Le compositeur
COMPOSITEUR
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Jean-Philippe RAMEAU
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LIBRETTISTE
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Abbé Simon-Joseph Pellegrin
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Tragédie en musique en cinq actes et un prologue
(O.C. VI), sur un texte de l'abbé Simon-Joseph Pellegrin,
inspiré d'Euripide (Hippolyte porte-couronne) et de
Racine (Phèdre).
Rameau ayant décidé d'écrire pour
le théâtre après avoir entendu la
Jephté de Montéclair, le fermier
général La Pouplinière mit Rameau en contact
avec le librettiste l'abbé Simon Pellegrin (*). Ce
dernier écrivit rapidement le livret d'Hippolyte et
Aricie, mais ne voulut donner le poème qu'en
échange d'une obligation de cinquante pistoles, pour le cas
où l'opéra tomberait.
Celui-ci fut d'abord représenté en
privé chez La Pouplinière en avril 1733, et plus
tellement à l'abbé Pellegrin qu'il déchira le
billet signé par Rameau, l'assurant que "cette musique pouvait
se passer de caution, et que si l'ouvrage ne réusssisait pas,
ce serait sa faute et non celle de Rameau".
(*) Simon-Joseph Pellegrin, né à Marseille en
1663, appelé le « curé de l'Opéra »,
dont on disait :
Le matin catholique et le soir
idolâtre,
Il dine de l'autel et soupe du
théâtre.
Hippolyte et Aricie fut représenté
l'Académie royale de musique le 1er octobre 1733,
sous la direction de Francoeur. C'était la première
création depuis la prise de direction de l'Opéra par
Eugène de Thuret, fils naturel du prince Eugène de
Savoie, le 1er avril 1733.
La distribution réunissait Mlle Eremans (Diane),
Jélyotte, alors âgé de vingt ans ans (L'Amour),
Dun (Jupiter), Mlle Pélissier (Aricie), Marie
Antier (Phèdre), Mlle Monville (Oenone), Mlle Petitpas (La
Grande-Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseuse, une
Bergère), Tribou (Hippolyte), Chassé
(Thésée), Dun (Pluton), Cuignier, Jélyotte et
Cuvillier (Les Parques).
Ballet : Nymphes de Diane ; Prêtresses de Diane ;
un Démon ; Matelots (avec D. Dumoulin, et Marie-Anne Cupis de
Camargo) ; un Chasseur ; une Bergère (Mlle Camargo).
L’oeuvre fut mal accueillie par une grande partie de
l’auditoire ; Maret rapporte que le premier acte à peine
commencé, il se forme dans le parterre un bruit sourd qui,
croissant de plus en plus, annonçait bientôt à
Rameau la chute la moins équivoque. Ce n’était pourtant
pas que tous les spectateurs contribuassent à un jugement
aussi injuste ; mais ceux qui n'avaient d’intérêt que
celui de la vérité ne pouvaient encore se rendre compte
de ce qu’ils sentaient ; et le silence que leur dictait la prudence
livra le musicien à la fureur de ses ennemis. La musique
en fut trouvée difficile à exécuter, et il
fallut sacrifier le fameux Trio des Parques.
Le Mercure (octobre 1733) se borna à
parler de l'accueil favorable du public, tout en louant une
musique mâle et harmonieuse, d'un caractère
neuf.
Castil-Blaze raconte ainsi l'accueil
réservé par le public : Hippolyte et Aricie parut
sur la scène le 1er octobre 1733. Une violente opposition
s'éleva contre le nouvel œuvre dont le succès fut
contesté. « Que ne peut l'habitude sur nous ? dit un
contemporain : si depuis longtemps nous n'avions été
éclairés que par la faible lueur d'un flambeau, nous
fermerions les yeux à la lumière du soleil, et la
crainte d'être éblouis pendant quelques momens, nous
ferait préférer l'horreur des ténèbres
à l'éclat du plus beau jour. La nature nous inspire en
vain le bon goût, l'habitude en forme souvent un factice, pour
lequel les préjugés fortifient notre attachement ; et
Rameau faillit en être la victime.
« Lulli avait accoutumé nos oreilles aux
sons les plus doux, aux intonations les plus faciles ; content
d'intéresser le cœur, il n'avait que rarement cherché
à captiver tous nos sens par la magie de l'harmonie ; il
s'était principalement attaché à la
mélodie que le goût et le sentiment lui inspiraient ; et
quoique ce grand musicien n'eût pas saisi tout ce qui
caractérisait le goût naturel, le Français,
né sensible, toujours entraîné par le mouvement
de son cœur, ne croyait pas qu'il pût y avoir d'autres
beautés que celles qui brillaient dans les œuvres de ce
créateur de la musique française. Le goût qui
régnait dans ses opéras paraissait au public le bon
goût par excellence. Tous les ouvrages de musique
n'étaient apprécies que d'après les rapports
qu'ils avaient avec ceux de Lulli.
« On entendait pour la première fois des
airs dont l'accompagnement augmentait l'expression, des accords
surprenans, des intonations qu'on avait cru impraticables, des
chœurs, des symphonies dont les parties différentes, quoique
très nombreuses, se mêlaient de façon à ne
former qu'un tout. Les mouvemens étaient combinés avec
un art inconnu jusqu'alors, appliqués aux différentes
passions avec une justesse qui produisait les effets les plus
merveilleux. Ce n'était plus au cœur seul que lu musique
parlait ; les sens étaient émus, et l'harmonie enlevait
les spectateurs à eux-mêmes, sans leur laisser le temps
de réfléchir sur la cause de ses prodiges.
« Lulli avait charmé, séduit ;
Rameau étonnait, subjuguait, transportait. Était-il
facile de reconnaître dans la musique de celui-ci le
véritable langage de la nature, tandis qu'on était
prévenu que l'autre avait su le rendre ?
« Aussi le rideau fut à peine
levé, qu'il se forma dans le parterre un bruit sourd, qui,
croissant de plus en plus, annonça bientôt à
Rameau la chute la moins équivoque. Un revers si peu
mérite l'étonna sans l'abattre : Je me suis
trompé, disait-il ; j'ai cru que mon goût
réussirait ; je n'en ai point d'autre; je ne ferai plus
d'opéras. Peu à peu les représentations
d'Hippolyte et Aride furent plus suivies et moins tumultueuses ; les
applaudissemens couvrirent les cris d'une cabale qui s'affaiblissait
chaque jour; et le succès le plus décidé
couronnant les travaux de l'auteur, l'excita à de nouveaux
efforts qui lui firent partager avec Lulli les honneurs de la
scène lyrique; et par la révolution la plus
étonnante, lui méritèrent le titre de
réformateur de la musique.
Après la première représentation,
Rameau, mécontent de la façon dont Marie Antier
chantait le rôle de Phèdre, supprima le monologue
ouvrant le troisième acte, et, un mois plus tard,
également la scène suivante entre Phèdre et
Oenone. En revanche, Mlle Petitpas se distingua, dans un air sans
doute écrit à son intention, par un ramage de
rossignol qu'on n'a jamais porté aussi loin.
La polémique se déchaîna,
entraînant une querelle entre les Lullistes et les Ramistes,
les premiers clamant :
Si le difficile est beau
C’est un grand homme que Rameau.
Mais si le beau, par aventure,
N’était que la simple nature,
Quel petit homme que Rameau !
Cependant l’opinion évolua peu à peu :
les représentations d’Hippolyte furent plus suivies et
moins tumultueuses, et les applaudissements couvraient les cris d’une
cabale qui s’affaiblissait chaque jour. » Interrogé
par le prince de Conti sur ce qu’il pensait de l’oeuvre, Campra
répondit : Il y a dans cet opéra assez de musique
pour en faire dix ; cet homme nous éclipsera tous.
Dans sa Nécrologie des hommes
célèbres, Palissot de Montenoy (*) raconte
que : La représentation d’Hippolyte et Aricie devint une
époque pour la nation. Elle excita dans les esprits une
fermentation générale, effet ordinaire de tous les bons
ouvrages. Tout le monde prit parti pour ou contre ce nouveau genre de
musique avec une espèce de délire.
(*) Charles Palissot de Montenoy, auteur dramatique,
né à Nancy le 3 janvier 1730 et mort à Paris le
15 juin 1814.
Une parodie fut jouée au Théâtre
Italien dès le 30 novembre 1733.
En février 1734, Marie-Louise Angot (*),
fille d'un musicien du roi, devenue en 1726 l'épouse de
Rameau, se fit entendre dans Hippolyte et Aricie devant la
Reine qui loua beaucoup sa voix et son goût pour le
chant.
(*) Maret dit de Marie-Louise Angot : Mme Rameau est
une femme honnête, douce et aimable, qui a rendu son mari fort
heureux ; elle a beaucoup de talents pour la musique, une fort jolie
voix et un bon goût de chant.
L'oeuvre connut une quarantaine de
représentations, puis fut reprise le 11 septembre 1742,
avec des changements considérables, à nouveau
pour une quarantaine de représentations, avec une distribution
réunissant : Mlle Chevalier (Diane), Mlle Bourbonnais
(L'Amour), Albert (Jupiter), Mlle Le Maure (Aricie), Mlle
Eremans (Phèdre), Mlle Coupée (Oenone), Mlle Fel (La
Grande-Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseuse, une
Bergère), Jélyotte (Hippolyte), Chassé
(Thésée), Le Page (Pluton), Cuvillier, Albert et
Bérard (Les Parques). Ballets : une Nymphe de Diane ; une
Prêtresse de Diane ; Furie ; Matelots ;(toujours avec D.
Dumoulin et la Camargo) ; un Berger.
A cette occasion, Rameau ajouta une gavotte pour
flûte et cordes dans le prologue, reprise en 1745 dans La
Princesse de Navarre. Le rôle du messager Arcas et le choeur
des chasseurs à la fin de l'acte IV furent en revanche
supprimés. Par ailleurs les deux dernières
scènes de l'acte III furent inversées.
Une nouvelle reprise eut lieu en 1757, sans le
prologue, mais avec l'ajout de trois Tambourins à la fin de
l'acte III, dont un tiré de la pastorale Acante et
Céphise - où l'oeuvre tint vingt-quatre
représentations.
Une nouvelle reprise, la dernière, eut lieu en
1767, après la mort de Rameau.
L'oeuvre fut jouée à Lyon, en 1743,
dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette
Royale.
Deux parodies furent données au
Théâtre Italien : la premiere, sous le même titre,
en un acte en prose et vaudevilles, de Riccoboni dit le fils, le 30
novembre 1733 ; la seconde, sous le même titre, en un acte en
prose et vaudevilles, par Favart, le 11 octobre 1742.
