MOTEZUMA

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Girolamo Alvise Giusti

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1992
1992
Jean-Claude Malgoire
Audivis/Astrée
2
italien
2005
2006
Alan Curtis
Archiv
3
italien

 DVD
ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
FICHE DÉTAILLÉE
2008
2011
Alan Curtis
Dynamic

 

Opéra (RV 723) créé le 14 novembre 1733, au théâtre Sant' Angelo, à Venise, avec des décors d'Antonio Mauro, des ballets de Giovanni Gallo, et avec une distribution réunissant : Massimiliano Miler (Motezuma), Anna Giro (Mitrena), Giuseppa Pircher dite la Tedesca (Teutile), Francesco Bilanzoni (Fernando), Angiola Zanuchi (Ramiro), Marianino Nicolini (Asprano).

Le livret d'Alvise Giusti s'inspire de l'Histoire véridique de la conquête du Mexique (Historia de la Conquista de Méjico), d'Antonio de Selio.

Seul le livret avait été conservé, ainsi qu'un air, avant qu'environ trois-quarts de la partition soient découverts dans les archives de la Berlin Sing-Akademie qui avaient été transférés secrètement à Kiev par les Soviétiques et avaient été restituées en 2001. Il manque le début de l'acte I et l'acte III, et le finale de l'acte III. Seul le deuxième acte est complet.

 

Le 17 mai 2006, le tribunal d'instance de Düsseldorf a tranché le litige qui opposait les dirigeants du festival Altstadtherbst de Düsseldorf à l'académie de musique Berliner Sing-Akademie : l'opéra oublié d'Antonio Vivaldi (1678-1741), "Motezuma", est libre de droits. L'oeuvre du compositeur italien est à la disposition de chacun, a jugé le tribunal. Il n'est pas en effet exclu que la partition originale datant du 18ème siècle ait été reproduite en plusieurs exemplaires. Le jugement intervient suite à la plainte déposée par la Berliner Sing-Akademie contre le festival Altstadtherbst de Düsseldorf, qui avait monté l'opéra oublié en 2005. L'académie, qui conserve une copie de la partition de "Motezuma", affirme en détenir les droits exclusifs. La décision du Tribunal d'instance de Düsseldorf est "réjouissante pour les amateurs de la musique ancienne, c'est la preuve que la musique n'est pas réservée aux opéras qui en ont les moyens", a déclaré l'avocat du festival de Düsseldorf, Andreas Auler. "Je considère que c'est une erreur, c'est pourquoi je vais porter l'affaire devant la Cour fédérale suprême", a annoncé l'avocat de la Berliner Sing-Akademie, Peter Raue. L'opéra "Motezuma" avait disparu après sa première mise en scène en 1733 à Venise. En 2002, un musicologue allemand, Steffen Voss, a découvert une copie de la partition, originaire de Venise, dans les archives de la Sing-Akademie. L'avocat du festival de Düsseldorf a avancé qu'elle avait été reproduite et donc publiée. La Sing-Akademie n'a pas pu prouver le contraire.

 

1943. L'Allemagne nazie subit de plus en plus le survol des bombardiers alliés, semant chaque fois leurs tapis de bombes et de ruines fumantes au sein des grandes villes du Reich. Inquiet, Goebbels, Gauleiter de Berlin, ordonne le transfert secret de 560 collections vers des cloîtres, tunnels et châteaux de province, espérant sauver ainsi des chefs-d'\9Cuvre du patrimoine artistique allemand. Les archives de la Berlin Sing-Akademie sont soigneusement emballées et plus de 5000 manuscrits, sources imprimées, matériels, lettres, documents, programmes, livrets, livres et revues rejoignent quatorze grosses caisses et le calme de la Silésie. Etrangement, les fonctionnaires ou militaires chargés de l'opération en oublient la légendaire méticulosité prussienne et n'établissent pas de catalogue précis des \9Cuvres déménagées. Moins de trois mois plus tard, le joli bâtiment à fronton et pilastre de 1827 part en fumée, alors que les batteries de Flak 8.8 de la DCA ripostent en créant de petits nuages de poudre dans le ciel de la capitale\85 Pour la majorité des Allemands et des musicologues occidentaux, c'en est fini du fonds de la prestigieuse Akademie.

