Le compositeur

HIPPOLYTE ET ARICIE

COMPOSITEUR

Jean-Philippe RAMEAU
LIBRETTISTE

Abbé Simon-Joseph Pellegrin

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1950

Roger Désormière
L'Oiseau-Lyre
1 (LP)
français
1966
1997
Anthony Lewis
Decca
2
français
1978
1978
Jean-Claude Malgoire
CBS
3 (LP)
français
1966
1983
Osborne McConathy
HRE
3 (LP)

1983

-
John Eliot Gardiner
Celestial Audio
2
français
1994
1995
Marc Minkowski
Deutsche Grammophon
3
français
1996
1997
William Christie
Erato
3
français
1996

-
William Christie
Erato
1
français

Tragédie en musique en cinq actes et un prologue (O.C. VI), sur un texte de l'abbé Simon-Joseph Pellegrin, inspiré d'Euripide (Hippolyte porte-couronne) et de Racine (Phèdre).

Rameau ayant décidé d'écrire pour le théâtre après avoir entendu la Jephté de Montéclair, le fermier général La Pouplinière mit Rameau en contact avec le librettiste l'abbé Simon Pellegrin (*). Ce dernier écrivit rapidement le livret d'Hippolyte et Aricie, mais ne voulut donner le poème qu'en échange d'une obligation de cinquante pistoles, pour le cas où l'opéra tomberait.

Celui-ci fut d'abord représenté en privé chez La Pouplinière en avril 1733, et plus tellement à l'abbé Pellegrin qu'il déchira le billet signé par Rameau, l'assurant que "cette musique pouvait se passer de caution, et que si l'ouvrage ne réusssisait pas, ce serait sa faute et non celle de Rameau".

(*) Simon-Joseph Pellegrin, né à Marseille en 1663, appelé le « curé de l'Opéra », dont on disait :

Le matin catholique et le soir idolâtre,

Il dine de l'autel et soupe du théâtre.

Hippolyte et Aricie fut représenté l'Académie royale de musique le 1er octobre 1733, sous la direction de Francoeur. C'était la première création depuis la prise de direction de l'Opéra par Eugène de Thuret, fils naturel du prince Eugène de Savoie, le 1er avril 1733.

La distribution réunissait Mlle Eremans (Diane), Jélyotte, alors âgé de vingt ans ans (L'Amour), Dun (Jupiter), Mlle Pélissier (Aricie), Marie Antier (Phèdre), Mlle Monville (Oenone), Mlle Petitpas (La Grande-Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseuse, une Bergère), Tribou (Hippolyte), Chassé (Thésée), Dun (Pluton), Cuignier, Jélyotte et Cuvillier (Les Parques).

Ballet : Nymphes de Diane ; Prêtresses de Diane ; un Démon ; Matelots (avec D. Dumoulin, et Marie-Anne Cupis de Camargo) ; un Chasseur ; une Bergère (Mlle Camargo).

Marie-Anne Cupis de Camargo

L’oeuvre fut mal accueillie par une grande partie de l’auditoire ; Maret rapporte que le premier acte à peine commencé, il se forme dans le parterre un bruit sourd qui, croissant de plus en plus, annonçait bientôt à Rameau la chute la moins équivoque. Ce n’était pourtant pas que tous les spectateurs contribuassent à un jugement aussi injuste ; mais ceux qui n'avaient d’intérêt que celui de la vérité ne pouvaient encore se rendre compte de ce qu’ils sentaient ; et le silence que leur dictait la prudence livra le musicien à la fureur de ses ennemis. La musique en fut trouvée difficile à exécuter, et il fallut sacrifier le fameux Trio des Parques.

Le Mercure (octobre 1733) se borna à parler de l'accueil favorable du public, tout en louant une musique mâle et harmonieuse, d'un caractère neuf.

Castil-Blaze raconte ainsi l'accueil réservé par le public : Hippolyte et Aricie parut sur la scène le 1er octobre 1733. Une violente opposition s'éleva contre le nouvel œuvre dont le succès fut contesté. « Que ne peut l'habitude sur nous ? dit un contemporain : si depuis longtemps nous n'avions été éclairés que par la faible lueur d'un flambeau, nous fermerions les yeux à la lumière du soleil, et la crainte d'être éblouis pendant quelques momens, nous ferait préférer l'horreur des ténèbres à l'éclat du plus beau jour. La nature nous inspire en vain le bon goût, l'habitude en forme souvent un factice, pour lequel les préjugés fortifient notre attachement ; et Rameau faillit en être la victime.

« Lulli avait accoutumé nos oreilles aux sons les plus doux, aux intonations les plus faciles ; content d'intéresser le cœur, il n'avait que rarement cherché à captiver tous nos sens par la magie de l'harmonie ; il s'était principalement attaché à la mélodie que le goût et le sentiment lui inspiraient ; et quoique ce grand musicien n'eût pas saisi tout ce qui caractérisait le goût naturel, le Français, né sensible, toujours entraîné par le mouvement de son cœur, ne croyait pas qu'il pût y avoir d'autres beautés que celles qui brillaient dans les œuvres de ce créateur de la musique française. Le goût qui régnait dans ses opéras paraissait au public le bon goût par excellence. Tous les ouvrages de musique n'étaient apprécies que d'après les rapports qu'ils avaient avec ceux de Lulli.

« On entendait pour la première fois des airs dont l'accompagnement augmentait l'expression, des accords surprenans, des intonations qu'on avait cru impraticables, des chœurs, des symphonies dont les parties différentes, quoique très nombreuses, se mêlaient de façon à ne former qu'un tout. Les mouvemens étaient combinés avec un art inconnu jusqu'alors, appliqués aux différentes passions avec une justesse qui produisait les effets les plus merveilleux. Ce n'était plus au cœur seul que lu musique parlait ; les sens étaient émus, et l'harmonie enlevait les spectateurs à eux-mêmes, sans leur laisser le temps de réfléchir sur la cause de ses prodiges.

« Lulli avait charmé, séduit ; Rameau étonnait, subjuguait, transportait. Était-il facile de reconnaître dans la musique de celui-ci le véritable langage de la nature, tandis qu'on était prévenu que l'autre avait su le rendre ?

« Aussi le rideau fut à peine levé, qu'il se forma dans le parterre un bruit sourd, qui, croissant de plus en plus, annonça bientôt à Rameau la chute la moins équivoque. Un revers si peu mérite l'étonna sans l'abattre : Je me suis trompé, disait-il ; j'ai cru que mon goût réussirait ; je n'en ai point d'autre; je ne ferai plus d'opéras. Peu à peu les représentations d'Hippolyte et Aride furent plus suivies et moins tumultueuses ; les applaudissemens couvrirent les cris d'une cabale qui s'affaiblissait chaque jour; et le succès le plus décidé couronnant les travaux de l'auteur, l'excita à de nouveaux efforts qui lui firent partager avec Lulli les honneurs de la scène lyrique; et par la révolution la plus étonnante, lui méritèrent le titre de réformateur de la musique.

Après la première représentation, Rameau, mécontent de la façon dont Marie Antier chantait le rôle de Phèdre, supprima le monologue ouvrant le troisième acte, et, un mois plus tard, également la scène suivante entre Phèdre et Oenone. En revanche, Mlle Petitpas se distingua, dans un air sans doute écrit à son intention, par un ramage de rossignol qu'on n'a jamais porté aussi loin.

La polémique se déchaîna, entraînant une querelle entre les Lullistes et les Ramistes, les premiers clamant :

Si le difficile est beau

C’est un grand homme que Rameau.

Mais si le beau, par aventure,

N’était que la simple nature,

Quel petit homme que Rameau !

Cependant l’opinion évolua peu à peu : les représentations d’Hippolyte furent plus suivies et moins tumultueuses, et les applaudissements couvraient les cris d’une cabale qui s’affaiblissait chaque jour. » Interrogé par le prince de Conti sur ce qu’il pensait de l’oeuvre, Campra répondit : Il y a dans cet opéra assez de musique pour en faire dix ; cet homme nous éclipsera tous.

Dans sa Nécrologie des hommes célèbres, Palissot de Montenoy (*) raconte que : La représentation d’Hippolyte et Aricie devint une époque pour la nation. Elle excita dans les esprits une fermentation générale, effet ordinaire de tous les bons ouvrages. Tout le monde prit parti pour ou contre ce nouveau genre de musique avec une espèce de délire.

(*) Charles Palissot de Montenoy, auteur dramatique, né à Nancy le 3 janvier 1730 et mort à Paris le 15 juin 1814.

Une parodie fut jouée au Théâtre Italien dès le 30 novembre 1733.

En février 1734, Marie-Louise Angot (*), fille d'un musicien du roi, devenue en 1726 l'épouse de Rameau, se fit entendre dans Hippolyte et Aricie devant la Reine qui loua beaucoup sa voix et son goût pour le chant.