"Après s’être essayé à la
cantate, aux divertissements et à toutes sortes de
«bagatelles» d’essence dramatique, après avoir
créé avec Voltaire un opéra intitulé
Samson que la censure fit interdire, Rameau livra son premier
opéra à l’âge de cinquante ans. Une partie du
public s’enthousiasma pour cette musique « remplie de
beautés singulières » ; elle forma le clan des
« rameauneurs ». L’autre partie, conservatrice et frileuse,
fut choquée par tant de nouveautés et de dissonances
qu’elle ressentit comme du bruit, du tintamarre, du
«baroque». En dépit de cette querelle entre
partisans de la nouvelle musique et de l’ancienne, autrement dit
entre ramistes et lullistes, Hippolyte et Aricie emporta un
très vif succès qui « fut l’époque d’un
perfectionnement remarquable (...) de l’opéra. Rameau dut y
créer pour ainsi dire des chanteurs et des symphonistes »
capables de faire face à ses audaces (Decroix, art. «
Rameau », Biographie universelle de Michaud). Rameau dut
pourtant supprimer les pages les plus inventives de l’œuvre,
notamment, au deuxième acte, le second trio des Parques «
Quelle soudaine horreur » exploitant le principe de la
modulation par enharmonies. Dans sa Génération
harmonique (1737, p. 155), Rameau exprime son amertume à ce
propos, et explique qu’il a toujours laissé le fameux trio
dans l’édition imprimée de la musique « pour que
les Curieux puissent en juger ». Inlassablement et comme
à son habitude, il remania son œuvre en 1742 puis en 1757 pour
une nouvelle production." (Présentation de l'édition
critique de Sylvie Bouissou)
Synopsis
détaillé
Prologue
Dans la forêt d'Erymanthe
(1) Le Choeur des nymphes chante les louanges de Diane.
Entrée des Sylvains, habitants de la forêt. (2) Une
dispute éclate entre Diane (soprano) et l'Amour (soprano) sur
la question de savoir qui règne sur le coeur des habitants de
la forêt. Diane invoque Jupiter pour débarrasser la
forêt de l'Amour. On entend un bruit de tonnerre. (3) Jupiter
descend et indique à Diane que le Destin lui-même impose
l'Amour jusqu'aux fond des bois. Il n'accorde toutefois à
Amour qu'un jour par an. (4) Diane se soumet, mais jure
néanmoins de protéger Hippolyte et Aricie. Elle
disparaît en traversant les airs. (5) Amour promet de doux
plaisirs aux Sylvains et aux Nymphes. Ceux-ci dansent deux gavottes,
deux menuets, une marche.
La tragédie proprement dite se passe dans la
ville de Trézène et ses environs, sur la côte du
Péloponnèse. Thésée (basse) est devenu
roi d'Athènes en éliminant toute la famille rivale des
Pallantides à l'exception d'Aricie (soprano), qu'il contraint
à des voeux de chasteté. Entre-temps, son épouse
Phèdre (mezzo-soprano) s'est prise d'une passion incestueuse
pour Hippolyte (ténor), fils qu'il a eu d'un
précédent mariage.
Acte I
Un temple consacré à Diane
(1) Aricie, seule, se prépare à
contrecoeur à prononcer ses voeux. Elle supplie la santuaire
de protéger son coeur inquiet contre un amour malheureux - sa
passion secrère pour Hippolyte - et se déclare
prête à le sacrifier à la déesse. (2)
Hippolyte entre et interroge Aricie. Il est cconsterné
d'apprendre son sort et de savoir qu'il en est directement
responsable. Ils se révèlent leur amour
réciproque et implorent en duo la protection de Diane. (3)
Marche aux sons desquels la Grande-Prêtresse de Diane et les
prêtresses font leur entrée. Les prêtresses
chantent les délices de leur devoir et s'ehortent à
rendre hommage à leur reine. (4) La cérémonie
est interrompue par Phèdre, qui craint qu'Aricie ne
désobéisse à Thésée et renonce
à prononcer ses voeux par amour pour Hippolyte. Aricie,
soutenue par les prêtresses, se dit peu
disposée à se lier par un voeu de célibat
éternel. La reine,entre en fureur et en appelle à
Hippolyte. Sa réponse confirme les soupçons de
Phèdre qui menace de donner l'ordre de prendre d'assaut le
temple. La Grande-Prêtresse en appelle aux dieux. Le tonnerre
gronde, annonçant la déesse. (5) Diane apparaît.
Elle rassure les prêtresses, repousse Phèdre, et assure
les deux amants de sa protection. Elle entre dans son temple avec ses
prêtresses, Hippolyte emmène Aricie. (6) Restée
seule avec sa nourrice Oenone (mezzo-soprano), Phèdre exhale
sa fureur, impuissante. (7) Elle est interrompue dans ses
pensées jalouses par l'arrivée d'Arcas qui annonce que
Thésée est descendu aux Enfers et qu'il faut donc le
considérer comme mort. (8) Oenone fait remarquer à
Phèdre que la disparition du roi rend légitime la
passion de Phèdre pour son beau-fils. Tandis qu'Aricie ne peut
offrir à Hippolyte que son amour, la reine peut lui donner
à la fois son coeur et la couronne. Phèdre se laisse
finalement convaincre, mais envisage de mourir au cas où elle
ne réussirait pas à conquérir Hippolyte.
Acte II
Neptune a promis à Thésée, son
fils, qu'il lui viendrait trois fois en aide. Le roi a
déjà formulé son premier voeu en demandant la
permission de descendre aux Enfers pour secourir son ami
Pirithoüs, qui a voulu enlever la femme de Pluton, Proserpine.
L'entrée des Enfers
(1) La furie Tisiphone (ténor) interdit à
Thésée l'entrée des Enfers. S'engage une
altercation au cours de laquelle Thésée implore la
libération de Pirithoüs et propose de prendre sa place.
Mais la furie demeure intraitable.
La cour de Pluton
(2) Les portes s'ouvrent et l'on découvre Pluton
(baryton) entouré des divinités souterraines, avec
à ses pieds, les trois Parques (ténor, ténor,
baryton) . Insensible aux suppliques de Thésée, Pluton
le condamne à partager les souffrances de Pirithoüs.
Thésée s'adresse à Pluton et le supplie de lui
permettre de rejoindre sson ami Pirithoüs. Apparemment
touché par son éloquence, Pluton ordonne que le
tribunal souterrain décide du sort de son ami et
congédie Thésée en attendant l'arrêt des
juges. (3) Pluton descend du trône, et laisse cependant
éclater sa colère : il en appelle aux rivières
infernales pour qu'elles vengent l'honneur de Proserpine et le sien.
Tandis que les furies dansent, les divinités préparent
leur vengeance. (4) Thésée revient. Il demande à
Tisiphone de rejoindre Pirithoüs, mais celle-ci lui
répond que seule la mort peut les réunir. Lorsqu'il
réclame la mort, les Parques lui répondent qu'elles ne
peuvent trancher le fil de sa vie que 1e moment venu. Sa mission
ayant échoué, Thésée fait à
Neptune son deuxième voeu : quitter les Enfers. Les
divinités infernales lui rappellent que, s'il est facile
d'entrer aux Enfers, en sortir est impossible. (5) Mercure apparait,
signe que la prière de Thésée a
été entendue. Il rappelle à Pluton que Neptune
doit respecter son serment ; et lorsque les intérêts des
dieux s'opposent, l'harmonie de l'univers exige qu'ils trouvent un
compromis. Acceptant à contrecoeur de libérer
Thésée, Pluton ordonne aux Parques de lui
révéler sa destinée. Elles font alors une
terrible prédiction : Thésée va quitter les
Enfers pour trouver les enfers chez lui.
Acte III
Le palais de Thésée sur le rivage de
la mer
(1) Phèdre attend Hippolyte, résolue
à lui déclarer son amour. Elle est tourmentée
par la culpabilité et implore la grâce de Vénus,
la suppliant en même temps de rendre Hippolyte sensible
à son amour. (2) Oenone annonce l'arrivée du prince.
(3) Se croyant haï d'elle. Hippolyte s'excuse de sa
présence en ce moment de deuil. La reine lui avoue que ses
sentiments pour lui sont tout autres. Soulagé, Hippolvte lui
jure fidélité en des termes que Phèdre prend
à tort pour de l'amour. Encouragée par les paroles
d'Hippolyte, qui affirme vouloir apporter son soutien au fils de la
reine lorsqu'il sera sur le trône, elle lui propose de mettre
le fils, le trône et la mère sous ses ordres. Hippolyte
ne comprend pas ; il ne souhaite pas le trône, seul l'amour
d'Aricie lui importe. En proie à son courroux, la reine laisse
échapper 1e mot de rivale en parlant d'Aricie. Comprenant
enfin les sentiments de sa belle-mère, Hippolvte est
atterré et réclame un châtiment divin.
Phèdre, emplie de honte, le supplie de la tuer. Devant son
refus, elle s'empare de son épée mais il réussit
à la lui arracher des mains. (4) C'est alors que
Thésée arrive, à l'improviste. Ayant toujours
à l'esprit la prophétie des Parques, il est
témoin de ce qui semble une atteinte à l'honneur de son
épouse. D'autant que Phèdre parle d'amour
outragé, avant de s'en aller sans autre explication. (5)
Hippolyte ne fait qu'aggraver la situation en préférant
se porter candidat à l'exil plutôt que d'accuser sa
marâtre. (6) Oenone laisse alors croire à
Thésée qu'Hippolyte s'apprêtait à violer
la reine. (7) Thésée essaye de remettre de l'ordre dans
ses pensées. (8) Mais il est distrait par l'arrivée
d'une troupe de Trézéniens et de matelots. (8)
Malgré l'angoisse qui le ronge, il les écoute poliment
remercier Neptune d'avoir laissé revenir leur roi sain et
sauf. Incapable de supporter cette action de grâce plus
longtemps, il finit par les congédier. (9) Luttant avec ses
émotions, il fait son troisième voeu à Neptune :
qu'Hippolyte soit puni. La mer se déchaîne, signe que le
dieu l'a entendu.
