IL GIUSTINO

Giustino

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Comte Nicolò Beregan

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
2001
2002
Estevan Velardi
Bongiovanni
4
italien
2001
2002
Alan Curtis
Virgin Veritas
2
italien

 Dramma per musica en trois actes (RV 717), composé à la demande de Féderico Capranica, propriétaire de théâtre à Rome, représenté au teatro Capranica, durant le carnaval 1724.

 Le livret avait été déjà mis en musique par Giovalli Legrenzi pour le Teatro San Salvatore de Venise en 1683. Il fut également utilisé par Domenico Scarlatti en 1703, puis aménagé par Pariati pour Tomaso Albinoni, en 1711.

Le livret utilisé par Vivaldi reprend le texte de Beregan, modifié par Pariati, avec de nouvelles profondes modifications.

La distribution, lors de la création, réunissait le castrat Giacinto Fintana, dit Farfallinoi, dans le rôle d'Arianna, le castrat Girolamo Bartoluzzi dans celui de Leocasta, le castrat alto Paolo Mariani dans celui de Giustino, Giovanni Ossi dans celui d'Anastasio, le ténor Antonio Barbieri dans celui de Vitaliano, le castrat soprano Carlo Pera dans celui d'Amanzio, le castrat Francesco Antonio Giovenale dans celui d'Andronico, et le ténor Francesco Pampani dans celui de Polidarte.

 Synopsis

Acte I

Le couronnement d'Anastasio ainsi que son union avec l'impératrice Arianna sont célébrés dans la grande salle, splendidement décorée, du palais impérial de Constantinople. Les festivités sont perturbées par des nouvelles alarmantes : ayant franchi le Bosphore, l'armée de Vitaliano est sur le point d'assiéger la ville. Vitaliano envoie Polidarte faire part de ses conditions de paix - Arianna devra entre autres épouser Vitaliano. Anastasio rejette avec colère cette offre insultante et se prépare pour la guerre. Il part au combat, raffermi par son amour pour Arianna. Celle-ci décide de son côté de braver les dangers du champ de bataille et de partager le destin de son époux.

Changement de décor : la campagne. Giustino, simple laboureur, rêve de troquer son humble condition pour la gloire militaire. Durant son sommeil, la déesse de la Fortune lui apparait et lui promet gloire, richesses et trône s'il accepte de suivre vaillamment son destin. Giustino s'éveille et décide de suivre la voie indiquée par la déesse. Une opportunité aussitôt s'offre à lui lorsque Leocasta, soeur de l'empereur Anastasio, entre poursuivie par un ours. Giustino avant achevé l'animal, la reconnaissante Leocasta, qui le trouve non seulement aimable et brave mais également bel homme, l'invite à la raccompagner à la cour. Sur le champ de bataille, le général d'Anastasio, Amanzio, révèle son plan secret pour favoriser son propre avancement. Anastasio espère la victoire qui lui permettra de retrouver Arianna.

Giustino, grâce à l'intérèt que lui porte Leocasta, est devenu soldat de l'empereur et part combattre avec l'armée impériale. Dans le camp ennemi, devant les remparts de la ville, Vitaliano galvanise ses hommes pour la bataille. Il se retrouve en face d'Arianna qui a été capturée. Toujours amoureux d'elle, il tente de la convaincre de céder à ses avances, mais elle le rejette avec fureur. Finalement, blessé par son dédain et sa fidélité envers son époux, il perd patience et avec colère ordonne qu'elle soit enchaînée à un rocher, telle Andromeda, et livrée à la voracite carnivore d'un monstre marin. Préférant mourir plutôt que de trahir Anastasio, Arianna chante de tendres adieux teintés de résignation.

Acte II

Un rivage rocheux au bord d'une mer agitée. Un navire s'échoue sur la plage - en sortent Giustino et Anastasio. Anastasio tente de contenir sa douleur d'avoir perdu Arianna, puis les deux hommes se mettent en quête d'un abri. Un monstre terrifiant surgit des eaux et se dirige vers le rivage. Arianna, enchaînée à un rocher tout proche, implore la pitié des dieux ; ses plaintes, dont l'écho rebondit de roche en roche, parviennent jusqu'à Giustino, lequel tue le monstre et la délivre. Anastasio et Arianna se trouvent joyeusement réunis. La tempête faiblit, la mer peu à peu se calme, et tous reprennent le bateau pour rejoindre leurs foyers, poussés par une douce brise. Vitaliano, pris de remords, revient sur les lieux de cruauté mais n'y trouve que le monstre mystérieusement abattu et Arianna envolée. Il décide de la retrouver et de gagner son affection par un repentir baigné de pleurs.

