L'opéra baroque


Les compositeurs


Agostino STEFFANI

25 juillet 1654 (Castelfranco Veneto) - 12 février 1728 (Francfort-sur-le-Main)

ALARICO IL BALTHA

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L'AMOR VIEN DAL DESTINO

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ARMINIO

livret de Stefano Benedetto Pallavicino - Düsseldorf - carnaval 1707

AUDACIA E RISPETTO

livret de Ventura Terzago - Munich - 1685

BACCANALI

livret d'Ortensio Mauro - Hanovre - été 1695 - le livret mentionne les chanteurs : Ruggiero (Atlante, basse), Granara (Bacco, soprano), Hamburghese (Driade, soprano), Dianaina (Clelia, soprano), Landini (Clori, soprano), Nicoletto (Aminta, soprano), Ferdinand (Tirsi, alto), Nicolino (Fileno, soprano), Clementino (Ergasto, soprano)

ENRICO DETTO IL LEONE

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LA LIBERTA CONTENTA

livret d'Ortensio Mauro - Hanovre - 3 février 1693

LA LOTTA D'ERCOLE CON ARCHELOO

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MARCO AURELIO

livret de Ventura Terzago - Munich - 1681

NIOBE, REGINA DI TEBE

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ORLANDO GENEROSO

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LE RIVALI CONCORDI

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SERVIO TULLIO

livret de Ventura Terzago, frère de Steffani - Munich - 30 décembre 1685 - Servius Tullius fut le sixième roi légendaire de Rome de - 578 à - 534 ; il monta sur le trône après la mort de Tarquin l'Ancien, dont il avait épousé la fille

SOLONE

livret de Ventura Terzago - Munich - 1685

LA SUPERBIA D'ALESSANDRO

livret d'Ortensio Mauro - Hanovre - 1690

TASSILONE

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I TRIONFI DEL FATO

ou Le Glorie d'Enea - livret d'Ortensio Mauro - Hanovre - 1695

IL TURNO

Hanovre - 1694

Agostino Steffani naquit le 25 juillet 1654 dans la ville de Castelfranco, près de Padoue. Il eut six frères dont un seul survécut, Ventura Terzago (né le 2 janvier 1648, et qui prit le nom de la tante maternelle qui l’adopta), qui deviendra un admirable librettiste. Agostino fit probablement ses études primaires à l’école municipale de Padoue, qu’il quitta pour un établissement rattaché à l’église, où il reçut une éducation musicale assez complète. Il brilla bientôt par sa voix et par ses remarquables aptitudes musicales, et fut envoyé à Munich par l’électeur Ferdinand Marie de Bavière. Là, il passa presque un an comme protégé du comte von Tattenbach, avant de passer sous la tutelle de l’organiste et Kapellmeister, Johann Kaspar Kerll, qui se chargea de son éducation. Malgré son jeune âge (à peine quatorze ans) Agostino avait déjà chanté dans un opéra de Kerll, Le pretensioni del sole, et ses progrès musicaux étaient désormais évidents. Il passa un peu plus de trois ans auprès de son nouveau maître, et après un court séjour chez le trésorier de la cour, Augustin Sayler, il partit pour Rome en octobre 1672, afin de s’instruire aux côtés du maître de chapelle de Saint-Pierre, Ercole Bernabei. Pendant les deux années qui suivirent, Steffani non seulement compléta très rapidement sa formation, mais consacra aussi une partie de ses efforts à la composition ; en 1674, il publia en effet sa Salmodia vespertina, collection de 13 psaumes et un Magnificat à huit voix. La plupart de cette musique est de texture homophonique, mais il existe cependant un manuscrit de cette même époque, conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge, et attribué à Steffani, dont l’écriture est beaucoup plus avancée et plus variée.

En 1674, Bernabei fut nommé Kapellmeister à Munich, pour occuper le poste que Kerll avait abandonné l’année précédente. Steffani y retourna avec lui et obtint peu après le poste d’organiste de la cour. Au cours des années suivantes il voyagea à Paris, où il joua pour le Roi-Soleil, étudia la musique de Lully, et assista à la première représentation de son opéra Bellérophon ; il visita également Turin, où sa manière de jouer fut très admirée et louée par les critiques. En 1680, il fut ordonné prêtre.

Ferdinand Marie mourut pendant l’absence de Steffani, et le nouvel électeur, le jeune Maximilien II Emmanuel, favorisa considérablement la carrière du musicien italien. L’année 1681 fut une année excellente pour Steffani puisque ce fut celle de sa nomination comme directeur de musique de chambre (un poste créé spécialement pour lui), et de la première représentation (en janvier) de son opéra Marco Aurelio, sur un livret de son frère, Ventura Terzago. À Munich, depuis l’époque de Kerll, l’activité opéristique avait été intense et magnifique, ce qui offrait à Steffani un univers plein de possibilités. Pour compléter le tout, l’artiste n’allait pas tarder à entreprendre ses premières missions diplomatiques (l’un des aspects moins connus de l’existence agitée de Steffani). Entre 1682 et 1684, il initia une série de négociations semi-secrètes pour tenter de marier la princesse Sophie Charlotte de Hanovre au nouvel électeur.

