PROSERPINE

Edition Ballard - 1680

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Philippe Quinault

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE

2006

2008

Hervé Niquet

Glossa

2

français

 Tragédie en musique, sur un livret de Philippe Quinault, créée le 3 février 1680, à Saint-Germain en Laye, avec une distribution réunissant : Mlle Catherine Ferdinand (La Paix), Mlle Rebel (La Félicité), Mlle Puvigné (L'Abondance), Puvigné (La Discorde) et Mlle Claude Ferdinand (La Victoire) pour le prologue, Mlle Saint-Christophle (Cérès), Mlle Bony (Cyané), Arnoul (Crinise), Langeais (Mercure), Mlle Catherine Ferdinand (Aréthuse), Clédière (Alphée), Mlle Claude Ferdinand (Proserpine), Gaye (Pluton), Morel (Ascalaphe), Godonesche (Jupiter), Le Maire, Puvigny et Desvoyes (Les Furies).

Proserpine fut le départ de la collaboration de Jean Bérain comme décorateur en remplacement de Vigarani.

Elle suscita l'enthousiasme de Madame de Sévigné : L'opéra est au dessus de tous les autres (lettre du 9 février 1680).

L'oeuvre fut reprise :

Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, dite La Grande  Dauphine

Au mois de mars, Mlle Mariette trop attristée de la grave maladie du prince de Carignan, son protecteur, refusa de danser le pas de six. Le prince mourut le 9 avril, et la Mariette prit le deuil de celui dont elle avait eu deux fils et une fille, en longs voiles de crêpe.

Proserpine fut le premier opéra représenté à Anvers, fin 1682. Il fut représenté également à Wolfenbüttel en 1685, à Amsterdam, le 15 septembre 1688 et en 1703. Des représentations eurent lieu également à Lyon en 1694, à Rouen en 1695.

Une parodie fut jouée au Palais Royal, le 30 mars 1727, Les Noces de Pluton et de Proserpine (*), pour marionnettes, comédiens et chanteurs, sur un livret de Louis Fuzelier (1672-1752) et Jean-Philippe d'Orneval (?-1766).

(*) on connaît trois manuscrits de cette pièce intitulée aussi « Les Champs Élysées ou Les Noces de Pluton »

Une autre parodie de Charles-Simon Favart fut jouée à l'Opéra Comique le 9 mars 1741, sous le titre de Farinette. 

 Le livret fut repris par Guillard, en trois actes, et mis en musique par Paisiello (création à l'Opéra le 30 mars 1803).

 

Synopsis

  Acte I

En Sicile, Cérès, qui a été aimée par Jupiter et l\92aime encore, se réjouit de la victoire du roi des Dieux sur les Géants. Mercure lui transmet l\92ordre de Jupiter de répandre ses bienfaits sur la Phrygie. La déesse de la fertilité et des moissons obéit et confie la fille qu\92elle a eu de Jupiter, Proserpine, aux soins de la nymphe Aréthuse. Celle-ci a peine à ne point répondre à la passion du Fleuve Alphée. Cérès monte dans son char ailé, accompagnée par les regrets des Siciliens. On voit la foudre de Jupiter tomber sur le mont Etna et achever de vaincre les Géants un instant ranimés.

Acte II

Le royaume des Enfers est ébranlé par le tremblement de terre et l\92éruption du volcan. Précédant son maître Pluton, Ascalaphe s\92éprend d\92Aréthuse et provoque la jalousie d\92Alphée. Pluton survient, tout ému par la vision de Proserpine effrayée. Pluton et Ascalaphe observent en cachette les danses des nymphes, menées par Proserpine. Entouré de divinités infernales, Pluton enlève Proserpine sur son char et défend à la nymphe Cyané, témoin du rapt, de révéler à quiconque ce qui vient d\92avoir lieu.

Acte III

Alphée et Aréthuse descendent aux Enfers pour y chercher Proserpine. Revenue en Sicile, Cérès cherche sa fille. Cyané veut l\92informer malgré l\92interdiction de Pluton mais elle est subitement changée en ruisseau. Folle de douleur et d\92incertitude, Cérès brûle les moissons qu\92elle a favorisées.

Acte IV

Dans les Champs Élysées, les Ombres heureuses cherchent à charmer Proserpine. Alphée et Aréthuse lui tiennent compagnie et Ascalaphe plaide pour Pluton, mais Proserpine le change en hibou. Elle résiste à Pluton qui lui offre un beau divertissement infernal.

