Le compositeur

IL COMBATTIMENTO DI TANCREDI E CLORINDA

Le Combat de Tancrède et Clorinde

Il Combattimento di Tancredi e Clorinda

COMPOSITEUR

Claudio MONTEVERDI
LIBRETTISTE

Torquato Tasso (Le Tasse)

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
FICHE DÉTAILLÉE
1952
1968
Nino Sanzogno
EJS
1 (LP)
1952
1980
Nino Sanzogno
Historical Recording Enterprises

1953

Nino Sanzogno
Colosseum
1 (LP)
1954
1962
Renato Fait
Pathé-Vox
1 (LP)
1963

Arturo Basile
Cetra
1 (LP)
1963

-
Edwin Loehrer
BAM-Cycnus
1 (33 t)
1963
1984
Edwin Loehrer
Accord
1
1963
1994
Edwin Loehrer
Qualiton
1
1963
1999
Edwin Loehrer
Aura Classics
1
1963
1964
Denis Stevens
Experiences Anonymes
1 (LP)
1965
1965
Günter Kehr
Vox
1 (LP)
1965
1966
Günter Kehr
Turnabout
1 (LP)
1965
1980
Günter Kehr
Hachette
1
1969

Gustav Leonhardt
Telefunken
1
1970
1990
Raymond Leppard
Philips
1
197?

Gabriele Bellini
Ars Nova
1 (LP)
1978
1980
Michel Corboz
Erato
1
1980
1981
Reinhard Goebel
Archiv
1
1983
1994
Nikolaus Harnoncourt
Teldec
1
1988
1988
René Clemencic
Harmonia Mundi
1

1988
Jean-Claude Malgoire
CBS
1
1988
1998
Roberto Gini
Tactus
1
1988
2001
Roberto Gini
Brilliant
1
1989
1989
Jean-Michel Hasler
Lyrinx
1
198?
1995
Nicholas McGegan
Hungaroton

1990
1999
Anthony Rooley
Virgin Classics
2
1991
1992
Peter Holman
Hyperion
1
1992
1998
William Christie
Harmonia Mundi
1
1992
1993
Stephen Stubbs
Teldec

1992
Skip Sempé
DHM
1
1993
1999
Philip Pickett
Oiseau Lyre
1
1995
1996
Sergio Vartolo
Naxos
1
1995

Sandro Volta
Tactus
1
1995
1996
Sandro Volta
Arion
2
1997
1999
Gabriel Garrido
Musisoft
1
1997
2004
Gabriel Garrido
Harmonia Mundi
1
1998
1998
Rinaldo Alessandrini
Harmonia Mundi
1
1998
2006
Rinaldo Alessandrini
Naive
3
2000
2002
René Jacobs
Harmonia Mundi
2
2003
2004
Aapo Häkkinen
Alba Records
1
2003
2004
Roberto Gini
Dynamic
1
2004
2005
Françoise Lasserre
Zig-Zag Territoires
1
2004
2005
La Venexiana
Glossa
3
2005
2006
Emmanuelle Haïm
Virgin Classics
1
2009
2010
Les Sacqueboutiers
Flora
1
2009
2010
Vincent Dumestre
Alpha
1

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
1993
2007
David Porcelijn
Opus Arte

 

Madrigal in forma rappresentativa en un tableau, représenté à Venise, chez le patricien Girolamo Mocenigo, protecteur de Monteverdi, pendant le carnaval de 1624 (ou 1626) (*).

Salon du Palazzo Mocenigo où fut créé le Combattimento

Texte d'après le chant XII (vers 51 à 67) de la "La Jérusalem délivrée" du Tasse.

Première édition de la Gerusalemme conquistata (1593)

Monteverdi l'adjoignit au Huitième Livre des madrigaux, guerrieres et amoureux, édité au dernier trimestre de 1638.

(*) La préface du Huitième Livre indique 1624 pour le Combattimento, alors que la préface indique 1626. Monteverdi dit l'avoir composé pour servir de passe-temps à la veillée durant le Carnaval, et qu'il fut joué dans la maison de l'illustre et très excellent Mozzenigo, chevalier princier et haut dignitaire de la Sérénissime République, mon patron particulier et mon protecteur. La musique fut très applaudie et très admirée.

Le Combattimento est écrit pour trois voix, instruments à cordes et basse continue.

