SALUSTIA

COMPOSITEUR

Giovanni Battista PERGOLESI
LIBRETTISTE

S. Morelli d'après Apostolo Zeno

  Premier opéra composé par Pergolèse, entre 1731 et 1732, sur un livret en trois actes de S. Morelli, d'après Alessandro Severo d'Apostolo Zeno. Il fut créé, sans beaucoup de succès, au teatro San Bartolomeo de Naples, en janvier 1732.

Le castrat soprano Nicoli Grimaldi, dit Nicolino, avait été pressenti mais mourut de maladie pendant les répétitions, le 1er décembre 1732. Il fut remplacé par Gioacchino Conti, dit Giziello.

 

 

Argument

Sallustia, épouse d'Alexandre Sévère, est calomniée par sa belle-mère, la jalouse Julie. Celle-ci cherche à convaincre son fils de la répudier. Adrien, père de Sallustia, tente de tuer Julie. Il est condamné à être jeté aux fauves, mais parvient à tuer le léopard qui s'apprêtait à le dévorer. Julie lui pardonne et les époux se réunissent. (Dictionnaire chronologique de l'Opéra - Le Livre de Poche)

 

Pour en savoir plus :

Alma opressa

 

 

Représentations :

"Salustia aime sans mesure. Elle semble solliciter toute sa mémoire, sa finesse et son imagination devant la destinée et en particulier devant son rôle au côté de son époux, l’empereur Alessandro. Jamais elle ne juge, toujours comprend, parfois s’émerveille. Elle est en quelque sorte la clairvoyance, l’égalité d’âme, le don des larmes, la générosité, le dévouement, le sacrifice, le silence, le courage jusqu’à la mort. Sa détermination est d’empoigner tout ensemble ces regrets, ces remords et ces questions.

Une mise en scène qui s’inspire des manifestations du cœur, une mise en scène qui doit le réjouir afin de restituer la lumière d’une présence que l’on rencontre si rarement dans la vie et en rendre grâce. Connaître quelqu’un est une tâche infinie, si limitée. Les actes, les paroles, les silences peuvent être racontés, interprétés… les pensées sont inaccessibles. Ce qui est le plus important n’est pas ce que pense Salustia mais ce qu’elle donne à penser. La connaître c’est l’aimer bien sûr, mais aussi s’aimer soi-même d’une humanité capable de tant de bonté. Une bonté souvent mise à l’épreuve tout au long de l’opéra dans une Rome, presque énigmatique, remplie de vanité, de pouvoir, de duplicité.

L’Histoire, les femmes le savent toutes, reste l’apanage officiel des hommes ; pour se glisser dans ses rouages sans être broyée il faut feindre, ruser, se créer des alliés puissants, distribuer des faveurs, séduire, corrompre, punir et savoir, quand il le faut, sortir de scène. En cela, Salustia est une femme d’aujourd’hui. De nos jours, l’ignorance n’est-elle pas grandissante ? La vulgarité n’est-elle pas envahissante ? Tout présuppose le vide, la faiblesse masculine… les mâles sont au plus bas, leur bassesse animale remonte. Salustia est-elle une victoire ? Oui, car il n’y a pas de calcul en elle. Seule la pensée compte. Elle nous dit de ne pas nier ni rejeter ce que nous sommes : des êtres pensants…

Autour d’elle les personnages s’animent et se confrontent : l’impératrice Giulia, Albina, Claudio et son père Marziano. Ils ont tous des caractères forts, et sont tantôt esclaves de l’apparence, du conformisme et de leur ego… Ils ne sont pas inanimés. L’intrigue se crée sous nos yeux et nous révèle l’ambiguïté de ce que nous sommes. C’est le premier opéra que Pergolese a composé. Sa musique d’une grande force d’expression, annonciatrice de beaux moments, nous guide : la musique d’un tout jeune homme qui exprime la poésie qui pense et se déploie... une manière de tenir en éveil sa pensée et sa réflexion." (Présentation du metteur en scène)

