
COMPOSITEUR
|
Henry PURCELL
|
LIBRETTISTE
|
Nahum Tate
|
DVD
Opéra (Z 626) en un prologue et 3 actes, sur un
livret inspiré de la tragédie Brutus of Alba, or the
Enchanted Lovers tirée du Livre IV de
l'Enéide de Virgile, écrit par Nahum Tate,
dramaturge et poète irlandais, né en 1652 à
Dublin.
On a longtemps pensé qu'il avait
été composé, comme l'indique un livret de huit
pages datant de 1689, pour Josias Priest, maître à
danser d'une école de jeunes demoiselles de Chelsea, la
Boarding School for Girls, dans la banlieue de Londres, à
l'automne 1689.
On pense aujourd'hui qu'il pourrait avoir
été représenté dès 1684, à
la cour de Charles II, mort en 1685, à l'instar d'un petit
opéra de John Blow, dont on a également retrouvé
le livret publié à l'occasion de la
représentation dans cette même école..
Dido and Aeneas fut repris, avec des
aménagements, par Charles Gildon, en 1695, au Lincoln's Inn de
Londres, pour accompagner son adaptation d'une comédie de
Shakespeare, puis deux fois en 1704, chaque fois en accompagnement
d'une pièce de théâtre.
Le manuscrit principal est celui de la
bibliothèque de St Michael's College, à Tenbury, et
date de 1775 environ (ou 1750 ?) (on ne dispose d'aucun manuscrit de
la main de Purcell). N'y figurent ni les six danses du prologue, ni
celle de la fin de l'acte II, ainsi que deux danses pour guitare. Le
manuscrit est actuellement détenu à la Bodleian Library
d'Oxford.
"On a appris récemment que c'est probablement
à la cour, en 1684, que l'ouvrage, conçu comme un
pendant du Vénus et Adonis de John Blow, a vu le jour et qu'il
était agrémenté d'un prologue, de danses et
d'"effets spéciaux ". La version qui nous en reste, sujette
à nombre d'incertitudes musicologiques mais parfaite dans son
elliptique sobriété, ne serait donc que le
résultat des nombreux remaniements opérés au fil
des reprises." (Le Monde de la Musique - novembre 2003)
"Les plus récentes recherches nusicologiques
que mentionne le texte de présentation de l'enregistrement
d'Ivor Bolton replacent Didon et Enée dans une toute autre
perspective. Cet ouvrage aurait été composé en
1683-1684, dans l'ombre du Venus and Adonis de John Blow ; les
représentations de 1689 n'auraient donc été
qu'une reprise, avec les aménagements musico-dramatiques que
cela suppose. Didon et Enée ne serait pas exempt de
connotations politiques à l'égard de Charles II et des
intentions royales quant aux institutions musicales anglaises ;
finies donc les prétendues références
allégoriques aux souverains de 1689, donc entre Didon et la
reine Mary, et entre Enée et Guillaume III. La partition
parvenue jusqu'à nous serait tronquée, expliquant ainsi
l'incroyable fossé séparant Didon et Enée et les
autres oeuvres lyriques de Purcell, composées dans les
années 1690. Manqueraient un prologue chanté et la fin
de l'acte Il, sans compter sept nouvelles danses et l'attribution
à une voix masculine de la Magicienne et du Marin. En
attendant le fruit de nouvelles recherches, ainsi nous apparaît
Didon et Enée : une oeuvre incomplète et
remaniée, sans que quiconque puisse préciser si la
reprise de 1689 l'a ou non bonifiée. Mais quoiqu'il en soit,
de tels travaux contribuent à déchirer le voile de
respect enserrant cet intrigant ouvrage et force les
interprètes à interroger le seul texte musical."
(Opéra International - septembre 1993)
La reine de Carthage, Didon, hésite à
déclarer sa flamme au prince troyen Enée que le destin
a envoyé sur les rivages de Carthage. Encouragé par sa
cour et sa suivante Belinda à avouer son amour, Didon
cède. Pendant ce temps, des sorcières complotent dans
une caverne et se réjouissent de la ruine de Didon et de
Carthage, et se préparent à faire lever une
tempête : au cours de celle-ci, Enée est trompé
par un mauvais esprit qui lui prédit la
nécessité de retourner en Italie. Enée
s'apprête donc à partir, laissant Didon à proie
à la douleur. La reine de Carthage dit adieu au monde,
blessée à mort de cet abandon. (Classica - Guide de
l'opéra - novembre 2000).
Synopsis
détaillé
Acte I
Didon (soprano) apparaît entourée de sa
cour, sa dame d'honneur Belinda (soprano) à ses
côtés. Exhortation de Belinda, Shake the cloud off
your brow, reprise par le choeur. Douloureux aria de Didon Ah,
Belinda, I am prest with torment. C'est une magnifique expression
du tourment, digne et retenue, comme il sied à la reine de
Carthage et parfaitement en accord avec la tragédie qu'elle
annonce et avec le conflit suggéré par les derniers
mots : Peace and I are strangers grown. Belinda a compris que
"l'hôte troyen" est à l'origine du malheur de la reine ;
elle suggère, à mots couverts, qu'un mariage entre
Didon et l'étranger résoudrait les maux de Carthage et
le choeur soutient ses propos. Chaconne, introduite par le duo que
chantent Belinda et une suivante. La cour tente à nouveau
d'encourager la reine The hero loves as well as you.
Entrée d'Enée (ténor ou baryton), le choeur,
puis Belinda, puis le choeur à nouveau, soutiennent la
requête du héros. Danse triomphante, toute la cour
chante gaiement et simplement sa joie de voir Didon accepter la
requête d'Enée.
Changement de décor : la grotte où vit la
Magicienne (mezzo-soprano). Elle enjoint à ses compagnes de
s'unir à elle pour préparer la destruction de Didon et
de Carthage. Toute la scène, avec ses choeurs ricanants, les
cordes renvoyant aux cors de la chasse qui se poursuit au lointain,
l'écho répercutant le choeur et la danse (des harmonies
distinctes opposent la phrase à l'écho), illustre la
beauté insidieuse qui peut marquer le cours du mal aussi
sûrement que celui du bien.
Acte II
Un bosquet. Didon et Enée, suivis par Belinda et
leur suite. Belinda et le choeur, puis la Seconde Dame (soprano),
chantent l'attrait particulier de ce lieu,qui a su charmer la
déesse Diane, et qui fut le théâtre de la mort
d'Actéon, mis en pièces par ses propres chiens.
Scène idyllique interrompue par un coup de tonnerre au
lointain. Belinda presse l'assemblée de chercher un abri ; air
rapide et chargé d'ornements Haste, haste to town, qui
révèle toute insuffisance technique chez le titulaire
du rôle. Tous quittent la scène, sauf Enée,
à qui apparaît Mercure (soprano ou ténor) - en
réalité "l'elfe fidèle"de la Magicienne sous un
déguisement. Il est porteur des ordres de Jupiter : le
héros ne doit plus tarder à accomplir la tâche
qui lui a été impartie, fonder la nouvelle Troie sur le
sol latin. Réplique d'Enée, magnifique récitatif
- l'un des hauts moments de la partition. La décision est
aisée à prendre : il s'agit d'un ordre du dieu. Et
pourtant, il préférerait mourir que de se
résoudre à abandonner Didon.
Acte III
Le port de Carthage. On prépare le départ
de la flotte troyenne, l'orchestre introduit le chant du Marin
(soprano ou ténor) : Come away, fellow sailors. Ton
alerte et engageant, paroles cyniques. Le Marin presse ses compagnons
de boire et d'abréger leurs adieux aux jeunes nymphes qui les
attendent à terre. Reprise de l'air par le choeur, puis danse
joyeuse. Apparition de la Magicienne entourée de ses
créatures surnaturelles. Duo endiablé des
sorcières, reposant sur Our plot has took, the Queen's
forsook, qui se termine par des éclats de rire
démoniaques. Bref solo de la Magicienne révélant
son intention de perdre également Enée, le choeur
souligne ces dispositions. Une danse en trois parties réunit
les sorcières et les marins. Apparaissent Didon et Belinda
venues chercher Enée.
Didon est pleine d'appréhension, et les
premières paroles qu'il prononce confirment ses craintes. Elle
le repousse quand il tente de s'expliquer : Thus on the fatal
banks of Nile ; lorsqu'il lui annonce qu'il bravera la
colère des dieux pour rester auprès d'elle, elle le
rejette : Away, away. Après son départ, elle
admet que la mort doit venir maintenant qu'il n'est plus
là.
Le choeur résume la gravité de la
situation et prépare le moment où Didon dira adieu
à la vie. Récitatif d'une simplicité
émouvante, et aria When I am laid in earth, un des
grands moments de l'opéra. La reine chante Remember me,
remember me, but ah! forget my fate ; et le sens tragique profond
est renforcé, plutôt qu'atténué, par le
choeur suivant With drooping wings ye Cupids come, to scatter
roses on her tomb.
(Tout l'opéra - Kobbé - Robert
Laffont)
http://www.dlib.indiana.edu/variations/scores/abm0994c/index.html
http://books.google.fr/books?id=w-i85BzzwP0C&dq=&pg=PP1&ots=2JulwcVtqP&sig=jc6Yexp1NfQhXrnUB-DO9X8TVZA&prev=http://www.google.fr/search%3Fhl%3Dfr%26q%3DDido%2Band%2BAeneas%2B-%2BHenry%2BPurcell%25C2%25A0%26meta%3D&sa=X&oi=print&ct=title#PPP1,M1
http://www.naxos.com/education/opera_libretti.asp?pn=&char=ALL&composer=Purcell&opera=Dido_and_Aeneas&libretto_file=Act_I.htm
http://opera.stanford.edu/iu/libretti/dido.html
http://www.karadar.it/Librettos/purcell_dido.html
http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/P_files/Dido_Aeneas.pdf
http://www.lamediatheque.be/travers_sons/op_pur01.htm
- Le Monde de la
Musique - novembre 2004 - Quand le destin s'en
mêle
Représentations :
- Grand-Théâtre
de Dijon - 19, 20, 22, 24, 25 mai 2011 - Le Concert
d'Astrée - dir. Jonathan Cohen - mise en scène Lilo
Baur - avec les chanteurs de l'Académie de l'Opéra
de Dijon
- Opéra de
Toulon - 19, 22, 24 avril 2011 - Orchestre et chœur de
l’Opéra - Compagnie Les Bijoux Indiscrets (Continuo) - dir.
Giuliano Carella - mise en scène Massimo Gasparon -
décors & costumes Pier Luigi Pizzi - lumières
Marc-Antoine Vellutini - avec Anna Caterina Antonacci (Didon),
Sophie Desmars (Belinda), Yun Jung Choi (Dame
d’honneur/Vénus), Svetlana Lifar (Magicienne/Esprit),
Cécile Galois (Première sorcière), Aurore
Ugolin (Seconde sorcière), David Bizic (Enée),
Olivier Dumait (Un marin) - nouvelle production
- Versailles - Opéra
Royal - 18, 19, 20 mars 2011 - Ensemble Les Nouveaux
Caractères - dir. et clavecin Sébastien
d'Hérin - Choeur Aedes (dir. Mathieu Romano) - mise en
scène Bernard Lévy - scénographie Giulio
Lichtner - avec Isabelle Druet (Didon), Chang-Han Lim
(Enée), Camille Poul (Belinda), Edwige Parat (une
Suivante), Sarah Jouffroy (l’Enchanteresse), François
Rougier (un Marin)
- Oullins -
Théâtre de la Renaissance - 17, 18
février 2011 - Les Nouveaux Caractères - dir.
Sébastien d’Hérin - dessin Florence Dupré La
Tour - mise en scène Caroline Mutel - avec Hjördis
Thébault (Didon), Caroline Mutel (Belinda), Sarah Jouffroy
(Enchanteresse), Olivier Heyte (Énée), Jean-Paul
Bonnevalle (Esprit et Première Sorcière), Gauthier
Fenoy (Le Marin et Deuxième Sorcière)
- Opéra de Francfort
- 5, 10, 16, 18 décembre 2010, 25, 29 juin, 1er,
3 juillet 2011 - dir. Constantinos Carydis - mise en scène
Barrie Kosky - décors, costumes Katrin Lea Tag -
lumières Joachim Klein - chef de choeur Matthias
Köhler - dramaturgie Zsolt Horpácsy - avec Paula
Murrihy (Dido), Britta Stallmeister (Belinda), Anna Ryberg (Second
Woman), Martin Wölfel (Sorceress), Dmitry Egorov (1. Witch),
Roland Schneider (2. Witch), Peter Marsh (Spirit), Sebastian Geyer
(Aeneas),Peter Marsh (Sailor)
- Boston - New England
Conservatory's Jordan Hall - 27, 28 novembre 2010 -
Boston Early Music Festival Chamber Opera - dir. Paul O'Dette
& Stephen Stubbs - mise en scène Gilbert Blin -
costumes Anna Watkins - chorégraphie Melinda Sullivan -
avec Laura Pudwell (Dido), Douglas Williams (Aeneas), Yulia Van
Doren (Belinda), Teresa Wakim (Second Woman), Brenna Wells (First
Witch/First Enchantress), Carrie Henneman Shaw (Second
Witch/Second Enchantress), Jose Lemos (Spirit), Thea Lobo, Annie
Rosen, Jason McStoots (Sorceress), Zachary Wilder (Sailor),
Michael Barrett, Ulysses Thomas, John Proft, Olivier Laquerre
- Paris -
Théâtre Mouffetard - 10 novembre 2010 au 8
janvier 2011 - Compagnie Manque Pas d’Airs - mise en scène
Alexandra Lacroix
- Vélizy -
L'Onde - 19, 20 novembre 2010 - dir. Jean-Marie
Puissant - mise en scène Denis Chabrouillet - avec Anne
Rodier (Didon) et Thill Mantero (Énée)
- Théâtre de
Besançon - 9, 10 novembre 2010 - Ensemble vocal
Aedes - dir. Mathieu Romano - Les Nouveaux Caractères -
dir. Sébastien d'Hérin - mise en scène
Bernard Lévy - scénographie Giulio Lichtner -
costumes Elsa Pavanel - lumières Christian Pinaud - avec
Isabelle Druet (Dido)

- Château d'Eu -
Collégiale Notre-Dame - 4 novembre 2010 - Le
Poème Harmonique - Ensemble vocal et orchestre du
Conservatoire de Rouen (dir. Pascal Hellot) - dir. Vincent
Dumestre - avec Claire Lefilliâtre (Dido), Catherine Padaut
(Belinda), Benjamin Tinel (Aeneas), : Perrine Devillers (Second
woman), Margot Mellouli (Sorceress), Romane Meunier (First witch),
Margot Messler (Second witch), Juliette Raffin-Gay (Spirit),
Antoine Sazio (Sailor)
- Théâtre de
Gera - Allemagne - 15, 22, 31 octobre 2010 - dir.
Howard Arman - mise en scène Philipp Kochheim -
décors Thomas Gruber - costumes Bernhard Hülfenhaus -
dramaturgie Felix Eckerle - avec Kim Sheehan (Belinda), Tobias
Scharfenberger (Aeneas), Bernhard Landauer (Zauberin), Michael
Siemon (Seemann) - nouvelle production
- Moscou - Tchaikovsky
Concert Hall - 8 octobre 2010 - Saint-Pétersbourg - Théâtre
Mariinsky - 10 octobre 2010 - Valladolid - Centro Cultural Miguel
Delibes - 13 octobre 2010 - Les Arts Florissants - dir.
William Christie - mise en scène Vincent Boussard -
décors Sibille Polster - scostumes Stéphanie Zani -
lumières Gloria Montesinos - avec Dido: Sonya Yoncheva
(soprano), Andreas Wolf (Aeneas), Emmanuelle de Negri (Belinda),
Hilary Summers (Sorceress), Katherine Watson (Second Woman),
Céline Ricci (First Witch), Ana Quintans (Second Witch), Ed
Lyon (Spirit), Damian Whiteley (Sailor)
- Saarbrucken -
Staatstheater - 26 juin, 1er, 4 juillet, 22, 26
septembre 2010 - dir. Konrad Junghänel - mise en scène
et décors Nigel Lowery - avec: Elizabeth Wiles (Dido),
Sofia Fomina (Belinda), Stefan Röttig (Aeneas), Onur Abaci
(Première sorcière), Sabine von Blohn
(Deuxième sorcière, Deuxième femme), Judith
Braun (Magicienne), Onur Abaci (Esprit), Judith Braun (1er
matelot) - nouvelle production
- Miskolc, House of the Arts
- Hongrie - 14 juin 2010 - Orfeo Orchestra - Purcell
Chorus - dir. György Vashegyi - mise en scène Csaba
Káel - avec Katalin Halmai (Dido), István
Kovács (Aeneas)
- Baden-Baden -
Festspielhaus - 28 mai 2010 - en version de concert -
The New Siberian Singers - Musica Aeterna - dir. Teodor Currentzis
- avec Simone Kermes (Dido), Dimitris Tiliakos (Aeneas), Deborah
York (Belinda), Oleg Ryabets (Magician)
- Opéra de Lausanne
- 28, 30 mai, 2, 4 juin 2010 - Opéra de Vichy - 12 juin 2010 -
dir. Gabriel Garrido - mise en scène et chorégraphie
Cisco Aznar - décors, costumes Luis Lara - lumières
Samuel Marchina - video Andreas Pfiffner, Cisco Aznar - chef de
choeur Véronique Carrot - avec Sarah Castle (Dido),,
Jean-François Lapointe (Aeneas), Delphine Gillot (Belinda),
Elizabeth Bailey (Second woman), Cécile van de Sant
(Sorceress), Maria Hinojosa (1. Witch), Antoinette Dennefeld (2.
Witch), Vasily Khoroshev (Spirit), David Hernandez (Sailor) -
nouvelle production


- Opéra
Magazine - juillet/août 2010
"Pour sa fin de saison,
l'Opéra de Lausanne a choisi de sortir des sentiers battus en
proposant une version de Dido and Aeneas avec Prologue original.
Soit. Si l'idée d'introduire la brève et fulgurante
partition de Purcell par ce dernier se défend d'un point de
vue dramaturgique (le textc existe !), il semble plus délicat
d'opérer un choix pertinent au sein de la musique du
compositeur pour soutenir efficacement la démarche.
En 2005 à Montpellier,
la tentative de reconstitution engagée par Sasha Waltz et
Attilio Cremonesi montrait en ce sens des limites manifestes, par son
absence de fluidité, de cohérence. Plus
récemment à l'Opéra-Comique, Deborah Warner et
William Christie affichaient des options bien plus probantes en
termes de créativité et d'équilibre, sans
pourtant éviter une cerrtaine surcharge du propos. Dans le cas
de la nouvellc production lausannoise, l'extravagance chaotique du
chorégraphe-metteur en scène espagnol Cisco Aznar et
l'imprécision stylistique du chef argentin Gabriel Garrido
s'avèrent doublement rédhibitoires.
Puérile. indigeste et
faussemcnt provocante, l'approche théâtrale d'Aznar
peine à s'affranchir des clichés
véhiculés par l'hypothétique création de
l'œuue, en 1689, dans un pensionnat de jeunes filles. En montrant et
voulant ces dernières hystériques,
obsédées, voire masochistes - les vilaines
écolières semblent se délecter des coups de
fouet assénés par leur préceptrice - le
chorégraphe prend le parti de la caricature, servie par les
codes visuels les plus éculés : costumes pseudo sexy,
décors mobiles façon carton-pâte, projections
fourre-tout. L'interminable séquence vidéo montrant de
jeunes hommes nus se savonnant les fesses sous la douche demeure,
à tous égards, le moment le plus absurde du spectacle.
Non content d'imposer une
kyrielle de fantasmes prépubères singés par les
danseurs de sa compagnie, Cisco Aznar se permet de saturer l'espace
scénique. par des gesticulations répétitives
d'une rare vacuité. Ainsi anéanti, le fameux Prologue -
annoncé comme «un grand moment de création»
dans le programme de salle! - se révèle un pur
délire, prétexte à de multiples contorsions
chorégraphiques.
Malheureusement, ce ne sont
pas les fragments musicaux retenus par Gabriel Garrido qui peuvent
faire passer la pilule. Outre le fait que l'agencement instruumental
relève du patchwork, la direction, elle, ne brille ni par sa
rigueur, ni par son imagination. Les rythmes oscillent invariablement
entre précipitation et mollessse, les couleurs sont ternes,
parfois même pâteuses. Il faut dire que l'Orchestre de
Chambre de Lausanne semble aussi peu concerné que possible.
Fâchée avec la justesse dès l'Ouverture, la
phalange helvétique exhibe une réelle méforme
dans l'acoustique mate de la Salle Métropole.
Côté chant, rien
de bien mémorable non plus. Sarah Castle donne l'impression
d'être constamment en service minimum, Delphine Gillot manquant
de la plus élémentaire compassion en Belinda. Maria
Hinojosa et Antoinette Dennefeld ricanent nerveusement dans leur
coin, tandis que la jeune Elizabeth Bailey passe quasi
inaperçue sur l'hypnotique «Off she visits this lov'd
mountain». Contre toute attente, c'est le bel Aeneas de
Jean-François Lapointe qui capte l'attention et récolte
les faveurs de l'auditoire. Le timbre du baryton canadien accroche,
séduit et sait se faire suave. Un comble dans ce rôle de
prince presque antipathique ! Le Chœur de l'Opéra de Lausanne,
enfin, se contente d'une prestation routinière.
Copieusement hué par le
public à l'entracte et au rideau final, ce Dido and Aeneas
prétendument novateur pourrait bien être le plus
consternant vu et entendu ces dernières
année..."
- Théâtre de
Pforzheim - Allemagne - 8, 11, 15, 20 mai, 4, 15, 30
juin, 6, 16 juillet 2010 - dir. Markus Huber - mise en
scène Bettina Lell - décors, costumes Sibylle
Schmalbrock - nouvelle production

- Théâtre de
Freiberg - Allemagne - 29, 30 avril, 11, 19 mai 2010 -
Chor des Mittelsächsichen Theaters - Mittelsächsische
Philharmonie - dir. Peter Kubisch - mise en scène Judica
Semler - décors, costumes Andrea Mutz - chef de choeur
Peter Kubisch - dramaturgie Hagen Kunze - avec Zsuzsanna Kakuk
(Dido), Miriam Sabba (2. Frau), Samuel Johnson (Geist), Susanne
Engelhardt (Belinda), Guido Kunze (Aeneas), Klaus Kühl
(Seemann), Juhapekka Sainio (Zauberin), Stefanie Metzler (1.
Hexe), Diana Chudzinski (2. Hexe), Sergio Raonic Lukovic (Tod)
- Paris - Sudden
Théâtre - 23, 24, 25 avril 2010 - dir.
Philippe Péatier - mise en scène Thomas Josse -
costumes Rafael Estève - lumières Jean-Marie Droisy
- avec Elise Archambault (Dido & l’Enchanteresse), Sara
Marchesi (Belinda), Xavier Toyas (Enée), Ellen Giacone (une
suivante de Didon & soprano), Anne-Sophie Pernet
(première sorcière & soprano), Mariette Desert
(seconde sorcière & alto), Anne-Thérèse
Chabridon (l’Esprit & alto)
- Venise - Teatro della
Fenice - 14, 16, 18, 20, 21 mars 2010 - Orchestra e
Coro (Claudio Marino Moretti chef de choeur) del Teatro La Fenice
- dir. Attilio Cremonesi - mise en scène, décors,
costumes, chorégraphie Saburo Teshigawara - lumières
Sergio Pessanha - avec Ann Hallenberg (Dido), Marlin Miller
(Aeneas), Maria Grazia Schiavo (Belinda), Oriana Kurteshi (Second
woman), Sabrina Vianello (First witch), Elena Traversi (Second
witch), Julianne Young (Sorceress), Krystian Adam (Spirit,
Sailor)

A travers cette
tentative, absolument réussie, de rendre abstraite
jusqu’à l’invraisemblable la lecture du drame de Didon, en
imposant à la scène la pesanteur d’un vide aux mille
détails minimalistes, Saburo Teshigawara a réussi
à sublimer la pureté de la musique. Un espace
scénique unique à la couleur bleue prédominante
a servi d’arrière-plan toute la soirée.
Ann Hallenberg est une
formidable Didon. Son interprétation de l’héroïne
virgilienne est superlative. Elle revient à Venise où
elle avait interprété Agrippine avec grand
succès. Sa voix est profonde, sa présence
scénique prégnante, même quand la mise en
scène n’exige d’elle que très peu de mouvements. On ne
saurait imaginer Didon plus convaincante. Sa sensibilité
dramatique est exceptionnelle, et fait d’elle une des mezzo-sopranos
actuelles de référence, et pas seulement pour le
répertoire baroque. Très bons Krystian Adam dans le
rôle du marin et Maria Grazia Schiavo dans celui de Belinda.
Cette dernière n’a certes pas la voix idéale pour
chanter Belinda mais elle a fait très bonne figure, d’autant
qu’elle avait été conviée au dernier moment
à prendre part à cette production.Le reste de la
distribution s’est montré tout à fait insuffisant, et
inadapté à un tel répertoire.
Attilio Cremonesi a
prouvé encore une fois qu’il est un interprète
extrêmement sensible du répertoire ancien. Il a eu le
courage de proposer de l’œuvre de Purcell une reconstruction sous sa
forme originale avec ballets et intermèdes, dont les originaux
se sont sans doute perdus. Il n’a pas la prétention de vouloir
interpréter à tout prix, et souvent il laisse la
musique au premier plan. Son exécution est profuse de
couleurs, jamais agressive, toujours tendue vers la recherche d’une
atmosphère. L’orchestre, quoique non baroque, sonne avec lui
de manière plus que convaincante. Le chœur, malgré
quelques incertitudes sur les tempi, a fait bonne figure. Finalement,
le baroque trouve sa juste et digne dimension même à La
Fenice, après plusieurs tentatives franchement mal
réussies."
- Berne - Stadttheater
- 10, 17, 22, 29, 31 janvier 2010 - dir.
Jörg-Andreas Bötticher - mise en scène Neville
Tranter - avec Susanne Rydén (Dido), Ulrike Hofbauer
(Belinda), Georg Poplutz (Aeneas), Anne Schmid (Zauberin), Jakob
Pilgram (Ein Seemann), René Perler (Ein Geist) -
coproduction avec Freitagsakademie Bern

