L'opéra baroque


Jean-Baptiste Lully par Évrard Titon du Tillet (1732)


JEAN-BAPTISTE LULLY

Né à Florence l'an 5633, Surintendant de la Musique du Roi, et son Secrétaire en la grande Chancellerie, mort à Paris le 22 Mars 1687. inhumé dans l'Église des Pettits-Pères proche la Place des Victoires, où l'on voit le superbe Mausolée qui lui a été élevé.

Quoique 1'Italie ait donné naissance à Lully, il vint si jeune en France et y fut si peu de temps après naturalisé, qu'on peut le regarder à juste titre comme François, puisque suivant la remarque de Charles Perrault, tous ses ouvrages et le génie qui les a produits ont été formés en France.

Un de nos Officiers militaires passant par Florence engagea le jeune Lully de venir en France avec lui. Peu de temps après que Lully fut arrivé à Paris, l'excellente manière dont il touchoit le Violon le fit connoître ; et Mademoiselle de Montpensier l'ayant entendu jouer l'attacha à son service, où il resta peu de temps. Le Roi Louis XIV, sur le récit qu'on lui avoit fait de ce Musicien, ayant eu la curiosité de le voir et de l'entendre, fut si satisfait des airs qu'il exécuta devant lui, qu'il le retint à sa Cour, lui donna inspection sur ses Violons, et en créa même une nouvelle bande en sa faveur, qu'on nomma les petits Violons, qui, instruits par lui, égalèrent bientôt et même surpassèrent la Bande des Vingt-quatre, la plus célèbre de toute l'Europe. Il est vrai qu'ils avoient l'avantage de jouer des Pièces de la composition de Lully, Pièces d'un chant naturel et gracieux, et d'une espèce toute différente de celles qu'on avoit entendues jusques-là.

Avant Lully on ne considéroit que le chant du dessus dans les Pièces de Violon ; la basse et les parties du milieu n'étoient qu'un simple accompagnement, un gros contre-point, que ceux qui jouoient ces parties composoient le plus souvent comme ils l'entendoient, rien n étant plus aisé qu'une semblable composition mais Lully a fait chanter toutes les parties presque aussi agréablement que le dessus il y a introduit des fugues admirables, et surtout des mouvements tout nouveaux et jusques-là inconnus à tous les Maîtres il a fait entrer agréablement dans les Concerts jusqu'aux Tambours et aux Timbales, instruments qui n'ayant qu'un seul ton sembloient ne pouvoir rien contribuer à la beauté d'une harmonie ; mais il a sçu leur donner des mouvements si convenables aux chants où ils entroient, que la plupart étoient des chants de guerre et de triomphe, et qu'ils ne touchoient pas moins le coeur que les instruments les plus harmonieux.

Il a sçu parfaitement les règles de son Art ; mais au lieu que ceux qui l'ont précédé, n'ont acquis de la réputation que pour les avoir bien observées dans leurs ouvrages ; il s'est particulièrement distingué en ne les suivant pas avec une exactitude servile, et en se mettant au-dessus des règles et des préceptes. Un faux accord, une dissonance étoit une écueil où échouoient les plus habiles ; et ç'a été de ces faux accords et de ces dissonances que Lully a composé les plus beaux endroits de ses ouvrages par l'art qu'il a eu de les préparer, de les placer et de les sauver.

Ce sont ces licences heureuses que Lully a prises dans la composition de sa Musique, qui ont rendu ses ouvrages si beaux, si brillants et si admirables, et qui ont tiré notre Musique d'un uniforme souvent ennuyeux et d'une exactitude qui devient insipide mais il sçavoit aussi en user avec esprit et jugement, et éviter une Musique sautillante et sans aucun chant. Il falloit enfin un homme tel que Lully pour donner la perfection aux Opéra, le grand chef-d'oeuvre de la Musique.

On a fait connoître aux Remarques sur la Musique françoise qu'on représentoit tous les ans dans la jeunesse de Louis XIV de magnifiques Spectacles, qu'on appeloit Ballets, où il y avoit un corps de sujet composé de plusieurs entrées de Danses, mêlées de Récits Lully étoit l'auteur de presque tous les airs et de presque toutes les Symphonies de ces Ballets.