(*) Maret dit de Marie-Louise Angot : Mme Rameau est une femme honnête, douce et aimable, qui a rendu son mari fort heureux ; elle a beaucoup de talents pour la musique, une fort jolie voix et un bon goût de chant.

L'oeuvre connut une quarantaine de représentations, puis fut reprise le 11 septembre 1742, avec des changements considérables, à nouveau pour une quarantaine de représentations, avec une distribution réunissant : Mlle Chevalier (Diane), Mlle Bourbonnais (L'Amour), Albert (Jupiter), Mlle Le Maure (Aricie), Mlle Eremans (Phèdre), Mlle Coupée (Oenone), Mlle Fel (La Grande-Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseuse, une Bergère), Jélyotte (Hippolyte), Chassé (Thésée), Le Page (Pluton), Cuvillier, Albert et Bérard (Les Parques). Ballets : une Nymphe de Diane ; une Prêtresse de Diane ; Furie ; Matelots ;(toujours avec D. Dumoulin et la Camargo) ; un Berger.

A cette occasion, Rameau ajouta une gavotte pour flûte et cordes dans le prologue, reprise en 1745 dans La Princesse de Navarre. Le rôle du messager Arcas et le choeur des chasseurs à la fin de l'acte IV furent en revanche supprimés. Par ailleurs les deux dernières scènes de l'acte III furent inversées.

Une nouvelle reprise eut lieu en 1757, sans le prologue, mais avec l'ajout de trois Tambourins à la fin de l'acte III, dont un tiré de la pastorale Acante et Céphise - où l'oeuvre tint vingt-quatre représentations.

Une nouvelle reprise, la dernière, eut lieu en 1767, après la mort de Rameau.

 L'oeuvre fut jouée à Lyon, en 1743, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale.

Deux parodies furent données au Théâtre Italien : la premiere, sous le même titre, en un acte en prose et vaudevilles, de Riccoboni dit le fils, le 30 novembre 1733 ; la seconde, sous le même titre, en un acte en prose et vaudevilles, par Favart, le 11 octobre 1742.

 

"Après s’être essayé à la cantate, aux divertissements et à toutes sortes de «bagatelles» d’essence dramatique, après avoir créé avec Voltaire un opéra intitulé Samson que la censure fit interdire, Rameau livra son premier opéra à l’âge de cinquante ans. Une partie du public s’enthousiasma pour cette musique « remplie de beautés singulières » ; elle forma le clan des « rameauneurs ». L’autre partie, conservatrice et frileuse, fut choquée par tant de nouveautés et de dissonances qu’elle ressentit comme du bruit, du tintamarre, du «baroque». En dépit de cette querelle entre partisans de la nouvelle musique et de l’ancienne, autrement dit entre ramistes et lullistes, Hippolyte et Aricie emporta un très vif succès qui « fut l’époque d’un perfectionnement remarquable (...) de l’opéra. Rameau dut y créer pour ainsi dire des chanteurs et des symphonistes » capables de faire face à ses audaces (Decroix, art. « Rameau », Biographie universelle de Michaud). Rameau dut pourtant supprimer les pages les plus inventives de l’œuvre, notamment, au deuxième acte, le second trio des Parques « Quelle soudaine horreur » exploitant le principe de la modulation par enharmonies. Dans sa Génération harmonique (1737, p. 155), Rameau exprime son amertume à ce propos, et explique qu’il a toujours laissé le fameux trio dans l’édition imprimée de la musique « pour que les Curieux puissent en juger ». Inlassablement et comme à son habitude, il remania son œuvre en 1742 puis en 1757 pour une nouvelle production." (Présentation de l'édition critique de Sylvie Bouissou)

 

Synopsis détaillé

Prologue

Dans la forêt d'Erymanthe

(1) Le Choeur des nymphes chante les louanges de Diane. Entrée des Sylvains, habitants de la forêt. (2) Une dispute éclate entre Diane (soprano) et l'Amour (soprano) sur la question de savoir qui règne sur le coeur des habitants de la forêt. Diane invoque Jupiter pour débarrasser la forêt de l'Amour. On entend un bruit de tonnerre. (3) Jupiter descend et indique à Diane que le Destin lui-même impose l'Amour jusqu'aux fond des bois. Il n'accorde toutefois à Amour qu'un jour par an. (4) Diane se soumet, mais jure néanmoins de protéger Hippolyte et Aricie. Elle disparaît en traversant les airs. (5) Amour promet de doux plaisirs aux Sylvains et aux Nymphes. Ceux-ci dansent deux gavottes, deux menuets, une marche.

La tragédie proprement dite se passe dans la ville de Trézène et ses environs, sur la côte du Péloponnèse. Thésée (basse) est devenu roi d'Athènes en éliminant toute la famille rivale des Pallantides à l'exception d'Aricie (soprano), qu'il contraint à des voeux de chasteté. Entre-temps, son épouse Phèdre (mezzo-soprano) s'est prise d'une passion incestueuse pour Hippolyte (ténor), fils qu'il a eu d'un précédent mariage.

Acte I

Un temple consacré à Diane

(1) Aricie, seule, se prépare à contrecoeur à prononcer ses voeux. Elle supplie la santuaire de protéger son coeur inquiet contre un amour malheureux - sa passion secrère pour Hippolyte - et se déclare prête à le sacrifier à la déesse. (2) Hippolyte entre et interroge Aricie. Il est cconsterné d'apprendre son sort et de savoir qu'il en est directement responsable. Ils se révèlent leur amour réciproque et implorent en duo la protection de Diane. (3) Marche aux sons desquels la Grande-Prêtresse de Diane et les prêtresses font leur entrée. Les prêtresses chantent les délices de leur devoir et s'ehortent à rendre hommage à leur reine. (4) La cérémonie est interrompue par Phèdre, qui craint qu'Aricie ne désobéisse à Thésée et renonce à prononcer ses voeux par amour pour Hippolyte. Aricie, soutenue par les prêtresses, se dit peu disposée à se lier par un voeu de célibat éternel. La reine,entre en fureur et en appelle à Hippolyte. Sa réponse confirme les soupçons de Phèdre qui menace de donner l'ordre de prendre d'assaut le temple. La Grande-Prêtresse en appelle aux dieux. Le tonnerre gronde, annonçant la déesse. (5) Diane apparaît. Elle rassure les prêtresses, repousse Phèdre, et assure les deux amants de sa protection. Elle entre dans son temple avec ses prêtresses, Hippolyte emmène Aricie. (6) Restée seule avec sa nourrice Oenone (mezzo-soprano), Phèdre exhale sa fureur, impuissante. (7) Elle est interrompue dans ses pensées jalouses par l'arrivée d'Arcas qui annonce que Thésée est descendu aux Enfers et qu'il faut donc le considérer comme mort. (8) Oenone fait remarquer à Phèdre que la disparition du roi rend légitime la passion de Phèdre pour son beau-fils. Tandis qu'Aricie ne peut offrir à Hippolyte que son amour, la reine peut lui donner à la fois son coeur et la couronne. Phèdre se laisse finalement convaincre, mais envisage de mourir au cas où elle ne réussirait pas à conquérir Hippolyte.

Acte II

Neptune a promis à Thésée, son fils, qu'il lui viendrait trois fois en aide. Le roi a déjà formulé son premier voeu en demandant la permission de descendre aux Enfers pour secourir son ami Pirithoüs, qui a voulu enlever la femme de Pluton, Proserpine.

L'entrée des Enfers

(1) La furie Tisiphone (ténor) interdit à Thésée l'entrée des Enfers. S'engage une altercation au cours de laquelle Thésée implore la libération de Pirithoüs et propose de prendre sa place. Mais la furie demeure intraitable.

Costume pour une Furie

La cour de Pluton

(2) Les portes s'ouvrent et l'on découvre Pluton (baryton) entouré des divinités souterraines, avec à ses pieds, les trois Parques (ténor, ténor, baryton) . Insensible aux suppliques de Thésée, Pluton le condamne à partager les souffrances de Pirithoüs. Thésée s'adresse à Pluton et le supplie de lui permettre de rejoindre sson ami Pirithoüs. Apparemment touché par son éloquence, Pluton ordonne que le tribunal souterrain décide du sort de son ami et congédie Thésée en attendant l'arrêt des juges. (3) Pluton descend du trône, et laisse cependant éclater sa colère : il en appelle aux rivières infernales pour qu'elles vengent l'honneur de Proserpine et le sien. Tandis que les furies dansent, les divinités préparent leur vengeance. (4) Thésée revient. Il demande à Tisiphone de rejoindre Pirithoüs, mais celle-ci lui répond que seule la mort peut les réunir. Lorsqu'il réclame la mort, les Parques lui répondent qu'elles ne peuvent trancher le fil de sa vie que 1e moment venu. Sa mission ayant échoué, Thésée fait à Neptune son deuxième voeu : quitter les Enfers. Les divinités infernales lui rappellent que, s'il est facile d'entrer aux Enfers, en sortir est impossible. (5) Mercure apparait, signe que la prière de Thésée a été entendue. Il rappelle à Pluton que Neptune doit respecter son serment ; et lorsque les intérêts des dieux s'opposent, l'harmonie de l'univers exige qu'ils trouvent un compromis. Acceptant à contrecoeur de libérer Thésée, Pluton ordonne aux Parques de lui révéler sa destinée. Elles font alors une terrible prédiction : Thésée va quitter les Enfers pour trouver les enfers chez lui.

