ROSMIRA FEDELE

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Antonio Vivaldi, d'après Silvio Stampiglia

DATE
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
2003
Gilbert Bezzina
Dynamic
3
italien
 

Pasticcio (RV 731), sur un livret de Vivaldi d'après La Partenope, écrit en 1699 par Silvio Stampiglia (1667 - 1725), prédécesseur d'Apostolo Zeno comme poète de la cour impériale.

Il fut créé lors des fêtes du Carnaval, le 27 janvier 1738 au Teatro Sant'Angelo de Venise, avec une distribution réunissant Anna Giro (Rosmira), Dorotea Lalli (Partenope), la soprano Margherita Giacomazzi (Arsace), Catterina Bassi (Ersilla), le castrat Giacomo Zaghini (Armindo), Giuseppe Rossi (Emilio), Pasqualino Negri (Ormonte), et avec des ballets de Francesco Catenella.

Antonio Vivaldi avait vu sa saison à Ferrare empêchée par l'interdiction du cardinal Tommaso Ruffo. Il organisa rapidement une saison au théâtre S. Angelo avec la troupe prévue à Ferrare.

L'oeuvre est dédiée à Frédérick, margrave de Brandebourg.

On relève la présence d'airs empruntés à Johann Adolf Hasse, Gianbattista Pergolesi, Georg Friedrich Haendel, Antonio Mazzoni, Giuseppe Antonio Paganelli, Antonio Gaetano Pampani ; l'ouverture est empruntée à Girolamo Micheli.

Reprise à Graz en 1739, à l'automne, avec Anna Giro.

 

"Il s'agit de l'ultime témoignage préservé de la production lyrique de Vivaldi. Il est conservé à la Bibliothèque de Turin, et reste inédit. Son livret s'inspire de la Partenope de Stampiglia, célèbre poète de l'Academia dell'Arcadia fondée à Rome en 1690 sous la protection de la Reine Christine. Il fit l'objet de plusieurs opéras, dont celui de Luigi Manca créé à Naples en 1699, et celui de Georg-Friedrich Händel conçu pour Londres en 1730.

Parténope, reine de Naples qu'elle a fondée, loue Apollon, entourée de deux soupirants rivaux, Arsace et Armindo, lorsque survient un jeune prince inconnu qui vient se placer sous sa protection, et dit s'appeler Eurimène. C'est en fait la Princesse de Chypre Rosmira qu'Arsace a aimée et qu'il devait épousée avant de l'abandonner; elle est là, sous ce déguisement, pour se venger l'affront d'un amant infidèle auquel elle déclare la guerre en lui faisant promettre de ne jamais révéler son identité véritable. Coupable et repentant, Arsace décide de se laisser la part belle à son rival, lorsque Parténope elle-même se déclare à son avantage. Pour la seconde fois, il reniera Rosmira. Furieuse, Rosmira brouille le jeu en prétendant brûler d'une flamme amoureuse pour la Reine. Parallèlement à cette intrigue surviennent des événements politiques confus: un prince frontalier, Emilio, a entamé une guerre contre Naples qu'il tente d'envahir, tournant à son avantage. Il vient proposer un projet de paix : en l'épousant, Parténope renforcerait sa souveraineté sans autre risque de conflit. La suivante de la Reine, la princesse Ersilla, est éprise d'Emilio. Elle essaie de lui parler au nom d'une amie noble, mais le guerrier félon ne veut rien entendre. Parténope refuse cette compromission, et nomme Arsace commandeur des armées, ce qui avive la jalousie d'Armindo et de Rosmira. Ils se liguent tous deux contre Arsace. Le hasard de la bataille soumet la jeune femme toujours travestie à Emilio, et c'est Arsace qui l'a sauve, et livre le félon à la Reine rendue ainsi victorieuse. Mais Eurimène s'autoproclame vainquer d'Emilio; Arsace ne répondant pas comme il le devrait à une telle provocation, Parténope emprisonne l'étranger fanfaron. S'ensuivra un imbroglio de plus en plus confus au bout duquel Rosmira finira par avouer sa véritable identité. Après trois actes de rebondissements rythmés, elle pardonnera à Arsace, et l'opéra s'achèvera sur l'annonce de mariages simultanés : Rosmira et Arsace, Ersilla et Emilio, Partenope et Armindo.