- Théâtre des
Champs Élysées - 13 novembre 2009 - en
version de concert - Choeur et Orchestre Opera Fuoco - dir. David
Stern - avec Ann Hallenberg (Didon), Thomas Dolié
(Énée), Luanda Siqueira (Deuxième suivante,
deuxième sorcière), Magid El Bushra (La Magicienne),
Arthur Espiritu (un Esprit, un Marin)
- Londres - Barbican Centre
- 10 octobre 2009 - Les Arts Florissants - dir. William
Christie - Malena Ernman (Dido), Luca Pisaroni (Aeneas), Judith
van Wanroij (Belinda), Hilary Summers (Sorceress), Lina Markeby
(2. Woman), Céline Ricci (1. Witch), Ana Quintans (2.
Witch), Marc Mauillon (Spirit), Ben Davies (Sailor)
- Mayence - Kleines Haus
- 3, 12, 22, 29 octobre 2009 - dir. Michael Schneider -
mise en scène Arila Siegert - décors Hans Dieter
Schaal - costumes Susanne Maier-Staufen - nouvelle production
- Amsterdam - Het
Muziektheater - De Nederlandse Opera - 29, 30
septembre, 2, 3, 4, 6 octobre 2009 - Les Arts Florissants - dir.
William Christie - mise en scène Deborah Warner -
décors, costumes Chloe Obolensky - lumières Jean
Kalman - avec Malena Ernman (Dido), Luca Pisaroni (Aeneas), Judith
van Wanroij (Belinda), Lina Markeby (2. Woman), Hilary Summers
(Sorceress), Céline Ricci (1. Witch), Ana Quintans (2.
Witch), Marc Mauillon (Spirit), Ben Davies (Sailor)
- Sittard - Stadsschouwburg
- 26 septembre 2009 - Zwolle,
Theater Odeon - 29 septembre 2009 - Den Haag - Lucent Danstheater - 30
septembre 2009 - Maastricht -Theater an
het Vrijthof - 3 octobre 2009
- Liège - Opéra Royal de Wallonie - Palais
Opéra - 4 octobre 2009 - Hasselt - Cultureel Centrum - 6
octobre 2009 - Tilburg - Schouwburg
- 10 octobre2009 - dir. Huub Ehlen / Tjalling Wijnstra
- mise en scène Hans Nieuwenhuis - décors Hans
Nieuwenhuis - costumes Robby Duiveman - lumières Trui
Malten - avec Catharine Daniel (Dido), Jussi Lehtipuu (Aeneas),
Dorine Mortelmans (Belinda/Woman/Witch), Donij van Doorn
(Woman/Witch), Nicola Mills (Woman/Spirit), Elmar Gilbertsson
(Sailor) - nouvelle coproduction avec Opera Studio Nederland;
Collegium ad Mosam; Opéra Royal de Wallonie
- Cooperstown - États
Unis - Glimmerglass Opera - 2, 9, 16, 23 août
2009 - dir. Michael Beattie - mise en scène Jonathan Miller
- avec Tamara Mumford (Dido), David Adam Moore (Aeneas), Joelle
Harvey (Belinda) - nouvelle production

- Theater St Gallen
- 5 juillet 2009 - Opera Fuoco - dir. David Stern
- Montréal -
Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours - Festival
Montréal Baroque - 28 juin 2009 - Ensemble Masques- dir.
Olivier Fortin - mise en scène Pierre Saint-Amant - avec
Vicki Saint-Pierre, Dion Mazerolle, Samantha Louis-Jean, Isabelle
Plaisance
- Opéra de Sydney
- 27 juin, 1er, 3, 9, 11, 14, 18 juillet 2009 - dir.
Antony Walker - mise en scène Patrick Nolan -
décors, costumes Gabriela Tylesova - video Mic Gruchy -
lumières Nigel Levings - chorégraphie Lucy Guerin -
avec Taryn Fiebig (Belinda), Yvonne Kenny (Dido), Teresa La Rocca
(1st Witch), Amy Wilkinson (2nd Woman), Kanen Breen (Sorcerer),
Luke Gabbedy (Aeneas) - nouvelle production
- Vienne - Halle E im
MuseumsQuartier - 23, 23, 25, 25, 27, 27 mai 2009 - Les
Arts Florissants - dir. William Christie - mise en scène
Deborah Warner - décors, costumes Chloe Obolensky -
lumières Jean Kalman - avec Malena Ernman (Dido), Judith
van Wanroij (Belinda), Luca Pisaroni (Aeneas), Lina Markeby (2.
Woman), Hilary Summers (Sorceress), Céline Ricci (1.
Witch), Ana Quintans (2. Witch), Ben Davies (Sailor), Marc
Mauillon (Spirit)
- Gelsenkirchen - Kleines
Haus - 9, 13, 15, 17, 21, 23 mai 2009 - dir. Samuel
Bächli - mise en scène Bernd Schindowski -
décors Manfred Dorra - costumes Andreas Meyer - chef de
choeur Christian Jeub - dramaturgie Anna Melcher - avec Anna
Agathonos (Dido), Piotr Prochera (Aeneas), Alfia Kamalova
(Belinda), Elise Kaufman (1. Witch, Second woman), Noriko
Ogawa-Yatake (Sorceress, Spirit), Yael Izkovich (2. Witch), Daniel
Wagner (Sailor)
- Londres - Covent Garden
- 31 mars, 3, 8, 11, 15, 18, 20 avril 2009 - dir.
Christopher Hogwood - mise en scène Wayne McGregor - avec
Sarah Connolly (Dido), Lucy Crowe (Belinda), Lucas Meachem
(Aeneas), Sara Fulgoni (Sorceress), Iestyn Davies (Spirit), Ji-Min
Park (Sailor), Eri Nakamura (First Witch), Pumeza Matshikiza
(Second Witch), Anita Watson (Second Woman)


- Amsterdam - 17
mars 2009 - New London Consort - dir. Philip Pickett - mise en
scène Jonathan Miller - avec Julia Gooding, Joanne Lunn,
Faye Newton, Juliet Schieman, Tone Braaten, Christopher Robson,
Andrew Lawrence-King, Joseph Cornwell, Michael George, Simon Grant
- Montpellier - Opéra
Comédie - 24, 26,
28 février 2009 - Carcassonne -
Théâtre Jean Alary - 13 mars 2009 -
Sète - Théâtre
Molière - 15 mai 2009 - Choeur Opéra
Junior - Ensemble instrumental l'Yriade - dir. Léonor de
Récondo - mise en scène Jean-Paul Scarpitta - avec
Cyril Auvity (Énée), Juliette Chassin (Didon), Nelly
Lawson (Belinda), Armelle Mousset (Seconde dame), Clara Vallet
(lEenchanteresse), Nina Le Floch (Sorcière), Lydia-Sarah El
Halw (Sorcière), Noé Leenhardt (l'Esprit), Julien
Arcuri (un Marin)


"La représentation a
été un pur moment de bonheur, longuement applaudi par
le public. Elle démontre avec brio que l'on peut "fabriquer"
un bon spectacle avec des moyens réduits, et de jeunes
interprètes de talent."
- Opéra
Magazine - avril 2009
"Il est regrettable que cette
nouvelle production de Dido and Aeneas, conçue
spécifiquement pour Opera Junior — structure en
résidence à Montpellier depuis 1990, ayant pour but de
former les jeunes au théâtre lyrique en les
intégrant en tant que chanteurs, acteurs et
interprètes, à des réalisations de spectacles —
et louable dans ses intentions premières, n’affiche pas un
engagement vocal plus affirmé et, surtout, une approche de
l’oeuvre moins superficielle.
De fait, ces artistes en herbe
ne semblent pas vraiment en phase avec ce qu’ils chantent. C’est
d’ailleurs en voyant leurs mines presque toujours réjouies,
qu'on en vient a se demander s’ils ont vraiment perçu toute la
portée dramatique du récit. La question reste
posée. Certes, l’acte des Sorcières ou même
l’irruption des Marins autorisent la parodie. Il demeure
néanmoins très difficile d’adhérer à
cette interprétation, dès lors qu’elle affronte la
tension intrinsèque à certaines
scènes.
Ainsi, les déclinaisons
plaintives sans impact deJuliette Chassain se perdent en une
fraîcheur hors de propos, tandis que les invocations de Clara
Vallet et de ses suivantes tombent à plat par leur trop-plein
de charge comique. De même, le choeur Opera Junior
apparaît plus comme une bande de joyeux drilles partis en
escapade que comme une entité réelle prenant part
à l’action. Noé Leenhardt, Julien Arcuri et Armelle
Mousset leur emboîtent le pas. Seule Nelly Lawson parvient
à véhiculer de l’émotion en Belinda, par un
timbre identifiable et son air concerné.
Seul artiste invité de
cette production, Cyril Auvity ne se détache curieusement que
peu du lot. Lui qui, si souvent, habite la musique par ses inflexions
et sa sensibilité, reste très en deçà de
son potentiel. Sa participation et le concours de la talentueuse
Guillemette Laurens (en charge de la formation vocale et des
études d’interprétations pour OperaJunior) n’auront pas
suffi à porter le spectacle un peu plus loin.
La mise en scène de
Jean-Parti Scarpitta se montre pourtant d’une sobriété
appréciable. Le décor se limite à figurer
adroitement quelques lieux-clés (le palais, par une
série de cordes tombant des cintres ou encore des
torchères peintes, la grotte et le bocage par un espace
rectangulaire sablé, le port par une voile de bateau
projetée en fond de scène), éludant au passage
tout accessoire parasite. De même, les costumes
résistent à toute tentation
d’extravagance.
Enfin, l’accompagnement de
L’Yriade — sept instrumentistes sous la conduite de la violoniste
Léonor de Récondo — révèle des musiciens
investis, mais parfois peu assurés pour être d’un
soutien total."
« Didon et Enée
», le court opéra d'Henry Purcell qui narre les malheurs
de Didon, reine de Carthage, aimée puis abandonnée par
le Troyen Enée au point d'en mourir, d'après «
L'Enéïde » de Virgile, n'a fait que des heureux,
vendredi soir, au théâtre Jean-Alary : à l'issue
de la représentation, près de dix minutes
d'applaudissements ont salué la performance des jeunes
chanteurs de l'Opéra junior de Montpellier et de l'ensemble
instrumental L'Yriade, dirigé du violon par Léonor de
Récondo.
Bien sûr, à la
base de ce succès, il y a la musique de Purcell, faite de
raffinement, d'accents élégiaques, mais aussi de
dynamisme, que les musiciens ont servie à la fois avec
grâce et vigueur, lui donnant une respiration, une
tonicité qui comblaient d'aise.
Mais en plus, pour
interpréter cette œuvre magique, rien ne faisait
défaut. Les voix d'abord, comme celle, chaude et suave, du
ténor Cyril Auvity dans le rôle d'Enée; et puis
tous les artistes de l'Opéra junior, avec leurs timbres si
jeunes mais si frais, comme Juliette Chassain dans Didon,
cristalline, si touchante dans l'aria finale de Didon ; ou encore la
Belinda de Nelly Lawson, la fidèle suivante au mezzo ferme et
lumineux et au jeu très expressif. Et que dire des
sorcières et surtout de la magicienne (Clara Vallet), aux
touches noires tempérées par la retenue aristocratique
de la musique de Purcell ? Quant aux jeunes chœurs, dont la place est
primordiale dans les œuvres de Purcell, ils ont rempli leur
rôle à la perfection, scandant avec rigueur (que la
langue anglaise est belle, comme ça) et commentant avec
douceur la tragédie qui se déroulait sur scène,
se mêlant aussi au corps de ballet dans des
chorégraphies parfaitement maîtrisées,
poétiques et pleines de vie.
Et « l'accompagnement
» était à l'unisson. Des décors simples et
épurés. Des costumes (maillots de bain Belle Epoque ou
uniformes de marin avec le bonnet à pompon rouge pour le
chœur, robe vaporeuse de Didon) qui titillaient l'esprit, bien loin
des panaches de plumes, des cuirasses étincelantes et des
capes rutilantes habituels.
Quant à la mise en
scène, elle était inventive, pleine de trouvailles, de
surprises, de poésie, comme cette pluie de pétales
tombant des cintres et recouvrant lentement le corps de Didon morte,
pendant que s'égrenaient les dernières
déplorations du chœur. Et une idée de génie,
l'intervention d'un extraordinaire
comédien-mime-contorsionniste, Nuno Roque, véritable
fil rouge de la représentation même s'il était
vêtu de noir, avec une crinoline nue symbolisant les cachots de
tous les tourments ou les alcôves de toutes les
voluptés.
Que des heureux, vendredi soir
? Oui, dans le public. Oui, aussi, sur la scène et dans la
fosse d'orchestre. Ce « Didon et Enée », coproduit
par l'opéra et l'orchestre national de Montpelleir
(René Koering, le directeur, était là) et
l'Opéra junior, en partenariat avec le théâtre
Jean-Alary, ne méritait pas moins."
- Bessières
- 31 janvier 2009 - Ensemble vocal À bout de
souffle - dir. Stéphane Delincak - mise en scène
Dédeïne Volk-Leonovitch - avec Isabelle Fabre (Didon),
Nadia Lavoyer (Belinda), Corinne Fructus (2ème femme),
Séverine Bruniau (Enchanteresse), Antonio Guirao
(Enée)
- Skipton - Town Hall
- 13 janvier 2009 - Lancaster
- University - 15 janvier 2009 - Stafford - Gatehouse - 16 janvier 2009
- Manchester - Royal Northern College of
Music - Bruntwood Theatre - 17 janvier 2009 -
Manchester Camerata - dir. Nicholas Kraemer - avec Carolina
Krogius / Deborah Humble (Dido), Philip Smith / Angus Wood
(Aeneas), Fleur Bray (Belinda), Hanna-Liisa Midwood-Kirchin (2.
Woman), Kathryn Rudge (Sorceress), Elise Dye (1. Witch), Soraya
Mafi (2. Witch) , David Shaw (Sailor), Jennifer France
(Spirit)
- Opéra
Comique - 3, 5, 7, 9 décembre 2008 - Cherbourg - Le Trident - 10
décembre 2008 - version de concert - Les Arts Florissants -
dir. William Christie - mise en scène Deborah Warner -
décors et costumes Chloe Obolensky - lumières Jean
Kalman - avec Malena Ernman (Dido), Judith Van Walroij (Belinda),
Christopher Maltman (Aeneas), Hilary Summers (Sorceress), Ana
Quintans (First Witch), Céline Ricci (Second Witch), Lina
Markeby (Second Woman), Ben Davies (Sailor), Marc Mauillon
(Spirit) - coproduction Opéra Comique - De Nederlandes
Opera - adaptation de la production des Wiener Festwochen


