PROSERPINE

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Philippe Quinault
 
ORCHESTRE

Le Concert Spirituel
CHOEUR

DIRECTION

Hervé Niquet

Proserpine

Salomé Haller

La Paix

Bénédicte Tauran

Cérès

Stéphanie d'Oustrac

Aréthuse, Cyané

Blandine Staskiewicz

La Victoire

Hjördis Thébault

Alphée

Cyril Auvity

Mercure

François-Nicolas Geslot

Ascalaphe

Benoît Arnould

Jupiter, Crinise

Marc Labonnette

La Discorde

Pierre-Yves Pruvot

Pluton

João Fernandes

DATE D'ENREGISTREMENT

septembre 2006 (Versailles) - novembre 2007 (Poissy)

LIEU D'ENREGISTREMENT

Opéra Royal du Château de Versailles - Théâtre de Poissy

ENREGISTREMENT EN CONCERT

EDITEUR

Glossa

DISTRIBUTION

Harmonia Mundi

DATE DE PRODUCTION

29 mai 2008

NOMBRE DE DISQUES

2 (Livre-disque - édition limitée et numérotée)

CATEGORIE

DDD

Critique de cet enregistrement dans :

 

"La discographie de la tragédie lullienne s’enrichit d’année en année : ne manquent plus que Cadmus, Psyché et Bellérophon, ce qui, en regard de l’an 2000, représente déjà un progrès remarquable — à condition de ne pas s’endormir sur ces lauriers, en considérant comme un aboutissement ce qui n’est en réalité qu’un point de départ. Saluons donc avec cris et crécelles cette Proserpine versaillaise qui nous vaudra, on peut l’affirmer sans crainte, de délicieuses heures d’écoute et de réécoute, pleines d’espoir de voir la pièce représentée, et non seulement jouée, comme elle le fut lors de se première reprise moderne.

Ces circonstances signalent et justifient à la fois les limites de l’enregistrement. On ne peut qu’admirer sa tenue globale, musicale et vocale, les choeurs homogènes et virtuoses, d’une diction exemplaire (quel bel ” écho “ au début du troisième acte !), un niveau orchestral considérable et une distribution sans faille. Salomé Haller a gagné en souplesse et douceur, Blandine Staskiewicz est exquise de noblesse, Stéphanie dOustrac très touchante, Cyril Auvity charme par un legato parfait, Marc Labonnette et Joao Fernandes ”grondent“ superbement. La baguette d’Hervé Niquet chante, danse, caresse et anime le tout avec grâce et ferveur, révélant une partition de toute beauté.

D’où nous vient alors la légère mais constante frustration qui nous étreint dès le Prologue pour ne jamais nous lâcher? Elle a pour origine un déficit frappant de conscience théâtrale. Est-ce un drame (aussi ténu soit-il ici) que nous entendons, avec caractères et situations, ou un immense motet versaillais qui métaphorise les enjeux à l’excès (ce que suggère aussi un continue trop discret et peu varié, guère engagé dans les affres des héros qu’il porte) ? Une suite de tableaux vivants — ou bien des “ événements “, péripéties, conflits, coups de théâtre ? Niquet opte pour un enivrant sostenuto, traversant chaque acte presque sans respirer — cela impressionne, cela fascine, cependant l’esprit bientôt s’impatiente, espérant une rupture, une surprise, un détail parlant qui vienne déchirer l’étoffe dorée de la musique. On ne se lasse pas de l’admirer, mais que raconte-t-elle ? Une fois n’est pas coutume, ici le ” beau “ célèbre son empire sur le ” vrai “, et la Paix triomphe sur la Discorde. Les musiques heureuses n’ont-elles pas d’histoire ?

"Vous l'attendiez depuis 2006 et sa création en version de concert à la Cité de la Musique ! Les esprits chagrins craignaient de retrouver les coupures constatées ce soir là. Et bien voici une attente qu'Hervé Niquet, le Concert Spirituel et la maison de disque Glossa ont mise à profit pour nous réserver une magnifique surprise ! Proserpine retrouve dans cet enregistrement un éclat digne du Roi Soleil à son zénith.

L'intrigue simplissime : l'enlèvement de Proserpine à sa mère Cérès par Pluton peut expliquer un certain désintérêt du public dès la première représentation. Pas de prince qui doit combattre pour libérer son pays et sa princesse. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, le livret de Quinault et la musique de Lully ont des trésors à nous y révéler que cet enregistrement permet enfin de découvrir au grand jour.

Un précieux guide vous facilitera cette découverte, premier trésor qui accompagne ce CD. Le livre (livret), vous permettra de connaître tous les niveaux de lectures possibles et imaginables qui ont accompagné cette oeuvre au moment de sa création, puis lors de ces trop rares réapparitions au répertoire. Benoît Dratwicki, le jeune et passionné directeur artistique du Centre de Musique Baroque de Versailles introduit cette oeuvre oubliée, accompagné par quatre autres musicologues et tous sauront vous donner l'envie de savourer ce magnifique travail d'érudition dans une édition limitée et numérotée.