Rosmira Fedele fut créé en 1738, pour les festivités du carnaval de Venise, au Théâtro Saint-Ange, réunissant alors une distribution dont beaucoup rêvait à l'époque. Comme il était alors de coutume, et afin de réserver aux chanteurs des moments de brio conformes autant à leurs compétences qu'au goût du public, Vivaldi écrivit la trame musicale principale tout en citant des airs empruntés aux travaux d'autres musiciens. On hurlerait, de nos jours, à de telles pratiques : c'était pourtant monnaie courante, et si le compositeur ne le faisait pas, il arrivait souvent que les interprètes en prissent licence de leur propre chef. On connaît bien ces pratiques que détestait Händel, par exemple. C'est peu dire que Rosmira Fedele soit une rareté, puisqu'elle ne fut plus jouée depuis 1738." (Anaclase.com)

  

Synopsis détaillé 

Acte I

Une place près du port, noblement décorée avec un trône. Une statue d'Apollon d'un côté avec un autel : un feu brûle. Navires au loin, nombreux peuple et cortège.

(1) Au milieu de sa cour, dans la ville qu'elle a fondée et qu'elle baptise de son propre nom, la reine Partenope rend grâce à Apollon pour sa protection. Les deux princes qui soupirent pour elle, Arsace, prince de Corinthe, et Armindo, princes de Rhodes, sont à ses côtés. Le peuple célèbre sa reine. Les jeunes filles et de jeunes servants dansent autour de la statue d'Apollon. (2) Rosmira, princesse de Chypre, déguisée en prince arménien sous le nom d'Eurimene, débarque et se présente à la cour. Elle est reconnue par Arsace et Rosmira le reconnaît également. Rosmira/Eurimene raconte qu'il est seul rescapé d'un naufrage, et il demande sa protection à Partenope qui accepte. (3) Survient Ormonte, capitaine des gardes royales, porteur de mauvaises nouvelles : le prince de Cumes, Emilio, a envahi le pays. Partenope accepte une entrevue avec l'envahisseur. (4) Rosmira reste seul avec Armindo. Ce dernier lui confie ses sentiments pour la reine, et révèle la rivalité qui l'oppose à Arsace dans sa conquête. Rosmira lui promet son soutien. (5) Arsace revient, pour découvrir ce qu'il suspectait : Eurimene n'est autre que Rosmira qu'il a aimée et abandonnée. Rosmira lui fait jurer de ne jamais révéler qu'elle est une femme. (6) Arsace, plein de remords, est prêt à renoncer à l'amour de Partenope. Mais celle-ci lui déclare sa propre affection. Arsace, ivre de bonheur, oublie une nouvelle fois Rosmira. (7) Quand Rosmira les surprend, elle ne peut cacher son trouble qu'en feignant une passion pour Partenope. (8) Rosmira reproche son inconstance à Arsace. (9) Resté seul, Arsace est partagé entre ses deux amours. (10) Ersilla, princesse de Crète, déguisée en servante, est éprise d'Emilio qui arrive pour la négociation avec Partenope. Elle lui confie qu'une noble demoiselle brûle d'amour pour lui. Emilio la repousse.

Pièce royale avec trône

(11) Partenope, assise sur le trône, reçoit Emilio. Celui-ci lui propose le mariage pour mettre fin aux hostilités. Partenope refuse, et appelle aux armes. (12) Partenope confie le commandement de l'armée à Arsace. Cette décision excite la jalousie d'Armindo, d'Ormonte et d'Eurimene. Pour les calmer, Partenope décide finalement de prendre elle-même le commandement. (13) Arsace, lui, s'inquiète du sort de Rosmira dans une bataille. Celle-ci le brave en lui déclarant qu'elle trouve son courage dans son amour. (1') Armindo demande des expxlications à Rosmira. Celle-ci lui indique qu'elle feint d'aimer Partenope pour enlever Arsace de son esprit et lui demande de lui faire confiance. (15) Rosmira restée seule, médite sur la folie de l'amour.

Un bois, près du campement des hommes de Cumes. Les troupes de Partenope et de Cumes se rencontrent au son des instruments militaires. Après une courte mêlée, les hommes de Partenope reculent, talonnés par ceux de Cumes.

