LA PELLEGRINA

COMPOSITEUR

Antonio Archilei, Giovanni di Bardi, Giulio Caccini, Emilio de'Cavalieri, Cristofano Malvezzi, Luca Marenzio, Jacopo Peri
LIBRETTISTE

Girolamo Bargagli
 
ORCHESTRE

Capriccio Stravagante Renaissance Orchestra
CHOEUR

Collegium Vocale Gent
DIRECTION

Skip Sempé

Dorothée Leclair

soprano

Monika Mausch

soprano

Pascal Bertin

contre-ténor

Stephan van Dyck

ténor

Jean-François Novelli

ténor

Antoni Fajardo

basse

DATE D'ENREGISTREMENT

2007

LIEU D'ENREGISTREMENT

ENREGISTREMENT EN CONCERT

EDITEUR

Paradizo

COLLECTION

Naïve

DATE DE PRODUCTION

octobre 2007

NOMBRE DE DISQUES

1 (+ 1 CD d'entretien avec Skip Sempé)

CATEGORIE

DDD

Critique de cet enregistrement dans :

"En 1988, Andrew Parrott déclencha le tonnerre avec le premier enregistrement des fameux intermèdes de La Pellegrina, seulement connus par les livres. On savoura son sens de la polychoralité, on s’émerveilla de certains solos idylliques, à commencer par le Dunque fra torbide onde de Jacopo Peri chanté par Nigel Rogers. Dans son texte bien documenté, Skip Sempé rappelle que cette Pellegrina fut. devant le Ballet comique de la Reine, le plus important des divertissements de cour en Europe au XVIe siècle et que les plus grands compositeurs, musiciens et plasticiens italiens du temps y apportèrent leur concours. Il atteste que le maniérisme règne dans ce divertissement et que d’importantes prémisses de l’opéra sont là. De façon surprenante, son interprétation prend le parti d’une projection sonore assez modeste et d’un univers plus madrigalesque (celui deLuca Marenzio) que théâtral. Les interprètes sont compétents (à commencer par le CollegiumVocale Gent et Stephan van Dyck), mais le résultat sonore est trop allusif."

"Bardi, Cavalieri, Malvezzi, Marenzo, Caccini, Peri, Achilei pour les musiques, Rinuccini pour les textes, Buontalenti pour les costumes et décors : tels sont les artistes qui réalisèrent, pour les noces du grand duc Ferdinand Ier et de la princesse Christine de Lorraine en 1589, les intermèdes de La Pellegrina. Six séquences dramatiques et musicales s’intercalent dans la pièce théâtrale de Girolamo Bargagli, avec un thème commun, le pouvoir de la musique sur l’humanité. Chaque intermède alterne madrigaux, courtes séquences de chant soliste et sinfonias instrumentales, pour une fête profane utilisant tous les contrastes de masses, de tempi et de timbres. On considère à juste raison l’ouvrage, dont on a conservé de nombreuses sources et la musique entière, comme un jalon essentiel de la naissance de l’opéra : il n’y manque entre autres que l’émancipation du contexte de représentation littéraire, une histoire unique et continue, l’identification de dramatis personae, l’avènement du chant accompagné de basse continue... c’est-à-dire encore beaucoup, qui se fera en moins de vingt années.

Mais ici déjà, la principale nouveauté réside dans l’instrumentarium, avec l’apparition d’instruments graves qui colorent d’une nuance profonde l’orchestre Renaissance. Aspect magnifiquement exalté par la formation de Skip Sempé, somptueuse, qui prend pour l’occasion le nom de Capriccio Stravagante Renaissance Orchestra. Il existe deux enregistrements de La Pellegrina, du pionnier Andrew Parrott (avec l’inoubliable Nigel Rogers, EMI), puis de Paul Van Nevel (avec de splendides interventions de Marie­ClaudeVallin et déjà Pascal Beffin présent aussi chez Sempé, Sony). Skip Sempé revendique une démarche d’interprétation et non de reconstitution. Il faudrait d’ailleurs pour cette dernière option la scène, les décors, costumes, et même la pièce de Bargagli. Bien que l’enregistrement soit en live (en direct des Boz’art 2007 de Bruxelles), l’option est ici plus madrigalesque que théâtrale : il s’agit bien d’un concert, avec ses merveilles chorales, comme « O figlie di Piero » de Marenzio dans le second intermède) et surtout solistes (le « O che nuovo miracolo » conclusif de Cavalieri). Les failles sont rares dans l’interprétation (mais le célèbre « Dun que fra torbi d’onde » pour trois ténors laisse un peu sur sa faim, les effets d’écho sont inégaux), mais plus que chez Van Nevel, on sent ici le manque d’urgence dramatique résultant de l’isolement des intermèdes du contexte scénique."

"Les intermèdes de La Pellegrina comptent parmi les expériences de théâtre musical les plus déterminantes de la Renaissance italienne avant l'avènement de l’opéra. Ce spectacle grandiose, conçu pour l’ornement des noces du grand-duc Ferdinand de Médicis et de Marie de Lorraine en 1589, fut imaginé par le comte Bardi, placé sous la coordination musicale d’Emilio de Cavalieri et paré d’un dispositif scénique de l’architecte visionnaire Bemardo Buontalenti. La "Pèlerine" était une pièce originellement écrite an 1579 par le Siennois Girolamo Bargagli, dont les cinq actes furent encadrés par six nouveaux intermèdes mythologiques évoquant les origines de la musique et célébrant la gloire des époux. Les musiques (de Cavalieri, Marenzio, Malvezzi, Caccini, Peri et Archilei) y mêlent des pièces instrumentales, des danses, des choeurs (à l’écriture souvent inspirée des motets polychoraux religieux) et des monodies accompagnées, qui comptent parmi les modèles du genre.

Ces compositions historiques firent l’objet de trois enregistrements contrastés. En 1973, Hans Martin Linde fit oeuvre de défricheur inspiré. En 1988, Andrew Parrott et son Taverner Consort livrèrent une lecture plus brillante (avec des performances inouïes d’Emma Kirkby et Nigel Rogers dans les diminutions de leurs solos) mais aussi plus froide, tandis qu’en 1998, Paul Van Nevel parait les polyphonies de chaudes colorations instrumentales sans convaincre pleinement dans les pièces vocales. La présente réalisation est sans doute la plus captivante, quoiqu’inégale. Les pièces instrumentales séduisent par leur richesse des couleurs et le brio des diminutions, les polyphonies sont supérieurement chantées par le Collegium Vocale de Gent — même si l’on peut parfois douter de la vraisemblance chorégraphique des tempos de certains balletti choraux. Hélas, les solistes vocaux sont moins heureux. Si Monika Mauch et Dorothée Leclair affrontent avec élégance l’écriture ornée des monodies de soprano, Stephan Van Dyck peine avec les passaggi que Peri composa à se propre intention dans l’intermède d’Arion.

Skip Sempé renoue avec une pratique autrefois illustrée par Nikolaus Harnoncourt (en particulier pour son Orfeo de 1967) : il propose en bonus un disque d’interview où il présente l’oeuvre, expose et illustre ses principes d’interprétation ainsi que les circonstances particulières de l’enregistrement. Un attrait de plus pour cette réalisation déjà si chatoyante et harmonieuse."

 

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