Acte III

Le palais de Thésée sur le rivage de la mer

(1) Phèdre attend Hippolyte, résolue à lui déclarer son amour. Elle est tourmentée par la culpabilité et implore la grâce de Vénus, la suppliant en même temps de rendre Hippolyte sensible à son amour. (2) Oenone annonce l'arrivée du prince. (3) Se croyant haï d'elle. Hippolyte s'excuse de sa présence en ce moment de deuil. La reine lui avoue que ses sentiments pour lui sont tout autres. Soulagé, Hippolvte lui jure fidélité en des termes que Phèdre prend à tort pour de l'amour. Encouragée par les paroles d'Hippolyte, qui affirme vouloir apporter son soutien au fils de la reine lorsqu'il sera sur le trône, elle lui propose de mettre le fils, le trône et la mère sous ses ordres. Hippolyte ne comprend pas ; il ne souhaite pas le trône, seul l'amour d'Aricie lui importe. En proie à son courroux, la reine laisse échapper 1e mot de rivale en parlant d'Aricie. Comprenant enfin les sentiments de sa belle-mère, Hippolvte est atterré et réclame un châtiment divin. Phèdre, emplie de honte, le supplie de la tuer. Devant son refus, elle s'empare de son épée mais il réussit à la lui arracher des mains. (4) C'est alors que Thésée arrive, à l'improviste. Ayant toujours à l'esprit la prophétie des Parques, il est témoin de ce qui semble une atteinte à l'honneur de son épouse. D'autant que Phèdre parle d'amour outragé, avant de s'en aller sans autre explication. (5) Hippolyte ne fait qu'aggraver la situation en préférant se porter candidat à l'exil plutôt que d'accuser sa marâtre. (6) Oenone laisse alors croire à Thésée qu'Hippolyte s'apprêtait à violer la reine. (7) Thésée essaye de remettre de l'ordre dans ses pensées. (8) Mais il est distrait par l'arrivée d'une troupe de Trézéniens et de matelots. (8) Malgré l'angoisse qui le ronge, il les écoute poliment remercier Neptune d'avoir laissé revenir leur roi sain et sauf. Incapable de supporter cette action de grâce plus longtemps, il finit par les congédier. (9) Luttant avec ses émotions, il fait son troisième voeu à Neptune : qu'Hippolyte soit puni. La mer se déchaîne, signe que le dieu l'a entendu.

Acte IV

Un bois consacré à Diane sur le rivage de le mer

(1) Hippolyte se lamente sur son destin. (2) Il est rejoint par Aricie. Après avoir accepté qu'il ne puisse lui révéler la vérité, elle consent à le suivre dans son exil et à devenir son épouse. Ils supplient Diane de bénir leur serment. On entend un bruit de chasse. (3) Une troupe de chasseurs et chasseresses arrive alors et vante la protection de Diane contre l'Amour. Leur divertissement est interrompu par une tempête, au cours de laquelle surgit un redoutable monstre marin. Hippolyte l'affronte bravement, mais est englouti par les flammes. Lorsque la fumée se dissipe, il a disparu. Aricie s'effondre, le croyant mort, tandis que l'assistance horrifiée pleure sa disparition. (4) Phèdre survient, pleine d'appréhension en entendant leurs lamentations. Lorsque les chasseurs racontent ce qui est arrivé à Hippoyte, elle affirme être seule responsable de sa mort. En proie aux remords, elle implore les dieux d'attendre pour accomplir leur vengeance qu'elle ait pu révéler à Thésée l'innocence de son fils.

Acte V

Un bois consacré à Diane sur le rivage de la mer

(1) Thésée a appris la vérité de la bouche de Phèdre, qui s'est ensuite donné la mort, et il décide de se jeter à la mer. (2) Neptune l'en empêche et lui révèle qu'Hippolyte, grâce à l'intervention de Diane, est encore en vie. Mais la joie du roi est éphémère, car pour avoir trop facilement admis la culpabilité de son fils, il est condamné à ne plus le revoir. Accablé de douleur, il accepte néanmoins son châtiment dignement. Neptune rentre sous les flots, et Thésée se retire.

La forêt d'Aricie. Des jardins délicieux forment les avenues de la forêt. Aricie, couchée sur un lit de gazon, s'éveille au bruit d'une douce symphonie

(3) Aricie demeure inconsolable. (4) Un groupe de bergers et de bergères invoque Diane afin qu'elle descende parmi eux. (5) La déesse apparaît et annonce l'arrivée d'un héros qui lui est cher. Elle demande que l'on prépare des jeux en son honneur. (6) A Aricie qui se lamente sur la mort d'Hippolyte, Diane révèle qu'un tendre époux va paraître à ses yeux. (7) Les Zéphyrs amènent ce héros, qui est Hippolyte. Les deux amants sont réunis. (8) Les habitants de la forêt célèbrent alors l'union des amants.

 

Le synopsis est aussi sur le site Ars Musica

 

http://www.intac.com/~rfrone/operas/sfo/Operas-H/Hippolyte_et_Aricie_l.htm  

Opera Omnia Rameau IV . 1- Hippolyte et Aricie, version 1733 - Sylvie Bouissou - Gérard Billaudot éditeur - 2002

OOR - IV . 6 - Hippolyte et Aricie, version 1757- Sylvie Bouissou - en préparation

 

Représentations :

 

 

"Nouvelle réussite pour Nicolas Joël, le patron du Capitole de Toulouse, qui accueille Hippolyte et Aricie, de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), dont la première, le 6 mars, a suscité un bel engouement public.

Jusqu'alors les choses étaient naturellement partagées en matière de mise en scène d'opéra baroque. Il y avait, d'un côté, les tenants de la voie historique - ainsi Benjamin Lazar, dont le Cadmus et Hermione, de Lully, monté à l'Opéra-Comique à Paris en 2008, est un modèle du genre. De l'autre, les parangons de la transposition : David McVicar et son Couronnement de Poppée, de Monteverdi (2004), ou Krzysztof Warlikowski, dont l'Iphigénie en Tauride, de Gluck (2006) ont suscité moult controverses.

Il y a désormais une troisième voie. Non pas médiane, mais tangente et poétique, celle du metteur en scène Ivan Alexandre. Une voie qui prône le petit pas de côté ou le quart de volte déplaçant la ligne et faisant surgir le rêve. Prendre au baroque les codes vestimentaires, la rhétorique gestuelle, les décors peints et autres machines merveilleuses, oui. Mais pour mieux ouvrir les mains et laisser s'envoler la musique. Perruques, poudre, danse, autant de nostalgies amoureuses qui rendent palpable sans douleur le poids du temps ayant porté jusqu'à nous les chefs-d'oeuvre inoubliés.

Qui est Ivan Alexandre ? Transfuge de la critique musicale ? Renégat de la musicologie ? Les deux sans doute. Le nom de ce Français né en 1960 est encore inconnu du monde de la scène, puisqu'il signe avec Hippolyte et Aricie sa deuxième mise en scène, après Rodelinda, d'Haendel, donné à Buenos Aires en juin 2007. Mais il est familier aux lecteurs mélomanes du Nouvel Observateur et du magazine Diapason, où Ivan Alexandre tient chronique d'une plume acérée et fait figure de spécialiste du répertoire baroque.

Son spectacle est d'un raffinement extrême, pour en appeler à la langue de l'abbé Pellegrin, librettiste de cette première tragédie lyrique d'un Rameau déjà âgé de 50 ans (1733). Les costumes aux harmonies voilées de Jean-Daniel Vuillermoz sont d'une élégante beauté, comme les lumières d'outre-monde d'Hervé Gary ou les ingénieux décors de toiles peintes (plus de 2 500 m2 !) par Antoine Fontaine. Les chorégraphies de Natalie Van Parys sont d'une force émotionnelle rare, portée par les excellents danseurs de la compagnie Les Cavatines.

Vocalement, cet Hippolyte a aussi fière allure : le Thésée de Stéphane Degout, magistral de noblesse et d'intensité, la Phèdre incandescente de la mezzo américaine Allyson McHardy (une révélation) et l'Amour de Jaël Azzaretti, angelot narquois et matois.