De retour à la cour, Arianna se remet de ses épreuves dans le jardin du palais. Leocasta tente de l'apaiser en évoquant tous les bienfaits du jardin, mais Arianna ne pourra s'en réjouir tant que son époux demeurera en danger. Rivalisant avec les oiseaux qut chantent autour d'elle, elle attend son retour avec une amoureuse langueur. Anastasio est vtctorieux ; dans le palais, couronné de lauriers, i1 célèbre la capture de Vitaliano et vante la part qui dans leur victoire revient à Giustino. Celui-ci demande l'autorisation de parachever cette victoire en allant défaire le reste des forces ennemies. Amanzio est écoeuré de voir un paysan de basse extraction jouir ainsi d'une telle faveur et sème les graines de la jalousie en suggérant à Anastasio que Giustino pourrait avoir des vues tant sur sa femme que sur son trône. Anastasio rejette de si noires pensées, mais l'extravagant éloge qu'Arianna fait des prouesses de Giustino semble néanmoins les confirmer. Il accorde peu à peu foi aux insinuations d'Amanzio.

Dans un bois à l'extérieur de la ville, Giustino et Leocasta se déclarent leur amour Elle revient à la cour et Giustino, conscient que la fortune est en train de se retourner contre lui, fait confiance à sa propre force et à la fermeté de son coeur, prêt à défier le destin.

Acte III

Vitaliano s'est évadé de prison avec ses soldats en escaladant une haute tour et prépare sa revanche.

Arianna demeure fidèle, mais exprime trouble et confusion. L'introspection morose d'Anastasio n'est désormais que trop manifeste et sa jalousie explose lorsque Giustino paraît orné d'une ceinture rehaussée de pierres précieuses qu'Arianna lui a offerte en marque, bien innocente, de gratitude pour sa bravoure. Cette ceinture, Anastasio l'avait initialement offerte à Arianna. Anastasio ordonne qtue Giustino soit arrêté et condamné à mort cependant qu'Arianna est accusée d'adultère. Giustino fait à Leocasta de doux adieux ; angoissée à l'idée de 1e perdre., elle jure soit de le libérer, soit de mourir avec lui .

Deux scènes sont ici omises. Dans la première, Amanzio décide de profiter de l'emprisonnement de Giustino pour renverser Anastasio, profondément affecté, et de se faire couronner empereur. Dans la seconde, toute en récitatif, Giustino s'est enfui de sa prison avec l'aide de Leocasta et se retrouve dans un impressionnant paysage de montagne où, une fois encore, il tombe dans le sommeil. Vitaliano survient alors et, au moment où il s'apprête à le tuer, la foudre jaillie d'un éclair ouvre la montagne, mettant à jour le tombeau du père de Vitaliano. Une voix spectrale annonce que Giustino est le frère perdu de Vitaliano, enlevé au berceau par une tigresse. Vitaliano reconnaît la tache de vin an forme d'étoile que Giustino porte sur le bras, l'éveille et le salue en l'appelant frère. Giustino convainc immédiatement Vitaliano de se joindre à lui pour remettre Anastasio sur le trône.

Assis sur le trône impérial, Amanzio contemple le succès de son entreprise. Arianna et Anastasio sont conduits devant lui enchaînés puis condamnés à d'effroyables tortures. Tandis qu'on les emmènent, le son des trompettes et les cris de la foule annoncent l'arrivée de Giustino et de Vitaliano. Amancio est expédié en prison cependant qu'Anastasio et Arianna sont libérés. Anastasio demande pardon pour sa jalouse crédulité. À l'instigation de Giustino, il accueille Vitaliano en ami et, apprenant que Giustino est de sang royal, lui offre la main de Leocasta ainsi que la moitié de son empire. Arianna et Anastasio se redisent leur amour et tous se retrouvent dans un joyeux choeur final an manière de chaconne.

