L'oeuvre - Le compositeur

LE TRIOMPHE DE L'AMOUR

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Isaac de Bensérade et Philippe Quinault
 
ORCHESTRE
La Simphonie du Marais
CHOEUR

DIRECTION
Hugo Reyne

Vénus, Diane, 2e Indienne
Françoise Masset
soprano
Amphitrite, la Nuit, 1e Indienne, la Jeunesse
Julie Hassler
soprano
Nymphe de Flore
Sophie Landry
soprano
L'Amour
Clara Georgel-Delunsch
soprano
Le Mystère, Arcas, 1er Plaisir, 1er Carien
Renaud Tripathi
haute-contre
Le Silence, Mercure, 2e Carien
Jean-Louis Georgel
baryton
Neptune, Jupiter, 2e Plaisir, Chef des Cariens, un Indie,
Philippe Roche
basse

DATE D'ENREGISTREMENT
novembre 2002
LIEU D'ENREGISTREMENT
Théâtre Alexandre Dumas - Saint-Germain-en-Laye
ENREGISTREMENT EN CONCERT
oui

EDITEUR
Accord
DISTRIBUTION
Universal
DATE DE PRODUCTION
4 novembre 2003
NOMBRE DE DISQUES
2
CATEGORIE
DDD

Volume 5 de la collection Lully ou le Musicien du Soleil

 

Critique de cet enregistrement dans :

"Après nous avoir offert le Ballet royal de Flore, les Plaisirs de l'île enchantée, la Grotte de Versailles et le Bourgeois gentilhomme, Hugo Reyne poursuit son entreprise méritante et nous gratifie d'une interprétation tout en finesse, captée lors d'un concert de novembre 2002 au Théâtre Alexandre Dumas de Saint-Germain-en-Laye. La prise de son "live" permet d'ailleurs une certaine fraîcheur de la conduite générale, une immédiateté du meilleur effet. Ecoutez ce Prélude pour la nuit d'une infinie délicatesse qui, grâce aux violons en sourdine, prouve, s'il en est encore besoin, le génie de Lully. Julie Hassler se glisse d'ailleurs dans ce velours sonore avec un style impeccable qui n'a d'égal que celui de Françoise Masset, partenaire privilégiée et manifestment complice d'Hugo Reyne.

Un certain manque de hardiesse de la direction et, surtout, les approxima-tions dues au concert amoindrissent toutefois la portée de l'entreprise discographique, qui aurait à l'évidence mérité de meilleures conditions de production. Elle n'en constitue pas moins une belle étape dans ce début d'intégrale des oeuvres théâtrales de Lully entreprise avec courage par La Simphonie du Marais."

"Remercions La Simphonie du Marais de nous rendre enfin cette partition dans sa forme originelle, de nous permettre de goûter le raffinement instrumental de Lully. son invention pleine de grâce, de vigueur et de délicatesse (le Prélude à l’Amour emploie quatre flûtes à bec, tandis que les violons en sourdine scintillent dans la Nuit). L’interprétation sur le vif bénéficie des mêmes atouts que les précédents volumes de la série (la présence de Françoise Masset, en Vénus et Diane, sera toujours appréciée, comme celle d’un novice, une petite Clara fille d’une certaine Mireille...), s’il nous manque à nouveau un rien de fermeté dans les rythmes, un zeste de discipline dans les ensembles, un peu de hardiesse en somme."

"Avec une obstination, une intégrité et une compétence qui forcent le respect, Hugo Reyne poursuit son exploration de l’oeuvre de Lully. Le cinquième volume de son parcours fait étape à Saint-Germain-en-Laye en 1681, où la cour découvrit Le Triomphe de l'Amour, célébré par le compositeur et son librettiste Philippe Quinault. Contemporain des tragédies lyriques Bellérophon, Proserpine et Persée, postérieur de cinq ans à Atys, ce ballet que Le Mercure galant annonçait comme seulement une "mascarade" ne saurait être considéré comme un simple divertissement. Hugo Reyne le présente comme un opéra-ballet qui organiserait ses danses et airs chantés en cinq actes au gré des entrées des personnages. Le Triomphe de l’amour fit danser plusieurs membres de la famille royale, au premier rang desquels le dauphin et la dauphine entourés de certains enfants de Louis XIV. Comme l’écrit fort justement Philippe Beaussant, "l'orchestre, toujours present pour la danse, pénétre dans le chant". La puissance expressive des récitatifs, forgée par l’exercice de la tragédie lyrique, la diversité des couleurs orchestrales (l’emploi de flûtes « allemandes », c’est-à-dire traversières), la sûreté de la conduite dramatique, la magie de l’épisode nocturne (digne du sommeil d’Atys) font le prix de cette oeuvre révélée pour la première fois au disque dans son intégralité.