Pourtant, en 1969, un enregistrement d'un concerto pour flûte de Wilhelm Friedemann Bach est édité à Kiev, alors que la seule copie répertoriée provenait desdites archives berlinoises\85 En effet, en 1945, l'armée rouge fait connaissance avec le pittoresque château d'Ullersdorf et rapatrie les précieux documents à Kiev. A partir de 1973, ils sont conservés aux Archives Centrales de Littérature et Art d'Ukraine sous la cote volontairement vague de "Fonds 441 : Manuscrits des Lumières. Art et littérature occidentale européenne du 17ème au 19ème siècle". En 1999, des chercheurs occidentaux découvrent enfin l'existence des archives de la Berliner Sing-Akademie, et en 2001, après moult tractations, elles regagnent Berlin. On passera un voile pudique - et un regard désabusé - sur les escarmouches juridiques à propos des droits de la partition microfilmée en Ukraine qui conduisirent à l'annulation ou à la transformation en pastiche de plusieurs représentations de Motezuma prévues depuis lors.

Ajoutons que cet opéra d'un Vivaldi cinquantenaire ne nous est parvenu dans son intégralité que pour le second acte. Il manque notamment le début des actes I et III et le finale de l'acte III. Tout comme son prédécesseur Jean-Claude Malgoire qui avait livré un pastiche fort remarqué de l'\9Cuvre en 1992 (Astrée), Alan Curtis et Alessandro Ciccolini ont donc été forcés de puiser des airs dans d'autres \9Cuvres telles que Farnace, Tito Manlio et autres Fida Ninfa afin de compléter la partition de cet invraisemblable soap opera baroque où Cortez s'éprend de la fille du Roi Moctezuma, avant que tous les protagonistes finissent en ch\9Cur par chanter les vertus du mariage, lieto fine oblige. (Forum Opéra)

 

Personnages : Motezuma (empereur du Mexique), Mitrena, son épouse, Teutile, leur fille, Fernando, général de l'armée espagnole, Ramiro, son frère cadet, Asprano, général des Mexicains

 

 

 Argument

 Montezuma, dernier empereur du Mexique, vaincu, est recherché par les soldats de Fernando Cortes. Il demande à son épouse Mitrena de tuer leur fille Teutile pour qu'elle ne tombe pas entre les mains des Espagnols. Teutile, déçue dans son amour pour Ramiro, frère de Fernando, veut se suicider, mais est arrêtée par Fernando. Montezuma essaye de tuer sa fille, mais blesse Fernando. Celui-ci demande à Ramiro de chercher le coupable. Fernando reçoit Mitrena qui demande une trêve. Montezuma, déguisé en Espagnol, toujours pour tuer sa fille, est surpris et fait prisonnier. Asprano, général mexicain, prépare une offensive contre les Espagnols. Il indique que les dieux exigent la sacrifice d'un Espagnol et de Teutile. Mitrena demande que Fernando soit sacrifié avec Teutile, mais Fernando s'échappe grâce à Ramiro. Montezuma se retrouve enfermé dans une tour à laquelle Asmiro a fait mettre le feu en croyant que Fernando s'y trouvait. Montezuma s'échappe et retrouve Mitrena., et forme le dessein de tuer Fernando et Ramiro qui ont pris le pouvoir. Asprano et Teutile les en empêchent, et Fernando rend le trône à Montezuma. Ramiro épouse Teutile.

 

 

Représentations :  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La première surprise éclatante vient de l'orchestre absolument superbe et déchaîné ce soir : je ne pensais pas pouvoir dire cela un jour de Curtis et son Complesso barocco qui ne m'inspirent ailleurs que de l'ennui quand ce n'est pas de la consternation. Le disque de Motezuma m'avait déjà étonné, mais bien des choses n'y étaient pas du tout à leur place (le trio, la bataille, le final du II...) à coté de véritables réussites (les récitatits, les variations, les airs de Ramiro...). Ayant souffert bien des lives de Curtis que l'on peut au moins louer pour sa grande curiosité, je m'attendais à un orchestre bien moins bon que cette exception discographique: en réalité Il Complesso barocco a fait des progrès énormes (du moins dans cette oeuvre); après une ouverture tiedasse et un premier air de Motezuma (différent de celui au disque d'ailleurs) pas très précis, la sauce est peu à peu montée pour atteindre la quasi perfection au premier air de Fernando: certes on peut toujours reprocher un certain manque de couleurs mais pour une fois c'est impeccable et même passionnant dynamiquement, tous les pupitres sont parfaitements équilibrés rendant envoûtants les langueurs et nombreux jeux d'echos qui émaillent les airs; cette cohérence est d'autant plus stupéfiante que Papi Alan avait du sniffer quelque chose avant de monter tant les tempo sont rapides et halletants. Bref un grand bravo à l'orchestre; je regrette de n'avoir pas été écouté Alcina à Poissy du coup, et je suis curieux de savoir s'ils y atteignent aussi cette excellence.

