissant pour le Grand Sacrificateur de Cybèle. Choeur des Peuples et des Zéphyrs, et Choeur des Nations.

Acte III

Le palais du Grand Sacrificateur de Cybèle

(1) Atys se lamente, estimant que l'amour le rend malheureux. (2) Idas survient avec sa soeur Doris. Ils annoncent que Sangaride est décidée à avouer leur amour à Cybèle. Atys est partagé entre l'espoir et la crainte de trahir Célénus. Il finit par se rendre aux arguments d'Idas et Doris et leur demande de faire venir Sangaride. (3) Resté seul, Atys accepte peu à peu l'idée de trahison, puis tombe dans le sommeil.

Un Antre entouré de pavots et ruisseaux

(4) Le Sommeil (haute-contre) apparaît, avec Morphée (haute-contre), Phobétor (basse), Phantase (taille). Les Songes agréables s'approchent d'Atys, et par leurs chants et leurs danses lui font connaître l'amour de Cybèle et le bonheur qu'il doit en espérer. Les Songes funestes s'approchent à son tour de lui, et le menacent de la vengeance de Cybèle s'il méprise son amour et ne l'aime pas avec fidélité. Atys, épouvanté, se réveille en sursaut. Le Sommeil et les Songes disparaissent avec l'antre.

Le palais du Grand Sacrificateur de Cybèle

(5) Cybèle assiste au réveil d'Atys, et lui confirme que les songes lui parlaient en son nom. Atys, surpris, ne peut que l'assurer de son respect et de sa reconnaissance. (6) Sangaride survient et se jette aux pieds de Cybèle, mais Atys l'interrompt chaque fois qu'elle commence à lui parler. Atys demande à Cybèle que Sangaride soit libérée de l'union avec Célénus, pour pouvoir se consacrer à la déesse. Cybèle promet d'intervenir auprès de Sangar, le père de Sangaride, précisant qu'elle le fait pour Atys, l'objet de son amour. (7) Cybèle est ulcérée de l'indifférence d'Atys, et finit par décider de se venger en séparant Atys et Sangaride.

Acte IV

Le palais du Fleuve Sangar

(1) Sangaride se lamente, en présence de Doris et Idas, n'ayant pas compris de l'attitude d'Atys en présence de Cybèle. (2) Célénus vient voir Sangaride,à qui déclare à Sangaride qu'il souhaite être aimé d'elle. Sangaride lui répond qu'elle ne peut lui donner que l'obéissance. (3) Célénus remarque le trouble de Sangaride à l'arrivée d'Atys. Impatient, il va à la rencontre des parents de Sangaride. (4) Atys fait état de ses remords à l'endroit de Célénus. Mais Sangaride lui annonce qu'elle est décidée à épouser le roi. Tous deux s'accusent mutuellement de trahison. Ils finissent par s'expliquer et, comprenant leur méprise, se promettent un amour éternel. (5) Le Dieu du fleuve Sangar (basse) fait approuver le choix de Célénus comme époux de Sangaride par le choeur des dieux de fleuves, du choeur des divinités de fontaines et de ruisseaux. Il appelle aux réjouissances. Ballet. (6) Atys vient annoncer que Cybèle s'oppose à l'union de Sangaride et Célénus. Il suscite l'incompréhension de Célénus. Atys se retranche derrière l'autorité de Cybèle et se fait enlever avec Sangaride par les Zéphyrs.

Acte V

Des jardins agréables

Gravure de Lalouette d'après un dessin de Chauveau

(1) Célénus vient demander des explications à Cybèle. Celle-ci lui avoue qu'elle vient de surprendre les deux amants et qu'ils ont été tous les deux trahis. Cybèle décide de se venger. (2) Atys et Sangaride sont confrontés à Cybèle et Célénus. Ceux-ci refusent toute grâce. Cybèle fait surgir des enfers la Furie Alecton, tenant à la main un flambeau qu'elle secoue sur la tête d'Atys dont l'esprit s'égare. (3) Atys confond Cybèle et Sangaride, puis prend Sangaride pour un monstre, la poursuit et la tue avec le couteau sacré. Célénus qui n'a pu intervenir, se lamente et s'estime trop vengé. (4) Atys revient à la raison. Cybèle lui montre le corps de Sangaride et lui annonce qu'il est l'auteur de sa mort. Atys est désespéré et suit le corps de Sangaride que l'on emporte. (5) Cybèle commence à avoir des remords, mais trop tard. (6) Idas arrive en soutenant Atys qui s'est poignardé. Cybèle se rend compte que sa vengeance était trop cruelle. Elle décide de transformer Atys en pin, arbre aimé de la déesse. (7) Atys a pris la forme d'un pin. Cybèle convie les divinité des bois et des eaux, et les Corybantes à pleurer la triste fin d'Atys, et demande que l'arbre sacré soit révéré. Cybèle exprime sa douleur, reprise par les choeurs.  

