LA SERVA PADRONA

La Servante maîtresse

COMPOSITEUR

Giovanni Battista PERGOLESI
LIBRETTISTE

Gennaro Antonio Federico

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1941
2000
Aldredo Simonetto
Dom
3
italien
1951/52

Carlo Maria Giulini

1 (33 t)
italien
1951/52
2004
Carlo Maria Giulini
Urania
1
italien
1956

Giulio Serra
RCA
1 (LP)
italien
1960

Renato Fasano
Mercury Records
1 (LP)
italien
1960
2001
Renato Fasano
Ricordi - BMG
1
italien
1960

Ettore Gracis
Club Français du Disque
1 (LP)
italien
1960

Ettore Gracis
Nonesuch
1 (LP)
italien
1969
1991
Franz-Josef Maier
BMG/Harmonia Mundi
1
italien
1969
1973
Collegium Aureum
DHM
1 (LP)
italien
1969
1991
Collegium Aureum
DHM
1
italien
1969
2005
Collegium Aureum
DHM
1
italien
1970

Emmanuel Koch
Telefunken
1
italien
1973

Antonio Ros-Marba
Philips
1 (LP)
italien
1973
1991
Antonio Ros-Marba
Ensavo
1
italien

-
1976
Alberto Zedda
Everest Records
1 (33 t)
italien
1979
1996
Helmut Koch
Berlin Classics
2
italien
1985
1986
Pal Nemeth
Hungaroton
1
italien

-
1991
Wojciech Czepiel
Frequenz
1
italien
1989
1990
Rudolph Palmer
Omega Classics
1
italien
1995
1995
Gilbert Bezzina
Concord Disques
1
italien
1996
1997
Sigiswald Kuijken
Accent
1
italien
1996
2009
Sigiswald Kuijken
Accent
1
italien

-
1996
David Mason/Robert King
Meridian
1
italien
1997
1998
Marcello Panni
Bongiovanni
2
italien
1990
1998
Hans Ludwig Hirsch
Arts Music
1
italien
1998
1999
Gustav Kuhn
Arte Nova Classics
1
italien
1999
1999
Vito Clemente
Kicco Records
2
italien

-
2000

-

-
1
italien

Intermezzo en deux parties, sur un livret de Gennaro Antonio Federico (? - env. 1745), d'après la pièce de Jacopo Angelo Nelli, intercalé dans l'opera seria Il Prigioner superbo lors de la création, le 28 août 1733, au Teatro San Bartolomeo, à Naples. Distribution : Gioacchino Corrado et Laura Monti.

L'oeuvre fut reprise par la troupe Mingotti qui la joua de 1738 à 1756, en Italie (Rome, Parme, et au teatro San Giovanni in Persiceto, près de Bologne (*), à Graz en 1739, Lucques, Venise, Dresde et Munich en 1740, Prague en 1744, Londres (King's Theatre - 27 mars 1750, puis Little Haymarket - 14 juillet 1761, en version complète).

(*) représentation à laquelle assista Charles de Brosses, pendant son voyage en Italie. Lors de son passage à Bologne, en septembre 1739, le jeune conseiller - futur président - au Parlement de Bourgogne, alors âgé de trente ans, se rendit au théâtre San Giovanni in Persiceto, situé à quelques kilomètres de Bologne, pour écouter un opéra et apprécia particulièrement l'intermezzo La Serva Padrona :

