CASTOR ET POLLUX

COMPOSITEUR

Jean-Philippe RAMEAU
LIBRETTISTE

Pierre Joseph Bernard dit Gentil-Bernard

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1960

Alberto Erde
Melodram
2
italien
1972
1996
Nikolaus Harnoncourt
Teldec
3
français
1972
1996
Nikolaus Harnoncourt
Teldec
1 (extraits)
français
1972
2008
Nikolaus Harnoncourt
Teldec
3
français
1982
1994
Charles Farncombe
Erato
2
français
1992
1993
William Christie
Harmonia Mundi
3
français
1992
2003
William Christie
Harmonia Mundi
1 (extraits)
français
1997
1998
Jean-Christophe Frisch
Astrée
2
français
2003
2004
Kevin Mallon
Naxos
2
français
2007

John Eliot Gardiner
Celestial Audio
2
français

DVD

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
1982

Charles Farncombe
House of Opera

2008
2008
Christophe Rousset
Opus Arte

 

 Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue (O.C. VIII), poème de Pierre Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard (*), représentée à l'Académie royale le 24 octobre 1737.

(*) Pierre-Joseph Bernard, né à Grenoble en 1710, prit part brillamment à la campagne d'Italie de 1733/34. Après le succès de Castor et Pollux, Madame de Pompadour le fit nommer bibliothécaire du cabinet de Sa Majesté au château de Choisy. En 1740, il devint secrétaire général du Corps des Dragons. Son surnom de Gentil-Bernard, lié à ses oeuvres légères et spirituelles, lui fut donné par Voltaire. Il mourut en 1775 à Choisy le Roi, après avoir abusé de la bonne chère.

La distribution comprenait Mlle Eremans (Minerve), Marie Fel, dessus (*) (L'Amour), Mlle Rabon (Vénus), Le Page (Mars), Tribou (Castor), Claude Chassé, basse taille (Pollux), Mlle Pélissier (Télaïre), Marie Antier (Phoebé), Dun (Jupiter), MM. Albert et Bérard (Deux Athlètes), Cuvillier (Le Grand-Prêtre de Jupiter), Mlle Petitpas (Un Plaisir céleste, une Ombre heureuse, une Planète). Les ballets étaient dansés par Javillier (Un Athlète), Mlle Mariette (Une Spartiate), Mlle Sallé (Hébé), C. Maltaire (un Démon), D. Dumoulin et Mlle Sallé (Les Ombres heureuses), Dupré, Halmoche et Mlle Dalmand (Trois Planètes).

Dès le 14 décembre 1737, les Comédiens Italiens donnèrent une parodie de l'opéra, en prose et vaudevilles.

L'oeuvre connut en 1737 une vingtaine de représentations, et ne fut reprise que le 11 janvier 1754, avec de profondes modifications dans le livret : suppression du prologue, ajout d'un premier acte racontant le combat de Castor contre Lyncée. Les actes II et III reprenaient à peu de choses près les actes I et II de la version d'origine, et l'acte IV les actes III et IV. L'acte V était remanié : les récitatifs y étaient abrégés, et de nouvelles ariettes ajoutées.

La distribution réunissait : Jélyotte (Castor), Chassé (Pollux), Jelin (Jupiter), Poirier et de La Tour (Deux Athlètes), Person (le Grand-Prêtre), Poirier (Mercure), Selle (un Spartiate), Marie Fel (*) (Télaïre), Mlle Chevalier (Phoebé), Mlle Dubois (Un Plaisir céléste, une Ombre heureuse, Cléone). Ballets : Spartiates ; Guerriers, Gladiateurs, Spartiates : Hébé, Suivants de Hébé ; Démons, Furies, Ombres heureuses ; Génies qui président aux Planètes.

(*) Marie Fel, née à Bordeaux en 1713, morte à Chaillot en 1794. Elle débuta à l'Opéra en 1733, et prit sa retraite en 1757.

Le soir même de la reprise, Charles Collé écrivait : Cet opéra a été applaudi avec fureur, et aura le plus grand succès. Les connaisseurs pensent que Rameau n'a jamais rien fait de plus varié. Il y a, dit-on, de la musique grande et noble ; il y en a de gaie, de voluptueuse, de toutes sortes. Jamais on n'a loué aucun de ses ouvrages avec tant de vivacité.

L'année 1754 vit une trentaine de représentations, toujours avec un succès égal et soutenu, puis 1755 une dizaine, qui virent les adieux de Jélyotte, et les débuts de Larrivée (*), dans le rôle du Grand-Prêtre.

(*) Henri Larrivée (9 janvier 1737 - 7 août 1802), ancien garçon perruquier, se retira en 1786

Au second acte, Mlle Puvignée parut en Hébé, dans un ballet concourant à l'intrigue générale, dont le Mercure de février 1754 rendit compte. L'argument est le suivant :

Les Plaisirs célestes, conduits par l'enchanteresse Hébé, entrent en scène sur une ouverture d'orchestre, tenant à la main des guirlandes de fleurs dont ils veulent enchaîner Pollux, afin de le détourner du projet qu'il a formé de renoncer à l'immortalité en allant délivrer son frère. Hébé semble faire ses dispositions avec sa troupe pour ce qu'elle doit exécuter ensuite ; sur ce que Pollux dit à cette troupe, les femmes du corps d'entrée se préentent à lui en des attitudes extrêmement bien groupées, les bras entrelacés avec leurs guirlandes, pendant un petit choeur de femmes. Suit un dialogue entre le choeur et Pollux ; l'indifférence du héros excite l'enchanteresse à agir elle-même, et, sur un air de sarabande, Hébé fait, en grâces nobles et tendres, tous ses efforts pour détourner Pollux de son projet. Elle est aidée par ses suivantes qui, sur une reprise du choeur, forment de nouveau leurs pas d'attitudes. Vains efforts ! Pollux demeure insensible. Hébé tente alors de le piquer avec des grâces vives et enjouées : elle exécute deux gavottes, à la fin desqquelles elle se retire au fond de la scène, comme pour barrer la route à Pollux ; mais celui-ci finit par se dégager des chaînes de fleurs et s'enfuit, poursuivi par la troupe des Plaisirs (Mlle Sallé - Emile Dacier)

Le succès de Castor et Pollux passa pour une défaite retentissante des Bouffons :  

Au Théâtre, Rameau se montre, c'est assez :

Le Dieu du goût paraît ; Bouffons disparaissez.

Le 5 novembre 1763, Castor et Pollux fut représenté à Fontainebleau, devant le roi. Papillon de la Ferté, Intendant des Menus Plaisirs nota dans son Journal que le feu avait pris dans un plafond de la décoration transparente, mais qu'il fut éteint tout de suite grâce à la précaution qu'il avait prise de tenir prêtes des éponges mouillées au bout de perches, à chaque couloir. On a été content de la muique, de l'exécution, de la danse, surtout des habits, qui sont magnifiques, ainsi que des décorations.

Marie-Madeleine Guimard, alors âgée de vingt ans participait aux ballets, et suscita un commentaire flatteur du Mercure de France : ce jeune sujet, déjà connu et applaudi sur les théâtres de Paris, a donné devant la cour, à Fontainebleau, dans l'Opéra castor et Pollux des preuves agréables de ses progrès, et particulièrement dans les ballets de cet opéra où elle dansait plusieurs pas de deux.

Représenté à Parme, en italien, sous le titre I Tindaridi, le 6 décembre 1758, dans une traduction en italien de Jacopo Antonio Sanvitale, poète né à Parme en 1699, mort en 1780.

Jacopo Antonio Sanvitale

En 1760, Gossec introduisit dans l'instrumentation des parties de cor, clarinettes et bassons.

L'oeuvre fut reprise le 24 janvier 1764, à l'occasion de l'inauguration du nouveau théâtre des Tuileries construit par Soufflot. L'incendie de la salle du Palais Royal, le 6 avril 1763 (*), avait en effet nécessité de réutiliser provisoirement la vieille Salle des Machines. La salle, dont le peintre Boucher avait dessiné les décors, fut très critiquée et Collé écrit : M. Soufflot n'a pas réussi, et tout le monde en dit du mal ; elle est sourde, dit-on, et l'orchestre et les voix n'y paraissent rien ; les premières, et surtout les secondes loges sont trop élevées, l'on n'y distingue pas les acteurs, qui paraissent des pigmées. Grimm ajouta : « A Lyon, Soufflot a cré une salle où on ne voir rien, à Paris, une salle où on n'entend rien. »

(*) Le feu a pris, raconte l\92avocat Barbier dans son journal, sur les neuf heures du matin, sur le théâtre de l\92Opéra, par la faute d\92ouvriers qui faisaient sécher des peintures sur les toiles, pour préparer la salle pour l\92opéra du mardi 12 avril; il devait même y avoir un bal pour la capitation des acteurs. Le feu a pris à la grande toile qui était baissée, et qui a bientôt gagné le cintre, où tout le bois et autres matières combustibles ont formé un incendie sérieux que les ouvriers n\92ont pu arrêter, d\92autant qu\92à cause de la vacance du théâ­tre, il n\92y avait point d\92eau dans les tonneaux et qu\92ils ont trop tardé à demander du secours ; tout l\92Opéra, salles, loges, plafonds, décorations et machines de théâtre ont été cousumés. Le feu a gagné la partie du Palais-Royal qui était contigu à la salle de l\92Opéra, et y a causé assez de dommages; la calotte du grand escalier a écroulé entièrement. Le toit et la charpente de l\92aile du bâtiment à droite, dans la première cour, jusqu\92à la rue Saint-Honoré, ont été brûlés et découverts ainsi que quelques vieux bâtiments, derrière le grand escalier, qui tenoient au théâtre, où plusieurs personnes qui avaient des logements ont été obligées de déménager et de jeter les meubles par les fenêtres. La salle, froide et inconfortable, ne fut pas regrettée par tous, et l'abbé Galiani se demandait comment « le feu avait pu prendre dans une pareille glacière ».