Ces Spectacles étant goûtés à la Cour, Perrin qui avoit été Introducteur des Ambassadeurs auprès de Monsieur Jean Gaston Duc d'Orléans, jugeant que les Opéra à la manière de ceux d'Italie pourroient être introduits en France, en demanda le privilège au Roi, et l'obtint il fit ensuite une société avec Cambert, Maître de la Musique de la Chambre de la Reine, et avec le Marquis de Sourdéac, qui entendoit parfaite-ment les machines et les décorations. Deux Opéra furent représentés par leurs soins ; sçavoir, Pomone, Pastorale en cinq Actes ; et les plaisirs et les peines de l'Amour, aussi Pastorale en cinq Actes, dont Cambert avoit fait la Musique. Cette nouveauté plut au Public et eut assez de succès ; mais ces intéressés s'étant brouillés, Perrin transporta son privilège à Lully au mois de Novembre i 672 avec la permission du Roi.

Ce fut alors que l'Opéra parut entre les mains de Lully avec toutes les beautés et tout l'agrément qu'on pouvoit désirer, et attira non seulement l'admiration des François, mais celle des Etrangers. On trouve dans ses Récits, dans ses airs, dans ses choeurs et dans toutes ses symphonies un caractère juste et vrai, une variété merveilleuse, une mélodie et une harmonie qui enchante ses chants sont si naturels et si insinuants, que pour peu qu'une personne ait du goût pour la Musique et l'oreille juste, elle les retient facilement à la quatrième ou cinquième fois qu'elle les entend ; aussi les Personnes de distinction et le Peuple chantoient la plupart des airs de ses Opéra; les Palais et les plus beaux appartements de même que les maisons bourgeoises et les rues même en retentissoient on dit que Lully étoit charmé de les entendre chanter sur le Pont-neuf et aux coins des rues avec des couplets de paroles différentes de celles de l'Opéra ; et comme il étoit d'une humeur très plaisante, il faisoit arrêter quelquefois son carrosse, et appeloit le Chanteur et le Joueur de Violon pour leur donner le mouvement juste de l'air qu'ils exécutoient.

Lully a formé les plus grands Acteurs et les plus fameuses Actrices, tels que les Beaumaviels, les Dumenis ; telles que la Demoiselle Saint Christophle, et la célèbre Rochois, le vrai modèle de toutes les grandes Actrices qui ont paru depuis sur nos théâtres c'est lui qui a perfectionné la manière de jouer des Ins-truments et l'Orchestre de l'Opéra. Il est le premier qui ait admis à l'Opéra, dans les Concerts des apparte-ments et même dans la Musique d'Église les Hautsbois, les Trompettes, et même les Tambours et les Tibales, comme on l'a marqué ci-dessus. On peut dire qu'il a animé par sa belle Musique Quinault, son illustre Poète, à composer des Vers admirables, et pro-pres pour être mis en chant.

Enfin Lully mérite avec raison le titre de Prince des Musiciens François, étant regardé comme l'inventeur de cette belle et grande Musique françoise, telle que celle de nos Opéra, et des grands Concerts de Voix et de Symphonie, qui n'étoit connue que très imparfaitement avant lui : il l'a portée à son plus haut point de perfection, et a été le père de nos plus illustres Musiciens qui travaillent dans ce goût. Aussi les plus grands Maîtres de l'Art lui ont-ils donné de grandes louanges, et l'ont-ils regardé comme un excellent modèle. Louigi ayant entendu quelques airs de Violon de Lully, et entre autres la Cbaconne des Magiciens du Ballet des Muses, en fut si charmé, qu'il partit de Rome aussitôt pour venir à Paris et pour en connoître l'Auteur.

J'ai ouï dire à un Gentilhomme de feu M. le Cardinal d'Estrées et à Baptiste, un de nos plus grands Violons, que ce Cardinal étant à Rome et louant Corelli sur la belle composition de ses Sonates, il lui dit "Monseigneur, c'est que j'ai étudié Lully." Voici aussi ce qui m'arriva à Reggio Modène au mois de Mai de l'année 1719, pendant le temps de la Foire, une des plus considérables d'Italie ; j'allai plusieurs fois entendre un très bel Opéra intitulé, Bajazet, de la composition de Francesco Gasparini ; je fis mon compliment à l'Auteur sur la beauté de sa Musique, et je lui marquai ma surprise d'entendre en Italie une Musique, principalement pour les airs de Violons, aussi naturelle et aussi chantante que la sienne. Il me répondit la même chose que Corelli à M. le Cardinal d'Estrées, qu'il étudioit Lully, et qu'il étoit enchanté de ses ouvrages.