"Pour un opéra de campagne, il est assez passable. Ce n\92est pas qu\92il y ait ni cireurs, ni poème supportable, ni acteurs ; mais les airs italiens sout d'une telle beauté, qu\92ils ne laissent plus rien à désirer dans le monde quand on les entend. Surtout il y a un bouffon et une bouffonne qui jouent une farce dans les entractes, d\92un naturel et d\92une expression comiques, qui ne se peuvent ni payer ni imaginer. Il n\92est pas vrai qu\92ou puisse mourir de rire; car à coup sûr j\92en serais mort, malgré la douleur que je ressentais de ce que l\92épanouissement de ma rate m\92empêchait de sentir, autant que je l\92aurais voulu, la musique céleste de cette farce. Elle est de Pergolèse. J\92ai acheté sur le pupitre la partition originale que je veux porter en France. Au reste, les dames se mettent là fort à l\92aise, causent ou,,pour mieux dire, crient pendant lapièce, battent des mains, en criant bravpo ! barvo ! Pour les hommes, ils sont plus modérés ; quand un acte est fini, et qu\92il leur a plu, ils se contentent de hurler jusqu\92à ce qu\92on le recommence. Après quoi, sur le minuit, quand l\92opéra est fini, on s\92en retourne chez soi en partie carrée de Mme de Bouillon, à moins que l'on n\92aime mieux souper ici, avant le retour, dans quelque petit réduit." (Lettres d'Italie - lettre XXI) 

La Serva padrona fut traduite en allemand (Die Magd als Frau) et jouée avec succès en 1740 à la Redoutensaal du Palais impérial de Vienne. Elle fut également jouée à Berlin en 1746 et 1747.

La Serva padrona fut mise à l'affiche à Paris par la troupe des Comédiens Italiens le 4 octobre 1746, avec une Ouverture de Paganelli, sans grand succès : il n'y eut que quatre représentations. le Mercure de France se borna à noter : la musique en a été trouvée excellente : elle est d'un artiste ultra-montain fort jeune.

 

La polémique qui prendra le nom de Querelle des Bouffons naquit en 1752, l'Opéra de Paris invitant une troupe de sept comédiens-chanteurs italiens, avec seize danseurs et un petit orchestre, à représenter des opéras bouffe italiens, dont la Serva padrona, le 1er août 1752, précédée d'une Ouverture de Telemann, avec Anna Tonelli et Pietro Manelli. La Ville de Paris avait pris possession de l'Opéra le 26 août 1749, et ce dernier était administré par le Prévôt des marchands, M. de Bernage. Celui-ci apprit en juillet 1752 que la troupe des Bouffons d'Eustachio Bambini, installée à Strasbourg depuis 1745, avait été engagée à Rouen pour une série de représentations. Bernage, au nom du privilège, fit annuler l'engagement, et engagea lui-même Bambini (*).

(*) Ce que raconte Castil-Blaze dans L'Opéra de 1548 à 1856 : "La Loëre et son confrère, notaires au Châtelet de Paris, reçoivent, le 24 mai 1752, un traité fait entre Rousselet, entrepreneur du théâtre de Rouen, et Bambini, directeur d'une petite société de chanteurs italiens, pour donner des représentations à Rouen, depuis le 1er novembre 1752 jusqu'au Mercredi des Cendres 1755. Le prévot des marchands, Basile de Bernage, seigneur de Saint-Maurice, regardant ce traité comme une usurpation faite sur le privilège de l'Académie royale de Musique, administrée par la ville, porte ses plaintes au roi. Sa Majesté, par arrêt rendu solennellement en son conseil d'État, casse, annulle cet acte. Les Italiens sont appelés à Paris et commencent leurs représentations sur la scène de l'Opéra, le 2 août 1752, par la Serva Padrona, de Pergolèse"

C'était la première fois qu'une oeuvre en langue non française était représentée à l'Académie royale de musique. Elle eut un grand succès, et fut jouée à douze reprises. Tout au long des années 1752 à 1754, des oeuvres du même type furent jouées avec succès. Castil-Blaze commente : "La Serva Padrona eut un succès de fureur, de fanatisme. Anna Tonelli, Manelli, un soprane, une basse comique, produisirent seuls cet effet merveilleux. Un duo, tel était le morceau le plus compliqué, l'ensemble harmonieux le plus riche que la musique italienne vînt opposer aux masses de l'opéra français, et pourtant, du premier coup, elle compromit gravement l'existence de la psalmodie française."

La Serva padrona fut traduite en français par Pierre Baurans (*), et jouée sous le nom de La Soubrette maîtresse, puis La Servante maîtresse, à la Foire St-Germain, le 14 août 1754, avec Mme Favart (Zerbine) et Rochard (Pandolfe), sous la forme d'une comédie en deux actes, mêlée d'ariettes parodiées de La Serva Padrona. Il y eut cent-quatre-vingt-dix représentations de suite. Un exemplaire de la partition éditée chez de La Chevardière, est conservé à la BNF. 

