OTTONE IN VILLA

Edition Ricordi

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Domenico Lalli

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
1993
1996
Flavio Colusso
Bongiovanni
3
italien
1997
1998
Richard Hickox
Musisoft/Chandos
2
italien
2008
2010
Federico Guglielmo
Brilliant Classics
2
italien

2010
Giovanni Antonini
Naïve
2
italien

Premier opéra composé par Vivaldi (RV 729), représenté à Vicenza, le 17 mars 1713, au Teatro delle Grazie.  Le librettiste était un aventurier napolitain, de son vrai nom Sebastiano Biancardi (1677 - 1741), recherché par la justice napolitaine, devenu librettiste apprécié sous le pseudonyme de Domenico Lalli. Le livret est inspiré de celui de Messalina, écrit par Francesco Maria Piccioli et mis en musique par Carlo Pallavicino en 1680.

Vivaldi obtint le 30 avril 1713, un congé d'un mois de la Pieta pour se rendre à Vicence.

Le livret, imprimé la même année, porte une dédicace de Domenico Lalli à Henry Lord Herbert, fils aîné du comte de Pembroke, qui voyageait en Europe.

Distribution : la contralto Diana Vico (Ottone), le castrat soprano Bartolomeo Bortoli (Caio), les sopranos Maria Giusti, surnommée La Romanina (Cleonilla) et Margherita Faccioli (Tullia), et le ténor Gaetano Mozzi (Decio).

 L'oeuvre fut reprise en 1715 et en 1729. 

 

Synopsis détaillé

Acte I

Un coin charmant dans les jardins de la villé impériale, avec des charmilles ombragées, des allées de cèdres, des pièces d'eau et des fontaines ornées de vases de fleurs

(1) La belle Cleonilla (soprano), aimée de l'empereur Ottone, est seule ; elle rassemble des fleurs pour en parer sa poitrine. Elle révèle que, bien qu'elle soit aimée de l'empereur, elle trouve impossible de résister au charme d'un beau jeune homme. Elle s'est enflammée pour Caio Silio, mais il a été remplacé récemment dans son coeur par son nouveau page, Ostilio. (2) Arrive Caio (soprano) à qui Cleonilla affirme Cleonilla qu'elle l'aime encore, tout en révélant en aparté qu'elle trouve maintenant Ostilio bien plus attirant. (3) Ottone (mezzo-soprano) arrive, cherchant à oublier auprès de Cleonilla les lourdes affaires de l'Etat. Cleonilla feint d'être délaissée, et amène Ottone se faire pardonner. (4) Ottone demande à Caio de l'aider à guérir la jalouse et Caio, pas dupe des manoeuvres de Cleonilla, s'émerveille de la crédulité de l'empereur. (5) Tullia (soprano) entre alors. Autrefois fiancée à Caio, elle l'a suivi déguisée en homme et n'est en fait nul autre qu' Ostilio. "Ostilio-Tullia" demande à Caio s'il se souvient encore de sa trahison envers l'infortunée Tullia qu'il dit avoir connue. Tout en remarquant la frappante ressemblance du page avec Tullia, Caio ne devine pas la vérité ; il déclare que le nouvel amour qu'il porte à Cleonilla a chassé Tullia de son esprit (6) Restée seule, Tullia met en doute les mérites de la constance, et prépare sa vengeance en se faisant aimer de Cleonilla.

Au milieu d'un charmant bosquet de myrtes, une rotonde sous laquelle se trouve une baignoire et un lit de camp ; à l'arrière-plan, une cascade d'eau.