La distribution réunissait Sophie Arnould ainsi que Pillot (Castor), Gélin (Pollux), Larrivée (Jupiter), Muguet (un Athlète, Mercure), Durand (le Grand-Prêtre), Mlle Chevalier (Phoebé), Mme Larrivée (un Plaisir céleste, une Ombre heureuse), Mlle St-Hilaire (Cléone). Les décors furent dessinés par Louis-René Boquet. Collé rapporte que : l'opéra n'eut pas la réussite qu'il devait avoir.... à cause de M. Pilot qui est un acteur affreux ; M. Gelin qui beugle ; Mlle Chevalier qui crie ; on n'a entendu Mlle Arnould à cause de sa belle prononciation. Sophie Arnould fut très appréciée. Elle portait une somptueuse robe de crêpe rose, avec des voiles d'or et d'argent flottant autour d'elle. Les manches drapées étaient retenues par des boutons en brillant. Le corsage très décolleté s'ouvrait sur une dentelle d'argent. Cette toilette était complétée par une perruque extravagante, coiffée à la grecque, piquée de rangées de roses et se terminant par un énorme panache rose et blanc surmonté d'un héron magnifique, ce qui fit dire au duc d'Ayen : Mlle Arnould a décidément de l'esprit par dessus la tête. Ce qui nempêcha pas quelques critiques que rapporta Touchard-Lafosse : En vain Arnould s'époumone, pour faire vivre en son automne (*), les fleurs dont brilla son printemps.

(*) Sophie Arnould n'avait alors que vingt-quatre ans !

 

Castor et Pollux fut à nouveau repris en 1765 avec des modifications apportées par Pierre Berton, et Le Gros dans le rôle de Castor. A l'occasion de la représentation du 27 avril, Bachaumont commente : La reprise de Castor est des plus brillantes ; il faut rendre justice aux directeurs , ils n'ont rien épargné pour la magnificence et les grâces du spectacle en tout genre. Le troisième acte est renforcé de toute la pompe et de tout le terrible dont il est susceptible ; il fait le plus grand et le plus redoutable effet. Le quatrième reçoit tout l'agréable, tout l'enchanteur d'un séjour divin. Ils en ont fait, pour ainsi dire, un opéra tout nouveau.

Entre-temps, Rameau était mort, et les choeurs de Castor et Pollux furent choisi pour l'office funèbre, à Paris, le 27 septembre 1764.

Nouvelles reprises en 1772 (le 21 janvier, avec Sophie Arnould dans le rôle de Télaïre), 1773, 1778, 1779 et 1780.

Sophie Arnould

Le 9 juin 1770, une représentation eut lieu à l'Opéra du château de Versailles, dans le cadre des festivités marquant le mariage du Dauphin, futur Louis XVI, et de l'archiduchesse d'Autriche Marie-Antoinette, avec Sophie Arnould dans le rôle de Télaïre.

C'est lors d'une reprise en 1772 que fut abandonné le masque des danseurs. La Revue de Paris relate ainsi : Le 21 janvier 1772, on jouait Castor et Pollux, dont les amateurs étaient privés depuis quelque temps. Gaëtan Vestris devait y danser l'entrée d'Apollon ; il représentait le blond Phébus avec une énorme perruque noire, un masque, et un grand soleil de cuivre doré rayonnant sur sa poitrine. Je ne sais quelle raison empêcha G. Vestris de remplir son rôle ce jour-la ; mais Maximilien Gardel fut appelé pour le remplacer. Il y consentit, à condition qu'il paraîtrait avec ses longs cheveux naturellement blonds, sans masque, et débarrassé des attributs ridicules dont on affublait ordinairement Apollon. Cette heureuse innovation fut approuvée par le public, et dès ce moment les premiers sujets abandonnèrent le masque. On le conserva pendant quelques années encore pour les choristes dansans, pour les ombres, dont le masque entièrement blanc paraissait convenir pareillement aux personnages représentés, pour les vents et les furies.

Une représentation eut lieu à nouveau à l'Opéra du château de Versailles, le 5 juin 1777, à l'occasion de la venue de l'empereur Joseph II, frère de Marie-Antoinette.

Lors d'une reprise en 1780, le chef d'orchestre François Berton dirigea lui-même et se dépensa avec tant d'ardeur qu'il en contracta une courbature fébrile et mourut le septième jour.

Des exécutions eurent lieu à Kassel en 1776, à Bordeaux en 1783, à Nantes en 1788.

Vers 1785, Dauvergne qui était à la tête de l'Opéra, envisagea une rénovation entière de l'oeuvre qu'il projetait de confier à Langlé (acte I, à refaire presque entièrement), Gossec (acte II), Piccini (acte III, à refaire entièrement), Sacchini (acte IV), Grétry (acte V).

Elle fut représentée 254 fois, rien qu'à Paris, de 1737 à 1785.

Le 20 juin 1791, le roi et la famille royale assistèrent à l'opéra pour la dernière fois.

Une parodie de Romagnesi et Riccoboni, Castor et Pollux, fut jouée aux Italiens, le 14 décembre 1737. Une nouvelle parodie parut au Théâtre Italien après la reprise de 1753, sous le nom Les Jumeaux.

 

Quoique Castor et Pollux fût considéré comme le meilleur ouvrage lyrique de Rameau, Jean-Baptiste Rousseau fut très critique :

Distillateurs d\92accords baroques

Dont tant d\92idiots sont férus,

Chez les Thraces et chez les Iroques

Portez vos opéras bourrus.

Malgré votre art hétérogène,

Lully, de la lyrique scène,

Est toujours l\92unique soutien;

Fuyez, laissez-lui son partage,

Et n\92écorchez pas davantage

Les oreilles des gens de bien.

 

Hugues Maret, dans son Éloge historique de M. Rameau, raconte qu'on attribuait la folie de Mouret au succès de Castor et Pollux : Je me contenterai de rappeler l\92effet que le succès de l\92opéra de Castor et Pollux fit, à ce que l\92on dit, sur Mouret. La jalousie de ce musicien, qui cependant avait beaucoup de mérite, parvint à son comble et lui fit perdre la tête, au point qu\92on fut obligé de l\92enfermer à Charenton, où, dans ses accès de folie, il chantait continuellement le beau choeur des démons du quatrième acte "Qu\92au feu du tonnerre le feu des Enfers déclare la guerre".

 

"Castor et Pollux, tragédie lyrique à deux héros et deux versions pour la même tragédie : la version de 1737, surabondante, solennisée par l'incidence de ses divertissements, coiffée d'un prologue opulent, et la version de 1754, sans prologue, resserrée autour d'une intrigue qui parvient à humaniser un conflit inhumain grâce à une stratégie plus mobile des sentiments...Dans la version de 1754, un acte entier, le premier, est entièrement nouveau. Le premier acte de la version de 1737 devient le second de la version de 1754 et ainsi de suite, mais non sans que de grands remaniements eussent été effectués par le compositeur et son librettiste qui ont fusionné le troisième et le quatrième actes, le cinquième restant le p1us proche de la version primitive". (L'Avant-Scène Opéra - décembre 1982)

 

Personnages :

Minerve (dessus), Vénus (dessus), l'Amour (haute-contre), Mars (basse) dans le prologue (1), Télaïre (dessus), fille du Soleil ; Phébé (dessus), princesse de Sparte ; une Suivante d'Hébé (dessus) ; une Ombre heureuse (dessus) ; Castor (haute-contre), fils de Tyndare, roi de Sparte, et de Léda ; Pollux (basse), fils de Jupiter et de Léda ; Jupiter (basse) ; le Grand-Prêtre de Jupiter, taille ; deux Athlètes (haute-contre, basse) ; Cléone (dessus) (2) ; Mercure (haute-contre) (2) ; un Spartiate (taille) (2)

(1) version 1737

(2) version 1754

Pollux Phébé

Synopsis (version 1737)

Prologue

D'un côté des portiques ruinés, des statues mutilées : les Arts y sont abandonnés, ayant à leurs pieds des sphères, des globes et tous leurs attributs brisés ; de l'autre côté sont des berceaux renversés, les Plaisirs y paraissent inanimés ; on voit dans le fond des tentes et des traces de plusieurs camps

Il se déroule dans un lieu utopique où la guerre a dévasté tout ce qui est source d\92harmonie sur terre \97 les Arts \97, et dans le ciel \97 les Astres. Pour que la paix revienne, Minerve, la protectrice des Arts, et le choeur demandent à Vénus d\92enchaîner Mars, le dieu de la guerre (Vénus, ô Vénus).

Une douce symphonie, mêlée de quelques bruits de guerre et de trompettes, annonce la descente de Vénus et de Mars. Ce Dieu paraît sur un nuage, enchaîné par les Amours, aux pieds de Vénus

Vénus descend des cieux et Mars, touché par la flèche de l\92Amour, rend les armes devant la belle déesse.

Mars et Vénus descendent ; les portiques où sont les Arts et les berceaux où sont les Plaisirs, reparaissent dans leurt premier état, et sont embellis par la présence de Vénus ; les tentes et tous les appareils de guerre disparaissent.

La fète et les réjouissances peuvent commencer. Première gavotte, Deuxième gavotte, Premier menuet, Premier tambourin, Deuxième menuet, Deuxième tambourin.