(*) Pierre Baurans (1710 - 1764). Substitut du procureur-général au parlement de Toulouse, il monta à Paris, se lia d\92amitié avec Laruette et Mme Favart, et eut l'idée d\92accommoder la Serva padrona à la scène française. Il fit de même pour Il Maestro di musica. Quelques temps après, il fut victime d\92une attaque et, atteint de paralysie, s\92en retourna mourir à Toulouse. Il avait fait imprimer la Servante maîtresse en la dédiant à Mlle Favart avec un quatrain : Nature un jour épousa l'Art ; / De leur amour naquit Favart, / Qui semble tenir de sa mère / Tout ce qu'elle doit à son père.

Diderot et Grimm firent l\92éloge de l'adaptation de Baurans dans leur correspondance littéraire : Un nommé M. Baurans, vient d\92exécuter un projet dont le succès n\92a pas été et ne peut être contesté ; il a entrepris une traduction presque littérale de la Serva padrona, en conservant la musique du sublime Pergolèse. On peutsentir l\92extrême difficulté d\92une pareille entreprise. Cet intermède est joué à la Comédie-Italienne, et tout Paris y court avec une espèce d\92enthousiasme. Il est précédé d\92un prologue en forme de pièce, de l\92illustre M. de Chevrier. Celui-ci est intitulé la Campagne, et fourmille d\92épigrammes à la façon légère et agréable de cet auteur.

 

Dans une édition de 1784 du livret de la version française par Pierre Baurens figurèrent des Jugemens et Anecdotes sur la Servante Maîtresse : Cette Pièce est une traduction de la Serva Padrona, du célèbre Pergoleze. Baurans a conservé la Musique de ce sublime Compositeur, auquel l'Italie a donné le titre de divin, et qui a été confirmé par toutes les Nations. L'introduction de la Musique Italienne, par les Bouffons, avoit alarmé les partisans exclusifs de la Musique Françoise ; et ils avoient eu assez d'influence pour empêcher que l'on ne goûtât la Serva Padrona, qui fut représentée, en Italien, à la Comédie Italienne en 1746, et à l'Opéra en 1751. Dès que Baurans en eut traduit les paroles, son succès ne fut plus douteux. Elle attira tout Paris, et eut cent cinquante représentations de suite. Cette savante Musique, que l'on ne sauroit trop admirer, réunit, enfin, tous les suffrages. Mademoiselle Favart porta le rôle de Zerbine au plus haut degré de perfection que l'on puisse désirer dans ce genre, et Rochard plut généralement dans celui de Pandolfe. Son chant qui, jusques-là, avoit souvent mérité le reproche d'affectation, fut trouvé plus naturel : on jugea que c'étoit à l'exécution de la Musique Italienne, qu'il étoit redevable de ce perfectionnement de son talent. On peut regarder le succès de la Servante Maîtresse, comme l'une des premières époques du changement qui s'est fait dans notre Musique, et dont le Public impartial, et qui sait bien entendre les intérêts de ses plaisirs, ressent, aujourd'hui, tous les avantages.

La Serva padrona fut adaptée en allemand par Carl Alex Herkiots à Berlin, en 1810 ; par H. M. Schletterer en 1880, à Hambourg ; par Hermann Abert, puis par le Dr Lothar Jansen.

En avraial 2009, fut jouée à la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre des Inédits de la BNF, la version française de 1754, avec des dialogues parlés, dans une adaptation de Vincent Vittoz.