(7) Cleonilla sort du bain. Ottone la tient par la main. Cleonilla continue à feindre qu'Ottone ne l'aime plus. Arrive Decio (ténor), fidèle conseiller d'Ottone, qui révèle à l'empereur que Rome est mécontente de son absence. Ottone décide de rester, tout en écrivant au Sénat. (8) Après son départ, Cleonilla questionne Decio sur ce qui se dit d'elle à Rome. Decio lui reproche sa lascivité, mais ils sont interrompus par Tullia, toujours déguisée en Ostilio, qui vient apporter un manteau à Cleonilla. Decio part, non sans avoir mise celle-ci en garde. (9) Cleonilla déclare immédiatement son amour à Tullia. Celle-ci voit là le moyen de se venger de Caio et encourage Cleonilla à lui faire un serment d'amour et à lui jurer son aversion pour Caio. (10) Caio, qui était caché et a tout entendu, est horrifié et ne peut retenir Tullia. (11) Resté seul, il décide de révéler à l'empereur la trahison d'Ostilio. Il crie sa jalousie et sa douleur.

Acte II

Un jardin encaissé en contrebas d'une petite colline, destiné à l'agrément de l'empereur, avec une grotte couvert d'herbe, et un petit bassin entouré de sièges en gazon

(1) Decio cherche à prévenir Ottone contre Cleonilla qui risque de la conduire à sa perte, car Rome désapprouve sa liaison avec une femme aussi impudique et qui collectionne les amants. Ottone est troublé et compare ses sentiments agités aux vagues violentes de la mer démontée. (2) Resté seul, Decio révèle qu'il s'est délibérément retenu de dire à l'empereur que Caio était son rival, sans expliquer à Caio ce qui a tant bouleversé Ottone. Arrive Caio qui interroge Decio sur le comportement de l'empereur. Decio se refuse à répondre autre chose que d'évoquer une trahison. (3) Seul, Caio, perdu dans ses pensées, médite sur sa souffrance. Tullia, déguisée en Ostilio, s'approche pour écouter ce qu'il dit. Cachée dans la grotte, elle lui répond comme un écho qui prétend être la voix d'un esprit malheureux et tourmente Caio. (5) Tullia se montre et chante le conflit qui habite son coeur entre l'indignation et l'amour.

Un pavillon rustique, avec une coiffeuse et un miroir

Cleonilla se contemple dans le miroir. Caio entre, mais ses protestations d'amour et ses accusations sont rejetées avec désinvolture. Avant de partir, il lui donne une lettre où il déclare ses sentiments, que Cleonilla s'apprête à la lire. (7) Arrive alors Ottone qui la lui arrache des mains. Il y découvre que Caio est son rival, mais Cleonilla sauve la situation en lui affirmant que Caio lui a simplement remis la lettre pour qu'elle la transmette à sa véritable destinataire, Tullia, qui lui a été infidèle. Crédule, Ottone la croit et Cleonilla complète sa tromperie en écrivant une seconde lettre - son propre appel à Tullia - qu'elle charge Ottone de lui remettre. (8) Decio arrive avec d'autres nouvelles d'un complot à Rome, mais Ottone refuse de l'entendre, attendant que Cleonilla lui remette sa lettre. (9) Ottone fait des reproches à Decio et l'envoie chercher Caio. (10) Caio arrive devant Ottone qui vient de lire à haute voix les deux lettres. Ottone lui fait des reproches, et Caio croit tout d'abord avoir perdu la partie. Il comprend ensuite, à son grand soulagement, qu'Ottone n'a pas découvert sa liaison avec Cleonilla, mais qu'il est simplement contrarié par le fait que Caio ait recherché l'aide de Cleonilla au lieu de se tourner vers son empereur. (11) Resté seul, Caio est impressionné par la ruse de Cleonilla et soulagé. (12) Tullia arrive à son tour, et, seule, supplie l'Amour de lui venir en aide.