- Le Monde - Deborah Warner sublime "Didon et
Enée"
"Si le cerveau de la metteuse
en scène britannique Deborah Warner était une
caméra, on dirait qu'il a une profondeur de champ sans
pareille. Sa mise en scène de Didon et Enée (1689), de
Henry Purcell, qui ouvre la saison de l'Opéra-Comique, n'est
pas une mise en abyme postmoderne en italiques et entre guillemets
mais une incarnation mémorielle d'une richesse infinie. Dans
ce spectacle dont la liberté et la beauté visuelle
laissent pantois, l'objet principal est enchâssé dans
une large perspective qui décadre sans décentrer. Cet
effet de loupe évite le désagrément de la mise
sous verre protectrice et distanciée, voire ironique.
Avant le lever de rideau, des
fillettes en jupes plissées bleu marine (l'opéra
aurait, selon certains historiens, été
créé dans un pensionnat) s'amusent sous la conduite
d'une monitrice qui se révèle être la grande
actrice irlandaise Fiona Shaw. Laquelle, en blue-jeans, va jouer, en
avant-dire, trois merveilleux poèmes (modernes). L'invention
puise sa source dans le lieu commun du "théâtre dans le
théâtre" : une estrade bordée de bancs, des murs
de brique, mais aussi un fronton baroque. Ce qu'a fait la
décoratrice Chloe Obolensky est d'une simplicité
virtuose, habillée par le tact exemplaire des lumières
de Jean Kalman.
Deborah Warner se permet tout
sans jamais porter atteinte au sens profond des choses : des
sorcières déjantées fumeuses de clopes, qui
montrent leur derrière, effraient les fillettes, se marrent et
s'énervent comme des chipies ; une Didon hiératique
mais ardente (quelle musicienne impeccable que Malena Ernman !) ; un
choeur en costumes modernes remarquablement dirigé et
intégré ; des citations picturales (Le Déjeuner
sur l'herbe de Manet, une pieta) ; des pantomimes...
William Christie, si familier
de Didon, la réinvente à la tête de ses Arts
florissants avec ce soin gourmand et amoureux qui est la marque de
ses grands soirs. Ce spectacle, bouleversant et unique, indique
comment l'opéra devrait toujours être traité :
avec du sens et de la sensibilité."
"... une « Didon et
Enée » ensorcelante, signée par la metteur en
scène britannique Deborah Warner. ... Deborah Warner a
convoqué, pour ce spectacle adapté d'une production
créée en mai 2006 au Festival de Vienne, une ribambelle
de fillettes en tenues d'écolières anglaises. Ces
dernières mettent beaucoup de vie et d'espièglerie sur
un plateau où les personnages principaux apparaissent en
costumes d'époque et les choristes en habits d'aujourd'hui,
une mixité qui multiplie subtilement les niveaux de lecture.
Etonnamment rare à
l'affiche des théâtres lyriques français, Deborah
Warner affirme une direction d'acteurs très fine
(déjeuner sur l'herbe animé) et une capacité
à susciter des images de toute beauté (palais
soudainement entouré de feuillages). La metteur en
scène soigne les passages comiques de l'oeuvre. Ses
sorcières, qui font croire au Troyen Enée que les Dieux
lui ordonnent de poursuivre son errance et donc d'abandonner la reine
de Carthage Didon, sont particulièrement
délurées (clope au bec pour l'une, majeur levé
pour une autre) mais n'injurient pas l'esprit du
livret.
Héros récurrent
des scènes lyriques parisiennes, William Christie dirige en
maître ses Arts Florissants, avec une mention
particulière pour un choeur conjuguant transparence et
variété dans l'expression.
La distribution est sans
failles, que ce soit du côté de l'Enée sensible
du baryton britannique Christopher Maltman ou de la Didon de la
mezzo-soprano suédoise Malena Ernman, dont le lamento final
est poignant, avec ses « Remember me ! » presque
détimbrés mais toujours musicaux. Quant à
l'actrice irlandaise Fiona Shaw, complice de Deborah Warner, elle se
charge d'animer avec son éloquence habituelle un prologue dont
la musique a été perdue et où le texte original
a été remplacé, ici, par des
poèmes."
... cette mise en
scène, qui fait fi de la temporalité en
mélangeant costumes d'époque pour les personnages
principaux et vêtements ordinaires pour le chœur, promet une
rare élégance. Et elle ne manque pas de trouvailles :
un « corps de ballet » de vingt-cinq petites filles,
âgées de six à douze ans, encadrera l'ouvrage,
tandis qu'un miroir d'eau situé au centre de la scène
rappellera au public « oublieux » de ce XXIe siècle,
la filiation de l'ouvrage avec le mythique bain de
Diane.
"Nul besoin de comprendre
l’anglais pour sentir que cette langue revêt une saveur
inouïe chez Purcell. Nous sommes en pleine période
baroque et ‘Didon et Enée’ figure comme une des
premières manifestations de l’opéra anglais. A la
tête des Arts florissants au sommet de leur art, William
Christie, chef anglais dirigeant un ensemble français, saisit
à merveille l’éloquence colorée et le
caractère déclamatoire de cette musique. Bien
qu’à effectif réduit, les choristes et instrumentistes
rendent avec une intimité touchante et nuancée
l’atmosphère de cette "pastorale dramatique" conçue
probablement à l’origine pour un collège de jeunes
filles, ainsi que le caractère tendrement
élégiaque qui fait la spécificité du
baroque anglais. Sur le plateau, la mise en scène judicieuse
et intelligente fait se chevaucher différents espaces-temps,
du XVIIe à nos jours, dans une profondeur de champ
sublimée par un jeu d’éclairages subtils. L’histoire
mythique vient alors vers nous, spectateurs contemporains, par le
truchement d’une ribambelle d’enfants, de modernes écoliers
qui mettent en abyme l’oeuvre et la scène du destin tragique
de Didon. La distribution nous offre un beau panel de voix graves
tant du côté des hommes que des femmes. Notre admiration
se porte sur l’interprétation délirante et fantasque de
la Sorcière d’Hilary Summers, grande artiste qui a rendu avec
truculence l’esprit du rôle, tant dans le jeu jubilatoire et
outrancier que dans le creux de la voix et le timbre grinçant
du personnage. La mort de Didon reste par ailleurs un sommet
d’intensité dramatique que la prestation de Malena Ernman ne
dessert pas. Superbe."
- Le Jdd.fr - Attention chef d'oeuvre
"Un régal sans pareil.
On est confondu d'admiration tant cet opéra est beaucoup qu'un
simple spectacle: une leçon de musique, une leçon de
mise en scène, une leçon d'interprétation. Une
leçon qui touche, émeut, fascine. Comment une heure dix
de spectacle peut-elle vieillir tout ce que l'on a vu à Paris
depuis la rentrée? Merveille de la musique européenne,
cet opéra conçu, paraît-il, pour un
collège de jeunes filles à l'image d'Esther et
d'Athalie de Racine, est magnifié avec humour,
délicatesse et magie par l'anglaise Deborah Warner. La
metteure en scène shakespearienne a certes découvert
dans Purcell des réminiscences de son dramaturge favori. Pour
le prologue, elle a réquisitionné la plus grande
actrice du théâtre britannique, son amie Fiona Shaw,
qui, dans un monologue élaboré à partir de
textes de la littérature anglaise, évoque les
contradictions de l'amour et du pouvoir. Cet ajout sur lequel William
Christie improvise, s'intègre parfaitement à l'action
qui, en cinquante-cinq minutes, nous transporte de la passion au
désespoir.
Sur la scène scintille
un rideau de perles argentées que traversent les choristes des
Arts Florissants, en vêtements contemporains. S'ajoutent des
danseurs: des petites filles en uniforme de collégiennes
anglaises. Ces anachronismes fonctionnent parfaitement bien tandis
qu'une mosaïque carthaginoise se transforme en fontaine pour
dire les douceurs de la vie d'Enée et des Troyens dans
l'empire de Didon. Des acrobates voltigent dans les vergues des
navires en partance pour l'Italie, quelques feuillages symbolisent la
forêt où pique-niquent les héros avant que se
lève la tempête que fait souffler la sorcière
plus vraie que nature: l'épatante Hilary Summers qui arpente
la scène cigarette au bec. Dans leurs costumes ruisselant de
soie moirée, les interprètes nous enchantent. Le
lamento de la mort de Didon que chante la mezzo Malena Ernman est
poignant. Voilà une réussite totale, un bijou qui
laisse cependant un regret. Bien qu'il y ait deux
représentations par jour, la dernière a lieu le 9
décembre. C'est un peu court."
"L’atout majeur de la version
brillamment exécutée à l’Opéra Comique
tient sans doute à la parfaite connivence née entre le
chef William Christie et le metteur en scène Deborah Warner,
une shakespearienne grand teint dont les escapades au royaume
l’opéra furent chaque fois des réussites depuis Wozzeck
à Fidelio en passant par Don Giovanni, Mort à Venise ou
Le Tour d’Ecrou. Cette Didon, cet Enée, créé
à Vienne en 2006 durant les « Wienerfestwochen »
signa sa première incursion dans l’univers baroque. Sans
réel dépaysement car elle y retrouvait les
ingrédients qui composent la plupart des œuvres de
Shakespeare, ce mélange insolent de comédie et de
tragédie qui donne à ceux qui s’en emparent un
magnifique don de liberté. En virtuose, Deborah Warner fait
alterner les rires et l’émotion, la farce et la
gravité. Avec une partition qui, elle aussi, laisse ouvertes
toutes sortes de voies d’interprétation, Christie et ses Arts
Florissants injectent à leur tour leurs doses de
fantaisie.
Le résultat est
ébouriffant de beauté. Après le prologue
joué avec un punch irrésistible par Fiona Shaw,
magnifique comédienne anglaise, une nuée de vingt-six
gamines de 6 à 12 ans, s’ébrouent sur scène en
habits de pensionnat, jupettes plissées marine et chemisettes
blanches, chaussettes tirées sur les jeunes mollets dansants.
Un chœur muet en quelque sorte mais qui bouge, danse, fait la roue et
pousse les petits cris des cours de recréation. Il y a de
vrais acrobates qui tournicotent sous les cintres et se hissent sur
des cordes lisses. Derrière un tréteau central
équipé d’une petite mare d’eau se profile un rideau de
perles translucides laissant apparaître les murs d’un palais ou
les branches feuillues de deux arbres. Le chœur, le vrai, est
vêtu de noir dans des costumes d’aujourd’hui, les solistes en
revanche portent d’admirables robes en dégradés pastel,
l’esprit malin et ses sorcières ont des allures de
chauves-souris, fument des clopes et se régalent de barbe
à papa.
Hillary Summers, mezzo soprano
anglaise, est la sorcière en chef, plutôt gros lutin
farceur que vraie méchante, la Hollandaise Judith van Wanroij
campe une Belinda maternelle, en blouson de cuir et hautes bottes,
l’Enée guerrier et sexy du baryton Christopher Maltman
séduit autant par son allure que sa voix de bronze. Star
incontestable de la soirée, la suédoise Malena Ernman,
capable de passer de Monteverdi, Mozart, Haendel à Philippe
Boesmans (voir webthea du 16 mars 2005) est une Didon qui vous
arrache des larmes : belle, expressive, noble et parfaitement
à l’aise dans les broderies et ornementations de Purcell.
Sonorités somptueuses
dans la fosse, grâce, humour et émotion sur
scène, cet Didon et Enée est pur bonheur. On en sorte
euphorique. Dommage qu’il y ait si peu de
représentations…"
- Les Echos - Une Didon magique
"Magnifique ouverture de
saison pour la salle Favart. Le spectacle présenté par
la salle Favart est un moment de pure magie.
Une heure de musique, c'est
bien court ! Mais le « Didon et Enée », de Henry
Purcell, est un chef-d'oeuvre, et le spectacle présenté
par la salle Favart est un moment de pure magie. Le décor,
conçu par Chloé Obolensky (également auteur des
costumes), est simple : au centre du plateau, une estrade très
basse reproduisant une mosaïque antique. Au fond, le mur d'un
palais, guirlandes et coquille rococo. Est-on dans un musée,
que visite une espiègle cohorte de jeunes élèves
(l'ouvrage aurait été créé dans un
pensionnat de jeunes filles...) ou simplement dans un rêve ?
Les images se succèdent, magnifiques, ce déjeuner sur
l'herbe, en particulier : les postures des participants rappellent
Manet, les couleurs des fruits, Cézanne, la robe de Didon, les
peintres de la Renaissance. Deborah Warner, metteur en scène
inspiré, est une grande directrice d'acteurs : justesse des
attitudes qui permet la vérité des sentiments,
sobriété, mais aussi sens imparable du
théâtre dans un mélange des genres
évoquant Shakespeare. En guise de prologue, dont la musique a
été perdue, deux brefs poèmes, l'un de T.S.
Eliot, l'autre de Keats, ce dernier d'une beauté à
tirer des larmes, remplacent le texte original de Nahum Tate ;
comédienne de génie, Fiona Shaw les dit avec un accent
irlandais qui réchauffe le coeur.
William Christie, en superbe
forme, a choisi un effectif orchestral au son nourri et aux couleurs
variées ; ses Arts florissants obéissent comme un seul
homme à sa baguette enthousiaste, qui laisse la musique et la
langue anglaise s'épanouir et chanter. Sorcières
délurées, Hilary Summers, désopilante, en
tête, flanquée de Céline Ricci et Ana Quintans,
Enée viril, et tout d'une pièce de Christopher Maltman.
Blonde et fière, voix de velours aux moirures ensorcelantes,
Melena Ernman campe une Didon amoureuse jusque dans la mort, subtile
musicienne dont chaque phrase est chargée d'émotion.
Une ouverture en beauté, pour la nouvelle saison de
l'Opéra-Comique."
"Dido and Aeneas est
très court pour un opéra (un peu plus d’une heure),
mais l’Opéra comique en tire astucieusement parti en le
donnant deux fois dans la soirée, à 19h et 21h30, avec
les mêmes interprètes, ça c’est de la
rentabilité. Mais la soirée est musicalement
très réussie et on aurait envie de se planquer
derrière un siège pour l’écouter deux fois de
suite !
La mise en scène ne
constitue pas l’argument principal du spectacle. On avait
déjà pu voir l’anglaise Deborah Warner au
Châtelet en 2002 dans Fidelio (lire ici) sans être
absolument convaincu. Ici elle remplace le prologue par des
poèmes de Ted Hughes (Echo et Narcisse, quel rapport avec
l’opéra ?), Thomas Stearns Eliot ou W. B. Yeats, fait surgir
des acrobates pour figurer les marins, met sur scène une
classe d’enfants sous prétexte que l’œuvre, près d’un
siècle après sa création, a été
redonnée dans un pensionnat ! A la limite d’en faire trop ou
de tomber à côté, heureusement Deborah Warner
parvient à magnifier la dimension théâtrale (en
costumes d’époque) du livret, Dido impose sa dramaturgie. Si
la dispute et la scène finale sont remarquables
d’intensité, on reste cependant quelque peu dubitatif quant
à la cohérence globale de la mise en
scène.
Habituée du
répertoire baroque, mais aussi Julie dans l’opéra
éponyme de Philippe Boesmans, la mezzo Malena Ernman
possède une pureté de ligne, une richesse de timbre et
un engagement dramatique idéaux pour incarner Didon. En
Enée, on sent chez le baryton Christopher Maltman non
seulement l’expérience lyrique, très étendue,
mais aussi le métier rigoureux du chanteur de lied ; il est
tout aussi remarquable. En Sorcière complètement
déjantée, la mezzo Hilary Summers, aussi connue pour
chanter Le Marteau sans maître de Boulez, convainc totalement.
Avec une Belinda et des rôles secondaires très bien
tenus, la distribution constitue l’atout maître de cette
production. A la tête d’un orchestre fourni, une vingtaine de
musiciens, William Christie dirige avec toujours autant de talent et
d’attention. Le public réserve un triomphe
mérité aux interprètes. Vous pouvez vous cacher
dans les toilettes pour assister à la seconde
représentation, mais ne vous faites pas prendre
!"
"Deborah Warner décide
d’introduire dans la pièce des fillettes en uniforme et de les
mêler joyeusement d’une part aux choristes vêtus à
la mode d’aujourd’hui, d’autre part aux personnages de l’histoire,
habillés eux en tenue d’époque, celle de Purcell.
Théâtre dans le théâtre évidemment
avec ce mélange de costumes, avec le décor aussi : un
rectangle dessiné au centre du plateau à
l’intérieur duquel se joue le drame, le chœur placé de
part et d’autre qui assiste et commente, un rideau de perles en toile
de fond derrière lequel on devine un porche monumental. D’une
telle idée de départ, on pouvait craindre le pire et
c’est l’inverse qui se produit. Les trois univers, a priori
inconciliables se croisent la plupart du temps sans vraiment se
rencontrer mais il nait de leurs mouvements une vie qui
éclabousse la scène et qui, ajoutée au
réalisme des attitudes, donne à l’histoire de Didon et
Enée une vérité saisissante. Deborah Warner ne
cherche pas à expliquer ou à justifier ses choix : le
prologue par exemple, dont on ignore s’il fut mis en musique par
Purcell et qu’elle choisit de remplacer par trois poèmes (la
comédienne Fiona Shaw se charge de les déclamer). Sans
perdre le fil du livret, sa recette, se compose d’ingrédients
hétéroclites qui, jetés au gré de sa
fantaisie, fonctionne comme par miracle.
Le miracle, on le trouve aussi
dans la fosse au bout de la baguette d’un William Christie dont la
rigueur s’accommode à merveille de la musique de Purcell. D’un
orchestre qu’il a voulu assez fourni – la partition laisse libre
cours à l’interprétation ; elle ne mentionne pas
d’instruments spécifiques - il tire des sonorités
délicieuses, exemptes des verdeurs et des raideurs qui
caractérisent d’autres ensembles baroques. Souplesse,
volupté, fraîcheur de timbre et de phrasé,
l’éventail des sentiments et des climats se déplie dans
toute sa richesse. Les sonorités du chœur des Arts Florissants
sont également remarquables.
L’Enée timbré,
puissant, viril de Christopher Maltman ne se contente pas
d’étaler une sensualité fatale – on songe au Valmont de
John Malkovich dans Les liaisons dangereuses de Stefen Frears. Il se
montre aussi capable de nuances qui font regretter que le rôle
ne soit pas plus développé. Malena Ernman accomplit la
promesse que laissait espérer sa belle voix de mezzo,
chaleureuse et profonde : son « Remember me », le tube de
la partition, d’une grande justesse d’interprétation, ne
pâlit pas de la comparaison avec d’autres. Judith van Wanroij,
Belinda friande, la magicienne gourmande et grotesque de Hilary
Summers, Céline Ricci et Lina Markeby adorables chipies autant
que sorcières, Ana Quintans seconde femme vivace dans son
court » »Ofts she visits this lone mountain »
achèvent de composer un spectacle unique et passionnant, le
premier de la saison parisienne, ce qu’on appelle dans la langue de
Purcell un must."
- Classiqueinfo.com - Eh ben Didon... - 3
décembre 2008
"Du point de vue
théâtral, la mise en scène de Deborah Warner
laisse rêveur. En lisant la biographie de la dame, nous
découvrons qu’elle fut metteur en scène en
résidence de la Royal Shakespeare Company et associée
au Royal National Theater de Londres. Et, effectivement, ça ne
démarre plutôt pas mal. Si la musique que Purcell avait
composée pour constituer le Prologue de son opéra a
disparu, le texte prévu à cet effet par Nahum Tate nous
est resté. Cette histoire d’Echo et Narcisse est très
bien rendue par l’actrice Fiona Shaw, de façon très
décontractée et avec beaucoup d’humour.
Les choses se gâtent
malheureusement dès la vraie ouverture musicale, couverte en
grande partie par les piétinements d’une bande de charmants
bambins que l’on retrouvera tout du long de l’opéra, sans que
quoique ce soit dans l’action ne justifie leur présence.
Décor quasi unique : fond de scène avec une sorte de
forteresse qui sera très peu utilisé, devant, un rideau
supposé symboliser la frontière entre monde intime et
monde extérieur (tarte à la crème à
laquelle seul Johan Simmons, dans sa mise en scène du Simon
Boccanegra à Bastille, avait su donner une vraie valeur
théâtrale) et, au milieu de la scène, une sorte
de plateau sur lequel les principaux personnages montent, le chœur et
les personnages secondaires restant sur les côtés et
admirant les héros, comme représentants des spectateurs
que nous sommes….. Enfin, le genre de grosses ficelles qui ont pu
faire illusion il y a 30 ans.
Pour compléter ce
tableau théâtral, quelques piailleries des bambins
à chaque fois que la sorcière fait son apparition
(Didon et Enée transformé en Hänsel et Gretel !),
les mêmes enfants exécutant (verbe à comprendre
à tous les sens du terme) les intermèdes dansés,
et des acrobates (un metteur en scène lambda d’opéra
baroque ne sortira jamais sans sa bande d’acrobates) pour mimer
l’orage. A côté de cela, la psychologie des personnages
est envoyée aux oubliettes et, comble du comble, ce qui fait
le génie de cet opéra (la juxtaposition du tragique
sublime – des héros déchirés entre devoir et
passion – et du grotesque – les sorcières) est
complètement mis à plat, les héros devenant de
simples pantins pitoyables et les sorcières ramassant la mise.
Jamais n’avons-nous été aussi peu ému par la
scène finale, où Didon et Enée se disputent et
où la reine se donne la mort.
A ce non-sens
théâtral, vient malheureusement s’ajouter un
quasi-désastre musical. Est-ce bien le même William
Christie qui émerveillait le monde musical, il y a 22 ans de
cela, dans cette même salle Favart, avec l’Atys de Lully ?
Comment peut-on faire sonner aussi pauvrement un orchestre qui
regroupe les noms de Myriam Gevers, Mihoko Kimura, Emmanuel Balssa,
Anne-Marie Lasla, Sébastien Marq, Pier Luigi Fabretti, Claude
Wassmer ? Comment peut-on dénaturer une basse continue en se
mettant soi-même au clavecin surélevé et une
viole de gambe et un violone enfoncés sous la fosse, donc
parfaitement inaudibles ? Comment peut-on ne pas entendre un chœur
qui n’est quasiment jamais ensemble (de ce point de vue, le chœur
final de déploration tournait au risible) ? Comment peut-on
avoir oublié que le baroque est fait de courbes,
d’articulations, de discours rhétorique ?
Ce que William Christie nous
délivre ici est d’une platitude affligeante. D’autant plus
affligeante que le chef semble avoir complètement
oublié aussi que le répertoire baroque requiert un
certain type de voix, qu’un style de déclamation ne
s’improvise pas. Or, les chanteurs rassemblés dans cette
production, à la seule exception de la Belinda de Judith van
Wanroij, sont absolument dénués de la moindre notion de
style, de la moindre capacité à exécuter
correctement un ornement. Nous avons donc eu à souffrir une
Didon (Malena Ernman) au timbre indifférent, savonnant les
ornements, chevrotante dans l’aigu ; un Christopher Maltman (pourtant
excellent récitaliste dans les éditions Fauré et
Schumann chez Hyperion), peu aidé par la costumière (ah
! le fou rire intérieur quand Belinda déclare «
How godlike is the form he bears ! »), au vibrato envahissant et
confondant quelque peu Masetto et Enée ; une Hillary Summers,
en faisant des tonnes en Magicienne mais oubliant toute notion de
style, de même que ses assistantes, Céline Ricci et Ana
Quintans. Quitte à nous répéter, il faut sauver
de ce naufrage Judith van Wanroij, très bonne Belinda à
la fois sur le plan vocal et sur le plan
théâtral."
- Altamusica - Didon, ou de la perfection - 5
décembre 2008
"Comment la juxtaposition
d’éléments disparates a-t-elle pu donner naissance au
spectacle parfait ? C’est que, sans prétention à
l’authenticité, Deborah Warner est tout simplement
allée puiser son théâtre aux sources
shakespeariennes de Didon et Énée de Purcell.
Contaminés par l’évidence, les Arts Florissants livrent
leur plus belle prestation depuis longtemps.
L’œuvre, d’abord, est parfaite
: condensé d’une époque, de son théâtre,
qui doit encore tout aux Élisabéthains, et de sa
musique, perméable à toutes les influences
continentales, et transcendée par le génie de Purcell.
Deborah Warner ne s’abîme donc pas dans la démonstration
d’un concept miracle, tirant simplement le fil tendu par Fiona Shaw –
un théâtre à elle-seule –, qui dit en guise de
prologue des textes de Ted Hugues, T.S. Eliot et William Butler
Yeats, concentré contemporain et poétique de ce qui va
suivre.
Parce que Didon et
Énée a pu être créé dans un
pensionnat de jeunes filles – hypothèse infirmée par la
musicologie –, l’actrice irlandaise a suggéré à
son metteur en scène fétiche un chœur muet de jeunes
élèves. Des fillettes en uniforme peuplent donc le
plateau à moitié nu de l’Opéra Comique. À
moitié seulement, puisque Chloe Obolensky y a posé,
suspendu quelques éléments, qui ne font pas tout
à fait un décor mais évoquent un
théâtre de tréteaux et bouts de ficelle – un
rideau de chaînes, quelques voiles, des bancs – devant une
façade classique, une aire de jeu en somme.
Aux fillettes, qui courent en
tout sens, crient, esquissent un pas de danse baroque, se
mêlent des choristes en vêtements ordinaires qui sont un
lien, font le liant avec des protagonistes en costumes
d’époque. Trois niveaux, qui sont autant d’échos aux
textes du prologue et démultiplient les champs de perception :
horrifiques aux yeux des enfants, les sorcières se
révèlent pestes drolatiques, alors même
qu’à leur innocence, la tragédie de l’abandon ne
paraît guère plus qu’un jeu d’adultes.
De cette juxtaposition somme
toute postmoderne du trivial et du sublime, Deborah Warner tire une
cohérence proprement baroque par l’intégration de la
mise à distance temporelle, plutôt que de recourir
à l’artifice d’une prétendue reconstitution à
l’identique : le mythe s’incarne à travers la
réalité des corps, et non la stylisation des poses.
Déployant pour la
circonstance un chœur et un orchestre fournis alors que la
précédente Didon des Arts Florissants se jouait
à un par partie, William Christie étale ses contrastes
en jouant d’effets chromatiques, sans jamais briser la
fluidité d’un discours d’une infinie souplesse.
Remarquable de concentration
sinon de timbre – la clarté de l’extension de son mezzo ne
manque pas de susciter une certaine perplexité sur sa
véritable nature vocale –, Malena Ernman est une Didon tout
entière tendue vers la mort. Sombre, animal,
l’Énée de Christopher Maltman relâche son vibrato
comme l’homme s’abandonne dans les bras, sur le sein de la femme
aimée, comme Énée s’écarte un instant de
sa route. Et puis, dans des registres aussi opposés que
possible, la Belinda pulpeuse et souple, suprêmement
colorée de Judith van Wanroij et la sorcière à
l’alto bizarre d’Hilary Summers, imposante autant que provocante,
sont également irrésistibles.
Une certaine idée de la
perfection, réunion d’éléments a priori
hétéroclites, qui sont le fait de l’œuvre même,
et dont aucun ne saurait être retranché d’un spectacle
qui laisse pantois."
- Opéra Magazine - janvier 2009 -
3 décembre 2009
"Lorsque le public entre dans
la salle, William Christie est déjà assis au clavecin
au milieu de ses musiciens des Arts Florissants, dans la fosse de
l’Opéra-Comique. Il regarde la scène, où des
machinistes s’affairent à hisser des toiles dans les cintres
et où une nuée de fillettes, cravatées et
vêtues de jupes bleu marine, courent et piaillent en tous sens.
En bon artisan, « Bill » passe ses troupes en revue, tout
en accueillant les spectateurs. Avec la complicité de la
célèbre metteuse en scène britannique Deborah
Warner, il s’ingénie ainsi à effacer la
frontière entre artistes et public.
Car ces jeunes filless ne sont
autres, bien sûr, que celles du pensionnat de Chelsea
où, en 1689, fut représenté le Didon et
Énée de Purcell. Ce clin d’oeil à l’histoire
humanise la tragédie mythologique qui va être
jouée : la dernière heure de Didon, première
reine dont les malheurs chantés vont fonder le genre lyrique
anglais. Mais avant d’entrer dans le vif du récit tiré
de L’Énéide de Virgile, Deborah Warner a tenu a
sacrifier au rite du Prologue, même si la musique en a
été perdue. Renonçant dès lors au texte
original du librettiste Nahum Tate, elle a confié à
Fiona Shaw, magnifique comédienne idandaise, trois
poèmes signés Ted Hugues, T. S. Eliot et William Butler
Yeats, qui constituent une sorte de mélodrame parlé que
Christie réussit à incruster, avec une subtilité
inouïe, dans l’ouverture de l’opéra.
En fond de scène, se
devine une façade néoclassique anglaise,
derrière un rideau de perles de verre que vont sans cesse
franchir les fillettes, tantôt trouble-fête, tantôt
complices des protagonistes. Au centre du plateau, le carré
d’une mosaïque vaguement carthaginoise, où se concentre
l’action comme chez Peter Brook qui semble, du reste, avoir
disposé les quatre bancs rustiques de chaque
côté. Voilà pour le décor, auquel vient
s’ajouter le matériel d’un pique-nique digne de Glyndebourne
dans la scène de la chasse, quelques acrobates et autres
gymnastes scandant une action menée tambour battant,
grâce à une direction d’acteurs aussi serrée et
subtile que celle d’un Chéreau. Au fil des actes, le mouvement
tourbillonnant du début va se gripper peu à peu, pour
se figer dans la scène finale de Didon mourante, soutenue par
sa soeur et sa suivante, en un grand tableau classique d’une
saisissante beauté plastique, jusqu’au drapé des
robes.
Mais ce qu’on voit n’est que
prolongement de la musique qui sourd des longs doigts de Christie,
plus inspiré que jamais, passant du style français de
l’ouverture à la drôlerie du « masque »
anglais dans la scène des Sorcières, pour aboutir au
dépouillement du lamento de Didon, vraie « mort d’amour
» intériorisée, mais d’une violence incroyable.
Pour ne pas parler des instruments qui donnent vie, avec leurs mille
couleurs, aux somptueux récitatifs
accompagnés.
La distribution, d’une
remarquable homogénéité, se situe sur les
mêmes hauteurs. Malena Ernman est une Didon dans la
lignée de Janet Baker. L’Énée de Christopher
Maltman est tout aussi habité que celle qu’il abandonne.Judith
van Wanroij est une Belinda toute de douceur, à l’inverse de
la Magicienne haute en couleur de Hilary Summers. Les
Sorcières, Esprits et Marins sont au diapason. Chez tous, la
concentration, la justesse de l’intonation comme l’acuité du
geste, sont garantes de l’émotion qu’ils
transmettent.
C’est du chef-claveciniste que
rayonne toute cette beauté. Christie réussit avec
Purcell ce qu’il avait atteint naguère avec l’Atys de Lully,
puis avec le Retour d’Ulysse de Monteverdi à Aix-en-Provence :
une manière de perfection de la forme et de l’âme, la
première n’étant que le reflet de la seconde. Mais pour
cela, il faut que la scénographie soit au niveau de la
musique."
- Diapason -
Spectacle total
L'évidence d’abord : on
passe une merveilleuse soirée, on sort de ce Didon et
Enée dans un état très shakespearien, larmes aux
yeux et « banane » aux lèvres. Puis le doute
s’installe. Pourquoi faire les derniers raccords techniques le rideau
ouvert ? La bonne vieille magie théâtrale serait-elle
devenue obsolète ? Rendeznous le gant de Gilda ! Et ces
adorables petites filles qui peuplent l’espace : est-ce un hommage
à Josias Priest, et rien d’autre ? Et que fait ici Mlle Fiona
Shaw, comédienne de génie? Certes, la façon dont
elle récite Hugues, Eliot et Yeats en ouverture serait
inaccessible à la quasi-totalité du fichier de l’Actors
Guild, mais encore? Et ce choeur en « tenue
décontractée » qui entoure le petit podium
doré, lieu tragique précisément défini
par la scénographie de Chloe Obolensky (et
complété par une somptueuse façade baroque, au
fond, derrière un rideau de perles), ce choeur tour à
tour spectateur et protagoniste n’ajoute-t-il pas, après les
petites filles, une redondante couche de « guillemets »
distanciateurs? Et ces Sorcières qui, plutôt que de
terrifier, se moquent d’elles-mêmes, de nous et de leur propre
office ?
Serions-nous devenus si
méfiants à l’égard de « l’oeuvre-en-soi
», de sa capacité à émouvoir ? Ou, au
contraire, notre capacité naïve (infantile?) à y
succomber, indigne de créatures postmodernes, nous
embarasse-t-elle au point qu’il semble prudent de multiplier rideaux,
miroirs et alibis? Voilà ce qui taraude avant qu’une
pensée ne vienne nous sauver : plutôt que de se gratter
ainsi les espaces infinis du cerveau, ne vaut-il pas mieux faire
confiance à Deborah Warner, metteur en scène fascinant
qui rend l’opéra à ses charmes originels, ceux du
« spectacle », avec attractions, funambules, poésie
et gags, et, au milieu, un vrai morceau de tragédie ? Car le
tact, l’habileté et l’efficacité dramatique avec
lesquels elle règle le diamant purcellien laissent pantois,
depuis le baiser furtif des deux amants entrevu derrière le
rideau jusqu’à la mort bouleversante (dont nous
enlèverions la trop réaliste fiole de poison à
l’opéra, surtout dans celui-ci, il est permis de mourir de
rien).
Belle distribution,
dominée par la touchante Didon de Malena Emman ; prestation
remarquée de Hilary Summers en Sorceress, rôle qui sied
enfin à sa voix caverneuse. Dans la fosse, assis au clavecin
William Christie, au geste parfois incertain mais toujours amoureux.
Et les Choeurs des Arts Florissant sont impeccables."
"Voici la reprise d'une
production donnée aux Wiener Festwochen en mai 2006, qui
réussit la prouesse de réunir exactement le même
plateau vocal à deux ans et demi de distance. Très
bonne idée que de l'avoir invitée à
l'Opéra Comique ! Interprétation musicale et dramatique
sont en effet remarquables et se renforcent l'une
l'autre.
Deborah Warner ouvre la
soirée en choisissant de faire dire, en guise de prologue,
trois poèmes anglais à son actrice fétiche Fiona
Shaw, au jeu et à la déclamation très
engagés. La culture et l'expérience shakespeariennes de
Deborah Warner sont déjà présentes et le
resteront tout au long de la soirée - ou plutôt de
l'heure de spectacle : Dido and Aeneas est un opéra
très court, d'autant plus court que certains passages en sont
perdus, et qu'il était peut-être donné
intercalé avec d'autres pièces théâtrales
ou musicales. Rien de tout cela ce soir : passé ce prologue
déclamé, le public recevra une heure de drame rendue
encore plus intense et compacte par la mise en scène. Non pas
pourtant une tragédie, car l'air du matelot est bien
léger et entraînant, même s'il annonce le
départ des Troyens, et les sorcières sont bien
divertissantes, même si elles ont ourdi ce même
départ. Mais du théâtre shakespearien
outré, hystérisé, un peu comme le Titus
Andronicus de Daniel Mesguich (en 1989 à
l'Athénée), et sans doute comme les mises en
scène de Deborah Warner, que ce spectacle donne envie de
découvrir! Une rapidité de changement d'affects qui le
rapproche du "zapping" contemporain et rend Purcell plus moderne que
les étirements prévisibles de Verdi ou
Wagner.
Deborah Warner fait jouer, et
généralement surjouer, ces affects successifs.
Chanteurs et choristes rentrent dans le jeu avec une confiance
totale. Ainsi individualisés, légèrement
maquillés, costumés, éclairés, les
choristes s'en trouvent d'ailleurs métamorphosés. Ils
révèlent des ressources expressives jusqu'alors
laissées en friche, ou du moins en jachère. Tout juste
peut-on regretter que Malena Ernman traduise sa résistance
"fiordiligienne" de départ, puis sa douleur finale, par des
contractions de la mâchoire et du visage qui nuisent à
sa vocalité. L'émission de Lina Markeby n'est pas non
plus très libre et pleine ce soir de première.
Christopher Maltman impose lui une plénitude vocale et une
présence irrésistibles. On ne s'étonne pas qu'il
ait été choisi pour incarner Don Giovanni
l'été dernier à Salzburg! Judith van Wanroij est
une excellente Belinda, qui contraste agréablement, avec son
émission claire et saine, avec le timbre sombré de
Malena Ernman. (Le diapason choisi semble aussi très bas!)
D'une voix sombre mais plus pleinement connectée, Hilary
Summers est une sorcière-vamp-hommasse irrésistible!
Elle réussit à donner à sa voix les inflexions
traditionnelles de la sorcière tout en conservant un timbre
chaud. Ses deux acolytes cocaïnomanes (Céline Ricci et
Ana Quintans) sont aussi déjantées scéniquement
que vocalement dans leurs duos, qu'elles arrivent à chanter
tout en continuant à jouer les
surexcitées.
Le décor est
épuré : un plateau carré surélevé
au centre, au fond divers éléments pouvant
apparaître et se superposer : deux voiles carrées
écrues, une façade blanche vaguement classique, des
chaînettes argentées tombantes formant rideau. Les
choristes sont habillés "partie de campagne rétro", les
solistes "robes du soir", et des enfants en uniforme scolaire
rappellent le pensionnat de Chelsea ou Didon et Énée a
été représenté en 1689. Les mouvements et
interactions des personnages sont contemporains, le sommet en
étant le baiser de désir fort réaliste
échangé par Didon et Énée. Mauillon
surjoue bien son Spirit-messager, et le matelot chante son "Come
away" en se rhabillant, à l'instar de toute la troupe, pendant
que les trois sorcières shootées mangent barbe à
papa et pomme d'amour en se gaussant. En trio, Hilary Summers chante
un passage en voix de poitrine quasi parlée une octave en
dessous! Deborah Warner lui attribue souvent un jeu scénique
de rock star.
On peut admirer chez les Arts
Florissants cette capacité à se lancer, sans rien
retenir ni attiédir, dans des aventures avec de grands
chorégraphes et metteurs en scène. C'était
déjà le cas en 1995 au Châtelet pour le King
Arthur confié à Graham Vick. Plus récemment, Les
Paladins mis en scène et chorégraphiés par
José Montalvo et Dominique Hervieu ont réussi une
fusion parfaite entre musique, chant et danse, en impliquant les
choristes des Arts Florissants au même titre que les danseurs
de la compagnie Montalvo-Hervieu. Pour Hercules et Armide, Luc Bondy
et Robert Carsen imposaient leur marque, pour le plus grand
bénéfice du spectacle.
Après une
période où sa direction avait pu sembler quelque peu
tiède, et où on lui préférait de nouveaux
venus plus toniques comme Marc Minkowski, William Christie a ainsi
redynamisé sa direction au contact d'artistes de la
scène. Il a aussi réussi à enrichir l'une par
l'autre ses visions des répertoires anglais et
français, qu'il a toujours pratiqués en alternance. Il
reprend la main ce soir pour l'ouverture, qui fait entendre de longs
phrasés des cordes et une pâte sonore qui semblent
allier le meilleur des interprétations "pré-baroques"
et des interprétations plus "authentiques". Il ne
lâchera plus son orchestre et ses chanteurs jusqu'à la
fin, qui arrive ce soir comme en accéléré. Il
est vrai que le spectacle est donné deux fois chaque soir!
Ainsi précocement lâché dans la rue, on regrette
de ne pouvoir revenir pour une deuxième vision! À
défaut, stimulé par l'hystérie transmise par
Deborah Warner, on improviserait bien une petite tragi-comédie
avec ses voisins spectateurs sortis eux aussi sur un petit
nuage!"
- Berlin - Staatsoper Unter
den Linden - 31 octobre, 1er, 2, 4 novembre 2008 - dir.
Chris Moulds - mise en scène Sasha Waltz - décors
Thomas Schenk, Sasha Waltz - costumes Christine Birkle -
chorégraphie Jirí Bartovanec - avec Aurore Ugolin
(Dido), Reuben Willcox (Aeneas), Deborah York (Belinda),
Céline Ricci (2. Woman), Fabrice Mantegna (Sorceress),
Eberhard F. Lorenz (1. Witch/A Sailor), Michael Bennett (2.
Witch/Spirit)
- Las Palmas -
1er, 2 oct 2008 - New London Consort - dir. Philip Pickett - mise
en scène Jonathan Miller - chorégraphie Jonathan
Miller - avec Julia Gooding (Dido), Michael George (Eneas), Joanne
Lunn (Belinda)
- Opéra de Bordeaux
- 24, 26, 28, 30 septembre, 2, 3 octobre 2008 -
Orchestre National Bordeaux Aquitaine - Choeur de l’Opéra
National de Bordeaux - dir. Jaap ter Linden - mise en
scène, décors et costumes Yannis Kokkos -
chorégraphie Richild Springer - lumières Patrice
Trottier - avec Mireille Delunsch (Didon), Kimy McLaren (Belinda),
Catherine Wyn-Rogers (Magicienne), Colette Galtier
(Première Sorcière), Arlette Da Costa (Seconde
Sorcière), Isabelle Lachèze (Seconde Femme),
Louis-Alexander Désiré (un Esprit), Thomas
Dolié (Énée), Bruno Comparetti (un Marin)
"Derrière une toile
translucide à la manière de Gellée, les
personnages s'effacent, dans les poses tragiques où la fin de
leur réplique les a tenus. Comme toujours chez Kokkos, un
univers schématique, presque géométrique,
à la gestuelle souple et expressive. Côté jardin,
une galerie de palais, sombre, avec l'ébauche du bas d'une
colonne dont on ne peut apercevoir le chapiteau (à la
manière du dispositif central de son Titus, repris
récemment à Genève). Au centre, des
degrés qui descendent, vers le devant de la scène,
jusqu'à un triangle vermillon (la couleur était
omniprésente pour Phaedra), où trois marches
évoquent le lieu du pouvoir. Ce lieu où Didon
débute son parcours sera celui d'où Enée recevra
la fausse apparition au III, puis d'où il se
précipitera, s'embrouillant dans ses piètres excuses au
IV, vers la reine.
Le choeur, vêtu de robes
pourpres à fraises blanches, évite à tout moment
l'écueil du statisme de la littéralité. Point
d'esprit de sérieux : il semble demeurer conscient à
tout moment qu'il est au fond étranger aux malheurs tout
personnels de sa reine, et ses gestes expressifs, sans rechercher la
drolerie, ne paraissent pas pleinement sérieux.
Didon, quittant son
déshabillé blanc pour une courte traîne royale de
même couleur, ne conserve que sa robe, toujours visible,
toujours pourpre, lors de la dernière scène. Sans
aucune ostentation, Kokkos prolonge ainsi la symbolique de la passion
qui brûle la veuve de Sychée - après avoir
proclamé sa vertu devant son peuple. L'opposition des couleurs
fait ainsi sens très simplement sur les éléments
qui ne sont pas repris explicitement par Tate. Et très
discrètement. Tout le travail de Kokkos évolue dans ce
registre de finesse. A la fin de chaque acte, la toile picturale
initiale reprend de l'épaisseur, enveloppe les protagonistes
restants, figés dans leur pose, peu à peu
désintégrés, puis rejoignant lentement les
coulisses, à peine visibles et demeurant dans cet état
fixe où nous les avons laissés. Le génie
d'actrice de Mireille Delunsch trouve ici une terre
d'élection. A l'acte I, d'un port souverain, mais comme
accablée ; à l'acte III, d'un abandon très
mesuré, reposant sur Enée tel Renaud sur Armide, de
façon à ce que chacun puisse se contempler - mais, ici,
avec une ferme tenue qui autorise sans rougir la présence du
public ; enfin, à l'acte IV, succombant lentement, titubant
sur ses genoux, s'étendant avec pathétique et noblesse
pour le dernier voyage. Le dernier air, il est vrai, se montre
pensé de façon un peu romantique, et tant de merveilles
y ont été entendues qu'on n'y trouvera pas
d'originalité ni d'intensité véritablement
supérieure à la moyenne. En revanche, chaque
réplique témoigne de cette alchimie si
particulière chez elle - et qui, même au DVD, se
communique mal -, qui rend sa présence si prégnante sur
scène. Cette acidité, cette imperfection de timbre, ce
souffle portent quelque chose d'électrique - qui n'a rien de
l'excitation purement vocale : Mireille semble déverser son
âme dans les nôtres à chaque parole, avec un art
de la pudeur consommé. La moindre redite textuelle ou
musicale, le moindre segment de vocalisation révèle un
nouveau mouvement de ses affects, un nouvel aspect de son esprit.
Sans moyens techniques impressionnants, elle triomphe
instantanément, dépasse absolument toutes les
considérations comparatives. A cet instant, son art souverain
nous conquiert, et il n'est plus possible de songer à qui nous
préférons : elle est seule
présente.
Jaap ter Linden,
instrumentiste baroque devenu chef comme tant d'autres (il dirige une
honnête intégrale des symphonies de Mozart chez
Brilliant), a tenté d'imposer à un orchestre peu
réceptif des modes de jeu baroques :
irrégularité, non vibrato. Son travail
(nécessairement bref, ne s'agissant pas d'un travail sur
ensemble constitué, avec deux oeuvres sur six mois, mais sur
un orchestre traditionnel, dévoreur de répertoire et de
chefs) est de qualité, mais le résultat, quoique
correct, modérément convaincant. Les tempi sont
très lents, trop lents, le drame se cherche un peu. Les cordes
aiguës jouent même faux à plusieurs reprises,
habituées à masquer la nécessairement
relativité de la justesse sur ces instruments par du vibrato,
ou déstabilisées par des modes de jeux inhabituels pour
eux. [1] Dans la fosse, on constate aussi l'habituelle
disparité de jeu, avec un premier rang qui vibre, un
deuxième qui fait semblant, un troisième qui s'abstient
tout simplement. Le résultat sonore est parfois franchement
décevant pour un orchestre de ce niveau. A contrario, il faut
absolument saluer l'excellence du continuo, et surtout du
violoncelliste, admirablement souple et expressif. La beauté
d'un timbre "moderne" avec l'élan d'un jeu "à
l'ancienne", une forme d'idéal.
Catherine Wyn-Rogers compose
une Magicienne proprement terrifiantes, très
hiératique, avec des sons nasalisés et des
poitrinés très mesurés, nullement comiques.
Suspendue dans les airs ténébreux, elle règne
sur des créatures dont les costumes, noirs à corolle
blanche, constituent des répliques en négatif de la
cour (pourpres à fraise blanche). "
- Opéra Magazine - novembre 2008
"La voix sonore mais souvent
instable dans l’aigu, de Catherine Wvn-Rogers, son manque de
prestance, ne sont compensés que par l’astucieux et
esthétique dispositif, superbe dans sa sobriété
rouge et noire, conçu par Yannis Kokkos et que l’on retrouve,
inversé, dans Dido and Aeneas. Ici, le metteur en
scène-décorateur emploie, avec beaucoup d’intelligence
et un goût sans faille, une sorte de double langage visuel,
à la fois contemporain (la forme géométrique de
certains éléments) et « à l’ancienne
», avec des citations de peintures italiennes du XVIIe
siècle. C’est aussi beau qu’efficace. L’idée de faire
représenter la Mort, au lointain et par instants, par la
danseuse et chorégraphe Richild Springer, apporte une
dimension supplémentaire au propos.
Au centre de la distribution,
Mireille Delunsch est semblable à elle-même. Elle force
l’admiration par son investissement théâtral, la finesse
de son approche musicale de la partition, son intelligence du texte,
mais laisse perplexe quant à la nature d’une voix qui manque
singulièrement d’homogénéité et de
capacité d’émotion. On ne peut rester
indifférent devant cette Didon, mais on ne peut non plus
oublier tant d’autres voix qui ont bien mieux traduit, par leur
nature même, la densité du drame ni sobrement
exprimée par la musique de Purcell.
La Belinda de Kimy McLaren est
brillante, les autres solistes manquent d’éclat, notamment
l’Enée de Thomas Dolié. Ce jeune chanteur pourrait
utiliser bien plus efficacement des moyens intéressants et un
physique avantageux.
Sous la baguette de Jaap ter
Linden, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine joue le jeu baroque
avec une belle réussite. Il s’affirme comme l’un des
éléments positifs d’un spectacle dont on retiendra,
avant tout, les images que Yannis Kokkos a su créer avec un
art extrême."
- Seillans - Place du
Valat - 11 août 2008 - Musique cordiale - dir.
Kevin Griffiths avec Rosie Bell (Didon), Élizabeth Drury
(Belinda), Christopher Wray (Énée)
- Denver - Central City
Opera - 6, 8 août 2008 - Apprentice Artist
production - dir. Katherine Kozak - mise en scène,
décos et costumes Michael Shell - lumières Leah
Austin - avec Lindsey Falduto (Dido), Amanda Hall (Belinda), Kara
Harris (Woman), Julia Elise Hardin (Sorceress), Sara Heaton (First
Witch), Chloé Moore (Second Witch), Megan Hart (Spirit),
Grant Clarke (Aeneas), Jeffrey Philip Nardone (Sailor)
- Banff - Centre for Arts -
Canada - 31 juillet, 2 août 2008 - Banff Festival
Orchestra - Banff, Eric Harvie Theatre - dir. David Agler - mise
en scène Kelly Robinson - nouvelle production
- Northington -
18 juillet 2008 - Grange Park Opera - Alresford - dir. Christian
Curnyn - mise en scène, décors et costumes Antony
McDonald
- Buxton - 15, 23
juillet 2008 - New London Consort - dir. Philip Pickett - mise en
scène Jonathan Miller - chorégraphie Sue Lefton -
avec Julia Gooding (Dido), Michael George (Aeneas), Joanne Lunn,
Faye Newton, Juliet Schieman, Christopher Robson, Andrew
Lawrence-King, Simon Grant, Tone Braaten, Mark Chambers, Joseph
Cornwell, Mark Rowlinson
- Beaune - Basilique
Notre-Dame - 11 juillet 2008 - version de concert -
Gabrieli Consort and Players - dir. Paul McCreesh - avec Renata
Pokupic (Didon), Roman Colett (Enée), Alice Crew (Belinda),
Daniel Taylor (Magicienne)
- Dessau - Anhaltisches
Theater - 4, 5, 6, 11, 12, 13 juillet 2008
- Lauchstädt,
Goethe-Theater Bad Lauchstädt - Festival de Halle
- 7, 8 juin 2008 - Capella Thuringia - Cantus Thuringia - dir.
Bernhard Klapprott
- Opéra de Tel
Aviv - 3, 4, 6, 7, 8 juin 2008 - Akademie für Alte
Musik, Berlin - Vocalconsort, Berlin - dir. Attilio Cremonesi -
mise en scène, chorégraphie Sasha Waltz -
décors Thomas Schenk, Sasha Waltz - costumes Christine
Birkle - avec les Solistes du Staatsoper Unter den Linden, Berlin
- Sasha Waltz Dance Company
- Kiel -
Schauspielhaus - 18 mai, 5, 7 juin 2008 - dir. Reinhard
Goebel / Simon Rekers - mise en scène Thilo Reinhardt -
décors Paul Zoller - costumes Paul Zoller, Bianca Deigner -
chorégraphie Mario Schröder - chef de choeur David
Maiwald - dramaturgie Joscha Schaback - avec Merja
Mäkelä (Dido), Johannes An (Aeneas), Heike Wittlieb /
Lesia Mackowycz (Belinda), Marina Fideli (Sorceress), Wiebke
Lehmkuhl (First Witch, Spirit), Kristina Fehrs (Second Witch)
- Théâtre de
Poissy - 17 avril 2008 - Il Complesso Barocco -
Collegium Vocale Gent - dir. Alan Curtis - avec Anna Bonitatibus
(Dido), Mayuko Karasawa (Belinda), Olivier Lalouette (Enea),
Charles Daniels (Sailor), Kristina Hammarstrom (Sorceress, Second
witch ), Romina Basso (First witch)
- Opéra-Bastille -
Amphithéâtre - 13, 15, 16 mars 2008
- Suresnes - Théâtre
Jean-Vilar - 29, 30 mars 2008 - dir. Patrick Cohen-Akenine - mise en scène
Dominique Pitoiset et Stephen Taylor - costumes Nathalie Prats -
lumières Christophe Pitoiset - avec les Solistes de
l'Atelier lyrique et étudiants du Département de
musique ancienne du CNSMDP : Anna Wall (Dido), Maria Virginia
Savastano (Beelinda), Claiudia Galli (Second Woman), Vladimir
Kapshsusk (Aeneas), Wiard Mitholt (Sorceress), Elena Tsallagova
(First Witch), Andrea Hill (Second Witch), Vincent Delhoume
(Spirit), Paul Crémazy (Sailor)
" L'intérêt
de ce projet est double : permettre aux chanteurs de l’Atelier
Lyrique de l’Opéra National de Paris (âgés de 24
à 30 ans) de travailler l’opéra baroque auprès
de spécialistes (Guillemette Laurens en master class, le
violoniste Patrick Cohen-Akénine) et impliquer les
étudiants du Département de musique ancienne du CNSMD
de Paris, auxquels sont confiés l’orchestre et le continuo. Le
travail scénique, remarquable, repose sur un concept aussi
original que convaincant : Dido and Aeneas, donné dans son
intégrité, est la pièce centrale d’un montage
d’extraits de l’Énéide entremêlés de
superbes pièces vocales de Purcell. Le drame amoureux
individuel accède ainsi à une dimension épique
et de nécessité historique. Dommage, simplement, que la
comédienne Nadia Fabrizio crie autant son si beau texte... Les
chanteurs peuvent certes encore progresser sur le plan du style
(renoncer parfois au legato, intégrer les ornements avec
davantage de naturel, savoir au besoin enlaidir sa voix), voire, pour
certains, sur celui de l’anglais. Les instrumentistes, quant à
eux, doivent encore gagner en son et en nerf. Mais tous ont
manifestement beaucoup appris. A côté d’un attachant
Enée, d’une émouvante Didon, à la voix ample et
chaude, et d’une Belinda aussi excellente actrice que chanteuse, on
retiendra tout particulièrement la Magicienne de grand relief
du baryton Wiard Witholt. Une belle réussite qui
mériterait d’être reprise." (opéra Magazine - mai
2008 - 13 mars 2008)
- Bruxelles - Kaaitheater
- 18, 22 janvier 2008 - Bruges
- Concertgebouw - 19 janvier 2008 - Rotterdam - De Doelen - 24 janvier 2008
- Anvers - DeSingel - 25, 26
janvier 2008 - Ensemble B’rock
- Choeur de Chambre Octopus - dir. Richard Egarr - mise en
scène Jan Decorte - scénographie Johan Daenen, Jan
Decorte - costumes Sofie D’hoore, Thijsje Strijpens, Jan Decorte,
Sigrid Vinks - lumières Jan Decorte, Luc Schaltin - avec
Wilke te Brummelstroete (Dido), Maarten Koningsberger (Aeneas),
Barbara Hannigan (Belinda), Giles underwood (Sorceress), Amaryllis
Dieltiens (Second wife), Jonathan De Ceuster, Patrick van Goethem
(Witches), Sigrid Vinks (Cupid)
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 12, 13, 15, 16, 17
janvier 2008 - Akademie für Alte Musik Berlin - Vocalconsort
Berlin - dir. Attilio Cremonesi - mise en scène et
chorégraphie Sasha Waltz - décors Thomas Schenk et
Sasha Waltz - costumes Christine Birkle - éclairages Thilo
Reuther - dramaturgie Jochen Sandig, Yoreme Waltz - avec Sarah
Connolly (Dido), Reuben Willcox (Aeneas), Elizabeth Cragg
(Belinda), Jean-Paul Fouchécourt (Sorceress), Céline
Ricci (Second woman), Eberhard Francesco Lorenz (First witch,
Sailor), Michael Bennett (Second witch, Spirit) - production de
2005