Acte IV
Un bois consacré à Diane sur le rivage
de le mer
(1) Hippolyte se lamente sur son destin. (2) Il est
rejoint par Aricie. Après avoir accepté qu'il ne puisse
lui révéler la vérité, elle consent
à le suivre dans son exil et à devenir son
épouse. Ils supplient Diane de bénir leur serment. On
entend un bruit de chasse. (3) Une troupe de chasseurs et
chasseresses arrive alors et vante la protection de Diane contre
l'Amour. Leur divertissement est interrompu par une tempête, au
cours de laquelle surgit un redoutable monstre marin. Hippolyte
l'affronte bravement, mais est englouti par les flammes. Lorsque la
fumée se dissipe, il a disparu. Aricie s'effondre, le croyant
mort, tandis que l'assistance horrifiée pleure sa disparition.
(4) Phèdre survient, pleine d'appréhension en entendant
leurs lamentations. Lorsque les chasseurs racontent ce qui est
arrivé à Hippoyte, elle affirme être seule
responsable de sa mort. En proie aux remords, elle implore les dieux
d'attendre pour accomplir leur vengeance qu'elle ait pu
révéler à Thésée l'innocence de
son fils.
Acte V
Un bois consacré à Diane sur le rivage
de la mer
(1) Thésée a appris la
vérité de la bouche de Phèdre, qui s'est ensuite
donné la mort, et il décide de se jeter à la
mer. (2) Neptune l'en empêche et lui révèle
qu'Hippolyte, grâce à l'intervention de Diane, est
encore en vie. Mais la joie du roi est éphémère,
car pour avoir trop facilement admis la culpabilité de son
fils, il est condamné à ne plus le revoir.
Accablé de douleur, il accepte néanmoins son
châtiment dignement. Neptune rentre sous les flots, et
Thésée se retire.
La forêt d'Aricie. Des jardins
délicieux forment les avenues de la forêt. Aricie,
couchée sur un lit de gazon, s'éveille au bruit d'une
douce symphonie
(3) Aricie demeure inconsolable. (4) Un groupe de
bergers et de bergères invoque Diane afin qu'elle descende
parmi eux. (5) La déesse apparaît et annonce
l'arrivée d'un héros qui lui est cher. Elle demande que
l'on prépare des jeux en son honneur. (6) A Aricie qui se
lamente sur la mort d'Hippolyte, Diane révèle qu'un
tendre époux va paraître à ses yeux. (7) Les
Zéphyrs amènent ce héros, qui est Hippolyte. Les
deux amants sont réunis. (8) Les habitants de la forêt
célèbrent alors l'union des amants.
Le synopsis est aussi sur le site
Ars
Musica
http://www.intac.com/~rfrone/operas/sfo/Operas-H/Hippolyte_et_Aricie_l.htm
Opera Omnia Rameau IV . 1- Hippolyte et Aricie,
version 1733 - Sylvie Bouissou - Gérard Billaudot
éditeur - 2002
OOR - IV . 6 - Hippolyte et Aricie, version
1757- Sylvie Bouissou - en préparation
Représentations
:
- Enschede,
Muziekkwartier - 30 mai 2009 -
Den Bosch - Theater aan de Parade - 3 juin 2009
- Utrecht - Stadsschouwburg -
5 juin 2009 - Arnhem -
Schouwburg - 7 juin 2009 - Groningen - Stadsschouwburg - 9 juin
2009 - Den Haag - Lucent Danstheater
- 11 juin 2009 - Zwolle -
Theater De Spiegel - 13 juin 2009 - Leeuwarden - Stadsschouwburg De
Harmonie - 16 juin 2009 -
Breda - Chassé Theater - 18 juin 2009 - Heerlen - Theater - 20 juin 2009 -
Rotterdam - Rotterdamse Schouwburg
- 23 juin 2009 - Apeldoorn -
Schouwburg Orpheus - 25 juin 2009 - Amsterdam - Stadsschouwburg - 27 juin
2009 - Nationale Reisopera - Musica ad Rhenum - Koor van de
Nationale Reisopera - dir. Jed Wentz - mise en scène
Stephen Langridge - décors, costumes Alison Chitty -
lumières Chris Davey - chorégraphie Teck Voon Ng -
avec Eugénie Warnier (Aricie), Sophie Daneman
(Phèdre), Paul Agnew (Hippolyte), Maarten Koningsberger
(Thésée), Frans Fiselier (Pluton, Neptune),
Marie-Adeline Henry (Diane), Machteld Baumans (Oenone), Richard
Coxon (Tisiphone), Ivo Posti, Pascal Pittie, Grzegorz Stachowiak
(Parques), Hanneke de Wit (la Grande-Prêtresse),
Jean-Léon Klostermann (Arcas, Mercure), Amaryllis Dieltiens
(une Prêtresse, une Chasseresse)



- Toulouse -
Théâtre du Capitole - 6, 8, 10, 13, 15
mars 2009 - Orchestre et Chœur du Concert d’Astrée - Ballet
Les Cavatines - dir. Emmanuelle Haïm - mise en scène
Ivan A. Alexandre - décors Antoine Fontaine - costumes
Jean-Daniel Vuillermoz - chorégraphie Natalie Van Parys -
avec Frédéric Antoun Philippe Talbot (Hippolyte),
Anne-Catherine Gillet (Aricie), Allyson McHardy (Phèdre),
Stéphane Degout (Thésée), Françoise
Masset (Oenone), Jennifer Holloway (Diane), Bruno Calucci
(Mercure/Un suivant de l’Amour), Jaël Azzaretti (L'Amour),
François Lis (Pluton, Jupiter), Jérôme Varnier
(Neptune/Troisième parque), Emiliano Gonzales-Toro
(Tisiphone), Aurélia Legay (La Grande-prêtresse de
Diane), Sam Nicholas Mulroy (Première Parque), Nicolas
Letilleux (Seconde Parque) - nouvelle production






"Nouvelle réussite pour
Nicolas Joël, le patron du Capitole de Toulouse, qui accueille
Hippolyte et Aricie, de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), dont la
première, le 6 mars, a suscité un bel engouement
public.
Jusqu'alors les choses
étaient naturellement partagées en matière de
mise en scène d'opéra baroque. Il y avait, d'un
côté, les tenants de la voie historique - ainsi Benjamin
Lazar, dont le Cadmus et Hermione, de Lully, monté à
l'Opéra-Comique à Paris en 2008, est un modèle
du genre. De l'autre, les parangons de la transposition : David
McVicar et son Couronnement de Poppée, de Monteverdi (2004),
ou Krzysztof Warlikowski, dont l'Iphigénie en Tauride, de
Gluck (2006) ont suscité moult controverses.
Il y a désormais une
troisième voie. Non pas médiane, mais tangente et
poétique, celle du metteur en scène Ivan Alexandre. Une
voie qui prône le petit pas de côté ou le quart de
volte déplaçant la ligne et faisant surgir le
rêve. Prendre au baroque les codes vestimentaires, la
rhétorique gestuelle, les décors peints et autres
machines merveilleuses, oui. Mais pour mieux ouvrir les mains et
laisser s'envoler la musique. Perruques, poudre, danse, autant de
nostalgies amoureuses qui rendent palpable sans douleur le poids du
temps ayant porté jusqu'à nous les chefs-d'oeuvre
inoubliés.
Qui est Ivan Alexandre ?
Transfuge de la critique musicale ? Renégat de la musicologie
? Les deux sans doute. Le nom de ce Français né en 1960
est encore inconnu du monde de la scène, puisqu'il signe avec
Hippolyte et Aricie sa deuxième mise en scène,
après Rodelinda, d'Haendel, donné à Buenos Aires
en juin 2007. Mais il est familier aux lecteurs mélomanes du
Nouvel Observateur et du magazine Diapason, où Ivan Alexandre
tient chronique d'une plume acérée et fait figure de
spécialiste du répertoire baroque.
Son spectacle est d'un
raffinement extrême, pour en appeler à la langue de
l'abbé Pellegrin, librettiste de cette première
tragédie lyrique d'un Rameau déjà
âgé de 50 ans (1733). Les costumes aux harmonies
voilées de Jean-Daniel Vuillermoz sont d'une
élégante beauté, comme les lumières
d'outre-monde d'Hervé Gary ou les ingénieux
décors de toiles peintes (plus de 2 500 m2 !) par Antoine
Fontaine. Les chorégraphies de Natalie Van Parys sont d'une
force émotionnelle rare, portée par les excellents
danseurs de la compagnie Les Cavatines.
Vocalement, cet Hippolyte a
aussi fière allure : le Thésée de
Stéphane Degout, magistral de noblesse et d'intensité,
la Phèdre incandescente de la mezzo américaine Allyson
McHardy (une révélation) et l'Amour de Jaël
Azzaretti, angelot narquois et matois.
A la tête de son Concert
d'Astrée (orchestre et choeur des grands soirs), Emmanuelle
Haïm fait du beau travail. On peut souhaiter plus de contrastes
et de couleurs sombres, mais sa direction rend justice à cet
opéra magnifique, dont l'aîné et rival de Rameau,
André Campra (1660-1744), disait qu'il comportait "assez de
musique pour en faire dix".
"Après un «
Couronnement de Poppée » de Monteverdi magistral, tant au
plan scénique que musical, Nicolas Joël a voulu rendre un
juste hommage à Jean-Philippe Rameau. Avant de quitter
Toulouse à la fin de la saison pour devenir le patron de
l'Opéra de Paris, le directeur artistique du
Théâtre du Capitole a confié au journaliste Ivan
Alexandre (collaborateur du « Nouvel Observateur » et du
magazine « Diapason ») le soin de réaliser une
nouvelle mise en scène d'« Hippolyte et Aricie ».
Décors raffinés de toiles peintes d'Antoine Fontaine,
costumes et perruques d'un XVIIIe siècle imaginaire
dessinés par Jean-Daniel Vuillermoz, éclairages subtils
depuis le bord de la scène réglés par
Hervé Gary : le spectacle offre au spectateur un merveilleux
voyage au royaume des dieux et des héros de la mythologie
antique. Jouant à fond la carte d'un théâtre
spectaculaire, de machineries à l'ancienne, la production
multiplie les objets et machines volantes, les changements de
décor à vue. Elle rend aussi justice aux
divertissements dansés, interprétés avec brio et
légèreté par la compagnie Les Cavatines. «
Je n'ai pas cherché à réaliser une
reconstitution. J'ai simplement souhaité que tout se passe en
rêve », précise Ivan Alexandre. Le résultat
est à la mesure de ses ambitions : magique,
dénué de tout réalisme daté, cet «
Hippolyte et Aricie » redonne ses lettres de noblesse à
la tragédie lyrique de Rameau.