Vito Priante est le seul rescapé du disque: son Motezuma est toujours aussi brut de décoffrage, peu de nuances et un chant assez rentre dedans, ce qui convient tout à fait au personnage qui n'a que la colère pour loi. Ajoutons en plus qu'il est bien plus sexy que sur les photos... Mary Ellen Nesi ne m'inspirait rien de bon après avoir entendu son Teseo assez fruste. J'ai été agréablement surpris de constater qu'elle pouvait aussi être une chanteuse très honnête, sans grande intelligence musicale et dramatique, mais capable d'un Ramiro très propre et bien chantant; la tessiture assez réduite et le timbre me font penser à Maria Ercollano mais sans le coté "caramélisé sur le dessus" (oui je n'ai pas encore mangé!) de cette dernière. Son Ramiro pèche donc surtout par manque de variété, d'implication dramatique (tous ses airs se ressemblent) et par un coté trop posé (qui ruine son "In mezzo alla procella").

Laura Aikin ne m'a par contre en rien étonné, c'est inintéressant: à sa décharge, son rôle est privé de son premier air et des récitatifs essentiels pour comprendre qui est Asprano, de plus elle remplacait Kalna prévue à l'origine et qui est simplement stupéfiante dans ce role. Mais comment supporter ce "Brilleran per noi" sans aucun sens du rythme, avec ces vocalises piquées qui ignorent deux notes sur trois? Comment ne pas s'indigner devant ce "D'ira e furor armato" pas du tout belliqueux ni en place avec deux plantages énormes où l'on ne savait plus qui de l'orchestre ou de la chanteuse était perdu? Seul son dernier air larmoyant lui a permis de se rattraper mais rien de très émouvant... A oublier bien vite.

Passons maintenant aux triomphateurs: Ann Hallenberg fut plus que convaincante en Fernando où je craignais qu'elle ne manque de sauvagerie! Que nenni! Cette femme brûle les planches, c'est un vrai génie dramatique de la même trempe que Dessay ou Antonacci: écoutez ces légères variations et silences qui font tout le relief de ses récitatifs auxquels ne manquent pas la moindre consonne; pâmez-vous devant cette crédibilité scénique (l'éclat de rire et l'allure pendant le "Sei troppo facile") et cette tessiture large qu'elle balaye avec une aisance confondante! Seul bémol, "L'aquila generosa" l'a trouvée un peu en difficulté pour traduire le déploiement des ailes par l'enflement vocal (chose que Beaumont réussissait à merveille et que je créve d'envie d'entendre par Bonitatibus); mais cela reste tout de même de très haute volée (pouet!).