 

8me Opéra. C'est une Tra. en 5 Ac. dont les paroles sont de Quinault, & la musiq. de Lully ; elle fut représentée pour la premiere fois le 10 Janv. 1676 ; imprimée, puis gravée partition in-fol. Le Tems, les Heures, Flore, Melpomene, un Zephyr, &c. forment le Prologue. Le beau Berger Atys est célebre dans la Fable par l'amour de Cybele. Pour la composition des Ball. de cet Opé. Dolivet, grand Pantomime, se joignit à Beauchamps, avec lequel il avoit déja composé les Ball. de THESEE ; & dans l'exécution l'Etang le cadet parut pour la premiere fois. On a dit qu'ATYS étoit l'Opéra du Roi, ARMIDE l'Opéra des Dames, PHAETON l'opéra du peuple, & ISIS l'Opéra des Musiciens. (de Léris - Dictionnaire des Théâtres)

  

La partition fut éditée chez Christophe Ballard en 1689. La Bibliothèque nationale de France conserve un exemplaire de la partition complète, relié aux armes de Lully, qui fut donné en 1689, ainsi que onze autres de la même édition, par la veuve de Lully au Père Chérubin, assistant général des Augustins déchaussés de Paris, pour la bibliothèque de ce couvent.

 

 

 Représentations :

 

 

 

"Ce n'est pas seulement un de ces opéras de Lully dont le souvenir se perd dans la nuit des temps. Atys est aussi le rêve d'une génération qui voulut, pour le tricentenaire du compositeur, revoir un de ses opéras joué dans les conditions où il avait été créé, sous Louis XIV. La rumeur prédisait un monument d'ennui : des heures de récitatifs, des instruments anciens dont on disait qu'ils « jouaient aigre », des danses jugées superflues. C'était compter sans l'entêtement de William Christie au pupitre, Jean-Marie Villégier à la mise en scène et Francine Lancelot à la chorégraphie.

Atys fut donc recréé en 1987, dans une version qui regardait celle du 10 janvier 1676. Avec, dans l'orchestre, les éminences grises du baroque français qui ne tarderaient pas à s'émanciper : Christophe Rousset, Marc Minkowski, Hugo Reyne ou Michel Laplénie. Au bout de quatre heures, contre toute attente - quand Atys se métamorphose en pin après avoir tué celle qu'il aime - le public se leva, touché par la beauté grandiose et solennelle de l'\9Cuvre. Atys avait gagné son pari : le baroque, en France, allait pouvoir bâtir sur sa pierre angulaire.

« Ce fut un immense point de départ, atteste William Christie. Les gens se sont aperçus que récitatif ne rimait pas avec rébarbatif. Ils ont pris la mesure de la valeur de cette musique, qui paraissait jusqu'à alors impossible à maîtriser. » Un immense point de départ, mais aussi une fin. Car « Atys n'a pas poussé comme une plante magique au milieu de nulle part : ce fut un catalyseur ». Rien n'aurait été possible sans le travail de longue haleine de Christie et ses équipes, autour des traités d'instrumentation et de rhétorique de l'époque, pour rendre possible ce rêve d'une « France restituée ». Maintes fois, la même équipe, puis d'autres, tenta de renouveler ce miracle. En vain. « Ce fut une expérience puissante. Mais l'époque d'extravagance fastueuse à laquelle elle appartient est révolue. »

Pour que le chef et ses acolytes acceptent aujourd'hui de reprendre la production, vingt ans après son ultime représentation, il fallut un autre entêtement : celui de Ronald Stanton. Ce mécène américain avait pleuré devant le spectacle en 1987. C'est lui qui finit par convaincre Christie, en s'engageant à financer plus de la moitié de la recréation. Revoir Atys, puis mourir. Mais vingt ans de baroque ont passé. Le travail avec les chanteurs est plus facile qu'autrefois (ceux-ci ont de telles exigences sonores que Christie a dû élargir l'orchestration originale). Mais « il n'y a pas eu, depuis, d'avancées majeures en termes d'interprétation du baroque français », songe le chef. Aimera-t-on donc de la même passion l'Atys de 2011 ? Christie, lui, n'en n'attend pas plus qu'il y a vingt ans : « Que ça plaise. Et que ça touche. »

"Revivre une magie passée: tel est l'objet de la reprise d'Atys version Christie - Villégier, initialement créé en 1986 à Paris. Le spectacle par lequel l'opéra baroque a suscité un immense engouement public, profitant surtout à la renaissance (toujours si fragile) des opéras de Lully, est bien l'événement baroque de ce printemps 2011. Nous revenons sur les conditions de cette reprise. Force est de constater l'indiscutable réussite de la conception originale de Villégier: pas une restitution théâtrale et linguistique au sens où l'entend aujourd'hui un Benjamin Lazar, issu de l'école de l'illusoire authenticité (avec les limites inhérentes à son geste muselé)... mais une vision moderne et libre qui réattribut à la partition de Lully, sa violence et son attractivité des origines...