A la tête de son Concert d'Astrée (orchestre et choeur des grands soirs), Emmanuelle Haïm fait du beau travail. On peut souhaiter plus de contrastes et de couleurs sombres, mais sa direction rend justice à cet opéra magnifique, dont l'aîné et rival de Rameau, André Campra (1660-1744), disait qu'il comportait "assez de musique pour en faire dix".

"Après un « Couronnement de Poppée » de Monteverdi magistral, tant au plan scénique que musical, Nicolas Joël a voulu rendre un juste hommage à Jean-Philippe Rameau. Avant de quitter Toulouse à la fin de la saison pour devenir le patron de l'Opéra de Paris, le directeur artistique du Théâtre du Capitole a confié au journaliste Ivan Alexandre (collaborateur du « Nouvel Observateur » et du magazine « Diapason ») le soin de réaliser une nouvelle mise en scène d'« Hippolyte et Aricie ». Décors raffinés de toiles peintes d'Antoine Fontaine, costumes et perruques d'un XVIIIe siècle imaginaire dessinés par Jean-Daniel Vuillermoz, éclairages subtils depuis le bord de la scène réglés par Hervé Gary : le spectacle offre au spectateur un merveilleux voyage au royaume des dieux et des héros de la mythologie antique. Jouant à fond la carte d'un théâtre spectaculaire, de machineries à l'ancienne, la production multiplie les objets et machines volantes, les changements de décor à vue. Elle rend aussi justice aux divertissements dansés, interprétés avec brio et légèreté par la compagnie Les Cavatines. « Je n'ai pas cherché à réaliser une reconstitution. J'ai simplement souhaité que tout se passe en rêve », précise Ivan Alexandre. Le résultat est à la mesure de ses ambitions : magique, dénué de tout réalisme daté, cet « Hippolyte et Aricie » redonne ses lettres de noblesse à la tragédie lyrique de Rameau.

À la tête de son orchestre d'instruments anciens, Le Concert d'Astrée, Emmanuelle Haïm porte la production avec autant d'énergie que d'efficacité dramatique. Très attentive aux chanteurs, elle veille à souligner la richesse instrumentale de la partition de Rameau.

Sur le plateau, la distribution est dominée par le Thésée de Stéphane Degout, superbe d'autorité vocale et scénique, parfait de style et d'élégance, de clarté de la diction dans un répertoire qu'il maîtrise sans faiblesse, tant dans les récitatifs que les airs. La mezzo-soprano américaine Allyson McHardy prête à Phèdre un beau tempérament dramatique et un timbre émouvant, la soprano Jaël Azzaretti est exquise dans les trois rôles de l'Amour, la Bergère et la Matelote. En Hippolyte et Aricie, Frédéric Antoun et Anne-Catherine Gillet forment un couple physiquement bien assorti. Comédiens sensibles, ils composent des personnages touchants. Pas de fausse note parmi les autres rôles : tous les interprètes participent à la réussite du spectacle, longuement acclamé le soir de la première."

"Première tragédie composée par Rameau, à 50 ans, Hippolyte et Aricie est inspiré de la Phèdre de Racine, mais beaucoup moins facile à mettre en scène. Et ce, en raison d’un livret faisant peu cas de la dimension temporelle dans la succession des événements, des chœurs, des danses et de la distribution de leurs durées respectives, ce qui n’aide pas à la construction du drame. Depuis le fameux Atys de Lully, signé William Christie et Jean-Marie Villégier, en 1987 aux Champs-Elysées, il y a aussi de nouveaux standards d’exigence musicale et théâtrale à respecter lorsqu’on s’attaque à la tragédie lyrique française.

Plus près de nous, les Bourgeois Gentilhomme et Cadmus et Hermione, montés par Vincent Dumestre et Benjamin Lazar, ont aussi marqué par leur souci historique. Musicologue et critique, collaborateur de Marc Minkowski, Ivan Alexandre fait partie de ceux dont la vie a été transformée par cet Atys révolutionnaire. Son Hippolyte et Aricie, à Toulouse, ne pouvait être que la somme des passions qui l’animent : architectures en trompe-l’œil, toiles peintes, nacelles suspendues dans l’éther, nymphes et dieux ; c’est le baroque à l’état pur, dans sa féerie mais aussi son hypnotique statisme.

Avec le concours du peintre scénographe Antoine Fontaine et du costumier Jean-Daniel Vuillermoz (les deux sur la Reine Margot de Chéreau), de l’éclairagiste Hervé Gary et de la chorégraphe Natalie van Parys, aguerrie au style baroque via les Arts florissants, Ivan Alexandre, fidèle à la lettre ramiste, a voulu accorder ce qu’on voit avec ce qu’on entend, et s’en est donné les moyens. On est confondu par la beauté des tableaux, monumentaux, oniriques, par la gestion millimétrique de l’espace, le raffinement du geste et le poids conféré aux chanteurs. Transfuge des Arts florissants de Christie avant de fonder son Concert d’Astrée, en 2000, la claveciniste et chef Emmanuelle Haïm dirige son propre ensemble sur instruments anciens, toujours impressionnant de justesse d’intonation, de virtuosité instrumentale et d’esprit. Contrepartie de sa battue dansante et nerveuse, ciselant détails et articulations, un manque de contrastes et de tendresse, une certaine uniformité du discours qui met parfois chanteurs et chœur en décalage.

Le mariage des timbres et des voix, notamment dans le trio contrapuntique des Parques, n’en est pas moins souvent éblouissant, et cela grâce à la distribution. Bien que souffrant, le ténor canadien Frédéric Antoun se tire vaillamment du rôle d’Hippolyte, face à l’Aricie au soprano charnu et ductile d’Anne-Catherine Gillet. Saisissante (de timbre corsé et capiteux, de tempérament et de projection) est la Phèdre de la mezzo américaine Allyson McHardy. Diane de charme de la mezzo, américaine également, Jennifer Holloway, Amour pétulant de Jaël Azzaretti, Pluton racé du baryton François Lis, Neptune limpide de Jérôme Varnier, le style ramiste, déclamatoire et éloquent est servi avec art. Enfin, dix ans après avoir emballé en Papageno à Aix, Stéphane Degout compose un Thésée dévastateur : volume, projection, ardeur du mot, c’est le baryton français le plus naturellement et efficacement émotionnel de sa génération.

Déployant progressivement ses charmes, de l’aride au somptuaire, cet Hippolyte et Aricie est magistral."

"À Toulouse, pour sa première mise en scène, Ivan Alexandre livre une version raffinée de la tragédie lyrique Hippolyte et Aricie.

Après tout, François Truffaut et Claude Chabrol furent critiques de cinéma avant de devenir réalisateurs ! Pourquoi un critique musical ne deviendrait-il pas metteur en scène d'opéra ? Dans Le Nouvel observateur et Diapason, Ivan Alexandre décortique depuis un quart de siècle les chefs-d'œuvre de l'art lyrique avec une intelligence qui devaient bien un jour lui donner envie de s'y coller à son tour. Après une première tentative confidentielle en Argentine, voici ses débuts en France, dans le répertoire baroque qui lui tient tant à cœur. Inquiétude soudaine pour le critique chargé d'évaluer le travail d'un ancien confrère : et si c'était un échec ? Le monde de la critique est pavé d'artistes ratés !

Le rideau se lève sur Hippolyte et Aricie, premier opéra et coup de maître de Rameau, créé en 1733 : au bout d'à peine dix minutes, l'évidence est telle que l'on a oublié que le metteur en scène était encore, il y a quelques jours à peine, un écrivain sans expérience de la scène.

Évidence d'une pure beauté esthétique, d'abord : les fascinants décors en trompe l'œil d'Antoine Fontaine, les incroyables perruques et crinolines de Jean-Daniel Vuillermoz, les éclairages à la rampe d'Hervé Gary, la chorégraphie vivante de Natalie Van Parys, ressuscitent un monde d'illusion, d'un raffinement inouï, dont les images compteront parmi les plus splendides que l'on ait vues depuis longtemps. C'est du Benjamin Lazar sans le systématisme appuyé.

Car la mise en scène d'Ivan Alexandre n'affirme pas : elle suggère. Les personnages de la tragédie lyrique n'étant pas proches de nous, il joue de cet éloignement au lieu de chercher un réalisme hors de propos : les transformations de décors à machines, la juste symétrie des personnages dans l'espace, remplaceront psychologie et transposition. Seule la gestuelle des chanteurs nécessitera un travail plus approfondi pour paraître plus intégrée qu'apprise : elle a encore ici quelque chose de scolaire.