(livret de la version Virgin Veritas)

 

"Avec ses dimensions toutes wagnériennes et une série d'effets scéniques spectaculaires (une tempête en mer, des batailles et une scène de couronnement somptueuse), Giustino est un des opéras les plus ambitieux de Vivaldi. La première eut lieu en 1724 pendant le Carnaval de Rame. Fente sur un livret de Nicolo Beregan dont la première mise en musique remonte a Giovanni Legrenzi pour Venise en 1684, l'intrigue met en scène des personnages et des événements historiques réels dans une fiction toute empreinte de trahison, d'envie et de jalousie racontant l'ascension de Giustino, de l'humble laboureur au co-empereur de l'Empire Byzantin avec Anastasio. L'écriture de Vivaldi tire pleinement parti des diverses situations, ce qui nous fait encore penser que ses capacités de dramaturge ont été sous-estimées dans le passé. C'est particulièrement vrai de l'acte 2 et du début de l'acte 3, où le soupçon et la jalousie sont efficacement traduits dans une série d'arias impétueux et déconcertants qui font fréquemment montre d'une considérable ingéniosité harmonique." (Goldberg - décembre 2002)

 

 Représentations :

 

"En cette période de vacances scolaires, le Théâtre des Champs Elysées ne fait pas vraiment le plein : peut-être était-il risqué de confier à une formation baroque qui ne compte pas parmi les plus célèbres et à une distribution sans véritable star ce Vivaldi de jeunesse au livret plus qu\92extravagant, avec intervention d\92un spectre et d\92une dea ex machina, où enlèvements et travestissements viennent encore compliquer une intrigue déjà bien assez embrouillée. Et si l\92entracte ne nous avait pas assez opportunément permis de troquer une place au premier balcon pour un fauteuil d\92orchestre, l\92affaire aurait pu être assez vite expédiée. De fait, la première partie aurait mérité une note sévère : cordes trop souvent en délicatesse avec la justesse, flûtes nous gratifiant de couacs retentissants, et brochette de chanteurs dont, pour plusieurs d\92entre eux, les graves ne montaient pas jusqu\92aux étages supérieurs.

Enfin l\92entracte vint, qui permit de revoir notre jugement de fond en comble. Une fois au parterre, plus besoin de tendre l\92oreille pour capter les nuances de la direction alerte de Stefano Molardi : l\92orchestre de Vivaldi se révèle chatoyant, varié, nerveux. Le pupitre des cordes reste un peu difficile à accepter par instants, mais au moins peut-on profiter pleinement de l\92excellent continuo de l\92ensemble I Virtuosi delle Muse, et notamment de la complicité unissant le gambiste et le théorbiste, tous deux très en verve. L\92intervention du psaltérion constitue un moment de grâce, pour le très bel air de Giustino concluant le deuxième acte, « Ho nel petto un cor si forte ». La partition a fait l\92objet de coupes, bien sûr, mais l\92on se situe dans un juste milieu entre l\92intégrale absolue enregistrée par Estevan Velardi et le charcutage livré par Alan Curtis dans leurs enregistrements respectifs, tous deux sortis en 2002.

Surtout, ce fauteuil d\92orchestre occupé dans la deuxième partie du concert nous a donné l\92occasion d\92apprécier les mérites de la distribution vocale, qui se révèle mieux qu\92à la hauteur. La création de Giustino ayant eu lieu à Rome, le cast était en 1724 exclusivement masculin, et majoritairement composé de castrats. Les deux ténors sont beaucoup moins bien lotis que leurs collègues : Vincent Lesage en Polidarte n\92a presque rien à chanter, et même l\92excellent Ed Lyon n\92a droit qu\92à des airs virtuoses, aux vocalises ultrarapides, sans aucun de ces moments d\92émotion que Vivaldi était parfaitement capable d\92offrir à ses personnages. Dans le rôle du perfide et ambitieux Amanzio, Lucia Cirillo se taille un beau succès, notamment avec son grand air « Or che cinto il crin d\92alloro » ; sa voix ne manifeste pourtant pas une personnalité très affirmée. Il apparaît en revanche presque scandaleux que Varduhi Abrahamyan ait été confinée au rôle sacrifié d\92Andronico (purement et simplement supprimé au disque par Curtis) : cette voix de bronze, entendue à l\92Opéra de Paris dans Giulio Cesare et dans Akhmatova, méritait mieux, et peut-être aurait-elle pu se substituer avantageusement à une de ses cons\9Curs plus généreusement traitées. Ileana Mateescu est, elle, pénalisée par un timbre assez monochrome : le matériau vocal est plus que suffisant pour son personnage, mais sa diction n\92est pas assez incisive pour rendre suprêmement émouvant le grand air d\92Anastasio, « Vedrò con mio diletto » - qui a attiré des interprètes aussi divers que Philippe Jaroussky ou Sonia Prina \96 et il lui manque cet art de ciseler les mots qui vaut un triomphe au tiercé gagnant de cette distribution.