(16) Partenope, poursuivie par des guerriers ennemis, appelle à l'aide. Armindo se porte à son secours et met les assaillants en fuite. Ils poursuivent ensemble les fugitifs. les hommes de Partenope regagnent du terrain et, les troupes de Cumes repoussées à leur point de départ, s'ensuit un combat désespéré où Cumes reste vaincue et défaite. Puis arrive Rosmira presque battue par Emilio. Arsace se porte à son secours. Sortent alors Partenope, Ormonte et le défilé des enseignes conquises. Arsace se bat contre Emilio et le vainc. Emilio jette son épée. Partenope revient. Le choeur chante sa victoire.

 Acte II

Une route diversement parée de trophées. Avec un arc de trriomphe sous lequel passe le char que conduit Parténope qui triomphe. Une foule nombreuse diversement vêtue danse devant le char. Après le ballet, au son des fanfares, arrive le char et son escorte, puis Partenope descend avec sa suite.

(1) Partenope fait libérer Emilio. On lui retire ses chaînes. Rosmira insinue qu'elle a vaincu Emilio la première et qu'Arsace n'a rien fait. Elle le défie en combat singulier, ce qui suscite l'incompréhension, d'autant qu'Arsace ne se défend pas, ayant promis de se taire. Partenope, excédée, fait arrêter Rosmira. Elle renouvelle son amour à Arsace. (2) Arsace ne veut pas se battre contre Rosmira, mais celle-ci renouvelle son désir de vengeance. (3) Après son départ, Orminte et Emilio s'interrogent sur l'attitude d'Arsace, qu'ils interprètent comme de la lâcheté. Ils interrogent Rosmira quqi répond par une métaphore. (4) Ersilla rencontre Emilio, et lui fait valoir que c'est en vain qu'il courtise la reine. Par contre, elle lui révèle qu'une princesse royale brûle pour lui. Emilio lui demande de lui révéler qui elle est. Ersilla, au dernier moment, renonce à le lui révéler. (5) Restée seule, Ersilla sent faiblir son espoir d'arriver à ses fins. (6) Arsace intercède auprès de Partenope en faveur de Rosmira, et dit intervenir par pitié. Partenope décide de faire libérer Rosmira, mais avec interdiction de se présenter devant elle. Arsace remercie, mais confie à Partenope craindre un malheur. Partenope lui promet sa protection. (7) Ormonte rend son épée à Rosmira, ete lui conseille de laisser Arsace en paix. (8) Armindo retrouve Rosmira libre. Il lui confie ses faibles chances de supplanter Arsace dans le coeur de la reine. Rosmira lui promet la réussite, à condition d'aller chercher la reine pour qu'elle puisse lui révéler un secret. (9) Rosmira retrouve Arsace. Ce dernier tente de l'amadouer, mais sans succès. (10) Partenope arrive, conduite par Armindo, et demande qu'on aille chercher Rosmira, ce quqi avive les craintes d'Arsace. (11) Rosmira demande à la reine de forcer Arsace à accepter le duel. Elle révèle qu'elle veut se battre pour défendre l'honneur de Rosmira, trahie par Arsace. Arsace reconnaît qu'il a aimée, Rosmira, lui a promis le mariage, puis l'a abandonnée. Furieuse contre Arsace, Parténope décide que le duel aura lieu. Arsace, tenu par son serment, est désespéré.

Acte III

Salle du palais

(1) Rosmira est partagée vis à vis d'Arsace. Elle est émue mais ne veut rien laisser paraître. Elle renouvelle son désir de vengeance avant tout. (2) Resté seul, Arsace se rend sompte que Rosmira balance entre l'amour et la vengeance.

Une cour éloignée

(3) Partenope repousse Emilio et lui conseille de céder à la princesse Ersilla. Elle lui annonce qu'elle l'a choisi comme témoin d'Eurimene, comme elle a choisi Armindo pour Arsace. (4) Emilio est surpris d'apprendre qu'Ersilla est une princesse. Ersilla se propose à lui, mais avant qu'il ait pu répondre, on entend une tropette annonçant le duel. (5) Ersilla reste seule, et pleure son malheur.

Magnifique arène préparée pour le duel avec un trône.

(6) A la demande de Partenope, Ormonte lit une feuille annonçant la raison du duel. Les trompettes sonnent. partenope gagne son trône, servie par Ormonte. Rosmira et Arsace s'avancent avec leurs témoins. Arsace est pensif, et Emilio l'encourage. Rosmsira se voit déjà vainqueur. Les armes sont données aux deux combattants. Rosmira se met en garde, mais Arsace refuse le combat. Tout à coup, Arsace annonce qu'il veut combattre poitrine découverte. Rosmira refuse, mais Partenope confirme qu'elle doit accepter. C'est au tout de Rosmira d'être hésitant. Elle finit par avouer qu'elle est bien Rosmira, et qu'elle a imposé le silence à Arsace. Le dénouement arrive : Partenope décide qu'Armindo sera son époux, Arsace retournera à Rosmira, et Emilio accepte Ersilla. Le choeur célèbre la reine Partenope.