"Giovanni Battista Pergolesi compose son premier opéra Salustia en 1731. Le castrat Nicolino, star du chant napolitain d’alors qui devait créer le rôle-titre décéda peu de temps avant la création et l’ouvrage ne fut probablement jamais joué du vivant du compositeur italien. Première et résurrection annoncée comme un événement par le Festival de Montpellier, l’œuvre dans sa forme dépouillée scénographiée par Jean-Paul Scarpita, bien peu inspiré par l’opéra baroque du Settecento, se révèle néanmoins, malgré des coupes maladroites qui affectent surtout les superbes arias, moins le tunnel des récitatifs souvent longs et ennuyeux (faute aux interprètes qui manquent souvent d’intelligence théâtrale et d’articulation ciselée) ?). Caprice du metteur en scène, en décalage avec l’action originelle et sa pureté tragique, la pluie qui corrompt la lisibilité du troisième acte (voix et orchestre couverts par le crépitement de la matière liquide) ; mais l’aspect visuel ne manque pas de piquant, en permettant aux danseurs, en second plan, de dévoiler leur nudité antique, rappelant la poésie des peintres classiques dont les corps peints, sculptés dans la lumière, réactivent le canon de l’idéal de la Renaissance. Antonio Florio et sa Cappella de’Turchini savent exprimer la rhétorique expressive du premier théâtre musical de Pergolèse, avec une attention aux mots, à la puissance invocatoire du texte, ce que n’offre pas l’opéra suivant du compositeur, Adriano in Siria, qui s’inscrit davantage dans le moule des opéras napolitains, où la performance vocale concurrence Haendel à Londres et Vivaldi à Venise. Déjà mise en avant dans la Statira de Cavalli, Maria Ercolano égratigne en permanence la pure vocalità du rôle-titre en particulier à cause de son vibrato envahissant et une ligne musicale en déséquilibre. A suivre, les sopranos Valentina Variale (Albina) et Raffaella Milanesi (Giulia), surtout la mezzo Marina De Liso (Marziano) : tempérament, ardeur, fougue musicale et solidité technique. Tout n’est guère convaincant dans cette production défricheuse mais en faisant son tri, le spectateur amateur d’opéra baroque, y détectera quelques perles qui rendent le spectacle finalement captivant."

  "Pergolèse a 21 ans lorsqu’en 1731, il compose Salustia pour le Teatro di San Bartolomeo de Naples. Un oratorio, La Fevice sul rogo, et un drame sacré en trois actes ont déjà attiré l’attention sur son jeune talent. Pour son premier opera seria, il dispose d’un sujet adapté d’un drame d’Apostolo Zeno. Alessandro Severo, qui, aux temps agités de la décadence romaine, relate la rivalité entre Giulia, la mère de l’empereur, et Salustia. son épouse. Rien de très original dans cette histoire de complots autour du pouvoir mais l’opportunité, pour le musicien, de démontrer l’originalité de son talent et l’orientation de ses recherches. La distribution vocale qui, à l’origine, devait reposer surtout sur le célèbre castrat Nicolino (Nicola Grimaldi), réserve une place de choix à la redoutable Giulia. Mais c’est à Salustia, héroïne exemplaire, parée de toutes les vertus de dignité et de sacrifice, que Pergolèse destine ses plus belles pages. Des airs tels que « Sento un acerbo duolo » ou « Per queste amare lagrime » annoncent ainsi les moments les plus pathétiques du Stabat Mater.

Antonio Florio et on Cappella della Pietà de’ Turchini sont suffisamment familiers de ce type de répertoire pour dégager immédiatement ce qui en fait la séduction. A ce qui pourrait apparaître comme une architecture trop pompeuse et sans grande fantaisie, ils savent apporter une vie de tous les instants, un frémissement et une passion qui, aussitôt, illuminent le marbre d’une construction monumentale. On ne s’ennuie pas, bien au contraire, et cela tient également à la qualité des interprètes, formés eux aussi à une telle discipline. On remarque en particulier Maria Ercolano qui réussit à traduire la grandeur touchante de Salustia grâce à un chant d’une tenue exemplaire, où l’émotion la plus pure vient teinter agréablement la rigueur des lignes.

A un même niveau d’excellence, José Maria Lo Monaco et Marina De Liso apportent leurs sombres couleurs et leur invention belcantiste aux rôles travestis d’Alessandro et de Marziano. Raffaella Milanesi n’a pas tout à fait l’ampleur et les éclats terribles que l’on pourrait attendre pour Giulia mais, scéniquement autant que vocalement, son personnage n en existe pas moins avec force. Valentina Varriale traduit avec justesse le dépit amoureux d’Albina. Au sein de cette distribution entièrement italienne, il n’y a guère que Cyril Auvity pour nous décevoir quelque peu, avec une émission sans souplesse et un registre aigu plutôt terne.

La mise en scène deJean-Paul Scarpitta s’en tient à un prudent classicisme, en évitant avec raison tout ce qui pourrait couper trop nettement la Salustia de Pergolèse de l’époque qui l’a vue naître. C’est à peine si quelques allusions laissent deviner une lecture plus libre de ce que pouvaient être certaines affinités sexuelles dans la Rome antique. De beaux jeunes hommes en jupette complètent ainsi la décoration de ces tableaux vaguement inspirés de Poussin, qui se succèdent sur fond de collines doucement mamelonnées ou de mer démontée. Il pleut beaucoup sur le plateau, en particulier pendant toute la seconde partie de l’ouvrage. Le troisième acte s’ouvre d’ailleurs dans une ambiance visuelle évoquant les thermes de Rome. Hommes entre eux et femmes entre elles, à peine vêtus de maillots couleur chair, se frôlent ou se caressent sous une douche commune. La décadence romaine se résume ainsi à des images bien sages et l’on ne s’offusque guère de voir Claudio abandonner son amante au bénéfice d’un solide giton."

 

 

 

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