Collasse, La Loùette, Marais, Des Marets se sont fait honneur de se dire les élèves de Lully, et presque tous nos meilleurs Musiciens l'ont regardé comme leur modèle. François Couperin, Organiste du Roi, dont nous avons plusieurs morceaux de Musique très estimés, et entre autres six volumes de Pièces d'un excellent goût pour le Clavecin, qu'on peut aussi exécuter sur le Violon et sur la Flûte, a composé un Concert de Symphonie intitulé, l'Apothéose de Lully, pour rendre son hommage à ce grand Musicien.

Lully divertissoit infiniment le Roi par sa Musique, par la manière dont il l'exécutoit lui-même et par ses bons mots. Ce Prince aimoit aussi beaucoup Lully, et répandoit sur lui ses bienfaits d'une manière très gracieuse : j'en donnerai ici un exemple qui ne peut que réjouir le Lecteur ; je l'ai tiré tout entier de l'Auteur qui a donné la vie de Quinault, qui est à la tête du Théâtre de ce Poète : le voici.

Il y avoit longtemps que le Roi avoit donné des Lettres de Noblesse à Lully. Quelqu'un lui alla dire qu'il étoit bienheureux que le Roi l'eût ainsi exempté de suivre la route commune, qui est qu'on aille à la Gentilhommerie par une Charge de Secrétaire du Roi que s'il avoit eu à passer par cette porte, elle lui auroit été fermée, et qu'on ne l'auroit pas reçu. Un homme de cette compagnie s'étoit vanté qu'on refuseroit Lully, s'il se présentoit, à quoi les grands biens qu'il amassoit faisoient juger qu'il pourroit songer quelque jour. Lully avoit moins d'ambition que de bonne fierté à l'égard de ceux qui le méprisoient. Pour avoir le plaisir de morguer ses ennemis et ses envieux, il garda les Lettres de Noblesse sans les faire enregistrer, et ne fit semblant de rien. En 1681 on rejoua à Saint Germain la Comédie et le Ballet du Bourgeois Gentilhomme, dont il avoit composé la Musique : Il chanta lui-même le personnage du Mufti, qu'il exécutoit à merveille. Toute sa vivacité, tout le talent naturel qu'il avoit pour déclamer se déployèrent là ; et quoiqu'il n'eût qu'un filet de voix, et que ce rôle paroissoit fort et pénible, il venoit à bout de le remplir au gré de tout le monde. Le Roi qu'il divertit extrêmement, lui en fit des compliments. Lully prit cette occasion : "Mais, Sire, lui dit-il, j'avois dessein d'être Secrétaire du Roi, vos Secrétaires ne voudront plus me recevoir." "Ils ne voudront plus vous receveoir, repartit le Monarque en propres termes, ce sera bien de l'honneur pour eux. Allez, voyez Monsieur le Chancelier." Lully alla du même pas chez M. Le Tellier, et le bruit se répandit que Lully devenoit Monsieur le Secrétaire du Roi. Cette compagnie et mille gens commencèrent à en murmurer tout haut. "Voyez-vous le moment qu'il prend ? à peine a-t'il quitté le chapeau de Mufti, qu'il ose prétendre à une Charge, à une qualité honorable ; ce Farceur encore essoufflé des gambades qu'il vient de faire sur le théâtre, demande à entrer au Sceau."