Acte I

Le lieu destiné à la sépulture des rois de Sparte ; des lampes sépulcrales éclairent quelques-uns de ces monuments : au milieu, sont les apprêts de la pompe funèbre de Castor

Une cérémonie religieuse, autour d\92un monument funéraire (Que tout gémisse). Castor, qu\92un amour réciproque lie à Télaïre, a succombé sous les coups de son rival, Lincée. Phébé s\92efforce de consoler Télaïre plongée dans le désespoir après la perte de Castor (Tristes apprêts).

On entend une symphonie guerrière, et des chants de victoire

La nouvelle que Pollux vient de venger son frère en tuant Lincée donne lieu à des réjouissances. Premier air pour les athlètes, Deuxième et Troisième airs pour les athlètes.

Aussitôt après Pollux fait comprendre à Télaïre qu\92il l\92aime (Je remets à vos pieds). En réponse, elle demande à Pollux de ramener Castor des Enfers (Allez, Prince !). Pollux décide d\92agir au nom de l\92amour et de l\92amitié (Quel trouble confus).

Acte II

Le vestibule du temple de Jupiter où tout est préparé pour un sacrifice

Nature et Amour se partagent le coeur de Pollux (Nature, Amour). Sauver son frère Castor signifie renoncer à son amour pour Télaïre. Un bref dialogue avec la princesse ne lui laisse plus d\92espoir car elle ne l\92aime pas (Si de ses feux). Le Grand-Prêtre annonce l'apparition de Jupiter (Le souverain des Dieux).

Jupiter paraît, assis sur son trône, dans toute sa gloire

Pollux supplie alors Jupiter de l\92aider à rendre Castor à Télaïre(Ma voix, puissant maître du monde). Sans conviction, Jupiter annonce sa décision : Pollux devra aller prendre la place de Castor aux Enfers (J'ai voulu te cacher). Mais pour l\92en dissuader, Jupiter demande à la troupe des Plaisirs de déployer devant Pollux tous leurs charmes et voluptés célestes (Avant que de céder).

Hébé danse à la tête des Plaisirs célestes, tenant dans leur mains des guirlandes de fleurs dont ils veulent enchaîner Pollux

Entrée d'Hébé et de sa suite (Connaissez notre puissance). Premier et Deuxième airs pour Hébé et ses suivantes. Sarabande.

Pollux résiste à la tentation, et confirme sa décision de descendre aux Enfers. (Si je romps)

Acte III

L\92entrée des Enfers, dont le passage est gardé par des monstres, des spectres et des démons ; c'est une caverne qui vomit sans cesse des flammes

Phébé tente à tout prix d\92empêcher Pollux de pénétrer aux Enfers (Rassemblez-vous, peuples), mais en vain (Je vole à la victoire). L\92arrivée de Télaïre, qui a consulté son père Apollon (Aux pieds de ses autels), renforce PoIlux dans son acte. Phébé apprend ainsi que Pollux adorait Télaïre. Elle donne libre cours à sa douleur (Quel aveu !), alors que Télaïre retrouve l\92espoir et Pollux s\92abandonne à sa souffrance. Pendant que les Enfers se déchaînent furieusement contre Pollux (Premier air - Brisons tous nos fers - et Deuxième air des Démons), Mercure frappe la troupe infernale de son caducée et s\92abîme avec Pollux dans la caverne. Phébé décide de le suivre (Tout cède à ce héros vainqueur !).

Acte IV

Les Champs Élysées ; diverses troupes d'ombres heureuses paraissent dans l'éloignement

Castor paraît enfin (Séjour de l'éternelle paix). Son asile aux Champs Elysées n\92a pas effacé le souvenir de Télaïre. Les Ombres heureuses rendent cet endroit enchanteur (Air pour les Ombres - Qu'il soit heureux - Loure, Gavotte, Premier et deuxième Passepieds) mais elles s\92enfuient dès l\92arrivée de Pollux (Fuyez, fuyez, Ombres légères). Celui-ci apprend à Castor qu\92il pourra quitter les Enfers et qu\92il reverra Télaïre (Rassurez-vous). Castor comprend aussi que Pollux aime la princesse mais se sacrifie pour lui. Pressé d\92aller la retrouver, Castor jure de ne rester qu\92un jour sur Terre, pour revoir sa bien-aimée, et revenir libérer Pollux des Enfers (Oui, je cède). Gavotte.

Acte V

Une vue agréable aux environs de Sparte

Phébé se révolte contre le sort qui frappe Pollux (Castor revoit le jour). Toute à sa joie, Télaïre revoit Castor (Le ciel est donc touché) et apprend en même temps que son amant doit l\92abandonner (Castor, et vous m'abandonnez ?). Désespérée, elle veut le retenir mais les éléments se déchaînent et la foudre retentit.

Jupiter descend du ciel sur son aigle

Il annonce que Castor est libéré de son serment et qu\92il partagera l\92immortalité avec Pollux (Les Destins sont contents). Pollux et Castor se retrouvent (Mon frère, ô ciel).

Les cieux s'ouvrent et laissent voir le Zodiaque ; le Soleil sur son char commence à le parcourir ; dans les nuages du fond, on découvre le palais de l'Olympe, où les Dieux sont assemblés

Jupiter annonce que Castor et Pollux prendront place dans le Zodiaque en signe de l'amitié (Tant de vertus). Télaïre est conviée à rehausser les cieux de sa beauté (Et vous jeune mortelle)

Divertissement : entrée des Astres (Gigue, Chaconne)

(d'après L'Avant-Scène Opéra)

 

Synopsis (version 1754)

Acte I

Le palais du Roi avec tout l'appareil d'un hyménée

Tout est prêt pour célébrer les noces de Pollux, roi de Sparte, avec Télaïre, Sa soeur, Phoebé, pressent que Télaïre va s'unir à Pollux plus par raison que par amour (Mon coeur n'est point jaloux). Car les deux soeurs aiment Castor, qui n\92aime que Télaïre (Eclatez, mes justes regrets). En magicienne influente, Phoebé décide de pousser au combat Lincée, qui aime aussi Télaïre, et qui voudrait l\92enlever. Castor vient faire ses adieux à Télaïre (Quand j'ai pour cet adieu). Mais Pollux, qui les a observés, ordonne amicalement à son frère d\92épouser Télaïre à sa place (Non, demeure, Castor).

La suite du roi et le peuple entrent sur scène

Pollux annonce sa décision (Ces apprêts m'étaient destinés). Divertissement : air très pointé, Menuets I et II. Gavottes I et II. Tambourins I et II. Castor exulte (Quel bonheur règne en mon coeur).

À peine la fête de l\92hyménée de Castor avec Télaïre terminée, on annonce que Lincée, guidé par Phoebé, attaque le palais (Quittez ces jeux). Le peuple prend les armes, Pollux et Castor se séparent pour aller combattre. Castor est tué (Castor, hélas !).

Acte II

Le lieu de la sépulture des rois de Sparte : ce sont des voûtes souterraines où l'on découvre plusieurs monuments éclairés par des lampes sépulcrales. On voit dans le lieu principal un grand mausolée élevé pour les funérailles de Castor et environné du peuple qui gémit

Le peuple se lamente devant la dépouille de Castor (Que tout gémisse). Télaïre, en grand deuil, exhale sa douleur (Tristes apprêts). Phoebé propose à sa soeur d\92arracher Castor aux enfers si elle lui cède en échange son amant (Laisse à l'amour). Télaïre accepte, pourvu que Castor vive (Oui, je m'en impose la loi). Pollux arrive, fier d\92avoir vengé son frère en tuant Lincée (Peuples, cessez de soupirer). Mais la victoire de Pollux ne console pas l\92amour de Télaïre (La vengeance flatte la gloire). Indigné en apprenant la proposition de Ph\9Cbé, Pollux décide de faite intervenir son père, Jupiter, pour rendre le jour à Castor (Non, c'est en vain). Télaïre le presse de tout entreprendre pour sauver Castor (Ah ! prince). Pollux convie le peuple au divertissement. Air pour les Athlètes. Marche. Air gai. Deuxième air pour les Athlètes. Ariette d'un Athlète. Airs I et II.

Acte III

Le vestibule du temple où Pollux doit faire un sacrifice

Pollux se prépare à affronter Jupiter, afin d\92obtenir sa faveur (Présent des Dieux). Le Grand-Prêtre annonce l'apparition de Jupiter (Le souverain des Dieux)

Jupiter apparaît dans toute sa gloire.

Pollux annonce son désir d\92arracher Castor aux enfers (Ma voix, puissant maître). Mais Jupiter ne peut rendre à Pollux son frère qu\92aux dépens de sa propre vie, parce qu\92il faut une victime aux Parques (J'ai voulu te cacher). Il soumet alors Pollux à l\92épreuve des Plaisirs célestes pour lui montrer ce qu\92il perd s\92il persiste dans son dessein. Entrée d'Hébé et de sa suite. Air pour Hébé et ses suivantes (Voici des Dieux). Sarabande. Air gracieux (Que nos jeux). Gavotte I et II. Les Plaisirs conduits par Hébé tentent d\92arrêter Pollux, mais ce dernier rompt leurs chaînes voluptueuses et descend aux enfers (Quand je romps).

Acte IV

L'entrée des enfers, dont le passage est gardé par des monstres, des spectres et des démons ; c'est une caverne qui vomit sans cesse des flammes

Ph\9Cbé commande aux esprits et aux puissances magiques de pénétrer avec elle aux enfers (Esprits, soutiens de mon pouvoir). La descente de Mercure qui protège Pollux empêche Phoehé de réaliser ses intentions (Phoebé, tu fais). Pollux s\92approche de la caverne et combat les démons avec l\92aide de Mercure (Tombez dans l'esclavage). Danse des démons qui veulent effrayer Pollux. Premier air des Démons (Brisons tous nos fers). Mercure les frappe de son caducée et s'abîme avec Pollux dans la caverne. Deuxième air des Démons. Phoebé exhale sa fureur (O ciel ! tout cède).