Une fois ces négociations politiques achevées, il composa, entre 1685 et 1688, quatre autres opéras (dont les livrets furent rédigés par son frère et par le nouveau poète de la cour, Luigi Orlandi), une sérénade, une collection de motets, des duos de chambre et quelques cantates. Mais quoiqu’il fût titulaire d’une place de choix, Steffani décida de partir pour Hanovre, car l’activité musicale de la cour diminuait peu à peu, et le poste de Kapellmeister qu’il ambitionnait fut accordé en 1688 au fils de Bernabei, après la mort de ce dernier. Il demeura donc à Hanovre pendant les quinze années suivantes, alternant ses activités musicales et diplomatiques.

La cour de Hanovre fut une des premières à adopter la musique française ; on ne peut parler de musique française, de divertissements théâtraux et musicaux du XVIIe siècle, sans parler de Lully, de ses pièces pour ballet, de la sonorité de son orchestre, et de sa conception de la tragédie en musique. Lorsqu’en 1681, le prince Ernst August réorganisa l’orchestre de la cour de Hanovre, il fit appel à des musiciens français qui occupèrent les places principales, c’est-à-dire les instruments à cordes, et ces instruments qui avaient récemment bouleversé le son et le langage de la musique orchestrale : les hautbois.

Steffani fut bien reçu car il était déjà, à l’époque, un musicien respecté dont les opéras étaient fort connus à Munich. De plus, le musicien connaissait aussi bien le style italien que le français ; il fut, en fait, un des pionniers de la synthèse des deux styles, devenant ainsi un des personnages centraux du développement de la musique baroque allemande. D’autre part, les cours de Hanovre et de Celle n’avaient pas tout à fait perdu le goût pour l’opéra carnavalesque vénitien, de sorte que Steffani semblait le musicien idéal pour créer un style qui sût combiner les caractéristiques de l’opéra italien et le langage tonal de la musique théâtrale de Lully. Ses opéras constituent une brillante combinaison de la manière française (surtout présente dans les ballets et les ouvertures à quatre ou cinq voix, ainsi que dans certains rythmes de danse de certaines arias) et de la manière italienne (arias da capo d’une grande fluidité mélodique, etc). L’arrivée d’Agostino Steffani à Hanovre augmenta encore plus la splendeur et le prestige intellectuel de la cour, déjà importants grâce à la présence d’un génie universel comme Leibniz, qui formait, avec Ortensio Mauro et quelques autres personnalités importantes, un cercle culturel comparable à ceux de Versailles. Cette splendeur devint presque unique lorsque le duc Ernst August décida d’inviter certains des meilleurs chanteurs européens (la plupart italiens). Il y eut à l’Opernhaus au total huit saisons, durant lesquelles on représenta dix opéras, dont huit furent composés par Steffani, d’après des livrets de Mauro. À partir de 1690, Steffani consacra son temps à résoudre certaines affaires diplomatiques. En 1693, il fut désigné comme envoyé extraordinaire à la cour bavaroise de Bruxelles, où il vécut à partir de 1695. Il fut, par ce progressif éloignement de la musique, remplacé pendant le carnaval de cette année par Pietro Torri, qui lui avait succédé comme organiste à Munich, et qui occupait alors le poste de Kapellmeister à Bruxelles (où il s’était établi suivant les pas de l’électeur Maximilien II Emmanuel, nommé gouverneur des Pays-Bas en 1691). C’est à cette époque que Steffani entreprit sa mission diplomatique la plus complexe et importante : en Espagne, le roi Carlos II était désormais condamné à mourir sans descendance, et une Guerre de Succession s’annonçait déjà clairement à l’horizon ; le diplomate fut chargé de tenter de convaincre l’électeur Maximilien pour qu’il donne son appui à l’empereur Joseph I (défendant la candidature de l’archiduc Charles, de la maison d’Autriche), au lieu de favoriser Louis XIV (qui évidemment soutenait son deuxième petit-fils, Philippe V). Malgré sa persévérance, il échoua et dut revenir à Hanovre en juillet 1702. Déçu et fatigué, il trouva dans la musique un soutien et une consolation ; il révisa et prépara un nouveau manuscrit contenant tous ses duos. Mais Steffani ne put compléter son travail car la diplomatie le rappela à nouveau, et la collection fut achevée par deux copistes au mois de décembre de l’année 1703 (le manuscrit se trouve actuellement à la British Library de Londres).