Moyens garantis à l'appui, le milliardaire américain Ronald P. Stanton, souhaitait revivre le rêve d'Atys 1986 dont il restait un spectateur émerveillé et nostalgique. Grandeur tragique et épure visuelle orchestrées par le metteur en scène français y réussissaient à transmettre les vertiges sombre et noirs du chef d'oeuvre lyrique du Grand Siècle (167§). Par respect pour la commande 2011, il s'agit de refaire le même spectacle qu'en 1986: reconstitution d'une non reconstitution. L'obligation de refaire n'empêche pas la liberté du geste: les décors et les costumes ont été recréés; mais les différences sont notables: interprètes différents, danses réinterprétées par Béatrice Massin à partir du modèle légué par Francine Lancelot... Reproduire la magie première, telle reste le dessein 2011. Or comment expliquer l'attrait du spectacle d'alors? Soudain a surgi la solennité nostalgique de la civilisation versaillaise à un degré de perfection poétique qui nous touche encore. Nostalgie, restitution offerte comme un songe ou un rêve inespéré et pourtant où la violence et la souffrance imposent sur la scène leurs lois inattendues. Car Atys est déjà sous la plume de Lully et de Quinault... le miroir d'un soleil noir.

En 1987, Christie expliquait que sa lecture d'Atys n'était pas une reconstitution: ni machineries, ni gestique baroque dûment restituée... Ni changements à vue requis par le livret (l'un des meilleurs de Quinault et certainement le modèle du genre de la tragédie en musique dans l'histoire musical du Grand Siècle)... Mais un "compromis" qui entre travail historiquement informé (le premier du genre) et création, tente d'exprimer la vérité contemporaine d'Atys... Par création, il faut donc entendre le produit de la sensibilité moderne celle de 1987 à l'Opéra Comique, où s'impose aux côtés de la musique, la vision unitaire du metteur en scène Jean-Marie Villégier dont le regard spécifique souligne en une mise en abîme nostalgique, les années d'un essor perdu à la cour de Louis XIV... Ici règnent l'emprise/empire de la mort, et le poison d'une amertume nostalgique: Villégier opte pour un décor unique, tel un cabinet XVIIeme , d'un raffinement glacé et miroitant, argenté et majoritairement crépusculaire... C'est le miroir d'un désenchantement et d' une désillusion concertée... Cette balustrade qui court tout autour des murs en leurs parties hautes (Prologue) fait paraître les courtisans de Versailles, lors de la création et pour les reprises souhaitées par le Roi, ils figurent ce regard d'époque, nostalgique sur l'oeuvre et ce qu 'elle suscite ... Ces hommes et ces femmes sont les premiers spectateurs d'Atys : ils y reconnaissent le miroir de leur propre condition... C'est même selon les mots de Villégier, une course irrésistible et tragique jusqu'aux enfers oû les héros impuissants sont soumis, asservis, brisés; où même la divinité pourtant omnipotente (Cybèle) se trouve en fin d'action démunie, solitaire, d'une tristesse funèbre (prière finale au pin, nouvelle figure d'Atys métamorphosé, et de fait définitivement inaccessible pour elle).

Voici un accomplissement noir; déjà en 1676, les premiers ténèbres ont infiltré la cour versaillaise ; le monarque songeait à ses jeunes années... Avec regrets voire amertume. Celles heureuses autour de 1660... à jamais perdues... Conquête du pouvoir absolu (après le décès de Mazarin), conquête des femmes (de La Vallière à La Montespan...); déjà une blessure... Louis XIV se rêvait inatteignable, indomptable, "maître de l'univers" pour une action exemplaire (cf le texte du Prologue de chaque tragédie en musique façonnée par Lully, validée par le Roi Soleil; dans Atys le Grand Siècle fait la première expérience de sa fin; Atys, chef d' \9Cuvre d'un théâtre en musique et continument chanté, marque aussi l'échec et bientôt le silence des auteurs dramaturges du théâtre parlé classique: Racine est frappé par Atys dès sacréation: il écrira après Atys, comme pour surenchérir sur la scène théâtrale, Phèdre; enfin Athalie où il insert des épisodes chantés sans atteindre à la totalité fusionnée (chant et action, théâtre et musique) atteint par Lully et Quinault... Corneille est dépassé lui aussi, et Molière, vaincu écarté de la scène lyrique, déjà mort depuis 1673.

Ici le vertige nostalgique produit une blessure tragique, un désespoir absent jusque là dans l'imaginaire monarchique... Atys ne peint que souffrance, emballement, mort donc déchirement... Toujours éternellement Cybèle chante la perte d' Atys, et sa fureur indigne: voilà une déesse bien humaine, impuissante à maîtriser la passion qui l'embrase. Il y a du masochisme à vouloir célébrer en un cycle recommencé, le spectacle de son action amoureuse dans le sommeil d'Atys; tentative vaine d'une déesse touchée, en souffrance, habitée par une fureur jalouse bien peu divine... Ce portrait d'un pouvoir mis en échec reste cependant le sujet central d'un ouvrage sublime pourtant fêté, applaudi et repris avec une délectation courtisane inimaginable jusque là (lettres et témoignages de Madame de Sévigné)...

Incroyable sublimation de l'art louislequatotzien grâce aux seules ressources de l opéra français ; comment les grecs anciens, créateurs de la tragédie antique recevaient-ils le spectacle de leur propre anéantissement? Car sous le masque mythologique et le prétexte des métamorphoses transmis par Ovide c'est bien de fragilité mortelle dont il est question ; biens vaines, les stratégies guerrières, les constructions palatiales, le rêve des splendeurs éternelles...

