PYGMALION

COMPOSITEUR

Jean-Philippe RAMEAU
LIBRETTISTE

Houdard de La Motte/Ballot de Sovot

ENREGISTREMENT
EDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1980
2005
Gustav Leonhardt
Deutsche Harmonia Mundi
1
français

1984
Nicholas McGegan
Erato
1 (33 t)
français
1991
1999
William Christie
Harmonia Mundi
1
français
1992
1999
Hervé Niquet
Virgin
1
français
1992
2008
Hervé Niquet
Virgin Classics
2
français

Opéra-ballet en un acte (O.C. XVII), sur un livret de Ballot de Sovot, frère du notaire de Rameau - qui se battit en duel avec Caffarelli pour défendre la musique française - représenté à l'Académie royale, le 27 août 1748.

Ballot de Sovot avait repris le livret de la cinquième entrée du ballet Le Triomphe des arts (L'Architecture, la Poésie, la Musique, la Peinture et la Sculpture) écrit par Houdar de La Motte, mis en musique par Michel de la Barre, et représenté, sans succès, à l'Opéra, le 16 mai 1700.

Charles Collé assista à la représentation - la quatrième - du 3 septembre, et n'était pas tendre avec le librettiste : Le 3, je fus à la quatrième représentation de PygmaIion, acte d’opéra, mis en musique par Rameau, qui l’a pris dans le ballet des Arts de feu M. de la Motte ; cet acte n’était pas déjà assez merveilleux par lui-même pour que Balot achevât de le défigurer entièrement par les augmentations & les retranchements qu’il y a faits. Cependant le démon de la musique de Rameau l’a emporté aussi bien sur le défaut de chaleur de M. de la Motte & le peu de parti qu’il a tiré de son sujet, que sur tout le barbouillage du Balot ; il a réussi en dépit du poème, qui avait de quoi couler à fond dix autres musiciens ; il a aussi eu à lutter contre les ballets, qui n’en ont pas paru bien faits ; la petite Puvigné y danse pourtant à miracle ; on croit qu’elle y chante, car comme on ne l’entend pas, il n’y a que la foi qui puisse le persuader... Lany, qui est à présent chargé des ballets, fait tous les jours regretter Malter, qui les composait avant lui ; ce sont les nouveaux directeurs qui ont fait cette belle opération. (Journal des spectacles de Paris)

Le 18 février 1751, des Fragments furent représentés à l'Opéra, composés de Titon et l'Aurore, de Bernard de Bury, inséré entre la pastorale héroïque Ismène, de Rebel et Francoeur, et un ballet en un acte, Aeglé, de La Garde. Le 9 mars, faute de succès, Titon et l'Aurore fut remplacé par Pygmalion, et le Mercure de France nota que le public y courut en foule.

Le Mercure de France d'avril 1751 expliqua comment : la coupe nouvelle fut entreprise & exécutée par un homme, qui ne s'est point nommé. L'éducation de la Statue, animée par l'Amour, est confiée anvx Grâces ; le choix d'une Danseuse pour représenter la Statue ; les Ballets que ce choix amène, celui qui naît de l'éclat qu'un pareil prodige introduit dans tons les Ateliers de Pigmalion , & dans la Ville ; les Ariettes ; le Chœur brillant ; l'Amour triomphe, etc. sont de son invention. 

On n'avait point encore vu un désir si vif, si marqué,une préférence si décidée pour les ouvrages d'un Auteur vivant, que celle que le Public a montrée dans cette circonstance pour la Mufique de notre Orphée. Un moment avant que l'on commençât l'Acte de Pigmalion , la joie de toute l'assemblée s'exprima d'une manière très vive. L'ouverture ranima ces démonstrations, & chacun des morceaux de cet ouvrage saillant fut applaudi universellement avec une espèce de transport. 

Lors de la représentation du mercredi 24 mai 1751, le Mercure de France raconte que : M. Rameau, qui relevoit d'une longue & dangereuse maladie parue à l'Opera dans une des loges du fond. Sa présence excita d'abord dans l'Amphitéâtre un murmure qui se répandit rapidement dans toute l'assemblée. Il partit alors tout à coup un applaudissementt universel, & ce qu'on n'avait point vu encore , l'orchestre, qui était rassemblé, mêla avec transport ses acclamations à celles du Parterre.

Ces mouvemens qu'excitait dans le Public l'admiratioo qu'il a conçue pour le talent extraordinaire de M. Rameau , & qu'il ae plaît à manifester dans toutes les occasïons, étaient ranimés encore par la crainte qu'il aaoit eue de perdre ce grand Musicien, & par la joye que lui causait son retour à la vie.