Malgré quelques fragilités vocales (Clara Georgel-Delunsch, soprano enfant, Renaud Tripathi), la majesté sans apprêt des entrées instrumentales, la tendre mélancolie, la truculence (Bacchus, Pan, les Sylvains) et la malice des épisodes orchestraux, la prestance des menuets, la mise en situation de chacun des personnages (arrivée remarquée de Borée), le soin apporté à la diction, le trouble voluptueux de la Nuit (une demi-heure de musique miraculeuse), la saveur de la Simphonie du Marais et la haute inspiration de Lully font de ce cinquième volume le plus accompli de la série."

"Douze ans après avoir renoncé à paraître sur scène, Louis XIV décide de renouer avec le ballet de cour. Si le roi ne danse plus, sa progéniture prend la relève : le jeune comte de Vermandois (14 ans) et sa soeur Mademoiselle de Blois, depuis peu princesse de Conti (15 ans) et même Mademoiselle de Nantes (5 ans !), à qui échoit, comme il se doit, le rôle de la Jeunesse, entourent le Dauphin qui vient d'épouser la délicieuse Marie-Anne de Bavière. Nous sommes en 1681, Lully en est à son huitième opéra (Proserpine). Pas question de faire abstraction de cette expérience nouvelle et o combien fructueuse : ce serait comme régresser ! Bien qu'il soit constitué d'une vingtaine d'entrées et accorde une place de choix à la danse, Le Triomphe de l'Amour préfigure en réalité l'opéra-ballet : l'introduction s'apparente à une manière de prologue, onze entrées sont confiées à des chanteurs solistes, quatre font également appel au choeur et plus d'un récitatif épouse le modèle tragique. L'ouvrage est d'ailleurs créé à Saint-Germain-en-Laye, sur la scène même où furent montés les opéras du Surintendant.

Le tableau est simple, édifiant : l'Univers se partage entre les divinités acquises à l'Amour (Apollon, Pan, Zéphyre et Flore) et celles qui lui succombent (Mars, Amphitrite, Borée, Diane et jusqu'à Bacchus, conquérant des Indes, mais qu'Arianne charme "d'un seul regard"). Si le génie mélodique de Lully fait mouche dès le premier air de Vénus, "Tranquilles coeurs, préparez-vous à mille secrètes alarmes", un air repris en chansons et parodié par ses contemporains, c'est la résistance, plus farouche, de Diane, seul ressort dramatique (à peine esquissé) de l'ouvrage, qui lui inspire les pages les plus captivantes. De la ritournelle mélancolique des flûtes traversières jusqu'au mystérieux appel du Silence, "Que tout soit tranquille, Taisons-nous", en passant par la langoureuse et envoûtante symphonie en ré mineur, avec ses violons en sourdine ("prélude à la Nuit"), les allégories de la Nuit, du Mystère et du Silence constituent à la fois le coeur et le sommet de l'ouvrage. A la faveur de l'obscurité du soir, la déesse se laisse troubler par la beauté d'Endymion, chavire et implore :

"Sombre Nuit, cache-moi s'il se peut à moi-même"... Il faudrait aussi évoquer la caresse du quatuor de flûtes à bec qui prélude à l'apparition du plus candide des Amours ("Plus un coeur est grand, plus il faut qu'il aime") ou la puissante apothéose, digne des tragédies en musique du tandem Lully-Quinault, qui couronne ce divertissement luxuriant, mais plutôt statique.

Le 21 janvier 1681, Lully disposait de moyens considérables : quarante-sept cordes (les deux bandes de violons), vingt et un "flûtes et hautbois", une dizaine d'autres instrumentistes pour la basse continue (parmi lesquels D'Anglebert et Marais) et pas moins de quarante-huit chanteurs ! Difficile de retrouver l'éclat et la majesté du spectacle original avec quinze cordes, sept vents (quatre musiciens alternant les flûtes à bec avec les traversières et les hautbois), quatre continuistes et à peine une vingtaine de chanteurs, solistes compris... Néanmoins, l'équipe réunie pour ce concert en costumes donné sur les lieux même de la création, ne démérite pas et compense par un bel engagement la maigreur de ses effectifs. Parmi les solistes, Françoise Masset et Julie Hassler (en particulier dans le rôle de la Nuit) rivalisent d'éloquence et d'élégance, dominant haut la main le plateau. Parfaite en Mystère susuré, la haute-contre Renaud Tripathi paraît bien malingre ailleurs (la chanson d'Arcas) ; doté d'un organe agréable et sonore, Philippe Roche demeure, quant à lui, par trop rigide. Rien à redire, en revanche, des Georgel (Jean-Louis et Clara), bien plus concernés par ce qu'ils chantent. Si elle manque encore parfois de nerf, la direction d'Hugo Reyne a bonifié depuis ses premiers pas dans l'exploration du répertoire scénique de Lully. Un soupçon de fantaisie, un zeste d'audace serait toutefois le bienvenu. Pourquoi, par exemple, ne pas glisser une paire de castagnettes dans les mains de Julie Hassler (La Jeunesse) ? Mademoiselle de Nantes ravissait l'auditoire de Saint-Germain en jouant de ces percussions exotiques..."

 

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