L'oeuvre du temps fait son office inexorablement... Dans sa maturité, l'astre versaillais s'est portraituré faillible et si misérable; Louis n'est pas Atys; il est plutôt Cybèle: un pouvoir dépassé et solitaire dont l'expérience sensible et amoureuse est un échec effroyable; comme le soleil brule et foudroie, Cybèle détruit ce qu'elle ne peut dominer...

Plus surprenant, cette fascination d' Atys, ouvrage funèbre et ténébreux auprès du Soleil incarné, le plus lumineux des souverains baroques... Qu'y trouvait concrètement Louis-le-Grand pour ne s'en lasser jamais? Le soleil y mesure l'empire d'une ombre inquiétante et dévorante qui grandit à mesure qu'il poursuit son ascension.

De fait dès sa création, Atys est appelé l'opéra du Roy. Une fascination qui surgit jusqu'aujourd'hui sans avoir perdu le moindre éclat de son propos si saisissant. D' or éclatant, la Cour verse dans l'argent du désespoir... Ici, comme un Orphée accablé alors aux portes infernales, "perds toute espérance", pourrait déclamer dès le Prologue, les acteurs s'adressant au héros encore juvénile; même le fameux mobilier d'argent massif (qui inspire justement les décors de Villégier) est fondu pour financer de nouvelles batailles. Tout sur cette terre est vain: amour, guerre, luxe... Seul le sentiment de l'éphémère et de la perte qui fait le prix et la tragédie de la vie, reste immortel. C'est le vrai sujet de l'opéra, renforcé encore par la réalisation visuelle de Jean-Marie Villégier.

Le travail de Christie s'est concentré quant à lui, sur la tension et le dramatisme organique des danses de Francine Lancelot (restituées librement par Béatrice Massin), porté par la cohérence et la sonorité aux couleurs fouillées d' un orchestre qui dés 1987, était composé d'instrumentistes ayant assuré auparavant le succès de l'opéra Hippolyte et Aricie de Rameau... Qu'en sera t il en 2011 pour cette reprise si attendue? Le chef approfondira-t-il encore son approche de l \9Cuvre , son geste comme régénéré grâce aux apports de la recherche la plus récente, ou ne s'agit-il (ce qui est déjà beaucoup) "que" de la stricte reconstitution de la production de 1987? Méfions-nous des soit disantes restitutions historiques... D' autant qu'entre temps comme nous l'avons souligné les chanteurs ont changé à la différence du chef et du metteur en scène qui eux sont à nouveaux en service. A suivre. A venir notre reportage vidéo (notre propre regard sur le spectacle) et compte rendu complet de la production Atys 2011."

"Après avoir été sacré spectacle "mythique" et "origine du renouveau de l'opéra baroque en France", la production d'Atys de 1986-87 connaît une nouvelle consécration, fort rare au théâtre : sa recréation 24 ans plus tard! Elle ne bat cependant pas le record des Noces de Figaro de Strehler, créées en 1973 et encore reprises cette saison. Les décors détruits ayant dû être reconstruits et les costumes restaurés, ce spectacle n'a pu être remonté que grâce à un mécène américain qui a voulu le revoir avant de mourir.

Dans la fosse, nous trouvons un chef et un orchestre en pleine forme, au son plutôt plus plein, aux phrasés plus toniques, dans une architecture d'ensemble encore clarifiée. Le continuo sonne plus riche et plus souple, les trémolos de cordes graves accompagnant le sinistre Alecton sont plus expressifs et glaçants. Toute l'oeuvre a gagné en évidence. Elle avait séduit par son "authenticité", elle emporte maintenant par sa modernité. Tout perruqués qu'ils sont, ses personnages s'expriment de la manière la plus sincère et directe qui soit, ce sont les Feux de l'Amour du XVIIe siècle! La mythologie n'est ici qu'un voile de pure convention, aucun personnage ne fait preuve du moindre héroïsme, à se demander même comment Atys a pu être considéré comme "l'opéra du roi", dont Louis XIV aurait suivi et inspiré la genèse, alors que sa morale pourrait être que l'amour sincère entre deux êtres est toujours écrasé par le pouvoir royal ou divin!

Grâce aux nombreuses scènes qui se passent dans l'intimité, l'expression privée a en effet toute sa place. Comme dans une tragédie de Racine, on dit tout à son confident. Jean-Marie Villégier renforce cette intimité en faisant arriver au dernier moment, et ressortir aussitôt, les personnages subalternes qui ont une réplique à dire. Ces passages de personnages apportent d'ailleurs un élément presque comique, une distanciation subtile. Car gestuelle, déplacements, costumes et perruques n'ont aucune estampille d'"authenticité", et la fascination qu'a exercé ce spectacle en 1987 résulte en partie d'un malentendu! Des perruques aussi délirantes n'ont jamais été portées, et tout le monde ne se déplaçait peut-être pas en permanence en arrondissant le coude et en levant deux doigts! Quelques sources d'époque ont effectivement inspiré décors et costumes, mais amplifiées à l'extrême et hors contexte, pour correspondre au fantasme d'un deuil perpétuel du metteur en scène et du décorateur. Fort de ce succès, ils avaient d'ailleurs poursuivi dans la même veine avec en 93 une Médée de Charpentier encore plus dorée, capiteuse et hiératique.