Belle direction d'Emmanuelle Haïm, extrêmement attentive au texte et à la vie de sa déclamation : on sera comblé lorsqu'elle communiquera à son orchestre agile du Concert d'Astrée autant de gourmandise et d'audace qu'aux voix, car ses vents sonnent trop lisses pour cette musique où l'idylle côtoie les dissonances les plus hardies. Très beau plateau, dominé par le Thésée de Stéphane Degout, tout simplement exceptionnel, la ­Phèdre incandescente d'Allyson McHardy, l'Amour virevoltant de Jaël Azzaretti, mais tous seraient à citer. Dans le couple protagoniste, Frédéric Antoun et Anne-Catherine Gillet nous ont paru un peu pâles le soir de la première, mais leur musicalité est sans défaut, et la soprano se chauffe en cours de soirée pour atteindre un vrai rayonnement. Paris mérite de voir ce spectacle."

Rien n’est trop beau pour Rameau : superbe résurrection d’un chef d’oeuvre; Une perle du répertoire lyrique français vient de trouver à Toulouse un écrin idéal. Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau y revit dans les fastes et les rituels qui sans doute l’ornaient lors de sa création. Maîtres d’oeuvre de ce somptueux retour aux sources, une équipe de baroqueux fervents qui aime et qui connaissent de A à Z les codes, les clés, les mystères de son langage et de sa musique : Emmanuel Haïm et son Concert d’Astrée, le décorateur Antoine Fontaine, l’inventeur des costumes Jean-Daniel Vuillermoz, et, nouveau venu dans l’univers de la mise en scène, le musicologue Ivan Alexandre. Une musique qui perle aux oreilles, des images d’un raffinement princier, des interprètes qui se coulent dans les modes et les rites comme si ils les avaient inventés.

Rameau était déjà quinquagénaire, à la mi-temps d’une carrière qui jusqu’alors lui valut plus de respect que de prospérité – son traité d’harmonie lui valut une réputation de savant -, quand il se lança pour la première fois dans l’écriture d’un opéra. Ce fut Hippolyte et Aricie, un succès qui le propulsa aussitôt dans les limbes des célébrités et lui donna des ailes pour une série d’œuvres lyriques qui n’en finissent pas de nous enchanter, des Paladins aux Boréades en passant par les Indes Galantes. « Dans un seul ouvrage il compose assez de musique pour en faire dix » disait de lui son aîné et admirateur, André Campra.

C’est donc à une sorte de reconstitution que l’on assiste même si son réalisateur en réfute le mot, une ballade stylisée dans le temps et les rituels des représentations d’antan. Ivan Alexandre n’est ni le premier ni le seul à remonter ainsi la marche des siècles. Le jeune Benjamin Lazar en a fait son cheval de bataille (voir webthea des 26 novembre 2007 et 25 janvier 2008) mais Alexandre ne lui emboîte pas vraiment le pas : chez lui pas d’éclairage à la bougie, pas de diction affectée de « e » muets sonnant ou de « s » sifflants. Les lumières, très belles, se contentent d’être rasantes « à la manière de » et le parler des chanteurs cherchent avant tout à être clair. Journaliste et critique au Nouvel Observateur et pour la revue Diapason et par conséquent observateur privilégié des modes de la scène, il ne la pratique pas à la manière des Strehler, Chéreau ou Brook, grands manipulateurs d’âmes. Chez lui c’est l’historien qui semble s’exprimer, l’archéologue amoureux des traditions qui rêve un monde à la fois révolu et idéalisé.

Le raffinement des décors d’Antoine Fontaine, la splendeur des costumes de Jean-Daniel Vuillermoz lui font écho : une profusion de toiles peintes descend des cintres, surgit des sols, glissent des coulisses à l’horizontale entre cour et jardin et s’ouvrent sur des perspectives qui évoquent à la fois Watteau et les forêts du Douanier Rousseau. Neptune assis sur son aigle dévale du ciel sur un lit de nuages qui font le gros dos, Diane dégringole de l’Olympe arrimée à un quartier de lune, Mercure plane dans les airs et Pluton apparaît dans sa suite infernale avec les trois Parques messagères attelées la tête en bas ! Soies, velours, brocarts, satin, organdis, broderies, drapés, plissés, corolles, rien ne manque aux costumes ni à leurs accessoires jusqu’au moindre bouton sur les bottes. De même pour les maquillages qui sculptent, ombrent ou ravivent les visages. Rien n’est trop pour Rameau.

Les ballets de la compagnie Les Cavatines chorégraphiés par Natalie van Parys maîtrisent avec grâce toute la gestique baroque. Tout comme les chœurs du Concert d’Astrée, tout comme les solistes dans leurs poses codées. Ils chantent debout face au public dans des attitudes figées et pourtant l’émotion passe dans ce combat des dieux et des hommes où Phèdre paie de sa vie l’amour fou qu’elle cultive pour Hippolyte, le fils de Thésée, son mari parti à la guerre et déclaré mort.… Euripide, Sénèque puisèrent dans sa passion criminelle et surtout Racine qui fut le principal inspirateur de Rameau et de l’abbé Pellegrin, son librettiste.

Allyson McHardy, mezzo soprano née aux Etats-Unis est cette Phèdre de fureur et de douleur, magnifique découverte, actrice accomplie, diction impeccable et superbe phrasé. Stéphane Degout, si jeune fait croire à son Thésée guerrier éperdu, les graves cuivrés, la projection nette, la diction lumineuse, il est une fois de plus exceptionnel. En Aricie, la liégeoise Anne-Catherine Gillet, souvent entendue et acclamée au Capitole où elle chanta Wagner, Mozart, Offenbach, se coule avec charme dans le style ramiste. La jolie surprise de la soirée vient de l’Amour dont Jaël Azzerati compose un délicieux personnage, coquin, vif argent au timbre de rossignol. Elle le chante si bien qu’on lui a attribué quelques airs en suppléments piqués à des personnages secondaires. On en redemanderait…

Emmanuelle Haïm dirige avec flamme les chanteurs et ses compagnons du Concert d’Astrée qui parent le riche tissus musical de Rameau dune subtile élégance. Le continuo velouté du violoncelliste Paul Carlioz, le cor de Claude Maury, les musettes, les danses des flûtes traversières achèvent le bonheur de cette réussite."

"Rendons hommage à Ivan Alexandre pour l’extraordinaire travail de recréation historique entrepris en parfaite harmonie avec décors, costumes, lumières et ballets. Si les gestes des acteurs sont codifiés avec pondération, il sait créer avec peu de véritables personnages qui vivent. L’élégance est partout maîtresse de cérémonie. Tout est beau, délicat et subtil, même le royaume de Pluton a des séductions venimeuses irrésistibles.  

Peu de lumière à la manière de bougies mais une lumière d’or évoquant la nuit ou le coucher du soleil. Mais c’est le soleil noir des enfers qui est peut-être le plus extraordinaire. Les chorégraphies, si importantes, sont variées et d’une rare élégance. La richesse et l’ampleur des costumes sont telles que la vaste scène est rapidement habitée. Les décors en toiles peintes avec effets de perspectives sont sidérants d’efficacité dramatique et les changements de décors à vue ajoutent à la magie du spectacle. Le jeu des acteurs est stylisé et naturel à la fois, en un parti pris d’élégance de tous les instants. Peu de couleurs mais distribuées avec goût : or et crème pour Hippolyte et Aricie, rouge pour Thésée et Phèdre, vert d’eau pour les chœurs et or cuivré pour l’Amour et sa cour.

Sous la direction d’Emmanuelle Haïm le Concert d’Astrée est virtuose, l’énergie et l’élan dramatique ne faiblissent jamais. En revanche avec une si riche orchestration la faiblesse des nuances est regrettable, d’autant que cela entraîne un manque de couleurs. Comme si la pâte de l’orchestre était riche dans son ensemble et évitait les contrastes. L’élégance visuelle répond en miroir à un orchestre de parfait bon goût mais sans les audaces de colorations attendues chez Rameau. Tout est donc déplacé au niveau couleur et expressions sur les voix et il faut dire que la distribution est d’un niveau superlatif qui permet d’apporter aux personnages toute l’humanité qui est la leur." (suite)

"Le Capitole de Toulouse à l'heure de Jean-Philippe Rameau : le fait est plutôt rare. Ivan Alexandre, figure connue de la presse musicale, avait déjà à son actif une production de « Rodelinda », de Haendel, à Buenos Aires, en 2007. Avec « Hippolyte et Aricie », il signe sa première mise en scène en France. Pas de relecture ou d'interprétation, ici, pas de reconstitution non plus, mais une évocation de ce que pouvait être une représentation lyrique au XVIIIe siècle - maquillages pâles, feux de la rampe, gestes obéissants à une rhétorique précise... Une proposition (comme peuvent en faire, de manière plus affirmée, Benjamin Lazar ou Eugene Green) qui risque de trouver ses limites dans le décoratif, mais dont les atouts tiennent dans une invitation permanente au rêve et au merveilleux.

