LA FINTA PAZZA

La fausse folle

COMPOSITEUR

Francesco Paolo SACRATI
LIBRETTISTE

Giulio Strozzi
 

Comédie lyrique, ou pièce avec musique et machines, sur un livret en un prologue et trois actes, de Giulio Strozzi, homme de lettres vénitien, conçu à l'origine pour un opéra de Monteverdi, La Finta pazza Licori.

Le livret est dédié à Gio. Paolo Vidmano, Comte d'Ortemburgo.

Giulio Strozzi

L'oeuvre fut créée au théâtre Novissimo de Venise, le 14 janvier 1641, puis représentée douze fois en dix-sept jours, dans des décors de Giacomo Torelli de Fano, et avec Anna Renzi (*) dans le rôle de Deidamia, que Sacrati semble avoir écrit spécialement pour elle.

(*) Anna Renzi commença sa carrière à Rome, notamment chez l'ambassadeur de France, puis vint à Venise en 1640. Elle continua à chanter au théâtre Novissimo, ainsi qu'au SS. Giovanni e Paolo, où elle créa le rôle d'Ottavia dans l'Incoronazione di Poppea. Après deux voyages à Innsbruck et Gênes, elle revint à Venise et chanta pour Marco Faustini au S. Apollinare en 1655, et au S. Cassiano en 1657. Elle fut l'ami des librettistes Busenello et de Fusconi, qui lui dédia le livret de l'Argiope. En 1644, parut à Venise une publication à sa louange : "Le glorie della signora Anna Renzi romana"

Anna Renzi - Le glorie della signora Anna Renzi romana   

Elle comportait deux ballets, à l'acte I, scène 7, le Ballo della Sofferenza, et à l'acte II, scène 11, le Ballo degli scemi e di pazzarelli buffoni di Corte (Ballet des imbéciles et bouffons fous de la Cour).

 

La Finta pazza fut reprise à Bologne en 1645.

Le 14 décembre 1645, elle fut jouée à Paris, dans la salle du Petit-Bourbon, par la troupe de Giuseppe Bianchi, que Mazarin avait fait venir en 1639 pour l'amusement du roi. La Festa teatrale dell'Finta Pazza fut représentée avec les décors et les machines de Giacomo Torelli, venu à Paris à la fin de 1644, et des intermèdes dansés (Balletti d'invenzione nella Finta pazza) de Giovanni Battista Balbi, devant vingt à trente personnes, dont le Roi, la Reine - à qui l'oeuvre était dédiée - et le cardinal Mazarin. Elle est considérée comme le premier opéra représenté en France. Anna Francesca Costa était en tête de la distribution, avec Margherita Bartolotti (ou Bertolazzi), Lodovica Gabrielli Locatelli dite Lucilla, Giulia Gabrielli dite Diana.

Le Louvre et le Petit-Bourbon vers 1630

La Gazette de France du 16 décembre 1645 relate : toute l'assistance n'étant pas moins ravie des récits de la poésie et de la musique, qu'elle l'était de la décoration du théâtre, de l'artifice de ses machines et de ses admirables changements de scènes jusques à présent inconnus à la France et qui ne transportent pas moins les yeux de l'esprit que ceux du corps par des mouvements imperceptibles : invention du Sieur Jacques Torelli de même nation...

Giacopo Torelli

Voiture fut particulièrement impressionné par les décors, s'émerveillant que Dedans le même temps nous voions mille lieux, des ports, des ponts, des tours, des jardins spacieux, et dans le mesme lieu, des scènes différentes. Ainsi, dans son décor du départ de Scyros, Torelli représenta le Pont-Neuf, avec la statue de Henri IV, l'entrée de la place Dauphine avec les tours de Notre-Dame et la Sainte-Chapelle dans le lointain. Cette vue de Paris fut inspirée à Torelli par le décor imaginé par le peintre Giovanni Francesco Grimaldi pour la représentation de La Sincerita trionfante, à l'ambassade de France à Rome en 1638. Les changements à vue des décors suscitèrent le plus de surprise et d'émerveillement, actionnés par des chassis latéraux actionnés par un grand treuil sous la scène.