Après la Teutile pleine de grace, cristalline et néamoins puissante d'Invernizzi, Karina Gauvin nous offre une conception toute différente du rôle: son timbre d'abord rend le personnage plus tellurique, plus humain et moins évanescent (elle ne ménage pas ses aigreurs pour les pleurs du dernier air) mais c'est aussi un personnage plus volontaire moins éthéré que celui peint par Invernizzi, une Teutile digne de la poigne de sa mère plus que jeune princesse innocente sacrifée. Tous ses airs seraient à commenter tant le poids dramatique est sensible dans chaque note. Impressionnant et très émouvant. Sonia Prina en Mitrena, franchement quelle idée! Vous la voyez vous, se sortir de l'impossible "S'impugni la spada" avec son canto di sbalzo et ses lourdes vocalises? Eh bien croyez le ou pas c'était confondant. Après "La sull'eterna sponda" qu'elle a chanté de façon hypnotique avec des notes filées sur des souffles de voix mourante (sans bénéficier cependant des graves abyssaux de Mijanovic), et avant son air de la fin du II haletant et captivant (bien mieux qu'au disque pour le coup!), il s'est passé un petit miracle pour ce "S'impugni la spada". Tout d'abord l'orchestre démarre l'air au moins deux fois plus rapidement qu'au disque et disons le tout de suite, la technique relève de l'étrange, voire de l'improbable (le canto di sbalzo de Prina y est plus caqueté que chanté et les vocalises sont survolées plus que faites avec précision) mais cet élan irrépressible, cet entrain, cette fièvre de Prina dont tout le corps crispé et gigotant sur son pupitre tendait vers la salle comme pour s'y jeter dans un bain de foule digne d'un concert de rock, voilà un moment que je ne suis pas prés d'oublier. Je n'avais pas eu cette chair de poule éléctrique depuis le "Sta nell'ircana" de Tro Santafé. Avec une chanteuse moins convaincue ou avec moins de personnalité, cela n'aurait été qu'un grossier savonnage, avec Prina, c'est un délire de pythie! Ahurissant! Et que l'on n'accuse pas ma Prinamania, la salle lui a réservé une ovation aussi et je me suis fendu de deux youyou aux applaudissements. Sinon louons encore une fois son enthousiasme dramatique à couper le souffle dans le long récitatif avec Fernando au I (façe à une Hallenberg plus qu'habitée par son rôle) et qui laisse pantois pour le long accompagnato du III. J'ai failli hurler un hystérique "Sonia je t'aime!" aux applaudissements finaux mais je me suis retenu pensant que j'aurai dû continuer par un "Karinaaaaaaaa!" et "Ann for ever" pour finir dans un "Vito je te veux" pour être parfaitement juste.

Au final une soirée anthologique (à l'exception de la médiocre Aikin et de la sage Nesi) dont la retransmission radio égalera certainement le disque !"

 

 

 

 

"La salle vert bronze et vieux rose du Sao Carlos était l\92écrin idéal pour ces retrouvailles avec l\92inédit Motezuma de Vivaldi, redécouvert en 2002 par le musicologue Steffen Voss et enregistré par Alan Curtis. Le metteur en scène italien Stefano Vizioli et son éclairagiste Nevio Cavina, visiblement éblouis par cette salle miraculeuseùent préservée de tout incendie depuis 1793, l\92ont illuminée d'une centaine de girandoles de cristal, laissées à feu doux durant la représentation, beau clin d\92oeil à un théâtre d\92époque, évidemment le San Angelo de Venise où fut créée, en 1733, cette oeuvre remarquable. Car le génie dramatique de Vivaldi, porté à la scène, explose. La concision des airs, l\92enchaînement des humeurs harmoniques et la rapidité de l\92action ne laissent à l\92auditeur aucun répit. Ils apportent une surprenante modernité à cet opéra en parfaite adéquation avec notre sensibilité d\92aujourd\92hui, ce qui n\92est pas toujours le cas, par exemple, des opéras de Haendel.

L'équipe de scénographes italiens s\92en est tenue à une illustration, littérale mais bienvenue, du livret. Cortès et les siens portent casques bombés et costumes 1510, Motezuma et sa cour les plumes et les tissus rutilents des adorateurs du dieu Serpent (son masque de jade apparaît en surimpression sur le décor sobre et puissamment svmboliaue). Une croix latine, en acier boulonné, fait office de praticable comme de carrefour au choc des civilisations que présente un livret aussi décapant que l\92intermède des Incas du Pérou dans Les Indes galantes de Rameau (1735). Les Espagnols n\92y apparaissent pas sous leur jour le plus glorieux et les Aztèques suscitent une juste pitié. À la fin, cette même croix se lèvera, menaçante et totalitaire, sur un nouveau Mexique né dans le sang et la variole. Entre-temps, on aura utilisé l\92intégralité de la salle depuis les loges, une trompette joute avec les aigus agiles de Gemma Bertagnolli ; Mitrena, l\92épouse de Motezuma, arrive au parterre sur un palanquin porté par quatre esclaves ; les airs les plus poignants sont chantés sur un praticable installé entre orchestre et premier rang, offrant aux solistes l\92écrin acoustique d\92une salle dont il faut louer à nouveau l\92excellence.

De la distribution choisie par Alan Curtis pour son enregistrement, on retrouve le Motezuma du Napolitain Vito Priante, baryton aux petits moyens mais habité par son rôle, qui, ce soir-là, fêtait ses 28 ans. Maïte Beaumont, mezzo engagée au timbre sûr sur toute la tessiture, est un splendide Femando Cortés. Dans le rôle rageur de Mitrena,Mary-Ellen Nesi, autre mezzo, un brin plus acide, s\92avère parfaitement cinglante dans ses coloratures de résistante. Les amoureux malheureux, le frère de Cortés et la fille de Motezuma, apparaissent en retrait, souvent apeurés par les sauts techniques réclamés par Vivaldi.