Les Champs-Elysées, arrosés par le fleuve Léthé ; des Ombres heureuses paraissent dans l'éloignement

Castor ne pense qu'à son amante (Séjour de l'éternelle paix). Les Ombres heureuses arrivent en dansant. Air pour les Ombres (Sur les ombres fugitives). Loure. Gavotte. Menuet. Passepieds I et II. Pollux paraît, qui rassure les Ombres (Rassurez-vous, habitants fortunés). Les retrouvailles des deux frères aux Champs Éysées sont un moment de grande tendresse (O mon frère). Mais la joie de Castor est de courte durée, il refuse que Pollux prenne sa place et jure qu\92il ne restera sur terre que le temps de consoler Télaïre, c\92est-à-dire un jour (Oui, je cède enfin). Pollux ordonne alors à Mercure d\92enlever Castor et de le rendre à la terre (Ses jours sont commencés). Première gavotte en rondeau. Deuxième gavotte.

Acte V

Une vue agréable des environs de Sparte

Castor retrouve Télaïre (Le ciel est donc touché), et lui annonce qu\92ils doivent se préparer à d\92éternels adieux (Il faut nous séparer). La princesse ne veut pas en entendre parler et tente de le fléchir (Castor ! Et vous m'abandonnez ?). Le peuple arrive en vue des réjouissances (Vivez, heureux époux). Castor le chasse (Peuples, éloignez-vous).

Des coups de tonnerre annoncent l\92arrivée de Jupiter qui descend du ciel sur son aigle.

Jupiter accorde aux deux frères le partage de l'immortalité (Les destins sont contents). Les deux frères se retrouvent (Mon frère, ô ciel !). Pollux annonce que Phoebé est morte.

A la demande de Jupiter, les cieux s'ouvrent, et laissent voir une partie du Zodiaque.

Les Génies qui président aux planètes et aux différentes constellations forment le divertissement, pendant lequel les deux frères prendront la place qui leur est destinée sur le Zodiaque, sous le signe de l\92amour et de l\92amitié. Chaconne. Air léger et gracieux (Tendre amour). Gavottes I et II.

 

 

Représentations :

 

 

 

"... l\92ENO n\92y est pas allé avec le dos de la cuiller pour accommoder Rameau à la sauce d\92aujourd\92hui. Directeur du Komische Oper de Berlin à partir de la saison prochaine, Barrie Kosky a voulu un Rameau sans fanfreluches, plus près de David Lynch que de Mme de Pompadour. Comme dans Mulholland Drive, il s\92agit de deux femmes, une brune (Phébé) et une blonde (Télaïre), et tout commence de façon très banale : la blonde doit épouser l\92un des deux faux jumeaux, mais la fête dégénère, et très vite on ne sait plus si l\92on est dans un rêve, voire dans un cauchemar. Kosky propose ainsi toute une série de superbes images oniriques : escorté par un grand-prêtre en robe noire et au visage blanchi, Jupiter porte un haut-de-forme muni d\92un voile qui cache son visage (Elephant Man ?). Pendant les danses, le ch\9Cur des Ombres heureuses oscille lentement, et les bouches s\92ouvrent en une sorte de cri muet, autre vision terrifiante et suprêmement lynchienne. A la fin, pour se métamorphoser en étoiles, les deux héros se déchaussent et donnent la main à leur père, Jupiter : dès qu\92ils sont sortis, une pluie de paillettes argentées se met à tomber sur chaque paire de chaussures.

On sera peut-être moins convaincu par d\92autres images fortes, mais d\92une laideur très germanique. Au deuxième acte, le corps sanguinolent de Castor gît sur un énorme monticule de terre qui occupe la moitié du décor ; Télaïre se macule du sang de son bien-aimé, puis se met à creuser avec ses mains pour enterrer le malheureux. A la violence (Lyncée est tué en scène par Pollux puis lynché par le ch\9Cur) s\92ajoute toute une imagerie sexuelle appuyée : pour invoquer les divinités infernales, Phébé s\92adosse au monticule d\92où jaillit une main qui vient lui fouailler l\92entrejambe ; avant d\92être retrouvé aux Champs Elysées, le défunt Castor apparaît, on le déguise en Télaïre et il tente de violer son frère ; le désir sexuel dont Phébé est frustrée au profit de sa s\9Cur est symbolisé par le geste des figurants hommes et femmes qui, le visage masqué par leurs longs cheveux, baissent sur leurs pieds toute une série de petites culottes (jusqu\92à la nudité frontale complète pour certains d\92entre eux)\85

La traduction anglaise évacue les personnages secondaires : la première scène de l\92opéra devient un monologue de Phébé, et les différents rôles féminins des divertissements sont assurés par les deux héroïnes. Curieusement, les quatre protagonistes gardent leurs noms français, prononcés à la française (seule Télaïre dit « Polloux »), sans doute pour la même raison qui avait fait rebaptiser le chien Pollux en Dougal lors du doublage du Manège enchanté : Pollux prononcé à l\92anglaise ressemble fâcheusement à bollocks\85

 

Eblouissant Castor, Allan Clayton est le grand triomphateur de la soirée : le public parisien connaît bien ce ténor, qui fut successivement Albert Herring et Bénédict à l\92Opéra-Comique ces dernières saisons. Une fois de plus, l\92Angleterre s\92avère un formidable vivier pour la tessiture de haute-contre à la française. Ed Lyon était l\92un des excellents éléments de la distribution de la production de Fairy Queen de Glyndebourne qui a triomphé Salle Favart en 2010 : son Mercure aux pieds en sang (?) récupère l\92air de l\92Athlète mais sa voix ne sonne pas aussi glorieuse qu\92on l\92attendrait pour « Eclatez, fières trompettes ». Roderick Williams est un beau Pollux, qui descend sans peine dans le grave, pour un personnage que la mise en scène ne ménage guère. Du côté des femmes, il semble qu\92on ait mal évalué le travail à accomplir : certes, Phébé et Télaïre n\92ont guère d\92occasion de briller vocalement, mais ce n\92est pas une raison pour en confier les rôles à des chanteuses dont le répertoire inclut surtout Sophie de Werther pour la première ou Sophie du Chevalier à la rose pour la seconde. Trop légère, Sophie Bevan déçoit dans « Tristes apprêts » (« Sorrow and death » dans cette version). Le problème est moins flagrant pour Laura Tatulescu en Phébé, mais on est loin du format vocal d\92une Véronique Gens, grande titulaire de ce rôle. Le ch\9Cur de l\92ENO est très sonore, et très impliqué dans l\92action. Peut-être parce que Christian Curnyn a l\92habitude de diriger du Haendel, peut-être à cause des instruments modernes, l\92orchestre sonne très carré, sans le délié que savent y mettre un Christie ou un Rousset. Soirée mitigée donc, pour ce premier Rameau monté par l\92ENO, mais dont on espère que ce ne sera pas le dernier."

 

"Le Théâtre du Puy accueille les musiciens d\92Ausonia pour une version écourtée de Castor et Pollux, un opéra de Rameau. Fondé en 1998 par le claveciniste, Frédérick Haas, et la violoniste, Mira Glodeanu, cette « compagnie » s\92attache au répertoire des XVII e et XVIII e siècles. Formation à géométrie variable, cet ensemble baroque favorise l\92autonomie de ses membres, obtenant ainsi une discipline d\92ensemble et une flexibilité que saluent les spécialistes. Les chanteurs sont français pour la plupart, les instrumentistes viennent de France, Belgique, Hollande, Allemagne et même de République tchèque.

« J\92ai toujours créé des ensembles musicaux. Ausonia s\92inscrit dans cette logique », justifie Frédérick Haas, qui a fait ses études à Amsterdam et au Conservatoire royal de Bruxelles où il enseigne aujourd\92hui le clavecin. C\92est d\92ailleurs dans la région de Namur qu\92il réunit ses collègues, chez lui, pour répéter ses programmes. Le choix d\92Ausonia n\92est pas fortuit. Non latin de l\92Italie, il rappelle ce que les musiciens doivent à un pays ou nombre d\92entre eux ont fait leur pèlerinage musical.

Invité pour la première fois par le festival de La Chaise-Dieu, Ausonia interprète de larges extraits de Castor et Pollux dans un spectacle total mis en espace par Trami Roman. « Nous n\92avons pas les moyens de restituer l\92opéra tel qu\92il a été imaginé par Rameau, avec ses machineries et ses suites de danses, reconnaît Frédérick Haas qui a ramené l\92ouvrage à moins de 80 minutes. Et puis, nous connaissons deux versions très différentes l\92une de l\92autre. Aussi, nous avons reconstruit le programme en conservant les moments les plus forts et en donnant de la visibilité au livret ».

"Le Festival de La Chaise-Dieu exporte emiron le quart de ses productions hors des murs de la ville. C'est ainsi que l'on a pu assister à une représentation de larges extraits de Castor et Pollux (une heure vingt de spectacle, sans entracte) dans l'adorable Théâtre du Puy-en-Velay. Construite en 1893, réhabilitée en 2006, cette salle à l'italienne d'environ cinq cents places ne présente pas, à l'exception des peintures du plafond et du fumoir (désormais interdit aux fumeurs !), une architecture de la fin du XIXe. Mais elle revendique, dans une acoustique parfaite, des attaches plus anciennes : les sièges de velours et les couleurs des guirlandes ornant les balcons rappellent l'Opéra-Théâtre de Metz, son aîné de plus d'un siècle !