À la tête de son
orchestre d'instruments anciens, Le Concert d'Astrée,
Emmanuelle Haïm porte la production avec autant d'énergie
que d'efficacité dramatique. Très attentive aux
chanteurs, elle veille à souligner la richesse instrumentale
de la partition de Rameau.
Sur le plateau, la
distribution est dominée par le Thésée de
Stéphane Degout, superbe d'autorité vocale et
scénique, parfait de style et d'élégance, de
clarté de la diction dans un répertoire qu'il
maîtrise sans faiblesse, tant dans les récitatifs que
les airs. La mezzo-soprano américaine Allyson McHardy
prête à Phèdre un beau tempérament
dramatique et un timbre émouvant, la soprano Jaël
Azzaretti est exquise dans les trois rôles de l'Amour, la
Bergère et la Matelote. En Hippolyte et Aricie,
Frédéric Antoun et Anne-Catherine Gillet forment un
couple physiquement bien assorti. Comédiens sensibles, ils
composent des personnages touchants. Pas de fausse note parmi les
autres rôles : tous les interprètes participent à
la réussite du spectacle, longuement acclamé le soir de
la première."
"Première
tragédie composée par Rameau, à 50 ans,
Hippolyte et Aricie est inspiré de la Phèdre de Racine,
mais beaucoup moins facile à mettre en scène. Et ce, en
raison d’un livret faisant peu cas de la dimension temporelle dans la
succession des événements, des chœurs, des danses et de
la distribution de leurs durées respectives, ce qui n’aide pas
à la construction du drame. Depuis le fameux Atys de Lully,
signé William Christie et Jean-Marie Villégier, en 1987
aux Champs-Elysées, il y a aussi de nouveaux standards
d’exigence musicale et théâtrale à respecter
lorsqu’on s’attaque à la tragédie lyrique
française.
Plus près de nous, les
Bourgeois Gentilhomme et Cadmus et Hermione, montés par
Vincent Dumestre et Benjamin Lazar, ont aussi marqué par leur
souci historique. Musicologue et critique, collaborateur de Marc
Minkowski, Ivan Alexandre fait partie de ceux dont la vie a
été transformée par cet Atys
révolutionnaire. Son Hippolyte et Aricie, à Toulouse,
ne pouvait être que la somme des passions qui l’animent :
architectures en trompe-l’œil, toiles peintes, nacelles suspendues
dans l’éther, nymphes et dieux ; c’est le baroque à
l’état pur, dans sa féerie mais aussi son hypnotique
statisme.
Avec le concours du peintre
scénographe Antoine Fontaine et du costumier Jean-Daniel
Vuillermoz (les deux sur la Reine Margot de Chéreau), de
l’éclairagiste Hervé Gary et de la chorégraphe
Natalie van Parys, aguerrie au style baroque via les Arts
florissants, Ivan Alexandre, fidèle à la lettre
ramiste, a voulu accorder ce qu’on voit avec ce qu’on entend, et s’en
est donné les moyens. On est confondu par la beauté des
tableaux, monumentaux, oniriques, par la gestion millimétrique
de l’espace, le raffinement du geste et le poids
conféré aux chanteurs. Transfuge des Arts florissants
de Christie avant de fonder son Concert d’Astrée, en 2000, la
claveciniste et chef Emmanuelle Haïm dirige son propre ensemble
sur instruments anciens, toujours impressionnant de justesse
d’intonation, de virtuosité instrumentale et d’esprit.
Contrepartie de sa battue dansante et nerveuse, ciselant
détails et articulations, un manque de contrastes et de
tendresse, une certaine uniformité du discours qui met parfois
chanteurs et chœur en décalage.
Le mariage des timbres et des
voix, notamment dans le trio contrapuntique des Parques, n’en est pas
moins souvent éblouissant, et cela grâce à la
distribution. Bien que souffrant, le ténor canadien
Frédéric Antoun se tire vaillamment du rôle
d’Hippolyte, face à l’Aricie au soprano charnu et ductile
d’Anne-Catherine Gillet. Saisissante (de timbre corsé et
capiteux, de tempérament et de projection) est la
Phèdre de la mezzo américaine Allyson McHardy. Diane de
charme de la mezzo, américaine également, Jennifer
Holloway, Amour pétulant de Jaël Azzaretti, Pluton
racé du baryton François Lis, Neptune limpide de
Jérôme Varnier, le style ramiste, déclamatoire et
éloquent est servi avec art. Enfin, dix ans après avoir
emballé en Papageno à Aix, Stéphane Degout
compose un Thésée dévastateur : volume,
projection, ardeur du mot, c’est le baryton français le plus
naturellement et efficacement émotionnel de sa
génération.
Déployant
progressivement ses charmes, de l’aride au somptuaire, cet Hippolyte
et Aricie est magistral."
"À Toulouse, pour sa
première mise en scène, Ivan Alexandre livre une
version raffinée de la tragédie lyrique Hippolyte et
Aricie.
Après tout,
François Truffaut et Claude Chabrol furent critiques de
cinéma avant de devenir réalisateurs ! Pourquoi un
critique musical ne deviendrait-il pas metteur en scène
d'opéra ? Dans Le Nouvel observateur et Diapason, Ivan
Alexandre décortique depuis un quart de siècle les
chefs-d'œuvre de l'art lyrique avec une intelligence qui devaient
bien un jour lui donner envie de s'y coller à son tour.
Après une première tentative confidentielle en
Argentine, voici ses débuts en France, dans le
répertoire baroque qui lui tient tant à cœur.
Inquiétude soudaine pour le critique chargé
d'évaluer le travail d'un ancien confrère : et si
c'était un échec ? Le monde de la critique est
pavé d'artistes ratés !
Le rideau se lève sur
Hippolyte et Aricie, premier opéra et coup de maître de
Rameau, créé en 1733 : au bout d'à peine dix
minutes, l'évidence est telle que l'on a oublié que le
metteur en scène était encore, il y a quelques jours
à peine, un écrivain sans expérience de la
scène.
Évidence d'une pure
beauté esthétique, d'abord : les fascinants
décors en trompe l'œil d'Antoine Fontaine, les incroyables
perruques et crinolines de Jean-Daniel Vuillermoz, les
éclairages à la rampe d'Hervé Gary, la
chorégraphie vivante de Natalie Van Parys, ressuscitent un
monde d'illusion, d'un raffinement inouï, dont les images
compteront parmi les plus splendides que l'on ait vues depuis
longtemps. C'est du Benjamin Lazar sans le systématisme
appuyé.
Car la mise en scène
d'Ivan Alexandre n'affirme pas : elle suggère. Les personnages
de la tragédie lyrique n'étant pas proches de nous, il
joue de cet éloignement au lieu de chercher un réalisme
hors de propos : les transformations de décors à
machines, la juste symétrie des personnages dans l'espace,
remplaceront psychologie et transposition. Seule la gestuelle des
chanteurs nécessitera un travail plus approfondi pour
paraître plus intégrée qu'apprise : elle a encore
ici quelque chose de scolaire.
Belle direction d'Emmanuelle
Haïm, extrêmement attentive au texte et à la vie de
sa déclamation : on sera comblé lorsqu'elle
communiquera à son orchestre agile du Concert d'Astrée
autant de gourmandise et d'audace qu'aux voix, car ses vents sonnent
trop lisses pour cette musique où l'idylle côtoie les
dissonances les plus hardies. Très beau plateau, dominé
par le Thésée de Stéphane Degout, tout
simplement exceptionnel, la Phèdre incandescente
d'Allyson McHardy, l'Amour virevoltant de Jaël Azzaretti, mais
tous seraient à citer. Dans le couple protagoniste,
Frédéric Antoun et Anne-Catherine Gillet nous ont paru
un peu pâles le soir de la première, mais leur
musicalité est sans défaut, et la soprano se chauffe en
cours de soirée pour atteindre un vrai rayonnement. Paris
mérite de voir ce spectacle."
Rien n’est trop beau pour
Rameau : superbe résurrection d’un chef d’oeuvre; Une perle du
répertoire lyrique français vient de trouver à
Toulouse un écrin idéal. Hippolyte et Aricie de
Jean-Philippe Rameau y revit dans les fastes et les rituels qui sans
doute l’ornaient lors de sa création. Maîtres d’oeuvre
de ce somptueux retour aux sources, une équipe de baroqueux
fervents qui aime et qui connaissent de A à Z les codes, les
clés, les mystères de son langage et de sa musique :
Emmanuel Haïm et son Concert d’Astrée, le
décorateur Antoine Fontaine, l’inventeur des costumes
Jean-Daniel Vuillermoz, et, nouveau venu dans l’univers de la mise en
scène, le musicologue Ivan Alexandre. Une musique qui perle
aux oreilles, des images d’un raffinement princier, des
interprètes qui se coulent dans les modes et les rites comme
si ils les avaient inventés.
Rameau était
déjà quinquagénaire, à la mi-temps d’une
carrière qui jusqu’alors lui valut plus de respect que de
prospérité – son traité d’harmonie lui valut une
réputation de savant -, quand il se lança pour la
première fois dans l’écriture d’un opéra. Ce fut
Hippolyte et Aricie, un succès qui le propulsa aussitôt
dans les limbes des célébrités et lui donna des
ailes pour une série d’œuvres lyriques qui n’en finissent pas
de nous enchanter, des Paladins aux Boréades en passant par
les Indes Galantes. « Dans un seul ouvrage il compose assez de
musique pour en faire dix » disait de lui son aîné
et admirateur, André Campra.
C’est donc à une sorte
de reconstitution que l’on assiste même si son
réalisateur en réfute le mot, une ballade
stylisée dans le temps et les rituels des
représentations d’antan. Ivan Alexandre n’est ni le premier ni
le seul à remonter ainsi la marche des siècles. Le
jeune Benjamin Lazar en a fait son cheval de bataille (voir webthea
des 26 novembre 2007 et 25 janvier 2008) mais Alexandre ne lui
emboîte pas vraiment le pas : chez lui pas d’éclairage
à la bougie, pas de diction affectée de « e »
muets sonnant ou de « s » sifflants. Les lumières,
très belles, se contentent d’être rasantes «
à la manière de » et le parler des chanteurs
cherchent avant tout à être clair. Journaliste et
critique au Nouvel Observateur et pour la revue Diapason et par
conséquent observateur privilégié des modes de
la scène, il ne la pratique pas à la manière des
Strehler, Chéreau ou Brook, grands manipulateurs d’âmes.
Chez lui c’est l’historien qui semble s’exprimer,
l’archéologue amoureux des traditions qui rêve un monde
à la fois révolu et
idéalisé.