Acte V

Malgré Jupiter, Pluton est décidé à conserver Proserpine. Alphée et Aréthuse informent Cérès de la situation. La déesse implore Jupiter qui tranche par la voix de Mercure : Proserpine partagera son temps entre son époux Pluton et sa mère. L\92opéra se termine par une apothéose des divinités célestes et infernales.

 

Synopsis détaillé

Prologue

Le théâtre représente l'antre de la discorde, on y voit la Paix enchaînée : la félicité, l' abondance, les jeux et les plaisirs y accompagnent la Paix, et sont enchaînés comme elle.

La Paix invoque le héros (Louis XIV) pour qu'il mette fin à la discorde. La Discorde lui répond qu'elle compte bien engager le héros dans de nouveaux combats. La Victoire descend : elle appelle la Paix et chasse la Discorde. La Paix se réjouit tandis que la Discorde se lamente et s'abîme avec sa suite dans des gouffres qui s'ouvrent sous ses pas. L'affreuse retraite de la Discorde se change en un palais agréable. La Victoire et la Paix célèbrent le héros. Le Choeur annonce que le temps est venu des plaisirs et des jeux.

Acte I

Le palais de Cérès, en Sicile, près du mont Etna

Decor d'Algieri pour Proserpine

(1) Cérès, Cyané et Ciphise goûtent la paix revenue et honorent Jupiter qui a vaincu les géants qui voulaient attaquer les dieux. (2) Mercure, descend du ciel pour annoncer à Cérès que Jupiter lui demande d'aller porter l'abondance en Phrygie. Cérès est déçue que l'amour qu'elle porte à Jupiter ne soit pas payé de retour. Mercure essaie de trouver des excuses à Jupiter, puis remonte au ciel. (3) Cérès annonce à Aréthuse qu'elle doit partir et laisser Proserpine. Aréthuse lui demande de la laisser quitter la Sicile car elle craint de céder aux avances du fleuve Alphée. Cérès refuse et engage Aréthuse à céder à Alphée. (4) Aréthuse restée seule craint de ne pouvoir résister à l'amour qu'elle sent pour Alphée, mais, le voyant arriver, essaie de fuir. (5) Alphée l'arrête et lui annonce qu'il a décidé de renoncer à elle et que son amour se porte vers Proserpine. (6) En présence d'une troupe de divinités et de peuples de Sicile, de quatorze nymphes chantantes, de six divinités des bois chantantes, de six divinités des eaux chantantes, de six habitants de Sicile chantants, d'un conducteur de la fête dansant, de six habitants de Sicile dansants, Proserpine annonce avec tristesse le départ de Cérès. (7) Cérès part sur son char tiré par des dragons ailés ; elle demande que l'on chante et que l'on prenne soin de Proserpine pendant son absence. (8) Le choeur célèbre la victoire de Jupiter. Danses autour d'un trophée en son honneur, formé des restes des armes des géants vaincus. Sur la fin de la fête, on entend un tremblement de terre qui fait tomber une partie du palais de Cérès. Effrayée, Proserpine appelle Jupiter au secours contre le chef des géants. Le tonnerre tombe sur le mont Etna, au loin. Le chef des géants, qui s'efforçait de se relever, retombe, achevé.

Acte II

Les jardins de Cérès

(1) Alphée confie à Crinise qu'il ne peut renoncer à Aréthuse. (2) Ascalaphe, venu des Enfers, aannonce à Alphée qu'il s'est épris d'Aréthuse, et qu'il saura, mieux que lui, s'en faire aimer. (3) Alphée est saisi par la jalousie. (4) Alphée annonce à Aréthuse qu'Ascalaphe la cherche. Aréthuse feint de croire qu'Alphée est réellement épris de Proserpine. (5) Ascalaphe avoue à Aréthuse qu'il l'aime sans espoir, mais qu'il en guérira facilement. Il annonce la venue de Pluton. (6) Pluton revient sur l'attaque des géants, puis demande à voir Proserpine. Aréthuse lui répond que celle-ci fuit l'amour. (7) Proserpine raconte à Ascalaphe qu'il a rencontré Proserpine et qu'il en est tombé amoureux. (8) Proserpine et sa suite - quatorze nymphes chantantes et huit nymphes dansantes - chantent les beaux jours et la paix, observés par Pluton et Ascalaphe cachés. Proserpine et Cyané cueillent des fleurs en prévision du retour de Cérès. (9) Pluton appelle une troupe de divinités infernales qui sort de la terre, et le char de Pluton paraît en même temps. Proserpine est effrayée, Pluton essaye de la rassurer. L' écharpe de Proserpine demeure dans les mains de Cyané, tandis que Pluton fait placer Proserpine près de lui sur son char.