Devant un orchestre placé en fond de scène, le travail de Tami Troman s'apparente davantage à une «mise en espace» qu'à une mise en scène, se contentant de régler les entrées et les sorties des protagonistes, ainsi que les variations de lumière. C'est largement assez dans la mesure où le principe des extraits ne permet pas d'entrer réellement dans l'ouvre, mais simplement d'en apprécier l'admirable musique.

Et, côté musique, l'auditeur est amplement servi ! Sous la baguette de Frédérick Haas, dirigeant depuis le clavecin, les instrumentistes de ['ensemble Ausonia sonnent homogènes, bien articulés, avec le sens du rythme et de la danse indispensable chez Rameau. Quatre chanteurs se chargent, quant à eux, des parties de choeur et de divers petits rôles. Leur style est parfait, mais les voix sont encore bien vertes, à l'exception de la mezzo (Mélodie Ruvio).

Côté solistes, on n'en revient pas des progrès accommplis par Eugénie Warnier. Sa Télaïre est un véritable bonheur d'engagement et de grâce. Arnaud Richard est un Pollux digne et imposant, qui maîtrise à la perfection une déclamation royale. Il semble toutefois avoir des problèmes d'homogénéité des registres, tout particulièrement dans des aigus systématiquement en arrière. Peut-être le rôle est-il trop aigu pour une basse qui a commencé sa carrière en Sarastro... Reinoud van Mechelen est son exact contraire. Son timbre est de toute beauté, ses aigus solaires, mais sa diction empâtée, quoique compréhensible, l'empêche de véritablement déclamer sa partie. Son très jeune âge (24 ans) permet d'espérer de rapides progrès dans ce domaine.

Avec ses qualités et ses défauts, cette soirée irradie surrtout un véritable esprit d'équipe et un bonheur maniifeste d'être sur scène, sans parler d'une connaissance sans faille du style ramiste."

 

"Castor et Pollux est souvent le premier opéra de Rameau que les capitales étrangères se risquent à mettre en scène. Vienne n'aura pas fait exception. Après une Platée avec les mêmes Talens Lyriques déjà remarquée à Strasbourg, la jeune Mariame Clément opte pour des partis pris qui risquaient de faire basculer l'aventure du côté des clichés : updating quelque part chez les bourgeois, au siècle dernier, dramaturgie personnelle superposée à l'ouvrage, remplacement des ballets par des flash-backs évoquant les joies et traumas enfantins des protagonistes.

Pourtant, ce détournement égotiste produit un spectacle vif, émouvant, admirablement réglé. Dans un décor unique animé de quelques effets de machinerie, les éclairages subtils de Bernd Ourkrabek tracent les lignes entre mondes des vivants et des ombres, passé et présent, réalité et rève, magnifiant des images fortes : le fantôme de la mère telle Silvana Mangano dans Mort à Venise, qui chante les répliques de Cléone ; la dépouille de Castor au milieu des siens, tandis que de l'autre monde son double entonne « Séjour de l'éternelle paix » ; le spectre de Phébé errant dans le grand escalier désert évoque pour sa part Les Damnés, tandis que retentit la chaconne.

La complicité entre metteur en scène et chef d'orchestre est évidente, Christophe Rousset et ses Talens Lyriques adaptant pauses et silences à la narration du plateau sans tomber dans la lourdeur. Bien au contraire: tempos vifs, pâte d'orchestre légère et lumineuse, phrasés souples mais délicatement articulés, aux équilibres et aux dynamiques soignés, témoignent d'un Rameau très personnel qui trouve son sens dans l'éther d'un songe furtif.

Scéniquement parfaite et toujours investie, la distribution se révèle inégale musicalement. Dietrich Henschel, attentif aux mots de Pollux, trouve l'autorité noble et douloureuse, mais la ligne est heurtée, les sonorités bien vilaines, surtout dans le grave. On enrage qu'Anne Sofie von Otter ne se soit pas vu offrir plus tôt un répertoire auquel tout la prédestinait, et cette Phébé tardive ne console guère de la Phèdre qui ne fut pas. Sans se départir d'un certain exotisme, Maxim Mironov et Christiane Karg séduisent davantage en Castor et Télaïre : lui chargé de toute la misère du monde, sidérant d'homogénéité et d'aisance (l'italianité de la technique, avec ces attaques flottées et ce legato continu évoquant le jeune Luigi Alva, sera affaire de goût) ; elle manquant peut-être des couleurs sombrées qu'appelle le dessus à la française. Mais son phrasé superbement tenu autant que varié nous vaut un prégnant « Tristes apprêts ».

Seuls Français sur le plateau, l'excellent Jupiter de Nicolas Testé et la Cléone de Sophie Marilley. Ce qui, en regard de la longue liste d'artistes qui auraient mérité les rôles principaux, jette sur la soirée l'une des seules ombres qui ne viennent pas de l'au-delà..."

"C'est un véritable cycle Rameau, construit sur plusieurs saisons, qui s'ouvre avec cette première viennoise de Castor et Pollux. Pour éviter de heurter des sensibilités peu préparées à goûter les charmes du baroque français, Christophe Rousset et Mariame Clément ont opté pour la deuxième version de l'ouvrage, moins allégorique de ton (le Prologue et le «Ballet des Planètes» final y passent à la trappe), mais plus théâtrale dans le déroulement de l'action. Les divertissements sont certes interprétés intégralement, mais ne sont pas dansés : ils servent de toile de fond à des saynètes muettes évoquant, sur le mode du flash-back cinématographique, les épisodes les plus marquants de la vie des quatre personnages principaux. L'impressionnant décor en miroir de Julia Hansen représente le hall d'une belle demeure à l'anglaise, où pourrait se jouer n'importe quel film policier d'Hitchcock. Un immense escalier, recouvert d'un long tapis rouge, mène à la porte d'une pièce où vit le maître de maison (Jupiter) ; presque toujours ferrmée, elle est gardée par un cerbère (le Grand Prêtre) qui veille à éloigner tout importun. Les parois latéérales, de couleur noire, sont privées de tout ornement à l'exception d'une sombre galerie de portraits d'ancêtres, aux traits déjà rongés par le temps ; elles sont percées d'ouvertures menant vers des appartements invisibles et de mystérieux lieux de service, d'où font régulièrement irruption les protagonistes. Toute allusion visuelle à la mythologie est bannie. Les Enfers se muent ainsi en une chambre d'hôpital d'un blanc immaculé, planant entre les cintres et le plateau : sur le lit gît le corps sans vie de Castor, que Pollux entend ramener sur terre pour le rendre à Télaïre.

De fait, Mariame Clément met en scène l'intrigue comme s'il s'agissait d'un drame de la haute bourgeoisie, où le silence est d'or : sans fioriture, avec une austérité gestuelle calculée, elle concentre l'intérêt sur la complexité des rapports entre ces membres d'une même famille (Phébé et Télaïre, filles du Soleil, sont en fait cousines des deux frères et ont été élevées avec eux). Un passé commun, fait de secrets tus et de traumatismes mal vécus, soude les deux couples, comme le rappellent les nombreux intermèdes muets. Ce beau travail souligne avec pertinence toute la modernité de l'univers de Rameau, rendant caducs les reproches de faiblesse adressés au livret de Pierre Joseph Bernard.

Christophe Rousset et Les Talens Lyriques offrent une lecture vive, parfois même agressive. Flûtes et bassons - voire la trompette solo, dans l'air du ténor - dessinent avec netteté les contours capricieux de l'écriture ramiste ; les cordes, quant à elles, au chant nerveux jusqu'à en paraître parfois acide, différenncient les climats affectifs avec acuité.

Grâce à l'imparable précision d'intonation de l'Arnold Schoenberg Chor, les ch\9Curs s'écoutent comme les commentaires passionnés de coryphées omniscients. Côté solistes, les voix sont plutôt courtes, mais la prononciation permet une mise en situation toujours adéquate du texte dans le flux musical. Le ténor de Maxim Mironov, aussi élégant qu'avare de couleurs, contraste agréablement avec le baryton puissant de Dietrich Henschel. Christiane Karg impressionne par la finesse d'un timbre qui conserve son éclat et sa précision dans les pianissimi les plus impalpables, par opposition avec la voix plus ronde et plus large d'Anne Sofie von Otter. Nicolas Testé est un solide Jupiter, Pavel Kudinov, un Grand Prêtre au ton idéalement cassant et Sophie Marilley, une Cléone presque trop discrète. Enea Scala, enfin, fait regretter la brièveté de ses interventions, tant son ténor chaleureux paraît ici à son aise. L'immense succès public, le soir de la première, laisse bien augurer d'un cycle qui devrait s'étaler sur (au moins) cinq saisons."

"Pas de prologue, moins de ballets, une action plus concentrée : non, ce n'est pas une version tronquée de Castor et Pollux de Rameau que Les Talens lyriques ont réservée au public viennois du Theater an der Wien pour accclimater celui-ci aux douceurs du baroque français. Ils ont préféré la seconde version, celle de 1754, effectivement privée de prologue et sensiblement remaniée par rapport à l'originale de 1737. Mariame Clément, responsable de cette nouvelle production, la considère également « plus accessiible à un public moderne ». Et pour souligner cette qualité, elle invite les Dioscures dans l'immense vestibule d'une maison bourgeoise du premier XXe siècle. En son centre se dresse un escaliert monumental. Il conduit à une salle presque toujours close : le séjour de Jupiter. Le maître de l'Olympe devient donc le chef d'une sombre famille, cousine de celles des Damnés de Visconti, du Ruban blanc de Michael Haneke ou des Buddenbrook de Thomas Mann.