Le raffinement des
décors d’Antoine Fontaine, la splendeur des costumes de
Jean-Daniel Vuillermoz lui font écho : une profusion de toiles
peintes descend des cintres, surgit des sols, glissent des coulisses
à l’horizontale entre cour et jardin et s’ouvrent sur des
perspectives qui évoquent à la fois Watteau et les
forêts du Douanier Rousseau. Neptune assis sur son aigle
dévale du ciel sur un lit de nuages qui font le gros dos,
Diane dégringole de l’Olympe arrimée à un
quartier de lune, Mercure plane dans les airs et Pluton
apparaît dans sa suite infernale avec les trois Parques
messagères attelées la tête en bas ! Soies,
velours, brocarts, satin, organdis, broderies, drapés,
plissés, corolles, rien ne manque aux costumes ni à
leurs accessoires jusqu’au moindre bouton sur les bottes. De
même pour les maquillages qui sculptent, ombrent ou ravivent
les visages. Rien n’est trop pour Rameau.
Les ballets de la compagnie
Les Cavatines chorégraphiés par Natalie van Parys
maîtrisent avec grâce toute la gestique baroque. Tout
comme les chœurs du Concert d’Astrée, tout comme les solistes
dans leurs poses codées. Ils chantent debout face au public
dans des attitudes figées et pourtant l’émotion passe
dans ce combat des dieux et des hommes où Phèdre paie
de sa vie l’amour fou qu’elle cultive pour Hippolyte, le fils de
Thésée, son mari parti à la guerre et
déclaré mort.… Euripide, Sénèque
puisèrent dans sa passion criminelle et surtout Racine qui fut
le principal inspirateur de Rameau et de l’abbé Pellegrin, son
librettiste.
Allyson McHardy, mezzo soprano
née aux Etats-Unis est cette Phèdre de fureur et de
douleur, magnifique découverte, actrice accomplie, diction
impeccable et superbe phrasé. Stéphane Degout, si jeune
fait croire à son Thésée guerrier éperdu,
les graves cuivrés, la projection nette, la diction lumineuse,
il est une fois de plus exceptionnel. En Aricie, la liégeoise
Anne-Catherine Gillet, souvent entendue et acclamée au
Capitole où elle chanta Wagner, Mozart, Offenbach, se coule
avec charme dans le style ramiste. La jolie surprise de la
soirée vient de l’Amour dont Jaël Azzerati compose un
délicieux personnage, coquin, vif argent au timbre de
rossignol. Elle le chante si bien qu’on lui a attribué
quelques airs en suppléments piqués à des
personnages secondaires. On en redemanderait…
Emmanuelle Haïm dirige
avec flamme les chanteurs et ses compagnons du Concert
d’Astrée qui parent le riche tissus musical de Rameau dune
subtile élégance. Le continuo velouté du
violoncelliste Paul Carlioz, le cor de Claude Maury, les musettes,
les danses des flûtes traversières achèvent le
bonheur de cette réussite."
"Rendons hommage à Ivan
Alexandre pour l’extraordinaire travail de recréation
historique entrepris en parfaite harmonie avec décors,
costumes, lumières et ballets. Si les gestes des acteurs sont
codifiés avec pondération, il sait créer avec
peu de véritables personnages qui vivent.
L’élégance est partout maîtresse de
cérémonie. Tout est beau, délicat et subtil,
même le royaume de Pluton a des séductions venimeuses
irrésistibles.
Peu de lumière à
la manière de bougies mais une lumière d’or
évoquant la nuit ou le coucher du soleil. Mais c’est le soleil
noir des enfers qui est peut-être le plus extraordinaire. Les
chorégraphies, si importantes, sont variées et d’une
rare élégance. La richesse et l’ampleur des costumes
sont telles que la vaste scène est rapidement habitée.
Les décors en toiles peintes avec effets de perspectives sont
sidérants d’efficacité dramatique et les changements de
décors à vue ajoutent à la magie du spectacle.
Le jeu des acteurs est stylisé et naturel à la fois, en
un parti pris d’élégance de tous les instants. Peu de
couleurs mais distribuées avec goût : or et crème
pour Hippolyte et Aricie, rouge pour Thésée et
Phèdre, vert d’eau pour les chœurs et or cuivré pour
l’Amour et sa cour.
Sous la direction d’Emmanuelle
Haïm le Concert d’Astrée est virtuose, l’énergie
et l’élan dramatique ne faiblissent jamais. En revanche avec
une si riche orchestration la faiblesse des nuances est regrettable,
d’autant que cela entraîne un manque de couleurs. Comme si la
pâte de l’orchestre était riche dans son ensemble et
évitait les contrastes. L’élégance visuelle
répond en miroir à un orchestre de parfait bon
goût mais sans les audaces de colorations attendues chez
Rameau. Tout est donc déplacé au niveau couleur et
expressions sur les voix et il faut dire que la distribution est d’un
niveau superlatif qui permet d’apporter aux personnages toute
l’humanité qui est la leur." (suite)
- Les Échos - Rameau
glorifié
"Le Capitole de Toulouse
à l'heure de Jean-Philippe Rameau : le fait est plutôt
rare. Ivan Alexandre, figure connue de la presse musicale, avait
déjà à son actif une production de «
Rodelinda », de Haendel, à Buenos Aires, en 2007. Avec
« Hippolyte et Aricie », il signe sa première mise
en scène en France. Pas de relecture ou
d'interprétation, ici, pas de reconstitution non plus, mais
une évocation de ce que pouvait être une
représentation lyrique au XVIIIe siècle - maquillages
pâles, feux de la rampe, gestes obéissants à une
rhétorique précise... Une proposition (comme peuvent en
faire, de manière plus affirmée, Benjamin Lazar ou
Eugene Green) qui risque de trouver ses limites dans le
décoratif, mais dont les atouts tiennent dans une invitation
permanente au rêve et au merveilleux.
Ce travail, pensé dans
le moindre détail, réussit à fondre avec un
maximum de fluidité les divers éléments du
spectacle, musique, danse, chant, sans perdre de vue l'unité
dramatique donnée par l'abbé Pellegrin, librettiste,
à cette nouvelle mouture des amours d'Hippolyte, fils de
Thésée, dont sa belle-mère, Phèdre, s'est
éprise. Les décors à transformation d'Antoine
Fontaine sont un ravissement perpétuel, les costumes de
Jean-Daniel Vuillermoz une splendeur et la chorégraphie de
Natalie Van Parys s'intègre habilement dans l'ensemble. Les
dieux descendent des cintres, un monstre marin engloutit le
héros... l'imagination est au pouvoir.
A la tête de son Concert
d'Astrée, Emmanuelle Haïm mène le jeu musical, non
sans raideur dans le Prologue et le Premier Acte, adoptant ensuite un
ton plus mesuré (sans perdre une once de sa vitalité)
et plus propre à laisser les lignes mélodiques
respirer. La formation chorale est de tout premier ordre. Les
instrumentistes déploient une verve sonore
réjouissante, l'énergie est là, suivant celle de
leur mentor ; on espère à l'avenir encore plus
d'élégance, de raffinement, de fantaisie, pour
être à la hauteur d'une partition de bout en bout
marquée par le génie qui, à sa création
en 1733, suscita d'autant plus d'étonnement que c'était
là le premier opéra d'un compositeur
quinquagénaire.
La distribution,
internationale, fait, pour que la langue française soit
entendue dans toute sa clarté, des efforts qui se
révèlent payants. On ne peut dire que du bien de
François Masset (OEnone), François Lis
(Pluton/Jupiter), Jérôme Varnier (Neptune), Jennifer
Holloway (Diane), musiciens stylés. Phèdre (par qui le
drame arrive) est confiée à Allyson McHardy, mezzo
chaleureuse, véhémente, dont la déclamation ne
manque pas de grandeur. Dans une tessiture qui semble un peu grave
pour elle, Anne-Catherine Gillet, une fois son trac vaincu, campe une
Aricie fraîche et touchante. Hippolyte revient à un
jeune ténor canadien, Frédéric Antoun ;
émission haute et facile, timbre corsé, chant
distingué : voilà un interprète à suivre
de près.
Dominant tout le monde,
Stéphane Degout incarne un Thésée de noble
stature. La voix ample, ronde, percutante, est de toute
beauté, un plaisir à elle seule ; l'intelligence de
l'artiste en est un autre, qui fait vibrer chaque mot, chaque phrase.
A trente-quatre ans, et en pleine possession de moyens exceptionnels,
il a déjà les plus grands théâtres
à ses pieds. Ce n'est que justice."
"Que faire d’Hippolyte et
Aricie ? Comment résoudre, entre autre, le divorce entre un
poème indigent et une musique inspirée ? Il faut un
spectacle, un vrai, pas un bricolage à transpositions
pseudo-modernistes, pas une proposition d’interprète. Non, un
vrai spectacle, avec les codes de l’époque, mais sans en
être prisonnier, où s’introduit dans une distance la
tendresse d’un geste, la poésie d’un discours, qui montre le
temps passé entre le siècle de Rameau et le nôtre
et nous en approche pourtant. Un geste de théâtre ne
suffit pas à cela, il faut que l’artiste soit
entièrement pénétré par l’esprit de
l’œuvre pour pouvoir la montrer au spectateur. Cela arriva parfois au
Rameau comique – la brillante et cruelle Platée de Laurent
Pelly en est l’exemple le mieux repéré. Mais la
Tragédie Lyrique selon le Dijonnais n’avait pas encore
retrouvé son espace et sa force, sinon par éclipse dans
le Zoroastre de Pierre Audi que l’Opéra Comique accueille
à la fin du mois. C’est chose faite.
Toiles peintes,
éclairages recherchant la vraie lumière des
théâtres d’alors – sans sacrifier aux ressources
minimalistes de la bougie mais en approchant la poétique au
plus près, de la rampe ou des coulisses, par les portants
aussi,- costumes pris au répertoire du temps et très
subtilement réinterprétés, maquillage au blanc,
toute une poétique visuelle se réinvite dans l’ouvrage,
lui rendant ses vrais visages. Accessoires et décors
faramineux : on n’est pas près d’oublier la lune de Diane,
d’un sombre éclat comme au sortir d’une éclipse ; ni la
traîne verticale de Mercure, volutes de fumée et
d’étoiles, ni l’immense métier à tisser des
parques , centre du royaume de Pluton, ni l’aigle de Jupiter :
Antoine Fontaine a mis dans ses décors baroque la fantaisie
d’un Bérard, l’univers de Cocteau n’est jamais loin, cet
alliage subtil transfigure ce qui n’aurait été qu’une
reconstitution et l’on s’aperçoit que le langage du spectacle
lui doit infiniment. Un code de couleurs surprenant, des gris
infiniment variés, unifie l’ensemble, refusant le carnaval
pictural dont Benjamin Lazar chavire ses spectacles : ces costumes,
ces décors ne sont pas des éléments de
séduction, ils sont intégrés à l’œuvre,
et servent le propos du metteur en scène.