Côté musique, dès le prologue Hervé Niquet et le Concert Spirituel vous emporteront, avec l'ensemble de la distribution dans le tourbillon qu'est la musique de Lully. Car prologue il y a donc ! Tout ici est brillantissime ! Le Concert Spirituel nous démontre combien Lully savait donner mille feux à la poésie amoureuse des vers de Quinault (et l'on peut regretter quelques petites coupures dont on ne nous donne pas la raison mais que l'on nous annonce). C'est toutes les couleurs de l'orchestre baroque qu'Hervé Niquet fait ressortir, jusqu'aux sonorités profondes et graves de la basse de cromorne aidé par une prise de son remarquable. Chaque interprète nous émerveille. Voici une distribution rêvée, où Stéphanie d'Oustrac par sa voix chaude et de bronze est une Cérès tragique (Que tout se ressente de la fureur que je sens) et si murmurante et douce pourtant (Goutons dans ces aimables lieux). Des moissons, elle porte l'avenir, de la colère, elle est le volcan. Salomé Haller est une émouvante Proserpine, aux aiguës célestes et dont la grâce presque froide, apporte aux Enfers une élégance baroque. João Fernandes, nous révèle un Pluton dont la voix sait nous montrer dans sa gravité amoureuse, les failles que les femmes lui dénient.

Tous les autres rôles sont également distribués avec un goût certain : Cyril Auvity est un délicat et séduisant Alphée formant avec Blandine Staskiewicz, un couple dont les amours à la délicate poésie, qui ont pu parfois sembler hors de propos, apportent au contraire cette touche d'humanité à ce monde des dieux. Leurs voix s'unissent avec sensualité. Mercure est un doux flagorneur auquel François-Nicolas Geslot prête une suavité séduisante. Dans le prologue enregistré ultérieurement, les Allégories de la Paix, de la Discorde et de la Victoire sont rayonnantes et graves, jouant de la théâtralisation de leurs personnages et des situations mises en scène. Tous les interprètes, y compris le choeur soignent la déclamation, le français retenu en étant moderne (pourquoi pas lorsque c'est aussi bien interprété) et le texte de Quinault permet au récitatif de Lully de se révéler, éblouissant et chantant, se transformant en véritable arioso à l'occasion. N'oublions donc pas les choeurs qui tiennent parfaitement leur rôle et dont la présence dramatique et les couleurs contribuent avec brio à ce bel enregistrement. "

"Pour qui s’était précipité sur l’édition proposée l’an dernier par Le Monde de l’opéra (n° 22) ,cette Proserpine est exactement la même, enregistrée à Versailles en 2006, à l’exception du Prologue rajouté après les virulentes critiques adressées à Hervé Niquet pour les coupures dont il est coutumier. On retrouve donc le gratin du baroque français : l’émotive Salomé Haller, la virulente d’Oustrac, un Auvity plus poète vocal que jamais et un Joao Fernandes impressionnant de noirceur et de tendresse virile. Niquet choisit, comme pour se précédente Sémélé, des tempos rapides et nerveux, donnant à l’oeuvre une force dramatique soutenue. C’est efficace, mais, sur la durée, cela ne convainc pas. Il y manque les contrastes, la souplesse, les changements émotifs, comme si la lecture hypertendue de Niquet ne pouvait admettre de respirer. Divertissements, chaconne et passacaille ont pourtant, dans la tragédie lyrique, cette fonction. Mais une fois encore, les ciseaux sont intervenus. En effet, pour qui désirerait une oeuvre complète, le compte n’y est toujours pas. La scène vVIII du deuxième acte a été tripatouillée, imposant bien la discorde dans le chant de Salomé Haller. Les scènes I et V du quatrième acte sont largement dégraissées, comme on le voit en comparant l’édition Glossa à l’originale éditée par Ballard en 1680. Douze vers par ici, trente par là : adieu duos et choeurs, comme si leur développement même gênait. Pourtant on aurait aimé pouvoir comparer cet acte élyséen à son frère ramiste dans Castor et PolIux.

Difficile pour le critique d’apprécier à sajuste valeur une oeuvre que l’on ne réenregistrera pas de sitôt. Arguer que celle-ci n’aurait pas tenu sur deux CD n’est pas admissible, de même que les prétentions des éditeurs à juger de la plus ou moins bonne qualité de la musique qu’ils servent. L’auditeur— acheteur est le seul juge, les artistes étant au service de l’oeuvre, non le contraire, chaque auditeur « fera sa religion ». L’événement attendu reste en deçà de nos attentes. Dommage pour cette publication pourtant soignée."

"Cérès quitte « l’abondante Sicile » pour dispenser ses « soins bienfaisants » à la Phrygie. Pluton en profite pour lui ravir sa fille Proserpine. Pour sa huitième tragédie en musique, Lully dispose d’un argument bien mince. Il multiplie les interventions orchestrales, additionne les ritournelles, sollicite le choeur et fait montre d’une foisonnante invention mélodique. Que les inquiets se rassurent Proserpine préfère aux arides récitatifs d’ondoyants vallons mélodiques.

Sans doute pour pouvoir loger cette première discographique sur deux CD, Hervé Niquet (ou l’éditeur?) a procédé à quelques coupures, signalées dans le livret. Il dispose par ailleurs d’un plateau de spécialistes qui compte quelques-uns des meilleurs interprètes du répertoire baroque français : la Cérès angoissée de Stéphanie d’Oustrac, la Proserpine apeurée de Salomé Haller, le Pluton viril de Joao Fernandes, l’Alphée amoureux de Cyril Auvity sont parfaits. On ne détaillera pas davantage les beautés de la partition. Hervé Niquet est toujours en alerte, fier de ne jamais abandonner ses troupes. Il peut s’enorgueillir de la qualité de son orchestre, brillamment mené par son premier violon, Alice Piérot. Merci à Glossa qui, une fois de plus, éclaire l’enregistrement d’un riche livret."

 

 

 

 

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