L'allusion à l'enfance ouatée et à l'éducation stricte des deux frères apparaît durant les épisodes originalement dévolus à la chorégraphie. On ne danse pas mais on se souuvient et on voit grandir Castor, Pollux et leurs futures épouses, Phébé et Telaïre. Cette atmosphère trouble relève autant du thriller que de la saga familiale et rappelle l'universalité du livret.

Pour l'animer et servir la mise en scène aussi efficace que logique de Mariame Clément (elle avait déjà réussi Platée avec le même Christophe Rousset à l'Opéra du Rhin), le Theater an der Wien a réuni une distribution internationale. Si le nom de Dietrich Henschel doit être familier au public viennois, son chant paraît en revanche bien éloigné de l'art de Rameau, malgré une noble incarnation de Pollux : diction improbable, expression nasale, vibrato envahisssant. Prudent (l'obstacle de la langue ?) mais passionné, le jeune ténor russe Maxim Mironov interprète un touchant Castor, ce frère mort que Pollux l'immortel se prépare à soustraire aux enfers.

Phébé, promise à Castor, mais consciente qu'il lui préfère sa s\9Cur Télaïre, peut naturelleement compter sur l'intelligence dramatique, l'élégance et la sensibilité d'Anne Sofie von Otter, aux couleurs désormais limitées. Ladite Télaïre émeut une salle pleine à craquer grâce au charme, à la délicatesse et à la noblesse de la soprano alleemande Christiane Karg, capable d'intenses moments draamatiques sans jamais épaissir le trait. À la fois impérial mais juste, le Jupiter de Nicolas Testé reste un modèle de style. Il endossait d'ailleurs ce rôle dans la production de Pierre Audi à Amsterdam conduite en 2008 par Christophe Rousset.

Fin connaisseur de la partiiion, ce dernier dirige intennsément cet opéra d'amour et de mort où s'illustrent aussi un Ch\9Cur Arnold Schönberg manifestement très préparé et un orchestre Les Talens lyriques des meilleurs soirs. Pour cette première scénique, Vienne a été gâtée."

"Pour sa deuxième confrontation avec Castor et Pollux (la première s\92est déroulée à Amsterdam en 2008, dans une mise en scène de Pierre Audi), Christophe Rousset s\92est associé une nouvelle fois avec Mariame Clément, lesquels avaient proposé la saison dernière un remarquable Platée à Strasbourg. A la première vue du décor \96 le hall d\92entrée d\92une grande demeure aristocratique à la Cluedo \96 on craint le grand lieu commun de la mise en scène baroque contemporaine : l\92inévitable drame bourgeois, avec son lot de moulures et de longues robes frivoles. Les moulures sont bien là, les robes également, mais c\92est tout autre chose que nous propose Mariame Clément. Profitant de l\92ouverture et des nombreux menuets et autres gavottes, elle glisse ça et là des flashbacks, des souvenirs, éclairant l\92histoire de ces deux frères amoureux de la même femme. Les repères temporels se brouillent, Pollux rencontre l\92enfant qu\92il a été, y retrouve le courage pour aller sauver son frère des Enfers, etc. En plus d\92être parfaitement dirigée, la succession de ces scènes de famille forme en quelque sorte une nouvelle mythologie, avec ses codes, ses sous-entendus et ses implications profondes \96 universelles mais renouvelées \96 : l\92amour, la fraternité, la jalousie, la mort, la rédemption. Rarement aura-t-on vu (et surtout à Vienne !) une mise en scène si fouillée, si juste et en même temps si fluide et si lisible. On ne peut qu\92espérer une reprise.

La distribution est malheureusement trop hétérogène pour oser tutoyer la « soirée parfaite ». Se côtoie dans des français parfois approximatifs un casting sans doute trop international pour espérer rendre toute la complexité des pages de Rameau. Anne Sofie von Otter par exemple, malgré l\92admiration que l\92on porte à son legs discographique \96 et notamment baroque \96 ne peut masquer le déclin de sa voix et de son souffle. On salue l\92engagement scénique, qui la fait d\92ailleurs évoluer de jeune adulte à femme esseulée, mais on ne peut malheureusement pas adhérer à une émission stridente et pas toujours juste\85 A l\92opposé, Christiane Karg, sublime Télaire, est la révélation de la représentation, si ce n\92est de ce début de saison viennoise. Belle et altière, son instrument est d\92une grande noblesse, particulièrement soutenu, et surtout : nuancé. Son « Tristes apprêts, pales flambeaux » touche réellement au sublime : n\92est pas donné à toute jeune chanteuse d\92arrêter ainsi le temps. Maxim Mironov, plus habitué à Don Ramiro, Lindoro ou Almaviva, ne démérite pas en Castor. Sa partie est délicate, et lorsque l\92on voudrait plus de corps, le ténor russe semble encore marcher sur des \9Cufs. Le baryton Dietrich Henschel, très valable schubertien par ailleurs, peine \96 par trop d\92incertitudes et de vibrato \96 également à insuffler cet « esprit français » dont la troupe a manifestement eu du mal à s\92approprier.

Les Talens Lyriques, au contraire, sont immanquablement très à l\92aise. Le nom de cet ensemble n\92a-t-il pas été d\92ailleurs choisi en référence au sous-titre des Fêtes d\92Hébé, autre ouvrage de Rameau ? Christophe Rousset, avec cette battue très spécifique (on pense à la gestuelle scénique baroque) qui le caractérise, donne tout son poids à cette magnifique partition et élabore avec le plateau une interactivité permanente. Le résultat est lumineux et conserve simultanément cette âpreté qui singularise la tragédie lyrique française. Aux saluts, ovation plus que méritée pour le Arnold Schoenberg Chor, stupéfiant de tenue tout au long de la soirée."

 

 

"Supposée plus proche des canons théâtraux modernes, car moins conventionnelle et plus focalisée sur la psychologie des personnages, "Castor et Pollux" millésime 1754 peine toutefois à émouvoir vraiment ici. En cause d'abord, une direction musicale qui, pour être soignée et superbement soutenue par l'orchestre, manque de sens théâtral dans les récitatifs, réussissant mieux les passages dramatiques.

Mais la faute incombe surtout à la mise en scène de Pierre Audi, d'un minimalisme qui frise le degré zéro de l'inspiration. On sait que le Français, patron depuis vingt ans du Nederlandse Opera, ne fait jamais dans le spectaculaire (même si son Ring ne manquait pas de vigueur et de couleur) mais, à la différence de ses précédents spectacles avec Rousset (Monteverdi, Haendel), il se contente ici d'une direction d'acteurs imprécise. Dans ce contexte, avec des décors réduits à un symbolisme géométrique succinct et un choeur cantonné dans la fosse, sa mise en scène n'arrive pas à gommer, loin s'en faut, le hiératisme de la musique, rendant difficilement crédibles les sentiments des protagonistes. La seule animation vient des chorégraphies d'Amir Hosseinpour, résolument contemporaines dans leur façon de mêler une certaine esthétique disco et des gestes contrariés, mais on se lasse vite de leur côté répétitif.

La distribution inégale ne sauve pas les choses. Si Nicolas Testé (Jupiter) et Judith Van Wanroij sont excellents, Véronique Gens (Phébé), Anna Maria Panzarella (Télaïre) et Pollux (Henk Neven) sont simplement bons, tandis que Finnur Bjarnason plombe le spectacle avec son Castor aussi approximatif par sa diction que par son intonation."

"Le Nederlandse Opera a la bonne idée de programmer Castor et Pollux de Rameau dans sa seconde édition (1754), c\92est-à-dire sans le prologue introductif et avec un premier acte modifié en profondeur. Les opéras de Rameau peinent, en dehors des frontières françaises, à s\92imposer au répertoire. En tous cas, cette production a rempli sans peine, en ce beau dimanche après-midi, les 1600 places du Muziektheater de la Waterlooplein.

... Cependant, cette mise en scène d\92Audi est presque un ratage total. Ayant pris le parti pris d\92une abstraction extrême et frigorifiante dans des décors polaires du fidèle Patrick Kinmonth, le travail d\92Audi se limite à gérer les déplacements à travers le vaste plateau du théâtre batave, bien trop grand pour une telle \9Cuvre. Le malaise lié à cette curieuse absence d\92idées est renforcé par le maladroit recyclage des précédentes scénographies d\92Audi, essentiellement avec des costumes stylisés et japonisants que l\92on a déjà vu de sa superbe trilogie Monteverdi aux opéras contemporains. Pire ce travail bascule tristement dans l\92ennui aux actes IV et V. Fort heureusement, les danses, abstraites mais convaincantes, réglées par Amir Hosseinpour évitent au spectateur de fermer les yeux pour se concentrer sur la musique.

Musicalement, l\92\9Cuvre est portée par un Christophe Rousset en grande forme qui fait ressortir tous les détails de l\92orchestration de Rameau tout en insufflant une énergie de tous les instants à cette musique. L\92orchestre affûté et précis répond au quart de tour aux indications de son fondateur. La distribution réunie s\92avère de bon niveau, mais sans éclairs de génie à l\92exception notable de Nicolas Testé en Jupiter. Véronique Gens, que l\92on a connu plus inspirée, semble en roue libre dans ce vaste navire. Mention bien pour Judith van Wanroij, Anna Maria Panzarella et Henk Neven, mais là aussi on guète un manque d\92engagement alors que les voix peinent à s\92imposer. Seul Finnur Bjarnason est en retrait du reste du plateau avec un timbre et une intonation qui manquent d\92impact. Le ch\9Cur de l\92opéra néerlandais fait très bonne figure dans un répertoire où l\92on ne l\92attendait pas."