M. de Louvois sollicité par Messieurs de la Chancellerie, et qui étoit de leur Corps, parce que tous les Secrétaires d'Etat doivent être Secrétaires du Roi, s'en offensa fort. Il reprocha à Lully sa témérité ; qu'il ne convenoit pas à un homme comme lui, qui n'avoit point de recommandation et de services que d'avoir fait rire. "Hé tête-bleu, lui répondit Lully, vous en feriez autant, si vous le pouviez." La riposte étoit gaillarde ; il n'y avoit dans le Royaume que le Maréchal de La Feuillade et Lully qui eussent répondu à M. de Louvois de cet air. Enfin le Roi parla à M. Le Tellier. Les Secrétaires du Roi étant venus faire des remontrances à ce Ministre sur ce que Lully avoit traité d'une Charge parmi eux, et sur l'intérêt qu'ils avoient qu'on le refusât pour la gloire de tout le Corps. M. Le Tellier leur répondit en des termes encore plus désagréables que ceux dont le Roi s'étoit servi. Quand ce vint aux provisions, on les expédia à Lully avec des agréments inouis. Le reste de la cérémonie s'accomplit avec la même facilité : il ne trouva à son chemin aucun Confrère brusque ni impoli : aussi fit-il les choses noblement de son côté. Le jour de sa réception il donna un magnifique repas, une vraie fête aux anciens et aux gens importants de sa compagnie, et le soir un plat de son métier, l'Opéra où l'on jouoit le Triomphe de l'Amour. Ils étoient vingt ou trente qui y avoient ce jour-là, comme de raison, les bonnes places ; de sorte qu'on voyoit la Chancellerie en Corps, deux ou trois rangs de gens graves en manteau noir et en grand chapeau de castor aux premiers bancs de l'Amphithéâtre, qui écoutoient d'un sérieux admirable les Menuets et les Gavotes de leur Confrère le Musicien. Ils faisoient une décoration rare et qui embellissoit le Spectacle. Et l'Opéra apprit ainsi publiquement que son Seigneur s'étant voulu donner un nouveau Titre, n'en avoit pas eu le démenti. M. de Louvois même ne crut pas devoir garder sa mauvaise humeur : suivi d'un gros de Courtisans, il rencontra bientôt après Lully à Versailles: "Bonjour, lui dit-il en passant, bonjour, mon Confrère" : ce qui s'appela un bon mot de M. de Louvois.

Lully étoit un homme à bons mots, comme on vient de le marquer ; il avoit toujours plusieurs histoires divertissantes à conter et des saillies des plus plaisantes aussi tous les grands Seigneurs et toutes les personnes du beau monde étoient charmés de pouvoir l'engager dans leurs parties de plaisir : comme Lully s'y livroit volontiers, il trouva le moyen d'abréger ses jours, et par son travail, et par une vie peu réglée. Il conserva son humeur enjouée jusqu'à sa mort; car étant à l'extrémité et abandonné des Médecins, M. le Chevalier de Lorraine l'étant venu voir et marquant la tendre amitié qu'il avoit pour lui, Madame de Lully lui dit : "Oui vraiment, vous êtes fort de ses amis ; c'est vous qui l'avez enyvré le dernier, et qui êtes cause de sa mort." Lully prit aussitôt la parole : "Tais-toi, tais-toi, dit-il, ma chère femme, Monsieur le Chevalier m'a enyvré le dernier, et si j'en réchappe, ce sera lui qui m'enyvrera le premier." Il mourut à Paris le 22 Mars 1687 âgé de cinquante-quatre ans, regretté à la Cour et à la Ville. Il fut inhumé, comme il a été dit, dans l'Église des Petits-Pères proche la Place des Victoires, où sa Famille lui a fait élever un superbe tombeau. Voici l'Épitaphe que Santeuil fit pour Lully.

"Perfida mors, inimica, audax, temeraria et excors,

Crudelisque et caeca, probis te absolvimus istis.

Non de le querimur, tua sint haec munia magna.

Sed quando per te Populi Regis que voluptas,

Non ante auditis rapuit qui cantibus orbem,

Lullius eripitur, querimur modo ; Surda fuisti."