On serait tenté de
produire dans Hippolyte et Aricie un geste tonitruant. Ivan Alexandre
s’en garde bien. Passant par-dessus la pauvre langue de l’Abbé
Pellegrin, il porte partout ses personnages à leur ultime
degré de concentration : Thésée aux enfers se
statufie, vrai visage de la douleur, image vivante de l’impuissance,
Aricie est touchée au vif, Phèdre se garde de toute
hystérie mais souffre avec une intensité palpable. Tout
ici n’est au sens strict que poésie, même les actions :
le monstre tsunami qui dévore Hippolyte est autant
poétique d’effet que transportant, son spectaculaire – c’est
le seul effet absolu de la soirée, le seul qu’autorise Rameau
– est d’abord lyrique. Cette langue de l’émotion habite les
personnages mais aussi chaque élément de la
scène. Les apparitions sont d’une fluidité clouante :
ces dieux qui descendent des cintres sont portés par des ailes
invisibles, on ne peut pas les croire soutenus par des cordes.
Même la mise en place des décors à coulisses hors
de toute musique créent des respirations qui accroissent
encore la fluidité du tout. On assiste à un rêve
terrible. Aussi belles que soient les images – ce Neptune perdu dans
un rai de soleil tout au fond de la scène nous est
resté dans l’œil avec une précision incroyable – elles
font d’abord sens. L’esthétique de l’ensemble n’est que
théâtre. Et sur tout règne une nostalgie
prégnante, inexplicablement touchante, jusque sur les ballets
subtils de Nathalie van Parys, idéalement coulés dans
la trame dramatique, qui font mentir l’idée de divertissement
et soulignent à quel degré d’unité Rameau est
parvenu dans son premier essai lyrique.
Distribution de
première force. Allyson Mc Hardy rend justice d’abord à
la Phèdre de Racine, donnant une noblesse
supplémentaire à ses ires et ses douleurs, au risque
parfois de ne pas nous étreindre au cœur. Mais quelle
incarnation ! Les deux amoureux sont parfaits de jeunesse,
d’ingénuité presque. On en n’attendait pas moins
d’Anne-Catherine Gillet, touchante, mais l’on est surpris de la
présence scénique et de la belle voix, si nourrie
d’harmoniques mais sans trille, de Frédéric Antoun,
Hippolyte idéal de tendresse, avec dans le timbre une teinte
lyrique rappelant Eric Tapy. L’Oenone rêche de Françoise
Masset, dans son costume noire, fait une composition saisissante,
double noire de Phèdre, la Diane élégante de
Jennifer Holoway, l’Amour de Jaël Azzaretti, qui se
débrouille joliment des rossignolades et fait un cupidon
savoureux, la Tisiphone sonore (mais un peu brouillonne de jeu) de
Gonzales Toro, les deux basses somptueuses font des dieux
intraitables – le Pluton de François Lis, mais aussi son
Jupiter, et le Neptune si bien chantant de Jérôme
Varnier un peu gâché par son éloignement, dont on
goûte mieux la pleine matière en Parque, tous faisaient
un théâtre vivant qui nous a saisi, mais s’inclinaient
devant une incarnation absolue, ce Thésée noir,
fermé, porté jusqu’au fond de sa douleur par une
Stéphane Degout lui aussi poète.
Il manque encore à
l’orchestre attentif d’Emmanuelle Haïm les caractères
marqués, les accents et les attaques contrastées,
l’échelle dynamique que Rameau a infusés ici, les
Enfers sont un peu pâles de son et les Parques d’ailleurs
pourraient dissoner plus surtout après la saisissante fureur
de Pluton, mais nous étions à la première et
cela se fera, on pouvait déjà l’entendre et donc le
prédire."
- Forum Opéra - Le triomphe
d'Alexandre
"Dans le copieux programme,
richement orné d’images de maquettes des décors et des
costumes, Ivan Alexandre annonce la couleur : il ne s’agit pas pour
lui de tenter une pseudo-reconstitution historique d’une des trois
productions de l’opéra de Rameau données du vivant du
compositeur. Il souhaite plutôt inviter le spectateur
d’aujourd’hui à découvrir Hippolyte et Aricie dans le
contexte de moyens en usage à la création. Le
résultat proposé, fruit de l’imagination et de la
culture de l’équipe qu’il a animée, est un spectacle
d’une théâtralité et d’une beauté si
raffinées qu’il sert pleinement l’œuvre tout en manifestant de
façon éclatante l’inventivité et
l’étendue des divers talents rassemblés.
Dès le lever du rideau,
l’enchantement commence et, prodige, il ne faiblira pas ! Les
ateliers du Capitole ont réalisé les décors
d’Antoine Fontaine destinés à permettre, comme en 1733,
les changements à vue puisqu’on sait que la tragédie
lyrique ne se sent pas tenue de respecter la règle de
l’unité de lieu. C’est un triomphe de trompe-l’œil qui nous
révèle tour à tour les allées
ordonnées de la forêt d’Erymanthe, l’architecture
solennelle du temple de Diane, la profondeur ténébreuse
des espaces infernaux, une antichambre du palais de
Thésée, un bois le long du rivage et le jardin
paradisiaque où l’amour licite trouvera sa récompense.
Dans leur fluidité silencieuse si propice à la
continuité musicale, le surgissement et la disparition de ces
châssis et toiles peintes, en coulisses, dans les cintres, dans
les dessous, réveille-t-il en nous quelque goût enfantin
pour le merveilleux ? Nous y prenons un plaisir extrême, comme
aux apparitions des déités (Diane dans sa nacelle,
Jupiter sur son aigle au milieu des nuages, Pluton en Juge souverain,
ou Neptune au sein des flots), à l’élévation de
la « montagne humide » et au monstre affreux, dont la
variété témoigne de l’invention
inépuisable du concepteur.
Ces décors sont
magnifiés par les éclairages d’Hervé Gary,
fournis par des lampes munies de réflecteurs sur la rampe et
des projecteurs latéraux ou zénithaux ; ensemble, ces
moyens créent une atmosphère lumineuse
évocatrice de l’éclairage aux bougies et,
modulés subtilement comme la musique de Rameau, peuvent
suggérer aussi bien les clairs-obscurs de la forêt que
la menace d’orage sur la mer, la pénombre d’un temple ou la
clarté d’un ciel serein. Evidemment les costumes
inspirés à Jean-Daniel Vuillermoz par des
modèles d’époque en sont magnifiés : uniformes
masculins et féminins des suivants de Diane, pourpre et ors
royaux pour Thésée et Phèdre, tenue virginale
d’Aricie, cuirasse d’Hippolyte, vertugadins et drapés, paniers
et coiffures des danseurs, la recherche semble infinie et les
solutions d’un goût exquis.
Les épisodes
dansés que la musique appelle s’insèrent
infailliblement dans la représentation : loin d’être
seulement les divertissements destinés au repos du spectateur
après les scènes de tension tragique, ils
épousent si étroitement les situations et les rythmes,
grâce aux trouvailles incessantes de Natalie Van Parys, qu’ils
en deviennent nécessaires. Les évolutions harmonieuses
des dévots de Diane, dès l’ouverture du prologue, ne
sont pas une jolie façon de meubler la scène mais
l’expression et la célébration de l’ordre du monde
régi par la Déesse. Sans relâche la
chorégraphe trouve des pas nouveaux accordés aux
diverses situations, des enveloppements voluptueux des amours aux
ondulations menaçantes des démons, des sauts capricants
des cerfs à la chaloupée des marins, c’est un panorama
réinventé de la danse au XVIIIe siècle,
magnifiquement servi par la troupe des Cavatines.
Mais la paisible et vertueuse
danse initiale va être troublée par l’irruption
narquoise d’un adolescent qui pointe sa tête par la toile
peinte : l’entrée de l’Amour n’a rien de solennel, c’est bien
celle d’un trublion dont les flèches vont désorganiser
la belle ordonnance fondée sur la séparation des sexes
sans égard pour la componction de la mijaurée divine
cramponnée à sa nacelle. A la fin du prologue, les
dévots sont constitués en couples et partent en
cortège vers le temple de l’Hymen. Transportés dans le
temple de Diane, nous découvrons Aricie solitaire dans sa
tenue de novice promise au célibat mais les dévots
agenouillés dans la pénombre disent l’atmosphère
de recueillement du lieu. Le duo avec Hippolyte, par exemple,
enchaîne les attitudes théâtrales connues par des
images figées qu’ici les artistes animent et s’approprient en
un ballet troublant, pur délice esthétique. De
l’entrée solennelle de la grande Prêtresse, à
celle, pompeuse, de Phèdre, suivie de son humiliante
prostration, Ivan Alexandre n’a rien laissé au hasard ; et sa
vigilance, jamais en défaut, donne au spectacle une puissante
unité qui sert admirablement l’œuvre et le genre, le livret et
la partition.
En ce sens, son travail
s’accorde splendidement à celui d’Emmanuelle Haïm.
Amoureuse du chef d’œuvre de Rameau depuis ses études au
conservatoire, celle qui fut le chef de chant et la continuiste au
clavecin de William Christie lors des représentations à
Garnier de l’ère Hughes Gall s’est imposée depuis dix
ans à part entière comme chef d’orchestre reconnu. Elle
a choisi la version de 1733, mâtinée de celle de 1742 en
particulier pour le cinquième acte où les retrouvailles
d’Hippolyte et Aricie sont abrégées. Avec le
déplacement de la déploration de Thésée
au troisième acte, située après le
divertissement et non avant, c’est la seule infidélité
à la lettre de la création. Pour ce qui est de
l’esprit, à la tête de ses troupes, l’orchestre et le
chœur le concert d’Astrée, l’intrépide musicienne se
lance à l’assaut du monument, accompagnant sa direction de ces
larges mouvements du buste qui semblent déverser une
énergie nerveuse en un survol rasant. La justesse rythmique
est immédiate et sera sans défaut ; la richesse
harmonique paraît parfois limite, comme le continuo, les cors
ne sont pas sans défaut et la trompette bien isolée,
mais à trop écouter d’enregistrements enrichis en
studio on acquiert de mauvaises habitudes ou bien nous
n’étions pas placé au mieux. Le choeur initial semble
un peu vert, puis on l’oublie dans les splendeurs qui suivent, et
dont l’adéquation entre ce que l’on entend et ce que l’on voit
remplit de satisfaction. La Bruyère serait content : on
vérifie ce soir que « le propre de (l’opéra) est
de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal
enchantement ».