Soprano aux graves nourris et aux inflexions sensuelles, Sabina Puértolas est une belle découverte (lire son interview). c\92est un plaisir d\92entendre dans ce répertoire une voix ferme et chaude, capable de chanter tout autre chose, elle transforme véritablement certains airs vivaldiens connus (« Sventurata navicella », et surtout « Senti l\92aura »), et par l\92aplomb avec lequel elle darde ses notes, elle fait de Leocasta bien plus que l\92oie blanche promise par le livret. Marina De Liso prête au rôle-titre une voix puissante et noire, rompue à l\92opéra baroque, et l\92on espère la voir un jour dans une version scénique pour juger si son abattage convainc autant que son ramage (elle avait ce vendredi soir orné sa chevelure d\92un ravissant plumage rouge). Enfin, Maria Grazia Schiavo n\92a qu\92un sourire à faire pour mettre le public dans sa poche : Vivaldi a réservé à Arianna quelques-uns des airs les plus séduisants de sa partition, comme l\92invraisemblable « Per noi soave e belle », truffé de notes répétées, que la chanteuse hérisse d\92aigus lors de la reprise aux ornements plus qu\92acrobatiques. Peu avant le ch\9Cur final, un duo exceptionnellement développé entre Arianna et Anastasio conclut cet opéra qui prouve une fois de plus que Vivaldi est un compositeur lyrique à part entière. Ne manque encore que le metteur en scène de génie qui saura nous le prouver."

"Ce Giustino, créé à Rome lors du carnaval 1724, n'est pas totalement méconnu des mélomanes. Alan Curus l'avait ressuscité en 1985 et on l'avait vu régulièrement à la scène dans les années suivantes. Ce n'est qu'en 2002 qu'il avait connu les honneurs du disque, avec la parution presque simultanée de deux enregistrements: l'un, sous la baguette d'Alan Curtis encore (2 CD Virgin Classics), dont les coupures tenaient du « massacre à la tronçonneus»; l'autre, dirigé par Estevan Yelardi (4 CD Bongiovanni), qui avait plus particulièrement retenu notre attention. Et puis, Giustino s'était de nouveau fait discret... Il faut donc saluer l'initiative du Théâtre des Champs-Élysées.

Le récit tarabiscoté de l\'icolo Beregan - avec, entre autres, ours, monstre marin, arrestations diverses ou montagne fendue - appelle évidemment la scène, mais la version de concert présentée ici permet d'admirer une partition qui ne pâlit guère devant le foisonnement de ce livret. Car Vivaldi fait montre d'un métier accompli et d'une inspiration constante, nous offrant quelques perles : «Vedro con mio diletto» (Anastasio, acte 1), «Sento in seno» (Anastasio au II avec sa pluie de pizzicati), ou encore «Ho nel petto» (Giustino au II, avec psaltérion solo).

D'une distribution seulement honorable, on retiendra, avant tout, les solides prestations de la soprano Sabina Puertolas, de la mezzo Lucia Cirillo et du ténor Ed Lyon. Tous trois savent modeler à la fois la matière musicale et dramatique. Même si Giustino donne son nom à l'opéra, les rôles principaux sont bien constitués du premier couple d'amoureux, Anastasio et Arianna. Maria Grazia Schiavo, avec une belle énergie, semble cependant plafonner à la limite de ses moyens, et Ileana Mateescu, plus à l'aise dans les passages vifs, ne possède ni l'envergure nécessaire, ni les moyens techniques pour rendre justice au potentiel expressif de son personnage.

L'ensemble I Virtuosi delle Muse, qui joue debout et en petit effectif, sous la baguette de son chef Stefano Molardi, est une réelle découverte. Et l'équilibre entre orchestre et voix est parfait, ce qui est suffisammem rare dans ce théâtre pour être noté.

Une longue mais belle soirée."

 

 

 

 

"Le programme d'une indigence stupéfiante, presque rien sur l'oeuvre...un décor fixe...Seulement des femmes pour chanter, toutes vêtues de la même façon, en épaisses étoffes rouges...une direction d'acteurs inexistante...Et pourtant le charme agissait, grâce au chef Alan Curtis et aux musiciens de l'orchestre. Timbres rares et éclatants, feu d'artifice gourmand." (Opéra International - septembre 1985)

 

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