Ce travail, pensé dans le moindre détail, réussit à fondre avec un maximum de fluidité les divers éléments du spectacle, musique, danse, chant, sans perdre de vue l'unité dramatique donnée par l'abbé Pellegrin, librettiste, à cette nouvelle mouture des amours d'Hippolyte, fils de Thésée, dont sa belle-mère, Phèdre, s'est éprise. Les décors à transformation d'Antoine Fontaine sont un ravissement perpétuel, les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz une splendeur et la chorégraphie de Natalie Van Parys s'intègre habilement dans l'ensemble. Les dieux descendent des cintres, un monstre marin engloutit le héros... l'imagination est au pouvoir.

A la tête de son Concert d'Astrée, Emmanuelle Haïm mène le jeu musical, non sans raideur dans le Prologue et le Premier Acte, adoptant ensuite un ton plus mesuré (sans perdre une once de sa vitalité) et plus propre à laisser les lignes mélodiques respirer. La formation chorale est de tout premier ordre. Les instrumentistes déploient une verve sonore réjouissante, l'énergie est là, suivant celle de leur mentor ; on espère à l'avenir encore plus d'élégance, de raffinement, de fantaisie, pour être à la hauteur d'une partition de bout en bout marquée par le génie qui, à sa création en 1733, suscita d'autant plus d'étonnement que c'était là le premier opéra d'un compositeur quinquagénaire.

La distribution, internationale, fait, pour que la langue française soit entendue dans toute sa clarté, des efforts qui se révèlent payants. On ne peut dire que du bien de François Masset (OEnone), François Lis (Pluton/Jupiter), Jérôme Varnier (Neptune), Jennifer Holloway (Diane), musiciens stylés. Phèdre (par qui le drame arrive) est confiée à Allyson McHardy, mezzo chaleureuse, véhémente, dont la déclamation ne manque pas de grandeur. Dans une tessiture qui semble un peu grave pour elle, Anne-Catherine Gillet, une fois son trac vaincu, campe une Aricie fraîche et touchante. Hippolyte revient à un jeune ténor canadien, Frédéric Antoun ; émission haute et facile, timbre corsé, chant distingué : voilà un interprète à suivre de près.

Dominant tout le monde, Stéphane Degout incarne un Thésée de noble stature. La voix ample, ronde, percutante, est de toute beauté, un plaisir à elle seule ; l'intelligence de l'artiste en est un autre, qui fait vibrer chaque mot, chaque phrase. A trente-quatre ans, et en pleine possession de moyens exceptionnels, il a déjà les plus grands théâtres à ses pieds. Ce n'est que justice."

"Que faire d’Hippolyte et Aricie ? Comment résoudre, entre autre, le divorce entre un poème indigent et une musique inspirée ? Il faut un spectacle, un vrai, pas un bricolage à transpositions pseudo-modernistes, pas une proposition d’interprète. Non, un vrai spectacle, avec les codes de l’époque, mais sans en être prisonnier, où s’introduit dans une distance la tendresse d’un geste, la poésie d’un discours, qui montre le temps passé entre le siècle de Rameau et le nôtre et nous en approche pourtant. Un geste de théâtre ne suffit pas à cela, il faut que l’artiste soit entièrement pénétré par l’esprit de l’œuvre pour pouvoir la montrer au spectateur. Cela arriva parfois au Rameau comique – la brillante et cruelle Platée de Laurent Pelly en est l’exemple le mieux repéré. Mais la Tragédie Lyrique selon le Dijonnais n’avait pas encore retrouvé son espace et sa force, sinon par éclipse dans le Zoroastre de Pierre Audi que l’Opéra Comique accueille à la fin du mois. C’est chose faite.

Toiles peintes, éclairages recherchant la vraie lumière des théâtres d’alors – sans sacrifier aux ressources minimalistes de la bougie mais en approchant la poétique au plus près, de la rampe ou des coulisses, par les portants aussi,- costumes pris au répertoire du temps et très subtilement réinterprétés, maquillage au blanc, toute une poétique visuelle se réinvite dans l’ouvrage, lui rendant ses vrais visages. Accessoires et décors faramineux : on n’est pas près d’oublier la lune de Diane, d’un sombre éclat comme au sortir d’une éclipse ; ni la traîne verticale de Mercure, volutes de fumée et d’étoiles, ni l’immense métier à tisser des parques , centre du royaume de Pluton, ni l’aigle de Jupiter : Antoine Fontaine a mis dans ses décors baroque la fantaisie d’un Bérard, l’univers de Cocteau n’est jamais loin, cet alliage subtil transfigure ce qui n’aurait été qu’une reconstitution et l’on s’aperçoit que le langage du spectacle lui doit infiniment. Un code de couleurs surprenant, des gris infiniment variés, unifie l’ensemble, refusant le carnaval pictural dont Benjamin Lazar chavire ses spectacles : ces costumes, ces décors ne sont pas des éléments de séduction, ils sont intégrés à l’œuvre, et servent le propos du metteur en scène.

On serait tenté de produire dans Hippolyte et Aricie un geste tonitruant. Ivan Alexandre s’en garde bien. Passant par-dessus la pauvre langue de l’Abbé Pellegrin, il porte partout ses personnages à leur ultime degré de concentration : Thésée aux enfers se statufie, vrai visage de la douleur, image vivante de l’impuissance, Aricie est touchée au vif, Phèdre se garde de toute hystérie mais souffre avec une intensité palpable. Tout ici n’est au sens strict que poésie, même les actions : le monstre tsunami qui dévore Hippolyte est autant poétique d’effet que transportant, son spectaculaire – c’est le seul effet absolu de la soirée, le seul qu’autorise Rameau – est d’abord lyrique. Cette langue de l’émotion habite les personnages mais aussi chaque élément de la scène. Les apparitions sont d’une fluidité clouante : ces dieux qui descendent des cintres sont portés par des ailes invisibles, on ne peut pas les croire soutenus par des cordes. Même la mise en place des décors à coulisses hors de toute musique créent des respirations qui accroissent encore la fluidité du tout. On assiste à un rêve terrible. Aussi belles que soient les images – ce Neptune perdu dans un rai de soleil tout au fond de la scène nous est resté dans l’œil avec une précision incroyable – elles font d’abord sens. L’esthétique de l’ensemble n’est que théâtre. Et sur tout règne une nostalgie prégnante, inexplicablement touchante, jusque sur les ballets subtils de Nathalie van Parys, idéalement coulés dans la trame dramatique, qui font mentir l’idée de divertissement et soulignent à quel degré d’unité Rameau est parvenu dans son premier essai lyrique.

Distribution de première force. Allyson Mc Hardy rend justice d’abord à la Phèdre de Racine, donnant une noblesse supplémentaire à ses ires et ses douleurs, au risque parfois de ne pas nous étreindre au cœur. Mais quelle incarnation ! Les deux amoureux sont parfaits de jeunesse, d’ingénuité presque. On en n’attendait pas moins d’Anne-Catherine Gillet, touchante, mais l’on est surpris de la présence scénique et de la belle voix, si nourrie d’harmoniques mais sans trille, de Frédéric Antoun, Hippolyte idéal de tendresse, avec dans le timbre une teinte lyrique rappelant Eric Tapy. L’Oenone rêche de Françoise Masset, dans son costume noire, fait une composition saisissante, double noire de Phèdre, la Diane élégante de Jennifer Holoway, l’Amour de Jaël Azzaretti, qui se débrouille joliment des rossignolades et fait un cupidon savoureux, la Tisiphone sonore (mais un peu brouillonne de jeu) de Gonzales Toro, les deux basses somptueuses font des dieux intraitables – le Pluton de François Lis, mais aussi son Jupiter, et le Neptune si bien chantant de Jérôme Varnier un peu gâché par son éloignement, dont on goûte mieux la pleine matière en Parque, tous faisaient un théâtre vivant qui nous a saisi, mais s’inclinaient devant une incarnation absolue, ce Thésée noir, fermé, porté jusqu’au fond de sa douleur par une Stéphane Degout lui aussi poète.

Il manque encore à l’orchestre attentif d’Emmanuelle Haïm les caractères marqués, les accents et les attaques contrastées, l’échelle dynamique que Rameau a infusés ici, les Enfers sont un peu pâles de son et les Parques d’ailleurs pourraient dissoner plus surtout après la saisissante fureur de Pluton, mais nous étions à la première et cela se fera, on pouvait déjà l’entendre et donc le prédire."

