Le Couronnement de Poppée

Opéra en un prologue et trois actes de Claudio Monteverdi (1642, Teatro di Santi Giovanni e Paolo, Venise ). Livret de Giovanni Francesco Busenello d'après le XIVe livre des Annales de Tacite.

Claudio Monteverdi a soixante-quinze ans lorsqu'il donne son œuvre ultime, pour laquelle il a choisi non plus un sujet mythologique mais le premier livret d'inspiration historique de l'histoire de l'opéra. Il trouve ici un langage musical apte à dépeindre la nature entière des caractères et des sentiments humains, la vie même. Reprenant les trouvailles de ses jeunes confrères, qui étaient tous ses disciples, il les transcende en des modes d'expression vivants et naturels, maîtrisés avec une aisance encore inusitée à l'époque et qui allaient influencer l'art lyrique pendant plusieurs siècles. Véritable point de départ du théâtre lyrique moderne, le Couronnement de Poppée, contrairement au premier opéra de Monteverdi, Orfeo, «favola in musica » écrite pour la cour de Mantoue, était destiné au théâtre public de Venise, le Teatro di Santi Giovanni e Paolo.

Le premier opéra d'inspiration historique

Dans le prologue, parfois omis, trois personnages allégoriques – Fortune, Vertu et Amour – comparent leurs mérites et leurs pouvoirs respectifs, le dernier déclarant sa prédominance sur ses deux comparses. L'action se déroule à Rome au milieu du Ier siècle de notre ère. Néron s'est épris de Poppée, aimée d'Othon. L'impératrice Octavie, délaissée par son mari, cherche un appui auprès du philosophe Sénèque, ancien précepteur de l'empereur. Mais, encouragé par les tendres caresses de Poppée, Néron ordonne à l'importun Sénèque de se suicider. Celui -ci prend alors congé de ses amis et disciples, tandis que, au cours d'une orgie, Néron fête sa mort. Octavie persuade alors Othon de tuer Poppée, mais l'intervention d'Amour arrête le meurtrier. Néron bannit Othon et prononce l'exil d'Octavie, épouse Poppée, qu'il couronne impératrice. Leur duo d'amour final est un véritable hymne à la volupté.

Une œuvre ouverte

C'est Pietro Francesco Cavalli qui présenta son maître Monteverdi au poète Francesco Busenello, juriste vénitien et ancien ambassadeur à la cour de Mantoue, dont les vers sont un modèle de poésie, de dramatisme et de psychologie. Sans cesse mouvant, le texte de Busenello, qui emprunte au XIVe livre des Annales de Tacite ses grandes lignes historiques, met en relief des problèmes et des situations psychologiques merveilleusement humains, souvent brutaux et immoraux. L'amour illicite mais passionné triomphe, et l'intrigue réserve un sort injuste à trois personnages, Octavie, Sénèque et Othon, alors que la musique souligne l'aspect négatif des personnages principaux. Si le livret fut imprimé, pour ce qui est de la musique, nous ne disposons aujourd'hui que de deux sources manuscrites, l'une conservée à Venise, l'autre à Naples. Mais l'autographe a disparu. Le manuscrit napolitain semble remonter à un stade plus ancien de l'œuvre que le vénitien. Pareille situation a favorisé l'émergence de nombreux arrangements modernes, dus notamment à Vincent d'Indy, Gian Francesco Malipiero, Raymond Leppard, Roger Norrington, Nikolaus Harnoncourt et Luciano Berio. Harmonisation, instrumentation, tessitures vocales, intégrité de l'œuvre varient en fonction des adaptateurs.

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