Quant au Complesso Barocco, on comprend mal pourquoi les Français ont pris l\92habitude d\92accueillir avec tant de froideur ses interprétations aussi pionnières que militantes. Alan Curtis s\92est montré vif et souple. Ses cors naturels et ses trompettes ont sonné juste, les vents assurés, et les cordes, d\92une belle couleur, ont apporté à cette partition toute la chair nécessaire à sa résurrection. De quoi assurer la pérennité du théâtre lyrique de Vivaldi, qu\92on aimerait voir autant aimé des scènes qu\92il l\92est des studios..."

 

 

"En France nous sommes bien en retard à propos de la polémique de cet Opéra, retrouvé par Stefan Voss à la bibliothèque de Berlin dans les fonds rapatriés de la Sing-Akademie et sur lequel Alan Curtis avait obtenu une exclusivité. Ces fonds revenaient d\92Ukraine. Voss, attiré par la belle calligraphie vénitienne, regarde le texte sans titre et reconnaît là l\92\9Cuvre mythique. La légende de cette disparition avait été bien amplifiée par l'enregistrement de Jean-Claude Malgoire en 1992 chez Astrée. Il en avait fait un pastiche sur le livret avec des airs d\92opéras antérieurs pour mettre en valeur la singularité du choix d\92un Vivaldi cinquantenaire pour ce thème non antique. Après la découverte du manuscrit, pour le compléter et l\92enregistrer chez Deutsche Grammophon Archiv, Alessandro Ciccolini, l\92acolyte d\92Alan Curtis, violoniste et musicologue, fait un même usage du pastiche avec des airs d\92\9Cuvres vénitiennes plus jeunes - et l\92unité de style s\92en retrouve déséquilibrée, car de toute évidence, dans cet Opéra Vivaldi cherche à être napolitain.

Pourquoi ? Il faut se figurer que, au milieu du foisonnement des théâtres vénitiens, le Grisostomo, théâtre de la grande famille Grimani, était le Hollywood de ce temps où étaient invitées les stars napolitaines comme Farinelli, Caffarelli, Faustina, etc.; tandis que le San Angelo, tenu par le Prince Marcello et consort (il haïssait son impresario Antonio Vivaldi), était comme les cinémas d\92auteurs et indépendants. Son tarif était d\92ailleurs plus bas. C\92est dans ce théâtre que l\92on défendait Venise contre Naples. Or dans les scènes « hollywoodiennes », tout opéra appelé « Partenope » rendait hommage à l\92art de chanter napolitain, art sportif et ultra galant, car Partenope était la fondatrice mythologique de la ville. Par comparaison, la métaphore de Mexico, ville sur un lac émaillé de canaux, assiégée, détruite et asséchée par les Espagnols ne peut que signifier une Venise musicalement investie par Naples, royaume espagnol par ailleurs. Aussi Motezuma pourrait être Vivaldi impuissant et reconnaissant sa défaite en train d\92écrire des airs napolitains. Enfin comme au XVIII ème siècle, sous des apparences d\92extrême légèreté, rien n\92est anodin, l\92invraisemblable scénario à « soap opera baroque » où Cortez s'éprend de la fille du Roi Motezuma, avant que tous les protagonistes (la plupart fictifs et traditionnels à l\92intrigue), finissent en ch\9Cur par chanter les vertus du mariage (lieto fine oblige), peut avoir comme symbolique une victoire occulte de la cité vaincue (comme Athènes vainquit artistiquement Rome). Autrement dit, Venise vaincue par les napolitains a épousé leur art et lui apporte en contre partie sa supériorité féminine. On peut également pousser l\92analyse plus loin pour le thème « du mariage », et considérer qu\92à cette époque, le désastre de la destruction de la civilisation aztèque n\92était pas reconnu comme tel, mais au contraire ressenti comme une fusion (un mariage). Cet opéra pourrait être un hommage inconscient à l\92apport artistique de l\92art d\92Amérique du sud à l\92art baroque, dans un mélange de fascinations anciennes pour l\92exotisme (Venise byzantine et maritime) et pour la parenté de cette civilisation subitement disparue avec les épopées du passé, parenté renforcée dans un contraste fulgurant (et baroque) par sa proximité temporelle. Enfin il faut compter sur cette utopie des philosophes des lumières de la supériorité du bon sauvage, de la société qui a perverti l\92homme, et la naissance de l\92idée de tolérance des civilisations. Tout cela donnait à ce sujet une nouveauté singulière et ajoute au stupéfiant destin du manuscrit qui, de 1973 à 2001, fut conservés aux Archives Centrales de Littérature et Art d'Ukraine à Kiev dans les « Fonds 441 : Manuscrits des Lumières » avant de retourner à Berlin où avait dû le laisser jadis une diva itinérante. C\92est à Berlin encore, ville hôte de Voltaire, que le thème fut repris modifié vers un sens lessingien par le roi Frederik II de Prusse qui fit lui-même le livret du Motezuma de Graun. Un hasard ?