"Dans le copieux programme, richement orné d’images de maquettes des décors et des costumes, Ivan Alexandre annonce la couleur : il ne s’agit pas pour lui de tenter une pseudo-reconstitution historique d’une des trois productions de l’opéra de Rameau données du vivant du compositeur. Il souhaite plutôt inviter le spectateur d’aujourd’hui à découvrir Hippolyte et Aricie dans le contexte de moyens en usage à la création. Le résultat proposé, fruit de l’imagination et de la culture de l’équipe qu’il a animée, est un spectacle d’une théâtralité et d’une beauté si raffinées qu’il sert pleinement l’œuvre tout en manifestant de façon éclatante l’inventivité et l’étendue des divers talents rassemblés.

Dès le lever du rideau, l’enchantement commence et, prodige, il ne faiblira pas ! Les ateliers du Capitole ont réalisé les décors d’Antoine Fontaine destinés à permettre, comme en 1733, les changements à vue puisqu’on sait que la tragédie lyrique ne se sent pas tenue de respecter la règle de l’unité de lieu. C’est un triomphe de trompe-l’œil qui nous révèle tour à tour les allées ordonnées de la forêt d’Erymanthe, l’architecture solennelle du temple de Diane, la profondeur ténébreuse des espaces infernaux, une antichambre du palais de Thésée, un bois le long du rivage et le jardin paradisiaque où l’amour licite trouvera sa récompense. Dans leur fluidité silencieuse si propice à la continuité musicale, le surgissement et la disparition de ces châssis et toiles peintes, en coulisses, dans les cintres, dans les dessous, réveille-t-il en nous quelque goût enfantin pour le merveilleux ? Nous y prenons un plaisir extrême, comme aux apparitions des déités (Diane dans sa nacelle, Jupiter sur son aigle au milieu des nuages, Pluton en Juge souverain, ou Neptune au sein des flots), à l’élévation de la « montagne humide » et au monstre affreux, dont la variété témoigne de l’invention inépuisable du concepteur.

Ces décors sont magnifiés par les éclairages d’Hervé Gary, fournis par des lampes munies de réflecteurs sur la rampe et des projecteurs latéraux ou zénithaux ; ensemble, ces moyens créent une atmosphère lumineuse évocatrice de l’éclairage aux bougies et, modulés subtilement comme la musique de Rameau, peuvent suggérer aussi bien les clairs-obscurs de la forêt que la menace d’orage sur la mer, la pénombre d’un temple ou la clarté d’un ciel serein. Evidemment les costumes inspirés à Jean-Daniel Vuillermoz par des modèles d’époque en sont magnifiés : uniformes masculins et féminins des suivants de Diane, pourpre et ors royaux pour Thésée et Phèdre, tenue virginale d’Aricie, cuirasse d’Hippolyte, vertugadins et drapés, paniers et coiffures des danseurs, la recherche semble infinie et les solutions d’un goût exquis.

Les épisodes dansés que la musique appelle s’insèrent infailliblement dans la représentation : loin d’être seulement les divertissements destinés au repos du spectateur après les scènes de tension tragique, ils épousent si étroitement les situations et les rythmes, grâce aux trouvailles incessantes de Natalie Van Parys, qu’ils en deviennent nécessaires. Les évolutions harmonieuses des dévots de Diane, dès l’ouverture du prologue, ne sont pas une jolie façon de meubler la scène mais l’expression et la célébration de l’ordre du monde régi par la Déesse. Sans relâche la chorégraphe trouve des pas nouveaux accordés aux diverses situations, des enveloppements voluptueux des amours aux ondulations menaçantes des démons, des sauts capricants des cerfs à la chaloupée des marins, c’est un panorama réinventé de la danse au XVIIIe siècle, magnifiquement servi par la troupe des Cavatines.

Mais la paisible et vertueuse danse initiale va être troublée par l’irruption narquoise d’un adolescent qui pointe sa tête par la toile peinte : l’entrée de l’Amour n’a rien de solennel, c’est bien celle d’un trublion dont les flèches vont désorganiser la belle ordonnance fondée sur la séparation des sexes sans égard pour la componction de la mijaurée divine cramponnée à sa nacelle. A la fin du prologue, les dévots sont constitués en couples et partent en cortège vers le temple de l’Hymen. Transportés dans le temple de Diane, nous découvrons Aricie solitaire dans sa tenue de novice promise au célibat mais les dévots agenouillés dans la pénombre disent l’atmosphère de recueillement du lieu. Le duo avec Hippolyte, par exemple, enchaîne les attitudes théâtrales connues par des images figées qu’ici les artistes animent et s’approprient en un ballet troublant, pur délice esthétique. De l’entrée solennelle de la grande Prêtresse, à celle, pompeuse, de Phèdre, suivie de son humiliante prostration, Ivan Alexandre n’a rien laissé au hasard ; et sa vigilance, jamais en défaut, donne au spectacle une puissante unité qui sert admirablement l’œuvre et le genre, le livret et la partition.

En ce sens, son travail s’accorde splendidement à celui d’Emmanuelle Haïm. Amoureuse du chef d’œuvre de Rameau depuis ses études au conservatoire, celle qui fut le chef de chant et la continuiste au clavecin de William Christie lors des représentations à Garnier de l’ère Hughes Gall s’est imposée depuis dix ans à part entière comme chef d’orchestre reconnu. Elle a choisi la version de 1733, mâtinée de celle de 1742 en particulier pour le cinquième acte où les retrouvailles d’Hippolyte et Aricie sont abrégées. Avec le déplacement de la déploration de Thésée au troisième acte, située après le divertissement et non avant, c’est la seule infidélité à la lettre de la création. Pour ce qui est de l’esprit, à la tête de ses troupes, l’orchestre et le chœur le concert d’Astrée, l’intrépide musicienne se lance à l’assaut du monument, accompagnant sa direction de ces larges mouvements du buste qui semblent déverser une énergie nerveuse en un survol rasant. La justesse rythmique est immédiate et sera sans défaut ; la richesse harmonique paraît parfois limite, comme le continuo, les cors ne sont pas sans défaut et la trompette bien isolée, mais à trop écouter d’enregistrements enrichis en studio on acquiert de mauvaises habitudes ou bien nous n’étions pas placé au mieux. Le choeur initial semble un peu vert, puis on l’oublie dans les splendeurs qui suivent, et dont l’adéquation entre ce que l’on entend et ce que l’on voit remplit de satisfaction. La Bruyère serait content : on vérifie ce soir que « le propre de (l’opéra) est de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement ».

Car les chanteurs contribuent au mieux à la réussite, scénique, nous l’avons dit, par leur engagement, et vocale par leur qualité. Parmi les nombreux interprètes, Anne-Catherine Gillet et Stéphane Degout ont conquis leur célébrité pour l’essentiel hors du répertoire baroque. La première, dont nous avons souvent dit les mérites y compris pour sa Poppea, ne nous a pas entièrement convaincu, en particulier au premier acte ; outre une raideur vocale nouvelle, déjà perceptible dans sa Susanna, elle semble vouloir donner à Aricie la plénitude du statut d’héroïne que lui accorde le titre de l’ouvrage mais que la musique ne lui donne pas. Le second, en revanche, attendu avec perplexité en Thésée parce que des timbres plus graves restaient dans l’oreille, emporte l’adhésion très vite par la fermeté et la justesse admirables de l’interprétation vocale et théâtrale. Quant à Frédéric Antoun, est-il bien le ténor aigu à la française prescrit ou un bon ténor doté d’un centre et de graves charnus ? On peut se poser la question, d’autant que le diapason est à 400, mais non nier la séduction de son Hippolyte élégant, viril et sensible. La Phèdre d’Allison Mc Hardy partage avec ses partenaires francophones la clarté d’élocution indispensable mais sa virulence, son ironie et ses douleurs sont bien celles du personnage. Signalons l’Amour espiègle de Jaël Azzaretti, par ailleurs une matelote et une bergère ; voix souple aux aigus facile, elle triomphe dans l’ariette virtuose du dernier acte. Diane en tête, les Olympiens sont dignement servis par Jennifer Holloway, Johan Christensson, le sonore François Lis et le musical Jérôme Varnier. Ce dernier, outre Neptune, participe au trio des Parques, avec Nicholas Mulroy et Marc Mauillon, dont l’apparition fantastique et les deux airs constituent un sommet de la partition et du spectacle. Lauriers mérités aussi pour Aurélia Legay, majestueuse Prêtresse et chasseresse convaincue, Françoise Masset, Oenone pragmatique et insinuante, et Emiliano Gonzalez Toro, méconnaissable en Tisiphone endiablée.