Par contraste, le prologue est pastel et champêtre. À la fin de celui-ci, les tapisseries qui ornent les murs du plateau nu tombent pour découvrir les marbres noirs et gris qui constitueront le décor unique des cinq actes de la tragédie. C'est un tour de force d'avoir réussi dès 87 à captiver l'attention pendant trois heures avec une oeuvre inconnue présentée dans un décor unique - une boîte cubique et quasiment vide! Si à l'époque, le phénomène Atys m'avait semblé la récupération mondaine quelque peu irritante d'un processus de redécouverte du répertoire baroque déjà bien amorcé par Malgoire, Herreweghe, Gardiner et Christie lui-même, il faut avouer que tout convergeait pour faire de cette production un spectacle captivant : le choix de l'oeuvre, l'intelligence de la mise en scène, l'impact esthétique des décors et des costumes, l'intégration parfaite de la danse... Autant d'éléments qui n'ont étonnamment pas vieilli! Quant aux chanteurs et musiciens, s'ils étaient bien choisis, on les avait cependant déjà entendus ailleurs.

La distribution vocale de ce soir n'a rien à envier à celle d'origine, et encore moins à celle de la reprise un peu tiède et usée de 92! On remarque une meilleure longévité des voix masculines graves, puisque Bernard Deletré et Nicolas Rivenq chantaient déjà leurs rôles il y a 24 ans, mais tous les autres font partie d'une nouvelle génération. On peut louer leur diction encore améliorée du français. En 1987, le niveau moyen de respect de l'articulation de la langue française sur les scènes lyriques était abominable, et les "baroqueux" se faisaient presque critiquer de chercher à se faire comprendre! On ne se gênait pas pour insinuer qu'ayant des voix si claires et fluettes, c'était bien le moins qu'ils puissent articuler, puisqu'ils ne faisaient guère en somme que parler, et non véritablement chanter avec de vraies voix lyriques... Vingt-quatre ans plus tard, ce sont eux qui ont fait évoluer la norme, et ce sont les voix grossies, ampoulées, tubées, ululées, en bouillie, forcées et déformées de toute manière qui se font huer et reléguer dans un poussiéreux passé!

Dans les petits rôles, on peut apprécier la fraîcheur vocale de la promotion 2011 du Jardin des Voix, cette académie fondée par William Christie en 2002. Marc Mauillon faisait d'ailleurs partie de cette première promotion, et Emmanuelle de Negri de celle de 2009 ! Il faut reconnaître à William Christie un immense sens de la transmission, dont on constate le succès en suivant les carrières de ceux qui ont débuté avec lui. Même s'ils ne se gênent souvent pas pour critiquer son tempérament et démonter le fonctionnement d'un certain système, nulle part ailleurs autant de choristes ne sont devenus solistes et autant d'instrumentistes ne sont devenus chefs d'orchestre!

Au crédit de William Christie, on peut aussi inscrire ce soir une parfaite coordination entre la fosse et le plateau, même quand y jouent les musiciens de la scène du sommeil. Au début du quatrième acte, Lully, après avoir "inventé" le récitatif français, semble "inventer" la polyphonie en faisant peu à peu émerger le trio de Sangaride, Doris et Idas du quasi-unisson dans lequel Doris et Idas s'expriment d'abord. La scène de ménage entre Atys et Sangaride est ensuite très simplement mais efficacement écrite. Tout s'achemine vers la catastrophe finale, habituelle au théâtre mais étonnante pour l'époque sur une scène lyrique.

Déjà apprécié à Freiburg en 2006 en Idomeneo et en 2008 en Lucio Silla, ainsi qu'ici-même en Alphonse de Zampa, Bernard Richter tient le rôle titre avec une facilité et un naturel confondants. Il est difficile de croire, à l'entendre, que ces rôles de haute-contre aient été considérés comme tendus, difficiles à chanter et à conserver intelligibles dans l'aigu! Nulle trace chez lui de la nasalité qui a affecté tant de prétendants à ce répertoire. S'il n'a pas la pure poésie de Guy de Mey, sa palette d'inflexions en force comme en douceur est remarquable, comme son talent à sculpter et savourer les mots. Son port et sa démarche sont d'une noblesse certes étudiée mais tout-à-fait réussie, alors qu'Emmanuelle de Negri, superbe Sangaride par ailleurs, monte et descend sur ses pieds comme une paysanne quand elle arpente la scène en proie à l'agitation. Stéphanie d'Oustrac aussi est admirable de démarche, tandis que Jaël Azzaretti et Nicolas Rivenq se déplacent de manière beaucoup plus heurtée. On se demande jusqu'à quel point ces différences ont été travaillées avec Jean-Marie Villégier, qui n'est certainement pas homme à laisser le hasard ou l'habitude intervenir dans une matière aussi cruciale.