D'Origny raconte dans ses Annales du Théâtre-italien : Un ballet exécuté par des singes et des ours terminait le premier acte. A la fin du second, on voyait une danse d'autruches qui se baissaient pour boire à la fontaine. Le spectacle finissait par un pas de quatre Indiens, offrant des perroquets à Nicomède, qui a reconnu Pyrrhus pour son petit-fils.

Mme de Motteville, favorite d'Anne d'Autriche, fait montre de peu d'enthousiasme dans ses Mémoires : Ceux qui s'y connaissent estiment fort les Italiens ; pour moi je trouve que la longueur du spectacle diminue fort le plaisir, et que les vers naïvement répétés représentent plus aisément la conservation et touchent plus les esprits que le chant ne délecte les oreilles.

L'oeuvre fut imprimée en 1645 sous le titre Feste teatrali per la Finta pazza, et dédicacée à Anne d'Autriche, ainsi que les ballets sous le titre Baletti d'invenzione nella Finta Pazza da Gio. Bat. Balbi.

Après la mort de Sacrati, l'oeuvre fut reprise par les Febi Armonici, à Naples et Milan en 1652. Elle fut attribuée à tort par Cristoforo Ivanovich à Pier Francesco Cavalli.

 Le livret est inspiré des aventures d'Achille dans l'île de Scyros par Popinius Statius. Il sera repris plus tard par Pietro Metastasio sous le titre Achille in Sciro.

 

Décor pour l'acte III : Le port à Scyros

 

Personnages : Il Consiglio improviso (prologue), Ulisse, Diomede, Choro d'Isolani col Capitan della Guardia, Giunone, Minerva, Tetide, Achille, Deidamia, La Vittoria, Giove, Venere, Choro degli Dei, Amore, Licomede, Eunuco musico di corte, Choro di Damigelle di Corte, Vulcano, Nutrice di Deidamia con Pirro, Choro di pazzarelli buffoni (parte muta), Charonte, Choro di Menti Celesti

 Décor de La Finta pazza - Gravure de Cochin

Synopsis

Prologue

Le pensiero improviso, doté d'un grand pouvoir sur les femmes, inspire à Deidamia de simuler la folie.

Acte I

Dans le port de Sciro

Achille se cache sous des vêtements féminins, parmi les filles du roi Licomède. En effet, Tetide, sa mère, redoute qu'il soit tué au siège de Troie. Un bateau arrive, portant Ulisse et Diomède, à la recherche d'Achille. Junon et Minerve descendent annoncer leur désir qu'Achille se joignent aux Grecs contre Troie.

Au palais de Licomède

Achille avoue à sa maîtresse Deidamia qu'il ne peut supporter sa situation, et qu'il désire partir à la guerre. Deidamia, qui a eu un fils de lui, Pirro, pour l'apaiser, lui promet le mariage. Ulisse demande au roi Licomède d'être présenté à ses filles. Ulisse et Diomède offre des cadeaux à ces dernières. Achille se saisit d'une dague et se découvre. Minerve et Junon expriment leur satisfaction. Ballet.

Acte II

Achille, tout à l'idée de partir guerroyer, oublie Deidamia et sa promesse de mariage. Celle-ci décide de feindre la folie. Jupiter descend, accompagné de Vittoria, décidé à aider Deidamia. Celle-ci simule tellement bien qu'on la croit vraiment folle. Ballet.

Acte III

Licomède découvre la supercherie de sa fille et l'enferme dans un jardin.

Aux enfers

Tetide descend au monde souterrain chercher l'aide de Pluton. mais Caron réussit à la convaincre.

Au jardin royal

Achille retrouve Deidamia et consent à l'épouser. Licomède accepte de reconnaître son petit-fils Pirro. Achille part pour Troie.

Hymne de prière du choeur des Sens.