 

 

Pour en savoir plus :

Rosmira fedele à Nice

"L'été est en avance en ce début de soirée à Nice, ce mardi 25 mars ! Le public nombreux pour cette première mondiale tarde à prendre place dans le très bel opéra de la ville. Des sons de trompette rappellent l'imminence du spectacle et convainquent les derniers retardataires. Personne ne regrettera la douceur de la rue une fois le rideau levé : une scène superbe accueillait en effet la salle comble de l'opéra ! Gilbert Bezzina, le chef d'orchestre de l'Ensemble Baroque de Nice nous avait prévenu dans son interview : la beauté des décors et celle des costumes promettaient de ravir les yeux... Il ne s'était pas trompé, et le public a récompensé ce superbe travail non seulement par ses applaudissements, mais également lors de l'entracte où tous n'avaient que des éloges pour cette belle réalisation de Gilbert Blin et Rémy-Michel Trottier.

Mais, revenons aux autres acteurs de cette scène dirigée par Gilbert Bezzina à la tête des musiciens de l'Ensemble Baroque de Nice ! La reine de Naples, Partenope (Claire Brua), apparaît en premier et est assise sur son trône. A ses côtés se tiennent Arsace (Salomé Haller) et Armindo (Jacek Laszczkowski), ses chevaliers, tous deux amoureux d'elle. Dès la scène suivante, Rosmira (Mariana Pizzolata) débarque sur le port et se présente à la reine, dissimulant son identité et son sexe. Elle veut se venger d’Arsace qui lui avait promis son amour et a très vite oublié son engagement pour séduire la reine Partenope. La scène suivante introduit le personnage Ormonte (John Elwes), capitaine des gardes de la reine, qui annonce l'imminence d'une guerre menée par Emilio, Prince de Cumes, (Philippe Cantor), lui-même épris de la reine ! Il ne manque plus qu’Ersilla (Rossana Bertini), Princesse de Crête, éprise d’Emilio pour que tous les acteurs de cet opéra de Vivaldi soient présents !

Cette oeuvre est un pasticcio de Vivaldi, pratique courante à l'époque, et qui valut à son auteur une représentation lors des fêtes du carnaval le 27 janvier 1738 au Teatro S. Angelo de Venise. Cette composition, qui empreinte ainsi à de nombreux auteurs de l'époque, n'en est pas moins une oeuvre cohérente et équilibrée, parfaitement éclairée par le travail efficace de la mise en scène, des décors et des costumes. L’équilibre résulte également d’une gestuelle baroque particulièrement soignée, mais aussi de l'orchestre, des chanteurs particulièrement salués et de la direction talentueuse de Gilbert Bezzina avec son violon ! Il n'est pas possible de relever toutes les prouesses et qualités de ce spectacle de plus de trois heures, mais Rosmira, Arsace et Armindo furent également très salués par un public qui, malgré l’heure tardive, n’hésita pas à rappeler de nombreuses fois les acteurs de cette soirée !

Cette très belle création ne saurait s'arrêter là : un disque paraîtra prochainement et, souhaitons-le, une reprise de cette production devrait séduire plus d'un festival ! Le travail réalisé par tous les intervenants autour de Gilbert Bezzina est tout simplement éblouissant : si Rosmira Fedele marque le crépuscule vénitien dans la production de Vivaldi, nul doute qu'il tracera une voie pavée de succès pour l'ensemble des acteurs de ce très beau spectacle !"