 

Clorinde est la fille secrète du roi chrétien d'Ethiopie. Née blanche, elle a été confiée par la reine à Ismen, esclave noir, et élevée, contrairement à la volonté de sa mère, dans la foi païenne. Tancrède, chevalier chrétien, l'a rencontrée par hasard, et est tombé amoureux d'elle, sans n'avoir pu voir plus que son front (chant I ). Il la reconnaît et l'affronte alors que Clorinde, en compagnie d'Argant, est sortie de Jérusalem dont les croisés sont commencé le siège (chant III).

Dans le chant XII, Clorinde est sortie de Jérusalem avec Argant, et a réussi à incendier la tour de bois dont les croisés voulaient se servir pour attaquer la ville. Mais, les portes ayant été refermées, elle ne peut rentrer dans la ville. Alors qu'elle cherche à s'échapper, Tancrède la pourchasse et, la prenant pour un homme à cause de son armure, la provoque en duel. Tancrède finit par avoir le dessus et blesse mortellement son adversaire. Mourante, Clorinde demande à être baptisée. Tancrède ne la reconnaît que lorsqu'il lui rapporte de l'eau et lui enlève son casque.

Monteverdi décrivait Il Combattimento comme une oeuvre théâtrale et lyrique d'un nouveau genre qui a ému les auditeurs jusqu'aux larmes, rien de semblable n'ayant été ni vu ni entendu jusqu'alors. Pour exprimer les passions extrêmes, Monteverdi concentre ses efforts sur les pouvoirs des motifs rythmiques, incroyablement expressifs et évocateurs : la colère (ira) s\92oppose dans ce combat à la tempérance (temperanza) et l\92humilité (umiltà). Le texte est essentiellement chanté par un narrateur (Testo), et l'accompagnement instrumental composé de quatre violes, une contrebasse, un clavecin.  

 

"Le Narrateur (Testo), qui ne participe pas à l'action mais la commente, annonce d'abord le thème de l'histoire. Immédiatement ensuite vient, dans une mesure à 6/8, la représentation d'une poursuite à cheval. Clorinde et Tancrède se défient, et Tancrède met pied à terre pour combattre. Le Narrateur décrit les phases du combat. Avant la sinfonia qui introduit l'Invocation de la Nuit, nous entendons pour la première fois le tremolo de cordes, ou stile concitato, qui sera souvent employé par la suite. L'ode à la Nuit est d'une très belle inspiration ; elle permet un compte rendu graphique de la bataille, dont les phrases musicales changent aussi souvent que les étapes du duel. Non seulement Monteverdi use du moyen qui consiste à faire jouer par l'orchestre des notes rapidement répétées, mais il le fait imiter par le Narrateur, qui doit dire certains vers à une vitesse vertigineuse. Lorsque les combattants se reposent, au milieu du duel, leur épuisement est fidèlement reproduit par la musique. Tancrède dit qu'il aimerait connaître le nom de son adversaire, quelle que soit l'issue du combat ; mais Clorinde rétorque fièrement que le guerrier qu'il combat est l'un de ceux qui ont brûlé la forteresse chrétienne. Ils reprennent le combat avec une ardeur renouvelée. Bientôt Clorinde est battue et, transpercée par l'épée de son adversaire, tombe mourante à ses pieds. Elle lui pardonne, et le prie de lui accorder son pardon en la baptisant. Il va chercher de l'eau à la source toute proche, soulève son heaume, et réalise avec horreur qu'il vient de blesser la jeune fille qu'il aimait. Tandis qu'il la baptise, elle chante une dernière phrase, "S'apre il ciel; io vado in pace", qui s'élève comme son âme vers le ciel prêt à l'accueillir. " (Tout l'opéra - Robert Laffont)

 

http://php.indiana.edu/~lneff/libretti/combatt.html

http://www.harmoniae.com/txt_monteverdi_libro8.cfm#8

 

Représentations :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le Combattimento di Tancredi e Clorinda laissait des sentiments plus mitigés. Quelques décalages (étonnants de la part d'ensembles spécialistes qui opèrent des tournées de six mois), et surtout un flottement persistant pendant toute la première moitié de la pièce, une sorte de fébrilité prudente qui se ressentait un peu. Rien de honteux cependant.

La couleur choisie était la plus funèbre possible (avec même un beau postlude instrumental en guise de Requiem pour Clorinde, au passage totalement hors de l'esprit de ce qui se faisait alors - fins brèves et abruptes), avec beaucoup d'effets : grosses ruptures entre parties, au contraire fondu très poussé entre d'autres, accélérations nombreuses. Pas forcément ostentatoire comme l'Orfeo gravé récemment par Rinaldo Alessandrini, mais la justification de tout cela, la cohérence d'ensemble, à part de faire personnel, n'était pas toujours évidente, pour moi du moins. Et ici, évidemment, la lourdeur du continuo de sept instrumentistes amollisait un peu l'ensemble, le rendait moins urgent.