  "Naturellement, on n\92attendait pas de la nouvelle production de Castor & Pollux par le tandem Rousset-Audi un décalque de leur merveilleux Zoroastre de Drottningholm. L\92ouverture maximale de la scène appelle, au très moderne Muziek­theater d\92Amsterdam, de tout autres perspectives que le petit joyau XVIIIe et ses toiles peintes. Naturellement. Mais on n\92attendait pas non plus, après le petit miracle dont le DVD porte trace (Opus Arte), un spectacle aussi peu inspiré \97 un décor unique, abstrait et monumental n\92arrange pas les choses. Et aussi ennuyeux. Comme si Pierre Audi, à trop chercher la continuité du geste dramatique, celle qui doit par exemple intégrer les divertissements, avait perdu sa nécessaire articulation et partant, sa tension.

Symptomatique, la première scène du I : la ritournelle désolée devrait marquer l\92entrée de la pauvre Telaïre, mais le rideau s\92est levé au beau milieu de l\92Ouverture caracolante sur la princesse et Cléone. La fosse ponctue, la scène enchaîne, le drame se dilue. Mêmes causes mêmes effets à la toute fin de l\92acte. Tandis que l\92orchestre fait sonner les Bruits de guerre, un lent cortège porte la dépouille de Castor et prépare la déploratîon qui ouvre le II... en étouffant son contraste. Pierre Audi s\92est peut-être souvenu qu\92au XVIIIe siècle, le rideau ne tombait pas entre les actes. L\92effet était pourtant à l\92opposé de ces fondus enchaînés nuancés par les lumières subtiles de Jean Kalman : les changements à vue frappaient l\92imagination et campaient en quelques instants un monde nouveau, porte des enfers, champs élysées ou palais. Vêtus par Patrick Kinmonth d\92amples panoplies aux plissés asymétriques et sculpturaux, les chanteurs habitent comme ils peuvent un espace trop vaste et cette lâche dramaturgie. Aucun des quatre protagonistes ne convainc. Pourquoi distribuer Véronique Gens en Phébé et Anna Maria Panzarella en Telaïre quand tout appelle l\92inverse, timbres, caractères, silhouettes ? La première se raidit en quête d\92une violence hors de portée, la seconde doit à chaque instant « rentrer ses griffes » mais ne trouve par pour autant le charme lumineux du personnage. Henk Neven, belle voix, hier « méchant » convaincant dans le Vénus & Adonis de Desmarets, peine encore dans notre langue. Son Pollux manque un peu de charisme, pas de sensibilité. Reste Finnur Bjarnason, Castor carrément pénible (timbre à la fois terne et nasal, ornements noyés dans un vibrato au demi-ton, prononciation, rien ne va). Et qui voit-on cantonné dans des utilités qui, d\92ailleurs, ne lui conviennent guère ? Anders Dahlin, le formidable Castor de Gardiner en février dernier ! On remarque aussi Judith van Wanroij, admirable dans trois petits rôles. Mais on la remarque trop, son Ombre heureuse a l\92autorité d\92une Armide. Aucune réserve pour le Jupiter de Nicolas Testé, superbe.

Christophe Rousset et ses Talens Lyriques ne sauvent pas la soirée de l\92ennui. Tout est dans la demi-mesure, la fureur autant que la tendresse, amidonnée. On n\92ira, bien sûr, leur reprocher aucune faute de goût. Seulement un manque de souffle, d\92enjeu, un geste qui ne se déploie jamais pleinement et auquel font écho les pantomimes nerveuses et sèches d\92Amir Hosseinpour. Toute la soirée, on pense aux concerts magiques de Gardiner l\92an passé, à Pleyel, avec cette même version de 1754." 

"Des deux versions de la tragédie lyrique en cinq actes de Rameau, l\92Opéra d\92Amsterdam a choisi la seconde, créée en 1754 à Paris, à l\92Académie Royale de Musique. Peut-on monter un ouvrage de ce type sans les fastes visuels indissociables de l\92esthétique baroque ? Pierre Audi, depuis toujours adepte des mises en scène minimalistes et basées sur les symboles, répond par l\92affirmative. Le premier acte se déroule sur un plateau occupé par de simples panneaux de bois peints tout en blanc, disposés avec art et éclairés de manière à ce que leur ombre crée une impression d\92espace. Surprise au deuxième acte, puis au troisième, où l\92on retrouve toujours le même décor alors que le livret spécifie à chaque fois des changements de lieu : qu\92il s\92agisse du temple de Jupiter, des portes de l\92Enfer ou des Champs Élysées, tout se résume, pour Pierre Audi, à ces panneaux blancs ! Occasionnellement, l\92oeil s\92accroche à une flamme brillant au sommet d\92une perche (l\92un des tics du réalisateur, que l\92on retrouve dans presque toutes ses productions) pour renoncer, découragé, au moment du passage des fameuses portes (une espèce de hala hoop carré que traversent les personages pour aller et venir entre le royaume des morts et celui des vivants). Quant aux ballets, essentiels dans Castor et Pollux, leur chorégraaphie alterne passages brillants et idées tellement ridicules que nous ne voyons pas comment les décrire par des mots.

On sauvera quand même les costumes à la fois somptueux et de bon goût de Patrick Kinmonth, ainsi que deux moments réussis de scène celui, dix minutes avant l\92entracte, où Audi ouvre enfin son dispositif tout blanc pour créer un passage doré vers un futur que l'on imagine meilleur ; et celui, vers la fin de l\92ouvrage, où des lumières ressemblant à l\92épée des Jedis dans Star Wars se mettent à danser de haut en bas. Sauf que deux moments dans toute une représentation, c'est vraiment très peu !

La réalisation musicale n\92est pas vraiment en mesure de dissiper un ennui ambiant. La distribution est satisfaisante, sans plus, avec une Véronique Gens à sa place en Phébé, un Finnur Bjanarson un peu pâle en Castor, un Henk Neven au timbre agréable et à la présence crédible en Pollux, et une Anna Maria Panzarella au médium crémeux mais à l\92aigu plus problématique en Télaïre. Les Talens Lyriques jouent extrêmement bien mais les tempi paraissent dans l'ensemble trop lents, sous la baguette d\92un Christophe Rousset d'une clarté admirable dans le rendu des timbres et de la suavité de la ligne, mais avare de théâtralité et de nerf. Excellent, le choeur de l\92Opéra."

 

 

 

"Devant une élite baroque française (Benjamin Lazar, Marc Minkowski, Hervé Niquet) dont les mines, ravies ou grises, marquaient assez quelle leçon de style leur était donnée, John Eliot Gardiner et les siens ont offert une interprétation superlative de l\92opéra de Rameau. Les cordes piquantes mais veloutées, les vents gouailleurs mais justes, les percussions et le continuo inventifs des English Baroque Soloists sont portés par une direction qui tient du permanent, mais toujours résolu, oxymo­ron tension et souplesse, nervosité et sensualité. Gardiner n\92est jamais excessif ou étriqué, sans cesse il danse et éblouit. Extraordinaires il y a vingt-sept ans à Aix-en-Provence, ces Anglais restent les meilleurs serviteurs du Dijonnais.

Le livret de Pierre-Joseph Bernard, admirable de concision et ciselé pour le récitatif, est transcendé par un plateau au premier rang duquel brillent les solistes issus du choeur de Gardiner. La langue française est impeccablement énoncée par Matthew Brook enJupiter, Nicholas Mulroy en Spartiate ou la gracieuse Miriam Allan en Ombre heureuse. La persuasive Sophie Daneman incarne Télaïre (remarquable « Tristes apprêts, pâles flambeaux »). Laurent Naouri, Pollux de belle prestance, paraît néanmoins sur la réserve. Il est vrai que la version de 1754 prive ce héros du fabuleux air « Nature, Amour, qui partagez mon coeur »... En Castor, l\92avenant Anders Dahlin se montre plus à l\92aise dans l\92élégiaque que dans le virtuose avec un éthéré « Sejour de l\92éternelle paix ». Enfin, on reste ébloui par la longévité et l\92assurance vocales de Jennifer Smith en Phébé, elle qui continue d\92être la plus bouleversante Télaïre de la discographie (sous la direction de Charles Farncombe chez Erato, avec Philippe Huttenlocher).

Un triomphe pour Rameau et pour Gardiner. Nicolas Joël leur redonnera-t-il la place qu\92ils méritent dans ses futures saisons ? On l\92en prie..."

"Pour sa « carte blanche » parisienne, offerte par la Cité de la Musique (« Domaine privé »), John Eliot Gardiner a d\92emblée choisi Rameau, le compositeur dont il avait révélé les extraordinaires Boréades à Aix-en-Provence, en 1982. On se souvient de la très belle production de Castor et Pollux, immortalisée au disque par William Christie. Si ce dernier donnait la version de 1737, Gardiner choisit celle, révisée, de 1754, où disparaît notamment le prologue. Double intérêt donc, de ce concert, car à la tête d\92un ensemble qu\92il a créé il y a une quarantaine d\92années, Gardiner vient de donner une interprétation magistrale de ce chef-d\92\9Cuvre. Un écho parisien à une autre scène du passé : dans les années soixante, le jeune Gardiner étudie à Paris avec Nadia Boulanger et poursuit sa découverte de Rameau après les enregistrements de George Malcolm, d\92Anthony Lewis et Janet Baker.