"Le 23 mars 2003, nous avons pu voir la production qu'en proposaient l'Opéra de Nice et l'Ensemble Baroque de Nice. Marianna Pizzolato incarnait à ravir la fidèle et vengeresse Rosmira, offrant au personnage un timbre d'une grande richesse, très chaleureux,et la couleur suave d'un beau mezzo. La partition est judicieusement écrite, utilisant le registre comme élément d'ambiguïté venant souligner le travestissement. On aura regretté pourtant l'ingratitude de cette partie, n'offrant guère de moments de virtuosité à la chanteuse. Arsace était Salomé Haller, soprano que nous avons régulièrement l'occasion d'entendre dans le répertoire baroque. On se souvient de sa prestation dans Falstaff de Salieri à Tourcoing il y a un an. Elle proposait un personnage assez falot, comme il se doit, et affrontait sans pâlir les arabesques de son rôle. Armindo était chanté par le sopraniste Jacek Laszczkowski, emportant tous les suffrages grâce à un organe d'une agilité à toute épreuve, d'une grande vaillance, et à un charisme personnel. On entend rarement une ornementation si délicatement menée. Enfin, la mise en scène de ce spectacle était confiée à Gilbert Blin qui semble porter un intérêt particulier à l'œuvre de Vivaldi, puisque après avoir présenté Orlando Furioso à Prague, il prépare également sa Semiramide. On voit bien l'habitude qu'a prise Gilbert Blin au fil de sa carrière, et la trace de ses collaborations avec le théâtre du château de Drottningholm, dans Rosmira Fedele. La gestuelle y est en effet remarquable, tentant de recréer une sorte d'auto présentation répétée de chaque personnage par un signe personnel sur la durée du spectacle. Le choix d'un univers de toiles peintes et de perspectives conventionnelles demeure cependant un peu étriqué. Certes, dans un cadre totalement baroque, comme Drottningholm, c'eut été parfait ; mais ici, c'est décalé. Peu de jeu, un maniérisme légèrement naïf de temps à autre, et c'est tout. Félicitons Gilbert Bezzina qui dirigeait de son archet plateau et musiciens."

"Gilbert Blin, metteur en scène, a aussi réalisé les décors, très intéressante évocation de ceux dus à Carlo Bibiena et aujourd'hui préservés au château de Drottningholm en Suède. Cette démarche historicisante a aussi prévalu pour les costumes ; le résultat est convaincant, et respectueux des intentions du compositeur et du librettiste. La direction d'acteurs procédait du même esprit, mais on aurait souhaité qu'elle fasse montre d'un peu plus de vivacité. Le plateau était inégal...Le rôle-titre a été fort bien servi par Marianna Pizzolato ; la jeune mezzo italienne possède de réels moyens, une voix parfaitement en place avec un très joli timbre, rond et charnu, et s'est avérée très solide dans la vocalisation. Le sopraniste Jacek Laszczkowski fut un Armindo à la hauteur de sa tâche, et outre une grande agilité, il possède une ampleur rare pour ce type de voix. Salomé Haller (Arsace) a aussi fait montre d'une couleur vocale plaisante, mais peine à exécuter proprement les colorature. L'Ersilla de Rossana Bertini était très satisfaisante. Elle alliait une émission très juste à un charmant vibrato, net et serré, et seul un relatif manque de puissance peut lui être reproché. Le reste de la distribution peut en revanche être oublié sans regrets. Enfin la direction de Gilbert Bezzina, qui conduisait son orchestre au violon, était vive et contrastée, et ne suscitait jamais l'ennui. La familiarité de M. Bezzina avec le style de Vivaldi n'est plus à démontrer, et l'Ensemble Baroque de Nice est de bon niveau, même si quelques écarts étaient à déplorer dans les très difficiles parties de trompettes naturelles."

"Le jeune mezzo italien s'appelle Marianna Pizzolato, bien timbrée, épanouie, irrésistible de présence dés qu'elle prend une pose immortalisée par les caricatures de A.M. Zanetti...une dramaturgie qui rend enfin justice à l'impresario Vivaldi, aux impératifs de décors imaginés par un Bibiena pour un petit théâtre vénitien comme le Sant'Angelo, aux costumes inspirés par les gravures de Bertoli. Chapeau bas à Gilbert Blin et à Rémy-Michel Trotier qui, bénéficiant du soutien de l'Académie Desprez, ont su fusionner des conventions dramaturgiques éparses, disparues pour certaines, jusqu'à l'illusion du naturel. Les praticables, les toiles (superbement) peintes, les costumes magnifiques, la mise en espace et en lumière, la malicieuse scénographie touchent juste. Le plateau vocal rejoint les inclinations vivaldiennes pour de belles voix féminines. Les Italiennes dominent, avec Pizzolato, bien sûr, mais aussi Rossana Bertini (Ersilla), parfaite en seconda donna. Bonne actrice aussi. Solide Salomé Haller, techniquement convaincante, mais Arsace cependant un peu froid. Comme Claire Brua d'ailleurs, dure Parthénope du septentrion, parfois engorgée. Pour les hommes, déception. Un Philippe Cantor "do baula" (Emilio), interchangeable, comme l'air du même nom, d'une production à l'autre, un Jacek Laszczkowski (Armindo), sopraniste qui, depuis le Cesare de 1998 dans Catone, s'éteint doucement, et l'ombre de John Elwes" (Ormonte).