La Clorinde d'Isabelle Druet était une très belle découverte, pour ainsi dire une référence. Son succès habituel me laisse très perplexe (on a parfois l'impression qu'on ne peut plus entendre un concert baroque sans elle) : la voix est dure (ancienne comédienne qui a gravi tous les échelons depuis le Conservatoire jusqu'à la célébrité en peu d'années, elle garde ses appuis parlés dans son chant), le timbre assez moche (dur, un peu mégère, avec quelques furtives nasalités acides qui permettent à la voix de mieux passer), et l'expression pas toujours si extraordinaire. Néanmoins, sa Clorinde réussit, en peu de mot, à donner une épaisseur tout à la fois farouche et extatique à son personnage, d'une façon assez impressionnante à vrai dire.Son Tancrède (à identifier...) était tout à fait réussi.

Le Testo était interprété par Marc Mauillon. La voix est toujours aussi étrange. Pour reprendre un sujet de conversation d'après-spectacle, on peut distinguer, dans le chant lyrique, trois façons de se faire entendre : La puissance est le volume sonore de la voix, mesurable en décibels, on parle aussi de largeur. Elle est liée à la nature de la voix et à la technique adoptée. La projection est la concentration du faisceau sonore, qui permet à de petites voix de se faire très bien entendre. Les harmoniques enfin permettent, soit parce qu'elles sont aiguës (cas des sopranos légers), soit parce qu'elles sont denses et concentrées dans une zone de fréquences que reçoit très bien l'oreille humaine (le fameux formant du chanteur) de passer un orchestre et de se faire entendre sans peine et sans forcer. La plupart des chanteurs utilisent plusieurs de ces ressorts, mais Marc Mauillon semble n'utiliser que le dernier, ce qui donne cette voix étrange, râpeuse, métallique, peu sonore... mais pas du tout désagréable et toujours audible !

Une vraie bizarrerie, mais par ailleurs l'italien est bon : une petite erreur dans les ellisions poétiques, mais l'accentuation est bonne, le texte très audible aussi. Sa technique d'émission, assez en arrière, lui cause un petit moment de solitude dans le grand sillabando central, où il ne peut, physiquement, atteindre le tempo, mais l'ensemble est très habité, et très rapidement, la musicalité de ce texte suscite de grandes émotions. Je ne parle que du texte, parce qu'il s'agit quand même du premier intérêt du Combattimento, dont la musique fade n'a d'intérêt que parce qu'elle l'exalte ; et ce n'est en rien une hétérodoxie que de le prétendre, puisque c'est l'exact projet de la seconde Camerata d'où est né le genre opéra...

Moment enthousiasmant, donc, malgré tous les désaccords et toutes les réserves qu'on pourrait présenter."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"L'option nouvellement présentée est instrumentale et substitue aux cordes habituelles, des cuivres anciens, plus "justes et expressifs" selon le fondateur des Sacqueboutiers, Jean-Pierre Canilhac. La conférence qui a préludé au concert a permis au public de comprendre combien le praticien musicien, disposant des avancées des chercheurs musicologues, peut établir diverses options d'interprétation face à une musique dite baroque où la notation reste souvent fragmentaire voire lacunaire, nécessitant d'indispensables aménagements.

L'idée de "compléter" notre connaissance sonore du Combattimento par l'ajout des sacqueboutes est un scénario défendable dans le contexte esthétique de Monteverdi. Car en effet, dans une autre oeuvre davantage connue et antérieure, l'Orfeo (1607), le compositeur cite en ouverture de l'opéra, par l'intervention d'une fanfare de cuivres, l'emblème musical de la maison ducale de Mantoue qui l'emploie. Or cette insertion du militaire dans le cadre lyrique, est une première historique, déduisant la participation des cornetistes et sacqueboutistes militaires avec les musiciens ordinaires d'un orchestre de cour. De couleurs martiales, il en est aussi question dans le Combattimento du chevalier chrétien Tancrède et de la belle musulmane, Clorinde. Insérer des timbres cuivrés dans l'instrumentarium habituel de l'oeuvre s'avère plutôt convaincant. La rondeur expressive des instruments souligne la violence imagées des scènes de joute guerrière et amoureuse, et même accuse la projection du texte, dont l'articulation demeure si importante pour les oeuvres de Monteverdi. Frénésie et fièvre de l'action belliqueuse redoublent d'accents mordants grâce à la contribution des cuivres et des cornets, ainsi associés.