Acte III

Un passage solitaire avec des recoins cachés par des frondaisons

(1) Decio tente une fois encore de convaincre Ottone du danger qui le menace à Rome, mais l'empereur déclare qu'il ne se souciera ni du trône ni de l'empire, aussi longtemps qu'il sera heureux en amour. (2) Resté seul, Decio prédit la chute imminente d'Ottone, car pour un souverain l'amour est un signe de faiblesse. Il est interrompu par l'arrivée de Cleonilla et de Caio. (3) Cleonilla reste toujours sourde aux avances de ce dernier. (4) Arrive Tullia, toujours déguisée en Ostilio. Cleonilla lui adresse des mots d'amour, tout en rejetant Caio. Celui-ci prétend suivre son conseil et s'en va, mais en fait il se cache. (5) Cleonilla continue à protester de son amour pour Ostilio, qui l'encourage tout en confiant en aparté qu'elle fait une erreur. (6) Caio ne supporte pas de voir le couple enlacé et se précipite sur Ostilio avec un poignard. Cleonilla appelle les gardes. (6) Alertés, Ottone et Decio demandent des explications. Caio décrit la scène à laquelle il vient d'assister et affirme avoir voulu sauver l'honneur de l'empereur. Celui-ci ordonne à Caio d'achever sa tâche et de tuer le traître. Toutefois, Ostilio demande à s'expliquer et, en retirant son déguisement, se révèle sous les traits de Tullia. Désormais sous son vrai jour, elle professe l'innocence de Cleonilla et accuse Caio d'être le véritable traître. L'étonnement est général, mais Ottone retrouve son calme et exprime son désir de voir Caio et Tullia mariés. Cleonilla réussit à le convaincre d'avoir embrassé Ostilio en sachant que c'était une femme. Ottone demande à Cleonilla son pardon. Allégresse générale.

(d'après le livret Chandos)

 

"Ottone in villa, créé au Teatro delle Grazie de Vicence en mai 1713, marque les débuts de Vivaldi dans l'univers de l'opéra. Agé de 35 ans, tout juste nommé maestro de violon à l'Ospedale della Pietà, le compositeur s'est déjà fait connaître par la richesse de ses partitions instrumentales, avec la publication de L'Estro armonico. Son premier dramma per musica, sur un livret de Domenico Lalli, dédié à un aristocrate anglais séjournant en Vénétie, révèle un musicien d'une rare habileté, sachant servir les règles de l'opera seria de son temps avec une certaine originalité. Le livret lui-même qui, pour une fois, ne célèbre pas le triomphe de la vertu,est assez nouveau pour l'époque : faisant l'éloge de la corruption et de l'intrigue, il fut d'abord jugé "amoral" et "anti-héroïque".

L'écriture vocale, de son côté, retrouve toute la chatoyance des concertos et des sinfonie, et la voix est d'emblée traitée comme un véritable instrument. Vivaldi, rappelons-le, connaissait à la perfection les règles du chant, qu'il enseignait aux jeunes filles ospedaliere de Venise. Il imagine donc, pour les cinq personnages principaux de Ottone in villa, des tessitures assez confortables, mettant l'accent sur la recherche des clairs-obscurs dans le timbre, réclamant tour à tour des chanteurs la précision d'un violon, l'éclat d'une trompette, la suavité d'une mandoline... exigences qui n'effrayaient en aucune manière les créateurs : la contralto Diana Vico (Ottone), le castrat soprano Bartolomeo Bortoli (Caio), les sopranos Maria Giusti, surnommée "La Romanina" (Cleonilla) et Margherita Faccioli (Tullia), et le ténor Gaetano Mozi (Decio)." (Opéra International - juin 1997)

 

"Le livret est signé Benedetto Domenico Lalli - Sebastiano Biancardi de son vrai nom, un napolitain un peu voyou - à partir de celui que Francesco Maria Piccioli avait produit pour l'opéra Messalina de Carlo Pallavicino (donné en 1680). Il mêle brillamment le caractère héroïque au genre pastoral, dans une concision rare qui put aisément stimuler le travail du compositeur. Il serait fastidieux de résumer l'intrigue : on indiquera simplement qu'elle nous emmène à Rome, sous le règne d'Otton, et qu'elle nous conte les amours tumultueuses de l'Empereur, sur fond de politique. La facture est relativement rudimentaire, à dessein : les commanditaires souhaitaient un ouvrage facile à représenter, sans machinerie, peu coûteux, et directement efficace. De fait, on reconnaîtra que la proposition de Vivaldi va droit à l'essentiel, filant trois actes rapides qu'occupent cinq protagonistes, sans ch\9Cur. Plus précisément, l'écriture avance dans l'action en une succession de récitatifs nerveux et d'arie da capo exprimant chacun un sentiment, une intention, sans nuancer plus profondément." (Anaclase)