- La Libre.be - La chorégraphe
allemande noie Purcell dans sa propre mythologie. Démarche
argumentée, inspiration puissante, résultat hybride.
"Nul ne restera
indifférent au prologue imaginé par Sasha Waltz en
ouverture du "Dido and Aeneas" de Purcell [?], où des corps
entourés de voiles et de rubans évoluent gracieusement
sous l'eau, renvoyant à la fois aux bas-reliefs romains et aux
volutes baroques, rêve sensuel d'une humanité en
apesanteur et en union confiante avec les éléments...
Mais encore ? C'est qu'aux yeux de la chorégraphe allemande,
si puissant et si émouvant qu'il fût, l'opéra
manquait quand même un peu de substance : en complicité
avec Attilio Cremonesi (musicien et musicologue, formé aux
écoles baroques de Sienne et de Bâle), Sasha Waltz a
donc réinventé "Dido And Aeneas", rejoignant en cela la
longue liste des prédateurs fascinés par ce court
chef-d'oeuvre et incapables de résister à l'envie de
s'en emparer et surtout de l'allonger à leur profit.
La reconstruction s'est faite
selon des règles baroques traditionnelles : invention d'un
prologue parlé (quoiqu'aquatique) invoquant les dieux et les
nymphes, inclusion de "masques" sous forme de divertissements
débridés, de ballets (généralement cruels
et beaux), de solos surnuméraires (silencieux et redondants),
d'intermèdes instrumentaux reconstitués avec plus ou
moins de bonheur, ajout de castagnettes et atténuation
déroutante des basses du continuo pour un résultat
voulu "transparent" et, dans les faits, aigrelet. Avec une
participation courageuse, et parfois très réussie, des
chanteurs à la gestique des danseurs, un processus
déjà illustré, par exemple, par Trisha Brown
dans "L'Orfeo" de Monteverdi.
En dépit de ce qui
précède, de l'inspiration foisonnante de la
chorégraphe et de la virtuosité des interprètes,
le spectacle donne une impression gênante de dispersion et de
longueur, en particulier pour la partie du public qui connaît
bien l'oeuvre et en a intégré le rythme propre.
Peut-être aussi parce que, trois ans après sa
création au théâtre Unter der Linden de Berlin,
il peine encore à retrouver sa fièvre initiale. (Sasha
Waltz n'est pas venue saluer : était-elle sur place ? Qui a
remonté le spectacle ?).
On saluera la qualité
des voix - tant pour ce qui est du Vocalconsort de Berlin, que des
solistes, notant le timbre chaud et brillant de la Britannique Sarah
Connolly (Dido), l'Aeneas crédible mais instable de Reuben
Willcox, la spirituelle Belinda d'Elizabeth Cragg (remplaçant
au pied levé Deborah York) et la participation
électrisante de Jean-Paul Fouchécourt, l'enchanteresse.
Par contre, victime de sa "reconstruction", l'orchestre, placé
sous la direction de Daniel Reuss, sonne maigre et
éclaté.
Enfin, on reste
bouleversé par l'engagement des danseurs avec, en sommet
dramatique, les deux amants, Valeria Apicella et Virgis Puodziunas
(en photo) et, en clin d'oeil shakespearien, la "narratrice",
Charlotte Engelkes."
"Créée au
Staatsoper unter den Linden en 2005, cette production de Dido et
Aeneas par Sasha Waltz est à la fois spectaculaire,
émouvante et particulièrement originale puisque la
chorégraphe et metteur en scène berlinoise a choisi de
dédoubler les rôles de l'opéra de Purcell. Chaque
personnage est ainsi à la fois chanté et dansé
afin de créer des duos d'une grande beauté. Dans sa
mise en scène de l'oeuvre du compositeur baroque anglais, le
plus ancien ouvrage anglais joué de nos jours sur la
scène, l'amour tragique de Dido pour Aeneas débute par
une séquence inattendue et inoubliable : dans un gigantesque
aquarium posé sur le plateau, des danseurs plongent et
racontent en mouvement le destin des deux héros. La
mezzo-soprano anglaise Sarah Connolly et le baryton anglais Reuben
Willcox peuvent ensuite faire entendre leur chant d'espoir et
d'abandon.
Enée, prince troyen,
fils d’Anchise et de Vénus, n’a qu’un seul et unique destin :
fonder la nouvelle Troie (Rome) sur les bords du Tibre. Parmi toutes
les épreuves dont il devra sortir vainqueur, il en est une
pour laquelle il n’aura pas à dégainer les armes mais
qui n’en est pas moins cruelle : l’amour. Qui lui apparaîtra
sous les traits de la reine de Carthage, la belle Didon qui porte le
chagrin à même son visage. Ces amants légendaires
auraient-ils pu vivre heureux ? Peut-être. Mais il aurait fallu
que n’existent ni la magicienne ennemie ni les sorcières
habiles à faire le mal, ces êtres mal
intentionnés décidés de nuire à cet amour
royal. Avec ses pouvoirs maléfiques qui lui permettent de
déchaîner les éléments, lors d’une chasse,
la magicienne déclenche un violent orage et fait
apparaître un faux Mercure qui oblige le prince troyen à
reprendre la mer. Il hésite. La fière Didon ne daigne
pas que l’on hésite. Elle lui ordonne de continuer son voyage
et elle, désespérée s’en ira rejoindre le
royaume de la mort. Dans ce chef-d’œuvre de l’opéra, Purcell a
laissé une part belle à la danse, ce qui a
séduit la chorégraphe allemande Sasha Waltz, qui, pour
la toute première fois de sa brillante carrière, met en
scène un spectacle où la musique est jouée
live."
- Opéra Magazine - mars 2008
"La Monnaie reprend, dans la
grande salie du Théâtre National, la mise n scène
de Dido andAeneas imaginée en 2005 par la chorégraphe
Sasha Waltz pour le Staatsoper Unter den Linden de Berlin. Pour
l’occasion, le chef d’orchestre et musicologue Attilio Cremonesi a
reconstitué le prologue manquant ainsi que certaines parties
centrales, en s’appuyant pour l’essentiel sur d’autres partitions du
compositeur britannique, dont King Arthur. On atteint ainsi une
durée totale d’une heure quarante-cinq (contre une bonne heure
quand on se contente de jouer la musique parvenue jusqu’à
nous). Aux fastes du baroque, SashaWaltz substitue son propre
univers, en multipliant les effets spéciaux : ballet aquatique
exécuté pendant tout le prologue dans un immense
aquarium se vidant progressivement de son eau ; danseurs en
apesanteur suspendus à des filins et évoluant à
la façon de mobiles de Calder ; ou encore ce tableau du
banquet atteignant les sommets du kitsch par le bariolage des
costumes. Chaque chanteur est doublé par un ou plusieurs
danseurs, les uns et les autres — y compris les choeurs —se
rejoignant volontiers pour certaines figures corporelles. Dès
lors, l’oeuvre a tendance à se disperser et on se prend
à regretter la concision et l’urgence dramatique de la version
« traditionnelle », par-delà quelques moments
visuellement très réussis et une chorégraphie en
elle-même de qualité.
D’une distribution d’un
excellent niveau, on détachera d’abord Sarah Connolly, Didon
au timbre cuivré et au chant nuancé, en particulier
dans un très expressif « When I am laid in earth ».
Baryton aigu doté d’une voix claire, Reuben Willcox est un
Énée de belle prestance, dont la stabilité de
l’émission est parfois compromise par les positions que lui
impose la mise en scène. Elizabeth Cragg (remplaçant
Deborah York) prête son joli soprano à Belinda.
Jean-Paul Fouchécourt, vêtu de rouge et de noir,
évolue comme un poisson dans l’eau dans le personnage de la
Magicienne, à l’instar des deux Sorcières.
Céline Ricci, enfin, ne démérite pas en Dame
d’honneur, rôle ici accru. Parmi les danseurs, tous excellents,
le charismatique et athlétique Virgis Puodziunas, double
d’Énée, mérite une mention particulière.
Les nombreuses interventions du choeur, très sollicité
également sur le plan scénique, nous ont permis
d’applaudir le Vocalconsort Berlin. Quant aux instrumentistes de
l’Akademie für Alte Musik Berlin, placés sous la
direction de Daniel Reuss, ils se sont distingués par une
exécution toute de finesse et de précision,
malgré un léger manque de mordant."
- Opéra de
Lille - 11, 12 janvier
2008 - Aix en Provence - Grand
Théâtre de Provence
- 23, 24 janvier 2008 - Istres - 27 janvier 2008 - Orchestre et choeur de l'Académie
européenne de Musique du Festival d'Aix-en-Provence - dir.
Kenneth Weiss - muse en scène Jacques Osinski -
décors et costumes Christophe Ouvrard - lumières
Catherine Verheyde - avec Jennifer Johnston (Didon), Shigeko Hata
(Belinda), Adam Green (Énée), Diana Highbee (Seconde
Dame, Première Sorcière), Tomomi Mochizuki (la
Magicienne), Diana Axentii (Deuxième Sorcière), Ivo
Posti (Esprit), Olivier Hernandez (Marin)
- Mönchengladbach
- 1er, 4, 18, 28 décembre 2007, 12,
27 janvier, 21 février, 8 mars 2008 - dir. Graham Jackson -
mise en scène Christian Tombeil - décors Andreas
Jander - costumes Gabriele Wasmuth - dramaturgie Ulrike
Aistleitner - avec Uta Christina Georg (Dido), Hans-Jürgen
Schöpflin (Aeneas), Debra Hays / Jeannette Wernecke
(Belinda), Ursula Hennig / Christina Heuten (Deuxième
dame), Janet Bartolova (Magicienne), Sabine Sanz / Marianne
Thijssens (Première sorcière), Nele van Deyk /
Birgitta Henze (Seconde sorcière, Kerstin Brix (Esprit),
Walter Planté (Marin)