 

Synopsis

Uberto (basse), vieux garçon, est las de la tyrannie domestique de sa servante Serpina (soprano). Il annonce son intention de prendre femme et charge son valet Vespone (rôle muet mimé) de lui trouver une épouse, même laide, pourvu qu'elle soit soumise. Serpina, qui sait bien que le vieux grognon a, au fond, un faible pour elle, est décidée à se faire épouser. D'accord avec Vespone, elle annonce à son tour son mariage avec un certain capitaine Tempête. Elle fait de ce galant imaginaire une description si terrible qu'Uberto, préoccupé de l'avenir de Serpina, demande à faire la connaissance du capitaine. Arrive alors Vespone, déguisé. Serpina prend à part son vieux maître et lui explique que son fiancé exige - avec d'horribles menaces - le paiement d'une dot exorbitante. Il ne renoncera à Serpina et à la dot que si Uberto épouse lui-même la servante. Uberto, soulagé, accepte avec joie. Serpina, qui n'attendait que cela, devient donc de servante maîtresse.

 

Lors de son passage à Bologne, en septembre 1739, le futur président de Brosses, alors âgé de trente ans, se rendit au théâtre San Giovanni in Persiceto, situé à quelques kilomètres de Bologne, pour écouter un opéra et apprécia particulièrement l'intermezzo La Serva Padrona : Pour un opéra de campagne, il est assez passable. Ce n\92est pas qu\92il y ait ni cireurs, ni poème supportable, ni acteurs ; mais les airs italiens sont d'une telle beauté, qu\92ils ne laissent plus rien à désirer dans le monde quand on les entend. Surtout il y a un bouffon et une bouffonne qui jouent une farce dans les entractes, d\92un naturel et d\92une expression comiques, qui ne se peuvent ni payer ni imaginer. Il n\92est pas vrai qu'on puisse mourir de rire; car à coup sûr j\92en serais mort, malgré la douleur que je ressentais de ce que l\92épanouissement de ma rate m\92empêchait de sentir, autant que je l\92aurais voulu, la musique céleste de cette farce. Elle est de Pergolèse. J\92ai acheté sur le pupitre la partition originale que je veux porter en France. Au reste, les dames se mettent là fort à l\92aise, causent ou, pour mieux dire, crient pendant la pièce, battent des mains, en criant bravo ! bravo ! Pour les hommes, ils sont plus modérés ; quand un acte est fini, et qu\92il leur a plu, ils se contentent de hurler jusqu\92à ce qu\92on le recommence. Après quoi, sur le minuit, quand l\92opéra est fini, on s\92en retourne chez soi en partie carrée de Mme de Bouillon, à moins que l'on n\92aime mieux souper ici, avant le retour, dans quelque petit réduit.

 

"Sans ouverture ni prélude, le premier acte débute par un air de basse. A noter le caractère nettement instrumental des airs de la Servante Maîtresse, avec des paroles répétées à satiété qui semblent juxtaposées après coup. Nous sommes loin de la déclamation musicale des sçènes comiques de Monteverdi où l\92on s\92efforce de réaliser un équilibre entre la musique et le texte. Ici c\92est la musique qui constitue le premier moteur, même si la vocalité de la Servante Maîtresse est simple, avec des airs faciles à chanter et faciles à retenir. Donc Umberto, dans son premier air, se plaint d\92être mal servi et de toujours attendre. Pour le moment il attend son chocolat, que sa servante Serpina néglige de lui apporter. Dans un récitatif, Umberto apprend au public que celle-ci est une aimable fille qu\92il a recueillie jadis, mais que ses bontés l\92ont rendue insolente et que maintenant elle prend des allures de maitresse. Aux reproches d'Umberto, Serpina répond, en effet, avec humeur. Elle va jusqu\92à interdire à son maître de sortir. A la suite de quoi, elle se vante auprès du valet Vespone (le personnage muet) de parvenir à se faire épouser par cet Umberto qu\92elle rabroue sans cesse. Ainsi s\92achève le premier acte (ou entracte).