Virtuose et expressif, l\92orchestre impressionne dès les premières notes de l\92ouverture. La grande subtilité de la partition ramiste est parfaitement rendue par un ensemble sensible aux accents, aux respirations et au geste musical, si importants dans les nombreuses danses qui scandent l\92action. Action du corps tout autant que figure éloquente, la musique de cette tragédie lyrique en cinq actes, sur un livre de Pierre-Joseph Bernard, ne raconte pas seulement une histoire, mais la fait revivre. Tout est organiquement subordonné au drame, liant deux filles du Soleil (Télaïre et Phébé) à deux frères spartiates (Castor et Pollux). La jalousie de Phébé (parfaite Jennifer Smith) provoque la mort de Castor, célébrée par un chant funèbre saisissant. Si Pollux venge son frère en tuant Lincée, il reste à ramener Castor des Enfers. La victoire militaire engage la confrontation aux lois éternelles : ainsi, le sacrifice de Pollux est demandé par son père même, Jupiter. L\92entrecroisement des amours trouve son écho dans ces échanges de mondes. Les furies de l\92entrée des Enfers contrastent avec le « locus amoenus » des Champs-Elysées, où l\92on retrouve un Castor abîmé dans le doux souvenir de Télaïre. C\92est alors qu\92Anders Dahlin donne toute la mesure d\92un beau timbre de haute-contre, après un Laurent Naouri qui impose facilement la stature \91divine\92 de Pollux. Les retrouvailles souterraines avec son frère sont poignantes. Castor peut alors revoir Télaïre pour une seule journée, tant les lois de l\92Enfer sont inflexibles. C\92est sans compter la générosité de Jupiter, qui élève au rang de constellations le trio. La diversité des scènes et des moments dramatiques rappelle à tout moment l\92excellence des troupes de Gardiner, doublées d\92un excellent quatuor de solistes. Le niveau moindre des autres rôles vocaux n\92enlève rien au caractère exceptionnel de cette soirée." 

  "...Pour conduire cette grande entreprise, Sir John a fait appel à deux vétérans aguerris, blanchis sous le harnais françois : Sophie Daneman et Laurent Naouri. La première, impériale, nous gratifie d\92un « tristes apprêts » à faire fondre les glaciers et illumine la soirée par sa sensibilité et son chant nuancé, aussi à l\92aise dans le cri - disons le cri baroque offensé de bon goût - que dans le murmure désespéré « Castor et vous m\92abandonnez ». Aux côtés de cette grande tragédienne, Laurent Naouri campe un majestueux Roi, un frère touchant, un amant généreux. Ses graves puissants et résonnants, son timbre chaleureux et jamais forcé, son intime compréhension de la scansion et de la prosodie classique trouvent ici le temps de s\92épanouir, puisque ce personnage est le plus important du drame. Son frère Castor bénéficie des aigus stables et lumineux du ténor suédois Anders Dahlin, particulièrement à l\92aise dans la tessiture spécifique de haute-contre à la française (voix mixte). La diction est impeccable, même si on décèle ça et là une émission un peu dure, et quelques ornements imprécis. Ce Castor est avant tout un héros victorieux, légèrement arrogant, à qui manque la chaleur de Mark Padmore ou la mélancolie de Jean-Paul Fouchécourt. Qu\92importe, Anders Dahlin reste un excellent soliste, qui ne pâtit que de la composition superlative de ses deux confrères.

Clin d\92\9Cil ou destin terrible, c\92est à Jennifer Smith, bouleversante Télaïre chez Farncombe (Erato, 1982), qu\92échoit le rôle de la perfide et envieuse Phébé. Hélas, l\92émission s\92est engorgée, les aigus se sont tendus... Pourtant la soprano dénote un engagement sans faille, et l\92on sent tout le plaisir qu\92elle prend à incarner le rôle. Enfin, l\92on passera rapidement sur les seconds rôles, souvent tenus par des choristes au français so terribly british et à la prestation relativement terne. Ainsi, le Jupiter instable et rocailleux de Matthew Brook peine à s\92imposer face à son fils Pollux.

Le Monteverdi Choir \96 qui mériterait de prendre le nom de Rameau Choir - impressionne par sa puissance et sa cohésion, jouant sur sa masse et sa dynamique. Aussi bien capable de se lamenter dans la grande scène de déploration « Que tout gémisse, que tout s\92unisse » ou de scander haineusement son démoniaque « Sortons d\92esclavage », le ch\9Cur, bien que parfois mal intelligible, s\92est montré digne des peuples antiques et des démons qu\92il incarnait.

Et la fosse ? On connaissait l\92attention de John Eliot Gardiner aux coloris orchestraux, à la douceur du traverso, au grain des hautbois, à la brillance de la trompette. On connaissait son affinité avec Rameau depuis ses historiques Boréades, sa façon de laisser la musique respirer et imprégner l\92auditoire, ses tempi vifs, sans retenue et sans hâte, sa maniaque précision, notamment au niveau des cordes. Il faudra désormais ajouter à ses louanges une fougue, un entrain (souligné par des percussions décomplexées), une joie communicative, doublée d\92une réelle complicité entre tous les artistes.

A l\92issue de ce concert, l\92on exprimera humblement une question et un v\9Cu. Une question d\92abord, et ce n\92est certes pas Marc Minkowski qui battait joyeusement la mesure depuis son siège qui nous contredira : pourquoi n\92a-t-on pas proposé à John Eliot Gardiner de rediriger Rameau en France plus tôt depuis les Boréades de 1982, Rameau « qui occupe une place spéciale dans [son] c\9Cur » et qu\92il comprend si bien ? Les lecteurs attentifs devineront donc aisément le v\9Cu sans qu\92il soit nécessaire de le formuler de manière plus explicite."

 

 

 

 

 

 

 

 

"Pour monter cet ouvrage, les deux partenaires l'Arcal - le producteur - et l'Opéra de Rennes - l'hôte) font de nécessité vertu : le premier par habitude, puisque réalisant des productions itinérantes, le second sporadiquement, puisque son théâtre est en travaux jusqu'à l'automne 1998. Le Castor et Pollux présenté ici, n'est pas le "grand opéra" dans son état premier (1737) ou révisé (1754), mais la version de chambre que Rameau destinait à des exécutions privées dans des salons. Recourant à six chanteurs et sept instrumentistes, cette option n'est pas tant un raccourcissement que son condensé en une heure et demie toutefois, elle recèle un écueil (chaque personnage est figé dans un affect), et une importante contradiction entre un "grand genre" (la noble tragédie lyrique) et son déploiement quasi aphoristique. Le spectateur ne doit pas assister à une tragédie entravée, où de ridicules pantins s'affronteraient sur un factice théâtre d'idées et de sentiments. Christian Gangneron a levé tous ces obstacles. Pour ce faire, il s'est, à l'évidence, inspiré d'une Antiquité alla Cocteau, avec des éléments symboliques épurés, appartenant à des styles et à des époques dissemblables. Ce "néo-antique", en noir et blanc, crée une réelle confusion de l'identité sexuelle masculine. Gangneron y montre deux couples effectifs (l'un fraternel, Castor-Pol)ux, et l'autre "habituel", Télaïre-Castor), dans lesquels PoIlux, véritable pivot, régit les échanges, en offrant sa femme à son frère. Cette coexistence, à poids égal, d'une passion fraternelle et d'une passion hétérosexuelle, est scéniquement renforcée par deux danseurs (à la chorégraphie, elle aussi, ambiguë) et deux chanteurs (Claudine Le Coz et Philippe Cantor, en charge des rôles subalternes).

Face aux contraintes de cette production "légère" (notamment un plateau étroit et sans dégagement), Thierry Leproust a disposé un ensemble de panneaux mobiles, avec, en évidence, quelques objets symboliques (un échiquier, un miroir, une robe nuptiale de Télaïre, deux épées, etc.). Les costumes, masculins comme féminins, sont de stricts, mais élégants, vêtements de soirée.

La distribution vocale est homogène : chaque chanteur est à la juste mesure du rôle qu'il prend en charge. Et s'il le fallait, nous distinguerions Jérôme Corréas (Pollux), à la voix longue et au timbre égal, Christophe Einhorn (Castor), dont l'expression n'est jamais mièvre et qui possède un réel timbre de haute-contre, ainsi que Cyrille Gerstenhaber (Télaïre), dont l'engagement dramatique et l'expression tou-ours juste convainquent aisément. Sous la direction de Jean-Christophe Frisch, l'ensemble instrumental (où se distinguaient la basse de viole et le basson, et moins les deux violons) a efficacement apporté sa pierre, dans des conditions acoustiques difficiles." (Opéra International - juillet 1997)

 

 

François Le Roux et Howard Crook

 "Pizzi, spectaculairement servi par les éclairages de Vinicio Chelli, a conçu et réalisé les très beaux décors, références ouvertes aux peintres...Il ajoute dans les costumes des touches de fantaisie anachronique...Pizzi ne manque pas une occasion de faire une mise en scène à machines pour introduire Minerve ou Vénus...L'intérêt se relâche peu à peu au fil des innombrables ballets un peu longuets...L'absence de poids vocal de solistes vocaux, Agnès Mellon, délicieuse musicienne totalement privée de la projection exigée par la tragédie lyrique...Howard Crook, ténor à la voix souple, maître de son souffle et de sa ligne, à la diction française parfaite, Vincent Le Roux, lui aussi irréprochable...Véronique Gens, généreuse Phébé, Claron McFadden Vénus à la voix agile, ailée." (Opéra International - septembre 1991)

 

 

"Un spectacle (d'après la version de 1754) dans l'ensemble magnifique...des chanteurs aux voix bien placées...Jennifer Smith aux troublantes intonations, au dramatisme intense...les costumes, retrouvés par Linda Lalandi, recréés d'après les originaux de Boquet...la mise en scène de Tom Hawkes, linéaire, dépouillée." (Opéra International - mars 1982)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Charles Bordes, l'un des trois fondateurs de la Schola Cantorum

 

 

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