Acte III

Le mont Etna vomissant des flammes, et les lieux d' alentour

(1) Alphée, Aréthuse, Crinise, une troupe de nymphes, une troupe de dieux des bois appellent en vain Proserpine. (2) Aréthuse se reproche de ne pas s'être méfié de Pluton. Elle décide de descendre aux Enfers pour se plaindre, et Alphée insiste pour le suivre. (3) Cérès arrive alors qu'Aréthuse et Alphée sont déjà descendus aux Enfers. (4) Cérès se réjouit de revoir sa fille, mais ne comprend pas l'attitude des nymphes. (5) Cérès interroge les nymphes. (6) Cyané raconte que Proserpine a été enlevée mais perd la voix au moment de désigner le responsable. (7) Cérès se lamente et se demande qui elle doit accuser. (8) Les suivants de Cérès rompent les arbres et en prennent des branches et en font des flambeaux qu'ils allument au feu qui sort du mont Etna. Ils en brûlent les blés, malgré les efforts et les cris des nymphes, des dieux champêtres, et des peuples. Cérès laisse éclater sa colère, et reste insensible aux lamentations du choeur.

Acte IV

Les Champs Elysées

(1) Un choeur des Ombres heureuses chantent leur vie bienheureuse. (2) Ascalaphe interrompt les Ombres heureuses, et se lamente sur sa liberté perdue. Ascalaphe et les Ombres lui conseillent de rendre son amour à Pluton. (3) Aréthuse et Alphée rejoignent Proserpine. Ils essayent d'adoucir le sort de Proserpine. Ascalaphe indique à Proserpine qu'après avoir mangé un fruit des Enfers, elle ne pourra plus en sortir. Proserpine lui reproche de lui avoir montré ce fruit, et le maudit. Ascalaphe se transforme en hibou, et s' envole. (4) Proserpine demande à Pluton de la laisser partir. Pluton vante le séjour aux Enfers et espère que Proserpine l'acceptera. Pluton proteste de son amour, Proserpine de sa douleur. (5) Pluton demande à tous ses sujets - les divinités infernales, les trois juges des Enfers, de rendre hommage à leur nouvelle reine. Les ombres heureuses et les divinités infernales rendent hommage à Proserpine, et lui apportent de riches présents ; elles témoignent leur joie par leurs danses et par leurs chansons.

Acte V

Le palais de Pluton

(1) Pluton se plaint que Jupiter contrecarre son amour, et demande le retour de Proserpine. Le choeur et les trois juges lui conseillent de garder Proserpine, et de libérer les géants.

Un endroit solitaire

(2) Cérès se livre au désespoir. (3) Cérès entend des voix infernales qui annoncent que la nature et l'univers vont périr. (4) Alphée et Aréthuse sortent des enfers et annoncent à Cérès que Proserpine est retenue par Pluton qui l'aime. Ils essaient de raisonner Cérès. Cérès invoque Jupiter en rappelant que Proserpine est sa fille. (5) Mercure descend du ciel pour annoncer la décision des dieux : Proserpine partagera son temps entre Pluton et Cérès. Jupiter paraît accompagné des divinités célestes. Pluton et Proserpine sortent des enfers assis sur un trône, ou Cérès va prendre place prés de sa fille. Une troupe de divinités infernales richement parées, accompagnent Pluton. Et une troupe de divinités de la terre viennent prendre part à la joie de Cérès, et à la gloire de Proserpine. (6) Jupiter apparaît qui confirme la sentence. Les divinités célestes, terrestres et infernales témoignent par leurs chants et par leurs danses la joie qu' ils ont de voir l'intelligence rétablie entre les plus grands dieux du monde, par le mariage de Pluton et de Proserpine.

 