Au second, nous retrouvons Serpina en train de circonvenir Vespone dont elle attend l\92aide pour arriver à ses fins. Ayant déguisé celui-ci enmatamore, elle le présente à Umberto sous le nom de capitaine Tempête. Puisque Umberto refuse de l\92épouser, elle a trouvé un autre fiancé. Il n\92en faut pas plus pour émouvoir Urnberto. Et ici se place une page où la recherche expressive est rendue avec quelque bonheur. Mais ce sentiment cède au comique de la commedia dell'arte quand Serpina menace de faire rosser Umberto par le faux capitaine Tempête à moins qu\92il ne consente à lui donner une dot de quatre mille écus. Ce trait décide Umberto qui préfère garder l\92argent et épouser lui-même Serpina pour le meilleur et pour le pire. Peut-être d\92ailleurs le meilleur l\92emportera-t-il, car dans un duetto final Serpina avoue que l\92amour véritable qu\92elle éprouve pour Umberto lui a inspiré ces stratagèmes." (L'Opéra des origines à demain - Jacques Bourgeois)

 

"On a voulu faire remonter à La Serva padrona les origines de l'opéra bouffe, forme qui se développera au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle et culminera avec Rossini. En effet, dans cet opéra, Pergolèse invente des dizaines de motifs spirituels, sarcastiques, typés et définit les caractères par des sonorités. La Serva padrona, formée de parties récitées et de parties chantées (arias et duos), devint un véritable manifeste lorsqu'elle fut montée à Paris, en 1752, par la compagnie Bambini. Elle donna lieu à la fameuse "Querelle des Bouffons" qui mit aux prises les partisans de la musique française (représentée par Lully et Rameau) et ceux de la musique italienne. Parmi ces derniers figurait Jean-Jacques Rousseau, qui soutint la musique italienne dans des écrits comme la "Lettre sur la musique française" (1753) et en composant lui-même, sur le modèle de La Serva padrona, un petit opéra intitulé Le Devin du village, représenté à Fontainebleau en 1752." (Dictionnaire chronologique de l'Opéra - Le Livre de Poche)

 

"L'invention mélodique est remarquable, le discours musical toujours vif et léger. Les personnages sont certes les stéréotypes de la commedia, pourtant le compositeur sait les humaniser, montrant ainsi la voie à Cimarosa et Rossini" (Classica - octobre 2001)

 

http://www.lamediatheque.be/travers_sons/op_per01.htm

http://www.librettidopera.it/servapad/servapad.html

http://opera.stanford.edu/iu/libretti/serpadr.htm

http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/P_files/serva_padrona.pdf

 

Représentations :  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le charme de La serva padrona résiste au passage des siècles ! Composé de deux intermezzi insérés dans la création d'Il prigionier superbo du même Pergolesi, au Teatro San Bartolomeo de Naples, en 1733, l'ouvrage fait son effet dans n'importe quel contexte, les solutions les plus extravagantes ne faisant qu'en exalter la modernité.

À Jesi, Henning Brockhaus a choisi de le présenter sous la forme d'une comédie en musique, interrompue par un «mimodrame» : Acte sans paroles I de Samuel Beckett, écrit en français en 1956 et créé l'année suivante à Londres, dans sa traduction anglaise (Act Without Words 1). La pièce a, pour unique personnage, un homme que le destin jette au milieu d'un désert. Progressivement, surgissent quelques objets (un arbre, une gourde ... ) qu'il cherche à saisir sans y parvenir, chaque tentative étant soulignée par un coup de sifflet venu des coulisses. L'homme finit déçu, frustré, incapable de comprendre ce qui lui arrive.

Il fallait, bien sûr, trouver un trait d'union entre Pergolesi et Beckett. Il est incarné par Vespone, le serviteur muet de La serva padrona, qui aide Serpina à se faire épouser par leur maître, Uberto. Les deux intermezzi se déroulent ici dans un cirque agréableement surréel. Uberto devient un dompteur (dompté, en l'occurrence !) et Vespone un clown, que l'on retrouve comme protagoniste d'Acte sans paroles I. Le glissement s'effectue avec un naturel parfait, grâce à la cohérence du concept initial de Henning Brockhaus, le metteur en scène allemand poursuivant, avec ce diptyque, le parcours initié à Jesi, en 2004, avec le doublet La serva padrona/Le Devin du village.

Les décors de Benito Leonori, les costumes de Giancarlo Colis et les éclairages d'Alessandro Carletti forment un cadre élégant, sans rien d'affecté ni de maniéré. Corrado Rovaris dirige l'Accademia Barocca avec un savant mélange d'intelligence, de maîtrise stylistique et de vie. Tout juste lui reprochera-t-on de passer un peu à côté de la sensualité bien présente chez Serpina.