- Théâtre de
Longjumeau - 24 novembre 2007 - Maîtrise des Hauts-de-Seine, Choeur d'enfants de
l'Opéra de Paris - Ensemble Instrumental des Hauts-de-Seine
- dir. Gaël Darchen - mise en scène Karin
Catala
- Festival d'Ambronay
- 27, 28, 29 septembre 2007 - Festival de Labeaume en Musique "Les
Quartiers d'Hiver" (07) - 15 mars 2008 - Lyon 8ème arrondissement avec le
NTH8 (Lycée Jean Lurçat) - 10 et 11 avril 2008 -
Festival le Printemps de
Vienne (38) - 15, 16 et 17 mai 2008 - Festival en Beaujolais - Continents et
Cultures (69) - 2 juillet 2008 - Compagnie
l'Opéra-Théâtre - Choeur des jeunes du Centre
de la Voix Rhône-Alpes - Ensemble Boréades - dir.
Marie-Laure Tesseydre - mise en scène André Fornier
- costumes et scénographie Angélina Herrero -
lumières Nicolas Charpail - avec Majdouline Zerari (Didon),
Guillaume Andrieux (Enée), Marie Remandet (Belinda),
Stéphane Meygret (L'Enchanteresse)

- Kiel -
Schauspielhaus - 23 septembre, 6, 9, 11, 13, 26
octobre, 15 novembre, 2 décembre 2007 - dir. Reinhard
Goebel / Simon Rekers - mise en scène Thilo Reinhardt -
décors Paul Zoller - costumes Paul Zoller, Bianca Deigner -
chorégraphie Mario Schröder - chef de choeur David
Maiwald - dramaturgie Joscha Schaback - avec Merja
Mäkelä (Dido), Johannes An (Aeneas), Heike Wittlieb /
Lesia Mackowycz (Belinda), Marina Fideli (Sorceress), Wiebke
Lehmkuhl (First Witch, Spirit), Kristina Fehrs (Second Witch)
- Edimbourg - Usher
Hall - 26 août 2007 - version de concert -
Scottish Chamber Orchestra - dir. Nicholas McGegan - avec Jane
Irwin (Dido), Sarah-Jane Davies (Belinda), Roderick Williams
(Aeneas), Jennifer Johnston (Sorceress), Reno Troilus (Spirit)
- Théâtre du
Puy en Velay - 22 août 2007 - Festival de La
Chaise Dieu - version de concert - The King's Consort - dir.
Robert King
- Dessau - Anhaltisches
Theater - 6 juillet 2007 - dir. Golo Berg - mise en
scène Michael Sturm - décors et costumes Dietlind
Konold - chef de choeur Helmut Sonne - chorégraphie Berd
Bunk - dramaturgie Dr. Susanne Schulz - avec Sabine Noack (Dido),
Cornelia Marschall (Belinda), Jagna Rotkiewicz (Seconde Dame),
Peter Rehkop (Magicienne), Kristina Baran (Première
Sorcière), Anne Weinkauf (Seconde Sorcière), Tom
Biermann (Esprit), Ulf Paulsen (Aeneas), Norbert Leppin
(Marin)

- Tanglewood - Massachusets
- 28, 29 juin 2007 - Mark Morris Dance Group - dir.
Stefan Asbury - chorégraphie Mark Morris - costumes
Christine Van Loon - décors Robert Bordo - lumières
James F Ingalls
- La Corogne - Teatro Colon
- 2, 3 juin 2007 - Orquesta Barroca de Sevilla - Coro
Barroco de Andalucía - dir. Mónica Huguet - avec
Raquel Andueza (Dido), Pau Bordas (Eneas), Mª Eugenia Boix
(Belinda), Damien Guillon (Brujos y espíritu), Lluis
Vilamajó (Sailor), Mariví Blasco (Bruja)
- Cité de la Musique
- 30 mai 2007 - reconstitution de la version du
Lincoln's Inn Fields Theatre, 1700 - New London Consort - dir.
Philip Pickett - avec Julia Gooding (Didon), Michael George
(Enée), Joanne Lunn (Belinda), Simon Grant
(L'Enchanteresse), Juliet Schiemann, Faye Newton (Les
Sorcières), Christopher Robson (L'Esprit), Andrew King
(Marin)
- Théâtre de
Krefeld - 20, 27 mai , 6, 9, 16, 21, 22 juin 2007 -
dir. Graham Jackson - mise en scène Christian Tombeil -
décors Andreas Jander - costumes Gabriele Wasmuth -
dramaturgie Ulrike Aistleitner - avec Uta Christina Georg (Dido),
Hans-Jürgen Schöpflin (Aeneas), Jeannette Wernecke
(Belinda), Ursula Hennig / Christina Heuten (Second Woman), Janet
Bartolova (Sorceress), Sabine Sanz / Marianne Thijssens (First
Witch), Nele van Deyk / Birgitta Henze (Second Witch), Kerstin
Brix (Spirit), Walter Planté (Sailor)
- Brighton - 16
mai 2007 - reconstruction de la version de 1700, avec les ajouts
de John Eccles - New London Consort - Concert Hall - dir. Philip
Pickett - avec Julia Gooding (Dido), Juliet Schiemann (Fisrt
Witch), Michael George (Aeneas), Faye Newton (Second Witch),
Joanne Lunn (Belinda), Christopher Robson (Spirit), Simon Grant
(Sorceress), Andrew Lawrence-King (Sailor)
- Leeds - Grand Theatre
- 5, 11, 23, 24 mai 2007 -
Nottingham Theatre Royal - 8 juin 2007 - Newcastle Theatre Royal - 16 juin 2007
- Salford Quays The Lowry - 23
juin 2007 - Sheffield Lyceum Theatre
- 30 juin 2007 - Bradford
Alhambra Theatre - 7 juillet 2007
- Opéra de Bangkok
- 7, 8 avril 2007 - Bangkok Baroque Ensemble - dir.
Trisdee na Patalung - reprise de la version de 2002
- Bologne - Teatro
Comunale - 30 mars, 1er avril 2007 - dir. Roberto
Polastri - mise en scène Roberto Recchia - avec Darren
Abrahams, Anna-Clare Monk, George Mosley, Paula Murrihy, Gabriella
Sborgi, Nora Sourouzian
- Livourne - Teatro Goldoni
- 7, 8 février 2007 -
Lucques - Teatro del Giglio - 21 février 2007 -
Pise - Teatro Communale Verdi
- 26, 27 février 2007 - Progetto Città
Lirica OperaStudio - version revue par Benjamin Britten et Ian
Holst - dir. Luca Pfaff - mise en scène Andrea De Rosa
-
- Séville - Teatro de
la Maestranza - 20, 21 janvier 2007 - version de
concert - Orquesta Barroco de Sevilla - Coro Barocco de Andalucia
- dir. Monica Hugget
- Londres - Hackney
Empire - 14 octobre 2006 - Arts Cambridge - 20 octobre 2006 -
Northcott Exeter - 26 octobre 2006 -
Maltings Concert Hall Snape -
9 novembre 2006 - Festival
Malvern - 22 novembre 2006 - English Touring Opera -
dir. Matthew Halls - mise en scène Helen Eastman -
décors Michael Vale - lumières Neil Brinkworth -
avec Joana Thome, David Stout, Jane Harrington, Patricia Orr,
Laura Mitchell, Susan Atherton, Sean Clayton, Iestyn Morris,
Martin Robson

- Berlin - Staatsoper Unter
den Linden - 18, 19, 25, 26 octobre 2006 - Akademie
für Alte Musik Berlin - dir. Attilio Cremonesi - mise en
scène Sasha Waltz - décors Thomas Schenk / Sasha
Waltz - costumes Christine Birkle - avec Aurore Ugolin (Dido),
Reuben Willcox (Aeneas), Deborah York (Belinda), Céline
Ricci (Second Woman), Fabrice Mantegna (Sorceress), Eberhard
Francesco Lorenz (First Witch / A Sailor), Michael Bennett (Second
Witch / Spirit) - coproduction avec Grand Théâtre de
la Ville, Luxembourg; Opéra de Montpellier
- Festival de Dubrovnik
- 6 août 2006 - New London Consort - dir. Phillip
Pickett - avec Julia Gooding (Dido), Michael George (Aeneas), Tone
Braaten (Belinda), Faye Newton (Second woman, First enchanteress),
Revital Raviv (Second enchanteress), Christopher Robson (Spirit),
Andrew Lawrence-King (Sailor), Simon Grant (Sorceress), Mark Rowlinson
- Aix-en-Provence - Ateliers
du Festival - Venelles - 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16,
18, 19, 20, 21, 22 juillet 2006 - Solistes et Orchestre de
l'Académie européenne de musique - dir. Kenneth
Weiss - mise en scène Jacques Osinski - décors,
costumes Christophe Ouvrard - lumières Catherine Verheyde -
avec Jennifer Johnston (Didon), Adam Green (Enée), Judith
van Wanroij (Belinda), Diana Higbee (Seconde Dame et
Première Sorcière), Tomomi Mochizuki (La
Magicienne), Stéphanie Atanasov (Seconde Sorcière),
Xavier Sabata (L'Esprit), Olivier Hernandez (Le Marin)
"La production de l’ouvrage de
Purcell proposée à Aix cette année est en fait
une reprise de celle présentée pour la première
fois durant l’hiver 2004 en pays d’Aix (17 représentations).
Elle avait donnée à Kenneth Weiss (photo ci-dessus)
l’occasion de sa première collaboration avec l’Académie
Européenne de Musique. Le bonheur qu’éprouve le
claveciniste à retrouver l’Académie est palpable :
« le très haut niveau des stagiaires est très
stimulant », confie un artiste qui se réjouit par
ailleurs de préparer la reprise de Didon et Enée en
collaboration avec « une magnifique artiste et une grande
pédagogue : Rachel Yakar. Elle a beaucoup de conseils à
apporter aux chanteurs et c’est une aide précieuse pour moi.
»
Par rapport à la
production de 2004, une « dynamique différente »
s’installe entre des chanteurs parmi lesquels les principaux
protagonistes ont changé (Jennifer Johnston incarne Didon,
Adam Green Enée). « Il difficile de dire que c’est mieux
ou pas, note Kenneth Weiss, ce que j’apprécie en tout cas
c’est que le travail demeure très spontané. » Et
l’aspect théâtral très présent aussi dans
la représentation d’un ouvrage d’une rare densité que
le public découvre dans une salle de 150 places, d’où
une grande proximité avec les chanteurs, leurs
expressions."
- Scala de Milan
- 28 juin, 4, 6, 8, 12, 14, 17, 19 juillet 2006 - dir.
Christopher Hogwood - mise en scène et chorégraphie
Wayne McGregor - décors Hildegard Bechtler - costumes
Fotini Dimou - lumières Lucy Carter - avec Sarah Connolly
(Dido), Brandon Jovanovich (Aeneas), Marie Arnet (Belinda),
Adriana Kucerova (Second woman), Sara Fulgoni (Sorceress), Anna
Chierichetti (First witch), José Maria Lo Monaco (Second
witch), Nicola Marchesini (Spirit), Philippe Do (First sailor) -
nouvelle production