 

 

Représentations :

 

 

 

 

 

"Ottone in villa, premier opéra composé par Vivaldi, est le résultat d\92une commande de Henry Lord Herbert, fils aîné du comte de Pembroke : l\92oeuvre devait être dramatiquement efficace et le budget réduit à l\92essentiel (petit nombre de chanteurs, absence de ch\9Cur et de machinerie). Cet opera seria anticonformiste, qui raconte les intrigues amoureuses de l\92empereur romain Ottone, illustre aussi bien la virtuosité du compositeur qui, comme Mozart, dirigeait depuis son pupitre de violon solo, que sa connaissance approfondie de l\92art vocal, qu\92il enseignait aux jeunes filles de l\92Ospedale della Pietà. Sur le plan harmonique et pour ne pas sortir de cette édition 2010 du Festival d\92Innsbruck, il reste très en deçà de l\92audace dont fera preuve Pergolese, trente deux ans plus tard, dans L\92Olimpiade.

Lalli n\92a pas les qualités de Métastase et son livret manque de densité. L\92action, fort compliquée, s\92essouffle : Tullia se fait passer pour le page Ostilio afin de mieux espionner son amant Caio qui lui préfère Cleonilla, laquelle, courtisée par Ottone, s\92éprend d\92Ostilio. Ottone, humilié et jaloux, fulmine. Il en résulte un bel imbroglio et l\92action tourne en rond, tel un serpent qui se mord la queue.

Il en est de même de la réalisation scénique : un décor de Pier Paolo Bisleri qui, s\92il avait été mieux construit, aurait pu être intéressant, des costumes antiquisants de Monica Iacuzzo à la limite du professionnalisme et une mise en scène qui dénature l\92ouvrage. Au lieu d\92accentuer les contrastes entre seria et buffo, Deda Cristina Colonna choisit la dérision. Confondant satire et burlesque, elle truffe sa mise en scène, purement anecdotique, de gadgets et de clins d\92\9Cil au public. Ainsi, Ottone, qui perd tout prestige, se déplace sur une autruche en carton pâte blanc montée sur roulettes et poussée comme une trottinette par son confident Decio. Quant à Caio, il est tourné en ridicule. Un exemple parmi d\92autres : une projection (lumineuse) de saucisses et de bretzels sert d\92accompagnement visuel à son magnifique aria « Leggi almeno tiranna infedele » (n°16). La direction d\92acteurs n\92apporte pas grand-chose, chacun doit se débrouiller seul pour ne pas trahir la partition.

On le regrette d\92autant plus que le Giardino armonico, sous la direction éclairée de son chef Giovanni Antonini, met brillamment en valeur la partition de Vivaldi qui traite les voix comme des instruments et les fait dialoguer avec le hautbois, la flûte ou le violon solo (qui joue un rôle prédominant dans la partition). Extrêmement précis, sans le moindre décalage, il équilibre les coloris des voix claires (une seule basse) avec les graves de l\92orchestre. Il crée une tension dramatique maximum là où, sur scène, on reste à la traîne. Il utilise toute la palette de nuances, n\92abusant pas des forte, et ses pianissimi sont suaves, tout comme ceux des chanteurs. Il varie les rythmes, accentue avec expressivité et nous charme par ses beaux phrasés.

Notons également la performance du clavecin continuo, d\92une grande liberté d\92inspiration, qui anime à merveille les récitatifs et sait évoquer tout ce qu\92on ne voit pas. Grâce au soutien du chef et de l\92orchestre, les interprètes, d\92un niveau comparable à ceux de L\92Olimpiade, réussissent à nous donner quelques grands moments d\92émotion en dépit des limites fixées par le metteur en scène. L\92Ottone de Sonia Prina, très imposant, nous fait immédiatement oublier le travesti. La voix, flexible, vocalise avec naturel, les graves ne sont jamais poitrinés. On croirait entendre un castrat tellement le timbre d\92alto est riche, homogène et brillant.