Alessandra Marianelli et Carlo Lepore n'appellent aucun reproche, la première à la voix gracieuse et à la diction d'une netteté sans faille, le second bon chanteur et comédien plein d'aisance. Mais le vrai héros de la soirée est Jean Ménigault, dit Méningue : cet artiste français aux multiples talents (clown, mime, danseur, jongleur ... ), comédien charismatique et convaincu, domine les débats, aussi bien en Vespone qu'en protagoniste d'Acte sans paroles I."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Quel caractère, elle m'exaspère ! » La voix du baryton Vincent Billier résonne haut et fort dans l'une des salles du théâtre d'Arras. À ses côtés, la soprano Aurélia Legay et le comédien Jean-Daniel Senesi écoutent attentivement les directives du metteur en scène Vincent Vittoz. L'ambiance de cette séance de répétition est studieuse. La concentration est à son maximum. Car les trois artistes doivent être prêts pour le 4 octobre. À cette date, ce ne sont plus des sièges vides mais un public qu'ils auront en face d'eux. « Nous avons déjà interprété cette oeuvre en concert,explique Aurélia Legay. Maintenant que nous maîtrisons nos textes, nous travaillons la mise en scène. » Tous trois incarnent les personnages de La Servante Maîtresse. « Cet ouvrage a été écrit par Pergolèse en 1733. Ça a été un tel succès qu'une adaptation française, fait rare à cette époque, en a été faite 20 ans plus tard », explique le metteur en scène. Mais cette partition inaugure surtout un nouveau genre : l'opéra comique. Entendez par là une oeuvre où les scènes chantées alternent avec des dialogues parlés.

Afin de redynamiser le propos, Vincent Vittoz et Jérôme Correas, le directeur musical, ont fait une réadapation de l'adaptation en y injectant des extraits du Maître de Musique, toujours de Pergolèse. « La Servante Maîtresse est un ouvrage court d'une quarantaine de minutes. Nous l'avons transformé en une représentation d'une heure et demi. » Une heure et demi durant laquelle Zerbine (Aurélia Legay) tente, avec la complicité du domestique Scapin (Jean-Daniel Senesi), de se faire épouser par son maître Pandolphe (Vincent Billier) à grand coup de subterfuges. « Ce qui me passionne dans cet ouvrage, c'est le côté humain plus que le côté bouffon », souligne le metteur en scène. D'où sa volonté de travailler avec des artistes aussi bons chanteurs que comédiens.

Afin de donner toute leur importance aux personnages, il a privilégié une scénographie épurée, sans fioritures. Le plateau ressemble à une rampe de skate board où de multiples ouvertures et trappes sont disséminées. « C'est un espace de jeu plus qu'un décor », explique Amélie Kiritzé-Topor, la conceptrice.

En résumé, tout est en place pour un vrai divertissement sans chichi, à mille lieux du grand opéra classique. Des mélodies simples et entraînantes soutenues par un orchestre de 15 musiciens, un double registre de jeu à la fois comique et sentimental... « C'est une parfaite initiation à l'art lyrique.

Tout le monde y trouve son compte », conclut Vincent Vittoz. (Nord Éclair - 20 septembre 2009) 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"...voici un nouveau joyau de l'opéra buffa. Mais c'est un premier chef d'\9Cuvre qui paraîtra à partir du 22 mai, et ce pour trois dates seulement, une partition qui nous plonge aux origines du genre : la Commedia dell' arte et ses comiques de situations les plus mordants mènent la danse. Opposition de classes, guerre des sexes, conflit entre les âges aussi sont les prétextes d'une musique endiablée. Outre qu'il s'agit de l'\9Cuvre maîtresse d'un musicien mort trop jeune, que nous sommes en présence d'un ouvrage fulgurant en ce qu'il incarne une manière de modèle indiscutable du genre "bouffon", La Serva Padrona est créée en Italie en 1733, l'année ou Rameau inaugure sa première tragédie Lyrique, "Hyppolite et Aricie" à l'Opéra de Paris.