En narrateur habité, le testo de fière allure de Furio Zanassi rétablit la portée incantatoire du texte, projection impérieuse et impériale des mots qui suscitent l'évocation du combat de Tancrède contre Clorinde: guerre d'amour et de mort, où la passion en mode concitato (agité) se consume en gradation subtile, série d'ellipses dramatiques où le chant se fait geste, comme tend à le montrer la chorégraphie des deux danseurs complémentaires. Leur confrontations et affrontements répétés illustrent la violence du canto montéverdien: fulgurance du dire qui n'a guère d'équivalent alors que le pinceau du Caravage et le théâtre poético-tragique d'un Shakespeare. Zanassi, maître chanteur (pourtant vocalement gêné à Toulouse en particulier dans les aigus, en raison d'un coup de froid?) qui fut ailleurs Farnace vivaldien pour Savall, et avant, Orfeo montéverdien pour Garrido, n'en est plus à sa première prestation de beau chant italien. A ses côtés, la soprano Adriana Fernandez (Clorinda) et le baryton Juan Sancho (Tancredi) campent chacun leur personnage avec conviction, soucieux du point d'équilibre et de fusion avec les instruments environnants."

"Enfin pour terminer le programme le fameux Combat de Tancrède et Clorinde nous est offert avec deux danseurs. La beauté du phrasé des sacqueboutes et des cornets nous ensorcelle et le pari semble gagné d\92emblée. La musique se déploie et l\92accord des instruments avec les voix est très troublant. Du point de vue des couleurs, cette proximité apporte un soutien magnifique aux voix qui sont particulièrement bien soutenues. C\92est d\92ailleurs la surprise de cette aventure musicale. Car c\92est dans les moments de prières et de lamentation ou d\92incantation que le choix instrumental est le plus réussi. Curieusement le fracas de la bataille et la férocité des combats sont adoucis par les instruments à vent. Force est de constater que le choix des instruments à cordes permet une raucité et une agressivité des attaques bien plus importantes. C\92est la poésie qui sort victorieuse de ce combat. La guerre cède le pas à l\92amour le plus tendre. Mais le combat de Tancrède et Clorinde, à la fois madrigal et opéra est une \9Cuvre si extraordinaire que son message est enrichi par ce choix instrumental. Le continuo particulièrement actif, surtout l\92énergique Christine Pailleux au violone, soutient le discours en stile concitato si particulier de l\92ensemble. Les chanteurs sont très concernés et particulièrement investis. Les voix sont belles et la diction toujours parfaite. Furio Zanasi, victime d\92une petite faiblesse à la fin du combat, est un Testo sensible et touché par ce qu\92il raconte. Les très courtes phrases de Clorinde sont d\92une émotion irrésistible lorsqu\92Adriana Fernandez s\92y engage toute entière. Un mot aussi sur la mise en espace du combat grâce à la danse mimée de Bruna Gondoni et Marco Bendoni. Leur superbe chorégraphie et leurs costumes simples et suggestifs font vivre sous nos yeux les malheureux amants. Leur première apparition dans le petit opéra de Qualiati a été beaucoup moins convaincante. Merci aux Sacqueboutiers pour cette proposition de recréation bien agréable et particulièrement poétique, d\92un chef d\92\9Cuvre tant aimé."

"Le Combat de Tancrède et de Clorinde de Monteverdi avec cornets et sacqueboutes ? L\92on frémit devant l\92audace hérétique de Jean-Pierre Canihac et de ses Sacqueboutiers téméraires, fraîchement nominés aux Victoires de la Musique. Alors même que la partition spécifie un ensemble de cordes (violon, viola da bracio, violetta), le chef a décidé d\92introduire les cuivres anciens que son ensemble promeut depuis plus de 30 ans. Avant que nous allumions un bûcher avec l\92aide de quelques inquisiteurs grincheux, Jean-Pierre Canihac s\92est expliqué sur ses choix interprétatifs lors de la table Ronde « du Manuscrit au Concert » précédant le concert, avec sa bonhomie naturelle. D\92abord, l\92artiste l\92avoue avec une désarmante simplicité, il en avait envie depuis longtemps, confiant que « ça devrait rudement bien sonner » avec des cuivres, d\92autant plus que le caractère martial du madrigal s\92y prête tout à fait, pour rehausser les trois passages guerriers. En outre, les sacqueboutes et cornets sont des instruments tout à fait contemporains de Monteverdi, et aux mêmes tessitures. Une transposition, pratique courante à l\92époque où l\92on écrivait pour un pupitre plus que pour un instrument précis, devient alors aisément envisageable.