Car les chanteurs contribuent
au mieux à la réussite, scénique, nous l’avons
dit, par leur engagement, et vocale par leur qualité. Parmi
les nombreux interprètes, Anne-Catherine Gillet et
Stéphane Degout ont conquis leur
célébrité pour l’essentiel hors du
répertoire baroque. La première, dont nous avons
souvent dit les mérites y compris pour sa Poppea, ne nous a
pas entièrement convaincu, en particulier au premier acte ;
outre une raideur vocale nouvelle, déjà perceptible
dans sa Susanna, elle semble vouloir donner à Aricie la
plénitude du statut d’héroïne que lui accorde le
titre de l’ouvrage mais que la musique ne lui donne pas. Le second,
en revanche, attendu avec perplexité en Thésée
parce que des timbres plus graves restaient dans l’oreille, emporte
l’adhésion très vite par la fermeté et la
justesse admirables de l’interprétation vocale et
théâtrale. Quant à Frédéric Antoun,
est-il bien le ténor aigu à la française
prescrit ou un bon ténor doté d’un centre et de graves
charnus ? On peut se poser la question, d’autant que le diapason est
à 400, mais non nier la séduction de son Hippolyte
élégant, viril et sensible. La Phèdre d’Allison
Mc Hardy partage avec ses partenaires francophones la clarté
d’élocution indispensable mais sa virulence, son ironie et ses
douleurs sont bien celles du personnage. Signalons l’Amour
espiègle de Jaël Azzaretti, par ailleurs une matelote et
une bergère ; voix souple aux aigus facile, elle triomphe dans
l’ariette virtuose du dernier acte. Diane en tête, les
Olympiens sont dignement servis par Jennifer Holloway, Johan
Christensson, le sonore François Lis et le musical
Jérôme Varnier. Ce dernier, outre Neptune, participe au
trio des Parques, avec Nicholas Mulroy et Marc Mauillon, dont
l’apparition fantastique et les deux airs constituent un sommet de la
partition et du spectacle. Lauriers mérités aussi pour
Aurélia Legay, majestueuse Prêtresse et chasseresse
convaincue, Françoise Masset, Oenone pragmatique et
insinuante, et Emiliano Gonzalez Toro, méconnaissable en
Tisiphone endiablée.
On aura compris que nos
quelques réserves pesaient trop peu pour nous empêcher
de partager le déferlement d’enthousiasme qui a
éclaté au rideau final. Grâces soient rendues
à tous, de l’initiateur aux concepteurs et aux artisans ! Le
spectacle sera-t-il enregistré par Mezzo, dont le logo figure
sur le programme ? La réussite de cette équipe
sera-t-elle le point de départ d’un projet Rameau ? Non
seulement la représentation a transporté, mais
voilà qu’elle fait rêver !"
- L'Isola
disabitata - L'art et les flèches
http://isoladisabitata.over-blog.org:80/article-28867677-6.html
"Voilà donc un
spectacle somptueux à l'esthétique grandiose et
picturale, mais avec une distribution en demi-teinte comprenant
plusieurs chanteurs peu habitués à ce
répertoire. Avec les changements adéquats, cet
Hippolyte & Aricie mériterait de nombreuses reprises voire
une captation DVD... "
http://www.musebaroque.fr/Concerts/hippolyte_aricie.htm
- Diapason
- mai 2009 - Rameau... au diapason
"II arrive que les critiques
affrontent à leur tour les feux de la rampe ... sans s'y
brûler les ailes. Notre collaborateur Ivan A. Alexandre a
signé au Capitole de Toulouse une nouvelle mise en scene
d'Hippolyte et Aricie de Rameau accueillie par une pluie de louanges.
« Ce spectacle est d'un raffinement extrême »,
pouvait-on lire dans Le Monde. « Les costumes aux harmonies
voilées de Jean-Daniel Vuillermoz sont d'une
élégante beauté, comme les lumières
d'outre-monde d'Hervé Gary ou les ingénieux
décors de toiles peintes (plus de 2 500 m2 !) par Antoine
Fontaine. Les chorégraphies de Natalie Van Parys sont d'une
force émotionnelle rare... A la tête de son Concert
d'Astrée (choeur et orchestre des grands soirs), Emmanuelle
Haïm fait du beau travail. » Même son de cloche du
coté du Figaro qui saluait « l'évidence d'une pure
beauté esthétique... La mise en scène d'Ivan
Alexandre n'affirme pas : elle suggère. Les personnages de la
tragédie lyrique n'étant pas proches de nous, il joue
de cet éloignement au lieu de chercher un réalisme hors
de propos... Belle direction d'Emmanuelle Haïm,
extrêmement attentive au texte et à la vie de sa
déclamation. » Et pour Libération, c'est « le
baroque à l'état pur, dans sa féerie mais aussi
son hypnotique statisme... Déployant progressivement ses
charmes, de l'aride au somptuaire, cet Hippolyte et Aricie est
magistral. » Bravo l'ami ! "
- Miskolc - Hongrie
- Festival International Opera - 23 juin
2007 - avec Mester
Viktória, Bretz Gábor, Gál Gabriella, Fodor
Gabriella, Rezsnyák Róbert, Geszty Veronika,
Hajnóczy Júlia, Bucsi Annamária
- ? -
février 2003 - Opera Lafayette - dir. Ryan Brown - avec
Robert Getchell (Hippolyte), Gaële Le Roi (Aricie), Jennifer
Lane (Phèdre), Bernard Deletré
(Thésée)
- Saint-Louis - Opera
Theatre - 14, 16, 20, 22, 24 juin 2001 - dir. Jane
Glover - mise en scène Graham - avec Sari Gruber (Aricie),
Ziegler, Marcel Reijans (Hippolyte), Maddalena, Morris Robinson
(Pluton)
- Palais Garnier
- 17, 18, 20, 21, 22, 24, 25, 26, 28, 29 septembre 1996 - Opéra de Nice - 16, 18, 19
janvier 1997 - Montpellier - Corum
Berlioz - 6, 7 février 1997 - Théâtre de Caen - 14 et 15
février 1997 - Musikverein de
Vienne - 17 février 1997 - en version de concert
- Brooklyn Academy of Music de New
York - 7, 9, 10 et 11 mai 1997 - Les Arts Florissants -
dir. William Christie - mise en scène : Jean-Marie
Villégier - décors Nicolas de Lajartre - costumes
Patrice Cauchetier - chorégraphie Ana Yepes -
lumières Bruno Boyer - avec Mark Padmore, Paul Agnew,
Anna-Maria Panzarella, Annick Massis, Lorraine Hunt, Isabelle
Vernet, Laurent Naouri, Thierry Félix, Eirian James
- Opéra International - novembre
1996
"Jean-Marie Villégier
exerce, sur le livret et sur la partition, une lecture d'une
littéralité absolue et un regard critique approfondi,
comparant l'ouvrage à une grande forme, héritée
de Lully, que des frivolités chorégraphiées
auraient "mitée". En outre, il souligne à quel point
l'abbé Pellegrin s'appuie sur la Phèdre de Racine,
qu'il suppose connue de chaque spectateur, jusqu'à en faire le
"pré-prologue" de l'opéra et le socle de son propre
livret. Face à un ouvrage ainsi désuni,
Villégier présente une quasi-tragédie classique
(situations et sentiments y sont exprimés au premier
degré), qu'interrompent des divertissements dansés
(l'ironie, souvent grinçante, y règne en maître).
Direction d'acteurs serrée et puissante, chorégraphie
débordante de vitalité et d'imagination, costumes aussi
magnifiques dans l'éclat que dans l'ironie (celui des Trois
Parques - trois hommes dans une seule robe à paniers - demeure
une inoubliable et inquiétante vision)...Si la direction
musicale de William Christie et la qualité orchestrale des
Arts Florissants méritent bien des éloges, il n'en va
pas de même avec la distribution vocale, dont l'unité
stylistique n'existe pas et dont le niveau musical est fort
inégal. Qu'y a-t-il de commun entre Laurent Naouri
(Thésée) ou Lorraine Hunt (Phèdre), et Mark
Padmore (Hippolyte) ou Eirian James (Diane)? Rien. Si les deux
premiers nommés dessinent des personnages fermes,
possèdent une diction et un style dramatique idoines, et
maintiennent une ligne de chant qu'aucune subtilité
déclamatoire ne trouble, il n'en va pas de même des
seconds, dont le timbre peu gracieux, la composition drama-tique
molle, ainsi que l'émission vocale poussée et trop
large sont à la limite de l'acceptable, dans une telle
institution nationale. Si on oublie la translucide Anna Maria
Panzarella (Aricie), et la basse Nathan Berg (Jupiter, Pluton,
Neptune) qui ensable sa voix dans la langue française, les
seconds rôles ne sont pas tous fameux, à part la
fraîche et joyeuse soprano Patricia Petibon (L'Amour), le fort
prometteur Yann Beuron (Arcas, Mercure) et la solide Mireille
Delunsch (La Grande Prêtresse, Une chasseresse)." (Opéra
International - novembre 1996)
- Diapason -
novembre 1996 - Hippolyte et Aricie en proie au doute et au
conflit - à propos des représentations au Palais
Garnier
- Diapason -
septembre 1996 - Hippolyte à l'Opéra
- Opéra
International - septembre
1996 - Rameau au Palais Garnier - Jean-Marie
Villégier - entretien
- Opéra
International - septembre 1996 - William Christie
bisse Hippolyte et Aricie - entretien
- Opéra
Théâtre de Metz - 23 septembre 1994 - dir.
Marc Minkowski - avec Véronique Gens, Bernarda Fink,
Massis, Mark Padmore, Smythe, Bastin
- Beaune - Festival
International de Musique Baroque - Cour des Hospices -
10 juillet 1994 - dir. Marc Minkowski - avec Véronique
Gens, Bernarda Fink, Feighan, Massis, Mark Padmore, Smythe,
Laurent Naouri
- Versailles -
Journées Rameau - 11 et 13 juin 1994 - version de concert -
dir. Marc Minkowski - avec Véronique Gens, Jean-Paul
Fouchécourt, Bernarda Fink, Smythe
- Opéra de Leipzig
- 8, 13 et 19 mai 1993 - dir. Udo Zimmermann - mise en
scène, décors et costumes Gottfried Pilz -
chorégraphie Elisabeth Clarke - avec Juliane Banse
(Aricie), Anne Howells (Phèdre), Edith Chmiel (Oenone),
Justin Lavender (Hippolyte), Tomas Möwes
(Thésée), Johann-Werner Prein
- Théâtre
municipal de Lausanne - 17 mars 1987 - dir.