Marc Mauillon déçoit un peu en rendant sa voix trop nasale, dans un rôle sans doute trop grave pour lui. On comprend qu'une touche de cette couleur serve à caractériser le côté bouffe de son personnage, de même que l'acidité de la voix de Jaël Azzaretti est acceptable en Mélisse, mais point trop n'en faut. Cyril Auvity est mordant comme à l'accoutumée, ce qui n'est peut-être pas la caractéristique première que l'on attend de Morphée, mais cela contraste bien avec les doucereuses paroles de Paul Agnew. Nicolas Rivenq commence avec une émission un peu cravatée et hachée mais se reprend vite. Bernard Deletré, en parfaite forme vocale, caractérise aussi bien le noble Temps qu'un truculent Sangar, fleuve à qui l'eau répugne.

Stéphanie d'Oustrac fait craindre le pire à son entrée, mais nous donne finalement le meilleur. Difficile sans doute de se "chauffer" pour quelques lignes, quand on doit ensuite tenir la scène par-delà deux entractes, jusqu'au terme de l'oeuvre. La tessiture du rôle ne semble d'abord pas lui convenir, jusqu'à qu'elle centre sa voix avec plus de simplicité en dialoguant avec Mélisse. Peut-être pourrait-elle mieux concentrer Espoir si cher et si doux, qu'elle chante un peu large en bouche et rend ainsi inégal. Cet air semble avoir directement inspiré le Cruelle mère des Amours de Rameau! Son tempérament de tragédienne ne lui laisse ensuite plus lâcher son personnage ni sa voix avant le rideau final."

"Pour mesurer l\92importance de l\92événement, il faudrait pouvoir remonter le temps, presque vingt-cinq ans en arrière. En 1987, le rideau de la salle Favart s\92ouvrait sur un spectacle qui lui-même surgissait d\92au-delà des siècles : Atys , créé pour la première fois en 1676 à Saint-Germain-en-Laye. L\92opéra de Lully, sur un poème de Philippe Quinault, était l\92une des \9Cuvres préférées du roi Louis XIV.

La recréation d\92Atys , qui sera qualifiée de « miracle » par l\92écrivain et critique Philippe Beaussant, a marqué la mémoire de ses chanceux spectateurs. Parmi eux, un certain Ronald P. Stanton. Ce riche chef d\92entreprise américain, amoureux de la musique et de la France, découvre cette \9Cuvre à l\92Opéra royal de Versailles en juin 1987.

Deux décennies plus tard, l\92homme vieillissant n\92a qu\92un désir : revoir Atys avant de mourir. Il fait alors une audacieuse proposition à William Christie, l\92un des maîtres d\92\9Cuvre de la production de 1987. Si le chef d\92orchestre accepte de remonter l\92opéra, le mécène financera l\92aventure.

Parmi les complices d\92antan, le metteur en scène Jean-Marie Villégier répond présent mais la chorégraphe Francine Lancelot, décédée en 2003, manque à l\92appel. C\92est Béatrice Massin, son assistante d\92alors, qui reprend le flambeau. Trois ans plus tard, le v\9Cu de M. Stanton est exaucé. Pour le plus grand bonheur du public, totalement conquis par l\92amour impossible de Sangaride et d\92Atys, objet de la jalouse passion de la déesse Cybèle.

Il y a d\92abord ce décor, majestueux. De hauts murs et une vaste coupole encadrent une fascinante boîte, véritable théâtre dans le théâtre. Au fond, deux portes s\92ouvrent et se ferment sur des arrière-plans poétiques, changeant au gré des tableaux. La mise en scène ravit par sa finesse, qu\92elle perche les choristes au sommet du décor ou installe la déesse Cybelle dans un sanctuaire de candélabres. Elle sert d\92écrin à la partition de Lully, magnifiquement interprétée par l\92orchestre et des chanteurs de grand talent.

La distribution, bien sûr, a été presque entièrement renouvelée depuis 1987. Bernard Richter est un formidable Atys, tout en nuances. À ses côtés, Emmanuelle de Negri est une Sangaride très sensible et Stéphanie d\92Oustrac est aussi glaçante que bouleversante en Cybèle cruelle et désespérée. La danse, tissée de gracieux mouvements d\92avant-bras et de sauts légers, enchante l\92ensemble de l\92opéra.

Dans cette chorégraphie joliment ciselée, on est séduit par la danse des Zéphirs et le solo du Sommeil, interprété par Gil Isoart. Il illumine cette scène centrale, qui constitue l\92un des plus beaux moments du spectacle. Sur le plateau instrumentistes, chanteurs et danseurs orchestrent ensemble un saisissant ballet autour d\92Atys endormi. L\92éblouissement est complet."

À vingt-quatre années de distance, on craignait d"être déçus... Le retour à L'Opéra-Comique du légendaire spectacle signé par William Christie a tenu du miracle, salué par les interminables ovations d'un public en extase.

Avouons que nous nous sommes rendus à l'Opéra-Comique avec un peu d'appréhennion. Nos souvenirs émerveillés n'allaient-ils pas étre trahis ? Un peu comme par ces vieux films qui nous ont tant plu jadis et qui paraissent datés, banals ou surfaits, quand on les revoit des années plus tard.