M. Rameau vit la représentation de son Pigmalion, & partagea avec le Public le plaisir d'une exécution excellente. Il sembloit ce jour là quel tous les Acteurs cherchaient à se surpasser. Mlle Puvigné, qui joue le rôle de la Statue animée, & qui joint à la figure de l'amour, les charmes du grand talent, & les attitudes des grâces , parut plusaimable encore que les autres jours. M. Jéliote répandit plusieurs traits nouveaux dans l'Ariete & chanta le reste du rôle de la manière la plus séduisante : les Chœurs, les ballets, furent rendus avec la plus parfaite précision ,& l'assemblée nombreuse pendant le cours de la représentation & après qu'elle fut finie, témoigna son contentement par les plus grands applaudissemens.

L'oeuvre connut un grand succès et tint l'affiche de 1752 à 1754, puis de 1760 à 1762.

Le 18 février 1762, Pygmalion fut repris dans le cadre de Fragments comportant également l’acte du Bal des Fêtes Vénitiennes, et de celui de l’Amour et de Psyché. Selon Bachaumont, Muguet ne peut en rien représenter Pygmalion : c’est un acteur maigre, qui n'a pas la moindre figure ; il a l’air d’une marionnette. D’ailleurs on a fort mal à propos fait jouer Mlle Allard, qui n’est point du tout faite pour chanter, non plus que pour le genre de danse qu’exige le rôle de la statue animée.

En 1764, le Mercure de France louait l'interprétation de Marie-Madeleine Guimard, alors âgée de vingt-et-un ans : Mlle Guimard a profité avec des circonstances qui l'ont mises à portée de paraître, et qui n'en plaît que davantage au public, a chanté et joué le rôle de la statue dans Pygmalion, et qu'elle s'est acuittée de cet emploi avec grâce et qu'elle a été fort applaudie.

Mademoiselle Guimard par Fragonard

En 1772, Anne-Victoire Dervieux, âgée de vingt ans, connut le succès à l'occasion d'une reprise. Bachaumont nota : « C'est sun rôle extrêmement difficile à rendre par le double talent qu'il exige pour le chant et pour la danse. (Mlle Dervieux) a conduit avec goût, intelligence eet sensibilité son filet de voix et s'est surpassée dans la danse, où elle déploie depuis plusieurs années une exécution non moins savante qu'agréable.»

Il en parut une parodie 1753 au Théâtre Italien sous le titre de l'Origine des Marionnettes.

 

Trois dessus, une haute-contre.

Synopsis

 Scène 1 : Dans son atelier, Pygmalion se plaint que la statue qu'il vient de terminer reste inerte : "Fatal amour..."

Scène 2 : Céphise fait une scène de jalousie à Pygmalion : "Pygmalion, est-il possible".

Scène 3 : Pygmalion exprime ses sentiments pour son ouvrage: Que d'appas !". A son insu , Amour anime la statue qui s'éveille "Que vois-je ? Où suis-je... ?" Pygmalion s'étonne "O ciel !". La statue déclare son amour à Pygmalion : "Je vous adore".

Scène 4 : Une symphonie annonce l'arrivée de l'Amour. L'Amour révèle à Pygmalion qu'il est l'auteur du prodige : "Du pouvoir de l'Amour". Entrée des Grâces qui, au cours d'un ballet, instruisent la Statue et lui montrent les différents caractères de la Danse. Suite de danses : Gavotte gracieuse, Menuet, Gavotte gaie, Chaconne vive, Loure très grave, Passepied vif, Rigaudon vif, Sarabande, Tambourin. L'Amour se retire. Entrée des Peuples : "Courons tous".

Scène 5 : Célébration du bonheur des deux amants. "L'Amour triomphe". Pantomime niaise et un peu lente, Deuxième Pantomime, très vive. Pygmalion célèbre l'Amour : "Règne, Amour". Air pour les Grâces. jeux et Ris. Ballet général au son du tambourin et de tous les autres instruments. Rondeau Contredanse gai.