"La tragédie en musique de Lully, sur un livret de Quinault, créée devant Louis XIV dans son château de Saint-Germain-en-Laye le 3 février 1680, obéit à de multiples modèles. Mettant en scène divers personnages mythologiques \96 Jupiter, Pluton, Cérès, Proserpine, Mercure, Alphée, Aréthuse \96, elle propose au public imprégné de culture antique une lecture réactualisée de ses références classiques. D\92un autre côté, le genre de la tragédie en musique se présente comme un double complémentaire de la tragédie déclamée qui règne au même moment à la Comédie française. Cependant, le moule des cinq actes est gonflé à craquer de tout le spectaculaire que la tragédie ascétique de Racine se refuse : une décoration merveilleuse due à Jean Bérain mettant sous les yeux des spectateurs une éruption de l\92Etna, l\92embrasement des moissons, les délicieux champs Élysées, la gloire des divinités de l\92Olympe et des Enfers, des dieux et déesses volant sur leurs chars, des métamorphoses de personnages en ruisseau ou en hibou, les danses des nymphes ou des Ombres heureuses\85 Le cadre de la tragédie accueille donc bien des références au genre fantaisiste et éminemment visuel du ballet de cour, où Louis XIV brilla comme danseur avant de s\92installer dans le rôle du spectateur principal de l\92oeuvre lyrique. Quant à la musique, les choeurs opulents et dramatiques, l\92orchestre colorant chaque acte par les trompette guerrières, les hautbois pastoraux ou les flûtes élégiaques, confèrent une évidente magnificence au spectacle. Un dernier modèle est à l\92oeuvre dans Proserpine, et non des moindres pour les spectateurs avertis de l\92époque, comme la marquise de Sévigné : l\92oeuvre peut se lire comme une représentation de la puissance politique de Louis XIV (le roi victorieux sous les traits de Jupiter foudroyant les Géants, la paix de Nimègue) mais aussi de ses amours : sous les traits de Cérès implorant son royal amant de se souvenir de sa fille, l\92allusion à madame de Montespan semblait transparente. Nourrie de modèles classiques, cette tragédie en musique tend donc à devenir à son tour la représentation de ce que le Roi Soleil veut donner à voir de son règne." (Cité de la Musique)

 

 

Représentations :

 

 

 

 

 

  "Il fallait une bonne dose de courage et un brin de folie pour faire revivre sur la scène nue de la salle des concerts de la Cité de la Musique, dans son acoustique sèche et son sobre décor, une tragédie lyrique de Lully qui ne s\92entendait pas, à l\92époque de Louis XIV, sans le faste des costumes, le merveilleux des machines et le spectaculaire des entrées de ballet : Un exemple d\92art total donc privé ce soir de ses attraits les plus charmants ! Reste la musique de Lully servie par le ch\9Cur et l\92orchestre du Concert Spirituel, rompu à l\92esthétique baroque française grâce au travail et à la qualité de leur chef Hervé Niquet qui relève le défi et nous transporte dans l\92Olympe pour nous faire partager, plus de deux heures durant, le divertissement des dieux. Pas de surtitres pour cette version de concert, mais un livret distribué à chaque auditeur permettant d\92apprécier à sa juste valeur les qualités littéraires du collaborateur fidèle de Lully, Philippe Quinault qui contribua, autant que le musicien, à hausser ce genre lyrique à la hauteur de la tragédie classique.

Débutant sans prologue après une Ouverture à la française un peu confidentielle mais fort bien menée par Hervé Niquet, l\92action nous plonge dans l\92univers mythologique où Cérès voit sa fille Proserpine, enlevée par Pluton, céder aux charmes de la divinité infernale dont elle devient l\92épouse fidèle que l\92on sait. S\92il fallut un certain temps \96 les deux premiers actes \96 pour s\92immerger dans l\92action au rythme quelque peu précipité par la direction d\92Hervé Niquet, l\92investissement des chanteurs \96 un excellent plateau \96 et la participation active du ch\9Cur dans le déroulement des événements parvinrent à captiver l\92écoute et à donner une véritable dimension dramatique à cette version de concert. Dominant la scène \96 c\92est à elle que Lully réserve les plus belles pages de l\92ouvrage - Stéphanie d\92Oustrac donne une épaisseur tragique au personnage de Cérès et nous émeut profondément dans son rôle de mère éplorée. Avec moins de constance mais de beaux accents expressifs, Magali Léger donne au personnage de Proserpine jeunesse et fragilité ; très émouvant également fut le duo d\92Aréthuse et d\92Alphée \96 superbes Blandine Staskiewicz et Cyril Auvity \96 cherchant Proserpine aux enfers. Joao Fernandez est une magnifique basse « infernale » dont la voix semble aussi flexible que son c\9Cur.

Renouvelant sans cesse les couleurs de son orchestre dont on apprécie la justesse et la suavité des timbres, Hervé Niquet fait résonner de belles « sinfonie » enrichies pour finir de timbales et trompettes naturelles. Deux guitares, dans le quatrième acte, viennent se joindre au continuo pour charmer les oreilles de Cérès dans le Ch\9Cur des ombres heureuses. Saluons pour finir l\92excellence du ch\9Cur, ce personnage à part entière qui, comme dans la tragédie antique, commente l\92action, prolonge les accents dramatiques et crée parfois « l\92illusion acoustique » comme dans ce passage en écho du quatrième acte où il appelle Proserpine et nous laisse deviner les profondeurs abyssales des Enfers."

 

 

 

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