Le beau soprano lyrique de Veronica Cangemi s\92épanouit pleinement dans le rôle de Cleonilla, personnage fougueux et entreprenant, aux nombreuses facettes. Sunhae Im, une habituée du Festival de Musique ancienne que nous avons déjà appréciée dans Zerlina, puis Eurilla3, interprète avec punch une Tullia/Ostilio endiablée et trouble.

Nous avons beaucoup aimé le Decio de Krystian Adam, seule voix masculine de la distribution. Il a su conférer humour, noblesse et sagesse à ce confident de l\92Empereur auquel Vivaldi a fait la part belle puisqu\92il lui a attribué le même nombre d\92arie qu\92aux autres personnages. Ce ténor aux aigus lumineux possède en outre, dans le medium et le grave, la richesse de timbre d\92un baryton martin.

Quant à Lucia Cirillo, magnifique dans le rôle de Caio, elle rétablit l\92équilibre seria/ buffa rompu par la mise en scène. Son personnage reste très intérieur et elle trouve, dans l\92expression du désespoir, des nuances à vous briser le c\9Cur."

"Donné en clôture du Festival, le Vivaldi répond au Pergolesi d'ouverture pour opposer deux styles concurrents d'opéras, en rééquilibrant la vague déferlante des enregistrements du Vénitien. Celui de son premier opéra, créé en 1713 à Vicence, est précisément à paraître à l'automne dans l'intégrale Naïve : les représentations en préparent le lancement, après que Giovanni Antonini l'eût rodé en concert. La production permet aussi de tester les vertus scéniques de l'oeuvre, en regard de celles de l'Olimpiade de Pergolesi.

Le texte de Domenico Lalli n'a pas la concentration, ni la force de celui de Métastase. En dépit de la qualification d'opera seria, il est en fait assez difficile à cerner, avec certainement des aspects bouffes. Cet « Ottone à la campagne » qui se détourne des affaires de Rome pour poursuivre une versatile Cleonilla. passant de son amant Caio au jeune « Ostilio », qui lui-même n'est qu'une Tullia travestie à la poursuite du Caio qui l'a abandonnée, le tout au fil de trois actes très distendus et souvent répétitifs, est-il une comédie de pur divertissement ou une satire mordante des intrigues d'alcôve des cours contemporaines ?

Chargée de la mise en scène, Deda Cristina Colonna, elle-même actrice et danseuse, s'est dite sensible à l'ironie du texte. Dans la partition, c'est beaucoup moins évident : les grands airs que Vivaldi a semés avec une confondante prodigalité, comme les pastorales qui répondent atux morceaux de virtuosité, d'une rare beauté, sont évidemment à prendre au sérieux. Deda Cristina Colonna a donc eu le tort de ne pas faire assez confiance à la musique, en jouant presque constamment une dérision qui ne parait guère pertinente. Ottone ne se déplace pas sans son autruche, sur laquelle il monte pour son explosif « Come l'onda », l'un des fleurons de la partition, qui n'a pourtant rien de comique, ou pour la délicieuse sérénade « Compatisco il tuo fiero tormento ». Ailleurs, c'est une projection de saucisses puis de bretzels (sic !) qui vient contrepointer la splendide expansion lyrique du « Leggi almeno, tirana infidele» de Caio, faisant rire indûment la salle...

Manque largement, outre la modestie, le subtil équilibre entre comique et tragique que l'on trouvait dans L'Olimpiade. Du coup, l'ensemble, sans un moment d'émotion, n'est ni convaincant. ni même très plaisant. Avec des movens réduits et une réalisation matérielle qui n'est pas non plus de premier ordre, la partie plastique, grossissant le trait presque jusqu'à la caricatur. ne comble pas davantage l'oeil.

On se console donc avec le haut niveau de l'interprétation. En très grande forme, Veronica Cangemi brûle les planches et impose une courtisane haute en couleur, faisant oublier une perruque mal seyante. De même pour Sonia Plrna, impressionnante d'autorité et de crédibilité dans son Ottone aux beaux graves d'alto, jamais appuyés, et actrice de premier ordre. Très légère a priori pour le rôle, et à la limite de ses possibilités dans le difficile « Due tiranni ho nel mio cor », Sunhae Im triomphe elle aussi d'un costume mal coupé, pour donner une Tullia d'un grand relief à la fois volontaire, « masculine » et plus émouvante que la superficialité du livret ne l'aurait fait attendre.