Cette année-là, Steffani entra au service de l’électeur palatin de Dusseldorf, Johann Wilhelm : il ne s’occupa que de questions politiques et abandonna pratiquement la musique ; pendant les six ans que dura son séjour, il ne composa que quelques duettos, absorbé par ses responsabilités toujours croissantes. Il fut en effet nommé conseiller privé et président du Conseil spirituel pour le Palatinat et les duchés de Jülich et Berg, et quelques mois plus tard, président général du gouvernement palatin, sans oublier les titres de Rector Magnificus et de Curator de l’Université de Heidelberg, qui lui furent accordés entre 1703 et 1705. C’est également à cette époque qu’il atteignit le sommet de sa carrière écclésiastique. De l’hiver 1708 au mois d’avril de 1709, il intervint dans les négociations concernant la guerre entre le pape et l’empereur qui eurent lieu à Rome. Il obtint en récompense le poste de prélat domestique et assistant au trône, ainsi que le vicariat apostolique pour le nord de l’Allemagne.

Etabli à Hanovre, Steffani dut se charger des communautés catholiques de Prusse, du Palatinat et de Brunswick, où il dut faire face à de sérieux problèmes économiques pour maintenir un nombre si important d’églises et de missions. La situation économique personnelle de Steffani n’était pas non plus très brillante, bien qu’il disposât de nombreux revenus, soit parce que ses administrateurs le trompaient, soit parce qu’il avait lui-même décidé de céder une partie de ses revenus à diverses institutions. S’il avait conservé certains des nombreux postes qui lui avaient été offerts dans le monde de la musique, il aurait disposé de plus de temps pour composer, ainsi qu’une aisance économique considérable. Il est vrai que ses multiples occupations ne lui permettaient pas de remplir correctement les fonctions de Kapellmeister, cependant il aurait put, grâce à ses indéniables qualités de diplomate, conserver un poste important avec un salaire correspondant.

Lorsqu’au printemps de 1710 Haendel arriva à la cour de Hanovre, Steffani soutint vivement le jeune musicien, qui commenta plus tard : «Je connaissais les mérites de Steffani, et il avait entendu parler de moi. J’avais quelques notions de musique, et je pouvais jouer de l’orgue assez correctement. Il me reçut très chaleureusement, et, à la première occasion, me présenta à la princesse Sophie, mère de l’électeur, et au fils de l’électeur, comme un virtuose de la musique. Pendant mon séjour à Hanovre, il m’instruisit sur l’attitude et le comportement que je devais avoir et, devant abandonner la cour pour résoudre des affaires d’intérêt public, il me céda la faveur et le mécénat qui lui avaient appartenu pendant tant d’années». Ainsi, Steffani, plongé dans d’innombrables affaires, préféra abandonner les possibles bénéfices de son poste au jeune Haendel qui obtint la charge de Kapellmeister, en plus d’un congé payé de douze mois, dont il profita pour se rendre à Londres. Mais dès 1714, la situation s’aggrava, car certains personnages importants qui l’avaient appuyé jusqu’alors (de leur argent, de leur amitié, ou avec les deux choses à la fois) moururent ou s’éloignèrent de lui : l’électeur Georg Ludwig (qui se rendit à Londres pour être couronné roi d’Angleterre), l’électeur Johann Wilhelm, ou le philosophe Gottfried Leibniz (décédé en 1716). En 1722, il décida de retourner en Italie, plus précisément à Padoue, où il ne demeura que pendant trois ans, jusqu’au moment où il fut rappelé à Hanovre sur un ordre de Rome. La gloire et le prestige de Steffani comme compositeur étaient notoires ; cependant, la variété des activités et des intérêts qu’il eut pendant sa vie (la musique, la diplomatie, la politique, l’Eglise) le desservirent et ce furent d’autres grands talents de l’époque qui purent vraiment jouir de la gloire et de la richesse dans le domaine de la musique, obtenant des commandes de nouveaux opéras et des postes importants. La prodigieuse musique de Steffani –surtout ses opéras et ses duos– exercèrent une influence considérable sur des auteurs du niveau de Keiser, Haendel, Bononcini ou Telemann, dont il aurait pu partager la gloire s’il avait consacré plus de temps à sa vraie profession, la musique. Malgré tout, il fut, grâce à son talent, élu, en juin 1727, président de l’Académie de Musique Vocale de Londres (celle que l’on nommera plus tard Academy of Ancient Music). Le musicien ne se contenta pas de procurer à cette institution des copies, parfois même révisées, de ses oeuvres, mais il se remit de nouveau à composer (le splendide Stabat mater date de cette époque). Malheureusement, cette prospérité ne dura que quelques mois, et sa santé se détériorant, il décida de rentrer en Italie pour y finir ses jours en paix. Il fit une halte à Francfortsur-le-Main dans l’intention de vendre quelques-uns de ses biens (livres et objets d’art) et ce fut là qu’il mourut victime d’une attaque d’apoplexie, le 12 février 1728. (Glossa)

 

  Pour en savoir plus :

http://www.festival-mozart.com/compositeurs/steffani.htm

 

 

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