Car il faut se rappeler quel coup de tonnerre fut, en janvier 1987, cette production d'Atys. Pour la preemière fois, un opéra de Lully nous était présenté intégralement. avec une qualité dramatique et musicale exceptionnelle. Le triomphe fut total en France, mais aussi en Italie (le spectacle avait été créé à Prato, en décembre 1986), à Madrid et à New York. Tout s'arrréêa en 1992 ; décors et costumes furent détruits. Atys était devenu une légende, uniquement préservée par le disque (Harnonia Mundi) et par notre mémoire, ainsi qu'un modèle inatteignable, à l'aune duquel on jugeait toutes les mises en scène postérieures d'opéras baroques.

L'histoire est désormais bien connue : un milliardaire américain. Ronald P. Stanton, tombé sous le charme du spectacle et voulant le revoir encore une fois, a financé la «renaissance» d'Atys. Aux commandes, les artisans d'antan : Jean-Marie Villégier et Christie.

Disons d'emblée que le début du Prologue nous a fait craindre le pire. On retrouvait bien les choeurs disposés sous les cintres ; mais ces lumières vives, ces décors, ces danseurs maniérés et la voix délavée du Temps (Bernard Deletré), l'un des deux chanteurs rescapés de l'époque dialoguant avec une Flore timide fraîche émoulue du Jardin des Voix, tranchaient avec nos souvenirs.

Peu à peu, l'oreille a perçu les sonorités somptueuses de l'orchestre, les voix se sont affermies : surtout, après la reprise de l'Ouverture, l'acte I nous a replongés dans l'Atys que nous gardions à l'esprit. Les grandes toiles noires et grises du décor de Carlo Tommasi, les costumes si évocateurs et esthétiques de Patrice Cauchetier, le déplacement fluide des choristes, l'élan dramatique des solistes, la force expressive de chaque geste, la beauté globale de la scène ont fait renaître la magie d'autrefois. Ouf, Atys était bien toujours « notre » Atys."

 

"Créé en 2008 à Athènes, le « Petit Opéra du Monde » poursuit un double but : faire découvrir en Grèce des opéras inédits ; et aider de jeunes chanteurs à débuter, qu'ils soient grecs, français ou italiens. Avec Atys,Jean-Baptiste Lully se fait entendre pour la première fois en Grèce. Deux distributions sont prévues, la première - celle que nous ayons entendue - étant en majorité française. Les interprètes francophones mettent leur point d'honneur à faire preuve d'une élocution impeccable, les autres s'y efforçant avec vaillance.

Ces voix si jeunes, encore d'une verdeur prometteuse, se plient au style de Lully, et transmettent avec bonheur les sentiments passionnés qui animent les nobles envolées de Philippe Quinault. Les dangereuses amours entre dieux, déesses et mortels revivent dans tous leurs feux, Iakoyos Pappas dirigeant ayec brio l'ensemble baroque Almazis. Face à l'Atys vulnérable de Sebastian Monti, touchant « criminel aimable », la brune Sterenn Boulbin campe une ardente Sangaride, et Caroline Chassany une Cybèle vraiment royale. Le Célénus de Romain Beytout est plein de noblesse. Et tous les petits rôles sont tenus avec élégance.

Vassilis Anastassiou prend le parti du classicisme épuré et de la clarté : choix heureux car il faut avouer qu'on perdrait facilement le fil de l'intrigue, passablement embrouillée ! Le devant de la scène est occupé par l'orchestre, ce qui n'empêche pas de voir les chanteurs, la salle du Megaron étant en gradins, Au début, on découvre avec surprise une énorme boule tachetée, qui évoque un cookie géant aux pépites de chocolat. Elle monte dans les cintres, restant à demi-cachée. Est ainsi libéré l'espace où sont projetées des images vidéo : la voie lactée, de la lave en fusion, et autres phénomènes éthérés vus au ralenti. Le metteur en scène joue le jeu des «machines », qui ravissaient le public de Lully : Cybèle descend des nuées sur un char que conduisent trois sombres monstres, et quand elle remonte, c'est au milieu de lueurs rougeoyantes. Les costumes mêlent les époques, Atys et Idas porrtent des uniformes d'officiers, Zéphyr est un baigneur 1900. Quant aux dames, elles arborent des robes de soirée années 1950, celle de Sangaride, verte à zébrures d'argent, étant la plus « glamour ». Le seul moment où apparaissent des costumes Louis XIV est la splendide scène « du sommeil », où Atys est assailli par les Songes agréables et les Songes funestes."