- Théâtre du
Châtelet - 27, 30 juin 2006 - Les Musiciens du
Louvre - dir. Marc Minkowski - avec Jessye Norman (Dido), Erin
Marie Wall (Belinda), Gillian Webster (Deuxième Dame),
Felicity Palmer (La Magicienne), Emmanuelle Goizé
(Première Sorcière), Salomé Haller
(Deuxième Sorcière), Philippe Jaroussky (Un Esprit),
Russell Braun (Énée), Barry Banks (Un Marin)
- Opéra Magazine - septembre 2006 - 30
juin 2006
"Réunir Jessye Norman
et Les Musiciens du Louvre-Grenoble de Marc Minkowski pouvait sembler
une étrange idée qui, à l'arrivée, s’est
révélée comme l’une des plus belles
façons de rendre hommage à Jean-Pierre Brossmann et de
clore son ultime saison à la tête du
Théâtre du Châtelet. Quant aux fines bouches
semblant s’étonner de ne pas entendre aujourd’hui la Norman
d’il y a vingt ans, on les laissera dire... Moins de facilité?
Certainement, on ne chante pas à 60 ans comme à 40.
Mais quelle mécanique du chant! Quelle attention portée
à la dicton, quelle intelligence du texte, de la musique et de
ses moyens ! Il en résulte une grande soirée,
marquée par quelques instants d’une intensité et d’une
finesse exceptionnelles, tant en première partie dans Les
Nuits d’été de Berlioz que dans Dido and Aeneas,
où elle est entourée d’une distribution simplement
épatante. Quant aux troupes de Minkowski, elles se montrent
sous leur meilleur jour durant toute la soirée. Instants
inoubliables..."
- Diapason - septembre 2006
" ...Et c’est au
théâtre que l’on revient pour Didon et Enée.
Minkowski joue une fois encore la carte du grand drame lyrique,
réfutant la théorie — aujourd'hui d’ailleurs
contestée — de l’opéra de poche. Scène de
sorcières faramineuse, entraînée par une Felicity
Palmer avec dans la voix un parfum de gin et aguichée par une
Salomé Haller quasi lubrique. La cour de Carthage est tout en
automne, couleurs pourpre et or passé; Norman,
elle-même, courbée par le destin, la voix cette fois
vraiment fatiguée, chante du geste, mais cette Didon n’en est
que plus éloquente face à l'Énée
mâle et noble de Russell Braun, baryton aux harmoniques si
foisonnants. L'Esprit mercurien de Philippe Jaroussky (à qui
le public fait triomphe), le matelot ténorissimo de Barry
Banks, la Belinda attentionnée d'Erin Wall qui retrouve enfin
un emploi à sa mesure, tous font une équipe que le
disque serait inspiré d’immortaliser."
- Halle - Aula der
Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg - 10,
11 juin 2006 - dir. Trevor Pinnock - avec Susan Bickley (Dido),
Grace Davidson (Belinda), Alex Ashworth (Aeneas), Della Jones
(Sorceress), Jeremy Budd (Sailor), Catrin Johnsson (First Witch),
Claire Henry (Second Witch), Claire Seaton (Second Woman),William
Missin (Spirit)
- Ferrare - Teatro Comunale
- 16, 17 juin 2006 - Akademie für Alte Musik
Berlin - dir. Attilio Cremonesi - mise en scène Sasha Waltz
- décors Thomas Schenk, Sasha Waltz - costumes Christine
Birkle - chorégraphie Sasha Waltz - avec Aurore Ugolin
(Dido), Reuben Willcox (Aeneas), Deborah York (Belinda), Maria
Cristina Kiehr, Luc Dunberry, Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola
- Berlin - Schaubühne
am Lehniner Platz - Musikalisches Schauspielprojekt
d'après Dido and Aeneas - 7 avril 2006 - Barock-Ensemble
der Schola Cantorum Basiliensis - dir. Lutz Rademacher, Lars
Wittershagen - mise en scène Sebastian Nübling -
décors Muriel Gerstner - costumes Eva Butzkies -
lumières Rainer Küng - dramaturgie Julia Lochte - avec
Ulrike Bartusch, Sandra Hüller (Dido), Sandro Tajouri
(Aeneas), Andrea Bettini (Jupiter, Herr des Hauses), Barbara
Lotzmann (Juno, seine Frau), Wolfgang Brumm (Venus, Jupiters
Schwester), Klaus Brömmelmeier (Iarbas, Didos Freier), Rahel
Hubacher (Belinda, Didos Schwester), Lars Wittershagen (Ganymid,
Jupiters Liebling), Yasin Kourrich (Askanius, Aeneas Sohn)
- Vienne - Wiener Festwochen
- 11, 13, 15 mai 2006 - Les Arts Florissants - dir.
William Christie - mise en scène Deborah Warner - avec
Malena Ernman (Dido), Christopher Maltman (Aeneas), Judith Van
Wanroij (Belinda), Hilary Summers (Sorcery), Lina Markeby (second
Womaan), Céline Ricci (First Witch), Ana Quintans (Second
Witch), Marc Mauillon (spirit), Ben Davies (Sailor)
- Rostov - Russie
- 30 avril 2006 - mise en scène Konstantin
Balakin - nouvelle production
- La Valette - Malte -
Sacred Heart Convent, St Julians - 18 mars 2006 -
version de concert - Vocalise Chamber Ensemble - Schola Cantorum
Julilate Choir - dir. Christopher Muscat - avec Rosabelle Bianchi
(Dido), Charles Vincenti (Aeneas)
- Reims - Auditorium 1 du
CNR - 28 février 2006 - Ensemble instrumental
Baroque - dir. Jean-Marie Puissant - mise en espace et costumes -
avec Sylvie Althaparro, Frédéric Lair, Emmanuel
Cury
- Berlin, Staatsoper Unter
den Linden - 27, 28 février 2006 - dir. Attilio
Cremonesi - mise en scène Sasha Waltz - décors
Thomas Schenk, Sasha Waltz - costumes Christine Birkle -
lumières Thilo Reuther - dramaturgie Jochen Sandig, Yoreme
Waltz - avec Aurore Ugolin (Dido), Reuben Willcox (Aeneas),
Deborah York (Belinda), Céline Ricci (Second Woman),
Fabrice Mantegna (Sorceress), Eberhard Francesco Lorenz (First
Witch / A Sailor), Michael Bennett (Second Witch / Spirit) -
coproduction avec Staatsoper Unter den Linden, Berlin; Grand
Théâtre de la Ville de Luxembourg; Opéra de
Montpellier
- Philadelphia, Pennsylvania
- Curtis Institute of Music - 17, 18, 19 février
2006 - dir. Donald St Pierre - mise en scène Susan
Fenichell
- Chicago Opera Theater
- 15, 17, 19, 23, 25 février 2006 - dir. Raymond
Leppard - mise en scène Lillian Groag - avec Susanne
Mentzer (Dido)
- Nantes - Folle
Journée - Auditorium Reine Mary - 26, 28, 29
janvier 2006 - Ricercar Consort - Collegium Vocale Gand - dir.
Pierre Pierlot - avec Romina Basso (Didon), Furio Zanasi
(Enée), Núria Rial (Belinda), Damien Guillon
(Sorcière), Céline Scheen (Deuxième Femme,
Sorcière), Alex Potter (Deuxième Sorcière,
Esprit), Malcolm Bennet (Marin)
- Opéra de
Rennes - 17, 18, 19
janvier 2006 - Ensemble Les Nouveaux Caractères - Chœur Les
Cris de Paris (dir. Geoffroy Jourdain) - dir. Sébastien
d’Hérin - mise en espace et préparation
scénique Benjamin Lazar - lumières Christophe
Naillet - avec Louise Innes (Dido), Caroline Mutel (Belinda),
Jean-Sébastien Bou (Aeneas), Alain Buet (un Marin)
- Opéra Magazine - mars 2006 - 19
janvier 2006
"Face à ce spectacle,
avouons notre perplexité, d’abord envers l’objet
présenté : l’opéra de Purcell
précédé d’un extrait d’Enée et Lavinie
(1690), tragédie lyrique coulée dans le moule de Lully,
dont son auteur, Pascal Colasse, fut le secrétaire, puis le
continuateur. Contemporain, à quelques années
près, du drame anglais, l’ouvrage illustre un épisode
de la vie du prince troyen postérieur à l’escale
carthaginoise. Le lien entre les deux se trouve dans l’intervention
de l’Ombre de Didon, mettant en garde l’amoureuse Lavinie contre l’inconstance de l’homme
qu’elle s’apprête à épouser. Bouleversée
par cette vision, la princesse s'évanouit et assiste, comme en
flash-back, aux amours de Didon et Enée ; c’est ici qu’est
donné dans son intégralité l’opéra de
Purcell. Le style français a certes marqué Dido
andAeneas — sans négliger pour autant les influences
italiennes. Mais n’est-il pas périlleux de confronter ce
miracle absolu de musique et de théâtre, sans
équivalent dans l’histoire de l’opéra, à une
partition de bonne facture qui, réduite à ses deux
premiers actes, n’a jamais l’opportunité de témoigner
de son impact dramatique ou de pertinence psychologique, et passe
fatalement pour un pâle décalque du modèle
lulliste?
Une autre interrogation
concerne la participation du metteur en scène Benjamin Lazar,
dont le patient travail sur le théâtre baroque, dans la
lignée d’Eugène Green, vient d’être porté
à la lumière du grand public par le formidable
succès du Bourgeois gentilhomme, en collaboration avec Le
Poème Harmonique et Vincent
Dumestre. Mieux que personne, il doit savoir que ce répertoire
exige, en dehors d’un vaste déploiement de moyens (musiciens,
danseurs, lumières, costumes, décors, machines...), un
apprentissage très long de la rhétorique gestuelle et
de la diction reconstituée, indispensables au naturel de
l’interprétation. Cette recherche a évidemment sa place
dans une troupe, mais elle paraît nettement plus
problématique avec des artistes arrivant d’univers très
différents quelques semaines avant la première. En
l’absence de danses, de décors — de simples pans de tissus ne
sauraient en tenir lieu — et avec des costumes évoquant
souvent les bouts de rideaux utilisés pour les enfants perdus
dans Peter Pan, le travail sur la gestuelle et la diction,
couronné d’un succès pour le moins inégal,
apparaît comme une tentative un peu
désespérée de fignoler les détails dans
une mise en espace globalement approximative et
laborieuse.
À côté
d’un Enée à l’intonation problématique, sans
véritable style ni noblesse, on admirera la haute tenue
vocale, stylistique et scénique d’Alain Buet, Roi
débonnaire et Marin sympathique, ainsi que le port majestueux
de Caroline Mutel, au phrasé baroque encore un peu
appliqué, le dramatisme d’Elodie Méchain et le timbre
profond de Delphine Galou. Sébastien d’Hérin, à
la tête d’un ensemble instrumental (Les Nouveaux
Caractères) juste d’intention mais encore un peu vert de
texture et à l’énergie pas toujours canalisée,
et d’un choeur (Les Cris de Paris) fort bien sonnant et visiblement
ravi de l’expérience, peine à assurer la
cohésion d’un spectacle à plus d’un titre
expérimental."
- Diapason - mars 2006 - Énée
et les femmes - 18 janvier 2006
"Amour impossible de la
Princesse Lavinie pour le superbe Enée. Junon
intercède, le mariage approche, mais le destin s’acharne :
l’ombre de Didon quitte un moment le séjour des morts et
maudit, sous les yeux terrifiés de Lavinie, celui qui
l’abandonnait à Carthage. Théorbe solo, sol fa
miré, sol fa mi ré, sol fa mi ré, sol...
Flash-back : on n’entendra pas la fin de la tragédie lyrique
de Collasse, au deuxième acte s’enchaîne, sans pause,
comme par un fondu au noir, l’unique opéra de Purcell. Les
deux oeuvres ont vu le jour à quelques années
d’intervalle, celle de Collasse (1690) est une vraie rareté,
le rapprochement se révèle instructif. Mais
l’idée n’est pas bonne pour autant, la perfection de Didon et
Enée porte un coup fatal à Enée et Lavinie. Le
jugement des, anciens semble sans appel : « La musique de cet
opéra étant assez faible, Dauvergne l’a refaite en
entier » (Léris, 1763). Pour un choeur éclatant,
apprécié en son temps (« Quel bruit affreux se
fait entendre »), — combien de récits trop
prévisibles et de basses obstinées
dégainées par l’ancien secrétaire de Lully
dès que le pathos est de mise ? Bien sûr, Collasse a du
métier, mais pas assez pour que son écriture
résiste aux très faibles instrumentistes réunis
par le claveciniste Sebastien d’Hérin, en formation de poche.
Reste une distribution jeune et homogène, Delphine Galou en
Dido, Elodie Méchain en Junon/ Sorceress, Caroline Mutel en
Lavinie/Belinda et Jean-Sébastien Bou en Enée/Aeneas,
tous un peu surveillés en première partie, plus
épanouis pour Purcell. Ils découvrent avec un vrai
courage, une prononciation (ou plutôt des prononciations, car
l’anglais est aussi voulu à l’ancienne) et des attitudes qui
seront peut-être intégrées au fil du temps. Du
spectacle mis en scène par Benjamin Lazar, on attendait une
suite au récent Bourgeois gentilhomme. Il n’en est qu’un
pâle reflet, certes habile dans les ensembles aux premier et
troisième actes de Didon, mais frôlant le ridicule dans
sa « cérémonie vaudou » ou dans les
scènes solennelles d’Enée et Lavinie. En cause :
l’évident décalage entre l’ambition esthétique
de Lazar et les moyens dont il dispose à Rennes, décors
de bric et de broc, costumes façon catalogue de voilages... Le
succès du Bourgeois, comme jadis celui d’Atys, tenait à
la qualité de tous les ingrédients, acteurs, danses,
décor, habits, lumières... Isolé, le travail de
Benjamin Lazar devient ce qu’il fuit, un vernis de style — et donne
raison à son maître Eugène Green, qui n’a jamais
accepté ces compromis, au risque de rester dans l’ombre. Le
spectacle Atys est toujours sans suite, vingt ans après sa
création : si l’on ne permet pas à toute
l’équipe du Bourgeois de travailler de nouveau dans de bonnes
conditions, son triomphe n’en aura pas davantage."
"...Dido & Aneas fourmille
également d'excellentes idées : un lit à
l'antique pour Didon, la sorcière plantant une épingle
dans une poupée représentant la reine, des bougies pour
la messe noire, des rideaux et tapis rouges sur fond de ciel bleu
pour la scène de chasse, des voiles et cordages pour les
marins, et des démons créant la tempête en
faisant tanguer une galère miniature sur un tissu bleu
représentant l'océan. La direction d'acteurs est
très rigoureuse et le chœur Les Cris de Paris parfaitement
à la hauteur, respectant un jeu précis adapté
à chaque situation (peuple, gens de cour ou
démons)."
- New York - Lovinger
Theatre - 14, 15 janvier 2006 - New York - Heckscher Theater - 21, 22
janvier 2006
- Opéra de Marseille
- 18, 20, 22, 24 novembre 2005 - Orchestre et Chœur de
l’Opéra de Marseille - dir. Sébastien Rouland - mise
en scène, décors, costumes Yannis Kokkos et
Emmanuelle Bastet - chorégraphie Richild Springer -
lumières Patrice Trottier - avec Stéphanie d’Oustrac
(Didon), Isabel Monar (Belinda), Sin Nyung Hwang (Deuxième
Dame), Svetlana Lifar (la Magicienne, un Esprit), Christine
Labadens (une Sorcière), Paulo Szot (Enée), Bruno
Comparetti (un Marin)
- Opéra Magazine - janvier 2006 - 20
novembre 2005
"...Tout aussi convaincante en
Didon, Stéphanie d’Oustrac rappelle que le répertoire
baroque demeure son pain quotidien. Et si la plainte finale «
When I am laid in earth » est un rien contenue, cela ne nous
empêche pas de goûter aux belles inflexions de cette voix
capiteuse, qui ne demande qu’à s’épanouir. Loin
d’être du même niveau (une Beinda acide et un Enée
sculptural mais improbable de ton), le reste de la distribution fait
consciencieusement son travail. On notera la Magicienne
engagée de NonaJavakhidze et le Marin très en verve de
Loïc Félix. La subtile mise en perspective de Kokkos,
grâce à des toiles opaques figurant lieux et paysages,
isole à merveille chaque acte de l’opéra. Le vigoureux
Sébastien Rouland observe pour sa part beaucoup de rectitude
face à la formation phocéenne, laquelle, en
dépit de progrès constants, demeure à ce jour
encore peu rompue à la rhétorique baroque. Une
réussite."
"Pour Didon et Enée,
force est de constater que musicalement, personne – à
l’exception peut-être de la Belinda d’Isabel Molnar et de
l’Enée de Paulo Szot – n’est à l’aise dans le
répertoire baroque, et encore moins avec la langue anglaise
qui devient une bouillie inintelligible dans la bouche des solistes
et des chœurs - il serait faux d’avancer comme excuse l’idée
(reçue) selon laquelle la langue anglaise ne se prête
pas à l’opéra. Stylistiquement, Stéphanie
d’Oustrac, qui possède au demeurant une voix ample, chante
Britten et Purcell de la même façon : avec des accents
véristes pour le moins déplacés. Dans la fosse,
on s’en tire à peine mieux. Après une exécution
(capitale) de l’ouverture de Didon et Enée qui laisse augurer
du pire, Sébastien Rouland, à la force du poignet,
parvient à obtenir tant bien que mal un peu plus de
cohésion de ses musiciens, mais c’est au détriment du
plateau où l’on se dissipe à l’envie :
décalages, flottements et retards donnent à l’ensemble
un côté très brouillon."
- Boston - Massachusets -
Cutler Majestic Theatre - 14, 15, 16 octobre 2005 -
Handel and Haydn Society - dir. Grant Llewellyn - mise en
scène Chen Shi-Zheng - décors Walt Spangler -
costumes Caitlin Ward - avec Paula Murrihy (Dido), Heather Buck
(Belinda), Nmon Ford (Aeneas)
- Berlin, Staatsoper Unter
den Linden - 29, 30 août 2005 - dir. Attilio
Cremonesi - mise en scène Sasha Waltz - décors
Thomas Schenk, Sasha Waltz - costumes Christine Birkle -
lumières Thilo Reuther - dramaturgie Jochen Sandig, Yoreme
Waltz - avec Aurore Ugolin (Dido), Reuben Willcox (Aeneas),
Deborah York (Belinda), Céline Ricci (Second Woman),
Fabrice Mantegna (Sorceress), Eberhard Francesco Lorenz (First
Witch / A Sailor), Michael Bennett (Second Witch / Spirit) -
coproduction avec Staatsoper Unter den Linden, Berlin; Grand
Théâtre de la Ville de Luxembourg; Opéra de
Montpellier
- Opéra de
Baugé (Loire-Atlantique) - 5, 6, 7 août
2005 - dir. Yat Soon Yeo - avec Magdalen Ashman, mezzo-soprano,
Chloe Sitwell, soprano, Magnus Vigilius, ténor, Richard
Scott, Cenk Karaferya, David Sheringham
- Auditorium de Leon
(Espagne) - 21 juin 2005 - Compañía
Operastudio - dir. Antonio Montaño - mise en scène
Ignacio García
- Théâtre de
Lucerne - 19 mai 2005 - dir. Howard Arman - mise en
scène Stephan Müller - décors, costumes Esther
Bialas - chorégraphie Graham Smith - dramaturgie Karl-Heinz
Ott - nouvelle production
- Opéra Atelier -
Toronto - 21, 23, 24, 29, 30 avril 2005 - dir. David
Fallis - mise en scène Marshall Pynkoski
- Montréal - Salle
Ludger-Duvernay, Monument-National - 8, 9 avril 2005 -
Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal en
collaboration avec l’École nationale de
théâtre du Canada et le Monument-National - direction
Jean-Marie Zitouni - mise en scène François Racine -
décors Sarah Heitz-Ménard - costumes Elli Bunton -
chorégraphie Lina Cruz - éclairages David Desrochers
- avec Ariana Chris (Dido), Étienne Dupuis (Aeneas),
Allison Angelo (Belinda/Deuxième dame), Mia Lennox-Williams
(La Magicienne), Pascale Beaudin (Première
Sorcière), Charlotte Corwin (Deuxième
Sorcière), Michèle Losier (Esprit), Pascal
Charbonneau (Marin)
"L’action dans Didon et
Énée s’inspire de Virgile. À Carthage, on
prépare les épousailles de la reine Didon avec le
héros troyen Énée. Mais les sorcières
complotent la chute de Didon et la destruction de Carthage. Un esprit
infernal sous les traits de Mercure ordonne à
Énée de poursuivre son périple vers l’Italie
où, selon la volonté des dieux, il doit fonder l’empire
de Rome. Désespérée, Didon fait ses adieux
à la vie.
Opéra expressif qui va
droit au but. Le lamento final de Didon nous arrache les larmes.
« Thy hand, Belinda, darkness shades me » (Ta main,
Belinda, les ténèbres projettent sur moi leur ombre).
C’est le destin tragique d’une femme profondément
blessée, brisée par l’amour et le destin, ne trouvant
comme seule issue, la mort. La Didon bouleversante de la mezzo Ariana
Chris, à la voix ample, convient idéalement au
personnage. Elle incarne à merveille les tourments d’une femme
délaissée. Il en va de même de la Belinda
d’Allison Angelo à la voix chatoyante, aux airs plus
variés. Seul, le tiède Énée
d’Étienne Dupuis souffre un peu, à l’étroit dans
son carcan et peine à faire ressortir son amour pour la reine.
Partition émouvante, on passe du récitatif à
l’arioso, de l’arioso à l’air et cela nous relie au grand
maître italien Monteverdi. Mais cette réussite, cette
grande unité stylistique nous la devons essentiellement aux
stagiaires de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal
en collaboration avec les étudiants de l’École
nationale de théâtre du Canada (ENTC) et le
Monument-National. Ils ont su produire un spectacle enchanteur,
éblouissant avec des moyens plutôt limités. La
musique de Monteverdi et de Purcell en rehausse la valeur, avec son
alternance fluide entre récitatif, arioso et air. Car il y a
un lien, des passages obligés entre la musique de l’Italien et
celle de l’Anglais.
La mise en scène
confiée à François Racine, reste
dépouillée, se concentrant essentiellement sur les
éléments humains de la tragédie. Les
différents tableaux campent d’emblée l’action et les
costumes rajoutent à l’étrangeté et participent
à l’efficacité théâtrale. Malgré
quelques passages laborieux, les chœurs chantent juste. À la
direction d’orchestre, Jean-Marie Zitouni, amoureux de ces
partitions, scrupuleux des tempi et toujours aussi attentif aux
chanteurs, rajoute une dimension humaine par sa battue tendue et
précise."
- Berlin - Staatsoper Unter
den Linden - 19, 21, 23, 25, 27 février 2005 -
Akademie für Alte Musik Berlin - dir. Attilio Cremonesi -
mise en scène Sasha Waltz - dramaturgie Jochen Sandig -
avec Aurore Ugolin (Dido), Reuben Willcox (Aeneas), Deborah York
/Maria Cristina Kiehr (23et 25 février) (Belinda),
Céline Ricci (Second Woman), Fabrice Mantegna (Sorceress),
Eberhard Francesco Lorenz (First Witch | A Sailor), Michael
Bennett (Second Witch | Spirit) - nouvelle coproduction avec
Theâtre de la Ville de Luxembourg; Opéra de
Montpellier
- Binghampton - près
New York - Forum Theatre - 4, 5, 6 février
2005
- Luxembourg - Grand
Théâtre de la Ville - 29 janvier,
1er, 3 février 2005 -
Opéra de Montpellier - Opéra Comédie
- 10, 12, 13 février 2005 - Berlin - Theater Unter den Linden - 19,
21, 23, 25, 27 février 2005 - Akademie für Alte Musik
Berlin - Vocalconsort Berlin - Tanzcompagnie Sasha Waltz - dir.
Attilio Cremonesi - mise en scène Sasha Waltz -
décors Thomas Schenk et Sasha Waltz - lumières
Martin Hauk - avec Reuben Wilcox (Aeneas), Deborah Kork (Belinda),
Céline Ricci (Second Woman), Fabrice Mantegna (Sorceress),
Eberhard Francesco Lorenz (First Witch), Michael Bennett (Second
Witch / A Sailor) - nouvelle production - coproduction
Opéra National de Montpellier / Tanzcompagnie Sasha Waltz,
Berlin / Akademie für Alte Musik, Berlin / Grand
Théâtre de la Ville, Luxembourg / Staatsoper unter
den Linden, Berlin
- Opéra International - mars/avril 2005
- 10 février 2005
"Immanquablement, le grand
aquarium qui occupe les trois quarts de l'Opéra Comédie
fait sensation. Allons-nous assister à l'évasion
spectaculaire d'un nouvel Houdini ? A un ballet aquatique par une
équipe de natation synchronisée ? A un accouchement
dans l'eau ? Les idées les plus saugrenues,
accompagnées d'éclats de rire, secouent le public
montpelliérain qui se demande, alors qu'il est venu en masse
découvrir la nouvelle production du Dido and Aeneas de
Purcell, s'il ne s'est pas trompe de salle,voire carrément de
spectacle. Mais très vite un insondable prologue calme les
esprits les plus dissipés. Une voix cinglante se fait entendre
dans la langue de Shakespeare et quelques phrases jetées de
façon grandiloquente à la face du spectateur suffisent
à donner le coup d'envoi. Des strip-teaseurs se
dénudent au rythme d'un Mix purcellien savamment
concocté par le chef Attilio Cremonesi, avant de s'immerger,
puis s'agiter comme des têtards dans l'eau trouble du grand
bassin en Plexiglas, En tout état de cause, nous venons de
plonger, comme le souligne l'argument, dans les flots et de
découvrir au fond de la mer la ville engloutie de
Carthage.
Ainsi débute le
pathétique récit de Dido selon Sasha Waltz. Si
l'Overture d'une magnifique intensité permet de ne pas boire
la tasse, mieux, d'apprécier la transparence de l'Akademie
für Alte Musik Berlin, l'arrivée des chanteurs
affublés de leur double dansant nous replonge aussitôt
en apnée. Contrairement aux objectifs que la
chorégraphe s'était fixés pour sa mise en
scène, "mêler les différents niveaux de
représentation, sans qu'un seul prédomine", le
mouvement, c'est-à-dire la danse, noie ici à peu
près tout A commencer par le chant, lequel n'est pas des plus
glorieux sur cette production. En très petite forme, le
soprano fluet de Deborah York (Belinda) s'égosille dans l'aigu
et peine à se faire entendre au-delà du
quatrième rang. Aurore Ugolin (Dido) ne va au bout d'aucune de
ses phrases (sa plainte finale dénuée de souffle est
une contre-performance), Céline Ricci (Second Woman) crie plus
qu'elle ne chante et la Sorceress chevrotante de Fabrice Mantegna
frise le ridicule. Contre toute attente, c'est l'Aeneas sculptural et
extraverti du ténor britannique Reuben Willcox qui
émerge du lot. Saluons tout de même la belle prestation
du choeur (Vocalconsort Berlin), auquel pourtant rien n'aura
été épargné, de ses tenues affligeantes
(les slips couleur chair pour les hommes...) jusqu'à ses
continuels déplacements athlétiques dignes d'un
marathon. On peutvraiment dire qu'il aura fait preuve d'une admirable
constance dans ce naufrage organisé."
- Webthea - Le Journal des Spectacles - 17
février 2005
Comment obtenir avec cinquante
deux minutes de musique un spectacle d’une heure quarante ? La
recette se trouve chez la chorégraphe allemande Sasha Waltz
qui vient de mettre en scène et en chorégraphie ce
bijou du baroque anglais qu’est Dido and Aeneas, de Henry Purcell. De
fait on sait peu de choses sur cet "opéra de chambre
miniature" dont la partition originale a disparu et qui fut
créé cinq ans après la mort de son compositeur.
Si ce n’est qu’il s’agit d’une composition musicale d’un seul tenant,
riche de complexités psychologiques - Enée abandonne
Didon sur l’ordre de Jupiter, c’est la raison d’Etat contre celle du
cœur - à la fois masque de cour et divertissement
allégorique avec intermèdes dansés. Sasha Waltz
commence par lui restituer un prologue tombé depuis longtemps
dans le rayon des objets perdus puis, après ce premier
greffon, lui en fabrique quelques autres sous formes de dialogues
parlés et de citations que l’une de ses danseuses, à
l’exquis accent british, lance au public sous forme de clins d’yeux.
Avec en prime, un bal dansé a capella.
Danseurs en haillons à
la gestuelle syncopée - Sasha Waltz est chorégraphe et
c’est en tant que telle, et en tant que plasticienne, qu’elle signe
les décors et cette "mise en mouvements" où toute
direction d’acteurs est absente. Sa Didon est une Didon à voir
et non à entendre malgré la présence dans la
fosse des excellents musiciens de l’Akademie für alte Musik de
Berlin et de leur chef Attilio Cremonesi. Tous les clichés des
nouveaux chorégraphes engendrés il y a vingt cinq ans
par la mouvance Pina Baush s’y retrouvent avec leurs danseurs en
haillons et leur gestuelle syncopée d’acrobates et de
gymnastes. Ici, l’œil, contrairement à ce qu’espérait
Claudel, n’écoute plus ou à peine tant il est
sollicité par un déluge d’images et de mouvements,
sauts carpés et autres épaulés-jetés.
Avec piscine sur pilotis où plongent, nagent et font des
bulles des sirènes des deux sexes capables d’accorder leurs
brasses à la musique. Epatant !
Déluge d’images - C’est
parfois très beau, parfois agaçant. On admire le
déluge d’images sans pour autant leur trouver un sens, on
s’énerve à voir déroutées les
scènes d’intimité tout comme les bals des marins et des
sorcières, on s’épuise à chercher dans la foule
des choristes et du corps de ballet les silhouettes des solistes
doublés en permanence par un ou deux danseurs : la jolie
mezzo-soprano Aurore Ugolin dans le rôle de Didon ou le viril
baryton Reuben Willcox en Enée danseur et charmeur. En trois
représentations montpelliéraines, cet objet d
‘opéra mal identifié a pourtant conquis son
public."
"Présenter aujourd'hui
Dido and Aeneas, l'opéra de Purcell, n'est pas si simple :
certes, l'ouvrage a été largement redécouvert,
mais il est de coutume de jouer une version incomplète, la
seule qui nous soit parvenue. Lorsqu'un chef d'orchestre
s'attèle à reconstituer certaines parties manquantes et
réintroduit le texte des récitatifs perdus, en les
faisant tout simplement dire plutôt qu'en leur inventant une
trame improbable, lorsqu'une chorégraphe construit une mise en
scène s'ingéniant à rendre compte à la
fois des émotions évoquées par l'œuvre, de ses
contextes de composition et de création, et du regard que le
public d'aujourd'hui peut porter sur un tel objet, tout est
réuni pour une véritable recréation comme il est
rare d'en vivre. Le public de Montpellier, après celui de
Luxembourg et avant les mélomanes berlinois, a vu
renaître Dido and Aeneas grâce à Sasha Waltz et
Attilio Cremonesi, avec cette production d'un raffinement et d'une
cohérence exceptionnels qui, cependant, n'a pas emporté
les suffrages de la salle.
Lorsque la Comédie se
remplit, le plateau n'est pas dissimulé par un rideau : au
contraire, on peut y voir des danseurs se préparer sur la
passerelle qui surplombe une sorte d'aquarium à
l'échelle humaine. Les textes du Prologue seront dits en
langue anglaise, préparant notre écoute. Puis les
premières notes retentissent, vives, énergiques, tandis
que les corps se coulent dans l'eau, soulignant la fluidité de
la musique dans une urgence dramatique saisissante. Le dispositif
provoque reflets, effets de miroirs, bruits d'eau, évoquant
d'autant plus pertinemment l'insularité du mythe. Et ces
corps, soudain fontaines, tritons, ondines ou noyés, sont
directement émouvant, affichant une puissante fragilité
qui fait expressé-ment appel à la compassion sans que
nous ayons à comprendre pourquoi. La précarité
d'un décor dessiné, l'à-propos d'une
balançoire élastique, l'effervescence d'une
inventivité brillante posée dans le creux de la main,
ne sont-ils pas propres à replacer l'opéra au
pensionnat de Chelsea ? Ah, mais, s'il faut savoir tout cela !... Eh
bien, non : nul besoin de tout savoir pour en jouir, mais encore
faut-il accepter de se laisser porter en toute confiance. Tout le
problème est là : ne pas résister en s'asseyant
sur des acquis obsolètes. Car, enfin, pourquoi serait-il
facile d'aller voir un opéra trois fois centenaire ? Ce soir,
les théières sont jets d'eau, les jeunes filles
apprennent un maintien français, après un lancer de
vêtements admiré par une otarie de plastique bleu dans
un banquet psychédélique où Swift et Greenaway
se saluent ! Mais attention : cette délicieuse fantaisie n'est
jamais gratuite ; tout ce qui se passe sur scène sourd
évidemment du texte lui-même, offrant une riche gamme
d'émotions, et non seulement de celles qu'il est encore
convenu de considérer comme nobles.
Pourquoi une
chorégraphie, pourquoi la présence de danseurs,
pourquoi pas une bonne vieille mise en place de grand-papa ? Parce
que l'œuvre fut écrite dans cette optique et cet esprit, tout
simplement ! Et plutôt que de prétendre à une
reconstitution hypothétique, ce spectacle prend courageusement
en compte le décalage du temps, parvenant ainsi à une
authenticité indéniable. La doublure passagère,
jamais entendue strictement, du chant par la danse, implique
plutôt voix et corps comme des extensions mutuelles,
paradoxales ou non, transportant alors le gel de cette distance
culturelle jusqu'à l'évanouir.
Cette réalisation est
un objet à part entière, et il paraît
malaisé d'en dissocier les ingrédients. Choristes,
chanteurs et danseurs y dansent, disent, et jouent, dans un
même esprit. Ainsi s'effondre - et c'est tant mieux ! -
l'habituelle hiérarchisation des différentes familles
d'artistes de l'opéra. On remerciera toutefois Deborah York,
Belinda inquiétante au style irréprochable,
Céline Ricci pour la musicalité, nourrie d'un art
incontestable de la nuance, et l'expressivité, ainsi que le
ferme Aeneas de Reuben Willcox, mais aussi les danseurs Virgis
Puodziunas, Takako Suzuki et Xuan Shi, entre autres. Un lien
enchanté maintenait ce petit monde en grande intel-ligence :
les très experts musiciens de l'Akademie für Alte Musik
Berlin et les précieux artistes du Vocalconsort Berlin, tous
placés sous la direction attentive, soignée et
inspirée de Attilio Cremonesi. "
- Vitrolles -
Théâtre de Fontblanche - 26 novembre 2004
- Ventabren - Salle Sainte Victoire
- 30 novembre 2004 - Pertuis -
Théâtre municipal - 1er décembre
2004 - Rousset - Salle Emilien
Ventre - 4 décembre 2004 - Aix-en-Provence - Salle du Bois de
l’Aune - 9, 10, 11 décembre2004 - Aix-en-Provence - Ateliers du festival -
Venelles - 15, 16, 17 décembre 2004 - dir. et
clavecin Kenneth Weiss - mise en scène Jacques Osinski -
décors et costumes Christophe Ouvrard - lumières
Catherine Verheyde - avec Karen Cargill (Didon), Ivan Geissler
(Énée), Cora Burggraf (Belinda), Diana Higbee,
Tomomi Mochizuki, Diana Axentii, David Hanson, Olivier
Hernandez
- Opéra de Melbourne
- 29 novembre, 2, 4, 7, 11 décembre 2004 - dir.
Richard Gill - mise en scène Patrick Nolan - décors,
costumes Gabriella Tylesova - lumières Nigel Levings - avec
Deborah Humble (Dido), Angus Wood (Aeneas), Miriam Gordon-Stewart
(Belinda), Ali McGregor (Second Woman), Rachael Cunningham (Second
Witch), Tom Moran (Sailor), Ke Lu Ma (Spirit)
- Cité de la Musique
- 7 novembre 2004 - Opéra de Lyon - 8 novembre 2004
- Monteverdi Choir - English Baroque Soloists - dir. John Eliot
Gardiner - avec Renata Pokupic, mezzo-soprano (Dido), Ben Davies,
baryton (Aeneas), Katharine Fuge, soprano (Belinda), Elin Manahan
Thomas, soprano (Deuxième Dame), Frances Bourne, alto
(l'Enchanteresse), Donna Deam, soprano (Première
Sorcière), Clare Wilkinson, soprano (Deuxième
Sorcière), Simon Wall, ténor (l'Esprit), Andrew
Tortise, ténor (Premier Marin)
- Varsovie - Opéra de
Chambre de Varsovie -13 octobre
2004 - Musicae Antiquae Collegium Varsoviense - dir. Lilianna
Stawarz - mise en scène et décors Ryszard Peryt -
scénographie Andrzej Sadowski - avec Olga Pasiecznik
(Venus, Dido), Marta Boberska (First Nereid, Belinda), - Urszula
Jankowska (Second Nereid, Second Woman), Dorota Lachowicz (Spring,
Sorceress), - Grazyna Madroch (First Shepherdess, First Witch),
Barbara Abramowicz (Second Shepherdess, Second Witch), Bernard
Pyrzyk (Mercury, Spirit), Bogdan Sliwa (Phoebus, Aeneas), Ewa
Mikulska (She), Slawomir Jurczak (He), Marek Sadowski
(Sailor)
- Christchurch (Nouvelle
Zélande) - Canterbury Opera - 27, 28, 29
août 2004
- Opéra de Sydney
- 16, 20, 24, 29, 31 juillet, 5, 7 août 2004 -
dir. Richard Gill - mise en scène Patrick Nolan -
décors, costumes Gabriella Tylesova - chorégraphie
Lucy Guerin - lumières Nigel Levings - avec Deborah Humble
(Dido), Angus Wood (Aeneas), Lisa Harper-Brown (Belinda), Ali
McGregor (Second Lady), Kanen Breen (Sailor)
- Caudebec en Caux
- 18 juin 2004 -
Montélimar - Auditorium - 16 juillet 2004 - Crest -
Cathédrale - 22
juillet 2004 - Dieulefit - Temple - 24 juillet 2004 - La Ciotat - Eglise - 25 juillet 2004 -
Cavaillon - Théâtre
Georges Brassens - 27
juillet 2004 - Manosque - Eglise
- 29 juillet 2004 - Maîtrise de Seine-Maritime -
version de concert - dir. Jean-Joël Duchesne - avec Delphine
Guévar (Didon), Enguerran Le Gueut, baryton (Enée),
Camille Merckx, mezzo-soprano (Magicienne), Céline Madrenes
(Belinda)
- Toronto -
Canadian Opera Company - 1er, 3, 5, 7 décembre
2003 - Imperial Oil Opera Theatre - COC Ensemble Studio
- Festival de
Baden-Baden - 26, 27 septembre 2003 - Balthasar Neumann
Ensemble - dir. Thomas Hengelbrock - mise en scène Tatjana
Gürbaca - décors Klaus Grünberg- costumes
Florence von Gerkan - avec Lynne Dawson (Dido), Simone Kermes
(Belinda), Kresimir Spicer (Aeneas), Nicholas Clapton (Sorceress),
Denis Lakey (1st Witch), Derek Lee Ragin
(2nd Witch), Cecilia Nanneson (2nd Woman),
Knut Schoch (Sailor)
"Avec le récent Didon
et Enée de la jeune Tatjana Giïrbaca, Baden-Baden est
revenu à des standards plus familiers aux festivals allemands,
scandale inclus. Non que la production soit médiocre : la
transposition au cours d'une guerre moderne, avec les soldats
d'Enée en treillis noir et Didon à la tête d'un
bataillon d'infirmières couvertes de sang, fonctionne au
contraire d'autant mieux qu'elle est habilement mise en espace,
grâce à un travail quasi chorégraphique sur les
attitudes et les déplacements. On peut déplorer
l'étouffante noirceur du propos, mais la musique de Purcell en
sort bien servie, voire unifiée, la soirée culminant
jusqu'à quelques sommets d'émotion difficilement
oubliables... l'excellente tenue de la seconde partie de la
soirée : Didon d'une sobriété idéale de
Lynne Dawson, Enée héroïque de Krestmir Spicer,
Belinda sans accroc de Simone Kermes, quelques belles statures parmi
les Sorcières (dont Derek Lee Ragin)... Seuls certains
excès du Balthasar-Neumann-Ensemble dérangent
(d'agaçantes bouffées de cordes pincées, qui
dérapent vers une ambiance folk incongrue), Thomas Hengelbrock
parvenant toutefois à préserver l'impact de ce Didon et
Enée d'un vrai niveau festivalier."
- Torino - Teatro
Carignano - Settembre Musica - 15 septembre 2003 - The
Sixteen - The Symphony of Harmony and Invention - dir. Harry
Christophers - mise en scène Aidan Lang - avec Susan
Bickley (Dido), Jonathan Arnold (Aeneas), Richard Suart (La Maga),
Elizabeth Cragg (Belinda), Libby Crabtree, Emily Benson (Le
Streghe)
- Londres - Royal Albert
Hall - 2 septembre 2003 - Orchestra of the Age of
Enlightenment - dir. Richard Egarr - avec avec Sarah Connolly
(Dido), Christopher Purves (Aeneas), Carolyn Sampson (Belinda),
D'Arcy Bleiker (Sorceress), Elizabeth Cragg (Second woman), Anna
dennis (First witch), Alexandra Gibson (Second witch), Matthew
Bale (Sailor), Lucy Crowe (Spirit)
- Nuits musicales en
Armagnac - Lectoure - Eglise du Saint-Esprit - 23 juillet 2003 - version de concert -
Orchestre Baroque de Montauban - dir. Jean-Marc Andrieu - avec
Guillemette Laurens, Jean-François Gardeil
- Opéra de Massy
- 15 juin 2003 - Orchestre de Massy - Choeur en
Scène - dir. Stanislas Renoult - avec P. Gonzalez, J.
Billy, M. Goufan
"L’opéra de Massy a
enchanté ses 800 spectateurs avec la représentation de
Didon et Enée, opéra d’Henry Purcell. Initié par
Dominique Rouits, le projet associait l’orchestre de Massy, sous la
direction de Stanislas Renoult, et Chœur en Scène, une troupe
de chanteurs et de comédiens spécialisée dans le
spectacle vivant. Une scénographie originale, une
étroite imbrication entre le chœur, les solistes et les
musiciens ! La prestation alliait magie et
émotion.
Conçu dans l’esprit
d’un concert spectacle, le montage s’articule autour de plusieurs
parti-pris heureux. Premièrement : la présence de
l’orchestre sur la scène. Etroitement associés au
drame, les treize musiciens sont aux côtés des
vingt-cinq chanteurs. A leur entrée sur scène, ils se
recueillent et déposent une rose à l’endroit où
le tragique destin de Didon va se jouer. Deuxièmement :
l’intégration d’une vidéo. En fond de scène, un
écran géant projette en continu des images de mer sur
lesquelles viennent se superposer, saisis à l’insu des
chanteurs et des musiciens, des détails de visages, de mains,
de postures... “L’image vidéo, souligne Emmanuelle Dubost,
chef de chœur, joue un rôle amplificateur. Les regards, les
gestes ainsi captés, viennent occuper l’espace apportant
beaucoup d’intensité et d’émotion.”
Une Didon toute en finesse, un
Enée puissant, une Belinda très présente et une
enchanteresse troublante ! Le spectacle bénéficie
d’identités physiques et vocales marquées,
accentuées par la flamboyance des costumes colorés
(jaune, vert,...). Sur une scène architecturée par des
jeux de lumière, de rares accessoires accompagnent les
situations. Ainsi, des tulles rouges deviennent alternativement
abris, masques de sorcière ou voiles des pleureuses. Moment de
grâce et d’enchantement, la représentation
reflète le bonheur des intervenants" (Ville de
Massy)
- Bruges - 20 mai
2003 - Oxford - 22 mai 2003 -
Abbaye de Bath - 23 mai 2003 -
King's Consort - dir. Robert King
- Opéra de
Nancy - 27, 29, 30 avril, 2, 4 mai 2003 - dir. Jane
Glover - mise en scène Yannis Kokkos - chorégraphie
Richild Springer - avec Stéphanie d'Oustrac (Didon),
Brigitte Fournier (Belinda), Julie Stancer (Seconde dame), Hanna
Schaer (Magicienne, Esprit), Laure Baert (Sorcière),
Stephan Loges (Enée), Cyril Auvity (Marin)
"Nous retrouvions après
l'entracte Stéphanie d'Oustrac dans le rôle de Didon,
reine de Carthage, et le célèbre ouvrage de Henry
Purcell, Dido and Aeneas. Force fut de constater que des questions de
style manquèrent d'être prises en considération,
si bien qu'on obtient une héroïne vériste faisant,
fort plaisamment il est vrai, montre de ses moyens, plutôt
qu'une reine orgueilleuse et digne d'une œuvre écrite au
XVIIème siècle pour les habitudes déclamatoires
que l'on sait. La mort de Didon s'est trouvée privée de
toute grandeur, cinématographique et grimaçante. Il
n'empêche que Stéphanie d'Oustrac soit une excellente
chanteuse, mais peut-être eut-il été bon de
s'interroger avant de chanter Purcell et Britten de la même
façon ; c'est assez inexplicable lorsqu'on se souvient de ses
prestations aux côtés de William Christie par le
passé.
Brigitte Fournier servit
Belinda ave délicatesse et précision, tandis que
Stephan Loges proposait un Enée plutôt mièvre
à l'aide d'un timbre sans personnalité et souvent
extrêmement confidentiel. La magicienne de Hanna Schaer fut
terrifiante à souhait, le timbre s'assombrissant encore plus
que de coutume pour ce rôle d'une noirceur absolue, mais
souffrit cependant d'une déroutante instabilité. Yannis
Kokkos réutilisa pour l'œuvre de Purcell le sol rouge, et
situa l'action dans un paysage conventionnel de tableau du
XVIIème siècle, avec jardin, temples, pavillon, et
danse à l'antique. On retrouvait également le rouge sur
les costumes du chœur, surmonté de fraises
élisabéthaines toute shakespeariennes. C'est
l'apparition des sorcières qui sans conteste demeure le
passage le plus réussi de cette seconde partie. L'ombre de
Phèdre vient errer près du cadavre de Didon à la
fin du spectacle : la boucle est bouclée.
En fosse, le travail de Jane
Glover parut nettement insuffisant, les cordes de l' Orchestre
Symphonique et Lyrique de Nancy semblant comme livrées
à elles-mêmes, en tout cas fausses, surtout dans la
partition de Britten, avec des phrases de violoncelle beaucoup trop
approximatives. Pas de réelle tentative
d'interprétation à signaler."
- Crescendo - septembre/octobre 2003
"Stéphanie d'Oustrac
fut plus contestable en Didon, où elle tentait de grossir sa
voix dans le bas médium et le grave pour donner l'illusion de
moyens qu'elle ne possède pas toujours. Sa prestation est
cependant demeurée de bon niveau, avec notamment une
intonation irréprochable. On a par ailleurs été
séduit par la remarquable Belinda de Brigitte Fournier, et les
autres rôles ont été correctement servis,
à commencer par l'Enée à la voix ample et
homogène de Stephan Loges. Hanna Schaer (la Magicienne) a
assuré l'essentiel. En revanche, les choeurs,
préparés par Merion Powell, furent excellents. Au
pupitre, Jane Glover a obtenu de son orchestre des coloris et des
accents très variés, proches de ceux d'une formation
jouant sur instruments anciens. Le prix à payer fut un certain
manque d'homogénéité des cordes, et, au
continuo, un violoncelle à la justesse un peu instable. Enfin,
le dispositif scénique élaboré par Yannis
Kokkos, replaçant l'action dans une Angleterre
élisabéthaine aux contours stylisés, s'est
avéré efficace et respectueux du chef d'oeuvre de
Purcell."
- Opéra International - juin 2003
"Stéphanie d'Oustrac
est bouleversante...faisant de Didon un personnage comme
épuisé de douleur. La beauté du timbre et son
unité (graves chaleureux, pianissimi subtils),
l'évident talent dramatique de la jeune chanteuse emportent
l'adhésion....A cela s'ajoute l'invention d'un décor
qui stylise ses propres outils : es nuages de carton se voient
dotés de voiles pour la scène des marins, comme pour
signaler la magie à l'oeuvre et la mise à distance par
le metteur en scène de sa propre rêverie... Richild
Springer réalise la chorégraphie de ce spectacle
intense : beau travail avec les Choeurs de l'Opéra de Nancy et
inventivité à la fois poétique et fantasque des
déplacements. On saluera enfin l'excellente direction de Jane
Glover et la souplesse de l'Orchestre symphonique de
Nancy."
- Le Monde dela Musique - juin 2003
"Révélée
par William Christie, Stéphanie d'Oustrac est la vedette
incontestée du Didon et Énée de Purcell. Dans le
rôle de Didon, elle retrouve ce personnage captivant et
révolté et serein de la Phèdre de Britten. Rien
de dramatique non plus ni de boursouflé dans la mise sen
cène, où l'on se contente fort bien de vaporeux
panneaux à l'antique, imités de toiles des
XVIIe et XVIIIe siècles.
Une seule apparition fantastique dans cet opéra pétri
de merveilleux, celle d'une des sorcières suspendue dans un
ciel noir d'orage. Le chef-d'oeuvre de Purcell trouvait ce
soir-là un cadre simple et touchant, dans le grotesque de ces
sorcières toutes de noir vêtues, ce choeur enjoué
et bien préparé, et l'orchestre pourtant peu
habitué à un tel répertoire, d'une grande
justesse dans l'équilibre des cordes."
- Théâtre des
Champs Elysées - 8 mars 2003 - version de
concert - Arsenal de Metz - 13
mars 2003 - version de concert - Le Concert d'Astrée
- dir. Emmanuelle Haïm - avec Susan Graham (Dido), William
Dazeley (Aeneas), Camilla Tilling (Belinda), Felicity Palmer
(Sorceress), Cécile de Boever (Second woman), Christophe
Dumaux (Spirit)
- Forbach - Auditorium du
Burghof - 14 février 2003 - Ensemble Les
Paladins - dir. Jérôme Corréas
- Birmingham - Symphony Hall
- 15 novembre 2002 - version de concert - King's
Consort Choir - The King's Consort - dir. Robert King - avec Lynne
Dawson, Michael George, Carolyn Sampson, Charles Humphries
- Opéra de Bangkok
- 14, 16 novembre 2002 - Orpheus Choir of Bangkok - I
Musicini - dir. Somtow Sucharitkul
- Bayreuth -
Markgräfliches Opernhaus - 29 septembre 2002 -
Bayreuth Barock 2002 - production du Theater Pilsen
- Lumières du Baroque
- Celles-sur-Belle - Abbaye royale - 1er
septembre 2002 - Ensemble Mensa Sonora - dir. Jean Maillet -
avec Caroline Pelon (Dido), Jean-Claude Saragosse (Aeneas),
Marie-Joëlle Yebra (Belinda)
- Belle-Ile en Mer -
Festival lyrique - Citadelle Vauban - 7, 12, 16
août 2002
- Paris - Mairie du
9e arrondissement - Salle Rossini - 15, 16 et 18 mai 2002 - Bagnolet -
25 mai 2002 - Les Musiciens de Mademoiselle de Guise - dir.
Laurence Pottier -
- Classica -
avril 2002 - La discothèque idéale - Oeuvre
au crible
- Théâtre des
Champs-Elysées - 26 janvier 2002 - version de
concert - The Gabrieli Consort and Players - dir. Paul McCreesh -
avec Susan Bickley (Dido), Peter Harvey (Aeneas), Carys Lane
(Belinda), Daniel Taylor (Sorceress)
- Théâtre de
Poissy - 29 novembre 2001 - La
Cité de la Musique - 30 novembre
-(complément de programme : Matthew Locke - suite de "La
Tempête", William Lawes - Fantaisie en 6 parties, 2
airs, Christopher Gibbons - Fantaisie en 4 parties, John Blow -
Suite de "Vénus et Adonis") - Choir and Orchestra of
the Age of Enlightenment - dir. Richard Egarr, avec Bernarda Fink,
mezzo-soprano (Dido), Maarten Koningsberger, baryton
(Enée), Gillian Keith, soprano (Belinda)
- Munich - Cuvilliès
Theater - 20, 22, 24, 26, 30 novembre, 2
décembre 2001 - dir. Joshua Rifkin - mise en scène
Stefan Tilch - décors Aron Stiehl - avec Anna Caterina
Antonacci, Sophie Daneman, Ketilsson
- Théâtre de Genève
- Salle Théodore Turrettini
- 13, 14, 15, 16, 18, 19, 20, 22, 23, 24 octobre 2001 -
Théâtre de
Caen - 20, 21 novembre 2001 - Choeur et orchestre
baroques du Grand Théâtre de Genève - dir.
Hervé Niquet - mise en scène Christophe Perton -
décors Christian Fenouillat - costumes Olga Karpinsky -
avec Whilhelmenia Fernandez (Dido), Charlotte Müller-Perrier
(Belinda), Jean-Louis Serre (Enée)
- Le Monde - 27 octobre 2001
"Deux Didon. La
première dans son cadre d'origine présumé, un
collège de jeunes filles ; la seconde lue à la
lumière de ses origines africaines. Hervé Niquet a
conçu pour la première un accompagnement orchestral
réduit à quelques solistes, pour la seconde un grand
orchestre lulliste à la française."
- Opéra
International - décembre 2001
"Pour sa deuxième
nouvelle production de la saison, le Grand Théâtre s
'est offert le luxe d'une confrontation entre deux versions
possibles. A celle qui semble avoir été écrite
pour un pensionnat de jeunes filles, avec une distribution purement
féminine et un ensemble instrumental réduit à
l'essentiel, s'oppose celle qui aurait pu avoir été
créée à la cour, avec un orchestre plus festif
et quelques voix masculines pour les rôles d'Enée et du
Marin, ainsi que pour les choeurs du troisième
acte.
Hervé Niquet, à
la tête de l'Orchestre et du Choeur baroque du Grand
Théâtre, a pleinement exploité le potentiel
musico-dramatique que suscite une telle confrontation. La
première partie, sombre jusqu'à en paraître
austère, est abordée avec une retenue qui justifie
amplement l'engagement de timbres encore fragiles. Après
l'entracte, les cordes sont multipliées par trois (on remarque
encore l'ajout d'une viole de gambe), alors que hautbois et bassons
se joignent aux théorbes et aux flûtes à bec pour
donner des couleurs plus vives au commentaire
orchestral.
Ainsi le chef entend-il
rattacher la partition à une esthétique plus
française, directement inspirée de Lully. Le
résultat est brillant: l'impact musical de l'oeuvre gagne
alors en puissance, comme si son pouvoir expressif se trouvait
soudain magnifié par cet apport de timbres
supplémentaires. Bien que grandiose, la démonstration
eût pu être plus efficace encore, si l'on avait
complètement renouvelé la distribution des solistes
après la pause. Car la Didon au timbre parfois excessivement
trémulant de Wilhelmenia Fernandez reste trop fidèle
à elle-même et écrase de sa présence
autoritaire les jeunes filles en charge de tous les rôles dans
la première partie.
Inversement, les deux
Sorcières de Monica Eliana Bayon et de Katia Velletaz, aux
jolies voix un brin acides et creuses dans le grave, manquent tout
simplement de poids face à la formidable Magicienne de
Birgitta Svenden, alors qu'elles forment un trio idéal avec la
légère Sibyl Zanganelli dans ce même emploi en
première partie. Plus retenues encore, au point de
paraître presque insignifiantes, sont les
interprétations de Sophie Marilley en Enée et de
Matilde Fasso en Marin. Dans la deuxième version, Andrew
Schroeder incarne un Enée plutôt introverti, sans que
cela nuise à l'expressivité de son chant d'une noblesse
imposante. Belinda et la Deuxième Dame restent trop
pâles pour doter d'un semblant de poids dramatique leurs
personnages. Le charmant Esprit d'Ethel Guéret, ainsi que le
Marin très présent d'Emiliano Gonzalez-Toro
complètent avec panache ces distributions
inégales.
Aidé par les splendides
décors de Christian Fenouillat et les sévères
costumes d'Olga Karpinsky, Christophe Perton se révèle
redoutable d'efficacité dans son rôle de pourvoyeur
d'images éloquentes. Le choc visuel entre les deux versions
n'aurait pu être plus parlant : ici, un dortoir grisâtre
dans un internat anglais qu'on imagine perdu au fond d'une campagne
humide ; là, une aire de jeu de sable rouge dans un lieu
africain mythique aveuglant de blancheur. Mais le travail de mise en
scène, lui, reste superficiel. Didon, avec sa gestique
théâtrale de grande tragédienne mimant l'abandon,
reste fidèle à elle-même dans les deux parties,
alors que la chorégraphie agitée, aux mouvements
souvent laids, de Caroline Mercadé tisse d'inutiles rappels
d'un spectacle à l'autre. Le manque d'idée directrice
se voit ainsi souligné par une constante effervescence de
mouvements qui fatigue l'oeil en le distrayant, au lieu de l'inciter
à se concentrer sur la situation mise en musique. L'occasion
était belle, au cours de cette soirée double, de
prolonger au plan visuel le travail fascinant du musicologue dans la
fosse. Las !..."
- Florence - 64° Maggio
Musicale Fiorentino - Teatro Goldoni - 1, 2, 3, 5, 6,
7, 8, 9 juin 2001 - dir. Alessandro De Marchi - mise en
scène Federico Tiezzi - décors P.P. Bisleri -
costumes C. Diappi - lumières S. Rossi - avec D. Beronesi
(Didone), A.R. Taliento (Belinda), G. Banditelli (Maga), G.
Donadini (prima strega), M.L. Menichetti (seconda strega), C.
Cavina (Spirito), B. Waag (Enea), F. Toma (Marinaio), C.
Cascianini (Ballerina)
- Paris -
Théâtre du Tambour-Royal - mars 2001 -
dir. Rohrer - mise en scène des Longchamps - avec Perreard
/ Royere, Louis / Manandaza, Demarteau / Guillou
- Théâtre des
Champs Elysées - 23 janvier 2001 - Grand-Théâtre de Bordeaux
- 25, 26 janvier 2001 - Les Arts Florissants, direction : William
Christie - mise en espace : Vincent Boussard - avec
Stéphanie d'Oustrac (Dido), Nicolas Rivenq (Aeneas), Sophie
Daneman (Belinda), Michel Puissant (Magicienne), Gaëlle
Méchaly (Première sorcière), Camilla Johansen
(Seconde sorcière)
- Altamusica - 23 janvier 2001 - Didon
à Dysneyland
"Plus encore, Didon et
Enée, pièce maîtresse de la soirée, laisse
sur un sentiment de frustration face aux excès du visuel
(entre autres, une scène des sorcières façon
Disneyland, d'un caricatural à pleurer). Cependant que la
vaste salle du Théâtre des Champs-Élysées
accuse impitoyablement les insuffisances acoustiques d'un orchestre
minimaliste (13 instrumentistes). Reste la prise de rôle de
Stéphanie d'Oustrac qui crée l'événement
en Princesse de Carthage ; une Didon qui confirme une
théâtralité instinctive et une nature
fondamentalement tragique (un lamento terminal au seuil de
l'éternité et pourtant incroyablement fragile,
vulnérable). Artiste et carrière à suivre
décidément avec la plus grande
attention."
- ConcertoNet - 23 janvier 2001
"Les effets de la magie et la
couleur ont contribué à faire la réussite et
l'unité de cette très belle soirée, subtilement
construite en diptyque autour de deux œuvres datées l'une et
l'autre des années 1680. Mais au-delà de cette
simultanéité de leur composition et malgré les
divergences des styles musicaux, il y a de nombreuses analogies entre
le destin d'Actéon et celui de Didon. Tous deux subissent de
plein fouet la loi imposée par les dieux et les effets d'une
cruelle magie. Actéon est transformé en cerf et
dévoré par ses propres chiens pour avoir
entr'aperçu Diane se baignant dans la rivière ; et
c'est auprès de cette même rivière, là
où Actéon est mort, que Didon se rend peu avant
d'apprendre la trahison d'Enée, à qui Jupiter,
épaulé par une redoutable troupe de sorcières,
enjoint de quitter Carthage et de rejoindre Troie. Cela dit, il faut
bien reconnaître que Didon possède une densité et
une force dramatique qui ne sont pas tout à fait le fait
d'Actéon, dont les héros sont plus convenus, plus
stéréotypés et de ce fait nous touchent moins.
La mise en espace de Vincent
Boussard rend bien compte des effets de miroir entre les deux œuvres.
Elle est très habile, l'ensemble instrumental (une douzaine
d'instrumentistes) et les chanteurs (une douzaine eux aussi) se
partageant le plateau, autour du clavecin de William Christie. Pour
tout décor quelques chaises…et les somptueuses robes de
Christian Lacroix qui furent incontestablement un des clous de la
soirée : quatre robes de soie, aux couleurs vives, le rouge
pour Didon/Diane, le jaune pour Belinda/Junon, un vert très
vif et un bleu ourlé de mauve pour les deux autres
protagonistes féminines. Des notes de couleur tranchant
à vif, superbement, sur le gris anthracite des costumes des
hommes et des musiciens. Notes de couleur reprises très
habilement dans Didon par un triple emblème symbolique qui
passe de main en main, tour à tour diadème ou collier
rouge de Didon, libellule verte ou oiseau de mauvais augure, noir.
Trois fois rien et une puissance dramaturgique formidable ! Seule
petite critique : les chanteurs ne sont pas des danseurs et ne
semblent pas toujours parfaitement à l'aise dans les
mouvements plus ou moins chorégraphiques qui leur sont
demandés.
La mise en œuvre musicale est
parfaite. Dans une distribution très homogène et
très soudée, on remarque en particulier les très
belles prestations de Sophie Daneman, Belinda lumineuse dans sa robe
jaune soleil, de Stéphanie d'Oustrac qui campe une Didon
poignante, intense, de Paul Agnew qui parvient à donner de
l'épaisseur au personnage d'Actéon ; et enfin de Michel
Puissant assumant le rôle de la sorcière dans Didon avec
un sens de la parodie et du grotesque remarquable : il est
grinçant, méchant et machiavélique à
souhait. L'ensemble instrumental épouse toutes les inflexions
de l'action, passant en un instant de l'élégie tendre
à la danse grinçante et les petits ensembles vocaux
campent avec autant d'habileté les chasseurs ou les nymphes
d'Actéon que les sorcières ou les marins de
Didon."
- Toulon - Festival de
Musique - Tour Royale - dir. Comte - mise en
scène Leblanc - avec Stéphanie Révidat,
Takeuchi, Bazola, Thébault
- La Chaise Dieu -
33e Festival de Musique - 20 août
1999 - version de concert - dir. Paul McCreesh
- Opéra de
Bonn - 5 mars, 6, 28, 30 avril 1999 - dir. Wagner -
mise en scène Esterhazy
- Opéra de Rouen -
Théâtre des Arts - 25, 26, 27
février 1999 - dir. Oswald Sallaberger - mise en
scène Sedelmayer - avec Sara Fulgoni, Zomer, Dazeley
- Académie
européenne du Festival d'Aix en Provence - Vitry sur Seine
- 13 février 1999 - Toulouse - Théâtre du
Capitole - 19, 20, 21 février 1999 - Bourges - Maison de la Culture - 3 mars
1999 - Opéra de
Massy - 7 mars 1999
- Opéra de Lausanne -
12, 14 mars 1999 - Opéra de
Bordeaux - 17, 18, 19, 20, 21 mars 1999 - Théâtre de Caen - 26, 27
mars 1999 - Théâtre des
Bouffes du Nord - 7 au 11 avril 1999 - dir. David Stern
- mise en scène marcel Bozonnet - décors et
lumières Joël Hourbeigt - costumes Leïla Menchari
- chorégraphie Caroline Marcadé
- Anvers - Opéra des
Flandres - 6, 8, 10, 12, 14 novembre 1998 - Gand - 20, 22, 24, 26, 27 novembre 1998
- dir. René Jacobs - mise en scène Lawless - avec
Lynne Dawson, Rosemary Joshua, Russell Smythe
- Festival d'Aix en Provence
- Hôtel Maynier d'Opède - 6, 9, 11, 15,
17, 20, 22, 25, 27, 30 juillet 1998 - Opéra de Lausanne - Chœur et
Orchestre de l’Académie européenne de musique - dir.
David Stern - mise en scène Marcel Bozonnet - costumes
Leïla Menchari - décors ete lumières Joël
Hourbeigt - chorégraphie Caraoline Marcadé - avec
Rinat Shaham / Silvia Hablowetz (Didon), Sandrine Rondot / Jaehi
Yang (Belinda), Fernando Cobo / Andrew Rupp (Énée),
Silvia Hablowetz / Sandrine Rondot (Deuxième femme), Myriam
Boucris (la Magicienne), Camilla Johansen (Première
Sorcière), Anne le Coutour (Deuxième
Sorcière), Michael Bennett (l’Esprit)
- Festival Smetanova Litomy
- Czech Handel Society - 27 et 28 juin 1997 - Academica
Praha - dir. Ondøej Macek
- Curtis Institute of Music
- 1996 - mise en scène Chas Rader-Shiebe
- Gand - 15, 17,
19, 22 et 23 novembre 1996 - Anvers - 13, 15, 17, 18 et 20
décembre 1996 - Il Fondamento - dir. René Jacobs -
mise en scène Stephen Lawless - décors Benoît
Dugardin - costumes Lez Brotherston - lumières Mark
Jonathan - avec Janice Hall, Daniel Mobbs, Susan McLean, Ned
Barth, Kathleen Brett, Susan Bickley
- Opéra
Théâtre de Besançon - 23 avril 1996
- Ballet Muse et Danse - Choeur A Tempo - Les Musiciens de la
Reine Mary - dir. Mille - mise en scène Clairet - avec
Noémi Rime, Jill Feldman, Georgel, Maltichenko, Bigler,
Girard
- Théâtre
de St Quentin en Yvelines - 1er mars 1996 -
version de concert - Choeur et Orchestre Florilegium - dir. Podger
- avec Gooding, Holton, Williams, Butterfled
- Innsbruck - Festival de
Musique Ancienne - 23, 25 et 26
août 1995 - dir. René Jacobs - mise en scène
Stephen Lawless - décors Benoît Dugardyn - costumes
Lez Brotherston - avec Efrat Ben Nun (Didon), Elizabeth Gale
(Belinda), Richard Stilwell (Aeneas), Kathryn Harries (Sorceress),
Dominique Visse (First Witch)
"On retrouve le
problème de l'envahissement dans le travail scénique
sur Didon : un fourmillement d'idées, mais où la
multiplication des signes dramaturgiques, plus ou moins symboliques,
finit par lasser et empêche une écoute attentive. Si les
scènes des Sorcières sont très réussies,
les passages émouvants, et le rôle de Didon, sont
traités dans un style mélodramatique, kitsch et un peu
hollywoodien. La Didon d'Efrat Ben Nun, Cléopâtre
à la Mankiewicz, insupporte par un jeu outré qui vient
souligner un chant souvent emphatiquement pathétique, une voix
ingrate quoique prenante, et des aigus tendus. Richard Stilwell
(Enée) parvient en revanche, malgré un timbre gris et
usé, à imposer la sobriété et les belles
nuances de son chant. En Enchanteresse, Kathryn Harries s'impose plus
scéniquement que vocalement, et l'idée de faire chanter
les deux sorcières par des contreténors se
révèle, sur le théâtre aussi, excellente,
Dominique Visse volant la vedette à tout le plateau en
composant, avec une diction claire qu'ignore le reste de la
distribution, une Première Sorcière extraordinaire. Le
Collegium Vocale de Gand est valeureux, quoique parfois
imprécis mais, surtout, la direction de René Jacobs
déçoit un peu dans une Didon privée de
souffle..." (Opéra International - octobre
1995)
- XIIIe Festival
International de Musique Baroque de Beaune - 30 juillet
1995 - Gabriel Consort and Players - dir. Paul McCreesh - avec
Véronique Gens, Peter Harvey, Deborah York, Constance
Bakes, Robert Horn, Charles Gibbs
- Festival du
Périgord Noir - Saint-Amand de Coly - 27 juillet
1995 - Gabriel Consort and
Players - dir. Paul McCreesh - avec Deborah York, Perillo, Julia
Gooding, Lawson, Horn
- Académie d'Ambronay
- 1995 - dir. Christophe Coin - Tournée Festival
d'Ambronay -Villefranche
(Théâtre - 22, 24 septembre), Limoges (Abbaye de Solignac - 16
décembre), St Etienne
(L'Esplanade - 25, 26 novembre), Oyonnax (Centre Culturel Aragon - 28
novembre), Genève
(Victoria Hall - 30 novembre), Paris (Opéra Comique - 2, 3
décembre), Valence (Le
Bel Image), Bourg-en-Bresse
(Théâtre - 7, 8 décembre), Mâcon (Saône), Rennes (Opéra - 12, 13
décembre), Chambéry (Espace André
Malraux)
http://perso.wanadoo.fr/fest-ambronay/academie/aca-prec.html
"Sous la férule de
Christophe Coin, le choeur (malgré une prononciation anglaise
déficiente) et l'orchestre (malgré un continuo peu
moteur et des basses un peu timides, quoique pourvues de
contrebasses) ont fort honorablement tenu leur rang. Si tous les
solistes avaient l'envergure vocale de leurs rôles, aucun - en
bien comme en mal - n'a fortement retenu l'attention. En dépit
d'origines nationales - donc musicales - dissemblables, ils sont
parvenus à ce minimum de cohérence stylistique qui,
après ce premier baptême public, leur permettra de
trouver leurs marques au cours de la longue tournée qui les
attend.
Mais tous durent subir un
apprentissage qu'il aurait mieux valu différer : affronter une
production prétentieuse et insécurisante à force
de chausse-trappes...Cette pro-duction est constellée de lieux
communs (la caverne de la sorcière se passe dans un asile de
fous) ou de gestes téléphonés (à la f in,
Didon enfile la veste qu'Enée avait abandonnée
là au moment de son congédiement). Enfin, ajoutons une
direction d'acteurs tantôt convenue - pour les solistes -,
tantôt relâchée - la gestique des choeurs."
(opéra International - novembre 1995)
- Poissy -
Théâtre - 10 mars 1995 - Opéra de Clermont-Ferrand - 12
mars 1995 - Opéra de
Nice - 15 mars 1995 - Orchestre et Choeur de The Age of
Enlightenment - dir. René Jacobs - avec Lynne Dawson
(Dido), Rosemary Joshua (Belinda), Gérald Finley (Aeneas),
Della Jones (Sorceress)
"En seconde partie,
avec Didon et Enée, l'orchestre est bien meilleur : la
concision, l'incroyable densité dramatique, le
pathétique sombre et dense du chef-d'oeuvre de Purcell,
conviennent mieux à Jacobs, et sa direction parvient à
donner à l'opéra une unité de ton et une
grandiose intensité tragique. Della Jones notamment,
malgré un médium affaibli, est stupéfiante
d'autorité et de présence en Magicienne,
réellement terrifiante lorsqu'elle utilise son registre de
poitrine, la diction magnifiquement travaillée, dans un
rôle dont elle parvient à faire le véritable
pendant maléfique de Didon. L'idée de faire chanter les
deux sorcières par deux contre-ténors est en outre une
réelle trouvaille : l'effet d'étrangeté est
saisissant. Quant à Lynne Dawson, à la justesse enfin
presque parfaite, elle est une Didon touchante." (Opéra
International - mai 1995)
- Toronto - Opéra
Atelier - 1995 - Houston -
Grand Opera - 2, 4, 8, 10, 12, 14, 17, 19
février 1995 - Versailles -
Opéra Royal - 21, 22, 23 et 24 septembre 1995 -
Les Musiciens du Louvre - dir. Marc Minkowski - mise en
scène Marshall Pynkoski - décors William Schmuck -
costumes Dora Rust-d'Eye - chorégraphie Jeannette Zingg -
avec Linda Maguire (Dido), Shari Saunders (Belinda), Brett
Polegato (Aeneas), Jacques-François Loiseleur des
Longchamps (Sorceress)
"Disposé dans la fosse,
le choeur du Concert Spirituel s'est honorablement acquitté de
sa tâche, en dépit d'une prononciation anglaise
pâteuse. Sous la dynamique férule de son directeur
musical, l'orchestre Les Musiciens du Louvre a excellemment bien
maîtrisé la difficile acoustique de la salle, avec des
tempi fort cohérents et de judicieuses couleurs de continuo.
Plutôt homogène, la distribution vocale laisse perplexe
: non qu'elle soit médiocre, mais elle demanderait à
être entendue dans une production qui n'en estompe pas les
mérites vocaux. Le travail de l'Opéra Atelier de
Toronto, co-dirigé par le metteur en scène Marshall
Pynkoski et la chorégraphe Jeannette Zingg, s'appuie sur
d'authentiques documents iconographiques et oratoires de Purcell
l'époque baroque, et tente de donner vie à une
expression physique (gestuelle et dansée) des chanteurs et
danseurs...Visuellement, ce traitement physique rapetisse et
anonymise les silhouettes des "acteurs" scéniques. Ainsi
s'étale - ou plutôt sombre - sous nos yeux, un art
ennuyeux à force d'académisme et exclusivement soucieux
de superficialité décorative, plutôt que
d'exprimer les tragiques débats humains. La seule scène
où ce travail soulève quelque intérêt, est
celle de la Magicienne en son antre. Maigre consolation, au regard du
dommage causé à une équipe musicale qui n'en
méritait pas tant." (Opéra International - novembre
1995)
- Palerme - Politeama
Garibaldi - 1994 - dir. Alan Curtis - mise en
scène et scénographie Pier-Luigi Pier'Alli
- Opéra de Longbeach
- 1994 - avec Janice Felty (Dido), Suzan Hanson
(Belinda)
- Arma - Académie
d'opéra baroque - 1994 - mise en scène
Laurent Boer
- Opéra de Vichy
- 1992 - dir. Roland Hayrabédian - mise en
scène Ariel Garcia Valdès - scénographie
Jean-Pierre Vergier
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 13, 15, 17, 19,
20, 24, 25 et 27 mars 1992 - dir. Philippe Herreweghe - mise en
scène Jacques Delcuvellerie - scénographie Johan
Daenen - avec Marianne Rorholm, Brown, Nicolas Rivenq, Dominique
Visse
- Théâtre des
Champs Elysées - 4, 5, 6, 7 novembre 1991 - Mark
Morris Dance Group - Les Musiciens du Louvre - dir. Marc Minkowski
- mise en scène et chorégraphie Mark Morris -
scénographie Robert Bordo - avec Della Jones (Dido),
Stephen Varcoe (Aeneas)
- Aix en Provence -
Cathédrale Saint-Sauveur - 23 juillet 1990 -
version de concert - dir. William Christie - avec Claire Brua,
Jérôme Corréas, Véronique Gens,
Jean-Paul Fouchécourt, Claron McFadden, Sandrine Piau,
Noémi Rime, Dominique Visse
- Opéra de
Montpellier - 1990 - dir. Vladimir Kojoukharov - mise
en scène Charlotte Nessi
- Atelier Lyrique de
Tourcoing - 1990 - dir. Mirella Giardelli - mise en
scène Yves Gourvil - scénographie Yves Cassagne
- Venise -
Théâtre de la Fenice - 23 avril 1989 -
dir. Emil Tchakarov - mise en scène Giorgio Marini -
décors Lauro Crisman - costumes Ettora d'Ettore - avec
Lucia Valentini-Terrani, Alessandra Ruffini, Michele Pertusi,
William Pell, Carlo Colombara, Carlo Gaifa
"Tout se passe dans la chambre
de la Reine, dame de l'aristocratie anglaise, qui revit chez elle
l'une des plus belles légendes du monde
gréco-romain...La Cour se livre à un ballet, adoptant
parfois des poses ridicules, et le sentiment déborde avec une
emphase mal retenue...Superbement habillée par Ettora
d'Ettore, Lucia Valentini-Terrani a été une Didon d'un
pathétisme déchirant." (Opéra International -
juin 1989)
- Théâtre des
Champs Elysées - 9
février 1989 - Ensemble Mosaïques - dir. Christophe
Coin - avec Diana Montague (Didon), Christophe Homberger
(Enée)
- Limoges - Chapelle des
Jésuites - 19 mars 1988 - Ensemble Baroque de
Limoges - dir. Jean-Michel Hasler - mise en scène Jean-Luc
Paliès - décors et costumes Alain Gaucher - avec
Marie Atger (Didon), Marc Vento (Enée), Anne Julia Goddet
(Belinda/Amour), Gladys de Bellida (l'Enchanteresse), Aline Dumas
(Sorcière), Annette Petit (Sorcière)
"Dominant l'ensemble, Marie
Atger campe une superbe Didon, intense et hiératique...c'est
la même héroïque nobllesse qui caractérise
Marc Vento dans le rôle bref mais symbolique d'Enée.
Autour du cocuple légendaire vont s'affronter les forces de
l'Amour, représentées par Belinda sous les attributs de
Cupidon, et celles maléfiques, de la magicienne et de ses
sorcières...C'est là un Didon et Enée d'esprit
authentiquement baroque, échevelé, fantasque, et
chargé d'allégories." (Opéra International - mai
1998)
- Théâtre de la
Bastille - janvier 1988 - dir. Gilbert Bezzina - mise
en scène Pierre Strosser - costumes Patrice Cauchetier -
avec Véronique Dietschy, Nathalie Stutzmann, Brigitte
Lafon, Catherine Dune, Monique Zanetti
- Opéra International -
janvier 1988 - Didon et Enée revisité -
entretien avec Pierre Strosser - Gilbert Bezzina : un
opéra de chambre
- Opéra International - mars
1988
"...un Didon et Enée
minimaliste...Nous ne sommes pas à Carthage, mais
plutôt à Chelsea, dans ce pensionnat où fut
créé l'oeuvre...Sur le plateau évoluent cinq
femmes qui se ressemblent...Didon va vivre sa passion, l'amour,
l'absence, la solitude, puis la mort, sous les regards, les
attaques et les consolations de ses compagnes...La prestation des
chanteuses était excellente...une Didon (Véronique
Dietschy) nuancée et pudique...Une nouvelle conception de
l'oeuvre, plus vraie, plus subtile, et plus moderne
aussi."
- Opéra de Lyon
- saisons 1986/87 et 1987/88 - dir. Henri Farge
- Reggio Emilia - Teatro
Romolo Valli - 1986 - dir. Charles Farncombe - mise en
scène et scénographie Pier-Luigi Pizzi
- Lausanne -
Théâtre Municipal - 14, 17 et 20 novembre
1985 - Ensemble instrumental de Lausanne - dir. Michel Corboz -
mise en scène Patrice Caurier et Moshe Leiser -
décors Christian Rätz - avec Teresa Berganza, Pier
Arne Wahlgren, Danielle Borst, Glenys Linos, Tiziana Sojat,
Alexandre Papadiakou, Françoise Destembert, Reinaldo
Macias
- Château d'Ancy le
Franc - Festival d'opéra baroque - juillet
1985 - Nottinghamshire - Holme Pierrepont
Hall - septembre 1985 - Opera Restor'd - The Parley of
Instruments - dir. Peter Holman - mise en scène Jack
Edwards
- Opéra de Paris
- Opéra Comique
- 26 mars 1984 - Orchestre de l'Opéra de Paris -
dir. Jean-Claude Casadesus - mise en scène Nicolas
Noël - décors Pet Halmen - chorégraphie Youri
Vamos - avec Jessye Norman (Didon), Christine Barbaux (Belinda),
William Stone (Enée), Marianne Rorholm (la Magicienne),
Lublin, Scappaticci, Saurova
"Dès que le rideau se
lève...on ne voit qu'elle, on n'entend qu'elle...Sa voix n'est
plus que le cheminement des passions à travers les
phrasés les plus admirables, avec une bouleversante
intensité d'émotion. Près d'elle tout
pâlit. Pas Christine Barbaux toutefois, Belinda sensible, au
timbre lumineux, à la technique exceptionnelle.
- Munich - Cuvilliès
Theater - 15, 16, 17, 18, 19
juillet 1983
- Atelier Lyrique du Rhin -
Strasbourg - 4, 5, 8, 11 février 1983 - Mulhouse - 18, 20 mai 1983 - Colmar - 31 mai 1983 - Les Arts
Florissants - dir. William Christie - mise en scène Pierre
Barrat - décors et costumes Elisabeth Neumuller -
chorégraphie Barbara Pearce - lumières
Marie-Noël Rio - avec Guillemette Laurens (Didon), Jill
Feldmann (Belinda), Agnès Mellon (une Suivante,
Première Sorcière), Dominique Visse
(l'Enchanteresse), Barbara Borden (Seconde Sorcière),
Philippe Cantor (Enée), Etienne Lestringant (un marin),
Michel Laplénie (l'Esprit)
"C'est avant tout Jill Feldman
que l'on remarque, merveilleuse Belinda, face au svelte Enée
de Philippe Cantor. Le choix d'un haute contre pour l'Enchanteresse
n'est pas évident, même si Dominique Visse fait preuve,
dans ce rôle très court, de son habituel brio.
Guillemette Laurens, en Didon, elle aussi en constants
progrès, malgré certaines raideurs"..."William Christie
les dirige avec affection"..."La mise en scène de Pierre
Barrat est un prodige d'intelligence"..."Rythmé par le bruit
de la mer, le désespoir de Didon a rarement atteint une telle
intensité tragique". (Opéra International
- avril 1983)
- New York City
Opera - 1979 - mise en scène Franck Corsaro -
scénographie George Balanchine
- Buenos Aires - Teatro
Colon - 1978 - dir. Stuart Bedford - mise en
scsène Michael Geliot - scénographie Roberto
Oswald
- Aix en Provence
- 1978 - dir. Charles Mackerras - mise en scène John Copley
- scénographie Stefanos Lazaridis - avec Janet Baker /
Izora Rhodes (Didon), Alan Titus (Énée), Norma
Burrowes (Belinda), Gillian Ross (Deuxième Dame), Kathleen
Livingstone (Magicienne), Slorach (Première
Sorcière), Armiston (Deuxxième Sorcière),
Jimme O'Neil (Marin)