On voit bien ce qui détache Italiens et Français : la farce domestique d'un côté, la machinerie grand style de l'autre. D'ailleurs, quand cette Serva Padrona est jouée à Paris pour la première fois, en 1752, Pergolèse pourtant dans la tombe, sème les foudres d'une querelle esthétique particulièrement orageuse, la Querelle des Bouffons, qui oppose justement les partisans de la grâce réaliste des chanteurs italiens à la dignité de l'opéra tragique conçu par Lully. C'est Rousseau contre Rameau.

Succès de scandale, la pièce maîtresse de Pergolèse assiègera les cintres du Théâtre des Champs Elysées dans une mise en scène de Gilbert Deflo qui s'inspire du dispositif autrefois inauguré par Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan. Un travail sur les relations entre les êtres auquel répondra une "fosse" experte à exprimer la passion des situations les plus explosives, celle des instrumentistes du Concerto Köln, dirigés par Jonathan Darlington. En 40 minutes de pures délices sulfureux, ceux ciselés par le génie d'un prodige napolitain, découvrez qui du riche barbon Uberto (Angelo Romero), ou de sa jeune servante qui donne le titre à la partition, Serpina (Anna Maria Panzarella), ou bien encore du serviteur muet (Enrico Maggi) saura asséner sa raison."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Avec La Serva padrona, on plonge sans réserve dans un plaisir constant. La production lausannoise vous ferait presque vous interroger : n'auriez-vous pas rallié le coin de la reine plutôt que celui du roi, devant un spectacle aussi éclatant de vitalité et d'efficacité dramatique ? Est-ce par la vertu de la toile peinte d'Ezio Frigerio, les costumes ravissants de Franca Squarciapino, le plein feu permanent de Bruno Bayer ? Gilbert Deflo semble gagné, dans sa mise on scène, par l'esprit du Piccolo Teatro de Milan. La présence même d'un élève de Ferrucio Soleri, Enrico Maggi, dans le rôle muet du valet Vespone, apporte au spectacle un peu de la lumière, et de la virtuosité, de l'inoubliable Arlecchino goldonien du Piccolo. Ce qui n'enlève rien aux mérites des deux protagonistes, également époustouflants d'aisance. Angelo Romero incarne un Uberto d'une belle étoffe et d'une précision rare. Isabel Monar, piquante à souhait, possède un soprano susceptible de se plier à toutes les nuances et à tous les caprices de cette musique-mousse de champagne. Les deux duos, on particulier, atteignent une perfection de mécanique horlogère, qui n'est pas pour rien dans la grâce du spectacle. Et l'orchestre joue bien le jeu de ce perpétuel rebondissement, avec colères lilliputiennes et larmes de crocodile." (Opéra International - mai 1996)

 

La Serva Padrona

" ...une Serva padrona, au rythme trépidant et au charme irrésistible. Décors, costumes et interprétation font de chaque instant un plaisir à savourer. Philippe Cantor et lsabelle Poulenard prê-ent leurs voix enjouées au duo cocasse que forment le vieux ronchon Uberto et son accorte servante Serpina, experte en ruses destinées à se faire épouser. Dans un décor blanc, orné de fauteuils bleus à pattes dorées, les dix musiciens de l'Ensemble baroque de Nice, devenus les invités d'Uberto, arborent tricornes et plumes. Ils soulignent avec verve les trouvailles de la brillante partition, où Pergolesi s'amuse de ses personnages et de leurs intrigues, jusqu'à la fin où l'orchestre fait entendre les coeurs qui battent. Eric Vigié exploite astucieusement le rôle muet du serviteur Vespone, ajoute une danseuse aguichante, qui virevolte pendant l'ouverture, tandis qu'un enfant moqueur incarne Cupidon. A en juger par les réactions du public, et en particulier des jeunes spectateurs, conquis par les trouvailles et les gags de la mise en scène, un spectacle aussi divertissant constitue une introduction idéale à l'opéra." (Opéra International - mars 1996)

 

 

La Serva Padrona au Teatro Rossini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Elisabeth Schumann dans La Serva padrona

 

 

 

 

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