 

Synopsis sur le site Ars Musica

http://jp.rameau.free.fr/pygmalion.htm

http://site.operadatabase.com.site.hmtpro.com/modules.php?name=Downloads&d_op=viewdownload&cid=61

  

Représentations :

 

 

 

"Créé en décembre dernier pour ouvrir les célébrations du 250e anniversaire de la place Stanislas à Nancy, Pigmalion marque le début du Festival des régions au Châtelet. L’Opéra de Nancy a conjugué ses forces pour une évocation toute en légèreté de ce qui fut un de ces petits chefs-d’oeuvre de grâce où Rameau excellait : le public des années 1750 adora cette fable inspirée des Métamorphoses d’Ovide où le créateur tombe amoureux de sa création. L’Amour veille heureusement, et donne vie à ce qui n’est que rêve. Laurent Spiellmann, directeur inventif du Théâtre de Nancy, l’a confié à l’Américaine Karole Armitage, associée à la troupe jusqu’en 2003, et plus connue pour sa violence déjantée que pour son respect des valeurs traditionnelles. L’occasion de vivre une belle surprise et de découvrir la bonne tenue du Ballet national de Nancy, passé de main en main depuis Dupond et Lacotte jusqu’à, aujourd’hui, celles de Didier Deschamps.

L’oeuvre est une petite merveille, servie par la finesse du chef Hervé Niquet avec le Concert spirituel et de délicieux chanteurs, en accord avec le caractère galant de l’oeuvre, Magali Léger et Cyril Auvity. Et parce que Karole Armitage a mis une sourdine à sa dynamique déshumanisée pour créer ici des images d’ondes sous des voiles où le mouvement naît comme d’une inspiration de sculpteur. Où comment la douceur vient à une guerrière."

"...le plat de résistance constitué par le Pigmalion de Rameau, suivait l'entracte. Là encore, le synopsis est mince ; le sculpteur Pigmalion se désole car il est tombé amoureux de la Statue qu'il vient de modeler. Rien ne peut l'en distraire, pas même la crise de jalousie que lui fait son épouse Céphise. L'Amour, toujours prompt à seconder les sentiments des mortels, donne vie à la Statue, laquelle tombe instantanément sous le charme de son créateur. Tous chantent les louanges de l'Amour. Cet opéra-ballet alterne assez abruptement une vingtaine de minutes de chant, suivies d'une vingtaine de minutes de divertissement dansé et se conclut par un choeur. La partition est séduisante mais il faut concéder que l'on est loin du plaisir délectable trouvé aux délires parodiques de Platée ou aux trouvailles musicales, visionnaires, des Boréades...

La danseuse et chorégraphe Karole Armitage qui a déjà collaboré avec l'Opéra de Nancy et le Ballet de Lorraine pour le Château de Barbe-Bleue de Bela Bartok, s'attelle au défi bien réel qui consiste à mettre en scène une telle oeuvre. Dans un espace minimaliste et atemporel, défini simplement par trois rideaux qui entourent la scène et animé par quelques vidéos un tantinet puériles, mais littéralement sculpté par les sublimes éclairages de Clifton Taylor, elle introduit pour la partie chantée trois danseurs en contrepoint et commentaire de l'action scénique, n'hésitant pas à faire participer les chanteurs à leurs mouvements convulsifs. Pour la partie dansée, elle propose une chorégraphie somme toute assez classique, mais très aérienne, d'une fluidité et d'un onirisme prenants, ludique aussi par endroits (le pas de deux masculin), à laquelle le Ballet de Lorraine apporte ses remarquables individualités et son concours attentif, en dépit de quelques regrettables décalages.

A la baguette, Hervé Niquet fraie, pour la musique de Rameau, une voie alternative à l'apothéose du rythme et de la danse (Christie) ou à l'accentuation des contrastes (Minkowski). Sa direction souple et allante sait également s'abandonner aux langueurs initiales de Pigmalion comme s'amuser à mettre en exergue les stridences rustiques des pipeaux (parfois d'une justesse relative) ou les sinuosités agrestes des hautbois. La musique de ballet semble parfois moins l'inspirer ; il s'y montre plus convenu et moins imaginatif.

Le rôle principal et éponyme de Pigmalion est tenu par Cyril Auvity. Ce haute-contre de noble école convainc aussi bien dans la déploration de "Fatal Amour" que dans le chant orné de "Règne, Amour !". Cependant, un peu court de projection, il peine à se rendre intelligible, même pour la petite salle de 900 places de Nancy. On peut s'interroger sur ce qu'il en restera dans le bien plus vaste vaisseau du Châtelet (1) ... La Statue de Cassandre Berthon emporte également l'adhésion. Son timbre cristallin, sa vocalité suave et pure son charme font merveille dans la scène de l'éveil de la Statue et de sa découverte de l'amour. Magali Léger (L'Amour) et Valérie Gabail (Céphise) ne font chacune qu'une courte apparition mais elles s'y montrent parfaitement convaincantes. Mais, au contraire de Valérie Gabail, la diction de Magali Léger pourrait être perfectible."