Bernd Feuchtner, directeur du Théâtre et de l\92orchestre d\92Heidelberg est dynamique et engagé. Il balaye toute polémique sur les exclusivités. Ici l\92on ne parle plus d\92Alan Curtis, on fonde une version nouvelle « made in Allemagne » de cet opéra qui mettra en valeur ce Vivaldi Napolitain. L\92enjeu est le même que les différentes versions du « Boris Godounov » de Moussorgski, l\92une Urtext, l\92autre par Rimsky Korsakov, une autre par Chostakovitch, une hybride\85 ; même enjeu encore que l\92achèvement de « Turandot » par Alfano puis par Berio. L\92opéra de Vivaldi en est d\92emblée tiré vers le haut et deviendra peut-être plus célèbre que ses prédécesseurs complets. En accord avec le chef invité Michael Form, un talent soutenu efficacement, le directeur du théâtre d\92Heidelberg choisit de faire compléter l\92\9Cuvre par un jeune compositeur de vingt quatre ans, Thomas Leininger. A Bâle nous avons rencontré ce jeune génie, à la cafeteria de la Schola Cantorum, lisant un vieux traité en écriture gothique comme s\92il s\92agissait du dernier Harry Potter. Il dit qu\92il n\92empêche personne de vivre dans son monde, qu\92il se sent bien dans ce langage, c\92est son univers, il n\92imagine pas un musicien du temps ne pas être aussi capable dans l\92interprétation que dans l\92écriture et que, lancé dans ce chemin, il va jusqu\92au bout. Son message pour les autres jeunes est simplement « pourquoi pas ? ». Tout ce discours démontre un talent qui vient de la nature. Bien sûr, on a devant soi un gros travailleur, mais ce qu\92il lit, ce qu\92il joue, lui profite bien plus qu\92à d\92autres par des connections cachées dans le cerveau. Les éditions Peters sont en préparation d\92une édition précisément de cette version Vivaldi-Leininger. Pour ces raisons, l\92inventeur de l\92opéra, Steffen Voss, était présent à Swetzinger à la même représentation que nous. C\92est fait ! Heidelberg a gagné, cette version fera autorité."

 

 

 

NB. représentations interdites par une décision du tribunal de Düsseldorf en faveur de la Berlin Sing Akademie - remplacées à Rotterdam par une version de concert sur la base d'une édition preparée par le musicologue allemand Steffen Voss, qqui a découvert le manuscrit en 2002, et le chef italien Federico Maria Sardelli - à Barga par un pasticcio

 

 

 

Montezuma à Monte Carlo

 "L'illusion est à peu près parfaite, et rien n'accuse un remontage artificiel. Airs et récitatifs se soumettent paarfaitement à un livret qui ne trahit pas les espérances de Malgoire...Scéniquement, le metteur en scène et le décorateur ont joué sur une sage modernité, suggréant un haut-plateau comme lieu unique de l'action...La distribution se signale par une excellente caractérisation des personnages : contraste efficace entre les timbres de Mitrena incarnée avec force et dignité par Danielle Borst, et de fille Teutile, Isabelle Poulenard qui tire parti d'une voix petite, mais d'une justesse et d'une égalité à toute épreuve dans les passages d'agilité. Agréable découverte en ce qui concerne Brigitte Balleys, travesti plus que crédible...La vaillance fait défaut en revanche au Montezuma de Dominique Visse, habituellment plus à son avantage...L'orchestre avait fait l'objet des soins attentifs du chef...Au résultat un bel équilibre entre la fosse et le plateau."

 

 

 

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