 Dessin préparatoire pour La Finta pazza

"Le premier vrai choc culturel a lieu le 14 décembre 1645 avec la première représentation publique, dans la salle du Petit-Bourbon, et en présence de la reine Anne, de l'opéra La Finta Pazza (la Folle par feinte) de Giulio Strozzi, sur une musique de Francesco Sacrati. Cet ouvrage, qui n'est qu'une version parmi des dizaines de la fameuse histoire d'Achille à Scyros, arrive ainsi à Paris grâce à la troupe des Febiarmonici, qui tourne déjà en Italie avec ce même opéra, et s'adjoint pour l'occasion quelques acteurs de la commedia dell'arte séjournant à Paris : « ... toute l'assistance n'étant pas moins ravie des récits de la poésie et de la musique, qu'elle l'était de la décoration du théâtre, de l'artifice de ses machines et de ses admirables changements de scènes jusques à présent inconnus à la France et qui ne transportent pas moins les yeux de l'esprit que ceux du corps par des mouvements imperceptibles : invention du Sieur Jacques Torelli de même nation... » (La Maison des Italiens - Patrick Barbier - Éditions Grasset & Fasquelle)

 

Un exemplaire des Feste theatrali est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal, avec les planches gravées par Giacomo Torelli di Fano.

 

"C'était une comédie lyrique, un opéra bouffon, une parade musicale, un mélodrame où le noble se mélait au comique, et dont les intermèdes présentaient un ballet de singes et d'ours, une danse d'autruches, une entrée de perroquets. Cette Pazza finta, malgré toutes les facéties exécutées par des volatiles baladins, facéties qui seront plus tard justifiées en cet ouvrage, n'était plus si dépourvue d'esprit qu'on pourrait l'imaginer. Le programme nous dit :—Flore sera représentée par la gentille et jolie Louise-Gabrielle Locatelli, dite Lucile, qui, avec sa vivacité, fera connaître qu'elle est une vraie lumière de l'harmonie. » La page 7 de l'imprimé porte : — Cette scène sera chantée, et Thétis sera représentée par la signora Giulia Gabrielli, nommée Diane, laquelle, à merveille, fera connaître sa colère et son amour. » Même page :—Le prologue sera exécuté par la très excellente Marguerite Bertolazzi, dont la voix est si ravissante que je ne puis la louer assez dignement. » Tout n'était pas chanté dans la Finta Pazza, témoin la note suivante, empruntée au même programme : — Cette scène sera toute sans musique, mais si bien dite, qu'elle fera presque oublier l'harmonie passée. »

Les premiers virtuoses, tels que Marguerite Bertolazzi, figuraient alors dans les prologues. Les livrets de Serse, de l'Impatience, en donnent de nouvelles preuves. Le drame de la Finta Passa, déjà produit à Venise, en 1641, sur le Teatro novissitmo della Cavallerizza, devait être ancien, puisque le satirique Boccalini, dont les œuvres étaient publiées en 1613, deux ans après sa mort, se moque du titre Finta Pazza, disant : Perciochè ognuno sà che tutte le donne sono pazze e che non possono fingere d'essere quelle che sono. Ces Italiens continuèrent leurs représentations jusqu'en 1652." (L'Opéra Italien de 1548 à 1856 - Castil-Blaze)

 

Madame de Motteville raconte dans ses Mémoires : "Le mardi gras de cette année (1646), la reine fit représenter une de ces comédies en musique dans la petite salle du Palais-Hoyal, où il n'y avait que le roi, la reyne, le cardinal, et le familier de la cour, parce que la grosse troupe des courtisans était chez Monsieur, qui donnait à souper au duc d'Enghien. Nous n'étions que vingt ou trente personnes dans ce lieu, et nous pensâmes mourir d'ennui et de froid. Les divertissements de cette nature demandent du monde, et la solitude n'a pas de rapport avec les théâtres. »

 

Représentations :

  

 

  Retour à la page d'accueil