 

"Choc de l'été 2009: Hugo Reyne, à la tête de "sa" Simphonie du Marais, monte Atys de Lully et Quinault, opéra des coeurs amoureux (1676), dans la Cour d'honneur de La Chabotterie en Vendée, les 11 et 12 août 2009. Français classique restitué de façon intelligible et "sans manières" (ainsi que l'a souhaité Lully), travail spécifique sur la langue et le texte de Philippe Quinault; ciselure du continuo propre à souligner les inflexions dramatiques et expressives des récitatifs; souplesse et mordant de l'orchestre... "

"Le soleil se couche dans la Cour d\92Honneur du Logis. Dès les premiers accords du Prologue, on est saisi par le dynamisme de l\92interprétation. Le choix de musiciens et de chanteurs jeunes apporte un souffle, une énergie nouvelle à cette musique. La diction et la prononciation très naturelles des chanteurs, délestées de tout maniérisme pompeux, mettent en valeur la richesse du texte. Dans le Prologue, la beauté du livret est amplifiée par une musique tout en mouvements et en ruptures de tempi, tour à tour légère et pastorale, puis tragique et impétueuse. Comme dans toute scène d\92exposition théâtrale, les éléments de la tragédie se présentent sous nos yeux, mais le Prologue a suffi au spectateur pour se laisser absorber par l\92intrigue. Les solistes ont su, avec brio, donner vie aux personnages qu\92ils incarnaient. Les récitatifs, les intentions musicales du chant intensifiaient leur rôle : à la sensibilité d\92Atys (Romain Champion), répondait la fraîcheur de Sangaride (Bénédicte Tauran); les deux premiers affrontant la fureur grandissante de Cybèle (Amaya Dominguez) et l\92expressive passion de Célénus (Aimery Lefèvre). Tout en gardant une juste mesure entre la retenue du chanteur et la gestuelle du comédien, ils ont séduit le public.

La magie opère tout particulièrement à la nuit tombée lors du célèbre Songe d\92Atys. Sous la voûte céleste, dans la lumière bleutée, le jeu calme des flûtes, innocent et mélancolique, laisse comprendre le sort final et tragique réservé aux amants tourmentés. Puis, sur ce point d\92orgue du concert, l\92intensité tragique va crescendo jusqu\92à la fin. Les lamentos se changent en effusion de sang et en cris de douleurs. Et là, Hugo Reyne prouve qu\92une version concert d\92Atys peut tout aussi bien susciter l\92adhésion du public : les récentes recherches musicologiques en la matière couplées à cette belle énergie insufflée assurent la pérennité d\92Atys, pour le plus grand bonheur des musiciens et du public."

 

 

 

 "Cette production confirme son succès et peut figurer désormais parmi les grands classiques...A la clé de cette réussite, d'abord une rencontre d'exception entre l'oeuvre et le metteur en scène...C'est sur l'univers de la tragédie classique que reposent décor et mise en scène...On a déjà tout dit de la splendeur des costumes, de l'admirable travail d'éclairage, d'une gestique toujours au service du sens, texte et musique en parfaite osmose. De même l'aisance et la présence scénique de tous les interprètes. Reste un point noir : la vocalité de l'ensemble n'est pas (plus ?) à la hauteur du reste...Que dire de la Cybèle de Guillemette Laurens dont toute la rondeur de timbre a disparu ? Agnès Mellon elle-même n'a plus la fraîcheur nécessaire. Howard Crook et Nicolas Rivenq tirent nettement mieux leur épingle du jeu." (Opéra International - mars 1992)

 

 

Atys

"Atys est sûrement le plus étonnant spectacle que nous ayons vu depuis dix ou quinze ans...Les couleurs dominantes, noir et argent, symbolisent le deuil tragique. le maquillager blême, outrancier, les perruques monumentales s'opposent à tout réalisme et la mise en scène...s'inspire uniquement de la musique et des conventions. La nature est absente : tout se passe dans un temple...Les éclairages dus à Philippe Arlaud sont faux à souhait : blafards, contrastés, irréels...Les danseurs font cause commune avec les chanteurs, avec les choristes...Howard Crook en Atys, artiste accompli, Jennifer Smith en Cybèle." (Opéra International - mars 1989)

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=JLmUCFc5b5Y&feature=BFa&list=PL37FCFBFFF03B63A5 (1)

http://www.youtube.com/watch?v=z6h9uaERvrg&feature=BFa&list=PL37FCFBFFF03B63A5 (2)

http://www.youtube.com/watch?v=1TWyEFc78BE&feature=BFa&list=PL37FCFBFFF03B63A5 (3)

http://www.youtube.com/watch?v=2nJLrXCiYmA&feature=BFa&list=PL37FCFBFFF03B63A5 (4)

"Merveilleuse soirée...Le miracle Lully...cette prosodie de Quinault qui, souple et féconde, permet à la musique de prendre des ailes, de se faire tour à tour intime ou glorieuse, légère ou dramatique, mais sans cesse parfaitement au service du sentiment, de la langue et de la vérité psychologique...Tout le monde et chacun est à citer : l'admirable chorégraphie, si souple et émouvante, de Francine Lancelot, les éclairages discrets et symboliques de Philippe Artaud, les costumes fastueux de Patrice Cauchetier, les décors de Carlo Tommasini, retrouvant la gloire du Grand Siècle sans sa pesanteur, la mise en scène de Jean-Marie Villégier recréant certaines gravures du temps, enfin William Christie...qui sait redonner la lumière, la tendresse et la vie à cette musique...,les chanteurs qui, dans un phrasé superbe ont su recréer la prosodie du temps, l'animer d'une émotion toute en tendresse, délicatesse, finesse."

 

 

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