RINALDO

Edition LP

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

Giacomo Rossi
 
ORCHESTRE
La Grande Écurie - La Chambre du Roy
CHOEUR

DIRECTION
Jean-Claude Malgoire

Almirena
Ileana Cotrubas

Goffredo
Paul Esswood

Argante
Ulrik Cold

Rinaldo
Carolyn Watkinson

Armida
Jeanette Scovotti

Eustazio
Charles Brett

Mago cristiano, Araldo
Armand Arapian

Donna
Sophie Boulin

Sirena
Nicole Leport

Sirena
Marie-Françoise Jacquelin

DATE D'ENREGISTREMENT
19 au 23 mai 1977
LIEU D'ENREGISTREMENT
Notre-Dame du Liban - Paris
ENREGISTREMENT EN CONCERT
non

EDITEUR
CBS Records
COLLECTION
DATE DE PRODUCTION
1997
NOMBRE DE DISQUES
3
CATEGORIE
33 tours - stéréo

Critique de cet enregistrement dans :

"Commençons par les mauvais côtés. La version de Malgoire est sans nul doute stylistiquement datée (1977) et l'interprétation baroque a bien évoluée depuis. On retrouve dans cet enregistrement pionnier une approche descriptive et statique, une totale absence de mouvement et de sens dramatique qui est à la fois caractéristique de l'époque mais aussi du chef. Seuls les airs guerriers sont particulièrement bien réussis : on retrouve là l'affinité de Malgoire avec les trompettes et les vents en général (voir son superbe enregistrement de la Water Music). Mis à part ces derniers, les tempi sont relativement uniformes et seule une bonne connaissance du livret sauve l'auditeur d'un sommeil d'Armide... L'orchestre joue correctement mais semble être emprisonné dans un carcan qui l'empêche de s'épanouir pleinement. L'effectif est très réduit (sauf les trompettes au nombre de quatre) et nuit à la formation d'un véritable "tissu orchestral" si cher à Händel. De plus, la Grande Ecurie et la Chambre du Roy sert seulement de support aux chanteurs et n'interagit pas avec eux durant les airs, se confinant à l'ouverture, aux "simphonies" et aux ritournelles. La faiblesse de l'accompagnement est flagrante dans le "Cara sposa" où l'auditeur, au lieu d'être entouré d'une torpeur aussi dense qu'angoissante voit ses oreilles agressées par les grincements de ce qui semble être un violon solo. Comment sept violons peuvent-ils suffire aux deux voix ? Malgoire semble confondre Bach et Händel, à moins qu'il ne s'agisse plus prosaïquement que d'un problème financier. Cependant, la faiblesse de l'orchestre n'a d'égale que la réussite des chanteurs : si ce Rinaldo se voit rééditer, c'est grâce à l'extraordinaire performance des solistes. Rarement on aura vu un plateau aussi magnifique et seul l'Atys de William Christie s'offre à la comparaison de ce point de vue. Malgoire a choisi la distribution primitive de 1711 où les rôles de Goffredo et Eustazio sont confiés à des castrats tandis que Rinaldo échoue à une soprano. Paul Esswood, Charles Brett et l'admirable Carolyn Watkinson relèvent le défi de façon grandiose. Sans s'attarder sur l'excellence indiscutable des deux anglais, on s'extasiera encore une fois sur le timbre puissant, pur et... masculin de cette dernière (elle se confond avec les deux falsettistes masculins et le rôle de Rinaldo lui va donc comme un gant). Jeannette Scovotti campe une Armide à en faire pâlir plus d'un, tout en rage et courroux maléfiques tandis que la voix profonde et grainée d'Ulrik Cold en surprendra plus d'un. Enfin, Ileana Cotrubas personnifie une Almirena sensible et douce, particulièrement bienvenue dans ce monde impitoyable et guerrier. Sa prestation du fameux "Lascia ch'io pianga" résonne de façon étrangement aérienne. Une grande homogeneité complice se dégage du plateau. Enfin, les ornements sont très discrets.

Il faut donc apprécier ce Rinaldo pour sa perfection plastique, comme on admirerait un beau tableau de maître, une fenêtre donnant sur un paysage aussi immobile que merveilleux. L'ensemble dégage une impression de demi-teintes subtiles, de pastels évanescents. Ceux qui voudront se jeter dans le fracas des combats et sentir les flammes du dragon d'Armide iront trouver leur bonheur chez Jacobs ou Hogwood. Les contemplatifs, quant à eux, resteront fidèles à cette version historique, auréolée de poésie et de sensibilité, où les échos de l'amour courtois et des chansons de gestes chevaleresques ne sont pas loin."

 "La version Malgoire n'est pas dépourvue de qualités, loin de là : distribution vocale remarquable (Paul Esswood, Ileana Cotrubas, Ulrik Cold - formidable Argante - , et surtout une envoûtante Carolyn Watkinson, avec un "Cara sposa" à tirer les larmes), chef enthousiaste...mais orchestre dépassé stylistiquement".

"Cette gravure n'a pas pris trop de rides : seuls des tempi placides, certaines aigreurs des cordes, une ornementation peu inventive handicapent cette belle réalisation. Elle est dominée par les prestations superlatives de Carolyn Watkinson et Ulrik Cold : un sommet de chant haendelien. Jeanette Scovotti, en Armida, apporte également beaucoup de passion à son rôle de magicienne. Paul Esswood et Ileana Cotrubas sont délicieux, mais un peu sages. Quant à Malgoire et à son ensemble, c'est à une orgie de timbres instrumentaux qu'ils nous convient."

"Le timbre chaud et riche de Carolyn Watkinson fait merveille dans le rôle-titre...La force dramatique ne manque pas non plus à la basse Ulrich Cold et aux deux sopranos....Paul Esswood et Charles Brett paraissent en revanche bien distants. Ce Rinaldo apparaît plus comme un assemblage de récitatifs et d'airs que comme une oeuvre structurée autour du fil conducteur du drame. Bilan mitigé donc."