Les ouvrages que Lully a composés consistent en dix-neuf grands Opéra ; sçavoir, I. les Fêtes de l'Amour et de Bacchus, Pastorale en trois Actes, représentée pour la première fois en 1672. II. Cadmus, Tragédie en cinq Actes, 1674. III. Alceste, Tragédie en cinq Actes, 1674. IV. Thésée, Tragédie en cinq Actes, 1675. V. Le Carnaval, Mascarade et Entrées, I 675. VI. Atys, Tragédie en cinq Actes, 1676. VII. Isis, Tragédie en cinq Actes, 1677. VIII. Psyché, Tragédie en cinq Actes, 1678. IX. Belléropbon, Tragédie en cinq Actes, 1679. X. Proserpine, Tragédie en cinq Actes, 1680. XI. Le Triomphe de l'Amour, Ballet en vingt Entrées, 1681. XII. Persée, Tragédie en cinq Actes, 1682. XIII. Phaéton, Tragédie en cinq Actes, 1683. XIV. Amadis, Tragédie en cinq Actes, 1684. XV. Roland, Tragédie en cinq Actes, 1685. XVI. L'Idylle de la Paix et L'Eglogue de Versailles, divertissement, 1685. XVII. Le Temple de la Paix, Ballet en six Entrées, 1685. XVIII. Armide, Tragédie en cinq Actes, i686. XIX. Acis et Galatée, Pastorale héroïque en trois Actes, 1687. Tous ces Opéra sont accompagnés de Prologues et de Vers à la gloire de Louis XIV, les paroles sont de Quinault, excepté Psyché et Bellérophon de Thomas Corneille ; le Ballet du Carnaval, de différents Auteurs ; l'Idylle sur la Paix et l'Eglogue de Versailles, dont Molière conjointement avec Racine et Quinault ont donné les paroles ; et Acis et Galatée, de Campistron.

Outre ces Pièces Lully a composé la Musique d'environ vingt Ballets pour le Roi, comme ceux des Muses ; de l'Amour déguisé; de la Princesse d'Élide ; de la Naissance de Vénus ; de l'Impromptu de Versailles ; du Tournois ridicule ; de la Fête de Versailles, du Triomphe de Bacchus ; de Flore; de la Jeunesse; du Carnaval, et de quelques autres, dont on rapportera plus amplement les titres à l'article de Bensérade, qui a composé les paroles de la plus grande partie de ces Ballets.

Il a fait aussi la Musique de l'Amour Médecin ; de Pourceaugnac; du Bourgeois Gentilhomme, Comédies-Ballets ; de Psyché, Tragédie-Ballet ; des entr'actes d'OEdipe, Comédie, et de quelques autres Divertissements, et des suites de Symphonies et de Trio de Violons. On a trouvé après sa mort quelques autres airs de Violon, qu'il destinoit sans doute à entrer dans des ouvrages nouveaux qu'il préméditoit, dont Collasse son Élève a fait usage dans quelques-uns de ses Opéra, surtout dans Achile et dans le Ballet des quatre saisons.

Lully n'excelloit pas seulement dans la Musique françoise ; il a composé plusieurs Motets à grands choeurs, comme le Te Deum, l'Exaudiat, Plaudite gentes, le Veni Creator, Jubilate, le Miserere et le Deprofundis, où l'on admire toujours son grand génie. Les Ballards père et fils, seuls Imprimeurs du Roi pour la Musique, ont imprimés tous les Opéra et les Motets marqués ci-dessus, et une partie des Ballets.

Il lia une amitié étroite avec Lambert, qui avoit commencé en France à donner une noble et belle expression au chant ; mais qui n'avoit travaillé que sur la Musique vocale, et n'avoit composé que des airs détachés. Il épousa sa fille unique, dont il eut plusieurs enfants, entre autres trois fils, qui ont donné des preuves de leur beau génie pour la Musique par quelques Opéra, et par des divertissements et Concerts exécutés devant le Roi. Louis Lully l'aîné a donné conjointement avec Jean Lully son second frère, l'Opéra de Zéphire et Flore, Pastorale en trois Actes, représentée en 1688 ; Orphée, Tragédie en trois Actes, représentée en 1690 est aussi de Louis Lully, de même qu'Alcide, ou le Triomphe d'Hercule, où Marais, dont on parlera dans la suite, a mis aussi la main.

Jean-Louis Lully a été pourvu de l'une des deux Charges de Surintendant de la Musique de la chambre du Roi, que son frère cadet, ci-devant Aumonier de feu Monsieur, frère unique du Roi, eut après sa mort. Ce dernier a composé quelques divertissements et Concerts de Musique, entre autres le Triomphe de la raison, chanté devant Louis XIV à Fontainebleau en l'année 1703.

 

 

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