Mais au-delà, de la rigueur musicologique, qu\92en est-il réellement de ce Combat renouvelé, pièce à la fois centrale et finale (si l\92on peut dire) de ce concert ? Eh bien\85 force est de constater que la présence des sacqueboutes et cornets n\92a absolument pas parue scandaleuse ou incongrue. Au contraire, le choc attendu n\92en était pas un. Car les Sacqueboutiers et les musiciens du continuo ont joué avec tendresse et douceur, privilégiant une sensualité alanguie, ronde et moelleuse au détriment du sang et des armes. Seul le luthiste a insufflé des accords plus mordants dans une lecture poétique et assez contemplative. Ce fut donc un Combat intimiste, mélange d\92Ucello et de Raphael pour l\92hiératisme archaïsant des mouvements. Furio Zanasi, rompu au répertoire monteverdien, a malheureusement montré des signes d\92engorgement à la fin du programme (esquissant même une quinte de toux dès les applaudissements). Le timbre demeure toujours chaleureux, l\92émission stable et posée, le recitar cantando intelligent et intelligible. Juan Sancho possède des accents nobles, doublé d\92une bonne projection. Le trille monteverdien n\92est pas toujours des plus précis mais les ensembles sont magnifiques, en particulier dans le rare Carro di fedelta d\92amore de Qualiati. Enfin Adriana Fernandez a laissé percevoir des aigus dynamiques, et un chant idiomatique et contrôlé."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le madrigal Il combattimento di Tancredi e di Clorinda est d\92une intensité rare tant Rolando Villazon apporte une vie à chacune des phrases. Il se montre très attentif au texte : quand il décrit l\92état des deux héros, il prend une voix haletante puisque les personnages sont « haletants », lassée puisqu\92ils sont « lassés », etc\85 Il se colle au plus près des mots grâce aussi à une parfaite diction ! La partition lui demande des prouesses vocales dont il n\92a pas l\92habitude mais il se défend admirablement et avec une virtuosité confondante : dans « Eri gia tutta mia », il commence une vocalise tout en changeant de nuance. Ce répertoire sollicite davantage son medium, voire ses graves, que ses aigus : il peut alors dévoiler une voix magnifique dans ce registre.

A côté d\92un tel engagement, Topi Lehtipuu paraît bien fade. Il reste dans les canons de l\92interprétation baroque, à savoir une voix blanche avec peu ou pas de vibrato et une certaine retenue dans le texte. Il parvient à trouver un sens dramatique à partir du milieu du concert dans le madrigal « Maladetto sia l\92aspetto » où il travaille particulièrement les différents « maladetto » : il arrive alors à une certaine intensité musicale. Son chant désespéré trouve également un appui dans les accords francs et soutenus du clavecin. Topi Lehtipuu prend ses marques dans « Tempro la cetra » rempli de vocalises et il donne une grande tension à l\92ensemble, grâce aussi aux violons dont les notes pleurent littéralement. Il faut cependant reconnaître que les deux voix fonctionnent très bien ensemble au point qu\92on finit par n\92en entendre plus qu\92une, avec des harmoniques aigues et lumineuses ainsi que des graves voluptueux. Il règne également une très grande complicité entre les deux chanteurs, complicité musicale évidente quand les morceaux demandent aux deux interprètes de se répondre en écho comme dans les « baci » de « Tornate, o cari baci », mais également amicale dans le bis de l\92Orfeo où ils rivalisent dans les vocalises et les notes tenues. Rolando Villazon termine de mettre le public dans sa poche en s\92amusant avec le pupitre, les partitions, etc\85 Il est sûr que c\92est assez inhabituel de rire dans un concert baroque mais là il faudrait rester de marbre pour ne pas fondre devant lui !