Jean-Claude Malgoire - mise en scène Pier Luigi Pizzi -
Production d'Aix en Provence - avec Danielle Borst (Aricie),
Felicity Palmer (Phèdre), Marie-Christine Porta, Elisabeth
Baudry, Valérie Chevalier (la Chasseresse, la Grande
Prêtresse, Peter Jeffes (Hippolyte), Ionel Pantea,
Frangiskos Voutsinos, Reinaldo Macias, Regiland Boyce
"Parfaite codification de la
couleur et du geste, jeu de formes et de signes ponctué par
d'époustouflantes trouvailles dramaturgiques...Peter Jeffes
campe un Hippolyte émouvant, avec une voix capiteuse...tandis
que Danielle Borst reste une Aricie cristalline, fragile...mais
déterminée dans son sentiment amoureux. Le contraste
est total avec la Phèdre de Felicity Palmer. Le personage est
racinien et la soprano britannique lui donne un format de
tragédienne...Jean-Claude Malgoire dirige avec sa
traditionnelle énergie. Les phrasés et la pulsation
rythmique sont impeccables..." (Opéra
International)
- Opéra Comique
- 16, 18, 20, 22, 23, 25, 26, 28 mars 1985 - reprise de
la production d'Aix en Provence de 1983 - Ensemble baroque William
Christie - dir. William Christie - mise en scène,
décors et costumes Pier Luigi Pizzi - chorégraphie
François Raffinot - avec Danièle Borst/Donna Brown,
Véronique Dietschy/Marie-Christine Porta, Anne
Howells/Brigitte Lafon, Agnès Mellon/Isabelle Poulenard,
Valérie Chevalier, Marie Duisit, Jerry Hadley/Christopher
Cameron, Ludwig Baumann/Philippe Bohée, Thierry Dran,
Stephen Dupont/Jean-Philippe Courtis
"La mise en scène
de Pizzi toujours aussi merveilleusement intelligente, sensible,
symbolique sans excès, des costumes et décors d'une
ravissante tonaalité...Grâce à William Christie,
la partition acquiert une vigueur fascinante, rude et dense, souple
et nerveuse...Distribution excellente...Danielle Borst peint une
Aricie touchante et ssobre...Anne Howells trouve des accents de
tragédienne, des gestes décantés...pour incarner
d'une voix pleine, sensuelle et chaude, le dramatique personnage de
Phèdre...Véronique Dietschy, charmante
Diane...Christopher Cameron a campé un Hippolyte vibrant,
tendrement amoureux, sobrement victorieux..." (Opéra
International - mais 1985)
- Opéra de
Lyon - 6 mars 1984 - dir. John Eliot Gardiner - mise en
scène Pier Luigi Pizzi - production du festival d'Aix en
Provence de 1983 - avec Anne Marie Rodde (Aricie), Jennifer Smith
(Diane), Carolyn Watkinson (Hippolyte), John Aler, Jules Bastin,
Gilles Cachemaille (Thésée)
"Le merveilleus travail,
scénique et pictural, de Pizzi n'a rien perdu de sa
fraîcheur et de beauté plastoique absolument grandiose.
C'est un véritable régal que de voir ces sublimes
décors baroques, noir et or, sur lesquels les ravissants
costumes jettent de somptueuses taches de coculeurs vives tranchant
encore sur ces visions infernales, noirs personnages qui accompagnent
inexorablement le destin du héros..."
- Festival d'Aix en
Provence - Théâtre de
l'Archevêché - 15, 18, 22, 27, 31 juillet 1983 -
coproduction avec l'Opéra de Lyon - English Baroque Solists
- Monteverdi Choir - dir. John Eliot Gardiner - mise en
scène Pier Luigi Pizzi - chorégraphie Catherine
Turocy - avec Jessye Norman (Phèdre), Rachel Yakar
(Aricie), Jennifer Smith, John Aler (Hippolyte), José Van
Dam, Jules Bastin, Jean-Claude Orliac, Gilles
Cachemaille

"Refusant la reconstitution
historique, Pier Luigi Pizzi nous procure un bonheur total, qui ne se
démentira à aucun moment"..."Décors baroques,
opposition du monde de la couleur et de la lumière avec celui
des ténèbres, changement de décors à vue,
mouvements de foule, divestissements dansés dans l'esprit de
la spontanéité et de l'improvisation par le remarquable
enensemble du New York Dance Company sur des chorégraphies de
Catherine Turocy, cete fête en perpétuel mouvement forme
un saisissant contraste avec l'extraordinaire présence
immobile de Jessye Norman"..."Cette incarnation efface de la
mémoire les Phèdre les plus bouleversantes, celle de
Janet Baker compris"..."Elle ne fait pas oublier le
Thésée de José Van Dam...qui créé
ici un de ses plus grands personnages"..."L'américain John
Aler confirme en Hippolyte l'enthousiasme suscité lors des
Boréades l'an dernier...Nous tenons là un grand
ténor ramiste"..."Toute la distribution est exemplaire, comme
Rachel Yakar, Aricie frémissante"..."Les English Baroque
Soloists et plus encore le Monteverdi Choir, sous la direction de
John Eliot Gardiner sont les premiers responsables de cette
fête sonore." (Opéra International - septembre 1983)
- Opéra
International -
juillet/août 1983 - "Hippolyte et Aricie,
tragédie-ballet" - Festival d'Aix en Provence
- Théâtre
Musical du Châtelet - 6 juin 1983 - version de
concert - dir. Jean-Claude Malgoire - avec Grégory Reinhart
(Jupiter), Carolyn Watkinson (Phèdre), Françoise
Destembert, John Elwes, Anne-Marie Blanzat (Aricie), Urik Cold
(Thésée).
- Athènes
- 1980 - English Bach Festival - dir. Charles
Mackerras
- Londres - Covent Garden
- 1980 - English Bach Festival - dir. Charles
Mackerras
- Berlin -
juillet 1980 - dir. Jean-Claude Malgoire - avec Malone, Dooleye,
Knutsen
- Oxford - English Bach
Festival - 1978 - Opéra
Royal du Château de Versailles - 7 juin 1978 -
The English Bach Festival Chorus (dir. Nicholas Cleobury) - La
Grande Écurie et la Chambre du Roy - dir. Jean-Claude
Malgoire - mise en scène Lila Lalandi - avec Ian Caley,
ténor (Hippolyte), Arleen Auger, soprano (Aricie), Carolyn
Watkinson, mezzo-soprano (Phèdre), Edda Moser, soprano (La
Grande Prêtresse de Diane, une Chasseresse), Anne-Marie
Rodde, soprano (L'Amour, une Bergère), Sonia Nigoghossian,
mezzo-soprano (Oenone), Lyliane Guitton, soprano (Diane), Jocelyne
Chamonin, soprano (Une Prêtresse), Ulrik Cold, basse
(Thésée), Max von Egmond, basse (Pluton, Jupitere),
Jean-Claude Orliac, ténor (Un Suivant de l'Amour,
Première Parque), Michael Golthorpe (Mercure, Tisyphone,
Arcas), Michel Hubert (Troisième Parque)
- Strasbourg - 20
avril 1974 - Opéra de
Marseille - 1974 - dir. Jean-Claude Casadesus - mise en
scène Pierre Barrat - scénographie Jean-Claude Maret
- chorégraphie Robert Thomas - avec Bosabalian, Antoine,
Auphan, Schuyler Hamilton, Calès, Mallabrera
- Boston - Back Bay
Theatre - 6 avril 1966 - New York City Opera - dir. et
adaptation Osbourne McConathy - mise en scène Sarah
Caldwell - avec Placido Domingo (Hippolyte), Beverly Sills,
Jeannine Crader (Phèdre), George Fourie
(Thésée), Boris Carmeli (Pluton), Carol Bogard
(Diane)
- Birmingham -
1965 - production du Barber Institute
- Paris - Festival du
Marais - 3 juin 1964 - dir. Jouineau - avec Jane
Rhodes, Rachel Yakar, Vessières, Michel
Sénéchal
- New York
Academy - 11 avril 1954
- Bâle -
1931 - en allemand
- Société des
Concerts du Conservatoire - 18, 25 janvier 1914 - avec
Delmas (Thésée)
- Opéra de
Paris - 1908 - dix représentations, la
première le 10 mai (ou six représentations, la
première le 13 mai) - révision Vincent d'Indy - dir.
André Messager / Paul Vidal - mise en scène Paul
Stuart - décors Jusseaume, Rochette, Landrin, Carpezat et
Ronsin - chorégraphie Léo Staats - costumes Pinchon
- avec Mlle Gall (Aricie), Lucienne Bréval (Phèdre),
Hatto, Rodolphe Plamondon (Hippolyte), Delmas, A. Gresse - Ce fut
la première oeuvre montée par Messager devenu
directeur de l'Opéra. Louis Laloy pensa relancer les
représentations en procédant à des coupes
importantes dans les divertissements dansés, mais le public
ne suivit pas, et il n'y eut que six représentations.


"un spectacle plus
intéressant qu'attrayant, même aux oreilles averties...
Vincent d'Indy a, autant qu'il put, respecté le dialogue
dramatico-récitatif de préférence au reste. Il
semble avoir tergiversé quelque peu, en conservant un Prologue
aussi superflu que puéril... Hippolyte et Aricie n'en demeure
pas moins aujourd'hui un spectacle factice... La reconstitution que
nous offre notre opéra, néanmoins, s'atteste des plus
louables... L'ensemble de l'interprétation mérite les
meilleurs compliments... (Jean Marnold - avril 1908 - dans «
Musique d'autrefois et d'aujourd'hui »)
- Paris -
Société des Concerts du Conservatoire -
16, 23 février 1908 - fragment du IIIe acte - dir. Georges
Marty - avec M. Delmas (Thésée)
- Genève -
28 mars 1903 - première reprise - dir.
Jacques-Dalcroze
- Paris -
Société des Concerts du Conservatoire -
22 mars 1840, 21 mars 1842 - Trio des Pârques - dir.
François habeneck - avec Alexis Dupond, Wartel, Alizard,
Ferdinand Prévot (Pluton)
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