"Cette nouvelle production fut particulièrement convaincante et l'objet de révélations en cascade. "Directeur des coulisses" se délectant des changements de décors et des dispositifs scéniques, le metteur en scène Gilbert Blin, depuis ses "premières armes" chez Rameau en particulier, chez Lully (Thésée) et Haendel (Alcina) a démontré - avec tact -, combien il est connaisseur du théâtre baroque. Constamment, on est saisi par l'intelligence dosée des trouvailles qui citent l'esprit du Versailles Rococo et de l'architecte italien Bibiena qui travailla d'ailleurs avec le compositeur, six ans auparavant, pour sa "Fida Ninfa" à Vérone : théâtre dans le théâtre, perspectives de jardins à l'infini, architectures illusionnistes. Un comble de l'artifice et de l'illusion baroque qui pourtant s'appuie sur des caractères psychologiques consistants.

Dans ce "pasticcio" où Vivaldi réemploie aux côtés de nouveaux morceaux, des airs déjà composés signés de sa main ou de celle de ses contemporains et non des moindres, Hasse, Haendel et Pergolèse, se croisent plusieurs personnages aux registres tranchés. Un trio héroïque : la Reine Partenope, son "favori" Arsace et Rosmira, personnage vedette de l'ouvrage (travesti dans l'action sous le nom du prince Eurimène). Suit un couple semi comique, la princesse Ersilia, amoureuse éternellement éconduite, et le rival d'Arsace, Emilio, une sorte de combattant grotesque. Enfin, deux autres figures de la noblesse militaire : les "chevaliers" Armindo et Ormonte. Outre la magie des décors, les costumes semblaient dérivés d'une scène courtoise peinte par Tiepolo et souvent, par la vivacité habitée des mines, la fluidité chorégraphiée des gestes, la science des éclairages, on se serait crû assister à une projection mêlant le "Farinelli" de Gérard Corbiau aux "Aventures du Baron de Münchausen" de Terry Gilliam.

Sur les planches, une constellation de solistes proche de l'excellence a donné la mesure du génie Vivaldien : on connaissait son talent de compositeur, on aura mesuré le talent de l'impresario. Le choix des réemplois puisés chez ses "confrères", l'écriture des morceaux autographes dont ceux d'Arsace (subtile et émouvante Salomé Haller, déclarée "révélation lyrique de l'année 2003" par le dernier jury des Victoires de la musique), la construction dramatique de cet "assemblage" confirme la vision d'un homme de théâtre de première importance.

Les amateurs de bel canto baroque auront été généreusement gâtés : le sopraniste Jacek Laszczkowski a filé ses aigus de diamants ; la mezzo Claire Brua incarnait, timbre trempé dans un velours somptueusement sombre, une Partenope tour à tour amoureuse et guerrière ; le baryton Philippe Cantor donnait au rôle d'Emilio sa truculence dérisoire, son côté "capitaine Fracasse", façon perroquet déplumé. Portée par une distribution jubilatoire, l'audience niçoise a salué avec raison les trois révélations, éblouissantes d'émotion, de technicité et de brio articulé : le toujours vaillant John Elwes, ténor bouleversant de dignité conférant au rôle d'Ormonte, le piquant nécessaire. Egale figure de l'humanité sincère, la soprano italienne Rossana Bertini a donné au rôle d'Ersilia, son visage douloureux, d'intrigante trahie, d'amoureuse naïve, un soupçon nympho. Enfin, dans le rôle central, celui de "Rosmira", la jeune mezzo Marianna Pizzolato imposait un feu rare : récitatifs exemplaires d'articulation et d'accentuation naturelles, timbre musical, présence scénique éblouissante, énergie stupéfiante courant d'un bout à l'autre du théâtre avec une malice communicante. Un nouveau talent promis à une superbe carrière. Dans la fosse, l'Orchestre baroque de Nice porté par son chef violoniste, Gilbert Bezzina, exprimait le nerf foisonnant de partitions subtiles et nuancées." 

 

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