- Amsterdam -
Stadsschouwburg - 1976 - dir. Nikolaus Harnoncourt -
mise en scène et scénographie Federick Mirtida
- Opéra Royal du
Château de Versailles - Festival de Mai de
Versailles - 1974 - dir. Bernard Thomas - mise en scène et
scénographie Dominique Delouche
- Opéra de Lyon
- 1973 - dir. Theodor Guschlbauer - mise en
scène Gaston Benhaim - scénographie Jacques Rapp
- Dallas - 10
novembre 1972 - dir. Rescigno - avec Tatiana Troyanos, John
Vickers, Sciutti
- Vadstena - 1969
- dir. Arnold Östman - mise en scène Leif
Söderström
- Festival de
Saint-Jean-de-Luz - 1964 - mise en scène Jean
Darnel - scénographie Jacques Rapp
- Milan - Piccolo Scala
- 1963 - dir. Bruno Maderna - mise en scène
Margherita Wallmann - scénographie Jacques Dupont
- Aldeburg -
Göteborg - 1962 - English Opera Group - dir.
Benjamin Britten - avec Janet Baker
- Festival d'Aix en
Provence - 1960 - Orchestre de la Société
des Concerts du Conservatoire - Choeur du Conservatoire de Paris -
dir. Elisabeth Brasseur - dir. Pierre Dervaux - mise en
scène Michel Crochot - scénographie Suzanne Lalique
- chorégraphie Geo Stone - avec Teresa Berganza (Didon),
Hanny Steffek (Belinda), Gérard Souzay
(Énée), Jane Berbié (Magicienne),
Danièle Millet (Deuxième Dame), Christiane Harbell
(Première Sorcière), Edmée Sabran
(Deuxième Sorcière), Michel Lecocq (le Marin)