On aura compris que nos quelques réserves pesaient trop peu pour nous empêcher de partager le déferlement d’enthousiasme qui a éclaté au rideau final. Grâces soient rendues à tous, de l’initiateur aux concepteurs et aux artisans ! Le spectacle sera-t-il enregistré par Mezzo, dont le logo figure sur le programme ? La réussite de cette équipe sera-t-elle le point de départ d’un projet Rameau ? Non seulement la représentation a transporté, mais voilà qu’elle fait rêver !"

http://isoladisabitata.over-blog.org:80/article-28867677-6.html

"Voilà donc un spectacle somptueux à l'esthétique grandiose et picturale, mais avec une distribution en demi-teinte comprenant plusieurs chanteurs peu habitués à ce répertoire. Avec les changements adéquats, cet Hippolyte & Aricie mériterait de nombreuses reprises voire une captation DVD... "

http://www.musebaroque.fr/Concerts/hippolyte_aricie.htm

"II arrive que les critiques affrontent à leur tour les feux de la rampe ... sans s'y brûler les ailes. Notre collaborateur Ivan A. Alexandre a signé au Capitole de Toulouse une nouvelle mise en scene d'Hippolyte et Aricie de Rameau accueillie par une pluie de louanges. « Ce spectacle est d'un raffinement extrême », pouvait-on lire dans Le Monde. « Les costumes aux harmonies voilées de Jean-Daniel Vuillermoz sont d'une élégante beauté, comme les lumières d'outre-monde d'Hervé Gary ou les ingénieux décors de toiles peintes (plus de 2 500 m2 !) par Antoine Fontaine. Les chorégraphies de Natalie Van Parys sont d'une force émotionnelle rare... A la tête de son Concert d'Astrée (choeur et orchestre des grands soirs), Emmanuelle Haïm fait du beau travail. » Même son de cloche du coté du Figaro qui saluait « l'évidence d'une pure beauté esthétique... La mise en scène d'Ivan Alexandre n'affirme pas : elle suggère. Les personnages de la tragédie lyrique n'étant pas proches de nous, il joue de cet éloignement au lieu de chercher un réalisme hors de propos... Belle direction d'Emmanuelle Haïm, extrêmement attentive au texte et à la vie de sa déclamation. » Et pour Libération, c'est « le baroque à l'état pur, dans sa féerie mais aussi son hypnotique statisme... Déployant progressivement ses charmes, de l'aride au somptuaire, cet Hippolyte et Aricie est magistral. » Bravo l'ami ! "

 

 

 

 

 Hippolyte et Aricie à l'Opéra de paris

Hippolyte et Aricie au BAM

  • Opéra International - novembre 1996

"Jean-Marie Villégier exerce, sur le livret et sur la partition, une lecture d'une littéralité absolue et un regard critique approfondi, comparant l'ouvrage à une grande forme, héritée de Lully, que des frivolités chorégraphiées auraient "mitée". En outre, il souligne à quel point l'abbé Pellegrin s'appuie sur la Phèdre de Racine, qu'il suppose connue de chaque spectateur, jusqu'à en faire le "pré-prologue" de l'opéra et le socle de son propre livret. Face à un ouvrage ainsi désuni, Villégier présente une quasi-tragédie classique (situations et sentiments y sont exprimés au premier degré), qu'interrompent des divertissements dansés (l'ironie, souvent grinçante, y règne en maître). Direction d'acteurs serrée et puissante, chorégraphie débordante de vitalité et d'imagination, costumes aussi magnifiques dans l'éclat que dans l'ironie (celui des Trois Parques - trois hommes dans une seule robe à paniers - demeure une inoubliable et inquiétante vision)...Si la direction musicale de William Christie et la qualité orchestrale des Arts Florissants méritent bien des éloges, il n'en va pas de même avec la distribution vocale, dont l'unité stylistique n'existe pas et dont le niveau musical est fort inégal. Qu'y a-t-il de commun entre Laurent Naouri (Thésée) ou Lorraine Hunt (Phèdre), et Mark Padmore (Hippolyte) ou Eirian James (Diane)? Rien. Si les deux premiers nommés dessinent des personnages fermes, possèdent une diction et un style dramatique idoines, et maintiennent une ligne de chant qu'aucune subtilité déclamatoire ne trouble, il n'en va pas de même des seconds, dont le timbre peu gracieux, la composition drama-tique molle, ainsi que l'émission vocale poussée et trop large sont à la limite de l'acceptable, dans une telle institution nationale. Si on oublie la translucide Anna Maria Panzarella (Aricie), et la basse Nathan Berg (Jupiter, Pluton, Neptune) qui ensable sa voix dans la langue française, les seconds rôles ne sont pas tous fameux, à part la fraîche et joyeuse soprano Patricia Petibon (L'Amour), le fort prometteur Yann Beuron (Arcas, Mercure) et la solide Mireille Delunsch (La Grande Prêtresse, Une chasseresse)." (Opéra International - novembre 1996)

 

  • Diapason - novembre 1996 - Hippolyte et Aricie en proie au doute et au conflit - à propos des représentations au Palais Garnier
  • Diapason - septembre 1996 - Hippolyte à l'Opéra
  • Opéra International - septembre 1996 - Rameau au Palais Garnier - Jean-Marie Villégier - entretien
  • Opéra International - septembre 1996 - William Christie bisse Hippolyte et Aricie - entretien

 

 

 

 

 

"Parfaite codification de la couleur et du geste, jeu de formes et de signes ponctué par d'époustouflantes trouvailles dramaturgiques...Peter Jeffes campe un Hippolyte émouvant, avec une voix capiteuse...tandis que Danielle Borst reste une Aricie cristalline, fragile...mais déterminée dans son sentiment amoureux. Le contraste est total avec la Phèdre de Felicity Palmer. Le personage est racinien et la soprano britannique lui donne un format de tragédienne...Jean-Claude Malgoire dirige avec sa traditionnelle énergie. Les phrasés et la pulsation rythmique sont impeccables..." (Opéra International)

 

 "La mise en scène de Pizzi toujours aussi merveilleusement intelligente, sensible, symbolique sans excès, des costumes et décors d'une ravissante tonaalité...Grâce à William Christie, la partition acquiert une vigueur fascinante, rude et dense, souple et nerveuse...Distribution excellente...Danielle Borst peint une Aricie touchante et ssobre...Anne Howells trouve des accents de tragédienne, des gestes décantés...pour incarner d'une voix pleine, sensuelle et chaude, le dramatique personnage de Phèdre...Véronique Dietschy, charmante Diane...Christopher Cameron a campé un Hippolyte vibrant, tendrement amoureux, sobrement victorieux..." (Opéra International - mais 1985)

 

"Le merveilleus travail, scénique et pictural, de Pizzi n'a rien perdu de sa fraîcheur et de beauté plastoique absolument grandiose. C'est un véritable régal que de voir ces sublimes décors baroques, noir et or, sur lesquels les ravissants costumes jettent de somptueuses taches de coculeurs vives tranchant encore sur ces visions infernales, noirs personnages qui accompagnent inexorablement le destin du héros..."

 

 Hippolyte et Aricie

 

"Refusant la reconstitution historique, Pier Luigi Pizzi nous procure un bonheur total, qui ne se démentira à aucun moment"..."Décors baroques, opposition du monde de la couleur et de la lumière avec celui des ténèbres, changement de décors à vue, mouvements de foule, divestissements dansés dans l'esprit de la spontanéité et de l'improvisation par le remarquable enensemble du New York Dance Company sur des chorégraphies de Catherine Turocy, cete fête en perpétuel mouvement forme un saisissant contraste avec l'extraordinaire présence immobile de Jessye Norman"..."Cette incarnation efface de la mémoire les Phèdre les plus bouleversantes, celle de Janet Baker compris"..."Elle ne fait pas oublier le Thésée de José Van Dam...qui créé ici un de ses plus grands personnages"..."L'américain John Aler confirme en Hippolyte l'enthousiasme suscité lors des Boréades l'an dernier...Nous tenons là un grand ténor ramiste"..."Toute la distribution est exemplaire, comme Rachel Yakar, Aricie frémissante"..."Les English Baroque Soloists et plus encore le Monteverdi Choir, sous la direction de John Eliot Gardiner sont les premiers responsables de cette fête sonore." (Opéra International - septembre 1983)

  • Opéra International - juillet/août 1983 - "Hippolyte et Aricie, tragédie-ballet" - Festival d'Aix en Provence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Lucienne Bréval en Phèdre

Costume pour AricieCostume pour ThéséeCostume pour Hippolyte

"un spectacle plus intéressant qu'attrayant, même aux oreilles averties... Vincent d'Indy a, autant qu'il put, respecté le dialogue dramatico-récitatif de préférence au reste. Il semble avoir tergiversé quelque peu, en conservant un Prologue aussi superflu que puéril... Hippolyte et Aricie n'en demeure pas moins aujourd'hui un spectacle factice... La reconstitution que nous offre notre opéra, néanmoins, s'atteste des plus louables... L'ensemble de l'interprétation mérite les meilleurs compliments... (Jean Marnold - avril 1908 - dans « Musique d'autrefois et d'aujourd'hui »)

 

 

 

 

 

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