"Dès le Prologue et la qualité chorégraphique qu'il extériorise, la cause est entendue : l'écriture du Parisien Rameau transcende le style alors universel dont il dispose au bénéfice d'une sculpturalité rythmique et mélodique fort à propos (annonçant mainte tournure de Gounod ou Massenet). On est loin du flux continu d'un Monsieur Seurat de Nancy et de ses innombrables alter ego (comme Gluck avant qu'il ne devienne Chevalier de l'écriture). Le style exaltant de Rameau ne semble toutefois guère avoir inspiré une scénographie clinique et sans aspérité, ainsi qu'une création lumières très timide. La chorégraphe Karole Armitage parvient cependant à fluidifier la relation entre danseurs (la jeune et sympathique troupe du Ballet de Lorraine) et chanteurs (dont le jeune ténor Cyril Auvity, à la voix douce mais avec de sérieuses déficiences dans la projection vocale) au bénéfice d'une production intéressante qui pâtit quelque peu de la direction par trop anguleuse à notre goût d'Hervé Niquet."

"Clou de la soirée, l'Acte de ballet bénéficie d'une mise en scène et d'une chorégraphie signées Karole Armitage. Sur un plateau dépouillé, l'Américaine peine à construire une lecture personnelle si ce n'est à la force du contresens (la statue s'anime avant que Rameau ne le manifeste), de ballets conventionnels chics et de projections vidéo aussi homéopathiques qu'insignifiantes (une lune, un colibri et une fleur ?). Sur scène, Cyril Auvity peine à se faire entendre, Magali Léger et Cassandre Berthon à se faire comprendre, et Hervé Niquet à chantourner des lignes au-delà de son allant rythmique - un peu ennuyeux pour un sculpteur de sons."

"Une statue qui devient objet du désir de son créateur et lui qui se désespère… jusqu'à ce que le souffle d'Amour vienne tout à coup l'animer. Se joue alors une comédie brillante que la danse rythme avec bonheur. La passion amoureuse ne tient plus ici du simple rituel académique, elle installe, dans un jeu d'alliance subtil entre les sonorités des voix et de l'orchestre, une véritable dramaturgie du sentiment. "Roi de Chypre et sculpteur renommé, Pigmalion façonna dans l'ivoire, dit la légende, une jeune fille si belle qu'il en tomba amoureux et obtint d'Aphrodite, déesse de l'amour, qu'elle insuffle la vie à son œuvre afin qu'il puisse l'épouser. Créé pour les soirées inaugurales et événement phare de l'année 2005 au cours de laquelle Nancy et la Lorraine vont interroger et décliner différentes thématiques caractéristiques du Siècle des Lumières, le "Pigmalion" d'Armitage renouvelle magnifiquement l'esprit du grand siècle, l'esthétique baroque et le propos philosophique de l'ouvrage. Réunissant une équipe d'artistes complices, la "Punk Ballerina" retrouve les 30 danseurs et danseuses du Ballet de Lorraine pour lesquels elle a déjà créé six œuvres depuis 2000. Avec son troisième rendez-vous avec l'opéra, Karole Armitage se propose de créer une "œuvre de lumière" où l'imaginaire prend appui autant sur la partition musicale et l'action des chanteurs, que sur le mouvement très développé des danseurs dans une scénographie brillante". (Présentation)

 

 

 

 Pygmalion à Versailles

 

 

 

 

"Un Pygmalion admirable dans les décors naturels d'un délicieux château charentais sauvé de la ruine par Pierre Loti"..."Des costumes délicieux, copies conformes des gravures du XVIIIe siècle...des ballets remarquqbles de variété, de vitalité, de grâce et d'élégance"..."Pas une faute de goût, rien de trop"..."Quatre chanteurs dotés de belles voix, rompus aux exercices baroques et leurs ornements raffinés"..."Howard Crook, rôle-titre à la voix claire, pure et sans vibrato, tour à tour fine et puissante"..."Suzanne Gari, délicieuse soprano incarnant l'Amour avec fraîcheur"..."Sophie Boulin chantant une Statue vivant les émois de l'amour sans aucune afféterie"..."La gestique ramiste coulait ici de source"..."Un seul problème, mais de taille : Philippe Herreweghe est un chef de choeur esentiellement, et diriger une troupe d'opéra sans avoir pris de cours de direction d'orchestre est un peu présomptueux." (Opéra International - septembre 1983)

 

 

 

 

 

 

 

 

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