- Teatro di Villa Olmo
- Florence - Mai Musical
Florentin - Vicence - Teatro
Olimpico - Naples - Teatro San
Carlo - Teatro di Corte - 1959 - dir. Ennio Gerelli -
mise en scène Riccardo Baccheelli - scénographie
Tina Sestini Palli - chorégraphie Luciana Novaro
- Det Nye Teater
- Norvège - 1953 - avec Bjarne Buntz, Kirsten
Flagstad
- Londres - Festival
d'Angleterre - 1951 - Sadler's Wells - Mermaid Theatre
- avec Kirsten Flagstad
- Londres - Festival
d'Angleterre - 1951 - English Opera Group - dir.
Benjamin Britten
- Opéra de
Rome - 1949 - dir. Gabriele Santini - mise en
scène Alberto Lattuada - scénographie Fabrizio
Clerici - chorégraphie Aurel M. Miloss
- Florence - Mai
Musical Florentin - 1940 - dir. Vittorio Gui - mise en
scène Corrado Pavolini - scénographie Felice
Casorati - chorégraphie Aurelio M. Miloss
- Londres - Sadler's Wells
- novembre/décembre 1932 - dir. Collingwood -
avec Joan Cross, Constance Willis, Sumner Austin, Edith Coates
- Londres - Sadler's Wells
- novembre 1931 - dir. Lambert - avec Joan Cross,
Sumner Austin - assorti du ballet Cephalus and Procris
- Paris - Petite
scène - 21 mars 1927 - version française
- dir. Paul Landormy - avec Croiza
- Munster - 1926
- dir. Rudolf Schulz-Dornburg - mise en scène Kurt Joos -
décors Hein Heckroth
- New York - Hôtel
Plaza - 1923
- Londres - Lyceum
Theatre - 20 novembre 1895 - première reprise
pour la bicentenaire de la mort de Purcell - Royal College of
Music - dir. Stanford
http://php.indiana.edu/~lneff/libretti/dido.html
http://php.indiana.edu/~lneff/libretti/dido.html
- Page pédagogique sur le Baroque à
Nice
http://www2.ac-nice.fr/second/discip/cdi/purcelcor.htm
retour page
d'accueil