On rendra encore un hommage chaleureux au très beau Caio de Lucia Cirillo (pour Sonya Yoncheva d'abord annoncée), qui conduit de divins piani dans « L'ombre, l'aure, e ancora il rio », l'un des autres sommets de la partition. Enfin, le ténor Krystian Adam donne au seul rôle masculin toute la dignité que voudrait lui refuser la production, affligeant d'un parapluie louis-philippard ce beau personnage qui dépasse, par le nombre et l'ampleur de ses airs, l'emploi d'un confident ordinaire.

On saluera enfin Giovanni Antonini et son merveilleux orchestre, Il Giardino Armonico : nerveux, certes, et fouettant ses cordes quand la virtuosité l'exige, mais capable des plus suaves et raffinés phrasés. Dans ces conditions. le nouvel enregistrement devrait surclasser sans mal les deux précédents, en particulier la version Hickox Chandos."

 

LOndres - 21 mai 2010 - Roberta Invernizzi

 

 

 

"Andreas Spering entre dans la fosse - à peine une avancée, peu creusée, devant la scène - et le public est immédiatement plongé dans le climat d'urgence de l'opéra, aidé par la fonctionnalité élégante du théâtre, dont l'acoustique sertie par le bois omniprésent est idéale pour la musique baroque. Dès la Sinfonia, l'auditeur goûte une lecture construisant un relief excitant, toujours vif, sans oublier de jouir directement du son lui-même. Le hautbois solo qui intervient dans le premier récitatif de Cleonilla offre une chair appréciable, par exemple, et les cordes affirment une santé loin du maniérisme que l'on rencontre parfois. Ces plaisantes constatations nous accompagnent durant tout le spectacle, sans faiblir, le chef suivant pas à pas la dramaturgie, avec intelligence et sensibilité ; les instrumentistes de l'Orchestre Philharmonique de Kiel, ici en petit comité, s'avèrent précis, coopérants, et même engagés.

Le plateau vocal reste assez inégal, quant à lui. Le rôle titre est tenu par Claudia Iten, proposant une composition parfaitement crédible, d'une voix intéressante dotée de beaux graves ; le timbre n'est pas toujours flatteur, mais correspond bien à la psychologie du personnage. Les vocalises et ornements sont plutôt bien réalisés. Michaela Ische campe une Tullia attachante, d'une voix toujours égale et très projetée, qui sut générer de l'émotion à son heure. Susan Gouthro propose une Cleonilla honorable qu'on aurait peut-être imaginée plus brillante. Silio est vaillamment chanté par Heike Wittrieb, dont la voix d'abord gracile et précautionneuse se bonifie durant le spectacle. Enfin, le ténor Peter Lodahl - Decio - offre un timbre riche, une sonorité claire et très ouverte, et bénéficie d'un organe autant pourvu de graves et de medium que d'aigus. Il lui manque encore l'évidence et le naturel, mais rien qui l'autorise à manquer autant d'assurance. Ses premières interventions sont rendues instables par un manque de confiance en soi, mais le dernier acte permet de l'entendre au mieux.

Aurelia Eggers a imaginé une mise en scène inventive et déroutante. Le moteur est plutôt bien pensé, les éléments qui viennent faire évoluer le dispositif toujours d'à propos, mais une tendance à appuyer les prédicats, à revendiquer un peu trop fort, au risque d'enfermer le public dans une seule lecture possible du spectacle, vient parfois gâcher un travail intelligent et talentueux qui aurait largement pu s'en passer. Reste que l'on put voir un Ottone in Villa décapant, toujours de façon justifiée, ce dont personne songerait à se plaindre, cela va de soi ! Quelques réserves cependant pour les costumes maladroits et peu flatteurs de Moritz Junge..." (Anaclase.com - 8 février 2004)

 

 

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