Kerstin Aveno, jeune soprano, ne convainc guère. Elle possède une jolie voix, agréable à entendre mais malheureusement pas toujours très charnue et la justesse est parfois très approximative. Elle apporte une certaine fraîcheur à la musique de Monteverdi mais sa voix est à certains moments voilée ou du moins laisse passer du souffle. Elle interprète le lamento « Ferma, lascia ch\92io parli » de Carissimi avec tout son c\9Cur mais ses notes sur « a morir » sont à la limite du cri, en partie parce que la tessiture utilisée est trop haute pour elle. En revanche elle se montre une fine interprète dans les passages plus intenses, notamment avec des « addio » retenus, doux et expressifs. On ne peut toutefois pas s\92empêcher de souligner un certain mauvais goût dans son interprétation." (ConcertoNet)

 

 

"Véritable "atelier de théâtralité", le Livre des fameux Madngali guerrieri e amorosi de Monteverdi exalte la danse, devenue agent expressif majeur dans l\92illustration des affects. C\92est ce souci de célébration chorégraphique qui est au coeur du projet défendu par Gabriel Garrido et l\92ensemble Elyma, avec la complicité de la compagnie Il Ballarino, subtilement guidée par Bruna Gondoni. Si un précédent spectacle dans lequel cette formation italienne était impliquée m\92avait trouvé parfois réticent au Festival d\92Ambronay 2003, la présente production, en revanche, comble l\92ouïe et l\92oeil, réussissant une fusion quasi parfaite de la musique, du verbe et de l\92image, au gré de tableaux stylisés et affinés comme autant d\92épures. Plus en détail, Il Combattimento, magnétisé, quant au chant, par le testa épique du baryton Furio Zanasi, tourne à l\92apologie du genre "représentatif", ce vecteur privilégié des pas­sions dans le baroque naissant. Puis, dans le Ballet des Ingrates, les intuitions de Garrido et de Ballarino ne font qu\92un, qui jouent sur la plasticité fondamentale de la musique (nonobstant une rythmique un peu lente) et s\92élèvent jusqu\92au symbole. A la fois vision désenchantée et harmonie des sphères, le drame perçant infime avec l\92adieu à la lumière et à «l\92air serein et pur» d\92une des Ingrates (qu\92Isabelle Poulenard transforme en lamento vrillant). Et pour faire bonne mesure avec le théâtre et la représentation spatiale des sentiments extrêmes, idée conductrice de ce Huitième livre, le maître d\92oeuvre Garrido a joint aux Balli quelques perles néo-madrigalesques de la plus belle eau : l\92Altri Canti d\92Amor liminaire, tout bruissant de volupté et de rumeurs militaires, le Lamento de la Ninfa, pris, comme le voulait Monteverdi, dans le juste « mouvement des émotions de l\92âme », et surtout le nocturne magique "Hor ch\92el Ciel e la Terra", peut-être le chef-d\92oeuvre absolu de toute l\92histoire du madrigal."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  "...L'occasion pour Furio Zanasi de montrer qu\92il est peut-être le meilleur Testo actuel, parfaitement à son aise dans une tessiture hybride, impérial en tout cas dans le déploiement d\92une théâtralité d\92un naturel stylistique confondant. Il bénéficiait, certes, du soutien aussi sanguin qu\92idiomatique des instrumentistes d\92Elyma. Dommage qu\92Adriana Fernandez se soit révélée précautionneuse en Clorinde \97 la justesse... \97, dommage surtout que Gabriel Garrido et ses troupes (notamment les voix) aient attendu le Combattimento pour se ressaisir, aprés un début de concert pour le moins hésitant..." (Goldberg - juin 2004)

 

  "Ce concert est sans doute très différent de ce qu'il aurait été avec Ian Bostridge initialement programmé au lieu de John Mark Ainsley. La voix solide et homogène de ce dernier, déjà apprécié dans Saul à Munich, fait paraître un peu maigrelet l'effectif instrumental. La grande sincérité de son émission donne une aussi grande justesse à son interprétation, mais sans les raffinements que Bostridge y auraient peut-être apportés. Paradoxalement, le Concert d'Astrée manifeste plus de présence et d'engagement dans les madrigaux de la première partie, chantés alternativement par les trois solistes et les deux ténors en duo, que dans le Combattimento, où John Mark Ainsley tient le rôle principal du Testo. Les musiciens n'y font pas preuve de grandes audaces figuratives et dramatiques et se cantonnent dans une neutralité bienveillante que Monteverdi lui-même aurait peut-être trouvée un peu fade, même si ses indications de jeu sont respectées. Emmanuelle Haïm impulse cependant toujours à son ensemble un merveilleuse justesse de phrasé et de respiration."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Les chanteurs étaient remisés dans la fosse d'orchestre, on avait disposé sur la scène un certain nombre de personnages de cour, aux costumes somptueux, aux lents déplacements absolument arbitraires et gratuits. (Opéra International - mars 1989)

 

 

 

 

 

 

 

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